•  

    Le Perrier, 4 mai 1794…

     

     

    Le 4 mai 1794, les troupes du Maraîchin Pageot sont battues au Perrier par les hommes de Dutruy et Boussard. Cet épisode est assez méconnu et pourtant la littérature républicaine abonde sur le sujet. Etant tombé sur les documents qui le relataient, j’ai trouvé plaisant, non pas de décrire une défaite vendéenne, mais plutôt l’état du Marais il y a 224 ans et comment les troupes républicaines s’y trouvent engluées et menacées de toutes parts par des Maraîchins qui connaissent parfaitement le terrain et ne font aucun cadeau à cette bleusaille venue de Dieu sait où. René Bittard des Portes, résumait l’affaire en quelques lignes en signalant le 10ème bataillon de Meurthe-et-Moselle, à la poursuite de Pageot, qui après avoir été contraint d’abandonner Sallertaine, réussit à fuir par les marais de Soullans. (1) On retrouve pour anecdote, aux Archives Militaires de Vincennes la présence de 30 hommes, séparés du 7ème bataillon des Vosges depuis le 10 mars et qui ont quitté le Perrier le jour même du combat. (2) On notera que nous sommes à 9 jours de la destitution de Turreau, et les généraux qui lui écrivent, sentent bien tout l’échec produit par son système. Maintenant à vous de vous faire une idée.

     

    Le Perrier, 4 mai 1794....

    Le Perrier, 4 mai 1794....

    Le 7 mai 1794, Dutruy écrit au Comité de Salut Public : (3) 

    Le Perrier, 4 mai 1794....

     

    « Au quartier-général à Aurouet (4) ci devant abaye le 18 floréal l’an deux de la République Française une, indivisible et impérissable.

     

    Dutruy général de brigade aux citoyens composant le Comité de salut public

    Les soldats que je conduis viennent de franchir les obstacles indicibles que la nature, l’art et 3 à 4 mille scélérats très déterminés mettoient à notre entrée dans les marais du ci devant Bas Poitou. Après 3 jours de marches et d’attaques multiples sur plusieurs colonnes et sur une surface de 27 lieues quarrées, nous sommes parvenus à faire ce que j’ai encore peine a comprendre.

    Enfin nous sommes maitres. Trois mille cinq hommes arrivés par 4 points différents se sont réunies au centre tandis que toute espèce d’issue étoient gardée par des forces imposantes.

    La jonction faite, j’ai établi un bivouac de quinze cents hommes. Au lieu de rendez-vous deux colonnes de mille hommes chaque parcourent a pas lent le pays toujours blocquér et protègent les pionniers qui réparent les routes ou plutôt qui en font de nouvelles jusqu'à confection.

    Ces brigands avoient pour chef un La Rochefoucault, un Ducloudi (5), et un Pajot qui s’étoit souvent signalé a la deffense de Bouin et de Port St Père.

    Ils avoient forcé tous les habitants de la rive a rentrer et a conduire leurs grains et leurs bestiaux dans les points les plus êlevés et entourés de large fossés. Ils ont pour voyager dans ces repaires des bateaux qu’ils conduisent avec agilité, le reste du pays est inondér au moyen de batards d’eau qu’ils ont fait de manière que l’on a l’eau partout au moins jusqu’au jarret et que de distance en distance des fossés profonds se trouve sous vos pas sans être apperçu, qu’un député du pays vous informe de ce qu’est ce lieu.

    Et bien tous ces obstacles n’ont pas arrêtés les soldats de la république les pieds nuds, la plu part ayant oté même leurs culottes les cartouches dans un petit sac lié sur l’épaule gauche, tous sont entrés en chantant amour sacré de la Patrie.

    Chaque fossé étoit disputé par une bande de ces scélérats qui malgré leur opiniatreté étoient toujours détruites et mis en fuite. Je ne vous dirois pas le nombre de morts qui sont sous les eaux, qui les couvrent encore. De notre côté nous avons perdu soixante hommes dont dix officiers, ces braves crioient en mourant en avant vive la république.

    La troupe a resté 40 heures n’ayan pris que leurs fusils et leurs cartouches pour se mettre en marche, pas un ne s’est plaint.  Nous avons déjà découvert au Perrier seul six a sept cents tonneaux de grain, cinquante a soixante mille bêtes a cornes dont pas une ne peut s’échapper et au moins 3 500 chevaux tant jeune que vieux sans conter des effets immenses de toute espêce, des femmes nobles, des prêtres et toutes les sectes infames, tout est blocqué (un peu d'exagération de la part de Dutruy ?). Et chaque jour le détail du travail continue, le pénible est d’extraire tout cela vu l’état du pays.

    Vû l’état du pays et des affaires de notre chère patrie du coté qui m’est confié.

    Quand a moi malgré la joye de cette réussite, je suis dans un état si triste et si pénible que j’implore votre justice ; j’ai la fièvre et une dissenterie affreuse, la gorge enflamée a ne pouvoir respirer depuis près d’un an. Je fais la guerre sans relache et avec succès peu vantés, c’étoit mon devoir. Accordés moi un mois pour changer d’air et me retabler. Tous mes jours sont a vos ordres permettés moi de les prolonger. Je vais partir pour Machecoult, j’i attend votre réponse avec impatience, compté sur tout mon zèle.

    Salut et dévouement

    Dutruy »

     

    De Dutruy à Turreau le 8 mai 1794 (6). On notera que Savary qui a publié cette lettre ne s'est encore une fois pas embarrassé d'exactitude.

    « Au quartier général à Nantes le 19 floréal l’an 2è de la République une et indivisible.

    Copie de la lettre du général de birgade Dutruy au général en chef de l’armée de l’Ouest

    Je t’envoye, mon cher général les détails relatifs a la prise des marais du Perrier.

    Le 15 au matin à 4 heures précises quatre colonnes formant ensemble 3200 hommes se sont mises en marche.

    Les obstacles inouis que la nature et 3 a 4000 scélérats très déterminés mettoient à notre arrivée aux Perriers ont été vaincus de tout part sur une surface de plus vingt sept lieues quarrées.

    Les braves soldats que je conduis se sont sans murmures dépouillés de leurs souilliers et de leur culottes, une nape d’eau couvroit cet affreux et superbe repaire ; l’on avoit partout de l’eau jusqu’au jarret et de distance en distance des fossés pleins de vases sur lesquels il falloit établir des échelles et des planches, chacun de ses pasages étoit deffendu par une bande de ces scélérats qu’il falloient détruire. Enfin après une marche de treize heures ayant éprouvé une perte de soixante hommes dont six officiers qui mourant dans les fossés crioient avec franchise en avant vive la République (Savary indique en note que ces troupes sont des restes de la brigade de haxo). Après ces treize heures nous sommes entrés dans le Perrier et la jonction des colonnes s’est opperée, le marais nonobstant cela est toujours bloqué jusqu’à deffinition (passage omis par Savary). 1500 hommes occupent le Perrier et deux colonnes de 1000 hommes chaque poursuivent les brigands dans leurs différents repaires et protègent l’ouverture des routes pour faciliter les opérations de près de 1000 tonneaux de grains et de plus de cinquante mille betes à cornes et 4 milles chevaux au moins. Nota que tous les grains ne sont pas encore découvert ; je ne sais qui s’est le mieux conduit (passage omis par Savary) chacun avoit ses cartouches dans un petit sac sur l’épaule gauche l’on a resté après la prise quarante heures sans pain faute de moyens de communication. Personne ne s’est plain. Le citoyen Chappuy adjudant général chef de bataillon s’est signalé à la tête de sa colonne, enfin tout le monde à bien fait. Signé Dutruy

    Pour copie conforme

    Le général en chef

    TURREAU »

    Le Perrier, 4 mai 1794....

     

    De Boussard à Turreau le 9 mai (7).

    « Le général Boussard, au général en chef. (Challans.)

    Mon général, insrtuit de la position difficile de l’adjudant-général Chapuis dans le Marais, je partis hier avec quatre cents hommes pour Sallertaine ; je me chargeai de pain, de cartouches et d’eau-de-vie, et avec quarante pionniers, nous nous mîmes en route pour le Perrier. De l’eau jusqu’aux riens pendant une demi-lieue, des chutes dans des trous où nous en avions par-dessus la tête, des passages de fossés un à un, sur des planches qui se brisaient sous nos pieds quand nous étions au milieu, n’empêchèrent pas de ravitailler le Perrier où nous trouvâmes la troupe sur les dents. En effet il y avait cinq jours qu’un bataillon du cent-neuvième manquait de pain, et environ deux cents pionniers ne pouvaient plus travailler. Vous savez, général, que ce n’est pas moi qui ai commencé cette expédition.

    Avant de pouvoir faire les distributions, les brigands attaquèrent le Perrier ; ils étaient environ deux mille, moitié armés de fusils et le reste armé de lingues ou ningues (bâtons de quinze à dix-huit pieds de longueur, armés par un bout de deux pointes de fer), c’est ce qu’ils appellent leur cavalerie. Le combat s’engagea du côté de Saint-Jean-de-Mont. Je laissai à Chapuis le soin de la défense, n’étant dans la place que depuis une demi-heure.

    Chapuis porta les quatre cents hommes que j’avais amenés hors de la place : d’abord ils se battirent avec beaucoup de valeur. Après deux heures de fusillade en tirailleurs, ils chargèrent : les brigands fuyaient de toutes parts. Ce premier succès engagea Chapuis à faire attaquer un moulin de l’ennemi à un quart de lieue du Perrier. On était près de s’en emparer, lorsque nos troupes, mouillées, ne pouvant plus faire feu, furent forcées de se replier ; alors les brigands tombèrent sur elles. Un ruisseau de vingt-cinq pieds de largeur séparait nos soldats du Perrier, ils s’y jettent ; enfin, j’ai eu le bonheur de rallier quelques braves gens. Nous repoussâmes l’ennemi, et, après avoir nettoyé quelques maisons voisines du Perrier dont il s’était emparé, je fis bonne contenance et il disparut. J’en suis quitte, quant à moi, pour deux coups de fusil que j’ai reçus, l’un au bras droit et l’autre à la hanche droite, qui ne m’empêcheront pas de continuer mon service. Nous avons perdu dans cette affaire, qui dura cinq heures, six hommes et vingt blessés.

    Les brigands avaient repoussé le matin une colonne de huit cents hommes, commandée par le chef de bataillon Restouy, qui s’est retiré sans perte sur Saint-Jean-de-Mont.

    La position totale des troupes me donne des inquiétudes. Les brigands peuvent entrer dans le Bocage, et en sortir depuis le gue aux Roux jusqu’aux environs de Saint-Gilles. Si je diminue les forces du Marais, je compromets celles que j’y laisse : il n’y a nul moyen de retraite en cas d’échec. Si le Perrier était forcé, ce qui ne serait pas tué se noierait. J’ai vu le moment hier où ce malheur arrivait. Quels moyens de défense offre un pareil pays ? On ne peut s’y retrancher ; l’eau est au niveau de la terre, il n’y a point d’arbres pour faire des abbatis, tout est coupé d’une infinité de canaux en tous sens que les brigands connaissent ; ils les parcourent dans de petits bateaux qu’ils nomment nioles avec une vitesse que l’on ne conçoit pas, et ils les franchissent avec des lingues, même quand ils ont vingt-cinq pieds de largeur ; en sorte que si l’on tient bon au milieu du Marais, ils viennent impunément dans leurs bateaux vous tirer des coups de canardière qui atteignent de très-loin, et si vous vous retirez, bientôt l’inconvénient des cartouches mouillées fait perdre la tête aux soldats : on se précipite dans les fossés, au risque de se noyer. Alors les hommes armés de lingues franchissent tout et frappent des coups d’autant plus sûrs qu’ils ont toujours la retraite pour eux, qu’ils ne craignent plus la mousqueterie, et qu’ils atteignent à quinze et vingt pieds d’eux.

    J’ai vu tuer des hommes au milieu d’un fossé par cinq à six brigands qui se tenaient sur une rive, tandis qu’à l’opposé du fossé de quinze à dix-huit pieds de largeur, plus de deux cents hommes se désespéraient de ne pouvoir sauver leurs camarades, à qui ils tendaient vainement leurs fusils trop courts. Ces six brigands les frappaient et les achevaient en notre présence.

    Tu sens mieux que moi, général, que les troupes qui ont été témoins de pareils faits doivent être nombreuses dans le Marais, pour acquérir le degré de confiance qui assure le succès ainsi, je ne puis diminuer les trois mille hommes qui y sont. Cependant je suis ici entre deux dangers : l’homme de guerre doit les braver ; mais j’en dois faire part à mon général. Nous sommes dans un marais qui a sept lieues de longueur, deux et trois de largeur., et environ quinze lieues de circuit, entre les brigands du Bocage et les tentatives de l’étranger. Les brigands du Marais sont en grand nombre réunis autour de quatre moulins situés dans des bas-fonds : il faut détruire ces moulins ; mais je n’ai pas assez de forces pour m’y risquer maintenant, vu les lacs d’eau qui sont en cette partie.

    Ta présence ici général, me serait d’un grand avantage ; car en vérité, pour connaître ce pays et les difficultés d’y faire la guerre, il faut réellement s’être vu au milieu : il ne ressemble en rien à toutes les autres contrées de la république. Rappelle-toi,  général, que ce marais même, où je commande maintenant sous tes ordres, fut de tout temps un théâtre de guerre civile, où un capet envoya jusqu’à cent mille hommes. Sans doute la liberté fait des miracles ; mais il est des difficultés insurmontables, si l’on n’a pas des moyens proportionnés aux résistances.

    Je te prie donc, général, de vouloir bien m’envoyer ici deux mille hommes de plus dans le plus court délai. En attendant, je tiendrai avec opiniâtreté, s’il le faut, à ce que les postes dans le Marais se soutiennent ; et, dussé-je m’y noyer, je tâcherai d’en extraire de quoi nourrir ma troupe et quelques villes voisines, s’il est possible.

    J’ai avec moi, l’adjudant-général Sainte-Suzanne, l’ami du brave Haxo, qui me paraît être un militaire du premier mérite, et dont les conseils me sont extrêmement précieux dans cette opération, d’autant plus embarrassante pour moi que je ne l’ai pas commencée. »

    Une idée des marais du Perrier sur le cadastre de 1839 :

    Le Perrier, 4 mai 1794....

     

    Boussard s’inquiétera pourtant à nouveau le 24 mai et se plaint d’une recrudescence d’attaques dans le Marais. (8)

    « Savin et Jolly sont à Aizenay et environs d’où ils inquiètent les Sables ; la générale y bat. Il faudrait des forces depuis Soulans jusqu’à Saint-Gilles, car les brigands du Marais concertent un rassemblement avec ces deux chefs.

    A Soulans, cinquante hommes d’infanterie et dix de cavalerie ont été surpris par les brigands la nuit dernière. Un fantassin, deux cavaliers et un cheval ont péri. Toutes les troupes font un service extrêmement actif. Cette partie réclame de prompts secours. »

    Les attaques dans le Marais sont loin d’être terminées et le 12 juin,  Dutruy se plaindra que « ces courses écrasent les troupes »

    RL

    Juillet 2018

     

    Notes :

    (1)  René Bittard des Portes, « Charette et la Guerre de Vendée », Paris, 1902, p. 345 et 346. Les sources de Bittard des Portes sur cette affaire sont essentiellement les « Mémoires d’un ancien administrateurs des armées des armées républicaines » (Pierre-Marin Durand), Paris, Baudouin Frères, 1823, p. 161 à 165.

    (2)  SHD, B 5/9-1, v. 4 et 5/5.

    (3)  SHD B 5/9-4, v. 9 à 11, bulletin analytique compris.

    (4) L’ancienne abbaye d’Orouet en Saint-Jean-de-Monts qui était en fait un prieuré dépendant de l’abbaye de Notre-Dame-la-Blanche en Noirmoutier.

    (5)  J’espère revenir un de ces jours sur le « trésor » de Guerry du Cloudy…

    (6)  SHD B 5/9-5, v. 7 à 9, bulletin analytique compris. Egalement, in Savary, tome III, p. 475 et 476, avec de grosses variantes. 

    (7)  Savary, tome III, p. 478 à 481.

    (8) SHD B 5/9-21, v. 14/14 (bulletin analytique seul). Savary, tome III, p. 511. Egalement SHD B 5/10-1, « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest », 1er tableau, 5 prairial, v. 5/26.

     


    votre commentaire
  •  

                                                            

    Marche du Royal Soissonnais 

                 

                            

      A l'approche de la ''Fête dite Nationale'', voici un chant militaire de l'ancien Régime, aux antipodes du chant génocidaire braillé par la populace républicaine avinée chaque 14 Juillet.

     

    « Vaillants et fiers sans arrogance 

    Et respecter ses ennemis 

    Brutal pour qui fait résistance 

    Honnête à ceux qui sont soumis 

    Servir le Roi, servir les Dames 

    Voilà l'esprit du régiment 

    Et r'li et r'lan 

    Nos grenadiers sont bonnes lames 

    Relantanplan tambour battant..... »

     

      Le régiment Royal-Soissonnais a été créé en 1684 et dissous en 1762.

     

    « Je veux au bout d'une campagne 

    Te voir déjà joli garçon 

    Des héros que l'on accompagne 

    On saisi l'air, on prend le ton 

    Des ennemis ainsi que des belles  

    On est vainqueur, en s'imitant. 

    Et r'li et r'lan 

    On prend d'assaut les citadelles 

    Relantanplan tambour battant. 

     

    Braves garçons que l'honneur mène 

    Prenez parti dans Orléans 

    Not' colonel grand capitaine 

    Est le patron des bons vivants 

    Dame il fallait le voir en plaine 

    Où le danger était le plus grand 

    Et r'li et r'lan 

    Lui seul en vaut une douzaine 

    Relantanplan tambour battant. 

     

    Nos officiers dans la bataille 

    Sont pêle-mêle avec nous tous. 

    Il n'en est pas qui ne nous vaille 

    Et les premiers ils sont aux coups 

    Un général, fut-il un prince 

    Les grenadiers se mettent au rang 

    Et r'li et r'lan 

    Fond sur l'ennemi et vous le rince 

    Relantanplan tambour battant. 

     

    Vaillants et fiers sans arrogance 

    Et respecter ses ennemis 

    Brutal pour qui fait résistance 

    Honnête à ceux qui sont soumis. 

    Servir le Roi, servir les Dames 

    Voilà l'esprit du régiment 

    Et r'li et r'lan 

    Nos grenadiers sont bonnes lames 

    Et vont toujours tambour battant. 

     

    Viens vite prendre la cocarde 

    Du régiment quand tu seras 

    Avec respect je veux qu'on t'regarde. 

    Le Prince est chef et sommes les bras 

    Par le courage on se ressemble.  

    J'on même cœur et sentiment 

    Et r'li et r'lan 

    Droit à l'honneur j'allons ensemble 

    Relantanplan tambour battant. 

     

     

    Sources : Chant Youtube. 

    Photo : Jacques Chauvet. 

     

     

                                                        

     

     X. Paquereau pour Chemins Secrets 


    votre commentaire
  •  

    Huché fait fusiller la municipalité des Sorinières…

     

     

    Les municipalités massacrées par les colonnes infernales sont un grand classique. Le gendarme Faurès déjà évoqué ici le rappelle. On sait que celle de Saint-Aubin-du-Plain y eu droit le 21 janvier 1794 de la part de Grignon. Même sort pour celle de la Jumellière le 25 janvier de la part de Cordellier qui sauve seulement le maire, reconnu comme « citoyen » (1). A Saint-André-sur-Sèvre, encore,  le 26 janvier : Le maire s’en tire en donnant de l’argent à Lachenay. Le 23, celle de Beaulieu-sous-Bressuire y avait échappé de peu (2).

    Découvrons à présent les œuvres de Huché envers la municipalité des Sorinières, grâce au document qui suit, issu des Archives Nationales (3) :

     

    « Je soussigné Jean Antoine Gallet administrateur du département de la Vendée certifie avoir connoissance que Huchet général de brigade se rendant de Rochefort où il étoit pour lors en arrestation auprès du Comité de Salut public a tenu à Niort étant à table d’hôte en présence de toute la compagnie qui étoit assez nombreuse notamment les citoyens Godet frères de la commune de Fontenay le peuple lesquels compris dans la réquisition de 18 à 25 ans se rendoient aux frontières, Rousselot dit Saint Céran receveur du droit d’enregistrement aux Sables et Benjamin Martinau médecin les propos les plus atroces en avançant entr’autres forfaits que les officiers municipaux de la commune des Sorinières département de la Loire inférieure allant au devant de lui pour le recevoir revêtus de leurs écharpes au nombre d’une vingtaine. Il les avoit fait fusiller les uns après les autres, et que de suite les représentants Hentz et Francastel étant arrivés en cette commune il fut  au devant d’eux et leur dit venez, que je vous régale d’une fricassée humaine que je viens de faire, qu’alors il leur raconta le massacre de cette municipalité ; et que Francastel et Hentz loin d’avoir réprimé de pareilles horreurs avoient paru au contraire approuver une conduite aussi atroce et aussi barbare. Le soussigné affirme tenir ces faits des citoyens Rousselot dit Saint Ceran receveur du droit d’enregistrement aux Sables et de Benjamin Martineau jeune médecin. En foi de quoi le soussigné a fait la présente déclaration pour servie et valoir ce que de raison à Fontenay le peuple le 14. Vendémiaire l’an 3e de la république française une et indivisible

     

    Gallet »

     

    Aucune date n’est mentionnée pour ce fait. Est-il à imputer à la grande période des colonnes infernales ou peut-on le rapprocher de l’expédition faite par Huché entre le 16 et le 23 juillet 1794 ? C’est ce que nous verrons prochainement.

     

    RL

    Juillet 2018

     

     

    Notes :

    (1) Savary, tome III, p.81.

    (2) Ibid. p. 63.

    (3) AN D III 348-3, v. 5 et 6/6.

     

     

     


    votre commentaire
  •  

                                       

    Cyprien Blouïn de la paroisse de la Tessoualle, 

    rescapé de la bataille de Savenay. 

                 

                            

     


    Cyprien Blouin....    Cyprien Blouin
    est né et a été baptisé le 15 novembre 1770 à la Tessoualle.

    Il est le fils de Cyprien Blouïn, tisserand et de Jeanne Jaunaud.

    En 1793 il est tisserand au bourg de la Tessoualle et est un des premiers à prendre les armes contre la République. Il est à Luçon, Fontenay, Saumur ; en octobre 1793 il traverse la Loire avec l'Armée Catholique et Royale et participe aux combats de Dol, le Mans et Savenay. Il fait donc partie des rares rescapés de cette dernière bataille d'Outre Loire.

    Le 8 Floréal an V (27 avril 1797) il épouse à la Tessoualle Jeanne-Catherine Morillon, née le 24 mars 1777 en réalité, le 23 mars 1776, à la Tessoualle, fille de Pierre Morillon tisserand et de Renée-Luce Moreau (vue n°387/503, vue n°59/83- état civil de la commune de la Tessoualle).

    Son père et son frère sont tués au combat dans la Vendée.

     

    Le 27 mai 1825, Cyprien Blouïn dépose une demande de pension à la Tessoualle en ces termes :

     

    «La Tessoualle le 27 mai 1825.  Cyprien Frouïn, tisserand, demeurant à la Tessoualle, 

    A son excellence le Ministre de la Guerre, 

     

    Monseigneur, 

    J'ai l'honneur de vous exposer qu'en 1793 jusqu'en 1797, j'ai pris les armes pour le soutien du trône des Bourbons, que j'ai rempli les fonctions de soldat ; Que j'ai combattu avec zèle et bravoure aux différentes affaires de Luçon, de Fontenay, de Saumur, d'Angers et de toutes celles qui se sont données dans la Vendée. J'ai effectué le passage de la Loire et je me suis trouvé aux combats qui se sont donnés à Dol, au Mans, à Nord et à Savenay sous les ordres de Messieurs de La Rochejacquelin, Stofflet, d'Autichamp et Marigné. 

    Le dévouement pour la cause royale est héréditaire dans ma famille : mon père et mon frère sont morts en combattant pour la même cause que moi. 

    Le mobilier qui était dans notre maison a été incendié et ma perte s'élevait à plus de douze cents francs ; jamais je n'ai reçu ni secours ni dédommagement. 

    Je vous prie Monseigneur de prendre en considération mes services, mes pertes et mes malheurs et de vouloir bien m'accorder un secours annuel pour m'aider à subsister ainsi que ma malheureuse famille. 

    Je joints à la présente un certificat probatif du fait, que j'allègue à mon acte de naissance. 

    Monsieur le Maire de cette commune y annexera conformément à l'arrêté de Mr le Préfet un certificat relatif à mes faibles moyens d'existence. 

    Je suis avec un profond respect votre très humble et très obéissant serviteur.    

     

    Ne sais signer. » 

     

    Certificat des officiers. 

    «Nous soussignés anciens officiers de l'Armée Royale de la Vendée certifions que le sieur Cyprien Blouin, tisserand, âgé de 55 ans demeurant à la Tessoualle a pris les armes en 1793 jusqu'en 1797 pour le soutien du trône des Bourbons en qualité de soldat sous les ordres de Messieurs Delarochejacquelin, Stofflet, d'Autichamp et Marigné. Qu'il a combattu avec courage et dévouement aux affaires de Luçon, Parthenay, Saumur, d'Angers et de toutes celles qui se sont données dans la Vendée, qu'il a effectué le passage de la Loire et qu'il s'est trouvé à Dol, au Mans, à Nord, à Savenay, qu'il a soutenu les attaques avec vigueur, ainsi que dans le prise d'armes de 1799 et 1815 où il s'est conduit avec le même dévouement pour l'auguste cause des Bourbons. 

    Certifions en outre que son père et son frère sont morts les armes à la main pour la cause royale, son mobilier a été insendié dont la perte s'élève à plus de douze cents francs et qu'il est tombé dans la misère. 

    Fait à la Tessoualle le 27 mai 1825.  

     

    signé Viaud, capitaine – Boussion, ancien chef de bataillon – Macé ancien cdt de bataillon – Chemineau, ancien capitaine. » 

     

    Cyprien Blouin....

    Cyprien Blouin est décédé le 6 juillet 1851 à la Tessoualle (vue n°103/166 année 1851).  

     

    Sources : Archives Départementales de Maine et Loire tous droits réservés – Dossiers Vendéens : Cyprien Blouïn - dossier 1M9/60 - Registres d'Etat civil de la commune de la Tessoualle. Copie de la vue n° 4/5, certificat des officiers. Photos de l'auteur.

                                                         

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 

     

     


    votre commentaire
  •  

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire…

     

     

    Bressuire ne semble guère avoir porté chance aux républicains. Prise le 2 mai 1793 par les Vendéens, la ville devait être exceptée de l’incendie général par Turreau fin janvier 1794. Le 14 mars 1794, Grignon la brûlera pourtant, ne laissant dit-on que deux maisons debout. Le nombre d’habitants passa ainsi de 1 957 habitants en 1792 à 630 en 1800. Le 24 février 1794, Stofflet, en guerre contre les colonnes infernales, arrive de Cerizay, pris deux jours plus tôt et fond sur Bressuire. Les bleus survivants, terrorisés, s’enfuient vers Parthenay, Thouars et Airvault. A suivre, ce qu’en disent les correspondances républicaines trouvées aux archives militaires.

    Le 5 février 1794, Augé est déjà inquiet (1) :

     

    « Camp volant de Bressuire à St Maixent.

    Armée de l’Ouest

    Au nom de la République française une et indivisible

    Au quartier de Bresuire le 17ème pluviôse l’an 2e de la République française.

     

    Augé commandant la place de Bressuire au citoyen Bourgeois commandant la place des Sorinières d’après le conseil de guerre tenu à son bureau.

    Citoyen commandant

    Je te prie de me faire passer au vîte cinq a six cents hommes : trois divisions ennemies manifestant par leurs manœuvres une attaque prochaine pour la place que je commande, ont déjà repoussé plusieurs détachements dont un a Cerizé (Cerizay), l’autre à Courlay. Il ne cessent journellement d’égorger les habitants chés eux ; on évalue la force de la 1ère division qui est du côté de la forest en Chanmemerle ( la forêt de Chantemerle près de Moncoutant) à trois cents. Celle de Cerisé a deux cent cinquante, trois ou quatre pelotons maneuvrant pour nous inquiéter pendant qu’ils forment leur plan d’attaque, son évalué de 70 a 80 hommes. Je fais de tems à autre marcher sur ces petits pelotons mais tu peux penser qu’elle est ma servitude, n’ayant que deux cens hommes, et la plupart mal armés ; a qui il est joint environ cent cinquante bourgeois compris la cavalerie. Je n’ignore pas que tu prendra en considération la demande que je te fais et que n’épargnera rien pour la sureté de la chose publique.

    Nous sommes tes frères d’armes.

    Les membres du conseil de guerre ainsi signé a l’original Augé commandant de la place. Degravier capitaine, Rasteau capitaine, Daniel capitaine.

    (1°S) Je t’observerai que j’avais envoyé une ordonnance a Cholet pour y réclamer des troupes, n’étant pas de retour.  J’ai cru par mesure de salut public ne pas retarder plus longtems par les dangers que menassent cette place ; nous comptons sur ton zèle pour nous envoyer les troupes que nous te réclamons et qui nous sont de la dernière nécéssité pour opposer resistance a nos ennemis.

    Ainsi signé a l’original Augé commandant de la place, Rasteau capitaine, Degravier capitaine, Daniel capitaine.

    Pour copie conforme

    Bourgeois

    Vu l’urgence des cas, le représentant du peuple dans le département de la Vienne autorise le commandant de la place de Poitiers a faire partir le nombre d’hommes demandé autant que possible, en se concertant avec les corps administratifs et les différents chefs de chaque corps.

    A Poitiers 18 pluviose an second de la République française une et indivisible et le 1er de la mort du tiran./. (la minute est signée Ingrand) 1.

    Pour copie conforme

    Illisible

    Secrétaire

     

    Toujours Augé,  le 6 février 1794. Il s’inquiète de son manque d’hommes à Bressuire et annonce l’attaque de la garde nationale de Moncoutant dont nous avions déjà parlé ici (2) :   

     

    « Augé, commandant la place de Bressuire, au général Commaire. (Bressuire.)

    Ma position devient de plus en plus alarmante. Je viens d’apprendre qu’un rassemblement de brigands avait attaqué et intercepté, près du bourg de Courlay, la garde nationale de Moncoutant, qui escortait une dixaine de voitures chargées de grains et de fourrages. Plusieurs de ces braves gens ont péri. Ma garnison est composée en tout de quatre cent cinquante hommes, tant de détachemens que de bourgois , et j’ai huit postes à garder. J’ai recours à toi pour m’aider dans cette circonstance. Calcule mes besoins et envoie-moi du secours. »

     

    Même chose trouvée aux archives de Vincennes (3) :

     

    « Position de Bressuire

    18 pluviose

    An 2

     

    Mention en marge :

    Extrait d’une lettre du général Augé envoyée par les général Commaire le 18 pluviose.

    Augé, général de division

     

    Le général Augé ayant appris qu’un rassemblement de brigands avoit pris un convoi, près du bourg de Courlay, a fait de suite monter à cheval quarante hommes qui sont partis pour se réunir aux communes patriotes ; il n’a pu faire mieux sans compromettre la place qui lui est confié. Il a fait doubler les postes à l’instant même et fait mettre en surveillance le reste de sa petite garnison. Elle est composée en total de 350 450 hommes tant de dêtachement que de bourgois, et il a 8 postes à garder. Il demande du renfort au général Commaire. »

     

    Vue de Bressuire et de ses remparts par Thomas Drake en 1856 (Album Vendéen, Drake et Lemarchand) :

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

     

    La prise de Bressuire par les Vendéens aura lieu le 24 février 1794 et c’est ainsi que Duval annonce la mauvaise nouvelle aux représentants du peuple à Rochefort (4) :

     

     « Armée de l’Ouest

    A nom de la République française

    Etat-major général

    Le 7e jour  de la 1ère décade du 6e mois  l’an 2e de la République française (25 février 1794)

    Le général de brigade Duval aux représentans du peuple, à Rochefort

    Par ma dernière lettre, je vous donnais avis, citoyens représentans, qu’il s’étoit reporté des troupes sur Bressuire afin d’en enlever les grains qu’on y avoit laissés emmagasinés. Le district de Parthenay m’annonce qu’une colonne de brigands s’y est portée hier 6 ventos, qu’il y a éxisté deux attaques à différentes heures, qu’immédiatement on a évacué cette place, en y laissant seulement trois cents hommes pour protéger le reste des grains qu’on n’avoit pu enlever ; ce que voyant, les brigands a à heures du soir le même jour sont entrés dans Bressuire sur différens points et ont massacrés tout ce qui y étoit. Je vous avoue sincèrement qu’il m’est impossible de rien comprendre à pareilles maneuvres ; en effet, si le général divisionnaire qui commande par là, n’a pas cru que la colonne qu’il avoit envoyée à Bressuire pour enlever les grains, fut capable de résister au parti-brigand qui s’y étoit déjà porté, et qui pouvoit s’y porter en plus grand nombre ; pourquoi y avoir laissé trois cents hommes exposés à toute la fureur brigandine ?

    Citoyens représentans, voila deux évacuations subites de cette place, qui me paroissent incompréhensibles. La première s’est faite sans avoir vû l’ennemi, et sans avoir ôté les magasins, et les brigands n’y ont paru qu’au moment où l’on s’est présenté pour les enlever, c’est-a-dire, au moins dix jours après l’évacuation ; on finit par y laisser trois cents hommes, et ils sont victimés.

    Dès le moment de la première apparition de tous ces partis-brigands, ainsi que je vous en donnois avis, j’instruisis le général en chef, je lui dépeignis la situation de tout le pays découvert, je m’efforcai de lui faire envisager qu’il étoit a craindre que les brigands ne fissent une pointe pour sortir d’un affreux climat où il n’existoit plus pour eux ni toits ni fours, ni moulins, tout ayant été la proie des flammes, ce qui me faisoit craindre qu’ils ne sortissent forcément des déserts de la Vendée, pour entrer dans de nouvaux climats y porter le feu et la désolation. Fort de cette opinion, je priai, je sollicitai le général en chef d’établir des forces respectables sur tous les points militaires situés au midi de la Vendée, et qui ont été les seuls exceptés de l’incendie générale.

    Mes réclamations on été vaines, et ma lettre est restée sans réponse, ainsi qu’une infinité d’autres et qui suivant moi, n’intéressent pas moins la République. Peut-être ne sont elles pas parvenues au général, c’est ce que j’ignore. J’ai fait assembler hier les braves communes dont je vous déja parlé, j’y ai joint deux cents hommes des trois cents formant la garnison de Parthenay avec cinquante chevaux ; cette colonne sera d’environ huit cents hommes ; voila avec qu’elle force je fais attaquer un parti de brigands qui a déjà paru très considérable et qui s’augmente chaque jour. Je ne doute nullement de la valeur de ces braves habitans. Que ne feroient-ils pas, vû ce qu’ils ont déjà fait, si j’avois des troupes pour grossir leur nombre, c’est ce que je n’ai jamais pu obtenir, et c’est ce que je ne pourrai jamais comprendre.

    Il y a trois jours que la plus petite de ces communes vient de donner un nouvel exemple bien frappant de sa valeur. Un détachemen de brigands s’étant porté sur une maison un peu détachée de l’endroit y a massacré les propriétaires, les habitans toujours surveillans n’ayant d’autres armés que des fourches et des haches, n’en ont pas moins eu la noble audace de courir sur leurs ennemis et d’en tuer soixante.

    Je viens d’écrire à Bournet pour lui demander un demi bataillon, s’il ne peut me l’envoyer tout entier. Je l’établirai à Parthenay pour le joindre au besoin aux braves habitans dont j’ai tant de plaisir a vous entretenir et si je ne parviens a empêcher la trouée sur laquelle je crois mon opinion fondée, je n’aurai rien a me reprocher. Mon activité et ma surveillance, j’ose le dire, depuis longtems ne dorment pas. Il y a assés de tems que j’expose mes craintes. Fasse le Dieu de la liberté, qu’elles ne se réalisent jamais.

    Salut et fraternité

    Signé Duval

    Pour copie conforme

    Demanget, secrétaire de la commission. »

     

     

    Le même jour Duval «écrit à Bournet (5) :

     

    « Armée de l’Ouest

    République française

    Au nom de la république française

    Le 7e jour de la 1ère décades du 6ème mois de l’an 2e de la république française une et indivisible

    Le général de brigade Duval à Bournet général de brigade commandant la 12ème division

    En réponse à mes lettres concernant les incursions que les brigands font du côté de la Chapelle St Laurent, les représentans m’instruisent qu’en cas de besoisn, tu me fera passer des secours. Par ta lettre tu me fait la même offre en m’observant qu’il faut entre nous la corréspondance la plus active, je ne manquerai surement pas à t’instruire de tout ce qui parviendra a ma connoissance et je commence à l’instant.

    Les autorités de Partenay m’annoncent que les troupes envoyées à Bressuire pour en enlever les grains immenses qu’on y avoit laissé en avacuant, ont été attaquée hier 6 ventose par deux différents forces et que la troupe a encore évacué une seconde fois, a cela près de 300 hommes qu’on y a laissé, pour garder diton, le reste des grains. A 4 heures du soir l’ennemi voyant le peu de force à Bressuire y est entré et a égorgé nos frères. Mon ami, je me perd dans toutes ces manœuvres, elles sont horribles. Qui les commande ! je n’en sçai rien, Bressuire est sous le commandement du général divisionnaire.

    Je vais encore une troisième fois faire une tentative, fasses le Dieu de la liberté que je réussisse aussi bien que les premières. Je joint 200 hommes de la garnison de Partenay, composée de 300 a 600 braves habitans des communes limitrophes à celle de Larjasse (Largeasse) pour fondre sur ces monstres. Voila tout ce qui est en mon pouvoir, voila avec qu’elle force j’ai détruit en deux mois, près de deux mille monstres. On ne vit jamais plus grand courage que celui des habitans. Il y a trois jours, la plus petite de ces communes (le village de Trayes selon moi) armée seulement de fourches et de haches a eu la belle audace de tomber sur un parti brigand armée de fusils et en à tué 60. Jugés de ce qu’elles fervient (sic), pour ce qu’elles ont fait, si elles étoient soutenues ainsi, mon ami, au nom du Dieu qui nous aime tous deux, de la liberté, fait moi passer quélque peu de force, ne fut ce qu’un demi bataillon, si tu ne peut mieux faire et pourvû qu’il soit bon, je te promet de faire humainement, tout ce qu’il est possible de faire pour empecher la pointe qu’a coup sur les brigands tentent de faire. La Vendée ne leur offre plus les moyens d’exister. Plus d’habitations, plus de fours, plus de moulins, concluons donc qu’ils sont obligés de changer de climat alors la désolation dt l’épouvante se mettra par tout. Qui sait encore si de nouveaux monstres cachés n’attendent pas cette trouée pour se joindre aux restes impure de l’éxécrable Vendée ! Je ne suis pas visionaire, mais en bon républicain je dois tout perser dans une juste distance et il est de fait si visible, que les révoquer en doute, serait l’ouvrage d’un aveugle.

    Dans la première évacuation de Bressuire j’instrusis le général en chef, je lui dépeignis la situation du paï découvert qui je voyoi sous mes yeux, qu’il ne pouvoit voir. J’implorai sa sollicitude pour qu’il y fit passer des troupes. Ma lettre est demeurée sans réponse.

    J’attend la tienne.

    Salut et fraternité

    Signé Duval.

    Pour copie conforme, le général de brigade commandant la 12ème division militaire

    Signé Bournet./ »

     

    Du point de vue Vendéen, Louis Monnier nous oppose une très intéressante version, qui fourmille de détails (6) :

    « … De là nous allâmes à Bressuire, (Louis Monnier arrive des Herbiers et de Saint-Michel-Mont-Mercure) où il y avait une forte ganison, composée surtout d’une nombreuse cavalerie, et de 1.000 hommes d’infanterie. Chaque soldat avait à peine six coups à tirer. Les bleus ne nous attendaient point ; ils étaient dans la plus grande sécurité. Ces cavaliers avaient des manteaux blancs. Nous les aperçûmes dans un grand champ, à côté de la grande route, ils passaient la revue de leur chef. Le général, qui avait disposé l’armée pour cerner la ville, me donna la droite à commander, il prit la gauche, arriva près de cette cavalerie et fit sur elle une décharge à cinquante pas. Ils rentrèrent promptement dans la ville. Le général sabra lui-même la sentinelle qui était à la porte de la ville, elle crut heureusement que c’est un des siens. Notre colonne entra pêle-mêle. J’étais alors à l’autre extrémité de la ville ; en entrant j’aperçus, dans une grande rue, une foule de bleus qui se sauvaient. Le feu commença et fut vif. Le général qui les poursuivaient dans toutes les rues ne faisait point de quartier ainsi que ses soldats. Les bleus, au nombre de 300, cherchèrent, pour un instant, leur salut dans l’église, en fermèrent les portes et s’y crurent en sûreté. Ce n’était  pas une guerre ce jour-là, c’était un massacre ; les rues étaient jonchées de morts. Ceux qui se sauvèrent hors la ville, furent tués par les paysans du pays, de sorte que cette garnison fut détruite. Les bons chevaux qui restèrent, montèrent nos cavaliers qui en avaient besoin. On revint à l’église. Nous pensions que du clocher qui est extrêmement élevé (il fait 56 mètres), ils nous auraient visés par les ouvertures. On commença par percer des trous dans la grande porte. On ne leur demanda point de se rendre ; d’ailleurs on ne faisait plus de prisonniers. Ils étaient tous dans le chœur de l’église. Les autres portes furent trouées également, et on fit feu pendant près d’une demi-heure. Il y en eut qui pour se préserver, se mettaient le long des murs, mais par les autres portes nous voyions clairement chaque côté de l’église. A la fin, on défonça la grande porte et on entra dans l’église où le sang coula à ruisseler. Plusieurs, pour se sauver se mirent parmi les morts, mais nos soldats, qui fouillèrent, n’en laissèrent pas échapper un seul. Nos soldats, qui n’avaient plus de cartouches, s’en munirent ainsi que de bons fusils. Nous restâmes deux jours à Bressuire pour nous reposer. Je me promenai dans une rue avec des nos officiers ; une vieille femme qui était à la porte d’une maison d’assez belle apparence, crut que nous allions la tuer ; elle me dit : « Ah mes bons amis, ne me faites point de mal, je vais vous dire quelque chose. Venez avec moi. » Nous armâmes nos fusils et nous entrâmes dans la maison. Après cela, elle me dit : « Tenez, ôtez cette armoire ; il y a une porte derrière, vous allez trouver de grandes caisses ; je ne sais pas ce qu’il y a dedans. » C’était une cave, où il y avait d’excellent vin rouge en bouteille. La cave était noire, la femme nous donna de la lumière. Nous vîmes cinq caisses, dont chacune contenait plus de 200 cartouches. Je dis à mes officiers : « Restez-là, je vais aller en rendre compte au général. » Le général, qui était à déjeuner, me dit : « Vous n’en prenez pas votre part ? Je vous ai attendu longtemps. Je me suis mis à manger, pour aller ensuite passer l’armée en revue, et partir. » Je lui dis : « Nous avons eu une belle affaire hier. Mais ce que nous avons pris à l’ennemi sur le champ de bataille ne vaut pas ce que je viens de découvrir et qui nous fera faire d’autres victimes. Grâce au courage de nos soldats, j’espère bien que nous rentrerons dans notre pays. » J’engageai le général à venir voir ma découverte, sans lui dire positivement ce que c’était. Il y vint, et jamais il ne fut plus content que cette trouvaille de 1.200 cartouches. Il donna un louis d’or à cette femme. L’armée se mit en marche sur Saint-Clémentin, près d’Argenton-Château, où il y avait 2.400 bleus qui ramassaient les grains du pays et qui en remplissaient l’église que nous trouvâmes comble. »...

     

    Même si Stofflet et Monnier sont partis, Carpentier écrit à Huché le 28 février 1794 la missive suivante (7) :

     

    « Le général Carpentier, au général Huché. (Doué.)

    Les brigands sont encore actuellement à Bressuire et à Argenton. Une patrouille m’apprend qu’à Argenton, ils chargent des voitures et qu’ils ont mis le feu aux magasins de fourrages. Je présume qu’ils vont prendre la route des Aubiers pour aller déposer leurs richesses dans la forêt de Vezin.

    Je suis réduit à douze cents hommes, dont quatre cents sont partis au secours de Thouars menacé et trois cents à Vihiers : ainsi je peux marcher sur les birgands. Je te renouvelle la demande de mes bataillons.

    Demain partira pour Chollet un convoi de trente et quelques pièces d’eau-de-vie et quinze voitures de farine, escorté par quinze cents hommes. Je t’invite à donner connaissance de ces détails au général en chef. »

     

    Ainsi donc se déroula la prise de Bressuire un mois après le premier passage de la colonne infernale de Grignon.

    Une partie du bourg de Bressuire sur la section Notre-Dame du cadastre de 1811 ( AD79, 3 P 41/3). Les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine :

     

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

     

    Le château sur la section Saint-Jean (Ibid, 3 P 41/4) :

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

    Section Saint-Jacques (ibid, 3 P 41/5). On se fait une idée de l’état de ruine de la ville, 17 ans après les incendies :

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

    Pour autant les aventures de la petite ville ne s’arrêtent pas là, car Stofflet remettra le couvert deux ans plus tard, le 3 février 1796. Informé que Piet de Beaurepaire est parvenu à rassembler une bande de paysans aux alentours des Aubiers, il le rejoint et s’empare une nouvelle fois de Bressuire. Les bleus sont écrasés dans leurs retranchements et abandonnent la porte Labâte aux Vendéens. Les survivants se réfugient dans le château tandis que les Vendéens ramassent encore un important butin. Les républicains du château ne sont pas inquiétés et Stofflet préfère attaquer un convoi de vivres et de munitions, mené par une quarantaine d’hommes sur la route de Châtillon-sur-Sèvre. Les bleus, affolés et désespérés, poussent de grands cris en direction de Bressuire, pensant rameuter la garnison à leur secours. Peine perdue, il est trop tard…

    Goupilleau de Montaigu s’émeut de cette défaite au Directoire le 16 février dans une longue lettre où il s’insurge contre la politique de Hoche qui rallume la guerre civile et rappelle que « Stofflet, dont les mécontents viennent de tous côtés grossir l’armée, s’empare de Bressuire. » (8) Le soir même, Stofflet couche à Voultegon.

    Il y a tant de choses à raconter encore sur nos petits coins du Nord-Deux-Sèvres, ce sera pour une autre fois…

    RL

    Juin 2018

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/8-35, v. 8 et 9/9.

    (2)  Savary, tome III, p. 156.

    (3)  SHD B 5/8-36, v. 1 et 2, bulletin analytique compris.

    (4)  SHD B 5/8-62, v. 6 à 8/14, bulletin analytique compris.

    (5)  SHD B 5/8-62, v. 9 à 11/14, bulletin analytique compris.

    (6) Mémoires de Louis Monnier, annotés par l’abbé Deniau, Germain et Grassin, Angers, 1896, p. 73 et 74.

    (7)  Savary tome III, p. 235 et 236.

    (8)  SHD B 5/35-56, v. 14/16.

     

     


    1 commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique