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    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    4ème partie 

    De Saint-André-sur-Sèvre à Saint-Mesmin-le-Vieux…

     

     

    3ème partie ici.

     

    Lachenay vient de laisser Saint-André-sur-Sèvre en flammes, après avoir probablement tué 65 personnes près du ruisseau des Colons (aujourd’hui nommé ruisseau de « Bonne Mort », du nom du moulin en amont). Il prend la direction de Saint-Mesmin à la sortie de Saint-André et brûle la ferme de la Foye.

    Il est très probable que ce soit dès ce lieu que l’un de ses détachements part vers le Nord-Ouest. Ce dernier brûle la Justinière (nommée Jousselinière sur le Cadastre), puis Lavaud avant de filer par ce qui est aujourd’hui un chemin de terre, en direction de la Maison-Neuve, non construite à l’époque, puis de l’Ouche-Neuve, qui est incendiée. Il est difficile de dire si la Ferlandière, le Sourdis, l’Aubrière et la Belle-Feuille (Belle-Fille en français) et le Rémi sont incendiés mais cela semble très probable avant que ce détachement n'arrive à Saint-Mesmin-la-Ville (1). Si les ruines indiquées sur le cadastre ci-après correspondent aux incendies, on peut en conclure que le hameau fut entièrement dévasté.

    En bleu, le parcours du gros de la colonne de Lachenay. En violet, le parcours de son détachement :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le chemin pris par le détachement de Lachenay, venant de la Justinière, en direction de l’Aubrière et de Saint-Mesmin-la-Ville :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le lieu en vidéo. Passant depuis des années sur cette route, à moto comme en voiture, juste dans l’idée de me promener, j’ai mis un peu de temps à comprendre pourquoi j’avais toujours une impression bizarre en passant ici.

     

    Arrêtons-nous à présent quelques instants sur le récit de Henri Proust, propriétaire du château de Saint-Mesmin-la-Ville, ce château du XIV° siècle, devenu de nos jours une attraction touristique majeure dans la région (2) :

    « ... Il était cependant habité pendant la guerre de Vendée par une personne de la famille (Vasselot, NDLR), une vieille demoiselle, suivant les récits que nous ont faits, il y a bien des années, quelques habitants du pays, contemporains de la Révolution. Elle y fut tuée lors du passage des colonnes infernales. Saint-Mesmin fut une des premières étapes de celle commandée par Grignon. Le 27 janvier 1794, un détachement, sous les ordres de Brisset, incendia le château (3). La grosse tour seule et une partie des communs furent brûlés. Les soldats eux-mêmes éteignirent le feu, sur le contrordre donné de conserver les bâtiments nons encore atteints qui faisaient de vastes logements faciles à défendre au besoin. »

    Ce qui reste du hameau de Saint-Mesmin-la-Ville sur le cadastre de 1809 des AD79 (3 P 238/2). Les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine, 15 ans après les faits :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    On note sans difficulté une chapelle ruinée sur le cadastre. Voici ce qu’il en reste aujourd’hui (propriété privée) :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le château fort de nos jours :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    On sait que ce château verra la fameuse affaire du siège de 1796, lorsque 42 Vendéens tiendront devant 1 500 républicains du 20 au 23 février. A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai aucune idée de qui peut être ce « Brisset » qui commandait la colonne qui incendia Saint-Mesmin-la-Ville et tua la vieille demoiselle de Vasselot. A la fin de janvier 1794, les ruisseaux sont en crue, nous en l'avons déjà vu. Il semble pourtant que les troupes républicaines aient réussi à passer le Sevreau aussi bien du côté du bourg de Saint-Mesmin que de Saint-Mesmin-la-Ville. C’est sans doute lorsque le détachement qui arrive de ce dernier lieu prend le chemin du bourg que le voiturier Renaudeau est tué. Sa femme, portant un enfant à la mamelle est violée et ses chevaux volés. Renaudeau se rendait à la municipalité depuis chez lui, au moulin de Robineau.

    Le lieu supposé de la mort du voiturier Renaudeau, marqué d'une croix bleue :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Pendant ce temps, Lachenay continue d’avancer vers le bourg de Saint-Mesmin en passant par l’ancien prieuré des Noues, puis le Chiron qui ne sont pas en ruines sur le cadastre, mais près desquels il ne faisait sûrement pas bon se trouver au soir du 26 janvier 1794...         Barrion, signale que l’armée incendiaire était arrivée par la route de la Forêt-sur-Sèvre, ce qui prouve donc que Lachenay arrive bien par le chemin de la Mantruère (4). Peut-être est-ce ce qui a fait dire à Gabriel de Fontaines, concernant le massacre du Pont des Colons près de Saint-André, que les républicains arrivaient de la Forêt-sur-Sèvre. Ce qui est illogique, Saint-André se trouvant entre la Forêt et Saint-Mesmin. Nous avons là un indice qui porte à confirmer leur arrivée plutôt depuis le Gué de l’Epine, Gabriel de Fontaines ayant peut-être compris que les Bleus arrivaient du bourg de la Forêt alors qu’ils arrivaient à Saint-Mesmin, par « le chemin  de la Forêt ». Le cadastre de 1840 des AD85, datant de 1840, il est trop récent pour y voir des ruines datant d’un possible incendie.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    C’est par ce chemin que la colonne de Lachenay arrive, depuis la Mantruère, rejoignant le chemin de Montournais à Saint-Mesmin :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Au rapport de Barrion, peu de métairies sont brûlées sur Saint-Mesmin, mais plusieurs paysans sont égorgés. Certains soldats font évader les habitants du bourg avant que le feu n’y soit mis. Cependant un vieillard de 92 ans, ainsi que sa femme et son domestique, sont hachés à coup de sabre.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    L'église de Saint-Mesmin de nos jours (où votre serviteur fut baptisé en 1969) : 

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

     

    Militairement parlant, la division en deux parties de la colonne de Lachenay avait pour but de prendre le bourg de Saint-Mesmin en tenaille par le Sud et l’Est à la fois. Ce fut fait, mais sans résultat sur les troupes vendéennes, qui de toute manière, sont encore au-delà de la Loire à cette époque. Il ne s'agit donc bien que de tuer des non-combattants. Seules trois maisons resteront debout dans le bourg.

    C’est la fin de cette série d’articles sur la colonne Grignon/Lachenay. Lachenay qui poursuivra sa route en direction de Pouzauges, suivant un parcours dont j’ai parlé ici.

    Dieu seul sait combien de morts…

    RL

    Février 2019

     

     

     

     

    Notes :

     

    (1)  J’ai cité « Saint-Mesmin-le-Vieux » dans le titre de l’article afin de distinguer la commune et paroisse de Saint-Mesmin de « Saint-Mesmin-la-Ville », connu pour son château du XIV° siècle et qui est aujourd’hui un hameau dépendant de Saint-André-sur-Sèvre. Saint-Mesmin se trouve en Vendée, et Saint-André-sur-Sèvre dans les Deux-Sèvres. Je sais, c’est compliqué pour ceux qui ne sont pas d’ici…

    (2)  « Le château de Saint-Mesmin-la-Ville à Saint-André-sur-Sèvre (Deux-Sèvres) avec notices rédigées par M. Henri Proust, vice-président de la Société de Statistiques des Deux-Sèvres », in « Paysages et Monuments du Poitou, photographiés par Jules Robuchon, lauréat de la Société Française d’Archéologie depuis 1864, membre de la Société des Antiquaires de l’Ouest », soixante-dix-huitième et soixante-dix-neuvième livraisons, Paris, Motteroz, 1888, p. 5 et 6. Un très grand merci au passage à Caroline Torres-Frometa, la responsable du château, qui m’a aimablement communiqué cet ouvrage introuvable. Comme quoi, l’entraide entre passionnés d’histoire locale, même sur des périodes différentes, ne peut qu’être productive.

    (3)  Plutôt le 26 car c’est au soir de ce jour que Lachenay arrive à Saint-Mesmin, tandis que la municipalité est prévenue que le feu sera mis au bourg le lendemain 27.

    (4)  La Mantruère, dépendante de la commune de Montournais. On sait que le territoire de Montournais s’étend jusqu’à la rivière du Sevreau, à deux pas du bourg de Saint-Mesmin et de sa gare (lieux que je connais bien et pour cause !). Le dernier village de Montournais étant Fonteneau.

     


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    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    3ème partie

    De Montigny à Saint-André-sur-Sèvre…

     

     

    2ème partie ici.

     

    Reprenons notre parcours avec Lachenay. On se demande ce qu’a pu faire ce dernier du 24 au 26 janvier 1794. L’ami Bruno Griffon de Pleineville me faisait remarquer récemment et avec raison qu’il a dû quelque peu s’ennuyer à Montigny. Au vu de la taille de l’église, qu’il semble avoir épargnée, il est peu probable qu’il y ait fait stocker des subsistances, qui d’ailleurs le seront à Cerizay (voir ici pour plus de détails). Malheureusement, il n’existe pas à ma connaissance de rapport de sa main mentionnant ses activités à la fin janvier 1794. Pour cette partie nous sommes donc contraints de nous fier au rapport d’Alexis Barillon, membre de la Société Populaire de Fontenay, qui a assisté à l’arrivée de Lachenay à Saint-Mesmin et dont j’avais publié le rapport ici.

    Comme pour les deux premiers articles, nous allons tenter de reconstituer le parcours de Lachenay, cette fois depuis Montigny jusqu’à Saint-Mesmin, à partir des éléments que nous donnent le cadastre ancien.

    Lachenay semble bien parti de Montigny ce 26 janvier 1794, par le chemin de la Preuille (qui s’appelle le Breuil à l’époque, un Breuil désignant un bois). Bizarrement, mais tout est bizarre avec la colonne de Lachenay, il ne semble pas avoir envoyé de détachement sur sa gauche pour incendier les villages situés sur la route de la Forêt-sur-Sèvre à Cerizay. La Chanelière et le Magny semblent ainsi épargnés. J’imagine que Lachenay est très pressé par les objectifs de Grignon et de son chef Turreau, qui s’imagine pouvoir tout brûler en 15 jours, en plein hiver...

    En revanche, le sort sera rude sur la route de Beauchêne pour les villages de la Fichaudière, la Rigautière et la Vieille-Cour. La Rigautière est rayée de la carte, tandis que Lachenay va faire noyer dans un lavoir les habitants de la Vieille-Cour avant de mettre le feu aux bâtiments (1). Lachenay pousse jusqu’à Beauchêne et tente d'incendier la chapelle, sans succès. La vieille bâtisse, qui avait déjà connu les agressions protestantes, ne prendra feu que par la toiture. Des restes de charpentes brûlés se retrouveront tombés sur les voûtes, lors de travaux de réfection en 1949.

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

        Lachenay arrive par ce chemin depuis Montigny:

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie.... 

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    L'une des maisons de la Vieille-Cour qui a vu l'horreur...

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Lachenay ne s’attarde pas sur Beauchêne. Je suppose qu’il suppose que Grignon est en train de tout brûler sur Cerizay, alors qu’il est déjà à Montravers, comme nous l’avons vu précédemment. Jean-Baptiste Lachenay, poursuit sa route vers la Sèvre Nantaise et le Gué de l’Epine. Comme déjà dit, nous ne savons rien de la correspondance entre Lachenay et Grignon, sauf à considérer que Grignon était visiblement au courant de certaines affaires de son subordonné, notamment celle de la Vieille-Cour, qui se retrouve dans la correspondance produite par Savary, et que ce dernier n’a pas pu inventer. Où sont ces documents aujourd’hui ? Mystère. Et loin de soupçonner les « Communards » comme certains historiens politiques, je penche plutôt pour une disparition voulue par Savary lui-même, orchestrée dès le départ par Turreau, expliquant beaucoup de lacunes dans les écrits de Savary, et ainsi de suite.

    On ne sait si en passant au Gué de l’Epine, Lachenay fait incendier les fermes de la Pigerie et de l’Ermitage. A cette époque, il y a au Gué de l’Epine, un gué, comme son nom l’indique, et un pont sur le bras de la Sèvre le plus important.

    Cadastre de 1809 des AD79, 3 P 51/4 :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

    Tournant sur sa gauche, Lachenay se dirige vers Saint-André-sur-Sèvre. Sans doute brûle-t-il la Naulière (Roullère sur le cadastre) avant d’incendier la Boutinière, puis le Gué-au-Beau (prononcer « Guiôbô » ou « Yôbô » en Poitevin), puis le Terrier, et une humble maison, qui a disparu depuis longtemps mais qui apparaît mentionnée comme masure sur le cadastre de 1809 sous le nom de « Poirier ». A cette époque, un bras de la Sèvre longe littéralement le chemin. Juste histoire de souligner l’ancienneté des lieux et le voisinage de la Sèvre Nantaise, fréquenté depuis le néolithique et des temps immémoriaux : une francisque mérovingienne avait été découverte par Gabriel de Fontaines en 1892 au Gué-au-Beau (2).

     La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Le poirier sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 238/4 :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

    Il est dix heures du matin ce 26 janvier 1794, lorsque le Bourg de Saint-André est totalement incendié. Alexis Barrion entend depuis le bourg de Saint-Mesmin une « fusillade très vive » qui s’avère être le massacre de la garde nationale de Saint-André. On sait que le maire de Saint-André, Jean-Baptiste Garreau, devra sa vie à son portefeuille que les républicains lui volent (3).

    « Le citoyen J.B. Garreau, maire et Pierre Beraud, agent national de la commune de Saint-André, déclarent qu'ayant été requis de se rendre à leur poste par l'administration de Bressuire en date du 2 pluviôse, pour y mettre en réquisition tous les charretiers de la commune, ils s'y étaient effectivement rendus pour y attendre le passage de la colonne, que même ils avaient fait partir toutes les charrettes afin de faire enlever les grains et les fourrages ; Qu'ils avaient fait la liste de tous les rebelles de leur commune afin de la donner au général de l'armée et faire brûler leur maison et épargner celles des patriotes ; Qu'ayant été avertis que la colonne arrivait, la municipalité avait été en écharpes au-devant d'elle et à la tête de tous les charretiers ; Que par une horreur, qui n'a pas d'excuses, on fit massacrer sous les yeux de la municipalité les charretiers qui étaient là par son ordre ; que lui maire, ne fut sauvé du massacre qu'au moyen de son porte-feuille qui contenait environ trois mille livres, et qu'il donna pour sauver sa vie à trois volontaires qui voulaient l'assassiner. On observe que la colonne, qui a fait tous ces massacres, est la colonne de Grignon. 

     Signé : GARREAU, maire de Saint-André ; BERAUD, agent national de la commune de Saint-André-sur-Sèvre. 

    Pour copie conforme à l'original resté entre les mains du soussigné  

    JARRY, administrateur du district de Bressuire. »

     

    Le Bourg de Saint-André-sur-Sèvre, dont les ruines sont encore bien visibles, sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 238/5 :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    L'église de nos jours :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Le massacre du Pont des Colons indiqué par un crâne  (création de ma belle-fille Mélissa) :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

     Est-ce à cette date qu’à lieu la tuerie du « Pont des Colons » et du « Chemin des Cercueils » ? Gabriel de Fontaines, l’historien de la commune, pense que les Bleus venaient de la Forêt-sur-Sèvre sous les Ordres de Daillac (le fameux Daillac qui n’a jamais existé et qui aurait commandé la seconde colonne de Prévignaud) (4). Je pencherai plutôt pour un unique massacre, englobant celui de la garde nationale. On sait qu’une fillette de 8 ans, Marie Millasseau survivra à cette boucherie de 65 personnes. Depuis, la légende raconte que 65 chandelles et 65 cercueils apparaissent la nuit en cet endroit, et qu’il en sera ainsi tout pendant que les victimes n’auront pas de sépulture décente.

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Après ces joyeuseries tricolores, Lachenay part brûler Saint-Mesmin.

    A suivre ici.

    RL

    Février 2019

     

     

    Notes :

    (1)  Je ne suis pas convaincu par l’existence d’un « doué » (lavoir) à la Vieille-Cour en 1794 et je soupçonne davantage un massacre plus général près de celui de Beauchêne. C’est à la Vieille-Cour que se trouvaient les « fâmeux idolâtres » dont Grignon décrit le départ au « quartier-général ». On sait qu’aux alentours de mars 1794, Marigny fera tuer 20 soldats républicains, qui sont enterrés juste en face de la Veille-Cour, de l’autre côté du carrefour.

    (2)  Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1913, 3ème série, tome II, p.499.

    (3)    Revue Historique de l’Ouest, Leroux-Cesbron, 1897.

    (4)  Gabriel de Fontaines pense que les charretiers avaient été requis, non seulement à Saint-André, mais aussi à la Forêt-sur-Sèvre, Saint-Marsault, la Ronde et Courlay. Ceux de ces deux dernières communes auraient refusé de se rendre à la réquisition. In Revue Poitevine et Saintongeaise, Lacuve, Melle, 1891.

     

     


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    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    2ème partie

    De Cerizay à Montravers…

     

    1ère partie ici.

     

    Reprenons si vous le voulez bien les parcours des deux colonnes de Grignon et Lachenay. Le 25 janvier 1794, les administrateurs du district écrivent à Turreau depuis Bressuire (1) :

    « Citoyen général, la municipalité et la garde nationale de Moncoutant nous demandent de te rendre compte de leur conduite.

    Nous pouvons et devons t’assurer que les gardes nationales de Moncoutant, la Chapelle Saint-Laurent, la Forêt-sur-Sèvre et Cerizais, se sont, dans toutes les circonstances, comportées d’une manière digne des plus grands éloges.

    Ces bons républicains, craignant d’éprouver le sort que plusieurs partriotes, leurs voisins, éprouvent, et dans leurs personnes et dans leurs biens, te dépêchent quatre des leurs ; ils espèrent de ta justice que tu sauras les distinguer des ennemis de la république.

    Un particulier nous avertit qu’il a ouï dire que les brigands, réunis à Charette, comptent se battre du côté des Epesses le 27. »

    On ne sait si c’est cette demande du district de Bressuire qui a fait son effet, mais contrairement à toute attente, Grignon ne brûle pas Cerizay. Il s’en explique, d’ailleurs le même jour que la lettre du district, depuis Cerizay (2) :

    « La patriotisme que j’ai trouvé à Cerizais, une garde nationale fort bien établie, ayant passé la revue d’un commissaire, cela fait que je n’ai pas cru devoir le brûler. D’ailleurs j’y ai trouvé beaucoup de subsistances. Toutes les métairies, bourgs et villages qui avoisinent, vont passer aux flammes dans cette journée.

    J’oubliais de te dire que l’on m’a arrêté une dixaine de fanatiques qui se nomment eux-mêmes idolâtres : ces sortes d’idolâtres n’ont jamais voulu prendre les armes pour un parti, ni pour l’autre. Pour ne pas s’être décidés à un parti, ils iront au quartier-général.

    Ma colonne de gauche a l’ordre d’en faire autant sur les flancs, et de ne faire grâce à qui que ce soit. Elle est à Montigny. »

    Dans une autre lettre du même jour, Grignon ajoute :

    « Je continue toujours de faire enlever les subsistances et de brûler et de tuer tous ceux qui ont porté les armes contre nous ; cela va bien, nous en tuons plus de cent par jour, enfin tous ceux que nous croyons nos ennemis. J’irai demain au soir coucher à la Pommeraie. J’attends tes ordres pour les mettre à exécution. »

    Grignon ne brûle pas la ville de Cerizay, en raison d’une garde nationale bien établie. Une légende locale donne une autre explication : il aurait été touché par le geste d’une couturière du bourg qui lui aurait offert un bouquet de fleurs (3). Voilà quelque chose de bien surprenant quand on connaît l’aversion qu’éprouvait Grignon pour la gent féminine, qu’il ne voyait que comme objet à violer ou à découper en rondelles. Le RP Dom Victor Bonneau, voit cette anecdote, non pas avec Grignon, mais avec Chalbos et une « tailleuse » (d’habits) lors de son passage le 7 octobre 1793, lorsque Westermann mettra pour la première fois le feu au château de Puy-Guyon (4).

    On notera au passage ce qui peut apparaître comme un léger doute de la part de Grignon : « enfin tous ceux que nous croyons nos ennemis. Comme s’il avait parfaitement conscience qu’il tuait essentiellement des innocents et qu’il souhaitait le consigner par écrit pour se dédouaner de ses actes ; un peu à la manière de Turreau lorsqu’il souhaitait se mettre à couvert auprès de Carnot dans ses demandes d’approbation de son plan. Un peu aussi à la manière naïve de Prévignaud qui supposait que le massacre sans distinction n’était sans doute pas dans les intentions de Turreau, ou encore de Duquesnoy, demandant sans cesse des ordres en jouant de la provocation. Preuve en est que ces généraux savaient parfaitement ce qu’ils étaient en train de faire. En janvier 1794, l’armée vendéenne vient d’être écrasée à Savenay et ce ne sont que quelques bandes éparses qui sillonnent le Nord des Deux-Sèvres, loin du territoire de Charette, et les autorités constituées s’y étaient reformées sans trop de difficulté. En conséquence, les colonnes infernales, lorsqu’elles s’attaquent à des municipalités, vont en fait massacrer des hommes de leur propre camp politique. L’un des premiers à avoir dénoncé ce fait est Louis-Prosper Lofficial, député des Deux-Sèvres, comme on le sait. Mais ne nous égarons pas et poursuivons notre parcours.

    C’est probablement dans cette journée du 25 janvier 1794, que Grignon opère un raid vers le Pin. Il se fait servir un copieux repas par quelques habitants, dont des membres de la famille Tricot, avant de les massacrer et d’incendier le bourg. C’est peut-être sur ce parcours que la maison de Louis Beloir, aux Bourrelières, est incendiée. Nous y reviendrons dans un prochain article.

    Le bourg du Pin sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 150/5. Les bâtiments colorisés en jaune figurent les ruines :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    Le 26 janvier, il fait son rapport à Turreau (5) :

    « Hier, j’ai parcouru tous les environs de Cerizais ; j’ai fait brûler un château appartenant à Lescure (6) et deux ou trois autres. La journée d’hier a coûté la vie à peut-être trois cents rebelles ; de ce nombre se trouve un chevalier de Saint-Louis qui fuyait à cheval avec son domestique ; je te fais passer sa décoration. Je pars sur les neuf heures pour parcourir les environs jusqu’à la Pommeraie où je bivouaquerai ce soir, et qui aura le même sort que les autres endroits où je passe ; malheureusement il nous manque beaucoup de charrettes pour enlever tous les grains que nous trouvons.

    Il y a des citoyens qui se sont formés en gardes nationales, même soldées ; faut-il les désarmer ? J’attends tes ordres à ce sujet (7). »

    Grignon part de Cerizay en direction de Montravers, dans le but de rejoindre la Pommeraie-sur-Sèvre. L’un de ses détachements file vers la Crespelle, qui est vraisemblablement incendiée, puis la Douarnière et la Vergnaie. Comme je me suis plu à le rappeler au cours de plusieurs veillées des « Amis du Pont-Paillat », c’est au carrefour du chemin de la Douarnière et d’un autre sentier aujourd’hui disparu et qui menait à la Vergnaie, qu’apparaissait le spectre d’un homme sans tête, la nuit, jusqu’aux années 1920. Ceci suivant le témoignage de ma grand-mère, dont le père avait été sur place, en pleine nuit pour vérifier l’anecdote, sans rien apercevoir… Grâce aux travaux de Michel Chatry à partir du procès de Turreau, on sait que les hommes de Grignon incendieront la Vergnaie mais ne pourront pas franchir le ruisseau de l’Anguillette, en crue en raison des importantes pluies du mois de janvier. C’est là, que quelques jours plus tôt, le curé de Cerizay, l’abbé Jahan, avait fini ses jours de maladie.

    Le gros de la troupe infernale de Grignon, poursuit vers Montravers, brûle Bois-René, les Largères et Bournigal, ainsi que la Vergnaie. Le parcours du gros de sa colonne matérialisé en violet sur la carte IGN :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    A cette époque, le chemin allant directement au bourg de Montravers par la Monerie n’existe pas. Il faut contourner en passant par le chemin qui est aujourd’hui celui du château de la Louisière. Le bourg est incendié, dont quatre pièces de bâtiments du presbytère, l’ensemble des maisons et granges des trois métairies entourant le vieux château (8.)

     

    Le bourg de Montravers sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 197/4 :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    Grignon poursuit toujours son chemin vers la Pommeraie-sur-Sèvre. Il incendie très probablement la Jacquelinière, puis s’attaque au gros hameau de la Tallerie, qui est dévasté. Un petit manoir appartenant à un patriote notoire est incendié, les bleus pensant avoir affaire à la « Grand’maison » de François Coudrin, le capitaine de paroisse. De l’autre côté du chemin, la ferme de la Bertinière est ravagée par le feu. Les animaux, beuglant de douleur, sont brulés vifs dans leurs étables. Plus loin, c’est la Dorbelière et le château de la Fillolière qui sont à leur tour, la proie des flammes. Là aussi, les bleus, voyant un manoir, non loin d’un lieu se nommant « Dorbelière », s’imaginent avoir affaire à la « Durbelière » de Henri de la Rochejaquelein. Puis vient le tour de la Piquemière d’être incendiée, tandis que plus au Nord, le village de Pierre-Couverte subit très probablement le même sort, après que les bleus soient passés à la Bertinière. Une aile du château du Vieux-Deffend est également brûlée.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    Le premier village incendié situé près du bourg de la Pommeraie-sur-Sèvre (bien qu’appartenant à Saint-Amand-sur-Sèvre), sera la Goderandière. Y seront enterrés, Réné Gauchard, 55 ans, ainsi que deux Louis Gauchard, âgés de 25 et 18 ans...

    A suivre ici.

     

    RL

    Février 2019

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    Notes :

    (1)  Savary, tome III, p. 77.

    (2)  Ibid, p. 79.

    (3)  Anecdote connue et rapportée par Constant Vaillant : « Cerizay , ville historique et martyre », tome 1er, Hérault, Maulévrier, 1980, p. 56.

    (4)  « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne », Grimaud, Nantes, 1893, p. 30.

    (5)  Savary, tome III, p. 84.

    (6)  Le château de Puy-Guyon, qui brûle pour la seconde fois.

    (7)  Une note de Savary précise que la réponse fut affirmative.

    (8)  « Histoire d’une paroisse du Bas-Poitou, Montravers », abbé Jules Gabilly, 1910, p. 245.


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    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    1ère partie

    de Bressuire à Breuil-Chaussée, Cirières et Montigny…

     

     

    Le premier parcours des colonnes infernales a été étudié à plusieurs reprises par différents auteurs, toujours dans ses grandes lignes, faute d’informations précises sur les lieux exacts qui furent traversés. Bien sûr, on sait à peu près par quels gros villages elles sont passées, mais point dans le détail des différents hameaux et fermes où les morts se ramassaient par tombereaux entiers. Bien entendu, on aurait tort de voir ces colonnes avançant en file indienne par un chemin précis car c’est davantage à la manière d’un rateau de feu et de sang, qu’il faut les imaginer dévastant le pays (1).

    Pour s’en faire une idée, il suffit de lire la dénonciation d’Auguste Chauvin, membre du Comité de Surveillance de la commune de Bressuire (2) :

    « Ce fut vraiment une armée d’exterminateurs qui sortit de Bressuire : les paroisses comprises entre Bressuire et la Flosselière (sic), sur une largeur de plus de deux lieues et demie, furent entièrement sacrifiées. »

    Les « deux lieues et demie » mentionnées par Chauvin correspondent à environ 11 km d’aujourd’hui. C’est dire si cantonner le parcours de la colonne Grignon/Lachenay à un seul chemin est totalement illusoire. Ce que nous allons voir ici n’est qu’une infime partie d’histoire et il faudrait non seulement en faire de même avec tout le parcours de cette colonne, mais aussi avec toutes.

    Je ne vais rien vous apprendre avec le départ de Grignon, depuis Argenton-le-Château le 21 janvier 1794 et sa célèbre harangue (3) :

    « Mes camarades, nous entrons dans le pays insurgé, je vous donne l’ordre exprès de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d’être brûlé, et de passer au fil de la bayonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitans sur votre passage ; je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays, c’est égal, nous devons tout sacrifier. »

    A ma connaissance, personne d’autre que Chauvin n’a produit ce brillant discours de Grignon, repris ensuite par la pléthore d’historiens qui se sont succédé pour raconter les Guerres de Vendée. De même, nous n’aurons probablement jamais sous les yeux l’authentique correspondance des chefs de colonnes infernales avec Turreau. Comme on le sait, celle-ci fut publiée par Savary en 1825 (4), sans qu’on ne puisse remettre la main sur un quelconque document original. Serait-ce donc, comme le suppute l’historien Alain Gérard, Savary lui-même qui aurait fait disparaître les documents après les avoir utilisés pour son monumental ouvrage ? Lorsque l’on est habitué à comparer les missives produites par Savary, sur les affaires autres que le plan de Turreau, avec les documents originaux des archives militaires, de nombreuses surprises se font jour. Savary ne semble pas avoir la volonté de dénaturer les faits, mais il est indéniable qu’il occulte bon nombre des détails, et commet quelquefois d’importantes erreurs.

    Pour autant, nous devons nous contenter, comme bien d’autres avant nous, de reproduire les écrits de Savary pour tenter de comprendre le parcours des colonnes incendiaires, avec heureusement, des témoignages extérieurs concordants, comme celui de Barrion de Saint-Mesmin qui nous donne un maximum de précision sur l’incendie de son village.

    Ne voulant pas ici, reprendre tout le parcours de la colonne de Grignon depuis Argenton-le-Château et Saint-Aubin-du-Plain, je vous propose d’étudier son parcours au moins sur le tracé qui va passer par Cerizay. Ainsi, Grignon est-il arrivé à Bressuire le 22 janvier 1794 (5). Il écrit à Turreau :

    « J’arrive à l’instant avec ma colonne, après avoir parcouru de droite et de gauche les bois et hameaux d’Argenton à Bressuire. J’ai fait brûler quantité de métairies, surtout le bourg de Saint-Aubon-du-Plain où j’ai trouvé dans l’église un drapeau noir et blanc. Les hommes et femmes qui s’y sont trouvés, tous ont été passés au fil de la baïonnette.

    La force que j’ai trouvée disponible à Bressuire est de neuf cent quatre hommes, y compris les officiers et sous-officiers.

    J’aurais brûlé davantage de métairies, si je n’avais pas trouvé beaucoup de subsistances : il y a du blé en grains et en gerbes en quantité. Demain j’enverrai des détachemens dans les environs de Bressuire, pour ramasser tous les blés qui se trouvent aux environs. Les deux colonnes ne partiront que le 23 pour se rendre à leur destination, en brûlant tous les endroits, après en avoir enlevé les subsistances, à moins que tu ne me donnes des ordres contraires.

    Je n’ai point encore reçu de nouvelles des colonnes de droite et de gauche ; j’attends qu’elles soient à la même hauteur que moi : cela ne m’empêchera pas de brûler tout ce qui avoisine Bressuire. »

     

    De là, Grignon envoie une expédition sur Beaulieu-sous-Bressuire le lendemain. Le village, déjà incendié le 26 avril 1793 au tout début de la guerre, va être soumis à une « deuxième couche ». La consultation du cadastre de 1811, ne laisse aucun doute sur l’état de ruine du bourg, ainsi que de plusieurs lieux-dits et hameaux tels Ridjeu, Rederce, la Moinie, la Chaonière,la Roulière ou les châteaux de la Dubrie et du Vergier. Les dégâts semblent s’être arrêtés au ruisseau de Ridjeu, séparant Beaulieu-sous-Bressuire de Brétignolles. En amont du ruisseau, là, où il était possible de passer à pied sec on trouve un bâtiment en ruines à l’Epinais, sur la commune de Brétignolles. Peut-être est-ce la maison de Jean Fuzau mentionnée dans les demandes de secours des Archives Nationales pour Brétignolles bien que figurant en ruines sur le cadastre de 1809 (6) :

     « Maison détruite en 1794 composée d’une chambre basse et d’un grenier. Reconstruite en 1800. On estime cette reconstruction à 450 F. »

    Peut-être aussi est-ce celle de Marie Boissonnot qui apparaît dans un autre dossier (7). Tout cela n’est qu’hypothèse mais on sait qu’il pleut des cordes en cette fin janvier 1794 et que beaucoup de ruisseaux sont en crue. C’est une possible explication sur le fait que Brétignolles ait été relativement épargné, tout comme on le verra par la suite pour Combrand.

     

    Le bourg de Beaulieu-sous-Bressuire en 1811 (AD 79, 3 P 24/1), les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine :

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    Le 23 janvier, Grignon écrit à Turreau, toujours depuis Bressuire (8) :

    « Je me trouve embarrassé dans la marche que je dois tenir. Les corps administratifs ont donné aux municipalités des environs l’ordre de rester à leur poste, et d’aller en écharpe au-devant de la troupe. Il n’en est pas moins vrai que les trois quarts des officiers municipaux sont aussi coupables que ceux qui ont porté les armes contre nous ; tu vas en juger : les officiers municipaux de Saint-Aubin-du-Plain vinrent hier au-devant de nous avec leurs écharpes ; il n’en est pas moins vrai qu’ils avaient dans leur clocher deux drapeaux, l’un aux trois couleurs, et l’autre noir et blanc, signe de rebellion. Les officiers municipaux de la commune de Beaulieu, ayant été pris aujourd’hui par ma troupe, n’ont point été fusillés, rapport à l’écrit dont ils étaient porteurs, signé du président du district. L’ordre général que j’ai n’exclut personne ; je te demande ton avis, et que tu me donnes des ordres positifs à ce sujet. »

    On sait, par la dénoncation d’Auguste Chauvin, que le fameux drapeau noir et blanc qui valut à la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain d’être fusillée n’était en fait qu’un devant d’autel (9).

    Le 24 janvier, Grignon à Turreau, depuis Bressuire :

    « La journée d’hier s’est passée à ramasser des subsistances et à brûler différents endroits. J’en aurais brûlé davantage s’il n’y avait pas eu de blés et de foins.

    Je te préviens que les soldats cassent leurs armes en tuant à coup de baïonnette les brigands que l’on rencontre dans les genêts et dans les bois, et les brigands se révoltent ; ne vaudrait-il pas mieux les tuer à coup de fusil, cela serait plus tôt fait ? Je pars ce matin pour Cerizais, et ma colonne de gauche pour Montigny.

    J’ai essaye de brûler les bois et les genêts, il est impossible d’en venir à bout. J’attends tes ordres pour les mettre à exécution. »

    Il pleut beaucoup en cette fin janvier 1794 et Grignon précisera le 27 depuis la Flocellière que sa troupe « arrive ici toute mouillée » (10).

    Mais pour l’heure, Grignon, vient d’arriver à Cerizay, le soir même du 24 janvier. Il écrit à nouveau à Turreau (11) :

    « J’ai parcouru les métairies et hameaux, depuis Bressuire jusqu’ici. J’ai fait enlever une partie des subsistances : demain je m’occuperai à faire enlever le reste et je brûlerai après. Tous ceux qui se trouvent devant nous vont au quartier-général (12). Nous trouvons quantité de ces scélérats par trois et quatre dans les métairies (il s'agit tout simplement de familles, NDLA). Il y a beaucoup de subsistances, ce qui nous empêche de brûler autant que nous le ferions. Nous ne pouvons découvrir la Rochejaquelein avec le reste. Ma colonne de gauche est à Montigny. »

    Nous voilà avec bien peu d’indices pour suivre à la trace les deux colonnes de Grignon et Lachenay. On sait que depuis Bressuire, Lachenay se maintient sur la gauche de Grignon. Ce dernier à ordre de passer à Cirières tandis que Lachenay doit se diriger directement sur Montigny (13).

     Le cadastre de 1811 pour Breuil-Chaussée indique plusieurs lieux-dits en ruine, dont l’un des moulins à vent de Blanche-Coudre, une aile du château du même nom, la ferme de l’Auraire, ainsi que plusieurs bâtiments du bourg. L’église ne semble pas avoir été touchée particulièrement. Peut-être est-ce là l’origine d’une légende, déjà racontée sur « Chemins secrets », qui veut que deux enfants de chœur, se soient saisis de fusils à deux coups, et en tirant, aient épouvanté toute une colonne républicaine. Permettez-moi cependant de douter de la véracité de l’anecdote…

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    Les cartes reproduites ci-dessous représentent une hypothèse de parcours pour les deux colonnes. En rouge, la colonne de Grignon, en bleue celle de Lachenay. Côté Grignon, suivant à peu de choses près le tracé de la route Bressuire-Cerizay actuelle, on trouve des ruines à la Massotière, au Plessis-Sicot et aux Noues. Côté Lachenay, le village des Gibaudières, totalement en ruines, est un sérieux indice.

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

     

    Grignon, quant à lui poursuit sa route, par Cirières et se rend à Cerizay par le chemin du Châtellier. Il est peu probable que des détachements de sa colonne soient passés par le chemin des Roches. Ces dernières et Cadiou ne semblent pas avoir souffert, ou alors, les reconstructions ont été faites avant 1808. Pendant ce temps, Lachenay poursuit son infernal trajet par la Petite-Bosse, brûlant au passage le logis de la Grande Bosse (14).

     

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

     

    Il aura du mal à incendier le bois attenant mais réussira à la Poitevinière, toute proche.

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    De là, il poursuit sa route vers Montigny :

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    Fait curieux, Lachenay ne semble pas avoir incendié l’église de Montigny dont l’église est intacte sur le cadastre de 1809. C’est encore aujourd’hui un bel exemple d’église dotée de l’un des rares chevets romans du Bocage. Peut-être y entrepose-t-il du blé volé dans les fermes alentours ? On verra pourtant par la suite que c'est plutôt Cerizay qui est choisi pour cet entreposage.

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

     Lachenay ne met pas les pieds à Cerizay, Grignon y étant déjà. Il se dirige vers Beauchêne...

    A suivre ici.

    RL

    Janvier 2019

     

    Notes :

    (1)  L’ami Nicolas Delahaye avait publié un ouvrage aujourd’hui difficile à trouver : « Les Douze Colonnes Infernales de Turreau », Pays & Terroirs, Cholet,  1995. C’est pourtant une excellente base pour ceux qui débutent et cherchent à comprendre les événements.

    (2)  Lequinio, « Guerres de la Vendée et des Chouans », Pougin, Paris, 1794. Reprint, Pays & Terroirs, Cholet, 1995, p. 68.

    (3)  Ibid, p. 66.

    (4)  Jean-Julien-Michel Savary, « Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République française », 1824-1827. Essentiellement le tome III/VI pour la correspondance des colonnes infernales.

    (5)  Les ordres de Turreau impliquent de ne pas brûler Bressuire afin d’y entreposer des grains. Ce sera néanmoins fait le 14 mars 1794 par Grignon.

    (6)  AN F 13/1822-22, v. 5/16. Un dépouillement précis de la série « M » des AD 79 nous renseignerait peut-être davantage, malgré l’absence de matrices. On trouve plusieurs maisons brulées à Beaulieu-sous-Bressuire dans ces mêmes dossiers des AN.

    (7)  Ibid. F 13/1822-24, v. 2/4.

    (8)  Savary, tome III, p. 63.

    (9)  Lequinio, op. cit, p. 66.

    (10)         Savary, op. cit, p. 89.

    (11)         Ibid, p. 67.

    (12)         Note de Savary : « Aller au quartier-général, à l’Hôpital, derrière la haie, etc., expressions employées à l’état-major général, pour dire aller à la mort.

    (13)         Ibid. p.42.

    (14)  « En la paroisse de Cirières, en la mesme eslection de Thouars, il y a le sieur Charles de Montégu, seigneur de la Rousselière, Bois-David, Cirières, et de la grande et petite Bosse ; réside ordinairement en sa maison de la Bosse qui est fort belle. » Revue historique de la noblesse, André Borel d’Hauterive, Tome II, Paris, 1841 d’après un mémoire inédit sur la noblesse de Poitou, dressé par Colbert en 1664.

     

     

     


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    Le pont de la Branle en 1827…

     

     

    Il est toujours difficile de retrouver le tracé des chemins fréquentés par nos ancêtres et aujourd’hui je vous présente un document découvert en série « S » (relative aux routes) aux archives départementales de Vendée, qui va sûrement intéresser les habitants de Saint-Mesmin et de Cerizay. Il s’agit d’un plan en vue de la reconstruction du pont de la Branle, sur la Sèvre Nantaise, faisant partie d’un dossier comprenant une délibération du conseil municipal, les procès-verbaux d’un expert et du juge de paix, d’un avis du sous-préfet, d’un courrier de M. Proust (famille originaire de Niort qui possédait le château de Saint-Mesmin) et d’une note de l’architecte du département des Deux-Sèvres, auteur du plan en question le 11 janvier 1827, M. Segrétain (1).

    Le pont de la Branle en 1827....

     

    L’ancien pont, pas vraiment visible sur le plan cadastral de Cerizay en 1809. AD 79, 3 P 51/5 :

    Le pont de la Branle en 1827....

    AD 79, 3 P 51/4 :

    Le pont de la Branle en 1827....

    Ici, le nouveau pont, sur le plan cadastral de Saint-Mesmin, beaucoup plus récent puisque daté de 1840, soit 13 ans après sa construction. AD 85, 3 P 254 AD 009 :

    Le pont de la Branle en 1827....

     

    A présent, notre plan dans le détail. On peut noter, sur la droite, la mention : « emplacement et débris de l’ancien pont. » Le chemin passait nettement plus à droite que de nos jours, sur des îles, aujourd’hui disparues et transformées en pièce de terre. Au passage, les propriétaires des terres sont mentionnés. Ainsi les champs appartenant à la marquise de La Rochejaquelein et dépendantes du château de Puy-Guyon.

    Le pont de la Branle en 1827....

    Toujours les terres de la marquise, même du côté Vendée :

    Le pont de la Branle en 1827....

    Les chemins ont bien changé. La route menant à Saint-Mesmin passait par le village de la Chailloire, indépendamment de la route de Pouzauges.

    Le tracé approximatif de l'ancien chemin et de l'ancien pont, matérialisé en rose sur la carte IGN :

    Le pont de la Branle en 1827....

    Le pont de la Branle, dans les années 30 (2).

    Le pont de la Branle en 1827....

    Ce pont, daté de 1827, fut emporté le 4 novembre 1960 par une très importante crue de la Sèvre Nantaise. Pour l’anecdote : un autocar vide venait juste de passer et le chauffeur a eu le temps de voir le pont s’écrouler dans son rétroviseur…

    Reste une question : pourquoi l’ancien pont était-il détruit, par qui et à quelle époque ?

    RL

    Décembre 2018

     

     

    Notes :

    (1)  AD 85, S S 397-1, pièce N°4.

    (2)  AD 85, 1 Num 283/7. 

     

     

     

     


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