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    Maisons détruites à Cerizay…

     

    Cet article n’est pour l’instant qu’une ébauche sur l’état de l’habitat à Cerizay au lendemain des Guerres de Vendée. Lorsque les salles d’archives rouvriront après la crise du coronavirus et qu’enfin, votre serviteur aura le temps de s’y déplacer, il faudra consulter les dossiers de demande de secours, qui étaient encore récemment si je ne m’abuse, en cours de classement.

    Si Cerizay fut épargné par la colonne infernale de Grignon, en raison de sa « garde nationale bien établie » et peut-être également en raison de son église qui pouvait constituer un magasin à blé et fourrages, il y eut toutefois de nombreux dégâts dans les fermes et villages alentours.

    Le vieux château de Cerizay en 1856 (Album Drake et Lemarchand) :

     

    Maisons détruites à Cerizay....

    Voyons un peu l’état dressé en 1813 dans les demandes de secours des Archives Nationales (1). Peut-être que des généalogistes pourront retrouver le nom d’un ancêtre et situer où se trouvaient les maisons dévastées.

    Maisons détruites à Cerizay....

    Le tableau détaille les choses suivantes pour « Cerisais » (sic) :

    « Bremand François. Maison détruite en 1794, composée de 3 chambres basses et de 3 hautes et d’un grenier.

    Partie réconstruite en 1809 et 1810

    On estime cette dernière réconstruction à 500 F.

    Legrand Pascal. Maison détruite en 1794, composée de 3 chambres basses et d’un grenier. Partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1809 ; on estime cette dernière réconstruction à 400 F.

    Torterue Cossin ( ?). Métairie détruite en 1794, partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1810.

    On estime cette dernière réconstruction à 600 F.

    Gourmaud (Jean). Maison détruite en 1794 composée de deux chambres basses d’un grenier et d’un toit.

    Réconstruite en 1809 et 1810.

    On estime cette réconstruction à 550 F.

    Coutant (Mari) (sic). Maison détruite en 1794 composée d’une chambre basse, d’un grenier et d’un toit. Réconstruite en 1810 ; on estime cette réconstruction à 500 F.

    Guedon (Baptiste). Maison détruite en 1794. Composée d’une chambre et d’un grenier. Réconstruite en 1810. On estime cette réconstruction à 450 F.

    Baudri (Pierre). Maison détruite en 1794. Composée de 3 chambres basses et d’un grenier. Partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1809. On estime cette dernière réconstruction à 900 F.

    Turpeau (Jean). Ecurie détruite en 1794. Réconstruite en 1809. On estime cette réconstruction à 800 F.

    Triem (Alexis). Maison détruite en 1794, composée de 2 chambres basses de 2 hautes et d’un grenier. Réconstruite en 1810. On estime cette réconstruction à 1000 F. Noté 250 en marge dans la colonne « quotité de la prime. »

    Clochard (Louis). Maison détruite en 1794 composée de cinq chambres basses et grenier. Partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1810. On estime cette dernière réconstruction à 700 F.

    Rousseau (Louis). Maison détruite en 1794 composée de 2 chambres basses et deux hautes. Partie réconstruite en 1809. On estime cette réconstruction à 650 F. La réconstruction peu importante qui reste à faire est estimée à 100 F. »

     

    A suivre…

    RL

    Mars 2020

     

     

    Note :

     

    (1)  AN, F13/1822-22, v. 6/16.


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    Les moulins de Cerizay en 1809…

     

     

    Les archives départementales des Deux-Sèvres et de la Vienne ont fusionné leurs sites internet et petit à petit les collections s’enrichissent de documents numérisés inédits. Parmi ceux-ci, deux états des moulins à farine en 1809 pour chacun des deux départements concernés. A voir ici (AD79, 6M464 pour les Deux-Sèvres).

    Comme je pense que vous allez vous-même vous préoccuper de votre commune ou du moins de celle qui vous tient à cœur, je vous propose pour exemple d’étudier la mienne, celle de Cerizay. Charité bien ordonnée commence par soi-même... Voici donc ce que l’on trouve avec l’affectation desdits moulins :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Les moulins de Cerizay en 1809....

     

    Dans la catégorie moulins à eau, on trouve le moulin de la Branle, situé sur la Sèvre nantaise et qui existe toujours. Il a visiblement deux affectations : froment et seigle. Est aussi recensé le « Petit Moulin », dont la roue n’existe plus mais qui se situait au lieu-dit du même nom, sur l’actuelle avenue du 25 août 1944. Ce dernier est également noté « Petit Moulin de Puyguyon » sur le cadastre de 1957 (AD79, 1908 W 16/1).

    Pour les moulins à vent, on retrouve le « Moulin de Cerizay », qui à mon avis n’est autre que le moulin à vent aujourd’hui disparu et dénommé « Petit Moulin de Cerisais » sur le cadastre de 1809 (AD79, 3 P 51/5). Ce moulin fonctionnait probablement avec celui précité :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Le «Moulin de la Roche » n’était pas situé quant à lui, près du château de la Roche, mais davantage près du logis de la Vannelière. Ici sur le cadastre de 1809 (AD79, 3 P 51/2) :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Celui de « Vrignay », en fait « La Vergnaie » était situé non loin de la ferme éponyme, pas très loin de la Douarnière. Il est dénommé « Moulin de la Veniais » sur le cadastre de 1809 (AD79, 3 P 51/5) :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    On sait que c’est ici que s’est arrêté l’un des détachements de la colonne de Grignon le 25 janvier 1794. Le ruisseau de l’Anguillette étant en crue, les soldats ne purent le franchir et aller brûler le château de la Girardière de Combrand, pourtant tout proche. En outre, il existait un moulin à eau à la Vergnais, là où est mort de maladie le curé Jahan de Cerizay quelques jours avant le passage de la colonne infernale. Il n’en existe plus aucune trace mais je vous en reparlerai bientôt...

    Nous avons fait le tour des moulins de Cerizay ? Eh bien non, car deux moulins à vent sont manquant dans l’état que je viens de citer : les deux moulins à vent de la Branle, fonctionnant sans doute en alternance avec le moulin à eau du même nom. Ces deux moulins n’apparaissent pas en état de ruine sur le cadastre de 1809. Dénommés «Moulins de la Branlle», ils étaient situés près d’Algon («Allegand», sur le plan) :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Pourquoi ne sont-ils pas enregistrés dans cet état ?

    De ces deux derniers moulins, il subsiste aujourd'hui que des ruines, sur une propriété privée. Ne pouvant vous offrir des photos sur place pour mes articles pour cause de coronavirus, je vous présente ici l’un d’eux en vue aérienne Géoportail, émergeant de la végétation :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Pour finir, ici trois cartes IGN de Cerizay et de ses moulins, du moins de leur emplacement, car l’urbanisme à depuis longtemps fait son œuvre…

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Les moulins de Cerizay en 1809....

     

    A bientôt…

    RL

    Mars 2020

     

     

     

     


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    Le 11 nivôse de l’ an IX, 

    une troupe armée du côté de Cerizay ? 

     

     

     

    Troubles à Cerizay en l'an IX....Sous le Consulat, la Vendée fait toujours l’objet d’une surveillance très serrée…

    Le 1er janvier 1801 (11 nivôse an 9), la gendarmerie de Cerizay est informée qu’une bande de voleurs avait été vue dans les environs. Aussitôt, des fouilles et des patrouilles sont organisées sans résultat. S’agit-il d’une fausse nouvelle ? De royalistes irréductibles ? Des écorcheurs ?

    Après avoir fait buisson creux, la gendarmerie rend compte au Préfet et ce dernier transmet un courrier au Ministre de la Police Générale, dont voici la teneur :

     

    « A Fontenay le Peuple, le 12 Pluviôse, l’an 9 de la République Française, une et Indivisible. 

    Le Préfet du Département de la Vendée,  

    Au Ministre de la Police Général, 

     

    « Citoyen Ministre, 

     

    J’ai pris les informations les plus exactes sur le fait contenue dans votre lettre du 1er de ce mois et dont j’ai eu l’honneur de vous accuser réception le 9 frimaire. 

    La troupe d’hommes armés dont il est question, n’a point pénétré dans le Département de la Vendée : aucun chef de poste, ni commandant de Gendarmerie, n’en a eu connaissance, et certes leur surveillance est telle à cet égard qu’ils l’auraient su et m’en eussent de suite transmis la nouvelle.

    Le chef de la Gendarmerie de la Vendée que j’avais chargé de prendre tous les renseignements possibles ; m’instruit bien que le Citoyen Bernier Brigadier à Cerizay, Département des Deux Sèvres avait été prévenu qu’on avait vu le 11 nivôse une bande de voleurs aux environs du dit Cerizay, que de suite il avait été fait des fouilles et patrouilles par les Brigades de Gendarmerie environnantes ; mais qu’elles n’avaient rien rencontré, ce qui donne à croire que ces brigands s’étaient dispersés. 

    Le même commandant de la Gendarmerie, m’annonce par son rapport de ce jour, qu’il n’a eu l’éveil d’aucun trouble, qu’au contraire tout est parfaitement tranquile dans la Vendée : j’espère, Citoyen Ministre, que cet état de paix et de tranquilité, se maintiendra. Je vous assure que le Gouvernement n’a rien de sérieux à redouter dans ce pays et que même j’espère que les délits les plus ordinaires dans la société y seront maintenant fort rares : je fonde cet espoir sur l’assurance que me donnent tous les maires des différentes communes, que les habitants sont partout tranquiles, occupés à leurs travaux, et plus que jamais éloignés de céder aux insinuations perfides de gens qui voudraient encore ressusciter les troubles. 

    Je ferais tous mes efforts, Citoyen Ministre pour maintenir cet état paisible et même pour l’améliorer encore : c’est l’objet qui excite le plus particulièrement ma sollicitude et ma surveillance.  

     

    Salut et respect. » 

       

     

    Sources : 

     

    . Archives du Département de la Vendée, tous droits réservés –  Correspondances actives du Préfet, 399 lettres – Préfet de la Vendée Merlet  clas 2 Num/ 110/17 – vues 17 et 18/511.  

    . Portrait d’un gendarme d’Ordonnance premier Empire  - 1804-1815 – portrait huile sur bois de chez Bertrand Malvaux, Antiquaire-Expert. - Gendarme en surtout – collection René Van Der Nest n° 177.     

     

     

     X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    4ème partie 

    De Saint-André-sur-Sèvre à Saint-Mesmin-le-Vieux…

     

     

    3ème partie ici.

     

    Lachenay vient de laisser Saint-André-sur-Sèvre en flammes, après avoir probablement tué 65 personnes près du ruisseau des Colons (aujourd’hui nommé ruisseau de « Bonne Mort », du nom du moulin en amont). Il prend la direction de Saint-Mesmin à la sortie de Saint-André et brûle la ferme de la Foye.

    Il est très probable que ce soit dès ce lieu que l’un de ses détachements part vers le Nord-Ouest. Ce dernier brûle la Justinière (nommée Jousselinière sur le Cadastre), puis Lavaud avant de filer par ce qui est aujourd’hui un chemin de terre, en direction de la Maison-Neuve, non construite à l’époque, puis de l’Ouche-Neuve, qui est incendiée. Il est difficile de dire si la Ferlandière, le Sourdis, l’Aubrière, la Belle-Feuille (Belle-Fille en français) et le Rémi sont incendiés mais cela semble très probable avant que ce détachement n'arrive à Saint-Mesmin-la-Ville (1). Si les ruines indiquées sur le cadastre ci-après correspondent aux incendies, on peut en conclure que le hameau fut entièrement dévasté.

    En bleu, le parcours du gros de la colonne de Lachenay. En violet, le parcours de son détachement :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le chemin pris par le détachement de Lachenay, venant de la Justinière, en direction de l’Aubrière et de Saint-Mesmin-la-Ville :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le lieu en vidéo. Passant depuis des années sur cette route, à moto comme en voiture, juste dans l’idée de me promener, j’ai mis un peu de temps à comprendre pourquoi j’avais toujours une impression bizarre en passant ici.

     

    Arrêtons-nous à présent quelques instants sur le récit de Henri Proust, propriétaire du château de Saint-Mesmin-la-Ville, ce château du XIV° siècle, devenu de nos jours une attraction touristique majeure dans la région (2) :

    « ... Il était cependant habité pendant la guerre de Vendée par une personne de la famille (Vasselot, NDLR), une vieille demoiselle, suivant les récits que nous ont faits, il y a bien des années, quelques habitants du pays, contemporains de la Révolution. Elle y fut tuée lors du passage des colonnes infernales. Saint-Mesmin fut une des premières étapes de celle commandée par Grignon. Le 27 janvier 1794, un détachement, sous les ordres de Brisset, incendia le château (3). La grosse tour seule et une partie des communs furent brûlés. Les soldats eux-mêmes éteignirent le feu, sur le contrordre donné de conserver les bâtiments nons encore atteints qui faisaient de vastes logements faciles à défendre au besoin. »

    Ce qui reste du hameau de Saint-Mesmin-la-Ville sur le cadastre de 1809 des AD79 (3 P 238/2). Les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine, 15 ans après les faits :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    On note sans difficulté une chapelle ruinée sur le cadastre. Voici ce qu’il en reste aujourd’hui (propriété privée) :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le château fort de nos jours :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    On sait que ce château verra la fameuse affaire du siège de 1796, lorsque 42 Vendéens tiendront devant 1 500 républicains du 20 au 23 février. A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai aucune idée de qui peut être ce « Brisset » qui commandait la colonne qui incendia Saint-Mesmin-la-Ville et tua la vieille demoiselle de Vasselot. A la fin de janvier 1794, les ruisseaux sont en crue, nous en l'avons déjà vu. Il semble pourtant que les troupes républicaines aient réussi à passer le Sevreau aussi bien du côté du bourg de Saint-Mesmin que de Saint-Mesmin-la-Ville. C’est sans doute lorsque le détachement qui arrive de ce dernier lieu prend le chemin du bourg que le voiturier Renaudeau est tué. Sa femme, portant un enfant à la mamelle est violée et ses chevaux volés. Renaudeau se rendait à la municipalité depuis chez lui, au moulin de Robineau.

    Le lieu supposé de la mort du voiturier Renaudeau, marqué d'une croix bleue :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Pendant ce temps, Lachenay continue d’avancer vers le bourg de Saint-Mesmin en passant par l’ancien prieuré des Noues, puis le Chiron qui ne sont pas en ruines sur le cadastre, mais près desquels il ne faisait sûrement pas bon se trouver au soir du 26 janvier 1794...         Barrion, signale que l’armée incendiaire était arrivée par la route de la Forêt-sur-Sèvre, ce qui prouve donc que Lachenay arrive bien par le chemin de la Mantruère (4). Peut-être est-ce ce qui a fait dire à Gabriel de Fontaines, concernant le massacre du Pont des Colons près de Saint-André, que les républicains arrivaient de la Forêt-sur-Sèvre. Ce qui est illogique, Saint-André se trouvant entre la Forêt et Saint-Mesmin. Nous avons là un indice qui porte à confirmer leur arrivée plutôt depuis le Gué de l’Epine, Gabriel de Fontaines ayant peut-être compris que les Bleus arrivaient du bourg de la Forêt alors qu’ils arrivaient à Saint-Mesmin, par « le chemin  de la Forêt ». Le cadastre de 1840 des AD85, datant de 1840, il est trop récent pour y voir des ruines datant d’un possible incendie.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    C’est par ce chemin que la colonne de Lachenay arrive, depuis la Mantruère, rejoignant le chemin de Montournais à Saint-Mesmin :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Au rapport de Barrion, peu de métairies sont brûlées sur Saint-Mesmin, mais plusieurs paysans sont égorgés. Certains soldats font évader les habitants du bourg avant que le feu n’y soit mis. Cependant un vieillard de 92 ans, ainsi que sa femme et son domestique, sont hachés à coup de sabre.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    L'église de Saint-Mesmin de nos jours (où votre serviteur fut baptisé en 1969) : 

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

     

    Militairement parlant, la division en deux parties de la colonne de Lachenay avait pour but de prendre le bourg de Saint-Mesmin en tenaille par le Sud et l’Est à la fois. Ce fut fait, mais sans résultat sur les troupes vendéennes, qui de toute manière, sont encore au-delà de la Loire à cette époque. Il ne s'agit donc bien que de tuer des non-combattants. Seules trois maisons resteront debout dans le bourg.

    C’est la fin de cette série d’articles sur la colonne Grignon/Lachenay. Lachenay qui poursuivra sa route en direction de Pouzauges, suivant un parcours dont j’ai parlé ici.

    Dieu seul sait combien de morts…

    RL

    Février 2019

     

     

     

     

    Notes :

     

    (1)  J’ai cité « Saint-Mesmin-le-Vieux » dans le titre de l’article afin de distinguer la commune et paroisse de Saint-Mesmin de « Saint-Mesmin-la-Ville », connu pour son château du XIV° siècle et qui est aujourd’hui un hameau dépendant de Saint-André-sur-Sèvre. Saint-Mesmin se trouve en Vendée, et Saint-André-sur-Sèvre dans les Deux-Sèvres. Je sais, c’est compliqué pour ceux qui ne sont pas d’ici…

    (2)  « Le château de Saint-Mesmin-la-Ville à Saint-André-sur-Sèvre (Deux-Sèvres) avec notices rédigées par M. Henri Proust, vice-président de la Société de Statistiques des Deux-Sèvres », in « Paysages et Monuments du Poitou, photographiés par Jules Robuchon, lauréat de la Société Française d’Archéologie depuis 1864, membre de la Société des Antiquaires de l’Ouest », soixante-dix-huitième et soixante-dix-neuvième livraisons, Paris, Motteroz, 1888, p. 5 et 6. Un très grand merci au passage à Caroline Torres-Frometa, la responsable du château, qui m’a aimablement communiqué cet ouvrage introuvable. Comme quoi, l’entraide entre passionnés d’histoire locale, même sur des périodes différentes, ne peut qu’être productive.

    (3)  Plutôt le 26 car c’est au soir de ce jour que Lachenay arrive à Saint-Mesmin, tandis que la municipalité est prévenue que le feu sera mis au bourg le lendemain 27.

    (4)  La Mantruère, dépendante de la commune de Montournais. On sait que le territoire de Montournais s’étend jusqu’à la rivière du Sevreau, à deux pas du bourg de Saint-Mesmin et de sa gare (lieux que je connais bien et pour cause !). Le dernier village de Montournais étant Fonteneau.

     


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    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    3ème partie

    De Montigny à Saint-André-sur-Sèvre…

     

     

    2ème partie ici.

     

    Reprenons notre parcours avec Lachenay. On se demande ce qu’a pu faire ce dernier du 24 au 26 janvier 1794. L’ami Bruno Griffon de Pleineville me faisait remarquer récemment et avec raison qu’il a dû quelque peu s’ennuyer à Montigny. Au vu de la taille de l’église, qu’il semble avoir épargnée, il est peu probable qu’il y ait fait stocker des subsistances, qui d’ailleurs le seront à Cerizay (voir ici pour plus de détails). Malheureusement, il n’existe pas à ma connaissance de rapport de sa main mentionnant ses activités à la fin janvier 1794. Pour cette partie nous sommes donc contraints de nous fier au rapport d’Alexis Barillon, membre de la Société Populaire de Fontenay, qui a assisté à l’arrivée de Lachenay à Saint-Mesmin et dont j’avais publié le rapport ici.

    Comme pour les deux premiers articles, nous allons tenter de reconstituer le parcours de Lachenay, cette fois depuis Montigny jusqu’à Saint-Mesmin, à partir des éléments que nous donnent le cadastre ancien.

    Lachenay semble bien parti de Montigny ce 26 janvier 1794, par le chemin de la Preuille (qui s’appelle le Breuil à l’époque, un Breuil désignant un bois). Bizarrement, mais tout est bizarre avec la colonne de Lachenay, il ne semble pas avoir envoyé de détachement sur sa gauche pour incendier les villages situés sur la route de la Forêt-sur-Sèvre à Cerizay. La Chanelière et le Magny semblent ainsi épargnés. J’imagine que Lachenay est très pressé par les objectifs de Grignon et de son chef Turreau, qui s’imagine pouvoir tout brûler en 15 jours, en plein hiver...

    En revanche, le sort sera rude sur la route de Beauchêne pour les villages de la Fichaudière, la Rigautière et la Vieille-Cour. La Rigautière est rayée de la carte, tandis que Lachenay va faire noyer dans un lavoir les habitants de la Vieille-Cour avant de mettre le feu aux bâtiments (1). Lachenay pousse jusqu’à Beauchêne et tente d'incendier la chapelle, sans succès. La vieille bâtisse, qui avait déjà connu les agressions protestantes, ne prendra feu que par la toiture. Des restes de charpentes brûlés se retrouveront tombés sur les voûtes, lors de travaux de réfection en 1949.

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

        Lachenay arrive par ce chemin depuis Montigny:

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie.... 

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    L'une des maisons de la Vieille-Cour qui a vu l'horreur...

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Lachenay ne s’attarde pas sur Beauchêne. Je suppose qu’il suppose que Grignon est en train de tout brûler sur Cerizay, alors qu’il est déjà à Montravers, comme nous l’avons vu précédemment. Jean-Baptiste Lachenay, poursuit sa route vers la Sèvre Nantaise et le Gué de l’Epine. Comme déjà dit, nous ne savons rien de la correspondance entre Lachenay et Grignon, sauf à considérer que Grignon était visiblement au courant de certaines affaires de son subordonné, notamment celle de la Vieille-Cour, qui se retrouve dans la correspondance produite par Savary, et que ce dernier n’a pas pu inventer. Où sont ces documents aujourd’hui ? Mystère. Et loin de soupçonner les « Communards » comme certains historiens politiques, je penche plutôt pour une disparition voulue par Savary lui-même, orchestrée dès le départ par Turreau, expliquant beaucoup de lacunes dans les écrits de Savary, et ainsi de suite.

    On ne sait si en passant au Gué de l’Epine, Lachenay fait incendier les fermes de la Pigerie et de l’Ermitage. A cette époque, il y a au Gué de l’Epine, un gué, comme son nom l’indique, et un pont sur le bras de la Sèvre le plus important.

    Cadastre de 1809 des AD79, 3 P 51/4 :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

    Tournant sur sa gauche, Lachenay se dirige vers Saint-André-sur-Sèvre. Sans doute brûle-t-il la Naulière (Roullère sur le cadastre) avant d’incendier la Boutinière, puis le Gué-au-Beau (prononcer « Guiôbô » ou « Yôbô » en Poitevin), puis le Terrier, et une humble maison, qui a disparu depuis longtemps mais qui apparaît mentionnée comme masure sur le cadastre de 1809 sous le nom de « Poirier ». A cette époque, un bras de la Sèvre longe littéralement le chemin. Juste histoire de souligner l’ancienneté des lieux et le voisinage de la Sèvre Nantaise, fréquenté depuis le néolithique et des temps immémoriaux : une francisque mérovingienne avait été découverte par Gabriel de Fontaines en 1892 au Gué-au-Beau (2).

     La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Le poirier sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 238/4 :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

    Il est dix heures du matin ce 26 janvier 1794, lorsque le Bourg de Saint-André est totalement incendié. Alexis Barrion entend depuis le bourg de Saint-Mesmin une « fusillade très vive » qui s’avère être le massacre de la garde nationale de Saint-André. On sait que le maire de Saint-André, Jean-Baptiste Garreau, devra sa vie à son portefeuille que les républicains lui volent (3).

    « Le citoyen J.B. Garreau, maire et Pierre Beraud, agent national de la commune de Saint-André, déclarent qu'ayant été requis de se rendre à leur poste par l'administration de Bressuire en date du 2 pluviôse, pour y mettre en réquisition tous les charretiers de la commune, ils s'y étaient effectivement rendus pour y attendre le passage de la colonne, que même ils avaient fait partir toutes les charrettes afin de faire enlever les grains et les fourrages ; Qu'ils avaient fait la liste de tous les rebelles de leur commune afin de la donner au général de l'armée et faire brûler leur maison et épargner celles des patriotes ; Qu'ayant été avertis que la colonne arrivait, la municipalité avait été en écharpes au-devant d'elle et à la tête de tous les charretiers ; Que par une horreur, qui n'a pas d'excuses, on fit massacrer sous les yeux de la municipalité les charretiers qui étaient là par son ordre ; que lui maire, ne fut sauvé du massacre qu'au moyen de son porte-feuille qui contenait environ trois mille livres, et qu'il donna pour sauver sa vie à trois volontaires qui voulaient l'assassiner. On observe que la colonne, qui a fait tous ces massacres, est la colonne de Grignon. 

     Signé : GARREAU, maire de Saint-André ; BERAUD, agent national de la commune de Saint-André-sur-Sèvre. 

    Pour copie conforme à l'original resté entre les mains du soussigné  

    JARRY, administrateur du district de Bressuire. »

     

    Le Bourg de Saint-André-sur-Sèvre, dont les ruines sont encore bien visibles, sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 238/5 :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    L'église de nos jours :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Le massacre du Pont des Colons indiqué par un crâne  (création de ma belle-fille Mélissa) :

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

     

     Est-ce à cette date qu’à lieu la tuerie du « Pont des Colons » et du « Chemin des Cercueils » ? Gabriel de Fontaines, l’historien de la commune, pense que les Bleus venaient de la Forêt-sur-Sèvre sous les Ordres de Daillac (le fameux Daillac qui n’a jamais existé et qui aurait commandé la seconde colonne de Prévignaud) (4). Je pencherai plutôt pour un unique massacre, englobant celui de la garde nationale. On sait qu’une fillette de 8 ans, Marie Millasseau survivra à cette boucherie de 65 personnes. Depuis, la légende raconte que 65 chandelles et 65 cercueils apparaissent la nuit en cet endroit, et qu’il en sera ainsi tout pendant que les victimes n’auront pas de sépulture décente.

    La colonne infernale Girgnon/Lachenay à Cerizay, 3ème partie....

    Après ces joyeuseries tricolores, Lachenay part brûler Saint-Mesmin.

    A suivre ici.

    RL

    Février 2019

     

     

    Notes :

    (1)  Je ne suis pas convaincu par l’existence d’un « doué » (lavoir) à la Vieille-Cour en 1794 et je soupçonne davantage un massacre plus général près de celui de Beauchêne. C’est à la Vieille-Cour que se trouvaient les « fâmeux idolâtres » dont Grignon décrit le départ au « quartier-général ». On sait qu’aux alentours de mars 1794, Marigny fera tuer 20 soldats républicains, qui sont enterrés juste en face de la Veille-Cour, de l’autre côté du carrefour.

    (2)  Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1913, 3ème série, tome II, p.499.

    (3)    Revue Historique de l’Ouest, Leroux-Cesbron, 1897.

    (4)  Gabriel de Fontaines pense que les charretiers avaient été requis, non seulement à Saint-André, mais aussi à la Forêt-sur-Sèvre, Saint-Marsault, la Ronde et Courlay. Ceux de ces deux dernières communes auraient refusé de se rendre à la réquisition. In Revue Poitevine et Saintongeaise, Lacuve, Melle, 1891.

     

     


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