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    Puy Guyon

    Correspondance entre la veuve de Lescure et son fermier…

     

     

    Les 12 lettres qui composent cet article nous ont été fournies par un lecteur de Chemins secrets afin de compléter les trois articles consacrés au château de Puy-Guyon dont le premier volet a été publié ici. Ces documents ont été achetés chez un antiquaire de Bordeaux et je ne donnerai pas l’identité du collectionneur afin de respecter son souhait. Il est de plus en plus fréquent que les passionnés d’histoire locale choisissent Chemins secrets pour confier leurs connaissances et je les en remercie vivement.

    Marie-Louise-Victoire de Donnissan, marquise de La Rochejaquelein vers 1802 (AD85) :

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    Si l’on connaît souvent le château de Clisson en Boismé où vivait Louis-Marie de Lescure et sa famille, il n’en est hélas pas de même pour Puy-Guyon en Cerizay que nous avons déjà étudié. On sait que le fermier de ce domaine était Jean-Charles-Elie Bernard, que Gaspard de Bernard de Marigny aimait à surnommer « mon cousin » par boutade. Jean-Charles-Elie Bernard, né le 4 décembre 1752 à Dissais (actuelle Vendée départementale), chef de l’état-major de Marigny, fit la Virée de Galerne. J’ignore, à l’heure où j’écris ces lignes, de quelle manière il réussit à repasser la Loire et si ce fut avec Marigny en mars 1794. Le blog de ma femme a publié quelques notes biographiques sur lui ici. Il meurt à Puy-Guyon le 31 octobre 1821, âgé de 69 ans. Il a donc la cinquantaine lorsqu’il correspond pour affaires avec celle qui deviendra la marquise de la Rochejaquelein en 1802. On sait qu’après avoir été un temps exilée par deux fois en Espagne entre les événements du 18 fructidor (4 septembre 1797) et du 18 brumaire (9 novembre 1799) elle rentra finalement en France en mai 1800. Ces dernières précisions ont leur importance afin de pouvoir dater certaines lettres d’époques inconnues. Une chose est sûre, elles ont toutes été écrites depuis Bordeaux, ce qui laisse entendre que Victoire de Lescure était libre de ces mouvements lorsqu’elle les a rédigées. 

    Je vous livre donc ces lettres en respectant leur orthographe originale.

     

     

    1

     

    « Au citoyen Bernard fermier de puy guyon commune de Cerisaye par Fontenay et la Chataigneraye dans la Vendée

     

     Ce 3 prairial, l’an 3 de la Rf

    22 mai 1795

    Etant accablée d’affaires citoyen, et ne pouvant vous écrire moi-même, je me sers d’un secrétaire pour vous prier de me donner de vos nouvelles ; je vous ai déjà écrit, et suis fort en peine de ne point recevoir de lettre de vous, j’espère pourtant que les miennes vous sont parvenues. Ayant appris que vous êtes allé à Clisson et à Ste Flève (1), vous voudrez bien citoyen répondre tout de suite que vous aurés reçu ma lettre à l’hôtel de Masttre rue du Temple à Bordeaux. J’ai écrit de tous côtés pour scavoir de vos nouvelles, reponse tout de suite je vous prie tout de suite car je suis extremement inquiette ; recevés citoyen l’assurance de mon sincère attachement.

    Donnissan veuve Lescure »

     

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    ***

     

    2

     

     

     

    « Au citoyen

    Bernard fermier

    De puy guyon

    Commune de Cerisaye

    par Bressuire

     

    Annotation : 10 février (1798 - ?)

    J’ai bien peur mon cher citoyen que le temps horrible que nous avons depuis le commencement de l’hyver et surtout le tremblement de terre n’ayent fait de grands dégâts dans les batimens de puy guyon et les métairies. Ce seroit le comble du malheur pour moi car vraiment je ne sais plus ou donner de la tête. Je vous prie donc de faire cette année le moins de réparations possible. J’ai mandé au citoyen Jagault (2) de vous faire scier des plancher, il faudra que lors de la visite qu’il doit vous faire pour voir l’état des arbres qui sont sur les métairies vous examiniez et conveniez ensemble des réparations indispensables a faire cette année et dont vous voudrez bien m’envoyer conjointement un petit tableau écrit bien fait pour que cela ne coûte pas tant de port. Tachez donc je vous prie de faire le moins de réparations qu’on pourra car ma fortune ne me le permet vraiment pas. Bien des complimens de ma part a la citoyenne Bernard, je n’oubli point que je lui dois une visite que je lui ai promise. Je voudrais bien pouvoir la lui faire bientôt. En attendant que mes affaires me permettent de retourner dans notre pays et de vous y voir, recevez l’un et l’autre l’assurance de tout mon attachement.

    Donnissan veuve Lescure

    Ce 20 février.

    Maman vous dit bien des choses »

     

    L’allusion au tremblement de terre est surprenante mais va nous permettre de dater la lettre qui n’a pas été écrite en 1798 comme indique l’annotation rajoutée à posterirori. Arrêtons-nous quelques instants sur le séïsme du 25 janvier 1799 qui fit de gros dégâts dans l’Ouest. Précédé de quelques secousses au cours de l’année 1798, ce séïsme atteindra 7 sur l’échelle de Richter, se déclenchant à 4 h du matin avec un épicentre situé à Bouin, sur la côte vendéenne. Il sera ressenti jusqu’en Bretagne, en Normandie, en Touraine, dans le Berry, le Limousin, le Bordelais et jusqu’aux confins de la Bourgogne et de l’Ile-de-France. Des destructions considérables ont lieu dans le Marais Breton-Vendéen (3). Ainsi que l’article donné en note N°2 l’affirme, la commune de Tiffauges, située non loin de Cholet et Mortagne-sur-Sèvre a subi une grosse secousse qui dura une « grosse minute », faisant tomber des vitraux, manquant de « renverser des meubles de bois ». Le commissaire du canton qui rapporte les événements, ne parle rien que moins que du « renversement de la république » (4). On ne connait pas les détails de ce qui a pu se passer sur les terres de la veuve de Lescure à Boismé et Cerizay mais une lettre de l’administration centrale du département de Loire-Inférieure signale au ministre de l’intérieur :

    « Il parait que le tremblement de terre qui a eu lieu dans la nuit du 5 au 6 (pluviôse) et dont je vous ai entretenu par ma lettre du 6 a causé des accidents graves surtout vers le département des Deux-Sèvres... » (5)

    Il serait intéressant de retrouver trace des dégâts causés dans les Deux-Sèvres aux AD79. Peut-être l’objet d’un autre article...

     

    ***

     

        3

     

    « Au citoyen Bernard fermier de Puy guyon commune de Cerizaye

    A Bressuire

    Dépt des Deux-Sèvres

     

    Je vous avois mandé l’autre jour monsieur que je n’avois besoin de 1200# que dans deux mois. Je me suis bien trompée de peu, le controleur vient de venir diner avec moi, il m’a dit que cette somme que je devois a son bureau de Médoc devoit être payée sans faute le 16 frimaire (7 décembre 1799, la lettre est datée du 7 octobre) jour précis sous peine d’amende. Je lui ai promis qu’elle le seroit, je vous prie donc en grace de prendre vos mesures d’avance pour que j’aye cette somme le 12 frimaire a Bordeaux pour que j’aye payé au Médoc avant le 16 comme il est probable qu’a cette époque je serai en compagnie et non a Bordeaux, je vous prie de faire adresser cette somme a Mr Beauvais chemin de St Genest sous la porte Ste Eulalie n° 30 a Bordeaux. Faites compter si vous vous voulez par René (Jagault) ; je m’en rapporte a vous pour avoir la somme exactement ayant bien de la confiance de votre intérêt pour moi.

    Donnissan veuve Lescure

    Le 15 vendémaire an 8

    (7 octobre 1799)

    Tournez (fin de page)

     

    Je reçois votre lettre et quoique j’aye un mal a la tête fol et que j’aye vomi tout aujourd’huy je veux vous y répondre. Je croyois que René avoit dit de m’envoyer la lettre du conseil d’état qui suspend tout payement que je devois a la nation l’avoit communiqué a *** Chatillon comme il l’a fait a Bressuire. Je l’ai envoyée a Mr Boigauttier double de la somme. Envoyez la lui chercher. D’autant que le lettre a été envoyée par le conseil d’état a la régie dans le dept des Deux-Sèvres ainsi Chatillon en ressort comme Bressuire et je ne doute pas que vous obteniez. Quant au pré c’est une affaire criante, il faut tacher de prouver que cela est fondé sur la d**** et bien se déffendre au moins faut-il essayer de plaider cette affaire mais si vous voyez impossible de réussir alors il faudra bien rejeter ce pré et il sera juste que vous remboursiez la nation du temps que vous l’avez fauché : mais je crois que vous gagnerez vous devez avoir des connoissances a Niort.

    Adieu je n’en puis plus, je rouvre ma lettre et vous verrez a l’autre page la consultation pour le pré.

    Il n’y a pas de doute que le receveur de l’enregistrement est mal fondé dans sa demande relativement au droit de novale (6) sur la prairie. Ce droit qui est une vraie dime pendant 30 ou 40 ans se trouve aboli par la loi qui supprime le droit de dixme, sous ce raport on ne voit pas qu’il puisse exercer aucune prétention sur cette prairie.

    D’après cela monsieur il faut je vous prie soutenir mon droit avec vigueur et ne point céder. »

     

     

        4

     

     

    « Au citoyen Bernard fermier de

    Puy Guyon commune de

    Cerisaye par Bressuire/Dpt des Deux-Sèvres

     

    Répondu le 18

    L’expression de votre joye sur la fin de vos affaires m’a été d’autant plus sensible, monsieur que j’en connois la sincérité et que j’ai toujours compté entièrement sur votre attachement et votre amitié. Mr Jaulin a reçu ce que vous lui avez envoyé. Si vous venez ici je cous prierai de me porter le reste ce n’est pas que j’en aye besoin aussi cela n’est-il pas pressé.

    Surement je serai très aise d’avoir le plaisir de vous voir mais pour peu que cela vous dérange je n’en vois pas la nécessité. Nous pourrions traiter par lettres d’autant que surement pour je vous prefères bien a qui que ce soit pour la ferme de Puy Guyon. Pourvu comme je n’en doute pas que vos propositions soyent raisonnables. La pacif (ication) générale qui va se faire enfin rétablira le commerce. Je n’ai pas un besoin pressant d’argent ainsi j’attendrai bien un mois la somme que vous avez l’attention de me proposer. J’imagine que dans ce moment le procès verbal des dégradations commises dans les bois de Clisson  suivant la lettre et la procuration que je vous ai envoyé par Mr Jagault est fait ne doutant pas du plaisir que vous avez a m’obliger et dont j’ai eu tant de preuves. Soyez sur monsieur que je le suis vivement et que vous (je vous) ai voué pour la vie le plus sincèrement attachement.

    Mille complimens à madame Bernard

    Ce 10 messidor an 8 (29 juin 1800)

    Donnissan veuve Lescure

    Chez mde Lucy rue St Paul près la porte Dijeaux

    Pardon de mon griffonage je suis bien pressée »

     

    ***

     

    5

     

    La missive qui suit n’est pas de Victoire de Donnissan, veuve Lescure mais d’un certain Saurin qui semble renseigner le fermier de Puy-Guyon sur une conspiration contre le gouvernement du Consulat.

     

    « Au citoyen

    Bernard propriétaire

    A Puyguyon commune de

    Cerisais près et par

    Bressuire

    A Puguyon

     

    Bordeaux 1er juillet 1800 :

    Monsieur

    Je viens de recevoir les comptes que je vous avais prié de m’envoyer je vous en remercie j’aurais accusé réception un peu plutôt mais une fièvre qui m’accable depuis longtemps m’en a empêché, je vais cependant un peu mieux. Je ne suis pas décidé de me rendre, pour le moment, dans mon pays et je ne mi décideré qu’avec peine, ayant intention de prendre connaissance du commerce et faire quelques voyages aux isles ; si des affaires impérieuses mi appelent j’aurés alors la satisfaction de passer chez vous, non pour satisfaire vos désirs mais les miens (illisible). Ce sera toujours un nouveau plaisir (de) pouvoir de renouveler les doux moments que j’ai passé avec vous.

    Je n’ai pas eu de peine pour prendre des informations sur Lavallet de qui vous demandé du nouveau ; je le connais beaucoup : je ne peut dans ce moment m’aquitter de votre commission car il est un de ceux qui ont été arrêté, ici, pour cause de prétendue conspiration ; non qu’il soit pris pour conspirateur mais comme comis de Mr Dumas courtier de change qui a été également arrêté ; vous avés, sans doutte appris cette aventure par les journaux qui ne vous auront pas annoncé le nombre qui a été arrêté, je vais vous le donner ici dans la persuation que cela vous fera plaisir : au même moment de la rédition de Gêne (7) il arriva un courrier extraordinaire, venant de Paris qui apporta l’ordres d’arrêter plusieurs individus conspirateurs ; le courier arriva à minuit. A 4 heures du matin le commissaire de police avés fait arrêter sept particuliers parmi lesquels étoit une femme. Depuis il lui en a été arrêté deux ce qui fait neuf qui après avoir été interrogé ont été mis au secret. Depuis on en à chargé quatre dont le père que ces cinq autres ne tarderont pas à jouir de cette liberté dont il est tant question depuis 10 ans : Lavallet est du nombre de ces derniers. Sitôt que je pourré le voir je lui communiqueré votre lettre et surement il sera satisfait de recevoir de vos nouvelles avec d’autant plus de raison qu’il m’avés souvent parlés de vous. Il vous fera part lui-même de ses intentions relativement au petit paquet que vous avés a lui.

    Je vais encore vous prier de me rendre : un petit service qui sera le dernier dans le genre. C’est de faire remettre la lettre, que je me permet de metre cy joint à son adresse ; vous savés de quoi il s’agit et d’après la satisfaction que vous avés en la bonté de me témoigner sur la réussitte, je n’ai pas hésité a prendre cette (Ligne illisible) **********

    Ce seré une grande satisfaction pour moi et je vous prouveré par mon activité combien j’en aurai de joie. Recevez l’assurance de mon sincère attachement et me croyez toujours monsieur

    Votre très humble et très obéissant serviteur

    Saurin

    J’offre à madame votre épouse mes services dans le cas que je puisse lui être, ici, de quelque utilité et vous prie de lui dire les choses les plus honnestes ainsi qu’à votre aimable famille et la sienne. »

     

    ***

     

    6

     

    Dans le courrier qui suit, Victoire de Donnissan se fâche un peu contre son fermier, qui ne semble pas mener ses affaires comme elle l’entend.

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    « Au citoyen Bernard fermier de puy guyon commune de Cerisaye à Bressuire Dpt des Deux-Sèvres

     

    De Bordeaux le 14 thermidor an 8 (2 août 1800)

    Rue St Paul n° 7

     

    J’ai été aussi étonnée qu’affligée de votre lettre monsieur. Quoi c’est au milieu des dépenses que j’ai été obligée de faire que vous me proposez encore de diminuer Puy Guyon. Et pour quel motif ? Vous l’avés affermé 5500 # (parce que je déduis le 10ème pour impositions) 5500 # il y a 3 ans qu’avez-vous trouvé qu’il ait perdu depuis ? Au contraire j’ai fait des frais immenses depuis en réparations et je vous demande qu’a-t-il perdu ? Vous savez vous-même combien je suis loin de profferer des chicanes aux fermiers, vous n’avez pas oublié que je vous ai fait des remises, que jamais je n’ai exigé que vous me payez à l’échéance. Ce n’est pas avec moi que vous devez craindre monsieur. Vous savez vous-même que si vous aviez des motifs légitimes de désirer une remise  je préviendrois votre demande mais affermer pour rien un bien pour 9 années c’est impossible je vous offre Puy Guyon pour 7 ans à 5500 # quitte de toute imposition. En outre il faudra que vous payez la rente de 4 charges ½ de seigle aux religieuses de Bressuire s’il est prouvé que cette dette est légitime. Quant à l’arriéré de cette rente je la payerai. Réfléchissez monsieur que je ne vous demande pas de pot-de-vin. Pensez a qui vous avez affaire je ne crois pas que vous ayez jamais trouvé propriétaire plus facile. A la vérité vous trouverez peu de personnes qui ayant pour vous autant d’estime et d’attachement que moi. Voyez si mes propositions vous conviennent j’y tiens très décidément. Quant aux autres conditions elles seront suivant l’usage des fermes du pays, c'est-à-dire vous serez soumis aux réparations fourni de matériaux que je payerai et vous n’aurez que la main d’œuvre.

    Monsieur si ce que je vous offre vous convient, je compte vous faire une petite remise cette année a cause de votre déplacement a Ste Flaive, vous me trouverez j’espère toujours juste, mais je vous le répète je ne changerai pas mes propositions d’un iota. Voyez donc si elles vous conviennent. Je vous serez bien obligée de m’envoyer dans le plus petit format une copie a la main de l’acte de ferme  que vous avez passée à Mr Jagault. Je vous remercie du procès verbal que vous avez fait pour la dégradation de mes bois il est parfaitement bien. Il est inutile de me l’envoyer, les frais de la poste sont énormes. J’ai toujours oublié de vous demander ce que sont devenus les titres des terres que voûs aviez ou plutôt j’ai oublié ce que j’ai pu savoir a cet égard. Il n’est pas étonnant que ma mémoire soit brouillée. Je ne doute pas du soin que vous avez pris de les sauver. Je les crois bien pourris malgré vos précautions a cet égard. Adieu, monsieur, réfléchissez bien ma lettre vous la trouverez raisonable. Soyez surtout convaincu des sentimens que je vous ai voué.

    Donnissan veuve Lescure. »

     

    ***

     

    7

     

    « Au citoyen Bernard cultivateur

    Commune de Cerisaye

    A Bressuire

    Dépt des Deux-Sèvres

     

    Annotation : an 8 ou an 9

    Vers 1800 ou 1801

    Je m’empresse monsieur a vous donner moi-même de mes nouvelles étant pour ainsi dire rétablie de ma longue maladie. Je suis en pleine convalescence j’ai cependant encore quelque petit remède a prendre mais cela n’est pour ainsi dire rien. Combien je suis pénétrée monsieur du véritable intérêt que vous m’avez témoignée et dont je parle souvent avec Mr Beauvais. Croyez que cela m’a vivement touchée et qu’on se trouve heureux souvent d’avoir de vrais amis. J’ai touché les mille écus dont je vous fais mille remerciemens. J’imagine que vous avez payé Jadeau et Gabart ces deux vieillards ont besoin de leur petite rente ainsi il faut bien ne pas les retarder.

    J’ai aussi touché de vous les autres 1500# donnés a Mr Beauvais.

    Gardez entre vos mains tous les procès verbaux... (manque bas de page)... Paulin est ici.

    J’aurois besoin ainsi que lui d’une notte des grains et autres objets a vendre qui se trouvèrent à Ste Flaive lorsque M Boigauttier la affermé et ce que tout cela est devenu. Mr Paulin la vendu mais il n’a pas la mémoire présente sur tout cela, il dit que vous avez ses nottes. Ayez la bonté de nous les envoyer mais le plus petit volume possible car les ports de lettres ruinent. Si vous pouviez trouver une place pour ce pauvre Paulin vous l’obligeriez bien. Mille compliments a Mde Bernard ***

    Adieu monsieur, croyez a mon bien sincère attachement et bien réel. »

     

    ***

     

    8

     

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    « Au citoyen Giraud trésorier du district de la Chataigneraie pour remettre au citoyen Bernard fermier de Puyguyon a la Chataigneraye

     

     

    Ce 30 prairial (19 juin 1800, 1801 ?)

    Je vous écris encore aujourd’huy monsieur, parce que je reçois a l’instant une lettre de Nantes qui m’aprend des nouvelles de celle du C. Giraud et des 3300 livres. Tout cela est parti il y a près de deux mois, je n’ai rien reçu. Je vais recourir aux registres de la poste mais d’après cela vous n’avez plus a vous en inquiéter ni a vous en informer en tout cas quand même je les perdrois ils seroient toujours reçus a compte sur vos mémoires. Je viens d’écrire pour que le régisseur qu’on m’a proposé pour Ste Flaive se rende sur le champ auprès de vous a puyguyon pour prendre de vous et de Mr Jagault tous les renseignements nécéssaires. Il faudra surtout lui faire connoitre s’il est possible ceux des habitans de Ste Flaive qui connoissent le mieux mon bien et pourroient lui donner des conseils pour les premiers temps. J’ai mandé que Mr Jagault règleroit ses appointements et qu’on les fixeroit a telle quantité de tels et tels grains. S’il y a des meubles il pourra s’en servir. Vous verrez tous ces arrangements de délais si les inventaires ne sont pas fait a Ste Flaive ainsi que les procès verbaux on pourra s’en charger avant de prendre la régie. On répond de ce monsieur comme intelligent, sûr et instruit. Je désire surtout qu’il soit doux envers les paysans et qu’il soit surveillé par vous si vous voulez bien avoir cette bonté en mon absence et celle du C. Jagault. Je n’écris point encore a celui-ci je suis accablée d’affaires. Je vous prierai de lui communiquer ma lettre ce qui m’épargnera de lui écrire pour cette affaire. Dite lui aussi je vous prie de faire commencer les inventaires et procès verbaux le plus vite possible pour Clisson etc mais point pour puyguyon parce qu’il y aura peut-être une autre forme a prendre a cause que ce bien vous est affermé depuis longtemps et que la ferme n’a pas été suspendue par la république, je le lui manderai dans une (première ?) lettre, je l’en accable tous les jours. Il met une bonté et une activité pour mes affaires qui me pénètrent de reconnoissance. Je sens bien aussi je vous assure mon *** toute celle que je vous dois, soyez en bien persuadé ainsi que de mon bien sincère attachement.

    Je vous serois très obligée de vous informer de que c’est que ces cabanes a Chaillé. Comme je ne connois *** pays je ne sais si c’en sont de nouvelles dont je n’ai pas connoissance. J’ai réclamé déjà toutes celles que je connossais et peut être celles dont vous me parlez en font partie en tous cas je vous serois très obligée de me mander leur noms et tous les détails que vous en pourrez avoir et de marquer la même chose au C. Bonnet rue de la république a la Rochele chragé de réclamer tous les biens connus sous le nom de cabanes. Je vous prie aussi de mander mademoiselle Serit de la Boulaye si vous avez l’occasion d’écrire à Mr des Granges chez le citoyen Bonnet rue de la république a la Rochelle. Il est 2 heures du matin je vais me coucher. »

     

    On notera dans les consignes données à Jean-Charles-Elie Bernard, un certaine fermeté tout autant que la volonté d’être aimable avec les paysans. La veuve de Lescure est autoritaire mais juste.

     

    ***

     

    9

     

    « Au citoyen Bernard fermier de Puy Guyon commune de cerisaye

    Par Bressuire

    Dépt des Deux-Sèvres

    (Encre très pâle)

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

    Nous n’avons point vendu nos vins (8) mon cher monsieur de manière que mes fonds son si bas qu’il m’est impossible de retarder de vous demander de l’argent. Tachez donc d’envoyer le plutôt que vous pourrez mille écus (il s’agit de pièces de 5 francs, soit 5 000 francs) (à) Mr Jagault d’autant qu’il est fort embarassé à cause d’une emplette de beaudets. Vous m’obligerez infiniment. Je travaille a faire accepter a Mr de Mauclerc en échange de la rente que je lui dois celle dont je vous ai conifé les pièces. La valeur est pareille et comme il a perdu son titre cela doit être égal en renouvellant de le troquer contre ceux cy. Je vous vous prie en bien disant à son régisseur que vous connoissez combien cette rente est solide. Mille choses aimables je vous prie à toute votre famille et au curé et ne doutez pas monsieur de mon bien sincère attachement

    Ce  30 janvier 1802

    Donissan veuve Lescure »

     

    C’est le 1er mars de cette même année 1802, que Victoire épousera Louis de la Rochejacquelein.

     

     

    ***

     

    10

     

    « Au citoyen Bernard fermier de Puy Guyon commune de Cerisaye à Bressuire/dépt des 2 Sèvres.

     

    Je vous écris un mot à la hâte monsieur il y a 10 personnes dans ma chambre qui parlent mais je veux vous remercier de ce que vous comptez vous occuper de mes bois. Il faut certainement citer aussi Mr Làberge ( ?) pour voir les fermetures des bois et chemins. Je pense bien que cela pourra peu se faire pour le bois des Mottes enfin autant que possible mais cela se pourra très bien aux bois de nevy etc et je vous le recommande bien. Il faut nécéssairement faire tout cela a la fois pour n’y pas revenir et s’il le faut citer a la fois devant les 2 juges de paix de la Chapelle et de Chiché, enfin faire tout ce qu’il faut pour n’y plus revenir. Adieu monsieur souyez assuré que je serai bien reconnaissante et vous suis fort attachée. Je ne puis vous écrire plus longuement.

    26 mars 

    Illisible

    Donnissan veuve Lescure »

     

    ***

     

    11

     

    « Au citoyen Bernard fermier

    de puy guyon commune de

     Cerisaye a Bressuire

     

    Je suis toute étonnée monsieur de ne pas recevoir les 2500 que vous m’aviez annoncé d’autant que mon beau frère n’a pas été les chercher d’après ses lettres. S’il n’a pas été les demander quand vous recevrez celle cy je vous prie de m’envoyer cet argent tout de suite car j’en ai grand besoin. Je crois bien avoir trouvé une place pour Mr votre fils mais je ne crois pas que cela vous convienne. C’est chez des marchands qui vendent au détail de toute espèce de toile, soye, indienne, mousseline et ils vendent que c’est étonnant étant toujours 6 a la boutique sans venir a bout de contenter les nombreux acheteurs. Il y seroit nourri et logé sans payer. Si vous voulez qu’il apprenne ce genre de commerce ou du moins qu’il soit là en attendant mieux mandez le moi. Je vous avouerai que quoique ces marchands ayent la grande vogue on prétend qu’ils ont fait deux banqueroutes frauduleuses et ne sont pas bons payeurs. Du reste voyez si pour le premier moment cela vous conviendroit car jusqu’à présent nous avons cherché inutilement et peut être qu’une fois Mr votre fils ici il trouveroit mieux.

    Nous attendons avec impatience votre réponse au sujet des cabanes. La poste me presse, je vous salue de tout mon cœur.

    Donnissan de la Rochejaquelein

    Ce 14 décembre (1808 ?, en regard de la lettre qui suit)

    Surtout je vous prie l’argent si Auguste ne l’a pas pris. »

     

     

     

    ***

     

    12

     

    « A monsieur

    Bernard fermier de Puyguyon

    Commune de Cerisaye

    A bressuire

     

    Je suis bien fachée monsieur de ce que votre position ne vous permet aucun essay pour M. votre fils mais j’espère que vous le pourrez bientôt si comme on le dit généralement l’exportation des bleds est permise pour quelques temps. Je le crois d’autant plus que depuis huit jours le froment a beaucoup augmenté a Bordeaux. Le seigle a haussé un peu mais bien moins a proportion. Les grains étoient ici très bon marché. Cette hausse convenue depuis quelques jours. Un des (illisible) que j’aurois désiré seroient sur les sardines. Le baril de deux mille coute a Bordeaux 50 écus. M Queyriaud lainé (illisible) commerce en Limousin les a acheté ce prix. Je crois qu’il auroit a gagner en en achetant aux Sables. Si vous y conoissez quelqu’un j’en pendrois volontiers un baril pour moi (illisible) serviroit de montre pour comparer a ce qu’on vend a Bordeaux, le reste m’est égal d’en avoir ou non mais si cela vous est facile comme c’est une bonne provision de Carême vous (illisible)... baril soit par mer ou terre... Bourelier et sellier à Blayes ou chez M. Queyriaud (illisible) Mlles Bouchon rue Berry fors la porte Ste Elalie n°4 à Bordeaux. (illisible) Lequel des deux vous voudrez c’est égal. Vous sentez que cela n’est pas une bien grande économie pour nous et ce sera absolument comme vous voudrez.

    Il n’y a pas de doute qu’il faut acheter ce pré (s’il ne  monte pas trop haut) je n’ai guère compris ce que vous me mandez à cet égard. Mais quant a la maison qu’on met dans le même (mot manquant) vous sentez bien que si je suis obligée de l’acheter c’est avec l’intention de la revendre sur le champ. Je vous prie donc le lendemain de l’acquisition de la mettre aux affiches.

    J’espère que vous avez reçu ma lettre et que vous me (mot manquant) que vongt-cinq louis a Mlle Debejari comme d’ordinaire et lui ferez faire une quittance conforme a (mot manquant) lettre je ne le répète pas bien sur que vous l’avéz compris que c’est Drillet qui la emporté pour la remettre (mot manquant) pour vous.

    Quand je dis qu’il ne faut pas que le pré monte trop haut c'est-à-dire au dessus du dernier 20 quitte d’impôt. (illisible) désiroit acheter la maison en même temps (mot manquant) le pré cela éviteroit de faire un second acte et les (mot manquant) de contrôle quand je la revendrai.

    Mille amitiés à toute votre famille, j’espère avoir (mot manquant) satisfaction de vous voir cet été. Quant au (mot manquant) la ferme (moins l’acquisition du pré) je suis sure de (illisible) jusqu’en mars. Peut-être en aurai-je besoin alors (mot manquant) plutôt. Croyez monsieur a tout note attachement

    Donnissans de la Rochejaquelein

    Le 14 décembre ou (janvier ?) 1809

    (mot manquant) que la maison est bien de l’église et non (papier taché et déchiré) dans ce cas je renoncerai a tous les prés de (papier déchiré) que de paroître l’acheter.

    Je vous fait mille amitiés et vous prévient qu’il ne fera (mot manquant) venir le vin de Napoléon. Si vous en voulez nous (mot manquant) vous ou céder ce printemps une des barriques que nous allons envoyer a Clisson.

    ...Nous envoye quelque chose pour nous par roulage... abbayes est le meilleur marché. »

     

    Un grand merci au lecteur de Chemins secrets qui nous a transmis ces lettres.

     

    RL

    Novembre 2018

     

     

     

    Notes :

     

    (1)  Le château du Guy de Sainte-Flaive-des-Loups, en Vendée départementale, autre propriété de Louis-Marie de Lescure.

    (2)  Il s’agit de René-Nicolas Jagault né à Thouars le 11 février 1762 et mort dans la même ville le 23 mars 1835. Il fut le régisseur de Clisson en Boismé. Afin de se rafraîchir la mémoire, l’article de ma femme ici.

    (3)  On lira sur ce sujet avec le plus grand intérêt l’article de Jean-Claude et Odette Limasset et de Jean-Clément Martin in « Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest », année 1992, tome 99, N° 2, p 97 à 116. Lien ici.

    (4)  Note supra. AD85, L 272.

    (5)  Ibid, AD44, L 127.

    (6)  Une terre « novale » est une terre nouvellement défrichée. Sous l’Ancien Régime, le droit de dîme s’y appliquait. 

    (7) Le siège de Gênes dura du 20 avril au 4 juin 1800. Le tristement célèbre Turreau y participa dans l'état-major de Masséna.

    (8)  Le château de Citran, ancienne propriété du père de Victoire est évidemment situé en plein vignoble du Médoc.

     

     


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    Les quatre cimetières de Cerizay…

     

     

    Nous voici à nouveau à Cerizay pour de nouvelles énigmes. Je dis bien énigmes car, dans cette petite ville que je pense pourtant connaître sur le bout des doigts, le passé lointain a laissé un grand nombre de mystères. Pour ce volet, je vous propose de nous intéresser aux différents cimetières qui ont pu exister sur le territoire de la paroisse. La petite cité de Cerizay existait dès l’époque mérovingienne et peut-être même dès l’époque gallo-romaine. On la trouve nommée « Seresiacum » en 1172 sur le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, dont la paroisse dépendait, puis « Cerezyum » en 1236, « Ceresey » en 1292, puis « Serizay » en 1716, avec toutefois une appellation plus habituelle de « Cerisay » en 1487, par le Roi de France lui-même, comme nous l’avons vu ici.

    L’église primitive de Cerizay fut sans doute la chapelle de son château, agrandie au XV° siècle, avec son clocher court et posé sur le milieu de l’édifice. Orientée à l’Est, en direction de l’actuel cabinet des dentistes et du magasin « Carrefour Contact », nous n’avons d’autre représentation d’elle que son dessin sur le cadastre de 1809 et une photo datée d’avant 1890, sur laquelle figure l’abbé Charruyer.

    Sur le cadastre de 1809 des AD79 (3 P 51/6) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Datée probablement du début du XII° siècle pour le gros de l’ouvrage, il fallait curieusement descendre quelques marches pour pénétrer dans le sanctuaire dont la décoration assez pauvre consistait en des chapiteaux ornés de modillons grimaçants et autres bestiaires infernaux typiques du début des années 1200. On retrouve d’ailleurs ces mêmes têtes sur l’église de Beauchêne, pour une construction de même époque.

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Le malheur voulut que pour construire l’église actuelle en 1890, on démolit ce petit joyau médiéval et on sait quels furent les débats de l’époque entre ceux qui voulaient que le chevet fut classé et la commission départementale des monuments historique qui refusa, sous prétexte que la municipalité souhaitait la création d’une rue latérale (celle qui rejoint la Poste actuellement) et que cela entraînerait le paiement d’une indemnité à l’entreprise de construction qui devait utiliser les pierres de l’ancien édifice pour la construction du nouveau. Cependant à l’occasion de la démolition de la pauvre église romane, on eut quelques surprises. Si l’on ne trouva point le cœur de l’un des membres de la maison Maillé-Brezé, mort à la bataille de Coutras le 20 octobre 1587 et qui était censé reposer quelque part dans le chœur, on découvrit néanmoins derrière l’autel, un petit trésor en monnaies à l’effigie des Rois Louis XIII et Louis XIV. Ce fut aussi la découverte de plusieurs sarcophages en pierre coquillière, cette roche faite de fossiles et plus facile à travailler que le granit de notre bon vieux Bocage, et qu’on allait chercher dans le pays de Doué-la-Fontaine à l’époque mérovingienne. Parallèlement, plusieurs autres sépultures de cette époque avaient déjà été découvertes sur la commune et notamment dans le bourg. On trouva même dans l’une de ces sépultures, plusieurs cabochons de pierres précieuses et une plaque portant quatre poissons dont les têtes étaient réunies autour d’une croix. Quelque chose frappa les archéologues lors de leur découverte à Cerizay : les sarcophages semblaient avoir été réutilisés et on en trouva un qui contenait des ossements repoussés vers le pied tandis que l’on avait placé un autre corps vers la tête. Une séparation en mortier de chaux et de sable, séparait les deux corps ne laissant qu’environ 35 cms pour les ossements entassés du premier défunt (1). Il faut dire que la pierre coquillière avait un important pouvoir de dessiccation, soit le fait de dessécher d’elle-même ainsi que les corps qu’elle contenait. Une fois qu’il ne restait plus que les os, on pouvait ainsi réutiliser le sarcophage à peu de frais. Le tout était recouvert, dans le cas de Cerizay (et aussi de Loudun, notamment), d’un couvercle en calcaire « falunier » (2).

    Venons-en à présent au premier cimetière de la paroisse. Possiblement établi à l’Ouest de l’ancienne église, soit dans la grande cour du presbytère actuel, il semble difficile qu’il le fut du côté Nord, en direction du château, ou si vous préférez de la Poste et de l’actuelle « Place de la Forge ». La logique, en pareil cas, nous enseigne qu’il a probablement existé au Sud de l’ancienne église, soit sur la grande place actuelle, menant au parvis de l’église moderne sur laquelle, un incessant ballet de voitures vient de nos jours, se stationner.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     

    Ce cimetière ne suffisant probablement plus, on en établit un nouveau, en face de ce qui fut le relais de poste au XVIII° siècle et que nous voyons ici sur le cadastre de 1809 (même cote que la feuille précédente) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    On notera le soin d’un fonctionnaire de l’Empire, à représenter le cimetière sur le cadastre avec une certaine dose d’originalité...

    Pour ceux qui ont du mal à le situer, je dirai qu’il était entre la rue actuelle de Montemor O Velho, soit en face du cinéma et courait jusqu’aux jardins de l’hôtel du Cheval Blanc, débordant sur la pente de la rue du Pas des Pierres et la rue des Voûtes. Lorsque vous entrez dans le pressing qui fut autrefois la boulangerie Rondeau, vous êtes en plein dedans. Un ami, ayant habité une maison de la rue Montemor O Velho, m’a signalé un jour que dans son enfance, le lieu avait subi des problèmes de « fantômes » et des choses inexpliquées dans la maison. Dans les années 60, les gens qui cultivaient les jardins de ce quartier, avaient quelquefois de drôles de surprises en labourant ; quelques tibias et morceaux de crânes voisinant allègrement sous les rangs de carottes…

     

    Ce cimetière fut à nouveau désaffecté en 1922 et je me permets de vous raconter une anecdote que vous relirez sûrement avec plaisir avant d’aller vous coucher. En effet, mon grand-père participa au démantèlement de ce cimetière. Il tomba un moment donné sur un cercueil en bon état. Il l’ouvrit et y trouva le corps momifié d’un jeune homme décédé plusieurs décennies auparavant. Le but de son travail étant de ramasser les ossements, il se trouva bien embêté devant ce cadavre. Après quelques secondes de réflexion, il donna un grand coup de pioche dans le corps et tout le visage du défunt tomba en poussière. Il put donc reprendre sa tâche de collecte des ossements afin de les transférer dans le nouveau cimetière.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Illustration : les catacombes du couvent des capucins de Palerme. Blog « Maman raconte ».

     

    Voici donc dans les grandes lignes, l’histoire des trois cimetières de Cerizay, sauf que je vous en annonçais quatre dans le titre de l’article…

    Ca suit là-bas dans le fond ?

    Eh oui, quatre, car nous avons oublié Beauchêne. Si l’on en croit Dom Victor Bonneau dans son « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », non dépourvue d’erreurs, la tradition locale aurait été unanime sur la présence d’un cimetière à Beauchêne, en partant de la chapelle, vers le village du Petit-Parthenet, juste à droite de l’angle du chemin qui monte vers la Bernelière. C'est-à-dire, juste en face du chevet de la petite chapelle de la Petite-Eglise (3). Cette affirmation pencherait pour la thèse d’une paroisse indépendante à Beauchêne dans des temps anciens. Ce cimetière se situait sur la parcelle N° 262 du cadastre de 1809 (3 P 51/4).

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     Une maison a été construite sur son emplacement depuis bien longtemps, et celle-ci possède une cave… Ceux qui l’ont bâtie, avaient-ils découvert des choses inattendues ?

    L'emplacement supposé du cimetière de Beauchêne, tout près de la chapelle de la Petite-Eglise :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     

    Peut-être dans ce jardin...

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Pour finir, abordons le mystère d’une sépulture dont l’emplacement ne fut jamais clairement établi.

    Catherine-Henriette de Lambert serait peut-être née au Change, en Périgord en 1691 (pas de registre pour cette année). Elle est la fille de Henri de Lambert lieutenant au Roi de la citadelle de Saintes. Alors qu’elle n’a que 21 ans, elle épouse en 1712, un homme de 49 ans son aîné : Etienne de la Taste. Comme il fallait s’y attendre en pareil cas, la jeune femme se retrouve veuve très rapidement, si rapidement que le drame survient le 13 mai 1714. Se complaisant alors dans une vie entreprenante, elle deviendra une femme puissante et respectée (4). A noter que l’Armorial Général de France, la dit mariée le 1er septembre 1703, soit à l’âge de 12 ans, ce qui me paraît assez peu crédible (5). Son mari, Etienne de la Taste avait été aide-major des quatre compagnies du Roi (6), maréchal de camp en 1702.

    Le 10 avril 1758 depuis le château de Vezins, en Anjou (7), notre Catherine-Henriette de Lambert, veuve de La Taste, fait graver une plaque de marbre noir pour fondation de messes dans la chapelle de Beauchêne en Cerizay, conjointement avec Anne des Granges de Surgères de Puiguion, veuve de Pierre de la Court de Fonteniou et Henriette-Elisabeth des Granges de Surgères, cette dernière veuve du marquis de Lescure, grand-père du général vendéen (8). Cette plaque, d’abord cachée sous les boiseries du chœur est de nouveau visible à notre époque, à droite en entrant dans la chapelle. Trois années plus tôt, Catherine-Henriette avait fait fonder des messes à Paris, le 28 juillet 1755, à l’étude de maître Martel, notaire.

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Le 8 novembre 1763 (9), Catherine-Henriette décède en la paroisse de Cerizay, diocèse de la Rochelle (10). On ne sait aujourd’hui où elle fut inhumée exactement. L’auteur de la généalogie de la maison de La Taste émet l’idée qu’elle put être enterrée sous la première église de Cerizay, ou dans le cimetière, c’est-à-dire, le second que nous avons vu plus haut, démantelé en 1922, auquel cas, ses derniers restes reposeraient sous la croix hosannière du troisième cimetière, celui d’aujourd’hui.

    Les quatre cimetières de Cerizay.... 

     

     

     

    Peut-être aussi au château de Puy-Guyon, mais où ? Au fond du sinistre « trou de la guillotine », ou plus près des anciens jardins à la française, en direction du bourg, vers l’Est, débouchant sur l’Allée des Tilleuls ? En 1903, il existait encore trois petites pièces du château de Puy-Guyon où elle aurait demeuré. La dernière tour de Puy-Guyon s’est écroulée en 1914, dans l’indifférence générale… Ce même auteur cité plus haut signale qu’elle aurait tout aussi bien être inhumée dans la chapelle de Beauchêne. Celle-ci possède des cavités, à n’en point douter, notamment devant le tabernacle, où l’on s’agenouille, mais aussi, plus en retrait, quelque part non loin de la statue de Sainte-Thérèse…

    Le cimetière de Beauchêne, qui n’apparaît plus sur le cadastre de 1809 était situé sur une parcelle ayant appartenu à la maison de Puy-Guyon. Serait-il possible qu’il ait pu accueillir le corps de Catherine-Henriette ou était-il déjà disparu depuis longtemps ?

    A suivre…

    RL

    Avril 2018

     

     

     

     

    Notes :

    (1)  Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946), in Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1913, 3ème série, tome 2, p 500. 

    (2)  De falun, dépôt sédimentaire marin du Cénozoïque. 

    (3)  Dom Victor Bonneau, « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », 1893, p.26.

    (4)  « Le Pavillon de l’Octroi à Moricq ». Nos Trois Branches, site Internet de l’association de généalogie des Maupillier. Lien ici. 

    (5)  « Armorial Général de France », volume 4, registre second, seconde partie, « de Lambert »,  Paris, Prault, 1742. p. 9. 

    (6)  « Chamlay, le Stratège secret de Louis XIV », Jean-Philippe Cénat, 2011. 

    (7)  Bulletin de la Société Historique de la Saintonge (source provenant de ma femme qui avait d’autres chats à fouetter ce soir-là). 

    (8)  « La Famille de La Taste, son origine, ses branches et leurs alliances », extrait de la lettre généalogique de M. de la Taste à ses enfants, Grande imprimerie de Blois, Emmanuel Rivière, ingénieur des arts et manufactures,1903. A noter que Catherine-Henriette avait acheté à Louis Puichaud, marchand, et sa femme, une maison à Beauchêne, ainsi que les borderies de la Chèvrie et de l'Héronnière (ce dernier lieu inconnu) les 18 et 29 juillet 1763. Offre de retrait lignager de la part de Jehanne-Louise Belhoir et de ses frères, Pierre et Jean-François. AD85, justices inférieures d'Ancien Régime, B 248.

    (9)  Absence de registre à Cerizay pour cette période aux AD79. 

    (10)         On sait qu’après Maillezais, Cerizay dépendit de l’évêché de La Rochelle à partir de 1648. 

     

     


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    Etablissement des foires et marchés de la Flocellière, Cerisay et Saint-Paul, en 1487…

     

     

    Le texte qui va suivre est un peu inhabituel et s’avère le prélude à une petite étude sur l’histoire ancienne de Cerizay. Lorsque l’on habite un endroit depuis l’âge de 2 ans, autant en connaître au maximum l’histoire et Dieu sait si la petite cité a encore de beaux mystères à faire connaître, outre ses deux célèbres légendes de Beauchêne et de la Gourre d’Or, qui lui valurent son surnom de « Ville aux deux légendes ». Nous ne savons quasiment rien du Cerizay médiéval, village regroupé autour de son château et de son église romane, ni des caves et souterrains qui sillonnaient le sous-sol des quartiers de la Jetterie et du Prieuré ou de la rue des Voûtes. La ville eut beaucoup à souffrir des guerres et incendies au cours des siècles et si curieusement (peut-être pas si étrange que cela...), Grignon refusa de la brûler le 25 janvier 1794, ce sont les Allemands qui s’en chargeront le 25 août 1944 avec un incendie général visible de très loin et  qui entraina des chutes de cendres à plus de 20 kms alentour (témoignage entre autres, en 1988, de M. M. Bouillaud †, de la Ronde, près de Moncoutant).

    Nous verrons tout cela en temps et en heure et pour l’instant, je vous propose ce texte de Louis de la Boutetière (1829-1881) qui intéressera probablement les habitants de la Flocellière et de Saint-Paul-en-Pareds, car c’est aussi à eux que s’adresse cet article (1).

     

    A suivre…

     

    RL

    Vendredi Saint, 2018

     

     

            Le château de Cerizay en 1856 (gravure de Thomas Drake) :

    Cerizay, 1487....

      

     

    « La Flocellière a eu longtemps pour seigneurs les membres de la vieille famille de Surgères. Mre Louis Vialart, prêtre, prieur de Montournais, a publié en 1717, une histoire généalogique de cette maison, avec pièces justificatives, extraites en partie des Archives de la Flocellière. Mais cet auteur, exclusivement préoccupé du point de vue généalogique, laissa de côté bien des pièces du riche trésor qu’il avait a sa disposition. Heureusement, le savant bénédictin Dom Fonteneau vint au milieu du siècle dernier, corrigea, sur un exemplaire que possède la Bibliothèque de Poitiers, les fautes de lecture ou d’impression très nombreuses dans l’ouvrage de Vialart, et ne manqua pas de copier les pièces intéressantes dont celui-ci n’avait pas usé, de telle sorte que l’on pourrait, chose rare aujourd’hui, reconstituer à peu près complètement les Archives de la Flocellière. Nous empruntons aux copies de Dom Fonteneau les lettres-patentes en vertu desquelles des foires et marchés furent établis, en 1487, dans ce bourg et dans ceux de Cerisay et Saint-Paul (Dom Fonteneau, t. VIII, p.239).

    Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, savoir faisons à tous présens et à venir, Nous avoir receue l’humble supplication de notre amé et feal chevalier Jacques de Surgières, seigneur de la Flocellière, de Cerizay et de Saint Paoul, contenant que ès-dits lieux de la Flocellière, Cerizay et de Saint Paoul qui sont assis en notre pays de Poictou il a de beaulx chasteaulx forts et asses bonnes grosses bourgades où il a tous drois de justice, haute, moyenne et basse, lesquels lieux sont situés en grans passages, en bons pays et fertiles, y conservent et frequentent plusieurs marchands ; mais à l’occasion des guerres, qui par cy devant ont eu cours en notre royaume, ils ont été et sont grandement depopulés et desgastés. Et à cette cause le suppliant, desirant faire valloir et augmenter les dits lieux, terres et seigneuries, pour le bien de ses sujets et de toute la chose publique du pays, Nous a humblement supplié et requiz que notre plaisir fut y créer foires et marchés et sur ce lui impartir nostre grâce et liberalité. Pourquoi Nous, ces choses considérées, inclinans liberallement à la supplication et requeste du dit chevalier suppliant, pour les causes et consideracions à ce Nous mouvans, avons ès-dits lieux de la Flocellière, Cerisay et Saint Paoul et en chacun d’eux créé, estably et ordonné de notre grâce espécial, plaine puissance et autorité royal, les marchés et foires en la manière qui sensuit. C’est à savoir au dit lieu de la Flocellière un marché chaque sepmaine au jour du jeudi et deux foires par chacun an, la première le 29 d’aoust et l’autre le 23 janvier, et au dit lieu de Cerizay marché le mercredi et foires le 17 janvier et le 22 d’aoust, et au dit lieu de Saint Paoul le marché le mardi et foires le 25 janvier et le jour des Octaves Notre Dame mi-aoust, pour y est redores en avant perpetuellement tenus, entretenus et continués, en iceux estre vendu, trocqué, acheté, delivré et distribué toute manière de denrées et marchandises licites et honnestes, à telz et semblables droiz, preeminences, privilleges, franchises et libertez que ès autres marchés et foires du pays d’environ.

    Si donnons en mandement, etc... (le reste du protocole. V. au Recueil des Ordonnances).

    Donné aux Montils-lès-Tours (2), au mois de mars l’an de grâce 1487 et de notre regne le 5e. »

     

    Cerizay, 1487....

     

    Notes :

    (1)  Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée, 1875, 2ème série, volume 5, p. 31 à 33. Document consultable sur le site des AD85 en cote BIB PC 16/10 (il faut chercher un petit peu, je sais…).

     

    (2)  Ancien nom du château du Plessis-les-Tours.


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    Cinq prisonnières à Cerizay…

     

     

    Sur mes 48 ans d’existence, en voilà 46 que je vis à Cerizay. Je pensais tout savoir de la petite ville « aux deux légendes ». Eh bien non, j’en apprends encore. Et puis je dois vous avouer que ce soir, je vais prendre du plaisir à vous parler de chez moi, une nouvelle fois. Pas d’inquiétude, je n’oublie pas les autres régions de Vendée Militaire et le tour de la vôtre viendra. Au hasard des correspondances conservées aux archives militaires de Vincennes, je suis retombé il y a déjà plusieurs jours sur cette correspondance du général Vimeux du jeudi 7 août 1794 (1) qui fut par ailleurs exploitée par La Maraîchine normande ici :

     

    « Au Quartier général de Fontenay le Peuple le 20 thermidor l’an 2ème de la République française une et indivisible.

     

    VIMEUX, Général en chef,

    Aux citoyens composans le Comité de Salut public de la Convention nationalle.

    Citoyens représentans,

    Je m’empresse de vous faire passer l’interrogatoire que le Comité de surveillance de cette commune a reçu de cinq femmes qui étoient restées prisonnières chez les brigands et qui se sont rendües à la suite d’une colonne commandée par le général Beaupuy que j’avois chargé d’une expédition sur Cérizay où les brigans formoient un rassemblement. Comme il est possible que les déclarations de ces femmes ayent quelque connexité avec la conspiration dont la liberté a été menacée et que vous avez si heureusement déjouée, je ne balance pas à vous donner connaissance directement du procès verbal auquel elles ont donné lieu, et qui vient de me parvenir dans l’instant.

    Comptez, je vous prie, citoyens représentans, sur mon zèle et mon dévouement entier aux intérês de la République.

     

    Salut et Fraternité

    Vimeux »

     

    ***

     

    « Aujourd’huy dix huit thermidor l’an 2ème de la république francaise une et indivisible (5 août 1794), les citoyennes Gautreneau femme Payneau, Payneau femme Belliard juge de paix de Cerizay, la Charrier femme Baudry boullanger de Cerizay, Marie Metayer femme Chasserieau de Cerizay, Rose Carteau femme de Louche, maçon, et Marie Neveu veuve Robin aussy de Cerizay touttes prisonnières des brigands dans le bourg de Cerizay, et délivré par la force armée le 16 de ce mois (3 août 1794) ont déclarés avoir entendus dire plusieurs fois aux chefs des brigands qui sont les nommés Richard de Cirières, Beaurepaire le jeune, le nommé Tessier de Courlay, Stophelet, Charrette, Sapinneau de la Gaubretière qui leur donnoit pour la dernière fois le conseil de faire rentrer leurs maris qui étoient réfugiés parmi les patriottes, car sous quinze jours la convention et la république entière n’extisteroient plus ; les susdittes ont déclarées que les brigands connaissaient par des émissaires touttes les forces et démarches de nos troupes, quelles ont pour exemple le dernier mouvement qu’on à fait sur Cerizay le 16. La veille le comité des rebelles reçût une lettre qui annonçaient l’arrivée de nos troupes, et de suitte les brigands se mirent en devoir d’évacquer ce qu’ils avoient de plus précieux : demande faitte aux déclarante si les brigands étoient en force, elles ont estimées qu’il pouvoient être neuf à dix mille hommes au total, divisés dans ce moment sur divers points : demandé ou il faisoient leur rassemblement pour venir attaquer la Chataigneraye, ont déclarés qu’ils le faisoient le plus souvent à Cerizay :

    Interrogé si les brigands avoient moissonnés, ont déclarés qu’ils avoient ramassés le plus de bariques qu’il avoient pûs, les avoient remplis de grains pour les cacher dans leurs souterains. Leurs répaires en hyver sont dans les champs de genet, et la, sans crainte d’être aperçûs, ils sçavent quand la troupe passe, et échappent ainsy à la poursuite.

    Que les répaires sont

    1° La Patellière commune de Combrand à trois quarts de lieu de Cerizay dans les bois, et les *** (illisible).

    2° La Marminière, commune de Mêmin environnés de Bois à trois quart de lieues, entre Cerizay, Memin (Saint-Mesmin, qui porta aussi le nom de Beauvallon-sur-Sèvre, NDLR) et Montravers.

    3° Dans les bois de la Grande Boissière à deux lieues de Cerizay, trois quarts de lieues de Chatillon.

    4° La Brunnière commune de la Pommeraye à deux lieues de Cerizay entre Cerizay et Pouzauges.

    5° enfin dans les bois qui environnent Cerizay.

    Lecture faite de la présente déclaration on dit contenir vérité et y persister ce ont signées, hors ceux qui ont déclarées ne le sçavoir. Signées au registre, Gautronneau Madelaine, Charrier, *** (illisible), Payneau, Marie Métayer.

    Pour copie conforme ./.

    Guery aîné Contantin »

     

     

    La date du 3 août 1794 est celle du combat de Noirlieu et les Vendéens sont en bien mauvaise posture.

    Le 4 (août), Bonnaire, écrit à Vimeux depuis La Châtaigneraie (2) :

    « Les deux colonnes du camp de Fontenay, aux ordres de l’adjudant-général Travot, et du pont Charon, aux ordres de l’adjudant-général Saint-Sauveur, ont exécuté hier le mouvement qui leur était ordonné sur Pouzauge et Cerizais. L’ennemi réuni en grand nombre a été attaqué à Cerizais, et à perdu près de quinze cents hommes. Le général Beaupuy, qui a dirigé l’attaque en personne, peut rendre un compte satisfaisant de la troupe. »

    A la même date, on trouve dans le « 5° tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest »  (3)

    « Grignon lui mande (à Vimeux) qu’il a battu complètement les brigands hier à Noirlieu, tué environ 200 hommes et pris beaucoup de bestiaux – projet de se concerter avec lui pour se porter sur La Fougereuse. » (4)

    Toujours le même jour (5) :

    « Au général divisionnaire Grignon

    Du 17 thermidor (4 août 1794)

    J’ai reçu mon camarade ta lettre du 17 du courant, qui m’annonce tes succès sur Noirlieu. Je t’observe que l’adjudant général Bernardel n’avoit pas suivi l’indication que tu as faite au général Legros et qu’il se fut porté ainsi qu’il en avoit d’ordre du chef de l’état-major sur Chanteloup et Courlay et que de ton côté tu eusses attaqué Noirlieu . Les brigands se seroient réfugiés sur Cerizay ou une colonne les attendoit, ce qui auroit rendu nos succès plus complets. Partout tu vois combien il est essentiel de ne point changer les dispositions générales qui sont arrêtées. Cependant j’aplaudis à ta marche qui a été parfaitement conduite. L’adjudant général Bardon réclame d’être employé dans cette qualité, tu vérifiras s’il a été nomé adjudant général et alors il n’y a point de difficulté, et tu dois l’employer et le reconnaître en cet égard.

    Salut et fraternité signé Vimeux. »

     

    ***

     

    Du lendemain :

    « Au citoyen Bo représentant du peuple à Nantes et près l’armée.

    Citoyen représentant tu étois informé que deux colonnes partaient de la Chateigneraye et du camp de Chiché devoient se porter sur Cerizay où il avoit un rassemblement de brigands. Cette expédition en ce lieu eu effet. Les brigands attaqués sur plusieurs points ont fui partout en abandonnant une quantité de bestiaux qu’l on porte à 600 têtes et 900 moutons avec mulets et chevaux, le général Beaupuy qui commandoit une colonne a ramené 400 têtes de bétail épars. Les brigands ont perdu dans cette sortie et sur tous les points environ 900 hommes. Ainsi tu vois que cette expédition n’est pas sans fruit. Vive la république, il a été pris un drapeau sur les scélérats.

    Salut et fraternité et fraternité signé Vimeux. »

     

    Quelques notes sur les femmes « libérées » par les républicains :

    L’une d’elles est l’épouse de François-Louis Béliard, juge de paix et farouche républicain qui décèdera à Cerizay le 8 mars 1806. Magdelaine Charrier, est la femme de Pierre-Gabriel Baudry. Elle décèdera au bourg de Cerizay le 3 décembre 1821, âgée de 66 ans. Rose Carteau est la femme de Joseph Delouche, maçon, décédé au bourg de Cerizay à l’âge de 65 ans, le 20 septembre 1820. Je n’ai pas cherché une éventuelle parenté avec Adrien-Joseph Delouche, maire de Bressuire et qui sera pris dans les événements de 1792.

    Abordons pour terminer, les lieux cités (hormis les bois – tout le monde sachant à quoi ressemble un bois).

    La Pastelière de Combrand : ce magnifique petit château du XVI° siècle a servi d’hôpital pour les Vendéens. Il sera épargné par les destructions et la colonne infernale de Grignon n’y passa pas.

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

    Les Marmenières de Saint-Mesmin, tout près de la Sèvre. On sait que M. Garnier des Marmenières avait été fusillé par les républicains à Bressuire en février 1794. Son épouse disparaîtra dans les prisons de Thouars :

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

    La Brunière de La Pommeraie-sur-Sèvre :

    Ce manoir était l’habitation d’un officier de l’Armée du Centre, Sicard de la Brunière, inspecteur général de la division de Pouzauges dont " La Maraîchine normande" nous raconte la curieuse histoire ici.

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

     L’histoire de Cerizay est encore loin d’être terminée. A suivre…

     

    RL

    Novembre 2017

     

     

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/10-12, v. 1 à 4.

    (2)  Savary, tome IV, p. 65.

    (3)  SHD B 5/10-1, v. 19/26.

    (4)  On sait que Grignon arrive par la droite avec 800 hommes.

    (5)  SHD B 5/81 v. 55/129. 


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    Cerizay, la Roche,

    des Guerry aux Leschalier de Lisle…

     

     

    Extraits de l’allocution de Pierre, lors de la sortie à Cerizay des « Amis du Pont-Paillat le 4 décembre 2016 :

     

    Richard m’a demandé de faire un papier sur mes ancêtres cerizéens. J’ai accepté avec plaisir car ils se mêlent à plus de 150 ans de l’histoire de la Commune. Deux noms surgissent : Guerry et Leschallier de Lisle.

    La famille Guerry tout d’abord, de très modeste extraction. Ils sont originaires de Saint-Mesmin, commune voisine, et exercent la profession de journaliers. Du mariage de Pierre Guerry et de Marie Barbier nait vers 1783 Pierre Guerry, ancêtre à la destinée étonnante.

     Un excellent article du blog Chemins secrets nous apprend que ce Pierre Guerry aurait vu toute sa famille massacrée par les colonnes infernales dans la Douée de la vieille cour. Portant peu dans son cœur les principes républicains, il se bat en Vendée et devient un temps maire de Cerizay en 1816.

    Cet homme d’origine modeste épouse une demoiselle d’ancienne noblesse, Elisabeth de Buzelet. C’est par ce mariage que la Roche rentre dans la famille. Elle tenait la Roche de son père, Dominique de Buzelet, mort misérablement à Cerizay après son retour d’exil. Sa veuve, née Bodet de la Fenestre, vieille famille de Chanteloup, à proximité d’ici, restée seule à la Roche, a dû fuir lors du passage des colonnes infernales qui ne laissèrent pas pierre sur pierre du Château.  Madame de Buzelet revient plus tard avec ses deux filles, dont Elisabeth, vivre dans une dépendance.  Vint l’Empire et la Vendée fut encore malmenée par Bonaparte. La signature du Concordat mit le feu aux poudres à Cerizay ; ce fut l’origine de la Petite Eglise et les dames de Buzelet se mirent à comploter. Terriblement inquiétées par la Police, un ordre d’expulsion fut même donné à la mère qui tergiversa pour y échapper. Seule la mort la sauva d’un nouvel exil. Restées seules à la Roche, les deux filles tinrent bon. Elles hébergèrent de nombreux prêtres recherchés par la Police.

    C’est durant cette période qu’Elisabeth de Buzelet rencontra Pierre Guerry, recherché un moment pour ses activités anti gouvernementales. Ils  se marièrent.

     Pierre Guerry meurt en 1857 riche propriétaire terrien, emportant dans la tombe les cris de sa famille noyée par les bleus. Ils ont eut une fille, Léontine. C’est par elle que les Leschallier de Lisle arrivent à Cerizay. Le plus ancien ancêtre de la famille de Lisle vivait à Saint Fulgent, ou il était notaire et sergent royal de la châtellenie de Saint Fulgent. On soupçonne une origine plus ancienne Lavalloise, mais non établie à ce jour.

    En effet, Léontine épouse  le 27 octobre 1840 Julien de Lisle, né à Sainte Florence.

    De ce mariage est issu :

    Jules-Henri, dont on retrouve une courte biographie ici, sur le blog de Nadine.

    Henri Leschallier de Lisle, maire de Cerizay de 1871 à 1907, conseiller général des Deux-Sèvres, avait épousé Marie Joséphine Giraud, d’une famille bourgeoise originaire de Maillezais, fille d’un député de la Vendée, Alfred, auteur entre autres d’un recueil de poésies intitulé les Vendéennes. Catholique et Royaliste, il fut inquiété pendant la période des inventaires. C’est à lui que nous devons la construction de la Roche telle qu’elle subsiste de nos jours. Il meurt en 1907. Il eut de son mariage Alfred de Lisle, né en 1881 et mort en 1942. Celui-ci fut également Maire de Cerizay et conseiller général des Deux-Sèvres.

    Alfred de Lisle épouse Madeleine d’Aboville, vieille famille normande implantée en Morbihan. Pour la petite histoire, le château des d’Aboville, Kerantré, situé à Crac’h, servit de refuge à Cadoudal pendant la chouannerie et l’on y voit encore une petite table que le géant breton brisa de son poing. C’est mon arrière grand-père. Il eut plusieurs enfants, dont Henri, également maire de Cerizay durant les tristes évènements de 1944 et jusqu’en 1959, et Xavier, mon grand père, qui passa toute sa jeunesse à la Roche.

    Je cite un passage du livre de Constant Vaillant, historien de Cerizay : « La paroisse et la commune, tout comme les déshérités, doivent beaucoup à cette famille, qui savait accueillir charitablement au château les plus pauvres, leur donnant gîte et couvert. Large fut leur participation à la construction de l’église et maintes œuvres sociales. Quand aux catholiques, ils ne sauraient oublier l’œuvre maîtresse : la construction de l’école Saint-Joseph, au Raffou à la fin du siècle dernier, au lendemain de la laïcisation des écoles ».

    Dévolue par succession à Henri, La Roche est vendue en 1980 et les de Lisle quittent Cerizay….De cette période subsistent une rue Leschallier de Lisle,  un nom sur le monument aux morts (René, frère de mon grand père, mort des suites de la campagne de 1940), des tombes dans le cimetière et quelques photos en noir et blanc, jaunies par le temps….Ainsi passe la gloire du monde…Je vous remercie pour votre attention.

     

    Pierre Couëtoux du Tertre pour Chemins secrets

    Décembre 2016

     

        La « Vieille Roche », qui a connu les événements de la Vendée :

    Cerizay, la Roche....

     

        Les lieux sur le cadastre de 1809 :

    Cerizay, la Roche....

     

     

        Le château actuel, construit à la fin du XIX° siècle :

    Cerizay, la Roche....


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