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    L’énigme de l’abbé Legrand…

     

     

    On ne présente plus l’abbé Legrand, curé de Montigny et qui fut l’un des pères de la Petite-Eglise, comme je vous l’avais présenté ici.

    Sur sa tombe, encore présente dans l’ancien cimetière de Montigny, près de l’église, les inscriptions largement érodées indiquaient : « Ci-Gît le corps de Charles Legrand, curé de Montigny. Il a remis son âme à Dieu, le 2 octobre 1822, âgé de 82 ans. Il fut bon pasteur, bon parent, bon ami et d’une intrépidité à toute épreuve. AVE. »

    L'énigme de l'abbé Legrand....

    Charles Joseph Legrand est mort en état de quasi-infirmité. Ainsi Mgr de Bouillé, évêque de Poitiers écrivait-il le 17 octobre 1822 au préfet des Deux-Sèvres (1): « Depuis longtemps, ce n’est plus qu’une machine qu’on porte à l’autel et à qui on fait dire la messe, ou plutôt qu’on dit pour lui. » 

    Au-delà de cette réflexion peu amène et bien peu chrétienne de la part d’un évêque, se pose la question de ce que fut la vie de ce prêtre. Qu’avait-il traversé à l’époque de l’insurrection vendéenne et de la terreur révolutionnaire ? Tout reste à faire en ce domaine et en particulier ses origines. A Montigny, comme dans la plupart des communes du Nord des Deux-Sèvres, il n’y a pas ou plus de registres pour la période des Guerres de Vendée. Cependant, on sait par son acte de décès ci-dessous que son neveu se nommait Michel Pierre Legrand et qu’il était marchand à Bressuire.

    L'énigme de l'abbé Legrand....

    Grâce à Geneanet et la généalogie entreprise par un descendant, nous savons que Michel Pierre, né le 25 janvier 1773 à Bressuire et mort dans la même ville le 23 septembre 1841 était qualifié de Marchand épicier et propriétaire. Son père, Pierre Legrand, marchand mercier, marié dans un premier temps avec Marguerite Gendreau, puis avec Jeanne Berloin était adjoint au maire de Bressuire vers 1819. Il pourrait être né à la Châtaigneraie à une date inconnue. Il s’agit du frère de notre brave curé de Montigny, qui pour être âgé de 82 ans en 1822 est probablement né vers 1740. Même si la piste de la Châtaigneraie est plausible en regard de la présence d’une famille Legrand (dont un Charles, beaucoup plus âgé que le curé de Montigny), je ne l’ai pas trouvé en 1740. Il se pourrait qu’il soit né en 1739 mais cette année manque dans les registres…

    A suivre…

    RL

    Dernier jour de l’année 2019

     

     

    Note :

     

    (1)  Abbé Billaud, « La Petite-Eglise dans la Vendée et les Deux-Sèvres »,1962, reprint 1982, Nouvelles Editions Latines, p. 526. Auguste Billaud se réfère aux AD79, 25V1.

     


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    L’énigme de l'abbé Jottreau…

     

     

    On ne sait pratiquement rien du malheureux curé Jottreau de Beaulieu-sous-Bressuire, duquel j’ai déjà parlé à plusieurs reprises dans ces pages, du moins pour en rappeler la sépulture toujours existante. C’est très probablement le 26 avril 1793 que le bourg de Beaulieu-sous-Bressuire est incendié par le 10ème bataillon du Var, dit « bataillon de Marseillais » (1), et que le curé Jottreau est fusillé en présence de la garde nationale de Bressuire. Il avait refusé le serment et dit des messes au château de la Dubrie, eté emprisonné à Poitiers, puis libéré. Le 23 janvier 1794, Beaulieu-sous-Bressuire verra passer l’horreur une seconde fois comme on le sait. Voir ici.

    Mais revenons à l’abbé Jottreau. Nous n’avons sur lui aucune information sinon un patronyme très commun dans la région, y compris à Brétignolles, village voisin de Beaulieu, où un Jean-Jacques Jottreau combattit dans les armées vendéennes. Pas de prénom ni de date de naissance. Même la date de sa mort n’est que supposée.

    Tombe de l’abbé Jottreau dans le cimetière de Beaulieu-sous-Bressuire :

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    C’est probablement dans l’ancien cimetière qu’il fut tout d’abord enterré.

    Ici, sur le cadastre de 1811, marqué d’une croix rouge (AD79, 3 P 24/3).

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    La croix de la tombe vue plus haut semble indiquer un monument de la seconde moitié du XIX° siècle. A quelle date le cimetière fut-il changé de place ?

    Nous ne savons rien de l’abbé Jottreau et aucun registre n’est disponible avant 1795 et ceux tenus par le prêtre Le Mauviel dont on connaît l’histoire liée à la Petite-Eglise. Ces registres nous auraient été utiles car voilà un prêtre du nom de Jottreau que l’on retrouve vicaire pendant un court laps de temps à Saint-Maurice-des-Noues en Vendée. D’après les registres, ce vicaire tint son ministère entre le 24 avril et le 23 novembre 1761.

    Voici sa signature dans les registres de Saint-Maurice-des-Noues (2)

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    De Saint-Maurice-des-Noues, nous voilà faisant un bond à Montravers, village bien connu des amateurs de Guerres de Vendée, et que nous avons étudié à plusieurs reprises. Dans sa très utile monographie parue en 1910, l’abbé Gabilly, nous signale un abbé Jottreau, curé de « Mautravers » entre 1763 et 1771 (2). Depuis combien de temps cet abbé Jottreau était-il curé de Montravers (« Mautravers » selon l’orthographe de l’époque) ? Là, nous avons un problème, car deux années de registres manquent pour Montravers : les années 1761 et 1762. Voyez-vous où je veux en venir ? Eh oui ! Un Jottreau vicaire disparaît de Saint-Maurice-des-Noues en 1761 et un curé de ce même nom apparaît à Montravers en 1763… sachant qu’il pouvait être là dès 1761.

    A voir sa signature dans les registres de Montravers, nul doute que nous avons à la même personne (3) !

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

     

    On trouve trace de sa signature du 12 janvier 1763 pour le baptême de Louise Grolleau, de la Tallerie, jusqu’au 30 avril 1771 pour le baptême d’Adélaïde Marie Jeanne Barrion, fille de Maître Alexandre Marie Barrion, notaire et procureur et damoiselle Marie-Jeanne Morna, son épouse. Le parrain sera Pierre-Marie Durand, docteur en médecine de la faculté de « Monpellier » et la marraine Jeanne Rousse (4).

    L’abbé Gabilly, qui a sûrement emmené bien des secrets dans sa tombe en 1924, pense que cet abbé Jottreau aurait pu quitter sa paroisse pour des raisons de santé. Il faudra attendre une année pour que Montravers retrouve un prêtre avec l’abbé Charles Violleau, que vous connaissez déjà. Si mon hypothèse est la bonne et que cet abbé Jottreau ayant desservi Saint-Maurice-des-Noues et Montravers, est le même que celui qui fut massacré à Beaulieu-sous-Bressuire, il devait avoir une soixantaine d’années s'il a été vicaire en 1761. Bien entendu, rien ne lie ce prêtre au martyr de Beaulieu-sous-Bressuire de manière formelle, mais cet article est appelé à évoluer car j’ai peut-être une nouvelle piste pour sortir ce curé martyr de l’oubli…

    A suivre…

     

    RL

    Nuit de Noël 2019

    Compléments ici

     

     

       Notes :

    (1)   Voir la très sérieuse étude de l’ami Pierre Périeau sur ce blog, sur la bataille de Thouars, ici.

    (2)   AD85, AD2E251/1.

    (3)   AD79, 1 MI EC 309 R842, v. 26/78.

    (4)   Abbé Jules Gabilly, « Histoire d’une paroisse du Bas-Poitou, Montravers du XII° au XX° siècle », 1910, reprint Hérault, Maulévrier, 1989, p. 233.


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