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    Deux attaques du camp de Chiché...

     

     

    Je vous avais montré ici dans les grandes lignes à quoi pouvait ressembler le camp de Chiché. Afin de compléter cette série d’études sur les camps républicains en 1794, je vous propose de présenter deux combats qui se sont déroulés pour tenter de prendre le camp. Le 12 juillet 1794, les Vendéens projettent tout d’abord d’attaquer le camp de Chiché, puis les gars de la division de Cerizay s’étant dispersés suite à la mort de Marigny, l’armée de Stofflet changera d’objectif et préfèrera se diriger contre La Châtaigneraie (1). J’ai présenté le détail de ces combats ici. On sait que les Vendéens ont projeté plus d’une fois une attaque au cours de l’été (2) sans jamais pouvoir parvenir à se rendre maîtres du camp. Il est probable que le manque d’effectifs et l’éloignement de ce camp, plus près de la Gâtine que du Bocage n’aura pas encouragé les paysans à s’y rendre. Pourtant le village très royaliste de Boismé aura à subir plus d’une fois les pillages et exactions des soldats.

    Il faudra donc attendre le 2 septembre pour que le camp soit enfin attaqué. Il est dommage qu’il n’ait pas pu l’être plus tôt car en septembre, le camp de Largeasse, situé entre Chiché et La Châtaigneraie vient d’être constitué, ce qui rend encore plus difficile une éventuelle percée ou du moins une prise à revers. Voici ce que rapporte Vimeux de cette attaque (3) :

     

    «  Du 3 septembre 1794.

    Le général Vimeux, au comité de salut public.

    (Fontenay).

      

    Les brigands ont attaqué hier le camp de la Roullière, commandé par le général Jacob, et celui de Chiché, commandé par le général Legros. Ils ont été repoussés et poursuivis sur les deux points ».

     

    Vimeux à nouveau le lendemain 4 septembre (4) :

     

    « 18e fructidor

     

    Aux représentants du peuple dans les départemens de l’Ouest et près l’armée.

     

    Je vous fais passer copie d’une lettre que je vient de réçevoir du général de division Bonnaire, commandant a la Chataigneraye, dans la qu’elle vous verrez que dans une sortie faite par le camp de Chiché les Brigands ont été mis en déroute avec une perte de quarante a cinquante hommes.

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    A la même date, les représentants Dornier et Guyardin écrivent au Comité de Salut Public pour le prévenir (5)

     

    « Le général Legros commandant le camp de Chiché, dans une sortie qu’il a ordonnée de 560 hommes qui se sont portés sur Bressuire Breuil et Chaussé, il a rencontré deux postes de Brigands qu’ils ont mis en déroute. 45 ou 50 de ces scélérats ont été tués. On leur a enlevé 52 bêtes à corne et pris 38 personnes. »

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    C’est donc une toute petite affaire que cette tentative d’attaque qui en fait, n’aura même pas permis aux Vendéens de s’approcher du camp. Sans doute est-ce ici qu’il faut placer un document trouvé par l’ami Bruno Griffon de Pleineville dans les demandes de pensions de soldats vendéens des Deux-Sèvres. Le 8 août 1824, Pierre Marcheteau, journalier et demeurant à Noirterre, expose ses motifs pour une demande de pension (6). Après avoir exposé ses blessures au combat de la Châtaigneraie en 1794, il signale que :

     

    « Son déffunt père faisait partie d’une garde établie au chef lieu de la commune de Faye Labesse. Dans une ataque qui eut lieu au pont de la Porèrre près le camp de Chiché il y fut tué  et une grande partie de ceux qui étaient avec lui ; et dans la déroute qui s’en suivit. Sa mère qui habitait le village de Chaume près le dit pont et qui nourrissait un enfant fut massacrée chez elle avec deux de ses enfants.

    Tout leur mobilier a été détruit par le feu et le village. »

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    Situation de Chaume et de la Poraire (où se situe un magnifique prieuré évoqué ici) :

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    Le pont de la Poraire se situait à environ 3 km à vol d’oiseau du camp de Chiché, 4 km pour le village de Chaume.

    Puis, c’est une seconde affaire, beaucoup plus nébuleuse celle-ci, que l’on trouve dans différents ouvrages sur les Guerres de Vendée. Dans les « Itinéraires de la Vendée Militaire » de Philbert Doré-Graslin (1979), on trouve à la date du 5 février 1795 (7) :

     

    « Bien qu’il n’ait rassemblé qu’une partie de ses divisions, Stofflet attaque le camp de Chiché entre Bressuire et Parthenay. Mais son arrière-garde est surprise et battue par une colonne de Bleus sortie du camp de Vrines, près de Thouars. Stofflet essaie, alors, de rassembler les fuyards mais, devant la débandade de ses troupes, il regagne son quartier-général à Maulévrier. »

     

    En jetant un oeil dans l’ « Histoire de la Vendée Militaire » de Crétineau-Joly (je sais, encore lui !), on trouve effectivement une histoire semblable mais non datée avec précision (8). Crétineau-Joly note que 300 républicains sortis du camp de Vrines « fondent sur leur arrière-garde (des soldats de Stofflet) et la mettent en déroute. »

    Si Jacques Crétineau-Joly et plus près de nous, Philbert Doré-Graslin avaient regardé une carte, il auraient pu se poser des questions sur les distances parcourues pour se rendre à Chiché par Stofflet, qui était à Vihiers trois jours auparavant. Cinquante kilomètres en deux jours pour rencontrer un détachement du camp de Vrines qui en a parcouru près de trente ! Bon allez, on va dire que Doré-Graslin a mal compris Crétineau-Joly qui lui, précise que Stofflet « est en route pour attaquer le camp de Chiché » mais sans doute loin d’être arrivé. Et Chassin ? Il se prend littéralement les pieds dans le tapis et déclare (9) :

    « Il y avait encore eu, dans les derniers jours d’avril, des petites affaires, notamment en Maine-et-Loire, près de Chiché, où avait été tué un brave Mayençais, Wolf, à la tête d’un détachement de 150 hommes. »

    Voilà donc Chiché en Maine-et-Loire ! Hélas, Chassin n’a pas inventé la mode des historiens qui ne connaissent pas le pays ; ils sont légions, et encore aujourd’hui à nous raconter les Guerres de Vendée depuis le fond d’un bureau sans avoir jamais mis les pieds sur le terrain. Quant à recopier inlassablement des ouvrages datés de cent cinquante ans pour produire du nouveau, je préfère taire ce que j’en pense, à fortiori lorsque ceux-ci sont truffés d’erreurs. La seule explication cohérente que j’ai pu trouver est rapportée par Edmond Stofflet (10) :

    « A la fin de janvier, les divisions royales du Bocage étaient convoquées pour attaquer le camp de Vrine. Une longue inaction avait énervé l’ardeur belliqueuse des Vendéens, et les actes conciliants de la république, humiliée devant eux dans tout l’éclat de sa gloire, leur semblaient les présages d’une paix durable ; ils marchaient donc à regret et avec mollesse. Devant le bourg de Mauzé, trois cents républicains, sortis du camp de Vrine et décrivant un long circuit, les prirent en queue, tandis que le gros de la troupe se rangeait en bataille devant les cantonnements et leur infligeait une sanglante déroute. »

    Les différents mémorialistes ne citent pas ce combat, ni Poirier de Beauvais, ni Monnier, ni Pauvert, ni Coulon. Seul Gibert paraît y faire une allusion très sibylline à la date du 6 janvier 1795 (11) :

    « Cette tranquillité continuait toujours ; le chef de la Division de Chemillé voulut en profiter pour prendre le camp ennemi par derrière. Le 6 janvier 1795 il se mit en marche pendant la nuit avec un gros détachement, et pénêtre assez avant de l’autre côté de la rivière, mais sa marche ne peut être si secrète que les républicains n’en eussent vent. Ils lui tombèrent sur le corps, lui tuèrent environ 200 hommes, et il eut bien de la peine à s’échapper. Ce fut la dernière opération de la guerre. »

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    Mais quel camp fut donc attaqué le 6 janvier 1795, jour des rois ? Eh bien, il s’agit du camp de Beaulieu-sur-Layon ! Rien à voir avec Chiché, ni même avec Vrines. Nous voici donc avec une attaque dont la date varie entre le début de janvier et la fin d’avril, et entre les trois camps de Beaulieu-sur-Layon, Vrines (Thouars si vous préférez) et Chiché, soit sur plus de 70 km, si l’on excepte un passage par Thouars. Une attaque du camp de Chiché en 1795 ? Non, décidément, je ne le crois pas.

     

    A suivre...

     

    RL

    Mai 2020

     

     

    Notes :

     

     

    (1) Poirier de Beauvais, op. cit., p. 302 et 303 avec une note de M. de La Bouère. Crétineau-Joly, tome II, édition de 1895, p. 284.

    (2) Savary, tome IV, p. 75 et 76, d’après les déclarations du notaire de Cerizay, Basty la Foye.

    (3) Savary, tome IV, p. 107.

    (4) SHD, B5/10-43, v. 1/16, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance B 5/81 p.252, v. 128/129

     

    (5) SHD, B 5/10-43, v. 13/16.

     

    (6) AD79, R 69/11.

     

    (7) Op. cit. p. 158.

     

    (8) Op. cit, tome II, p. 331.

     

    (9) « Les Pacifications de l’Ouest », tome 1er, p. 364. A noter avec ce qui suit, qu’un officier et un chasseurs avaient bien été tués, entre le Parthenay et le camp de Chiché, mais l’année précédente, le 20 mai 1794. SHD B 5/10-1, v. 21/26, repris par Savary, tome III, p. 502.

     

    (10) « Stofflet et la Vendée », 1875, p. 311.

     

    (11) « Précis historique sur la guerre de la Vendée » suivi des « Observations faites en l’an dix sur le précis historique donné au public par M. Bournizeau, de Thouars, sur la guerre de la Vendée », SHD, 1 M 499, p. 95 et 96, v. 49 et 50/59.

     

     


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    Les landes de Corprais...

     

     

    C'est ici, aux limites des communes des Brouzils et de Saint-Georges-de-Montaigu que Turreau fit établir un camp pour ses colonnes infernales, où l'on retrouve un certain adjudant-général Pierre Vidalot du Sirat, dit "Dusirat". Au 28 mai 1794, sous le généralat en chef de Vimeux les effectifs du camp sont de 1 400 hommes (SHD B 5/10-1, 2ème tableau, p. 8., v. 6/26).

     Plus aucune trace de camp, bien entendu, dans ce qui était à l'époque une morne étendue désolée comme en atteste le cadastre napoléonien des Brouzils...

     

    RL

    Février 2014

     

    Les landes de Corprais....

    Les landes de Corprais....

    Les landes de Corprais....

    Les landes de Corprais....

     

    Je complète cet article en livrant un article d’Henri Bourgeois paru dans la « Vendée Historique et Traditionniste » nouvelle série, numéro 4, avril 1909, AD85, 4 num 499 13, v. 100 à 104/354.

    « Récits de la « Grand’Guerre »

    Aventures de deux petits orphelins de l’Herbergement

    Le bon curé Hillairet avait puisé à plus d’une source et j’aurai encore à écouter bien des « histoires » du temps de la « Grand’Guerre », si je voulais reproduire toutes celles pieusement recueillies par lui, d’après le témoignage des anciens de sa paroisse. Mais, comme cela me cantonnerait un peu trop dans la même région, je dois faire un choix et me borner, sauf à revenir plus tard à cette précieuse mine. Toutefois, avant de passer à un autre coin de la Vendée Militaire, je ne puis résister à la tentation d’emprunter encore aux notes inédites de mon vieil ami le dramatique récit qui va suivre. Je le reproduis textuellement, dans sa rédaction naïve, tel qu’il fut dicté à l’abbé Hillairet par une ancienne de la Rabatelière, Hortense Guillemaind :

    « Dans le temps de la Grand’Guerre, mon grand-père Sauvaget demeurait, avec sa femme, à l’Herbergement. Ils avaient deux petits enfants : la petite fille, qui se nommait Madeleine, avait neuf ans, et le petit garçon, trois ans seulement. Les landes de Corprais entre les Brouzils et Saint-Georges-de-Montaigu, leur servaient de refuge. C’est là qu’ils se sauvaient quand ils apercevaient les Bleus.

    Un jour, la mère et les deux petits enfants, qui s’y trouvaient cachés, furent surpris par un détachement. Quelques coups de sabre et de baïonnette jetèrent la pauvre femme mourante entre ses deux petits orphelins. La frayeur les avait empêchés de fuir, et longtemps ils restèrent à pleurer auprès du cadavre de leur mère.

    D’autres soldats vinrent à passer et, plus humains que les premiers, leur dirent : « Que faites-vous là ? Votre mère est morte ; vous voyez bien qu’elle baigne dans son sang. Allez-vous-en ! sauvez-vous ; ne restez pas ici ! »

    Et les deux enfants s’en furent, mais sans savoir où ils allaient.

    La petite fille portait son petit frère à son cou. Ils rencontrèrent une femme qui les reconnut et qui leur dit :

    - Te voilà, ma petite Madeleine ?

    - Oui.

    - Où es ta mère ?

    - Elle est morte. Les Bleus l’ont tuée et nous on dit de nous sauver.

    - Ah ! ma pauvre petite, qu’allez-vous devenir ? Je ne puis pas vous emmener avec moi ; vous n’iriez pas assez vite et vous me feriez prendre. Allez-vous-en comme vous pourrez ! (Hélas ! le malheur rend quelquefois égoïste !)

    A la nuit, les deux pauvres petits arrivèrent au village de la Boralière : ils étaient si fatigués qu’ils n’en pouvaient plus. Les gens du village les reçurent avec charité, leur donnèrent à manger et les couchèrent.

    Au milieu de la nuit, ils entendirent du tapage. On criait partout : « Les voilà ! les voilà ! voilà les Bleus ! sauvons-nous ! »

    Et chacun de se sauver comme il pouvait !

    Les deux enfants furent oubliés et restèrent dans leur lit. Ils n’eurent aucun mal.

    Le lendemain, la petite Madeleine, après avoir fait sa prière et fait faire le signe de la croix à son petit frère, se remit en route avec lui, et ils s’en allèrent bien loin.

    Ils trouvèrent quelqu’un qui était boulanger et qui leur donna à manger. Après il leur dit : « Sauvez-vous maintenant comme vous pourrez ! »

    En chemin, ils rencontrèrent leur père :

    - Ah ! vous voilà, mes deux petits enfants ! Où est votre mère ?

    - Les Bleus l’ont tuée quand vous nous avez quittés.

    - Ah ! mes chers petits, qu’allez-vous devenir ? Moi, je ne puis rester avec vous.

    Le camp de Bleus était à Montaigu, à peu de distance. Ils se quittèrent et s’en allèrent chacun de leur côté.

    Ils rencontrèrent une femme qui les reconnut :

    - Ah ! mes pauvres petits, vous devez être bien fatigués ! Ma petite Madeleine, où est-elle, ta mère ?

    - Elle est morte, les Bleus l’on tuée !

    - Eh bien ! vous allez venir avec moi ; nous ferons comme nous pourrons !

    Elle avait du pain qu’elle leur donna à manger, et tous trois s’en allèrent dans les landes de Corprais.

    Les Bleus les y trouvèrent. Il y en eu un qui donna un grand coup de sabre sur l’épaule de la femme. Elle tomba dans une rigole de fossé. Les Bleus s’en allèrent.

    Il y en avait un pourtant qui voulait retourner pour voir si elle était bien morte. Il voulait la tuer tout à fait, et les deux petits enfants, qui étaient à côté d’elle, les entendaient parler. Un de ses camarades lui dit : « Ne vois-tu pas qu’elle est morte ? Elle ne bouge plus ; laisse donc ces deux petits ! »

    Quand ils furent plus loin, la femme leur demanda :

    - S’en vont-ils ?

    - Oui.

    - Sont-ils rendus loin ?

    - Non.

    Un moment après, elle leur demanda encore :

    - Sont-ils rendus loin ?

    - Oui.

    Elle commença à relever sa pauvre tête. Elle aperçut qu’ils étaient rendus bien loin. Elle se releva et se mit à marcher, malgré les grandes souffrances qu’elle devait endurer.

    Ils arrivèrent au village de la Boralière, où ils se reposèrent pendant quelques jours. Une fois qu’on y était à boulanger, on crie tout à coup : « Les Bleus ! les Bleus ! » On laissa le pain dans le four et on se mit à se sauver !

    Et la naïve narration d’Hortense Guillemaind se termine ainsi :

    Et penser que cette vie a été menée pendant des années et des années ! »

    Article publié également sur le Blog de ma femme ici.

    Il n’y a aucun village du nom de La Boralière sur le territoire cité mais je pense qu’il s’agit de celui de « La Baraillère » dépendant des Brouzils. Voici sa situation par rapport aux Landes de Corprais sur la carte IGN de Géoportail :

     

    Les landes de Corprais....

      

    Article connexe ici.

     

    RL

    Mai 2020

     


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    Signaux et feux entre les camps républicains...

     

    Nous continuons notre petite étude des camps républicains, avec cette fois-ci un focus sur un élément souvent ignoré dans l’histoire des Guerres de Vendée : la communication entre les troupes.

    Du côté des Vendéens, on a beaucoup colporté l’histoire des moulins qui auraient fonctionné comme des télégraphes, signalant ainsi les attitudes à adopter pour les combattants. Tout le monde connaît ces schémas, recopiés moult fois et qui ont fini par devenir une vérité historique :

    Signaux et feux entre les camps républicains....

    Vérité historique popularisée durant la moitié du XIX° siècle par, devinez qui ? Jacques Crétineau-Joly ! Inventeur de la fausse lettre de Westermann sur la bataille de Savenay, de celle Merlin de Thionville après la libération des prisonniers de Saint-Florent-le-Vieil et encore de bien d’autres forgeries, toutes reprises en chœur depuis des décennies par des historiens plus ou moins sérieux. Cette légende sera reprise par Pitre-Chevalier. Voir sur le blog de Nicolas ici.

     C’était beau, c’était mystérieux et ça impliquait une ingéniosité des Vendéens supérieure à celle des Républicains. Hélas, trois fois hélas ! La belle légende a du plomb dans l’aile (de moulin, je sais, elle est facile...) rien qu’en regardant le paysage du Bocage d’aujourd’hui et en s’imaginant celui de 1793, bien plus touffu encore à l'époque. Evidemment, le nombre de moulins, même en ruines, n’a plus rien à voir avec ce qu’il pouvait être il y a 227 ans mais regardez au moins une carte de Cassini, d’Etat-Major ou des plans cadastraux de votre région. Considérez le vallonnement et la végétation de l’époque.

    Maintenant que vous avez vu et réfléchi, pensez-vous vraiment que les moulins pouvaient transmettre des signaux ? Il eut fallu d’abord que les moulins puissent « se voir » les uns les autres depuis assez loin ce qui est rigoureusement impossible, le Bocage Vendéen n’étant pas un pays de montagne mais de collines de faible altitude. On notera d’ailleurs qu’on ne trouve aucune mention dans les rapports républicains du fait que les moulins vendéens auraient pu servir à envoyer des signaux. Si cela avait été le cas, il n’y a aucun doute sur le fait que les républicains auraient largement partagé l’information. Ceux qui racontent par exemple que Westermann a brûlé les moulins pour ce motif n’ont visiblement pas dépouillé la correspondance militaire. Non, les moulins n’ont pas été brûlés parce qu’ils envoyaient de quelconques signaux mais bien uniquement dans le but d’affamer la population. Ce fait est souligné par Haxo dans un courrier du 8 mars 1794 à Turreau où il écrit :

    « La guerre continuelle que je fais aux moulins va leur ôter toute ressource dans ce pays. »

    Vous retrouverez cette lettre ici.

    Donc, exit la belle légende des moulins vendéens. Gardons-cela pour les spectacles destinés aux touristes et occupons-nous d’histoire.

    Mais pourtant, allez-vous me dire, le télégraphe venait d’être inventé ?

    En effet, le télégraphe à sémaphore de Claude Chappe déjà expérimenté en 1791 est testé pour la première fois de manière sérieuse le 12 juillet 1793 sur une distance de 26 kilomètres entre Ménilmontant, Ecouen et Saint-Martin-du-Tertre au nord de Paris. L’essai est concluant et le 25 juillet Chappe est désigné ingénieur du télégraphe par décret. L’idée est sensationnelle et on se demandait comment personne n’y avait pensé plus tôt. Pourtant il y a un bémol à l’invention de Chappe. Voici ce qu’en dit un rapport présenté à  la Convention dans sa séance du 1er avril 1793 par Charles-Gilbert Romme et cité par le Moniteur (1) :

    « Romme, au nom des Comités réunis d’instruction publique et de la guerre. Dans tous les temps on a senti la nécessité d’un moyen rapide et sûr de correspondre à de grandes distances. C’est surtout dans les guerres de terre et de mer qu’il importe de faire connaître rapidement les événements nombreux qui se succèdent, de transmettre des ordres, d’annoncer des secours à une ville, à un corps de troupes qui serait investi, etc. L’histoire renferme le souvenir de plusieurs procédés conçus dans ces vues ; mais la plupart ont été abandonnés comme incomplets et d’une exécution trop difficile. Plusieurs mémoires ont été présentés sur cet objet à l’Assemblée législative, et renvoyés au Comité d’instruction publique. Un seul lui a paru mériter votre attention. Le citoyen Chappe offre un moyen ingénieux d’écrire en l’air, en y déployant des caractères très peu nombreux, simples comme la ligne droite dont ils se composent, très distincts entre eux, d’une exécution rapide et sensible à de grandes distances. A cette première partie de son procédé, il joint une sténographie usitée dans les correspondances diplomatiques. Nous lui avons faits des objections ; il les avait prévues, et y répond victorieusement ; il lève toutes les difficultés que pourrait présenter le terrain sur lequel se dirigerait la ligne de correspondance ; un seul cas résiste à ses moyens ; c’est celui d’une brume fort épaisse, comme il en survient dans le nord, dans les pays aqueux, et en hiver ; mais dans ce cas fort rare, et qui résisterait également à tous les procédés connus, on aurait recours momentanément aux moyens ordinaires... »

    Le procédé de Chappe est réellement révolutionnaire et c’est le cas de le dire. Sauf, qu’il ne fonctionne pas en cas de brouillard et encore moins la nuit...

    Un souci arrive bientôt pour Chappe : ses appareils sont régulièrement détruits. Les croyances du « bas peuple » voient dans ces engins des machines infernales mais peut-être aussi et surtout des moyens de communication pour un gouvernement qui est loin de faire l’unanimité... Cependant le 15 août 1794, le télégraphe permet d’annoncer la reprise du Quesnoy et le 30, de celle de Condé-sur-l’Escaut. En une demi-heure, la Convention est prévenue de la victoire contre les Autrichiens entre 15 h 20 et 15 h 50 par 27 signaux. Mais en Vendée, point de télégraphe. La Vendée est cernée par les camps républicains au cours de l’été 1794 mais les Vendéens occupent tout le centre du territoire. Même si l’invention de Chappe avait pu s’y porter, les tours n’auraient pas manqué d’être détruites par les royalistes. Pourtant, les camps devaient nécessairement avoir des moyens de communications. Ceux-ci sont assurés la plupart du temps par des estafettes à cheval mais si vous vous souvenez de cet article, vous avez pu noter l’inquiétude du général Valentin au camp de Saint-Ouen-des-Gâts, concernant la liaison avec le camp du Pont-Charron. Le 7 septembre 1794, il écrit à Marrot (2) :

    « Nous avons examiné, Barbier et moi tout le terrein et nous n’avons pu rencontrer un endroit propice à établir des signeaux. 

    Il n’y auroit qu’un moyen suivant moi, ce seroit d’avoir des boîtes à feu et ce seroit la le signal le plus prompt si ont peu les entendre du Pont Charon. Il faudroit en faire l’essay si tu le trouves à propos. Je suis convenu avec le citoyen Barbier que nos patrouilles feroient la jonction à St Vincent Fort du Lay aujourd’hui à dix heures du matin. Tu me donneras tes ordres afin que je change l’heure, ou je la confirme. »

     

    Puis le lendemain, au même :

     

    « J’ai mandé mon camarade, au chef de brigade Deviau, que tu serais bien aise d’établir un signal près St Vincent Fort du Lay, sur les hauteurs de l’Hopitau ou à la Touche, en conséquence je le pries de faire examiner cet endroit. Demain sans doute me repondra (t-il ?) a cet sujet, je n’ai pu encore voir si je pourrois faire passer des ordonnances par Ste Pexine la Réorthe mais demain je t’en rendrai compte. » 

    Valentin veut donc établir un communication par signaux lumineux en plus des militaires d’ordonnances habituellement employés à cet effet. Bien loin des progrès apportés par les machines de Chappe, les camps républicains utilisent donc le bon vieux procédé des signaux lumineux employé depuis le Moyen-Age et bien avant encore, puisqu’on en parlait déjà dans l’Antiquité. C’est Guillaume Amontons (1663-1705) qui développa ce système. Les signaux sont répercutés de point en point par des observateurs équipés de longues vues. C’est probablement le procédé qu’emploient les camps républicains pour communiquer. Il y a peu de possibilités dans les messages mais les signaux sont visibles de nuit, ce qui est évidemment d’une importance primordiale autour d’un pays hostile, dont on ne sait jamais ni quand, ni comment les combattants vont attaquer. Quels étaient les codes employés ? Il serait intéressant de se pencher sur la question, tout comme sur celle du matériel utilisé. Quelles sont ces « boîtes à feu » mentionnées par Valentin ? Des coffrets de métal suffisamment poli pour être réfléchissants ? Dotés d’un volet occultant la lumière par intermittence ?

    Le code Morse ne sera inventé qu’en 1832 mais je ne résiste pas à vous mettre cette petite image animée pour réveiller ceux qui s’étaient endormis devant cet article. « SOS » en Morse :

     

     

    Si vous me permettez une légère digression, nous allons voir à présent où Valentin voulait voir installer ces feux. Il s’agit de l’ancienne commanderie de La Touche et le l’Hôpiteau (ce dernier lieu tirant son nom de la commanderie), lieux-dits dépendant de la Réorthe, non loin des rives du Lay. De l’autre côté, le village de Puymaufrais (3), au Sud, le gué de Poële-Feu. La Touche et l’Hôpiteau placés sur une hauteur de 57 mètres, ce qui en fait une colline au vu du faible relief du paysage en cet endroit sont respectivement à 6 km à vol d’oiseau environ de Saint-Ouen et 5 km du Pont-Charron.

    Les lieux cités sur la carte IGN de Géoportail au nord-ouest de la Réorthe. On distingue La Touche et L'Hôpiteau en haut à gauche de la carte :

    Signaux et feux entre les camps républicains....

    Le camp du Pont-Charron devait nécessairement se situer lui aussi sur une hauteur. Deux possibilités s’offrent à nous. Soit au Sud du Lay, du côté du Lion et de « L’Auberge du Pont-Charron » que l’on voit sur le cadastre napoléonien à 97 m d’altitude, soit plus sûrement, près des anciens moulins des Roches, au Sud-Est de la Tabarière, à 95 m d’altitude, moulins aujourd’hui disparus. Le sud-ouest du Pont-Charron est occupé par un bois et on a par ailleurs du mal à imaginer un camp placé dans la vallée dont les signaux auraient été masqués par la butte du Lion et le bois. Il fallait nécessairement que les signaux fussent visibles depuis la Touche. Quel était l’emplacement exact du camp de Pont-Charron ? Cela reste à découvrir.

    La carte d'Etat-Major de Géoportail autour du Pont-Charron avec les moulins de la Roche. Le carré gris symbolise une vigne !

    Signaux et feux entre les camps républicains.... 

    Tel était donc le but de ma digression et nous reprenons notre étude des signaux lumineux entre les camps car en feuilletant le tome IV de Savary, je me suis rendu compte que Valentin était loin d’être le seul à s’en préoccuper.

    En effet, en épluchant la correspondance des généraux dans le tome IV de Savary, on peut trouver plusieurs mentions de ces signaux.

    Le 27 juillet 1794, Beaupuy, chef de l’état-major écrit à Bonnaire depuis Fontenay (4) :

    « L’intention du général en chef est qu’il soit établi des signaux par le feu, sur les hauteurs de Bourneau à l’arbre du Gué. Demain à six heures du matin on en fera l’essai.

    Tu voudras bien établir de semblables signaux entre la Châtaigneraie et le camp de Chiché. Ce moyen de correspondance peut-être d’une grande utilité au besoin. Tu concerteras les mesures à prendre à cet égard avec le général Legros qui commande le camp de Chiché. » (5)

    Le 5 août, le même écrit à Guillaume  (6) :

    « Tes forces ne sont pas considérables... ; établis des signaux ; dans peu de temps on se porte mutuellement des secours. Je t’envoie un officier d’artillerie pour raccorder les feux avec Fontenay, Pont-Charron et les Sables. »

    Le 14 août, c’est Vimeux lui-même qui ordonne aux « Généraux de première, deuxième, et troisième division de l’armée, d’établir des signaux par le feu, sur les lignes de correspondance des camps. Des officiers intelligens seront envoyés pour reconnaître les hauteurs et les sites destinés à établir des feux et des postes pour les garder. Chaque signal aura deux feux. » (7)

    Pour finir, c’est encore Vimeux qui, le 25 août, présente son rapport au Comité de Salut Public, en même temps que son plan de quatorze camps retranchés. Il se dit heureux d’être déchargé du fardeau du commandement de l’Armée de l’Ouest au profit de Dumas, qui comme on le sait ne restera pas, écœuré de ce qu’il apprendra sur la Guerre de Vendée. Vimeux, donc, cite en huitième point des résultats de ses opérations le point suivant (8):

    « Des signaux ordonnés et établis dans plusieurs endroits. »

    On comprend mieux ainsi l’empressement de Valentin avec ses « boîtes à feu » entre les camps de Saint-Ouen et du Pont-Charron. Ce type de correspondance, ordonné par Vimeux était nécessaire et sans doute ce dernier avait-il entendu parler du télégraphe. Ne pouvant utiliser ce procédé en Vendée, il avait néanmoins saisi tout l’intérêt de l’établissement de signaux visuels entre les camps.

    Reste à savoir à quoi ressemblait l’appareillage utilisé et à connaître les codes utilisés.

    RL

    Avril 2020

     

    Notes :

    (1) « Procès-verbaux du Comité d’Instruction Publique de la Convention Nationale publiés et annotés par M.J. Guillaume », tome premier, 15 octobre 1792 - 2 juillet 1793, Paris, Imprimerie Nationale, M DCCC XCI (1891), p. 397.

    (2) AD85, 187 J 14.

    (3) Puymaufrais a fusionné en 1833 avec Saint-Vincent-Fort-du-Lay pour former Saint-Vincent-Puymaufrais. Les habitués de ce blog connaissent bien l’histoire du célèbre curé Desplobeins mais aussi le château de la Roche-Louerie, fief des Béjarry.

    (4) Savary, tome IV, p. 45 et 46.

    (5) Le camp intermédiaire de Largeasse, entre Chiché et La Châtaigneraie n’est pas encore établi à cette date.

    (6) Savary, tome IV, p. 66 et 67.

    (7) Ibid., p. 75.

    (8) Ibid, p. 99.

     


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    Le camp d’Apremont...

     

    Dans la liste des camps républicains voulus par Vimeux, figure Apremont. Pour mémoire vous pouvez en reprendre la liste non exhaustive et qui sera évolutive au cours du généralat de Vimeux dans cet article ou ci-dessous (1)

    Le camp d'Apremont....

    Bien entendu avant la décision de Vimeux, il existait déjà d’autres camps, cantonnements ou bivouacs dont la liste est longue mais qui sont quelquefois totalement méconnus, comme le camp de Pont-Chartan, entre les Sables-d’Olonne et Saint-Mathurin (2) ou celui de Beaulieu-sur-Mareuil (3) « fort de 1 200 hommes » au 5 août 1794 ou bien encore le Fenestreau en Château d’Olonne pour ne citer que ceux-ci.

    Si Apremont figure parmi les camps « officiels » voulus par le général en chef de l’Armée de l’Ouest afin de resserrer l’étau autour des « brigands », on ne trouve curieusement pas grand chose sur lui mis à part une simple mention dans le « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » (4) qui lui dénombre 200 hommes au « château d’Apremont bien fortifié ». Le château d’Apremont étant juché sur une hauteur d’où le village tire son nom, faisait en effet une place forte idéale. Il est toutefois curieux de ne plus en voir mention nulle part dans la suite des opérations et je crois plutôt qu’il s’agissait d’une simple garnison plutôt que d’un camp au sens militaire du terme.

     

    RL

    Avril 2020

     

    Détail du château d’Apremont il y a une vingtaine d’années, avec votre serviteur au bas de la première tour :

     

    Le camp d'Apremont....

     

    Notes :

    (1) SHD B5/10-1, v. 15/26.

    (2) Ibid, cité dans le 1er tableau, v. 4/26.

    (3) Ibid.

    (4) Ibid.

     

     


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    Le camp de Bessay… 

     

     

    Dans la liste officielle des camps retranchés souhaités par le général Vimeux, ne figurent pas quantité de cantonnements et postes divers. Je vous présente ce soir l’un d’eux : le camp de Bessay, dans le Sud de la Vendée et qui délimite traditionnellement la limite du pays blanc et du pays bleu. 

    Situé à l’Est de Mareuil-sur-Lay et à deux kilomètres au Sud des Moutiers-sur-le-Lay, Bessay ne devait pas avoir beaucoup à craindre des incursions royalistes, très sporadiques et assez peu dangereuses dans cette région depuis les débuts de la guerre et la prise de Bessay et Corpe. Ainsi écrivait Esprit Baudry à Boulard le 26 mars 1793 (1) : 

    Le camp de Bessay....

     

    « Marans le 26 mars 1793 an  1er de la république françoise

     

    Le Citoyen Esprit Baudry

    au citoyen Boulard

     

    Je vous rend conte mon cher commandant que la municipalité de Chalié (Chaillé-sous-les-Ormeaux ?) étoit a celle dicy, que les brigands se sont emparé des paroisses de Corpe, Bessai et qu’il demande 300 hommes au passage de Maureil (Moreilles ou Mareuil ?) avec deux pièces de canon. Jatend vos ordres, pour exécuter.

     

    Le commandant de Marans

    Esprit Baudry

     

    Le pavillion blanc est (illisible) »

     

    Pas beaucoup de nouvelles de Bessay durant l’année 1793. Il y a bien eu les trois batailles de Luçon des 28 juin, 30 juillet et 14 août, mais soudain, c’est l’affolement en ce 1er août 1794 et le général Vimeux demande immédiatement du renfort au camp du Pont-Charron (2) pour le camp de Bessay. Tiens donc ! On apprend ainsi qu’il y a un camp à Bessay. S’agit-il d’un vrai camp ou d’un simple cantonnement ?

     

    Ci-dessous la lettre de Vimeux au général Guillaume (3) commandant le camp de Saint-Cyr-en-Talmondais le 1er août 1794 (4) :

    « Je reçois ta lettre, mon camarade et je donne ordre aussitôt à l’adjudant général Desriau (Pierre Vidalot du Sirat, plus connu sous le nom de Dusirat) de partir sur le champ du Pont Charron avec cinq cents hommes au camp de Bessay. Tu les renverras aussitôt que tu n’en auras plus besoin.

    Signé le général Vimeux. »

     

    A la même date, Guillaume annonce à Vimeux quelques soucis avec les Vendéens. Voici ce qu’en dit le 3ème « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » (5)

     

    « Sur les 9 heures du matin une colonne de brigands est sortie de Champ St Pierre (Le Champ-Saint-Père), s’est portée au moulin St Vincent où elle s’est mise en bataille. Leur cavalerie s’est étendue dans la plaine en deça des moulins, où elle a égorgé plusieurs moissonneurs. Elle a pris ensuite la route de Chaillé. Elle est au moins de 3 000 hommes d’infanterie et 5 à 600 de cavalerie. Selon les rapports de l’espion elle médite un coup de vive force sur un de nos points. Les brigands sont bien armés mais on leur soupçonne peu de munitions. Dans la nuit deux ordonnances ont essuyé plusieurs coups de fusils aux quatre chemins de Luçon à Fontenay. »

    Il y a donc quelques mouvement aux abords de la Plaine, néanmoins dès le 2 août Vimeux ordonne à Guillaume de faire repartir les 500 hommes du camp du Pont-Charron (6).

     

    « Du 15 thermidor

     

    Je t’ordonne mon camarade de faire partie sur le champ pour le Pont Charron les cinq cents hommes que se sont rendus cette nuit au camp de Bessay, j’en ai besoin pour une expédition importante qui va voir lieu. Tu m’accuseras la réception de cet ordre et me rendras compte de son exécution. Je te prévisn que tu demeures responsable (du) moindre retard que tu y apporterois.

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    Puis le lendemain, toujours de Vimeux (7) :

     

    «  Du 16

     

    J’ai reçu mon camarade ta lettre par laquelle tu m’annonces le départ de cinq cents hommes comme je t’en avois donné l’ordre. Je te fais passer quatre lettres pour le représentant du peuple Ingrand que tu voudras bien lui remettre s’il est arrivé à Luçon. On lui envoye jusqu’à l’endroit où on le rencontrera. Je n’ai pas besoin de te recommander de les mettre en mains sûres.

     

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    Parallèlement Vimeux écrit le 3 août cette fois au chef de bataillon Barbier qu’il peut renforcer ses troupes avec celles revenues de Bessay (8)

     

    « La colonne qui est partie l’avant dernière nuit de Pont Charron pour se rendre au camp de Bessay doit être de retour. J’ai donné ordre hier au général Guillaume qui m’en avoit demandé la garde deux jours, de la faire retourner de suite au Pont-Charron en le rendant responsable du moindre retard qu’il apporteroit. J’ai donné aussi hier ordre au général Huché de faire partir de suite pour le Pont-Charron la colonne de quatre mille hommes en station devant Ancenis au Mont Glonne,  et de lui faire prendre la route la plus courte et j’espère qu’elle y sera rendue sous huit à dix jours.

     

    Signé le général en chef Vimeux »

     

    Le 24 septembre 1794, un événement va changer la donne dans le Sud de la Vendée : la prise du camp de Moutiers-les-Mauxfaits par les hommes de Saint-Pal et de Charette (9). C’est la troisième fois qu’un camp républicain est pris par les Vendéens, depuis La Roulière et Fréligné. Il faut donc revoir l’organisation et c’est l’avis de Beaupuy, chef de l’état-major, qui écrit le rapport suivant le 1er octobre 1794 (10) :

    Le camp de Bessay....

     

    « ETAT-MAJOR GENERAL

     

    Au quartier général, à Fontenay le 10 vendémiaire

    an 2 (an 3 en réalité, l'imprimé datant de l'année précédente) de la République une et indivisible

     _______________________ 

     

    Rapport sur les actions

     qui ont eu lieu pendant

    la 1ère décade an 3e

     

     

    Le 3. L’adjudant général Marrot commandant les troupes campées en avant de Luçon écrivoit que le poste des Moutiers les Maux faits fort d’environ huit cents hommes avoit été obligé de se reployer sur Saint Cyr distant de deux lieues ; ce poste avoit été établi pour protéger l’enlèvement d’abondantes récoltes. Notre peu de forces nous avoit empêché d’y mettre un plus grand nombre de troupes ; d’après les différents rapports, il paroit que les brigands fors d’environ trois mille hommes ont attaqué ce poste sur trois colonnes, leur cavalerie dont le nombre n’est pas certain à vivement assailli notre gauche défendue par le 4e bataillon du Puy de Dôme et un détachement du 4e bataillon de la Vienne. Ces troupes ont reployé trop précipitament, ce mouvement a jetté un peu de désordre mais le 5ème bataillon de la Marne a fait la retraite avec un détachement de chasseurs à cheval des 10e et 15e régiments. Le commandant du bataillon de la Marne a eu son cheval de blessé sous lui.

    Le 5. Le général en chef de l’état major a été visiter les postes en avant de Luçon, il a jugé à propos de faire porter les troupes campées à Saint Ouen dans un site bien plus avantageux au-dessus de Bessay, ce nouveau camp est plus éclairé, beaucoup mieux défendu par la masure (?), couvre absolument Luçon a des eaux meilleures et plus à portée qu’à St Ouen, il réunit à la fois tout les avantages, tans pour le déployement qu’au cas qu’il fut employé comme offensif que pour la retraite, si on jugeoit convenable de lui faire faire un mouvement rétrograde.

     

    Le Chef de l’état

    major général de l’armée 

    Beaupuy »

     

    Faut-il donc penser que le camp primitif de Bessay avait été déplacé à Saint-Ouen, puis rétabli sur ses anciennes positions ?

    Je n’ai pas découvert à ce jour de traces indiquant que les conseils de Beaupuy ont été suivis mais je n’avais pas trouvé d’avantage de preuves de l’existence du camp de Saint-Ouen passé le mois de septembre 1794.

    Où pouvait se trouver le camp de Bessay ? Rien ne nous en indique l’emplacement avec certitude. Il est « au-dessus de Bessay » selon le rapport de Beaupuy et probablement sur une hauteur. Le point le plus haut de Bessay se trouve au Nord-Ouest du château, non loin de la route des Moutiers-sur-le-Lay. A l’emplacement de la croix rouge sur la carte IGN de Géoportail, il existait un moulin à vent dit « Moulin de la Motte » (le logis de la Motte Orson dont il dépendait se trouve sur la commune des Moutiers-sur-le-Lay). Etait-ce dans ce secteur que le camp était établi ? La « masure » dont parle Beaupuy était-elle le château ?

     

    RL

    Avril 2020

    Le camp de Bessay.... 

    Illustration : tour du château de Bessay, photo prise par mes soins il y a environ vingt ans.

    Le camp de Bessay....

     

     

     Notes :  

    (1) SHD B 5/3-23, v. 5 et 6/10, bulletin analytique compris.

    (2) Malgré le fait que j’ai déjà publié sur ce blog, il y a déjà longtemps, une partie de la correspondance du camp de Pont-Charron, je pense y revenir prochainement avec sa localisation et la suite de ce que vous avez déjà pu lire.

    (3) SHD B5/10-3, v. 5/9, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, N° 95, v. 44/129.

    (4) Le cantonnement de Saint-Cyr est connu pour avoir été la cible d’une attaque manquée de Charette le 25 septembre 1795.

    (5) SHD B 5/10-3, v. 7/9, bulletin analytique renvoyant au « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » , en B 5/10-1, 3ème tableau, p. 12, v. 9/26.

    (6) SHD B 5/10-4, v. 6/14, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, N° 101, v. 47/129.

    (7) SHD B 5/10- 5, v. 6/14, bulletin analytique renvoyant au registre déjà cité, v. 48/129.

    (8) SHD B 5/10-6, v. 1/5, bulletin analytique renvoyant toujours au même registre, v. 48/129.

    (9) Ne souhaitant pas un article trop long qui nous éloignerait de notre sujet, je vous invite à consulter la relation de cette victoire vendéenne dans les Mémoires de Lucas de la Championnière, p. 102 et/ou dans Bittard des Portes (à mon avis le meilleur ouvrage sorti à ce jour sur Charette), p. 379 et 380.

    (10) SHD B 5/10-61, v. 4 à 6/9, bulletin analytique compris.

     

     


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