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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 7° partie…

     

     

    La Vendée Historique, 20 octobre 1899.

     

    Je songeai à former un établissement à la campagne ; mais il faillait encore, malgré la précaution que j’avais prise de changer de nom, que quelqu’un garantit la ferme que je voulais prendre. Mlle M… et ses parents me rendirent ce service. Une maison de campagne fort agréable dans la commune de Saint-Herblain, située à une lieue, de Nantes, fut mise dans les affiches : on afferma fort cher cette campagne, parce qu’elle était entourée de murs fort élevés, qui semblaient mettre à l’abri d’une surprise. On y fit pratiquer une cache ; je me rendis l’habiter avec mes amies.

    J’eu le bonheur de rencontrer dans cette commune un maire qui était un parfait honnête homme. Je le demandai ; je lui fis part de mon affligeante position. Il y fit sensible ; il me promit sûreté et protection. J’ai passé effectivement trois années fort paisiblement dans cette maison de campagne, me livrant aux innocents plaisirs de l’agriculture dans un jardin délicieux. J’y aurais volontiers passé le reste de ma vie ; mais je faisais sur cette ferme des pertes si énormes chaque année, que je ne pouvais la conserver sans déranger sensiblement la fortune de ma bienfaitrice.

    Pendant que je demeurais dans la commune de Saint-herblain, il s’éleva de nouveaux troubles dans la Vendée, et même dans le département de Loire-Inférieure. Les chefs des royalistes crurent pouvoir relever avantageusement leur parti. Je fus informé de ce projet et des mesures qu’on devait prendre. On me notifia les ordres de M. le lieutenant-général du royaume, pour reprendre les rênes de l’administration dans le pays insurgé. Je refusai formellement de me réunir à eux. Je me fis plusieurs ennemis dans le parti. La ville de Nantes fut attaquée par les insurgés, je demeurai tranquille dans ma solitude.

    Je ne fus pas longtemps à me féliciter sur ma résolution. Ce parti des insurgés fut anéanti ; Bonaparte s’empara du gouvernement dans le journée du 18 brumaire. Un des premiers actes du Consulat de Bonaparte prononça ma mise en liberté. Je reçus du département de Nantes un sauf-conduit. Je me rendis devant l’administration ; on me délivra acte de mise en liberté. Je respirai enfin. Il y avait près de cinq ans que j’étais obligé de me cacher, depuis la fin des premiers troubles de la Vendée.

    Quel ne dût pas être mon étonnement, quand je reçus, à cette même époque, une lettre de M. Voyneau, se disant représentant de Mgr l’Evêque de Luçon, qui m’annonçait que le Supérieur m’avait censuré pour avoir écrit une relation de la guerre civile en Vendée ! Je croyais avoir assez fait pour mériter quelques droits à son estime ; je répondis à cette lettre ; j’annonçai ma ferme résolution de demeurer désormais tranquille et de ne plus me mêler des affaires de l’Eglise et de l’Etat.

    Dans ces sentiments, je pris mes mesures pour revenir dans la Vendée finir paisiblement mes jours dans mes propriétés. Au moment où je formais ce projet, ma vie fut encore abreuvée d’une nouvelle amertume. Je perdis un frère que j’aimais tendrement et dont j’étais également aimé. Il mourut à Chavagnes, au milieu de son troupeau, la dixième année de la persécution. Cet évènement a répandu dans mon âme une tristesse qui n’en sortira jamais.

    L’époque de la fin de la ferme où j’étais allait expirer : je préparai mon départ, et je revins à Maché le 13 mars pour finir mes jours au sein de quelques amis fidèles, dans cette même maison où j’avais été sauvé du temps de la terreur, dix années auparavant.

    C’est là où j’ai cédé au désir de mes amis de mettre par écrit les principaux évènements d’une vie qui semblait devoir être heureuse, et qui a été partagée par toutes sortes de malheurs. Je les résume en disant que j’ai souffert, comme prêtre une double persécution. Après que j’ai eu échappé au fer de mes ennemis, le clergé m’a persécuté lui-même, sa conduite a été aussi remplie d’injustice que de contradiction (Ces faits se prouvent par la lettre du vicaire-général Voyneay et la correspondance de M. de Mercy.).

    Comme français, j’ai éprouvé d’autres tourments. Je me suis trouvé, par l’effet de la révolution, dans la nécessité d’occuper une des premières places dans l’administration civile qui a désolé ma patrie. Cette place m’a exposé à des fatigues inouïes et à des dangers qu’il est impossible de calculer. En outre de la haine de parti, elle m’a nécessairement procuré celle des patriotes, dont j’administrais les biens au nom du roi.

    A la suite de cette guerre, pendant laquelle ma vie était exposée nuit et jour, j’ai fait un long et pénible voyage, dans lequel j’ai éprouvé tous les dangers de la terre et de la mer. Ce voyage, que j’ai fait pour la cause de la religion et de l’honneur, a été suivi, pour moi, de nouvelles mesures de rigueur de la part du gouvernement.

    Enfin, un homme extraordinaire a paru….. Bonaparte m’a rendu a liberté. Je suis revenu dans la Vendée pour y vivre en simple particulier, au milieu de quelques amis toujours et partout fidèles.

    J’ai besoin de tous les moments qui me restent à passer sur la terre pour remercier la Providence de la protection spéciale qu’elle n’a cessé de m’accorder, surtout pendant les orages qui ont si souvent grondé sur ma tête depuis la révolution.

    Je déclare au petit nombre de mes amis, destinés à lire ce petit ouvrage, qu’il ne contient pas un seul fait dont je ne puisse donner la preuve la plus authentique. On y trouvera, peut-être, quelques répétitions, mais elles sont devenues presque inévitables, dans le récit que j’ai fait d’actions qui ont souvent été elles-mêmes une répétition de malheurs qui se ressemblaient plus ou moins.

    Pendant mon voyage, j’ai reçu l’ordre de faire des mémoires sur la guerre civile de la Vendée. J’ai employé six mois entiers à ce travail ; je l’ai soumis à plusieurs personnes éclairées, qui ont eu la bonté de me dire qu’elles en étaient satisfaites. Je l’ai consigné dans des mains sûres ; il était sous cachet. J’ai fait des tentatives pour me procurer cet ouvrage ; jusqu’à ce moment, elles ont été infructueuses. J’attendrai, dans le calme où je vis maintenant, que quelques voyageurs sûrs et fidèles puissent s’en charger. Quand il me sera parvenu, je le réunirai à cette petite brochure, que j’engage mes amis à lire avec l’indulgence et la bonté qui caractérisent leur attachement pour moi.

     

    A Maché, le 25 avril 1803.

     

    P.-F. REMAUD.

     

     

     

    FIN

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 7° partie....


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 6° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 67, 5 octobre 1899.

     

    Je revins à Maché pour y jouir en paix de calme que je commençais à goûter. Il ne devait pas être de longue durée. De toutes parts, les nuages s’amoncelaient sur ma tête ; l’horizon politique s’était obscurci, la journée du 18 fructidor eut lieu. Il fallut songer à la retraite et me cacher de nouveau.

    J’allai passer un jour dans ma famille pour savoir ce que mon fère, curé de Chavagnes, allait devenir. J’en partis heureusement à temps, car le général de brigade Gr…y, qui commandait à Montaigu, le même qui, deux mois auparavant, m’avait mis en liberté, envoya deux cent cinquante hommes pour m’arrêter avec mon frère.

    Je fus informé de suite de cette mesure atroce ; je partis dans la nuit pour retourner à Nantes, où j’avais plus de moyens de me cacher que dans la campagne. J’y arrivai sans accident, après avoir couru les plus grands dangers le long de la route, et surtout en passant au poste de Pont-Rousseau, où mon signalement était vraisemblablement donné.

    Ce serait ici le lieu de parler de la frayeur qui se répandit dans les villes après la trop fameuse journée du 18 fructidor. La France fut terrifiée une seconde fois ; mais cet évènement tient à l’histoire générale de la révolution, et je n’écris que ma vie particulière.

    Une fois de retour à Nantes, je me procurai, par le moyen de connaissances que j’avais, une pension sûre. On me donna un logement où j’avais besoin de lumière même en plein jour ; mais je passais facilement sur ces désagréments, parce qu’il y avait près de moi une cache qui n’avait pas été découverte jusqu’alors, malgré les fouilles qu’on y avait faites.

    Il m’en coûtait fort cher dans cette nouvelle pension (Ma pension était de cent francs par mois ; on ne se fait pas l’idée de ce qu’il en coûtait à Nantes, pour vivre caché, surtout dans les maisons sûres). Je sentais l’impossibilité de pouvoir soutenir longtemps la dépense que j’étais obligé d’y faire. Mlle M…… se décida à mettre le comble à ses généreux procédés en venant elle-même habiter la ville avec une de ses tantes et sa cousine qui tenaient déjà leur ménage à Nantes. Après avoir passé environ trois mois dans mon obscure retraite, je pus me réunir de nouveau à Mlle M….. et à ses parents. Si on pouvait être heureux quand on a continuellement suspendu un glaive prêt à frapper, et qu’on éprouve sans cesse des inquiétudes pour soi et les personnes qui veillent à votre sûreté, je l’aurais été sans doute. Rien ne manquait au besoin de ma vie, on me prodiguait avec bonté tous les soins imaginables.

    J’ai passé plusieurs mois sans courir des dangers bien menaçants ; mais ma solitude fut bientôt soupçonnée, et mes alarmes devinrent plus vives ; elles furent journalières. Je ne tardai pas à devenir un nouveau sujet d’inquiétudes pour le gouvernement. De nouvelles mesures de rigueur furent prises contre moi : par un arrêté du Directoire du 6 octobre de l’an 6, je condamné individuellement à la déportation comme brigand insoumis et prêtre réfractaire (ce son les propres expressions du Directoire consignées sur les registres du département de la Loire-Inférieure).

    Je fus instruit de suite de ces nouvelles mesures de rigueur prises contre moi : il me fallut prendre de nouvelles précautions pour ma sûreté ; elles furent insuffisantes pour empêcher l’administration de découvrir mon domicile. On vint faire, à trois heures du matin, des visites domiciliaires dans la maison où j’étais. Heureusement que j’eus le temps de me sauver dans une cache que j’avais fait pratiquer ; mais les personnes qui demeuraient avec moi furent horriblement épouvantées.

    Cette première visite, faite par la gendarmerie, et à laquelle j’avais échappé, ne me laissa plus de repos ; j’en avais d’autant moins qu’on punissait très sévèrement les personnes chez qui on trouvait des prêtres cachés. Je craignais pour mes amis, pour mes bienfaiteurs, plus que pour moi-même, car j’étais si persécuté que la vie n’avait plus pour moi de charmes.

    Je passai quelque temps assez tranquille, aux frayeurs près que j’éprouvai nuit et jour. Je gardais sévèrement ma solitude, je ne voyais jamais personne ; mes précautions ne désarmaient point mes ennemis. Une seconde visite eut lieu dans mon domicile ; faite par les agents de la municipalité, elle fut moins sévère que la première. J’avais déjà prévenu qu’on devait rechercher des prêtres, je me sauvai dans ma cache.

    Voyant l’opiniâtreté de mes ennemis, après en avoir conféré avec des personnes éclairées, je pris la résolution de m’éloigner de Nantes, où l’on me cherchait avec rigueur. Je formai le dessein de me rendre à Paris. Mlle de M….. emprunta de l’argent pour m’en faciliter les moyens. Un commis de la municipalité, qui paraissait bien disposé pour moi avait promis de me procurer des passe-ports pour me rendre dans la capitale ; je lui fis donner deux louis ; j’en fus quitte pour perdre mon argent, je n’obtins point de passe-port. Il me fallut rester dans ma retraite, où je courais charque jour de nouveaux dangers.

    J’en éprouvai bientôt un plus grand que tous ceux qui m’avaient menacé jusqu’alors. Le jour de la Pentecôte, à trois heures du matin, je fus éveillé par la société de ma chambre. C’étaient vingt-deux gendarmes qui entouraient ma retraite, et qui demandaient à entrer précipitamment. Je n’eus pas le temps de m’habiller ; il fallut me sauver sans précautions dans ma cache. On trouva des habillements d’homme dans ma chambre, ce qui pensa me perdre. On mit un acharnement à me rechercher qui tenait de la fureur. J’entendais, à chaque instant, qu’on disait qu’on était sûr qu’il y avait un prêtre caché dans cette maison. Les armes que montraient sans cesse les gendarmes avaient jeté l’épouvante dans l’âme des personnes avec qui je demeurais. Enfin, après deux heures de saisissement et de craintes, je fus délivré de la présence de la force armée, et je bénis la Providence qui m’avait si souvent sauvé du danger.

    J’apprenais chaque jour que quelques de mes malheureux camarades, qui prenaient les mêmes précautions que moi, étaient arrêtés et conduits à Rochefort. Je ne dois pas passer sous silence une anecdote, qui eut lieu le même jour où je fus si rigoureusement recherché.

    Le commandant de la gendarmerie, chargé de faire la fouille chez moi, perdit dans la grande rue de Nantes l’ordre qu’il avait de m’arrêter, qui contenait mon signalement. Cet ordre fut apporté aux personnes qui vieillaient à ma conservation par un émigré honnête et sensible, qui passait lui-même pour mort dans la société, et qui allait à Nantes donner des leçons dans différentes maisons. Je lui fis porter, par mes amis, l’assurance de ma reconnaissance éternelle. Ce bienfait ne sortira jamais de ma mémoire. J’appris avec douleur que cet individu était lui-même fort à plaindre, et qu’il n’existait que du fruit de ses leçons. Il faut avouer qu’il y a des hommes qui sont destinés sur la terre à éprouver des revers de bien des genres. Partout à Nantes, les audacieux, les méchants se montraient avec sûreté et une sorte d’orgueil ; presque tous les hônnetes gens vivaient pauvrement et dans la solitude.

    Quand l’évènement qui m’avait causé tant d’alarmes fut passé, je m’occupai sérieusement à chercher un autre domicile. Je ne pouvais tenir plus longtemps dans ma solitude ; presque tout le monde qui habitait la même maison que moi avait plus ou moins connaissance qu’il y avait un prêtre caché parmi eux. Ma santé, d’ailleurs, souffrait de ma longue solitude : j’étais devenu d’une épaisseur énorme ; je ne prenais jamais l’air.

     

     

    Abbé Remaud

     

    (A suivre)

     

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 6° partie....

      


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 5° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 66, 20 septembre 1899.

     

    J’arrivai à Nantes le 25 mais : il y avait plus d’un an que j’étais absent de mon pays, sans avoir pu en aucune manière communiquer avec mes parents et mes amis. Plusieurs personnes me croyaient mort. Les recherches qu’on avait faites pour me trouver dans la Vendée, pendant mon absence, avaient donné quelque vraisemblance à cette nouvelle, qu’on avait consignée dans plusieurs papiers publics.

    Je fus à peine arrivé à Nantes, qu’il me fallut prendre des nouvelles précautions pour ma sûreté personnelle. Tous les prêtres demeurés dans la Vendée étaient rentrés chez eux. On commençait à tolérer l’exercice public de la religion catholique ; tout annonçait un meilleur ordre de choses. L’espérance fut à peine conçue, qu’elle fut anéantie : la journée du dix-huit fructidor eut lieu !!

    Je ne dois pas passer sous silence les démarches que je fis, avant cette époque, pour rentrer dans mes foyers. Je fus assez heureux pour trouver à Nantes des connaissances sûres auprès du général en chef de la 12° division militaire E…..Gl…. Il accueillit avec bonté ceux qui s’intéressaient à moi, et donna l’ordre de me laisser rentrer dans la Vendée, moyennant la promesse que je ferais d’y demeurer tranquille.

    Je souscrivis sans peine à cette promesse, mais j’avais grande difficulté à vaincre pour arriver jusque dans ma famille. Il y avait à Montaigu un général de brigade qui avait fait la guerre contre nous. Il avait fait des efforts incroyables pour me faire arrêter ; il n’avait pu y parvenir. Je devais me présenter devant lui ; je l’obtins par le moyen de Mme de la Roche-Lespinay, qui correspondait avec lui, et qui se faisait un plaisir d’obliger les Vendéens opprimés pour un parti qu’elle avait elle-même soutenu avec beaucoup de courage et de constance.

    J’arrivai donc au château de Montaigu. Selon les indices que j’avais eux, je devais être arrêté. Je m’y attendais ; je fis néanmoins bonne contenance. Le commandant de la place me reçut froidement. Je lui présentai mes passe-ports ; il me conduisit, sans me dire un seul mot, jusque dans sa chambre. Après m’avoir fait asseoir, il me donna acte de ma présentation devant lui. Avant de signer cet acte, il me le donna à lire, et me demanda s’il y en avait assez pour ma sûreté et ma satisfaction. Comme il ne contenait effectivement que des chose obligeantes, et surtout qu’il savait les ordres qu’on avait donnés partout de m’arrêter, je lui témoignai à la fois ma reconnaissance et ma satisfaction.

    J’allais sortir de ce château, qui avait vu périr tant de mes infortunés camarades, quand un incident pensa tout perdre. L’aide-de-camp du général de brigade qui venait de me mettre en liberté, s’avisa de me faire des questions au sujet des évènements passés pendant la guerre. Il me demanda en outre où j’avais fait cacher de la poudre et de l’artillerie que le général Charette m’avait confiée. Je lui répondis que j’avais appris qu’elle avait été trouvée, qu’au surplus je n’avais jamais où étaient les dépôts, que j’avais ordonné de les faire sans me mettre en peine du lieu où ils avaient pu être faits.

    La conversation s’engagea insensiblement sur d’autres objets. L’épouse du général me reprocha, d’une manière assez vive et amère, mon attachement obstiné au parti du roi. Je lui répondis que mes sentiments étaient à moi, que, du reste, je saurais vivre sous la république, moyennant qu’on respectât ma liberté et mes opinions religieuses. Le général Gr… prit de là occasion de m’engager, d’exiger même de moi que j’eusse exercé les fonctions du saint ministère. Je lui fis part de toutes mes difficultés à ce sujet : je lui représentai qu’en vain je prêcherais la paix, on ne manquerait pas de dire que je cherchais encore à exciter la guerre. Il m’observa, en dernière analyse, qu’il convenait d’autant mieux que j’eusse prêché la paix publiquement dans la Vendée, que j’avais fait beaucoup de sensation dans le pays, et que je  ferais plus que bien d’autres rentrer une infinité de personnes dans le devoir. Je promis, parce qu’on l’exigea impérieusement de moi, que je reprendrais l’exercice public des fonctions du ministère. Mon acte de mise en liberté le portait expréssement, comme il contenait aussi qu’on exigerait de moi d’autres soumissions que la promesse de vivre paisible sous les lois du gouvernement.

    Je vis enfin terminer cette fameuse entrevue où j’avais craint de perdre ma liberté, et où je la recouvris véritablement. De Montaigu dans ma famille, il y a 2 heures de marche : j’arrivai chez mes parents qui ne m’avaient pas vu depuis longtemps. Nous confondîmes longtemps nos larmes dans les dous épanchements d’une tendre amitié. J’avais perdu ma sœur aînée pendant mon long et pénible voyage.

    Je fus à peine arrivé dans ma famille, que le bruit se répandit bientôt que j’étais dans la Vendée. Un grand nombre de personnes s’attendaient même à y voir reparaître Charette, avec qui l’on pensait généralement que j’avais passé le temps de mon absence. Dès mon arrivée à Nantes, les habitants de la Chapelle-Palluau m’avaient invité de me rendre dans leur paroisse pour remplacer leur curé, qui était alors en Espagne. Il me renouvelèrent leurs instances pendant mon séjour dans ma famille ; je me rendis à exercer leur vœu. Comme j’avais promis d’exercer et de prêcher la paix, je préférai le faire dans cette paroisse, dont je connaissais particulièrement les habitants.

    Je me rendis donc à la Chapelle-Palluau, où tout le monde voulut bien en témoigner le plus vif intérêt. J’y arrivai pour la fête patronale le premier d’août. J’avais invité à cette cérémonie plusieurs ecclésiastiques qui s’y rendirent. Une foule immense de peuple y accourut aussi de toutes parts, parce que c’était une chose toute nouvelle de voir le même lieu plusieurs prêtres réunis, tandis que la plupart des églises étaient encore privées de leur pasteur.

    Ce lieu de réunion, où tout annonçait une fête religieuse, devint bientôt un lieu de tristesse, où l’on entendait de toutes part que des imprécations. J’avais à peine célébré la messe, que je fus frappé d’un nouveau coup d’autorité. Le commissaire du gouvernement pour le canton de Palluau ordonna qu’on me fît faire un serment prescrit alors, de haine à la royauté, ou, dans le cas de refus, de m’empêcher de célébrer publiquement. Ma réponse ne pouvait être équivoque : l’église fut fermée. Plus de trois mille personnes s’en furent dans les paroisses voisines, sans avoir pu assister aux vêpres que j’avais annoncées. J’eus bien de la peine à calmer les esprits ; heureusement il n’arriva rien de fâcheux : on s’en tint à des propos et des murmures.

    Je quittai, dans le même jour, la paroisse de la Chapelle-Palluau. Je me rendis à Maché, où Mlle Minguet eu la bonté de m’offrir un asile dans la maison j’avais été caché pendant le temps de la plus forte persécution.

    Les habitants de cette commune, privés de leur pasteur qui était en Espagne, vinrent me prier de leur en tenir lieu en attendant son retour. J’avais le plus vif désir de les obliger, mais d’après ce qui s’était passé à la Chapelle-Palluau, j’étais fondé à croire que j’éprouverais de grandes difficultés de la part des agents du gouvernement. Cependant, pour leur prouver mon sincère attachement, je me rendis avec les principaux habitants à Apremont, où était le commissaire du pouvoir exécutif. On lui fit la demande que j’eusse exercé, dans l’église de Maché, le ministère du culte catholique. Il refusa formellement, à moins que je ne voulusse souscrire le serment de haine à la royauté. Je ne pouvais faire que la même réponse à la même difficulté qu’on m’avait déjà proposée. Je me retirai après avoir essuyé un refus auquel je m’attendais.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 5° partie....


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 4° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 65, 5 septembre 1899.

     

    Je continuai ma route, non pas sans inquiétude, car je ne savais point la langue du pays d’où je paraissais être. Heureusement que les préliminaires…… (La fin de la phrase manque). La paix fut rendue aux contrées que je devais parcourir. Je voyageais avec toute la facilité imaginable. Je traversai les principales villes de l’Allemagne.

    Je rencontrai, à Houskat, le prince Charles, pour qui j’avais des dépêches. J’eus l’honneur de lui être présenté par M. Delmone, son major général. Il m’accueillit avec infiniment d’attention. Après avoir eu avec lui une longue conférence, j’en pris congé et me rendis à Neustad, où était Monsieur le Prince de Condé, avec son armée qui se retirait alors sur les bords du Rhin.

    Il était dix heures du soir quand je pénétrai aux quartier-général du Prince. J’avoue que je n’étais pas présentable devant lui. J’étais très fatigué de voyager jour et nui. Je lui fis remettre mes paquets que j’avais pour lui, et lui fis demander comme une faveur de lui offrir l’hommage de mon profond respect le lendemain matin. De suite, il ordonna de m’envoyer chercher, et lui être présenté tel que j’étais. Je parus devant le prince de Condé, et j’y fus introduit par M. le duc Duquêta, gentilhomme de sa chambre.

    A Neutad comme à Edimbourg, je fus accueilli avec tant de bontés, que je suis incapable de les exprimer. Ce bon prince de Condé me tint par la main pendant plus d’une heure qu’il s’entretint avec moi. Je passai la journée du lendemain avec lui. J’en pris congé après avoir reçu ses ordres. Il fit beaucoup de questions sur les armées royalistes de France. Il s’informa d’une manière toute particulière des chefs qui avaient commandé les armées. Il parut regretter infiniment le général Charette. Il me donna des grandes espérances en le quittant : « Descendez, me dit-il, la vallée de l’Enfer, demain vous serez à Fribourg, et sous peu nous serons en France ensemble. Nous aurons besoin de vous. »

    J’arrivai peu de jours après sur les bords du Rhin. Je pris mes précautions pour entrer en Suisse, où j’avais eu les indices qu’on devait m’arrêter. Je payai d’un coup de hardiesse : je passai sur le champ de bataille d’Hunningue, et j’arrivai à Bâle. Je traversai toute la Suisse. J’avais des lettres de recommandation pour Son Excellence M. Wu… chargé d’affaires du gouvernement anglais à Berne. Je fis séjour dans cette ville. J’eu diverses conférences avec M. Wu… Il était spécialement chargé de surveiller les opérations des royalistes de France et de leur procurer des secours. Il me procura un passe-port français pour passer la frontière. C’était là le point difficile pour moi.

    J’arrivai sur les bords du lac de Genève, et je m’arrêtai à Triou, qui n’est qu’à quatre lieues de la frontière. Je trouvai des Français qui me firent des offres obligeantes pour me faciliter les moyens de rentrer en France. Je me défiais de tout le monde : j’avais bien des raisons de ne pas être confiant. Enfin il fallut s’exposer à un nouveau danger. Je traversai le Mont-Jura, avec un guide sûr qu’on m’avait donné. J’arrivai à Rouvré, premier bourg français sur cette ligne qui nous sépare de la Suisse. Je fus viser mon passeport sans difficulté. Je voyageais par prudence à pied. J’avais déjà fait passer ma voiture et ma malle.

    Il est bien difficile d’exprimer ce que l’on éprouve en rentrant dans sa patrie, quand on en a été quelque temps éloigné. J’étais parti d’Angleterre sans être parfaitement rétabli de la longue maladie que j’y avais éprouvée. Les médecins m’avaient recommandé les plus grands ménagements. Ils m’avaient même donné des remèdes pour prendre la route, ce que je ne fis pas. J’avais quarante jours de poste, la plupart du temps nuit et jour. Eh bien ! je fus à peine sur le sol français, que je sentis mes forces revenir et ma santé se rétablir parfaitement sans le secours de l’art.

    Le premier endroit où je m’arrêtai fut à Flavigny, petite ville entourée de montagnes et à huit ou dix lieues de la Suisse. J’en partis le lendemain matin me dirigeant pour Dôle, Auxerre et Dijon. Je passai un jour dans cette dernière ville, qui me parut très agréable.

    J’étais impatient d’arriver à Paris ; j’avais ordre de m’y trouver pour l’époque du renouvellement du Corps Législatif ; j’y arrivai la veille. Mon premier soin, une fois arrivé dans la capitale, fut d’y réunir les différentes personnes à qui je devais communiquer les ordres du Roi dont j’étais porteur. J’eus aussi des conférences avec MM. les vicaires généraux de Mgr l’Archevêque de Paris, concernant les affaires de la religion.

    Pendant mon séjour à Paris, j’eus occasion de voir les personnages les plus marquants du Corps Législatif qui s’occupaient de rétablir la monarchie ancienne. Je conférai avec le général Pichegru, sur qui tout le monde avait les yeux fixés alors, et après avoir pris des instructions, je préparai mon départ pour revenir en Vendée, où je devais attendre les évènements extérieurs.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 4° partie....

     


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 3° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 64, 20 août 1899.

     

    J’étais d’avance annoncé à Son Altesse Royale par les lettres de M. Le duc d’Harcourt, résidant à Londres en qualité de chargé d’affaires pour le prétendant. Je me fis présenter à Monsieur par le comte François Discares, son capitaine aux gardes. Je suis incapable d’exprimer, même faiblement, ce qui se passa entre le prince et moi. Je lui remettais d’une main les derniers vœux de Charrette, et il recevait de l’autre son dernier soupir rendu à l’échaffaud. Sa figure, pleine de grandeur et de sensibilité, se couvrait de larmes ; il pouvait à peine lire, et je pouvais encore moins m’expliquer. Après avoir reçu de sa part des bontés sans nombre, je lui demandai la permission de me retirer, n’ayant pas pris de repos depuis plusieurs nuits que j’étais en route. Il m’invita obligeamment lui-même à dîner le lendemain avec mon compagnon de voyage.

    Je me rendis avec empressement aux ordres que Monsieur m’avait donné la veille. Je pris autant que je le pus sur moi pour modérer une juste douleur. Il fallut aborder la grande question des malheurs de la Vendée, commencés depuis longtemps par la mésintelligence des chefs, augmentés par la défection de plusieurs commandants de division, et enfin à leur comble par la mort de Charette, un des plus fidèles serviteurs du roi. Après une longue conférence, à laquelle assistèrent MM. Le duc de férant, les comtes de P.P. qui composaient alors ses conseils, j’eus l’honneur de dîner avec Son Altesse Royale, Mgr le duc d’Angoulême, et cet honneur me fut accordé pendant tout le temps de mon séjour en Ecosse.

    J’y passai environ un mois, pendant lequel je fus malade des suites de mes blessures. Monsieur me donna son médecin pendant le temps que je mis à me rétablir. Je ne sortais point de chez moi. Monsieur profita de ce moment pour me faire exécuter un petit travail sur la guerre de la Vendée, ouvrage qu’il désirait infiniment, mais que personne n’avait pu lui donner, parce que personne n’avait suivi de près tous les évènements de la guerre. Je m’occupai de classer les principaux faits,  je les fis transcrire par mon compagnon de voyage, et je remis à Monsieur cette petite brochure à laquelle il parut attacher un grand prix. Il y ajouta de nouvelles bontés pour moi, en m’assurant que tous les Vendéens auraient toujours des droits à son estime, et qu’il ne serai peut-être jamais assez heureux de pouvoir s’acquitter envers eux.

    Ce n’est pas ici le lieu de rappeler les intéressantes conversations que j’ai souvent entendu tenir au prince. Je ne peux pourtant m’empêcher de rapporter ce qu’il me dit un jour en dînant à côté de lui, en me serrant la main avec bonté. Il me fit remarquer sa table, encore garnie de beaucoup de bons mets : « Eh bien ! ajouta t-il, j’aimerais mieux être dans la Vendée à manger un morceau de pain noir, que d’être ici à faire bonne chair, dans le palais des rois d’Ecosse. »

    Quelqu’agréable que fût ma position, quelques délicieuses que fussent pour moi les bontés de Son Alt. Royale Monsieur, j’étais impatient de retourner dans ma patrie, et de rendre compte à mes amis de ce qu’ils avaient à espérer ou à craindre. Je fus mes préparatifs de départ et demandai à Monsieur ses derniers ordres pour la Vendée. Il m’engagea obligeamment à demeurer encore quelques jours auprès de lui, pour assister à une fête que Lord Gordon, vice roi d’Ecosse et gouverneur pour le roi d’Angleterre dans le royaume, voulait nous donner. Le généreux anglais, qui aimait singulièrement les princes de la maison de Bourbon, aimait aussi beaucoup les Vendéens ; il aimait à causer de la guerre de la Vendée. Je reçus une invitation infiniment flatteuse, et j’assistai au dîner du noble Lord, qui ne cessa, pendant tout le temps que nous fûmes chez lui, de nous combler de bontés, mon compagnon de voyage et moi. Notre départ fut définitivement arrêté pour le lendemain, dernier jour de juillet.

    Avant mon départ, j’allai prendre les ordres de Monsieur et ses dépêches. Ce moment fut terrible pour ma sensibilité. Je ne pus m’empêcher de couvrir ses mains de mes larmes, au moment où il voulut bien me donner l’accolade. Je partis et j’arrivai à Londres, après quatre jours de marche sans m’arrêter.

    Mon premier soin, quand j’arrivai à Londres, fut de remettre aux différents ministres les dépêches de Monsieur pour eux. Partout on me témoigna le plus vif intérêt, particulièrement chez le ministre de la guerre, où j’allai souvent dîner. J’étais loin de penser ce qui devait m’arriver par la suite ; je comptais faire un très petit séjour à Londres, mon envie de retourner en France ne faisait qu’augmenter chaque jour. Le gouvernement anglais en avait décidé autrement.

    Je reçus l’ordre du ministre de prendre un appartement commode, peu loin du bureau de la guerre, et de m’y présenter souvent pour conférer avec lui. On fixa ma pension par jour à 12 l. et on me procura du reste tous les agréments que je pouvais désirer.

    J’établis donc mon séjour à Londres, sans plus savoir quand je pourrais retourner dans ma famille et au sein de mes amis qui ignoraient pour la plupart ce que j’étais devenu. Je me plaignis plusieurs fois à Monsieur de l’espèce de gêne dans laquelle on me tenait dans la capitale de l’Angleterre. Il me répondait avec affection et m’exhortait au courage. Je me plaignis directement aux ministres, ils me répondaient toujours d’une manière extrêmement obligeante avec moi, mais peu favorable au plan que j’avais formé pour mon retour. C’était surtout sur l’intérêt que l’on prenait à moi, qu’on motivait les délais de mon départ. On ne cessait de me dire qu’il n’y avait rien d’avantageux à faire alors en France, qu’il fallait attendre les évènements.

    En effet, la politique avait bien changé depuis mon départ de la Vendée : les insurgés, les puissants auxiliaires pour l’Angleterre, n’existaient plus. La Vendée était comprimée, l’Anjou soumis et la Bretagne rendait partout ses armes. Il fallut donc se soumettre aux évènement et attendre, ce que je ne fis pas sans murmurer.

    Dans la nécessité où j’étais de prolonger mon séjour dans la capitale de l’ Angleterre, je me déterminai à me faire un genre d’occupation, pour ne pas m’ennuyer au milieu de cette immense cité que je n’habitais qu’à regret. Sur le désir que m’avait témoigné Monsieur de me voir écriren d’une manière plus détaillées, les malheurs et les combats des la Vendée, dont j’avais été le témoin oculaire, je me décidai à continuer plus en grand le travail que j’avais commencé à Edimbourg. Je fis des mémoires sur la guerre civile de la Vendée, cet ouvrage m’occupa pendant six mois. Je passais les moments de délassement chez MM. les émigrés de ma province, que je voyais le plus souvent possible, et j’avais aussi une injonction particulière de Son Altesse Royale Monsieur de voir MM. les évêques de France réunis à Londres. Parmi ces prélats, je voyais plus particulièrement le respectable évêque de Saint-Paul-de-Léon, M. de la Marche. Il entretenait avec les princes une correspondance journalière, il jouissait auprès du ministre britannique d’une grande considération.

    Mon ouvrage sur la Vendée n’était pas encore fini, que je trombai malade. Je le fus si sérieusement, que je pensai mourir. J’eus ce qu’on appelle en Angleterre le spleen, et ce qu’on nomme en France la consomption. On se voit mourir : c’est une maladie du pays ; elle est occasionnée par la sombre mélancolie qui est le partage des Anglais, ou peut-être encore par l’air épais que l’on respire à Londres, où un nuage épais de fumée de charbon de terre empêche de voir le ciel pendant la majeure partie de l’année. Je n’ai dû mon rétablissement qu’aux soins multiples du docteur Philisbert, médecin de Monseigneur le duc de Bourbon, qui avait la bonté de me l’envoyer tous les jours. Je me guéris, non parfaitement, et je profitai de mes derniers moments de convalescence pour me faire conduire chez le ministre, aux fins de faire accélérer l’époque de mon départ, pour les raisons même de ma mauvaise santé.

    Les évènements avaient encore changé de face dans toute l’Europe, et particulièrement en France. Le Directoire se faisait partout détester par ses mesures de rigueurs. L’Empereur de Russie paraissait prendre un vif intérêt aux princes infortunés de la maison de Bourbon. L’Angleterre même semblait vouloir enfin adopter le plan pour sa propre sûreté. Le roi avait besoin en France de ceux qui étaient attachés à son parti. Mon départ d’Angleterre fut enfin résolu, mais je fus obligé, pour l’obtenir, de me faire donner les ordres du Royaume. Je fus chargé spécialement d’apporter en France ses volontés et ses instructions.

    Le gouvernement me donna des fonds pour mon voyage, qui devait être long et pénible. Il fut arrêté que, pour arriver à Paris, je passerai par le continent. Je quittai Londres le 12 mars, presque un an après mon départ de la Vendée. Je m’embarquai à Claremont pour Crux-Haven. Le gouvernement me donna place sur un bâtiment destiné à conduire Lord Elgin à son ambassade.

    De tous les voyages que j’ai fait en mer, cette traversée fut pour moi la plus agréable. J’arrivai dans le nord de l’Allemagne sur la fin de mars. Je commençai mon long voyage sur le continent. Après avoir traversé le Hanovre, je pris la route de Francfort, où j’avais ordre de passer.

    Je fus singulièrement contrarié dans ma marche. Les Français étaient aux portes de cette ville d’un côté, quand j’étais à une journée de marche de l’autre. Il me fallut rétrograder sur les Etats du prince de Hesse. Ne prévoyant pas quelle route je pourrais suivre avec prudence, je m’adressai directement au ministre du Landgrave, qui me reçut avec beaucoup d’égards. Il me donna des passe-ports de Hessois, qui étaient alors en paix avec la France.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 3° partie....


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