•  

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    2ème partie

    De Cerizay à Montravers…

     

    1ère partie ici.

     

    Reprenons si vous le voulez bien les parcours des deux colonnes de Grignon et Lachenay. Le 25 janvier 1794, les administrateurs du district écrivent à Turreau depuis Bressuire (1) :

    « Citoyen général, la municipalité et la garde nationale de Moncoutant nous demandent de te rendre compte de leur conduite.

    Nous pouvons et devons t’assurer que les gardes nationales de Moncoutant, la Chapelle Saint-Laurent, la Forêt-sur-Sèvre et Cerizais, se sont, dans toutes les circonstances, comportées d’une manière digne des plus grands éloges.

    Ces bons républicains, craignant d’éprouver le sort que plusieurs partriotes, leurs voisins, éprouvent, et dans leurs personnes et dans leurs biens, te dépêchent quatre des leurs ; ils espèrent de ta justice que tu sauras les distinguer des ennemis de la république.

    Un particulier nous avertit qu’il a ouï dire que les brigands, réunis à Charette, comptent se battre du côté des Epesses le 27. »

    On ne sait si c’est cette demande du district de Bressuire qui a fait son effet, mais contrairement à toute attente, Grignon ne brûle pas Cerizay. Il s’en explique, d’ailleurs le même jour que la lettre du district, depuis Cerizay (2) :

    « La patriotisme que j’ai trouvé à Cerizais, une garde nationale fort bien établie, ayant passé la revue d’un commissaire, cela fait que je n’ai pas cru devoir le brûler. D’ailleurs j’y ai trouvé beaucoup de subsistances. Toutes les métairies, bourgs et villages qui avoisinent, vont passer aux flammes dans cette journée.

    J’oubliais de te dire que l’on m’a arrêté une dixaine de fanatiques qui se nomment eux-mêmes idolâtres : ces sortes d’idolâtres n’ont jamais voulu prendre les armes pour un parti, ni pour l’autre. Pour ne pas s’être décidés à un parti, ils iront au quartier-général.

    Ma colonne de gauche a l’ordre d’en faire autant sur les flancs, et de ne faire grâce à qui que ce soit. Elle est à Montigny. »

    Dans une autre lettre du même jour, Grignon ajoute :

    « Je continue toujours de faire enlever les subsistances et de brûler et de tuer tous ceux qui ont porté les armes contre nous ; cela va bien, nous en tuons plus de cent par jour, enfin tous ceux que nous croyons nos ennemis. J’irai demain au soir coucher à la Pommeraie. J’attends tes ordres pour les mettre à exécution. »

    Grignon ne brûle pas la ville de Cerizay, en raison d’une garde nationale bien établie. Une légende locale donne une autre explication : il aurait été touché par le geste d’une couturière du bourg qui lui aurait offert un bouquet de fleurs (3). Voilà quelque chose de bien surprenant quand on connaît l’aversion qu’éprouvait Grignon pour la gent féminine, qu’il ne voyait que comme objet à violer ou à découper en rondelles. Le RP Dom Victor Bonneau, voit cette anecdote, non pas avec Grignon, mais avec Chalbos et une « tailleuse » (d’habits) lors de son passage le 7 octobre 1793, lorsque Westermann mettra pour la première fois le feu au château de Puy-Guyon (4).

    On notera au passage ce qui peut apparaître comme un léger doute de la part de Grignon : « enfin tous ceux que nous croyons nos ennemis. Comme s’il avait parfaitement conscience qu’il tuait essentiellement des innocents et qu’il souhaitait le consigner par écrit pour se dédouaner de ses actes ; un peu à la manière de Turreau lorsqu’il souhaitait se mettre à couvert auprès de Carnot dans ses demandes d’approbation de son plan. Un peu aussi à la manière naïve de Prévignaud qui supposait que le massacre sans distinction n’était sans doute pas dans les intentions de Turreau, ou encore de Duquesnoy, demandant sans cesse des ordres en jouant de la provocation. Preuve en est que ces généraux savaient parfaitement ce qu’ils étaient en train de faire. En janvier 1794, l’armée vendéenne vient d’être écrasée à Savenay et ce ne sont que quelques bandes éparses qui sillonnent le Nord des Deux-Sèvres, loin du territoire de Charette, et les autorités constituées s’y étaient reformées sans trop de difficulté. En conséquence, les colonnes infernales, lorsqu’elles s’attaquent à des municipalités, vont en fait massacrer des hommes de leur propre camp politique. L’un des premiers à avoir dénoncé ce fait est Louis-Prosper Lofficial, député des Deux-Sèvres, comme on le sait. Mais ne nous égarons pas et poursuivons notre parcours.

    C’est probablement dans cette journée du 25 janvier 1794, que Grignon opère un raid vers le Pin. Il se fait servir un copieux repas par quelques habitants, dont des membres de la famille Tricot, avant de les massacrer et d’incendier le bourg. C’est peut-être sur ce parcours que la maison de Louis Beloir, aux Bourrelières, est incendiée. Nous y reviendrons dans un prochain article.

    Le bourg du Pin sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 150/5. Les bâtiments colorisés en jaune figurent les ruines :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    Le 26 janvier, il fait son rapport à Turreau (5) :

    « Hier, j’ai parcouru tous les environs de Cerizais ; j’ai fait brûler un château appartenant à Lescure (6) et deux ou trois autres. La journée d’hier a coûté la vie à peut-être trois cents rebelles ; de ce nombre se trouve un chevalier de Saint-Louis qui fuyait à cheval avec son domestique ; je te fais passer sa décoration. Je pars sur les neuf heures pour parcourir les environs jusqu’à la Pommeraie où je bivouaquerai ce soir, et qui aura le même sort que les autres endroits où je passe ; malheureusement il nous manque beaucoup de charrettes pour enlever tous les grains que nous trouvons.

    Il y a des citoyens qui se sont formés en gardes nationales, même soldées ; faut-il les désarmer ? J’attends tes ordres à ce sujet (7). »

    Grignon part de Cerizay en direction de Montravers, dans le but de rejoindre la Pommeraie-sur-Sèvre. L’un de ses détachements file vers la Crespelle, qui est vraisemblablement incendiée, puis la Douarnière et la Vergnaie. Comme je me suis plu à le rappeler au cours de plusieurs veillées des « Amis du Pont-Paillat », c’est au carrefour du chemin de la Douarnière et d’un autre sentier aujourd’hui disparu et qui menait à la Vergnaie, qu’apparaissait le spectre d’un homme sans tête, la nuit, jusqu’aux années 1920. Ceci suivant le témoignage de ma grand-mère, dont le père avait été sur place, en pleine nuit pour vérifier l’anecdote, sans rien apercevoir… Grâce aux travaux de Michel Chatry à partir du procès de Turreau, on sait que les hommes de Grignon incendieront la Vergnaie mais ne pourront pas franchir le ruisseau de l’Anguillette, en crue en raison des importantes pluies du mois de janvier. C’est là, que quelques jours plus tôt, le curé de Cerizay, l’abbé Jahan, avait fini ses jours de maladie.

    Le gros de la troupe infernale de Grignon, poursuit vers Montravers, brûle Bois-René, les Largères et Bournigal, ainsi que la Vergnaie. Le parcours du gros de sa colonne matérialisé en violet sur la carte IGN :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    A cette époque, le chemin allant directement au bourg de Montravers par la Monerie n’existe pas. Il faut contourner en passant par le chemin qui est aujourd’hui celui du château de la Louisière. Le bourg est incendié, dont quatre pièces de bâtiments du presbytère, l’ensemble des maisons et granges des trois métairies entourant le vieux château (8.)

     

    Le bourg de Montravers sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 197/4 :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    Grignon poursuit toujours son chemin vers la Pommeraie-sur-Sèvre. Il incendie très probablement la Jacquelinière, puis s’attaque au gros hameau de la Tallerie, qui est dévasté. Un petit manoir appartenant à un patriote notoire est incendié, les bleus pensant avoir affaire à la « Grand’maison » de François Coudrin, le capitaine de paroisse. De l’autre côté du chemin, la ferme de la Bertinière est ravagée par le feu. Les animaux, beuglant de douleur, sont brulés vifs dans leurs étables. Plus loin, c’est la Dorbelière et le château de la Fillolière qui sont à leur tour, la proie des flammes. Là aussi, les bleus, voyant un manoir, non loin d’un lieu se nommant « Dorbelière », s’imaginent avoir affaire à la « Durbelière » de Henri de la Rochejaquelein. Puis vient le tour de la Piquemière d’être incendiée, tandis que plus au Nord, le village de Pierre-Couverte subit très probablement le même sort, après que les bleus soient passés à la Bertinière. Une aile du château du Vieux-Deffend est également brûlée.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    Le premier village incendié situé près du bourg de la Pommeraie-sur-Sèvre (bien qu’appartenant à Saint-Amand-sur-Sèvre), sera la Goderandière. Y seront enterrés, Réné Gauchard, 55 ans, ainsi que deux Louis Gauchard, âgés de 25 et 18 ans...

    A suivre ici.

     

    RL

    Février 2019

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    Notes :

    (1)  Savary, tome III, p. 77.

    (2)  Ibid, p. 79.

    (3)  Anecdote connue et rapportée par Constant Vaillant : « Cerizay , ville historique et martyre », tome 1er, Hérault, Maulévrier, 1980, p. 56.

    (4)  « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne », Grimaud, Nantes, 1893, p. 30.

    (5)  Savary, tome III, p. 84.

    (6)  Le château de Puy-Guyon, qui brûle pour la seconde fois.

    (7)  Une note de Savary précise que la réponse fut affirmative.

    (8)  « Histoire d’une paroisse du Bas-Poitou, Montravers », abbé Jules Gabilly, 1910, p. 245.


    votre commentaire
  •  

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    1ère partie

    de Bressuire à Breuil-Chaussée, Cirières et Montigny…

     

     

    Le premier parcours des colonnes infernales a été étudié à plusieurs reprises par différents auteurs, toujours dans ses grandes lignes, faute d’informations précises sur les lieux exacts qui furent traversés. Bien sûr, on sait à peu près par quels gros villages elles sont passées, mais point dans le détail des différents hameaux et fermes où les morts se ramassaient par tombereaux entiers. Bien entendu, on aurait tort de voir ces colonnes avançant en file indienne par un chemin précis car c’est davantage à la manière d’un rateau de feu et de sang, qu’il faut les imaginer dévastant le pays (1).

    Pour s’en faire une idée, il suffit de lire la dénonciation d’Auguste Chauvin, membre du Comité de Surveillance de la commune de Bressuire (2) :

    « Ce fut vraiment une armée d’exterminateurs qui sortit de Bressuire : les paroisses comprises entre Bressuire et la Flosselière (sic), sur une largeur de plus de deux lieues et demie, furent entièrement sacrifiées. »

    Les « deux lieues et demie » mentionnées par Chauvin correspondent à environ 11 km d’aujourd’hui. C’est dire si cantonner le parcours de la colonne Grignon/Lachenay à un seul chemin est totalement illusoire. Ce que nous allons voir ici n’est qu’une infime partie d’histoire et il faudrait non seulement en faire de même avec tout le parcours de cette colonne, mais aussi avec toutes.

    Je ne vais rien vous apprendre avec le départ de Grignon, depuis Argenton-le-Château le 21 janvier 1794 et sa célèbre harangue (3) :

    « Mes camarades, nous entrons dans le pays insurgé, je vous donne l’ordre exprès de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d’être brûlé, et de passer au fil de la bayonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitans sur votre passage ; je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays, c’est égal, nous devons tout sacrifier. »

    A ma connaissance, personne d’autre que Chauvin n’a produit ce brillant discours de Grignon, repris ensuite par la pléthore d’historiens qui se sont succédé pour raconter les Guerres de Vendée. De même, nous n’aurons probablement jamais sous les yeux l’authentique correspondance des chefs de colonnes infernales avec Turreau. Comme on le sait, celle-ci fut publiée par Savary en 1825 (4), sans qu’on ne puisse remettre la main sur un quelconque document original. Serait-ce donc, comme le suppute l’historien Alain Gérard, Savary lui-même qui aurait fait disparaître les documents après les avoir utilisés pour son monumental ouvrage ? Lorsque l’on est habitué à comparer les missives produites par Savary, sur les affaires autres que le plan de Turreau, avec les documents originaux des archives militaires, de nombreuses surprises se font jour. Savary ne semble pas avoir la volonté de dénaturer les faits, mais il est indéniable qu’il occulte bon nombre des détails, et commet quelquefois d’importantes erreurs.

    Pour autant, nous devons nous contenter, comme bien d’autres avant nous, de reproduire les écrits de Savary pour tenter de comprendre le parcours des colonnes incendiaires, avec heureusement, des témoignages extérieurs concordants, comme celui de Barrion de Saint-Mesmin qui nous donne un maximum de précision sur l’incendie de son village.

    Ne voulant pas ici, reprendre tout le parcours de la colonne de Grignon depuis Argenton-le-Château et Saint-Aubin-du-Plain, je vous propose d’étudier son parcours au moins sur le tracé qui va passer par Cerizay. Ainsi, Grignon est-il arrivé à Bressuire le 22 janvier 1794 (5). Il écrit à Turreau :

    « J’arrive à l’instant avec ma colonne, après avoir parcouru de droite et de gauche les bois et hameaux d’Argenton à Bressuire. J’ai fait brûler quantité de métairies, surtout le bourg de Saint-Aubon-du-Plain où j’ai trouvé dans l’église un drapeau noir et blanc. Les hommes et femmes qui s’y sont trouvés, tous ont été passés au fil de la baïonnette.

    La force que j’ai trouvée disponible à Bressuire est de neuf cent quatre hommes, y compris les officiers et sous-officiers.

    J’aurais brûlé davantage de métairies, si je n’avais pas trouvé beaucoup de subsistances : il y a du blé en grains et en gerbes en quantité. Demain j’enverrai des détachemens dans les environs de Bressuire, pour ramasser tous les blés qui se trouvent aux environs. Les deux colonnes ne partiront que le 23 pour se rendre à leur destination, en brûlant tous les endroits, après en avoir enlevé les subsistances, à moins que tu ne me donnes des ordres contraires.

    Je n’ai point encore reçu de nouvelles des colonnes de droite et de gauche ; j’attends qu’elles soient à la même hauteur que moi : cela ne m’empêchera pas de brûler tout ce qui avoisine Bressuire. »

     

    De là, Grignon envoie une expédition sur Beaulieu-sous-Bressuire le lendemain. Le village, déjà incendié le 26 avril 1793 au tout début de la guerre, va être soumis à une « deuxième couche ». La consultation du cadastre de 1811, ne laisse aucun doute sur l’état de ruine du bourg, ainsi que de plusieurs lieux-dits et hameaux tels Ridjeu, Rederce, la Moinie, la Chaonière,la Roulière ou les châteaux de la Dubrie et du Vergier. Les dégâts semblent s’être arrêtés au ruisseau de Ridjeu, séparant Beaulieu-sous-Bressuire de Brétignolles. En amont du ruisseau, là, où il était possible de passer à pied sec on trouve un bâtiment en ruines à l’Epinais, sur la commune de Brétignolles. Peut-être est-ce la maison de Jean Fuzau mentionnée dans les demandes de secours des Archives Nationales pour Brétignolles bien que figurant en ruines sur le cadastre de 1809 (6) :

     « Maison détruite en 1794 composée d’une chambre basse et d’un grenier. Reconstruite en 1800. On estime cette reconstruction à 450 F. »

    Peut-être aussi est-ce celle de Marie Boissonnot qui apparaît dans un autre dossier (7). Tout cela n’est qu’hypothèse mais on sait qu’il pleut des cordes en cette fin janvier 1794 et que beaucoup de ruisseaux sont en crue. C’est une possible explication sur le fait que Brétignolles ait été relativement épargné, tout comme on le verra par la suite pour Combrand.

     

    Le bourg de Beaulieu-sous-Bressuire en 1811 (AD 79, 3 P 24/1), les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine :

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    Le 23 janvier, Grignon écrit à Turreau, toujours depuis Bressuire (8) :

    « Je me trouve embarrassé dans la marche que je dois tenir. Les corps administratifs ont donné aux municipalités des environs l’ordre de rester à leur poste, et d’aller en écharpe au-devant de la troupe. Il n’en est pas moins vrai que les trois quarts des officiers municipaux sont aussi coupables que ceux qui ont porté les armes contre nous ; tu vas en juger : les officiers municipaux de Saint-Aubin-du-Plain vinrent hier au-devant de nous avec leurs écharpes ; il n’en est pas moins vrai qu’ils avaient dans leur clocher deux drapeaux, l’un aux trois couleurs, et l’autre noir et blanc, signe de rebellion. Les officiers municipaux de la commune de Beaulieu, ayant été pris aujourd’hui par ma troupe, n’ont point été fusillés, rapport à l’écrit dont ils étaient porteurs, signé du président du district. L’ordre général que j’ai n’exclut personne ; je te demande ton avis, et que tu me donnes des ordres positifs à ce sujet. »

    On sait, par la dénoncation d’Auguste Chauvin, que le fameux drapeau noir et blanc qui valut à la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain d’être fusillée n’était en fait qu’un devant d’autel (9).

    Le 24 janvier, Grignon à Turreau, depuis Bressuire :

    « La journée d’hier s’est passée à ramasser des subsistances et à brûler différents endroits. J’en aurais brûlé davantage s’il n’y avait pas eu de blés et de foins.

    Je te préviens que les soldats cassent leurs armes en tuant à coup de baïonnette les brigands que l’on rencontre dans les genêts et dans les bois, et les brigands se révoltent ; ne vaudrait-il pas mieux les tuer à coup de fusil, cela serait plus tôt fait ? Je pars ce matin pour Cerizais, et ma colonne de gauche pour Montigny.

    J’ai essaye de brûler les bois et les genêts, il est impossible d’en venir à bout. J’attends tes ordres pour les mettre à exécution. »

    Il pleut beaucoup en cette fin janvier 1794 et Grignon précisera le 27 depuis la Flocellière que sa troupe « arrive ici toute mouillée » (10).

    Mais pour l’heure, Grignon, vient d’arriver à Cerizay, le soir même du 24 janvier. Il écrit à nouveau à Turreau (11) :

    « J’ai parcouru les métairies et hameaux, depuis Bressuire jusqu’ici. J’ai fait enlever une partie des subsistances : demain je m’occuperai à faire enlever le reste et je brûlerai après. Tous ceux qui se trouvent devant nous vont au quartier-général (12). Nous trouvons quantité de ces scélérats par trois et quatre dans les métairies (il s'agit tout simplement de familles, NDLA). Il y a beaucoup de subsistances, ce qui nous empêche de brûler autant que nous le ferions. Nous ne pouvons découvrir la Rochejaquelein avec le reste. Ma colonne de gauche est à Montigny. »

    Nous voilà avec bien peu d’indices pour suivre à la trace les deux colonnes de Grignon et Lachenay. On sait que depuis Bressuire, Lachenay se maintient sur la gauche de Grignon. Ce dernier à ordre de passer à Cirières tandis que Lachenay doit se diriger directement sur Montigny (13).

     Le cadastre de 1811 pour Breuil-Chaussée indique plusieurs lieux-dits en ruine, dont l’un des moulins à vent de Blanche-Coudre, une aile du château du même nom, la ferme de l’Auraire, ainsi que plusieurs bâtiments du bourg. L’église ne semble pas avoir été touchée particulièrement. Peut-être est-ce là l’origine d’une légende, déjà racontée sur « Chemins secrets », qui veut que deux enfants de chœur, se soient saisis de fusils à deux coups, et en tirant, aient épouvanté toute une colonne républicaine. Permettez-moi cependant de douter de la véracité de l’anecdote…

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    Les cartes reproduites ci-dessous représentent une hypothèse de parcours pour les deux colonnes. En rouge, la colonne de Grignon, en bleue celle de Lachenay. Côté Grignon, suivant à peu de choses près le tracé de la route Bressuire-Cerizay actuelle, on trouve des ruines à la Massotière, au Plessis-Sicot et aux Noues. Côté Lachenay, le village des Gibaudières, totalement en ruines, est un sérieux indice.

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

     

    Grignon, quant à lui poursuit sa route, par Cirières et se rend à Cerizay par le chemin du Châtellier. Il est peu probable que des détachements de sa colonne soient passés par le chemin des Roches. Ces dernières et Cadiou ne semblent pas avoir souffert, ou alors, les reconstructions ont été faites avant 1808. Pendant ce temps, Lachenay poursuit son infernal trajet par la Petite-Bosse, brûlant au passage le logis de la Grande Bosse (14).

     

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

     

    Il aura du mal à incendier le bois attenant mais réussira à la Poitevinière, toute proche.

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    De là, il poursuit sa route vers Montigny :

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    Fait curieux, Lachenay ne semble pas avoir incendié l’église de Montigny dont l’église est intacte sur le cadastre de 1809. C’est encore aujourd’hui un bel exemple d’église dotée de l’un des rares chevets romans du Bocage. Peut-être y entrepose-t-il du blé volé dans les fermes alentours ? On verra pourtant par la suite que c'est plutôt Cerizay qui est choisi pour cet entreposage.

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

    La colonne Grignon/Lachenay à Cerizay, 1ère partie....

     Lachenay ne met pas les pieds à Cerizay, Grignon y étant déjà. Il se dirige vers Beauchêne...

    A suivre ici.

    RL

    Janvier 2019

     

    Notes :

    (1)  L’ami Nicolas Delahaye avait publié un ouvrage aujourd’hui difficile à trouver : « Les Douze Colonnes Infernales de Turreau », Pays & Terroirs, Cholet,  1995. C’est pourtant une excellente base pour ceux qui débutent et cherchent à comprendre les événements.

    (2)  Lequinio, « Guerres de la Vendée et des Chouans », Pougin, Paris, 1794. Reprint, Pays & Terroirs, Cholet, 1995, p. 68.

    (3)  Ibid, p. 66.

    (4)  Jean-Julien-Michel Savary, « Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République française », 1824-1827. Essentiellement le tome III/VI pour la correspondance des colonnes infernales.

    (5)  Les ordres de Turreau impliquent de ne pas brûler Bressuire afin d’y entreposer des grains. Ce sera néanmoins fait le 14 mars 1794 par Grignon.

    (6)  AN F 13/1822-22, v. 5/16. Un dépouillement précis de la série « M » des AD 79 nous renseignerait peut-être davantage, malgré l’absence de matrices. On trouve plusieurs maisons brulées à Beaulieu-sous-Bressuire dans ces mêmes dossiers des AN.

    (7)  Ibid. F 13/1822-24, v. 2/4.

    (8)  Savary, tome III, p. 63.

    (9)  Lequinio, op. cit, p. 66.

    (10)         Savary, op. cit, p. 89.

    (11)         Ibid, p. 67.

    (12)         Note de Savary : « Aller au quartier-général, à l’Hôpital, derrière la haie, etc., expressions employées à l’état-major général, pour dire aller à la mort.

    (13)         Ibid. p.42.

    (14)  « En la paroisse de Cirières, en la mesme eslection de Thouars, il y a le sieur Charles de Montégu, seigneur de la Rousselière, Bois-David, Cirières, et de la grande et petite Bosse ; réside ordinairement en sa maison de la Bosse qui est fort belle. » Revue historique de la noblesse, André Borel d’Hauterive, Tome II, Paris, 1841 d’après un mémoire inédit sur la noblesse de Poitou, dressé par Colbert en 1664.

     

     

     


    2 commentaires
  •  

    Le pont de la Branle en 1827…

     

     

    Il est toujours difficile de retrouver le tracé des chemins fréquentés par nos ancêtres et aujourd’hui je vous présente un document découvert en série « S » (relative aux routes) aux archives départementales de Vendée, qui va sûrement intéresser les habitants de Saint-Mesmin et de Cerizay. Il s’agit d’un plan en vue de la reconstruction du pont de la Branle, sur la Sèvre Nantaise, faisant partie d’un dossier comprenant une délibération du conseil municipal, les procès-verbaux d’un expert et du juge de paix, d’un avis du sous-préfet, d’un courrier de M. Proust (famille originaire de Niort qui possédait le château de Saint-Mesmin) et d’une note de l’architecte du département des Deux-Sèvres, auteur du plan en question le 11 janvier 1827, M. Segrétain (1).

    Le pont de la Branle en 1827....

     

    L’ancien pont, pas vraiment visible sur le plan cadastral de Cerizay en 1809. AD 79, 3 P 51/5 :

    Le pont de la Branle en 1827....

    AD 79, 3 P 51/4 :

    Le pont de la Branle en 1827....

    Ici, le nouveau pont, sur le plan cadastral de Saint-Mesmin, beaucoup plus récent puisque daté de 1840, soit 13 ans après sa construction. AD 85, 3 P 254 AD 009 :

    Le pont de la Branle en 1827....

     

    A présent, notre plan dans le détail. On peut noter, sur la droite, la mention : « emplacement et débris de l’ancien pont. » Le chemin passait nettement plus à droite que de nos jours, sur des îles, aujourd’hui disparues et transformées en pièce de terre. Au passage, les propriétaires des terres sont mentionnés. Ainsi les champs appartenant à la marquise de La Rochejaquelein et dépendantes du château de Puy-Guyon.

    Le pont de la Branle en 1827....

    Toujours les terres de la marquise, même du côté Vendée :

    Le pont de la Branle en 1827....

    Les chemins ont bien changé. La route menant à Saint-Mesmin passait par le village de la Chailloire, indépendamment de la route de Pouzauges.

    Le tracé approximatif de l'ancien chemin et de l'ancien pont, matérialisé en rose sur la carte IGN :

    Le pont de la Branle en 1827....

    Le pont de la Branle, dans les années 30 (2).

    Le pont de la Branle en 1827....

    Ce pont, daté de 1827, fut emporté le 4 novembre 1960 par une très importante crue de la Sèvre Nantaise. Pour l’anecdote : un autocar vide venait juste de passer et le chauffeur a eu le temps de voir le pont s’écrouler dans son rétroviseur…

    Reste une question : pourquoi l’ancien pont était-il détruit, par qui et à quelle époque ?

    RL

    Décembre 2018

     

     

    Notes :

    (1)  AD 85, S S 397-1, pièce N°4.

    (2)  AD 85, 1 Num 283/7. 

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon…

     

     

    En cette avant-veille de Noël, mes pas m’ont conduit dans ceux du RP Dom Victor Bonneau qui raconta si bien l’histoire du pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne en 1893 (1). Sa description des alentours de Cerizay date de cent années après le soulèvement Vendéen. Malgré quelques erreurs, il cite celui-ci avec une multitude de détails intéressants, comme le massacre de la famille Guerry à la Vieille-Cour, les 20 républicains enterrés près de la forge de Beauchêne ou encore la découverte d’une arme abandonnée dans un champ attenant à la chapelle et retrouvée bien des décennies plus tard.

    « Si le pèlerin de Notre-Dame de Beauchêne possède en son âme des goûts de touriste, il trouvera dans nos environs de quoi satisfaire sa curiosité. Il est bien permis, après avoir contenté sa dévotion, de jeter un coup d’œil sur les beautés et les souvenirs du pays vendéen. S’il veut nous suivre, nous nous chargerons volontiers d’être son cicerone.

    Puisque le temps est beau, prenons ensemble le chemin creux de Cerizay ; tournons, au bout de trois cents mètres, sur notre gauche. Saluons à cet angle le champ béni de l’Image. C’est dans un châtaignier de cette pièce de terre que se reposa notre Madone, en 1794, quand elle revint d’elle-même de Cerizay. Le châtaignier portait lui aussi le nom de châtaignier de l’Image. Vous en avez aperçu un fragment à côté de l’autel de la Vierge. Admirons le feuillage et la verdure, écoutons le chant des oiseaux (2). Tout ici est le domaine de la Vierge, les arbres avec leurs rameaux, leurs fleurs et leurs fruits, les oiseaux chantent jour et nuit leurs hymnes à la Reine de ces lieux.

    Nous voici à la voie ferrée. Elle aussi honore Marie en transportant dans les paroisses les missionnaires qui prèchent son culte. Traversons rapidement et achevons de monter vers la grand’route. Dirigeons-nous à droite vers Cerizay. Cette masure en ruines, là sur le chemin qui conduit à la Rivière, abritait jadis une madone. Des méchants ont brisé la statue ; aujourd’hui la petite chapelle achève de disparaître. C’est un signe des temps mauvais. La foi baisse même chez nous. En voici la preuve. Il faudrait restaurer cette chapelle. Ce serait peu de chose. Nous allons faire reproduire l’image de notre Vierge ; on en mettra une là ; elle bénira les champs ; les gens en passant se signeront et penseront à la Mère du ciel. »

    Quelques mots sur le lieu décrit par le RP Bonneau, tout près de la ferme de Monplaisir, au croisement de la grande route de Cerizay à Saint-Mesmin, actuelle avenue du 25 août, et du chemin menant au village de la Rivière : à cet endroit, on trouve une croix sur le cadastre de 1809 qui porte le curieux nom de « Croix du Bout du Monde ». Y avait-il une chapelle ou un arceau à cette époque ? Il semble que non. Ce qu’a vu notre promeneur était sûrement postérieur à 1809.

    AD79, 3 P 51/5.

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    Voici ce que l’on peut y voir aujourd’hui (propriété privée) :

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    Reprenons à présent, la promenade avec le chanoine Bonneau :

    « Tout en causant, le chemin s’est fait. Nous parlions de Marie et de sa vieille chapelle du chemin. Il y avait là aussi, sous cet arceau, une petite Madone. Peut-être y avait-elle été déposée par la piété des seigneurs de Puyguyon. Nous tâcherons d’en placer une autre. Après avoir pleuré devant l’arceau, vide de sa vierge, entrons sous cette immense avenue de tilleuls. Qu’elle est belle ! Quelle vigueur dans ces arbres malgré leur vieillesse ! Comme l’œil se repose avec bonheur sous cette voûte immense ! Quel doux ombrage ! Le soleil, vous le voyez, est impuissant à percer de ses rayons brûlants ce dôme épais de verdure. Avançons jusqu’à l’extrémité. »

     

    Si l’arceau a depuis retrouvé une vierge, l’Allée des Tilleuls a bien changé de physionomie…

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    De la Croix du Bout du Monde à Puy-Guyon....

    « Personne ne nous accusera d’audace. En Vendée l’étranger est partout chez lui. Jusqu’ici nous n’avons presque rien vu.

    Franchissons cette barrière rustique et allons jusqu'au bout de l’avenue. Contemplez ces allées tirées au cordeau et se prolongeant dans des directions différentes. Ne vous semble-t-il pas à leurs détours rencontrer les anciens habitants de ces lieux ? Hélas ! ils ont disparu, et les quelques pierres en désordre, tout à votre gauche, là sur le versant du coteau, sont peut-être tout ce qui reste aujourd’hui de leur vaste habitation.

    Quel était au juste l’emplacement de la maison seigneuriale ? Etait-ce ici où nous sommes, ou bien ces vieux murs, là-bas, indiquent-ils les ruines du vieux manoir ? Ces pierres amoncelées, cette cave-là, sur le penchant de la colline, marquent certainement une habitation. Ce n’était là sans doute qu’un chalet où l’on venait se reposer et jouir d’un magnifique horizon.

    Les constructions en bas ont conservé un aspect grandiose. Les appartements sont encore nombreux et de bon goût. Vous remarquerez, entre autres, le belle tour du XV° siècle (3). Il en existait une autre à l’extrémité, derrière la cuisine, dont on aperçoit encore les restes. La salle à manger était sans doute cette pièce assez bien conservée. La cour, vous le voyez, a de vastes proportions ; le jardin lui-même est très étendu. Ses vieux murs sont bien de l’époque. Voilà tout ce qui reste aujourd’hui de l’ancienne splendeur.

    Cette terre, une des plus importantes du pays, n’est plus sous la puissance des de Puyguyon. Les de Lescure eux-mêmes ne l’ont pas gardée. Elle a été vendue, ferme par ferme, à de petits propriétaires. Jusqu’au 29 septembre 1851, Mme de Chauvelin, fille de Mme Marie-Louise-Victoire de Donissan, veuve de Louis de la Rochejaquelein, y entretenait comme fermier général pour la somme de dix mille francs, M. Edmond Cesbron (4). M. Alexis Barbaud avait acheté la métairie d’Appelvoisin dès le 14 avril 1850. Le 27 mars 1841, M. Jean-Baptiste Frouin s’était rendu acquéreur de la Bernelière. Ainsi se dissipent des fortunes, ainsi disparaissent des noms considérables. Un seul, dit-on, porte encore dans les veines du sang des de Puyguyon ; c’est M. Koseph d’Oiron de Montmorillon. Ces murs ont abrité pendant des années le bienheureux Chevet de la Vierge. Ils ont été un reliquaire précieux. Voilà pourquoi nous ne contemplons jamais ces ruines sans une religieuse émotion. »

     

    Pour rappel, le Château de Puy-Guyon a fait l'objet de plusieurs articles, dont le premier est ici.

    Il reste bien des choses encore à raconter sur notre Cerizay. Gardons-en pour les prochaines fois...

    RL

    Décembre 2018

     

     

     

    Notes :

    (1)  « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », Nantes, Grimaud, 1893.

    (2)  Le chemin auquel fait allusion notre chanoine existe toujours mais est largement amputé en son milieu par le passage de la rocade.

    (3)    On sait que cette tour s’écroula en 1914.

    (4)  Jean-Charles-Elie Bernard, le fermier précédent, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, était décédé à Puyguyon le 31 octobre 1821.


    votre commentaire
  •  

    Puy Guyon

    Correspondance entre la veuve de Lescure et son fermier…

     

     

    Les 12 lettres qui composent cet article nous ont été fournies par un lecteur de Chemins secrets afin de compléter les trois articles consacrés au château de Puy-Guyon dont le premier volet a été publié ici. Ces documents ont été achetés chez un antiquaire de Bordeaux et je ne donnerai pas l’identité du collectionneur afin de respecter son souhait. Il est de plus en plus fréquent que les passionnés d’histoire locale choisissent Chemins secrets pour confier leurs connaissances et je les en remercie vivement.

    Marie-Louise-Victoire de Donnissan, marquise de La Rochejaquelein vers 1802 (AD85) :

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    Si l’on connaît souvent le château de Clisson en Boismé où vivait Louis-Marie de Lescure et sa famille, il n’en est hélas pas de même pour Puy-Guyon en Cerizay que nous avons déjà étudié. On sait que le fermier de ce domaine était Jean-Charles-Elie Bernard, que Gaspard de Bernard de Marigny aimait à surnommer « mon cousin » par boutade. Jean-Charles-Elie Bernard, né le 4 décembre 1752 à Dissais (actuelle Vendée départementale), chef de l’état-major de Marigny, fit la Virée de Galerne. J’ignore, à l’heure où j’écris ces lignes, de quelle manière il réussit à repasser la Loire et si ce fut avec Marigny en mars 1794. Le blog de ma femme a publié quelques notes biographiques sur lui ici. Il meurt à Puy-Guyon le 31 octobre 1821, âgé de 69 ans. Il a donc la cinquantaine lorsqu’il correspond pour affaires avec celle qui deviendra la marquise de la Rochejaquelein en 1802. On sait qu’après avoir été un temps exilée par deux fois en Espagne entre les événements du 18 fructidor (4 septembre 1797) et du 18 brumaire (9 novembre 1799) elle rentra finalement en France en mai 1800. Ces dernières précisions ont leur importance afin de pouvoir dater certaines lettres d’époques inconnues. Une chose est sûre, elles ont toutes été écrites depuis Bordeaux, ce qui laisse entendre que Victoire de Lescure était libre de ces mouvements lorsqu’elle les a rédigées. 

    Je vous livre donc ces lettres en respectant leur orthographe originale.

     

     

    1

     

    « Au citoyen Bernard fermier de puy guyon commune de Cerisaye par Fontenay et la Chataigneraye dans la Vendée

     

     Ce 3 prairial, l’an 3 de la Rf

    22 mai 1795

    Etant accablée d’affaires citoyen, et ne pouvant vous écrire moi-même, je me sers d’un secrétaire pour vous prier de me donner de vos nouvelles ; je vous ai déjà écrit, et suis fort en peine de ne point recevoir de lettre de vous, j’espère pourtant que les miennes vous sont parvenues. Ayant appris que vous êtes allé à Clisson et à Ste Flève (1), vous voudrez bien citoyen répondre tout de suite que vous aurés reçu ma lettre à l’hôtel de Masttre rue du Temple à Bordeaux. J’ai écrit de tous côtés pour scavoir de vos nouvelles, reponse tout de suite je vous prie tout de suite car je suis extremement inquiette ; recevés citoyen l’assurance de mon sincère attachement.

    Donnissan veuve Lescure »

     

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    ***

     

    2

     

     

     

    « Au citoyen

    Bernard fermier

    De puy guyon

    Commune de Cerisaye

    par Bressuire

     

    Annotation : 10 février (1798 - ?)

    J’ai bien peur mon cher citoyen que le temps horrible que nous avons depuis le commencement de l’hyver et surtout le tremblement de terre n’ayent fait de grands dégâts dans les batimens de puy guyon et les métairies. Ce seroit le comble du malheur pour moi car vraiment je ne sais plus ou donner de la tête. Je vous prie donc de faire cette année le moins de réparations possible. J’ai mandé au citoyen Jagault (2) de vous faire scier des plancher, il faudra que lors de la visite qu’il doit vous faire pour voir l’état des arbres qui sont sur les métairies vous examiniez et conveniez ensemble des réparations indispensables a faire cette année et dont vous voudrez bien m’envoyer conjointement un petit tableau écrit bien fait pour que cela ne coûte pas tant de port. Tachez donc je vous prie de faire le moins de réparations qu’on pourra car ma fortune ne me le permet vraiment pas. Bien des complimens de ma part a la citoyenne Bernard, je n’oubli point que je lui dois une visite que je lui ai promise. Je voudrais bien pouvoir la lui faire bientôt. En attendant que mes affaires me permettent de retourner dans notre pays et de vous y voir, recevez l’un et l’autre l’assurance de tout mon attachement.

    Donnissan veuve Lescure

    Ce 20 février.

    Maman vous dit bien des choses »

     

    L’allusion au tremblement de terre est surprenante mais va nous permettre de dater la lettre qui n’a pas été écrite en 1798 comme indique l’annotation rajoutée à posterirori. Arrêtons-nous quelques instants sur le séïsme du 25 janvier 1799 qui fit de gros dégâts dans l’Ouest. Précédé de quelques secousses au cours de l’année 1798, ce séïsme atteindra 7 sur l’échelle de Richter, se déclenchant à 4 h du matin avec un épicentre situé à Bouin, sur la côte vendéenne. Il sera ressenti jusqu’en Bretagne, en Normandie, en Touraine, dans le Berry, le Limousin, le Bordelais et jusqu’aux confins de la Bourgogne et de l’Ile-de-France. Des destructions considérables ont lieu dans le Marais Breton-Vendéen (3). Ainsi que l’article donné en note N°2 l’affirme, la commune de Tiffauges, située non loin de Cholet et Mortagne-sur-Sèvre a subi une grosse secousse qui dura une « grosse minute », faisant tomber des vitraux, manquant de « renverser des meubles de bois ». Le commissaire du canton qui rapporte les événements, ne parle rien que moins que du « renversement de la république » (4). On ne connait pas les détails de ce qui a pu se passer sur les terres de la veuve de Lescure à Boismé et Cerizay mais une lettre de l’administration centrale du département de Loire-Inférieure signale au ministre de l’intérieur :

    « Il parait que le tremblement de terre qui a eu lieu dans la nuit du 5 au 6 (pluviôse) et dont je vous ai entretenu par ma lettre du 6 a causé des accidents graves surtout vers le département des Deux-Sèvres... » (5)

    Il serait intéressant de retrouver trace des dégâts causés dans les Deux-Sèvres aux AD79. Peut-être l’objet d’un autre article...

     

    ***

     

        3

     

    « Au citoyen Bernard fermier de Puy guyon commune de Cerizaye

    A Bressuire

    Dépt des Deux-Sèvres

     

    Je vous avois mandé l’autre jour monsieur que je n’avois besoin de 1200# que dans deux mois. Je me suis bien trompée de peu, le controleur vient de venir diner avec moi, il m’a dit que cette somme que je devois a son bureau de Médoc devoit être payée sans faute le 16 frimaire (7 décembre 1799, la lettre est datée du 7 octobre) jour précis sous peine d’amende. Je lui ai promis qu’elle le seroit, je vous prie donc en grace de prendre vos mesures d’avance pour que j’aye cette somme le 12 frimaire a Bordeaux pour que j’aye payé au Médoc avant le 16 comme il est probable qu’a cette époque je serai en compagnie et non a Bordeaux, je vous prie de faire adresser cette somme a Mr Beauvais chemin de St Genest sous la porte Ste Eulalie n° 30 a Bordeaux. Faites compter si vous vous voulez par René (Jagault) ; je m’en rapporte a vous pour avoir la somme exactement ayant bien de la confiance de votre intérêt pour moi.

    Donnissan veuve Lescure

    Le 15 vendémaire an 8

    (7 octobre 1799)

    Tournez (fin de page)

     

    Je reçois votre lettre et quoique j’aye un mal a la tête fol et que j’aye vomi tout aujourd’huy je veux vous y répondre. Je croyois que René avoit dit de m’envoyer la lettre du conseil d’état qui suspend tout payement que je devois a la nation l’avoit communiqué a *** Chatillon comme il l’a fait a Bressuire. Je l’ai envoyée a Mr Boigauttier double de la somme. Envoyez la lui chercher. D’autant que le lettre a été envoyée par le conseil d’état a la régie dans le dept des Deux-Sèvres ainsi Chatillon en ressort comme Bressuire et je ne doute pas que vous obteniez. Quant au pré c’est une affaire criante, il faut tacher de prouver que cela est fondé sur la d**** et bien se déffendre au moins faut-il essayer de plaider cette affaire mais si vous voyez impossible de réussir alors il faudra bien rejeter ce pré et il sera juste que vous remboursiez la nation du temps que vous l’avez fauché : mais je crois que vous gagnerez vous devez avoir des connoissances a Niort.

    Adieu je n’en puis plus, je rouvre ma lettre et vous verrez a l’autre page la consultation pour le pré.

    Il n’y a pas de doute que le receveur de l’enregistrement est mal fondé dans sa demande relativement au droit de novale (6) sur la prairie. Ce droit qui est une vraie dime pendant 30 ou 40 ans se trouve aboli par la loi qui supprime le droit de dixme, sous ce raport on ne voit pas qu’il puisse exercer aucune prétention sur cette prairie.

    D’après cela monsieur il faut je vous prie soutenir mon droit avec vigueur et ne point céder. »

     

     

        4

     

     

    « Au citoyen Bernard fermier de

    Puy Guyon commune de

    Cerisaye par Bressuire/Dpt des Deux-Sèvres

     

    Répondu le 18

    L’expression de votre joye sur la fin de vos affaires m’a été d’autant plus sensible, monsieur que j’en connois la sincérité et que j’ai toujours compté entièrement sur votre attachement et votre amitié. Mr Jaulin a reçu ce que vous lui avez envoyé. Si vous venez ici je cous prierai de me porter le reste ce n’est pas que j’en aye besoin aussi cela n’est-il pas pressé.

    Surement je serai très aise d’avoir le plaisir de vous voir mais pour peu que cela vous dérange je n’en vois pas la nécessité. Nous pourrions traiter par lettres d’autant que surement pour je vous prefères bien a qui que ce soit pour la ferme de Puy Guyon. Pourvu comme je n’en doute pas que vos propositions soyent raisonnables. La pacif (ication) générale qui va se faire enfin rétablira le commerce. Je n’ai pas un besoin pressant d’argent ainsi j’attendrai bien un mois la somme que vous avez l’attention de me proposer. J’imagine que dans ce moment le procès verbal des dégradations commises dans les bois de Clisson  suivant la lettre et la procuration que je vous ai envoyé par Mr Jagault est fait ne doutant pas du plaisir que vous avez a m’obliger et dont j’ai eu tant de preuves. Soyez sur monsieur que je le suis vivement et que vous (je vous) ai voué pour la vie le plus sincèrement attachement.

    Mille complimens à madame Bernard

    Ce 10 messidor an 8 (29 juin 1800)

    Donnissan veuve Lescure

    Chez mde Lucy rue St Paul près la porte Dijeaux

    Pardon de mon griffonage je suis bien pressée »

     

    ***

     

    5

     

    La missive qui suit n’est pas de Victoire de Donnissan, veuve Lescure mais d’un certain Saurin qui semble renseigner le fermier de Puy-Guyon sur une conspiration contre le gouvernement du Consulat.

     

    « Au citoyen

    Bernard propriétaire

    A Puyguyon commune de

    Cerisais près et par

    Bressuire

    A Puguyon

     

    Bordeaux 1er juillet 1800 :

    Monsieur

    Je viens de recevoir les comptes que je vous avais prié de m’envoyer je vous en remercie j’aurais accusé réception un peu plutôt mais une fièvre qui m’accable depuis longtemps m’en a empêché, je vais cependant un peu mieux. Je ne suis pas décidé de me rendre, pour le moment, dans mon pays et je ne mi décideré qu’avec peine, ayant intention de prendre connaissance du commerce et faire quelques voyages aux isles ; si des affaires impérieuses mi appelent j’aurés alors la satisfaction de passer chez vous, non pour satisfaire vos désirs mais les miens (illisible). Ce sera toujours un nouveau plaisir (de) pouvoir de renouveler les doux moments que j’ai passé avec vous.

    Je n’ai pas eu de peine pour prendre des informations sur Lavallet de qui vous demandé du nouveau ; je le connais beaucoup : je ne peut dans ce moment m’aquitter de votre commission car il est un de ceux qui ont été arrêté, ici, pour cause de prétendue conspiration ; non qu’il soit pris pour conspirateur mais comme comis de Mr Dumas courtier de change qui a été également arrêté ; vous avés, sans doutte appris cette aventure par les journaux qui ne vous auront pas annoncé le nombre qui a été arrêté, je vais vous le donner ici dans la persuation que cela vous fera plaisir : au même moment de la rédition de Gêne (7) il arriva un courrier extraordinaire, venant de Paris qui apporta l’ordres d’arrêter plusieurs individus conspirateurs ; le courier arriva à minuit. A 4 heures du matin le commissaire de police avés fait arrêter sept particuliers parmi lesquels étoit une femme. Depuis il lui en a été arrêté deux ce qui fait neuf qui après avoir été interrogé ont été mis au secret. Depuis on en à chargé quatre dont le père que ces cinq autres ne tarderont pas à jouir de cette liberté dont il est tant question depuis 10 ans : Lavallet est du nombre de ces derniers. Sitôt que je pourré le voir je lui communiqueré votre lettre et surement il sera satisfait de recevoir de vos nouvelles avec d’autant plus de raison qu’il m’avés souvent parlés de vous. Il vous fera part lui-même de ses intentions relativement au petit paquet que vous avés a lui.

    Je vais encore vous prier de me rendre : un petit service qui sera le dernier dans le genre. C’est de faire remettre la lettre, que je me permet de metre cy joint à son adresse ; vous savés de quoi il s’agit et d’après la satisfaction que vous avés en la bonté de me témoigner sur la réussitte, je n’ai pas hésité a prendre cette (Ligne illisible) **********

    Ce seré une grande satisfaction pour moi et je vous prouveré par mon activité combien j’en aurai de joie. Recevez l’assurance de mon sincère attachement et me croyez toujours monsieur

    Votre très humble et très obéissant serviteur

    Saurin

    J’offre à madame votre épouse mes services dans le cas que je puisse lui être, ici, de quelque utilité et vous prie de lui dire les choses les plus honnestes ainsi qu’à votre aimable famille et la sienne. »

     

    ***

     

    6

     

    Dans le courrier qui suit, Victoire de Donnissan se fâche un peu contre son fermier, qui ne semble pas mener ses affaires comme elle l’entend.

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    « Au citoyen Bernard fermier de puy guyon commune de Cerisaye à Bressuire Dpt des Deux-Sèvres

     

    De Bordeaux le 14 thermidor an 8 (2 août 1800)

    Rue St Paul n° 7

     

    J’ai été aussi étonnée qu’affligée de votre lettre monsieur. Quoi c’est au milieu des dépenses que j’ai été obligée de faire que vous me proposez encore de diminuer Puy Guyon. Et pour quel motif ? Vous l’avés affermé 5500 # (parce que je déduis le 10ème pour impositions) 5500 # il y a 3 ans qu’avez-vous trouvé qu’il ait perdu depuis ? Au contraire j’ai fait des frais immenses depuis en réparations et je vous demande qu’a-t-il perdu ? Vous savez vous-même combien je suis loin de profferer des chicanes aux fermiers, vous n’avez pas oublié que je vous ai fait des remises, que jamais je n’ai exigé que vous me payez à l’échéance. Ce n’est pas avec moi que vous devez craindre monsieur. Vous savez vous-même que si vous aviez des motifs légitimes de désirer une remise  je préviendrois votre demande mais affermer pour rien un bien pour 9 années c’est impossible je vous offre Puy Guyon pour 7 ans à 5500 # quitte de toute imposition. En outre il faudra que vous payez la rente de 4 charges ½ de seigle aux religieuses de Bressuire s’il est prouvé que cette dette est légitime. Quant à l’arriéré de cette rente je la payerai. Réfléchissez monsieur que je ne vous demande pas de pot-de-vin. Pensez a qui vous avez affaire je ne crois pas que vous ayez jamais trouvé propriétaire plus facile. A la vérité vous trouverez peu de personnes qui ayant pour vous autant d’estime et d’attachement que moi. Voyez si mes propositions vous conviennent j’y tiens très décidément. Quant aux autres conditions elles seront suivant l’usage des fermes du pays, c'est-à-dire vous serez soumis aux réparations fourni de matériaux que je payerai et vous n’aurez que la main d’œuvre.

    Monsieur si ce que je vous offre vous convient, je compte vous faire une petite remise cette année a cause de votre déplacement a Ste Flaive, vous me trouverez j’espère toujours juste, mais je vous le répète je ne changerai pas mes propositions d’un iota. Voyez donc si elles vous conviennent. Je vous serez bien obligée de m’envoyer dans le plus petit format une copie a la main de l’acte de ferme  que vous avez passée à Mr Jagault. Je vous remercie du procès verbal que vous avez fait pour la dégradation de mes bois il est parfaitement bien. Il est inutile de me l’envoyer, les frais de la poste sont énormes. J’ai toujours oublié de vous demander ce que sont devenus les titres des terres que voûs aviez ou plutôt j’ai oublié ce que j’ai pu savoir a cet égard. Il n’est pas étonnant que ma mémoire soit brouillée. Je ne doute pas du soin que vous avez pris de les sauver. Je les crois bien pourris malgré vos précautions a cet égard. Adieu, monsieur, réfléchissez bien ma lettre vous la trouverez raisonable. Soyez surtout convaincu des sentimens que je vous ai voué.

    Donnissan veuve Lescure. »

     

    ***

     

    7

     

    « Au citoyen Bernard cultivateur

    Commune de Cerisaye

    A Bressuire

    Dépt des Deux-Sèvres

     

    Annotation : an 8 ou an 9

    Vers 1800 ou 1801

    Je m’empresse monsieur a vous donner moi-même de mes nouvelles étant pour ainsi dire rétablie de ma longue maladie. Je suis en pleine convalescence j’ai cependant encore quelque petit remède a prendre mais cela n’est pour ainsi dire rien. Combien je suis pénétrée monsieur du véritable intérêt que vous m’avez témoignée et dont je parle souvent avec Mr Beauvais. Croyez que cela m’a vivement touchée et qu’on se trouve heureux souvent d’avoir de vrais amis. J’ai touché les mille écus dont je vous fais mille remerciemens. J’imagine que vous avez payé Jadeau et Gabart ces deux vieillards ont besoin de leur petite rente ainsi il faut bien ne pas les retarder.

    J’ai aussi touché de vous les autres 1500# donnés a Mr Beauvais.

    Gardez entre vos mains tous les procès verbaux... (manque bas de page)... Paulin est ici.

    J’aurois besoin ainsi que lui d’une notte des grains et autres objets a vendre qui se trouvèrent à Ste Flaive lorsque M Boigauttier la affermé et ce que tout cela est devenu. Mr Paulin la vendu mais il n’a pas la mémoire présente sur tout cela, il dit que vous avez ses nottes. Ayez la bonté de nous les envoyer mais le plus petit volume possible car les ports de lettres ruinent. Si vous pouviez trouver une place pour ce pauvre Paulin vous l’obligeriez bien. Mille compliments a Mde Bernard ***

    Adieu monsieur, croyez a mon bien sincère attachement et bien réel. »

     

    ***

     

    8

     

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

     

    « Au citoyen Giraud trésorier du district de la Chataigneraie pour remettre au citoyen Bernard fermier de Puyguyon a la Chataigneraye

     

     

    Ce 30 prairial (19 juin 1800, 1801 ?)

    Je vous écris encore aujourd’huy monsieur, parce que je reçois a l’instant une lettre de Nantes qui m’aprend des nouvelles de celle du C. Giraud et des 3300 livres. Tout cela est parti il y a près de deux mois, je n’ai rien reçu. Je vais recourir aux registres de la poste mais d’après cela vous n’avez plus a vous en inquiéter ni a vous en informer en tout cas quand même je les perdrois ils seroient toujours reçus a compte sur vos mémoires. Je viens d’écrire pour que le régisseur qu’on m’a proposé pour Ste Flaive se rende sur le champ auprès de vous a puyguyon pour prendre de vous et de Mr Jagault tous les renseignements nécéssaires. Il faudra surtout lui faire connoitre s’il est possible ceux des habitans de Ste Flaive qui connoissent le mieux mon bien et pourroient lui donner des conseils pour les premiers temps. J’ai mandé que Mr Jagault règleroit ses appointements et qu’on les fixeroit a telle quantité de tels et tels grains. S’il y a des meubles il pourra s’en servir. Vous verrez tous ces arrangements de délais si les inventaires ne sont pas fait a Ste Flaive ainsi que les procès verbaux on pourra s’en charger avant de prendre la régie. On répond de ce monsieur comme intelligent, sûr et instruit. Je désire surtout qu’il soit doux envers les paysans et qu’il soit surveillé par vous si vous voulez bien avoir cette bonté en mon absence et celle du C. Jagault. Je n’écris point encore a celui-ci je suis accablée d’affaires. Je vous prierai de lui communiquer ma lettre ce qui m’épargnera de lui écrire pour cette affaire. Dite lui aussi je vous prie de faire commencer les inventaires et procès verbaux le plus vite possible pour Clisson etc mais point pour puyguyon parce qu’il y aura peut-être une autre forme a prendre a cause que ce bien vous est affermé depuis longtemps et que la ferme n’a pas été suspendue par la république, je le lui manderai dans une (première ?) lettre, je l’en accable tous les jours. Il met une bonté et une activité pour mes affaires qui me pénètrent de reconnoissance. Je sens bien aussi je vous assure mon *** toute celle que je vous dois, soyez en bien persuadé ainsi que de mon bien sincère attachement.

    Je vous serois très obligée de vous informer de que c’est que ces cabanes a Chaillé. Comme je ne connois *** pays je ne sais si c’en sont de nouvelles dont je n’ai pas connoissance. J’ai réclamé déjà toutes celles que je connossais et peut être celles dont vous me parlez en font partie en tous cas je vous serois très obligée de me mander leur noms et tous les détails que vous en pourrez avoir et de marquer la même chose au C. Bonnet rue de la république a la Rochele chragé de réclamer tous les biens connus sous le nom de cabanes. Je vous prie aussi de mander mademoiselle Serit de la Boulaye si vous avez l’occasion d’écrire à Mr des Granges chez le citoyen Bonnet rue de la république a la Rochelle. Il est 2 heures du matin je vais me coucher. »

     

    On notera dans les consignes données à Jean-Charles-Elie Bernard, un certaine fermeté tout autant que la volonté d’être aimable avec les paysans. La veuve de Lescure est autoritaire mais juste.

     

    ***

     

    9

     

    « Au citoyen Bernard fermier de Puy Guyon commune de cerisaye

    Par Bressuire

    Dépt des Deux-Sèvres

    (Encre très pâle)

    La veuve de Lescure et Puy-Guyon....

    Nous n’avons point vendu nos vins (8) mon cher monsieur de manière que mes fonds son si bas qu’il m’est impossible de retarder de vous demander de l’argent. Tachez donc d’envoyer le plutôt que vous pourrez mille écus (il s’agit de pièces de 5 francs, soit 5 000 francs) (à) Mr Jagault d’autant qu’il est fort embarassé à cause d’une emplette de beaudets. Vous m’obligerez infiniment. Je travaille a faire accepter a Mr de Mauclerc en échange de la rente que je lui dois celle dont je vous ai conifé les pièces. La valeur est pareille et comme il a perdu son titre cela doit être égal en renouvellant de le troquer contre ceux cy. Je vous vous prie en bien disant à son régisseur que vous connoissez combien cette rente est solide. Mille choses aimables je vous prie à toute votre famille et au curé et ne doutez pas monsieur de mon bien sincère attachement

    Ce  30 janvier 1802

    Donissan veuve Lescure »

     

    C’est le 1er mars de cette même année 1802, que Victoire épousera Louis de la Rochejacquelein.

     

     

    ***

     

    10

     

    « Au citoyen Bernard fermier de Puy Guyon commune de Cerisaye à Bressuire/dépt des 2 Sèvres.

     

    Je vous écris un mot à la hâte monsieur il y a 10 personnes dans ma chambre qui parlent mais je veux vous remercier de ce que vous comptez vous occuper de mes bois. Il faut certainement citer aussi Mr Làberge ( ?) pour voir les fermetures des bois et chemins. Je pense bien que cela pourra peu se faire pour le bois des Mottes enfin autant que possible mais cela se pourra très bien aux bois de nevy etc et je vous le recommande bien. Il faut nécéssairement faire tout cela a la fois pour n’y pas revenir et s’il le faut citer a la fois devant les 2 juges de paix de la Chapelle et de Chiché, enfin faire tout ce qu’il faut pour n’y plus revenir. Adieu monsieur souyez assuré que je serai bien reconnaissante et vous suis fort attachée. Je ne puis vous écrire plus longuement.

    26 mars 

    Illisible

    Donnissan veuve Lescure »

     

    ***

     

    11

     

    « Au citoyen Bernard fermier

    de puy guyon commune de

     Cerisaye a Bressuire

     

    Je suis toute étonnée monsieur de ne pas recevoir les 2500 que vous m’aviez annoncé d’autant que mon beau frère n’a pas été les chercher d’après ses lettres. S’il n’a pas été les demander quand vous recevrez celle cy je vous prie de m’envoyer cet argent tout de suite car j’en ai grand besoin. Je crois bien avoir trouvé une place pour Mr votre fils mais je ne crois pas que cela vous convienne. C’est chez des marchands qui vendent au détail de toute espèce de toile, soye, indienne, mousseline et ils vendent que c’est étonnant étant toujours 6 a la boutique sans venir a bout de contenter les nombreux acheteurs. Il y seroit nourri et logé sans payer. Si vous voulez qu’il apprenne ce genre de commerce ou du moins qu’il soit là en attendant mieux mandez le moi. Je vous avouerai que quoique ces marchands ayent la grande vogue on prétend qu’ils ont fait deux banqueroutes frauduleuses et ne sont pas bons payeurs. Du reste voyez si pour le premier moment cela vous conviendroit car jusqu’à présent nous avons cherché inutilement et peut être qu’une fois Mr votre fils ici il trouveroit mieux.

    Nous attendons avec impatience votre réponse au sujet des cabanes. La poste me presse, je vous salue de tout mon cœur.

    Donnissan de la Rochejaquelein

    Ce 14 décembre (1808 ?, en regard de la lettre qui suit)

    Surtout je vous prie l’argent si Auguste ne l’a pas pris. »

     

     

     

    ***

     

    12

     

    « A monsieur

    Bernard fermier de Puyguyon

    Commune de Cerisaye

    A bressuire

     

    Je suis bien fachée monsieur de ce que votre position ne vous permet aucun essay pour M. votre fils mais j’espère que vous le pourrez bientôt si comme on le dit généralement l’exportation des bleds est permise pour quelques temps. Je le crois d’autant plus que depuis huit jours le froment a beaucoup augmenté a Bordeaux. Le seigle a haussé un peu mais bien moins a proportion. Les grains étoient ici très bon marché. Cette hausse convenue depuis quelques jours. Un des (illisible) que j’aurois désiré seroient sur les sardines. Le baril de deux mille coute a Bordeaux 50 écus. M Queyriaud lainé (illisible) commerce en Limousin les a acheté ce prix. Je crois qu’il auroit a gagner en en achetant aux Sables. Si vous y conoissez quelqu’un j’en pendrois volontiers un baril pour moi (illisible) serviroit de montre pour comparer a ce qu’on vend a Bordeaux, le reste m’est égal d’en avoir ou non mais si cela vous est facile comme c’est une bonne provision de Carême vous (illisible)... baril soit par mer ou terre... Bourelier et sellier à Blayes ou chez M. Queyriaud (illisible) Mlles Bouchon rue Berry fors la porte Ste Elalie n°4 à Bordeaux. (illisible) Lequel des deux vous voudrez c’est égal. Vous sentez que cela n’est pas une bien grande économie pour nous et ce sera absolument comme vous voudrez.

    Il n’y a pas de doute qu’il faut acheter ce pré (s’il ne  monte pas trop haut) je n’ai guère compris ce que vous me mandez à cet égard. Mais quant a la maison qu’on met dans le même (mot manquant) vous sentez bien que si je suis obligée de l’acheter c’est avec l’intention de la revendre sur le champ. Je vous prie donc le lendemain de l’acquisition de la mettre aux affiches.

    J’espère que vous avez reçu ma lettre et que vous me (mot manquant) que vongt-cinq louis a Mlle Debejari comme d’ordinaire et lui ferez faire une quittance conforme a (mot manquant) lettre je ne le répète pas bien sur que vous l’avéz compris que c’est Drillet qui la emporté pour la remettre (mot manquant) pour vous.

    Quand je dis qu’il ne faut pas que le pré monte trop haut c'est-à-dire au dessus du dernier 20 quitte d’impôt. (illisible) désiroit acheter la maison en même temps (mot manquant) le pré cela éviteroit de faire un second acte et les (mot manquant) de contrôle quand je la revendrai.

    Mille amitiés à toute votre famille, j’espère avoir (mot manquant) satisfaction de vous voir cet été. Quant au (mot manquant) la ferme (moins l’acquisition du pré) je suis sure de (illisible) jusqu’en mars. Peut-être en aurai-je besoin alors (mot manquant) plutôt. Croyez monsieur a tout note attachement

    Donnissans de la Rochejaquelein

    Le 14 décembre ou (janvier ?) 1809

    (mot manquant) que la maison est bien de l’église et non (papier taché et déchiré) dans ce cas je renoncerai a tous les prés de (papier déchiré) que de paroître l’acheter.

    Je vous fait mille amitiés et vous prévient qu’il ne fera (mot manquant) venir le vin de Napoléon. Si vous en voulez nous (mot manquant) vous ou céder ce printemps une des barriques que nous allons envoyer a Clisson.

    ...Nous envoye quelque chose pour nous par roulage... abbayes est le meilleur marché. »

     

    Un grand merci au lecteur de Chemins secrets qui nous a transmis ces lettres.

     

    RL

    Novembre 2018

     

     

     

    Notes :

     

    (1)  Le château du Guy de Sainte-Flaive-des-Loups, en Vendée départementale, autre propriété de Louis-Marie de Lescure.

    (2)  Il s’agit de René-Nicolas Jagault né à Thouars le 11 février 1762 et mort dans la même ville le 23 mars 1835. Il fut le régisseur de Clisson en Boismé. Afin de se rafraîchir la mémoire, l’article de ma femme ici.

    (3)  On lira sur ce sujet avec le plus grand intérêt l’article de Jean-Claude et Odette Limasset et de Jean-Clément Martin in « Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest », année 1992, tome 99, N° 2, p 97 à 116. Lien ici.

    (4)  Note supra. AD85, L 272.

    (5)  Ibid, AD44, L 127.

    (6)  Une terre « novale » est une terre nouvellement défrichée. Sous l’Ancien Régime, le droit de dîme s’y appliquait. 

    (7) Le siège de Gênes dura du 20 avril au 4 juin 1800. Le tristement célèbre Turreau y participa dans l'état-major de Masséna.

    (8)  Le château de Citran, ancienne propriété du père de Victoire est évidemment situé en plein vignoble du Médoc.

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique