•  

    Le château Puy Guyon (1ère partie)…

     

     

    De nos jours, il ne reste rien sinon le porche d’entrée, de ce château ayant appartenu à Louis-Marie de Lescure, à Cerizay. Si l’on se réfère à la sinistre légende de « La Gourre d’or », Guillaume Chabot, qui en est le seigneur, l’aurait cédé à Jean Moreau en 1275 (ou 1285 suivant les récits). Ce dernier aurait fait creuser la fameuse mine d’or maudite. C’est aussi l’un des seigneurs du lieu qui aurait ramené de Palestine un coussin ou « chevet » ayant appartenu à la Vierge et sur lequel l’enfant Jésus aurait dormi. On sait que cet objet fut donné par testament du 27 décembre 1373, par Pierre de Puyguyon à la chapelle de Beauchêne et sera détruit dans l’incendie de cette dernière, allumé par les protestants lors des Guerres de Religion.

    Le château, dont deux tours, à ce que l’on dit dataient du XV° siècle avait sans doute été remanié plusieurs fois comme l’atteste l’année 1721 sur l’une des pierres du porche d’entrée.

     

    On retrouve trace aux archives départementales de Vendée en cote B 248 (Justices inférieures d’Ancien Régime), le 18 juin 1757 d’une vente faite par « Jeanne Dugas, fille majeure, et Catherine Dugas, veuve de François Rambaud, tisserand, à Henriette Elisabeth de Granges de Surgères, veuve de Alphonse de Lescure, seigneur dudit lieu, demeurant en son château de Puy-Guyon (paroisse de Cerisay), de trois chambres basses et la moitié d’un jardin, à Beauchaigne, susdite paroisse, et plusieurs autres immeubles, moyennant diverses charges et conditions. »

    Le château de Puy Guyon....

     

    En 1785, le château du Grand-Appelvoisin, non loin de Beauchêne est agrégé à Puy Guyon. Puis, de part la succession de Louis-Marie de Lescure, Puy Guyon échoit à Anne-Angélique du Vergier de la Rochejaquelein, épouse de Marie-Joseph, marquis de Chauvelin, fille de la célèbre marquise. Le domaine se constitue alors des éléments suivants :

    Le château et ses réserves

    La métairie de Puyguyon

    La borderie de Bois-René

    La métairie de la Bernelière

    celle de la Godillière

    celle de la Pigerie

    celle de Bournigal

    celle de la Largère

    celle du Grand Appelvoisin

    celle du Petit Appelvoisin

     

    Comme on le sait, son fermier général à l' époque des Guerres de Vendée était Jean-Charles-Elie Bernard

     

    Le 7 octobre 1793, Puy Guyon sera incendié par Westermann en même temps que le château de la Forêt-sur-Sèvre. Le 25 janvier 1794, nouvel incendie et Grignon écrira à Turreau (Savary, tome III, p. 84) :

     

    « Hier, j’ai parcouru les environs de Cerizais ; j’ai fait brûler un château appartenant à Lescure et deux ou trois autres… »

     

    En 1809, le château accuse un état de semi-ruine comme en atteste le cadastre (bâtiments colorisés en jaune) :

    Le château de Puy Guyon....

     Aujourd'hui en vue aérienne, devenu exploitation agricole :

    Le château de Puy Guyon....

    Le porche d’entrée : 

    Le château de Puy Guyon.... 

    Le château de Puy Guyon....

    Le château de Puy Guyon....

     

    En 1815, Puy Guyon servira de point de ralliement pour les chefs Vendéens et Louis de la Rochejaquelein.

    Bien plus tard une curieuse annonce de vente se retrouve dans le journal « Le Constitutionnel » du 14 juin 1864 :

     

    Le château de Puy Guyon....

     

    La dernière tour encore debout s’écroula au cours de l’année 1914 et les agriculteurs de la ferme découvrirent plus tard, au cours de travaux, le pavage d’une salle et des écuelles de poterie fleuries. Un souterrain refuge partait de l’arrière du château en direction du « Bois-Frotté », j’avais eu l’occasion d’y entrer en 1982. Le boyau était en partie bouché par divers objets et des bidons d’huile en interdisaient l’accès, du moins aux humains, car une nuée de chauve-souris avait jaillie du fond de l’obscurité.

    A suivre ici.

     

     

    RL

    Novembre 2017

      


    votre commentaire
  •  

    Cerizay, la Roche,

    des Guerry aux Leschalier de Lisle…

     

     

    Extraits de l’allocution de Pierre, lors de la sortie à Cerizay des « Amis du Pont-Paillat le 4 décembre 2016 :

     

    Richard m’a demandé de faire un papier sur mes ancêtres cerizéens. J’ai accepté avec plaisir car ils se mêlent à plus de 150 ans de l’histoire de la Commune. Deux noms surgissent : Guerry et Leschallier de Lisle.

    La famille Guerry tout d’abord, de très modeste extraction. Ils sont originaires de Saint-Mesmin, commune voisine, et exercent la profession de journaliers. Du mariage de Pierre Guerry et de Marie Barbier nait vers 1783 Pierre Guerry, ancêtre à la destinée étonnante.

     Un excellent article du blog Chemins secrets nous apprend que ce Pierre Guerry aurait vu toute sa famille massacrée par les colonnes infernales dans la Douée de la vieille cour. Portant peu dans son cœur les principes républicains, il se bat en Vendée et devient un temps maire de Cerizay en 1816.

    Cet homme d’origine modeste épouse une demoiselle d’ancienne noblesse, Elisabeth de Buzelet. C’est par ce mariage que la Roche rentre dans la famille. Elle tenait la Roche de son père, Dominique de Buzelet, mort misérablement à Cerizay après son retour d’exil. Sa veuve, née Bodet de la Fenestre, vieille famille de Chanteloup, à proximité d’ici, restée seule à la Roche, a dû fuir lors du passage des colonnes infernales qui ne laissèrent pas pierre sur pierre du Château.  Madame de Buzelet revient plus tard avec ses deux filles, dont Elisabeth, vivre dans une dépendance.  Vint l’Empire et la Vendée fut encore malmenée par Bonaparte. La signature du Concordat mit le feu aux poudres à Cerizay ; ce fut l’origine de la Petite Eglise et les dames de Buzelet se mirent à comploter. Terriblement inquiétées par la Police, un ordre d’expulsion fut même donné à la mère qui tergiversa pour y échapper. Seule la mort la sauva d’un nouvel exil. Restées seules à la Roche, les deux filles tinrent bon. Elles hébergèrent de nombreux prêtres recherchés par la Police.

    C’est durant cette période qu’Elisabeth de Buzelet rencontra Pierre Guerry, recherché un moment pour ses activités anti gouvernementales. Ils  se marièrent.

     Pierre Guerry meurt en 1857 riche propriétaire terrien, emportant dans la tombe les cris de sa famille noyée par les bleus. Ils ont eut une fille, Léontine. C’est par elle que les Leschallier de Lisle arrivent à Cerizay. Le plus ancien ancêtre de la famille de Lisle vivait à Saint Fulgent, ou il était notaire et sergent royal de la châtellenie de Saint Fulgent. On soupçonne une origine plus ancienne Lavalloise, mais non établie à ce jour.

    En effet, Léontine épouse  le 27 octobre 1840 Julien de Lisle, né à Sainte Florence.

    De ce mariage est issu :

    Jules-Henri, dont on retrouve une courte biographie ici, sur le blog de Nadine.

    Henri Leschallier de Lisle, maire de Cerizay de 1871 à 1907, conseiller général des Deux-Sèvres, avait épousé Marie Joséphine Giraud, d’une famille bourgeoise originaire de Maillezais, fille d’un député de la Vendée, Alfred, auteur entre autres d’un recueil de poésies intitulé les Vendéennes. Catholique et Royaliste, il fut inquiété pendant la période des inventaires. C’est à lui que nous devons la construction de la Roche telle qu’elle subsiste de nos jours. Il meurt en 1907. Il eut de son mariage Alfred de Lisle, né en 1881 et mort en 1942. Celui-ci fut également Maire de Cerizay et conseiller général des Deux-Sèvres.

    Alfred de Lisle épouse Madeleine d’Aboville, vieille famille normande implantée en Morbihan. Pour la petite histoire, le château des d’Aboville, Kerantré, situé à Crac’h, servit de refuge à Cadoudal pendant la chouannerie et l’on y voit encore une petite table que le géant breton brisa de son poing. C’est mon arrière grand-père. Il eut plusieurs enfants, dont Henri, également maire de Cerizay durant les tristes évènements de 1944 et jusqu’en 1959, et Xavier, mon grand père, qui passa toute sa jeunesse à la Roche.

    Je cite un passage du livre de Constant Vaillant, historien de Cerizay : « La paroisse et la commune, tout comme les déshérités, doivent beaucoup à cette famille, qui savait accueillir charitablement au château les plus pauvres, leur donnant gîte et couvert. Large fut leur participation à la construction de l’église et maintes œuvres sociales. Quand aux catholiques, ils ne sauraient oublier l’œuvre maîtresse : la construction de l’école Saint-Joseph, au Raffou à la fin du siècle dernier, au lendemain de la laïcisation des écoles ».

    Dévolue par succession à Henri, La Roche est vendue en 1980 et les de Lisle quittent Cerizay….De cette période subsistent une rue Leschallier de Lisle,  un nom sur le monument aux morts (René, frère de mon grand père, mort des suites de la campagne de 1940), des tombes dans le cimetière et quelques photos en noir et blanc, jaunies par le temps….Ainsi passe la gloire du monde…Je vous remercie pour votre attention.

     

    Pierre Couëtoux du Tertre pour Chemins secrets

    Décembre 2016

     

        La « Vieille Roche », qui a connu les événements de la Vendée :

    Cerizay, la Roche....

     

        Les lieux sur le cadastre de 1809 :

    Cerizay, la Roche....

     

     

        Le château actuel, construit à la fin du XIX° siècle :

    Cerizay, la Roche....


    2 commentaires
  •  

    Charette à Cerizay…

     

      Il est un peu surprenant de trouver Charette dans cette localité des Deux-Sèvres mais pourtant il y est bien passé, précisément dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 décembre 1793 à une époque ou la Grande Armée était Outre-Loire, entre le carnage du Mans et sa terrible fin de Savenay. Charette pensait pouvoir recruter de ce côté en l'absence de l'Armée Catholique et Royale et apprend la présence d'un détachement de républicains dans la petite ville.

    Après avoir fait halte à la Petite-Boissière, il repart à la nuit tombée en direction de Cerizay. Comme le lecteur s'en doutera, Charette et ses 4 000 hommes ne sont pas passés par la grande route actuelle qui n'existait pas. Nous allons donc essayer de reconstituer ce parcours sur la route qui existait entre Châtillon (Mauléon) et Cerizay en 1793. Ce parcours aurait demandé un trop grand nombre de cartes et de matrices cadastrales et le lecteur pourra suivre ce cheminement sur l'IGN de Géoportail et sur le cadastre en ligne des AD79 pour les communes de la Petite-Boissière, Combrand et Cerizay.

     Il est probable que partant de La Petite-Boissière, la petite armée bas-poitevine aura pris la direction de l'Etry (orthographiée « Laiterie » en 1812), puis sera passée non loin de Bois-Vert où Henri de la Rochejaquelein séjournera une semaine plus tard. Son parcours probable rejoint ainsi la route de Cerizay par La Vergnaie-l'Abbé, La Carotte, passant un peu à l'Est de la Garnaudière, filant entre le château de la Girardière (où Marigny fut tué le 10 juillet 1794) et Pelouaille pour arriver finalement devant le « Château aux Sept Tours », dont le donjon en ruine dominait Cerizay et sa vieille église romane.

     La route que Charette a probablement empruntée. Ici au départ de la Vergnaie-l’Abbé » :

    Charette à Cerizay....

     Ici sur le plan de 1809. Attention à celui-ci qui est désorienté. Le Nord se retrouve sur la gauche de l’image :

     Charette à Cerizay....

     La route se poursuit en direction de la Carotte…

    Charette à Cerizay....

    Charette à Cerizay....

     Après la Carotte, longeant la Garnaudière, en direction de la Girardière et de Pelouaille…

     Charette à Cerizay....

     

    Une partie du parcours de Charette et de ses hommes, en rouge sur la carte IGN :

     Charette à Cerizay....

     

     On sait qu'une fois dans le bourg de Cerizay , les gars de Charette vont tomber sur un poste républicain de 200 hommes qui seront quasiment tous égorgés dans la nuit noire. Leur commandant, qui tentait de les rallier succomba à deux coups de sabre (Savary, tome II, p. 479, repris par Bittard des Portes, p. 259).Ce qui va suivre n'est qu'une supposition personnelle mais quel était le meilleur endroit pour stationner une troupe à Cerizay ? Il y avait certes le château de la Roche, mais on voit mal les républicains se tenir aussi loin du bourg et Charette n'aurait sans doute pas eu l'idée de pousser au Sud de la ville. En revanche il existait un relais de Poste, construit en 1752 et qui possédait de grandes écuries, le tout à proximité du cimetière, soit à peu près à l'emplacement de l'actuel cinéma. On peut donc imaginer que c'est tout près de cet endroit que les 200 républicains se sont fait écharper. (1) Le Roi de la Vendée repartira ensuite en direction de Saint-Michel-Mont-Mercure.

     Le relais de Poste aujourd'hui, ancien siège d'une agence du Crédit Lyonnais.

     Charette à Cerizay....

     Il n'y a à notre connaissance aucune autre trace de passage de Charette dans la "ville aux deux légendes" et les bas-bocains et maraîchins ont eu bien du mérite de faire toute cette route dans cette partie du Bocage inconnue pour eux.

     RL

    Avril 2016

     Note :

     (1) Peut-être est-ce d'ailleurs à ce même endroit que l'adjudant-général Beker sera "conduit mystérieusement" pour y rencontrer Stofflet le 26 mars 1795, en vue de pourparlers de paix.

     


    votre commentaire
  •  

    La colère de Marigny ?

     

     

     Il y a déjà longtemps que nous avions évoqué la sépulture de soldats républicains, tombés après un accrochage avec les hommes du général vendéen Marigny, près de Beauchêne en Cerizay (cliquer ici). Le 10 mai 2014, en collaboration avec l'association des "Brigands du Bocage", nous avions organisé une journée à la mémoire du général Marigny et nous étions passés à cet endroit qui vit la mort d'une vingtaine de soldats bleus.

     

     Cet épisode est raconté par feu l'historien Constant Vaillant dans le tome 1er de sa monographie consacrée à la petite ville de Cerizay, qui oublie cependant un autre événement que nous retrouvons dans une autre monographie, exclusivement dédiée à Beauchêne, de la plume du RP Dom Victor Bonneau : "Histoire du pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen", Impr. de E. Grimaud 1893.

     

     L'auteur nous raconte que le grand-père de M. de Lisle (maire de Cerizay et conseiller général au moment de la parution de l'ouvrage du RP Bonneau), nommé Guerry aurait "vu sa famille jetée dans le doué de la ferme de la Vieille-Cour".

     

     On retrouvera le lien de parenté effectif entre ce monsieur Guerry et monsieur de Lisle en cliquant ici (lien).

     

     A l'heure où nous écrivons cet article, il est impossible de vérifier si cette tradition repose sur des faits réels et les registres de pratiquement tous les villages du Cerizéen relatifs à la période révolutionnaire sont absents aux archives départementales... En revanche nous pouvons avoir une approche du terrain tel qu'il était, en 1809, soit quinze ans seulement après les faits supposés, grâce au cadastre napoléonien.

     

     Le lieu où la vingtaine de républicains fut enterrée après son accrochage avec les hommes de Marigny. On voit le mur de la forge sur notre gauche, disparaissant dans la haie. Les soldats bleus seraient enterrés derrière, dans le champ. J'ai connu le bâtiment de cette ancienne forge debout jusque au début des années 80. Les maisons à l'arrière plan sont celles du village de "la Vieille-Cour" où la noyade de la famille Guerry aurait eu lieu.

     

    La colère de Marigny ?

     

     Le cadastre napoléonien ne mentionne pas la forge mais on voit nettement les bâtiments de la Vieille-Cour en ruine (colorisés en jaune).

     

    La colère de Marigny ?

     Sur le développement C, on peut se rendre compte que la ferme voisine de "La Rigautière", touchant de près la Vieille-Cour est aux trois-quarts en ruine.

     

    La colère de Marigny ?

     

    La colère de Marigny ?

     

    La Vieille-Cour et quelques bâtiments pris depuis la route. Y avait-il un doué (lavoir) au centre du village ? Est-il possible que cet assassinat ait été le phénomène déclencheur à l'origine du  massacre de soldats républicains en représailles ? La colonne infernale de Grignon est passée par ici le 25 janvier 1794. Marigny n'est revenu d'Outre-Loire qu'en mars. Les faits se seraient-ils déroulés en 1793, voir après le retour de Marigny ?

     

    La colère de Marigny ?

     

    La colère de Marigny ?


    Dans l'état actuel des choses, nous ne pouvons en dire plus et nous reviendrons certainement plus tard sur cet article afin de le compléter. En attendant, et avant de conclure, nous livrons quelques autres petits détails sur Beauchêne à proprement parler.

     La chapelle de Beauchêne en 1809 : on voit que la forme a singulièrement changée. On sait que la maison du chapelain se trouvait en face de l'édifice. Est-ce elle qui est représentée en avant de celui-ci ?  

    On sait par ailleurs que lors d'une réfection de la toiture en 1949, les ouvriers trouvèrent des morceaux de bois brûlés tombés sur les voûtes. Ceci étant probablement le souvenir du passage de la colonne infernale de Grignon.

     

     

    La colère de Marigny ?

     

     Un cimetière aurait existé à l'emplacement de cette maison, en face de la chapelle de la "Petite-Eglise".

     

     

    La colère de Marigny ?

     

     Il ne figure pas sur le cadastre, car probablement détruit depuis longtemps mais son emplacement correspond à la parcelle n° 262, non loin d'un chêne aujourd'hui disparu qui aurait accueilli la statue de la Vierge au cours des sombres heures révolutionnaires....

     

    La colère de Marigny ?

     

     

    Nous en venons à présent à parler d'un autre fait assez étrange concernant la Vieille-Cour : il y avait en cet endroit les réunions d'une secte "d'idolâtres". Ces "doux-dingues" comme on dirait de nos jours, rendaient culte à une sorte de gourou d'Airvault en qui ils voyaient l'incarnation du Christ ou du moins d'un messie quelconque. Ils auront la malchance d'être pris par les soldats de Grignon.

     

     Voici la lettre que celui-ci adresse à Turreau le 25 janvier 1794 :

     

     "Le patriotisme que j'ai trouvé à Cerizais, une garde nationale fort bien établie, ayant passé la revue d'un commissaire, cela fait que je n'ai pas cru devoir le brûler (1) D'ailleurs j'y ai trouvé beaucoup de subsistances. Toutes les métairies, bourgs et villages qui avoisinent, vont passer aux flammes dans cette journée.

     J'oubliais de te dire que l'on m'a arrêté une dizaine de fanatiques qui se nomment eux-mêmes idolâtres ; ces sortes d'idolâtres n'ont jamais voulu prendre les armes ni pour un parti, ni pour l'autre. Pour ne pas s'être décidés à un parti, ils iront au quartier-général.

     Ma colonne de gauche a l'ordre d'en faire autant sur les flancs, et de ne faire de grâce à qui que ce soit. Elle est à Montigny."

     

     On se doute bien que dans le langage de Grignon ,"aller au quartier-général" signifiait être fusillé ou sabré...

     

     

     RL

    Novembre 2014

     

     

     

     

     

    (1) selon une tradition, une couturière de la ville lui aurait offert un bouquet de fleurs, ce qui aurait contribué à la clémence de Grignon envers les habitants. Je me permets personnellement de douter de cet épisode un peu "à l'eau de rose".

     

     

        Nous revenons sur cet article avec quelques précisions sur la "secte d’idolâtres qui siégeait à la Vieille-Cour :

     

     LA RELIGION DE MERCERON

     

       Un conscrit de Cerizay s'était refusé à paraître devant le Conseil de révision, se disant de la religion de Merceron, dont les sectaires se croyaient inspirés de Dieu et avaient pour principe de n'obéir à personne. M. Tribert, sous-préfet de Bressuire, fut invité en conséquence à faire un rapport au baron Dupin, préfet des Deux-Sèvres sur cette religion de Merceron dite aussi secte des Idolâtres. L'original, en existe aux archives départementales, série V Dissidence, rubrique fausse, vu que cette folie nouvelle resta complètement étrangère aux non concordataires. Il a été reproduit cependant par feu le R. P. Benoni Drochon dans la Petite Eglise (Paris, Maison de la Bonne Presse 1894, pp. 129-130).

     

     Bressuire, 9 octobre 1811.

     

    MONSIEUR LE BARON,

     

       La secte sur laquelle vous m'avez fait l'honneur de me demander des renseignements n'existe que dans le canton de Cerizay et prit naissance au commencement de la Révolution. Elle ne comprit jamais plus d'une centaine d'individus qui se rassemblaient à la métairie de la Vieille Cour, commune de Cerizay. Ils qualifiaient de Dieu un homme d'Airvault, venu, leur disait-il, pour les sauver ; reconnaissant pour la Vierge une femme que le hasard avait amenée dans cette contrée.

     

       Un nommé Merceron, de Cirières, embrassa chaudement cette erreur et fut connu pour chef de la secte qui prit aussi le nom de Merceron. Ils ne voulaient écouter aucun prêtre, ni assister à l'église. Parfois ils se réunissaient autour d'un arbre, se prosternaient le visage en terre et restaient très longtemps dans cette posture, sans que personne ne pût les en sortir, ne voulant pas, disaient-ils, interrompre la conversation qu'ils avaient avec Dieu. Ils n'ont pris aucune part à la guerre. La mort leur paraissait le plus grand bien, parce qu'ils comptaient ressusciter après très peu de temps et revenir ensuite pour être toujours heureux. Ils sont restés longtemps dans ces erreurs, mais presque tous en rougissent à présent. Ils sont pourtant de ceux qui ne fréquentent pas les églises. Merceron, fort âgé, fait le métier de guérisseur de pourceaux. Il ne reçoit point d'argent pour son salaire, s'il n'est à l'effigie des Bourbons ; c'est un travers d'esprit qui le rend ridicule. Cette manie ne peut devenir contagieuse.

     

    Agréez ...

     

    Signé : TRIBERT (1)

     

       Aucun autre renseignement ne nous est parvenu, et, sans doute, serait-il impossible de savoir aujourd'hui quelle fut l'origine de cette singulière secte restée inconnue, même dans les Deux-Sèvres, partout ailleurs qu'à Cerizay.

        Voilà des adorateurs réunis autour d'un arbre ; les dissidents, d'autre part, lorsqu'ils n'eurent plus de prêtres, baptisaient sur la pierre du foyer ; faut-il, dans ces deux circonstances, croire à un retour à des rites antiques ?

     

     LÉO DESAIVRE

     

     (1) Pierre-Louis Tribert, plus tard conseiller général et député, père du sénateur.

     

    Revue des Traditions Populaires

    26e Année - Tome XXVI - n° 7 - Juillet 1911

     

     Comme de nombreux articles de "Chemins secrets", celui-ci reste ouvert et fera probablement l'objet de compléments dans l'avenir.

    Article connexe ici.

     

     

     RL

     Décembre 2014

     


    votre commentaire
  •  

    Souvenirs à Cerizay…

     

    Il y aurait beaucoup à dire sur Cerizay, la « Ville aux deux légendes » du Moyen Age et qui sera au moment des Guerres de Vendée au cœur de bien des événements, notamment avec Lescure et Marigny. Le 18 décembre 1793, pendant que la Grande Armée est en « Virée de Galerne », à la nuit tombée, Charette en personne tombe sur 200 républicains cantonnés dans la ville. Leur commandant est sabré en voulant rallier sa troupe. Très peu de républicains s’en sortiront.

    C’est encore à Cerizay, que sera conduit « mystérieusement », le 26 mars 1795, l’adjudant-général Beker, en vue d’une entrevue avec Stofflet (Savary, tome IV, p. 413 et sq.). Un ancien relais de poste, construit en 1752, toujours debout actuellement malgré l’incendie de la ville par les allemands le 25 août 1944, pourrait bien avoir des choses à nous raconter, surtout au vu des découvertes qui y furent faites il y a déjà plusieurs années et dont nous reparlerons plus tard… Ce n’est cependant qu’une hypothèse et l’endroit pouvait tout aussi bien se situer dans le vieux quartier de la Jetterie ou dans l’une des maisons qui bordaient l’ancienne église. Le bourg n’avait absolument pas du tout la même physionomie qu’aujourd’hui. L’ancienne église, orientée à l’Est (l’actuelle étant orientée au Nord), était contiguë au fameux « Château aux sept tours » déjà en ruine au moment des Guerres de Vendée, comme l’atteste un rapport républicain lors de « l’affaire de Cirières » de septembre 1799. Nous n’oublions pas non plus le fameux Vrignault qui fit grand bruit à Cerizay à la même époque.

     

    Nous publions à suivre, afin d’aiguiser la curiosité de nos lecteurs, quelques images de lieux, sur lesquels nous reviendrons prochainement…

     

    RL

    Lundi de la Pentecôte 2013

     

    Photographie représentant avant 1890 (année de sa destruction), l’ancienne église romane de Cerizay. On y distingue au premier plan, l’abbé Charruyer.

     

    Souvenirs à Cerizay....

     

    Gravure de Thomas Drake, Album Vendéen, 1856, présentant une vue sinistre des ruines du donjon de Cerizay.

     

    Souvenirs à Cerizay....

     Les ruines du château en 1809 sur le cadastre :

    Souvenirs à Cerizay....

    Le même endroit aujourd’hui. Des fondations du château se trouvent toujours dans les sous-sols de l’actuel bureau de Poste.

     

    Souvenirs à Cerizay....

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique