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    Sur les chemins de Galerne... 

    Les 800 chouans de Bernard de la Frégeolière 

     

     

     

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....En 1799, Henry-René Bernard de la Frégeolière réussit à lever 800 chouans dans le Baugeois. Cet officier royaliste effacé a laissé un souvenir unanime dans la mémoire collective...

     

    « A dix sept ans il prête au Roi, comme garde du corps, ce serment de fidélité dont le souvenir, planant sur sa vie entière, lui fera jusqu’au dernier jour repousser tous les traités de paix que signeront les autres chefs. Justement suspects depuis le 6 octobre, les gardes du corps sont licenciés et gardés à vue par la Révolution. Bernard de la Frégeolière que révolte son inaction forcée en présence des dangers de Louis XVI, va chercher aux frontières la liberté de la défendre, et laisse au berceau son onzième enfant pour rejoindre, à travers mille dangers, les défenseurs du trône ralliés autour des princes. 

    Bientôt la Champagne ouvre ses portes aux frères de son Roi, on marche sur Paris. Courage, vaillants proscrits, la patrie vous est rendue, les fers de Louis XVI vont tomber / rêve d’un jour, qui rendra plus amer le pain de l’étranger : la retraite sonne, il faut reprendre le chemin de l’exil. Seul, quand les plus fiers courages sont abattus, quand tous appellent la mort, un cavalier sans pain, blessé, sans asile, a conservé l’espérance et console ses compagnons d’infortune : tu l’as déjà nommé. A peine guéri de sa blessure, le soldat des princes vole à de nouveaux combats, et commence, en 1793, dans une armée sans discipline, ce rude métier des troupes d’élite, sur qui retombe tout le poids de la guerre. Entre deux campagnes, chassé par l’invasion, abandonné sur une plage inhospitalière à la fureur de nouveau sauvages, ou bien entraîné dans une expédition digne de la chevalerie errante contre les sujets rebelles d’un prince sans armée, il ne lui sera pas donné de prendre un seul jour de repos. 

    L’année suivante, il fait aux hussards de Rohan cette désastreuse retraite de Hollande, où les émigrés, toujours placés à l’arrière garde, lui doivent la vie devant Nimègue. Que d’héroïsme, que d’abnégation chez ces hommes, hier encore privilégiés de la fortune, qui combattent comme simples soldats dans une campagne aussi douloureuse que celle de Russie, et tombent dans les neiges de la Frise sans qu’aucun écho de la patrie, sans qu’une voix amie vienne adoucir leurs derniers instants ! 

    De cavalier, devenu marin, ton aïeul s’embarque pour Quiberon. Le feu à bord, trois tempêtes, un combat naval dont les émigrés sont l’enjeu, le désastre de Quiberon, enfin cette agonie de six semaines à l’île d’Yeu où vient s’évanouir le rêve tant caressé du débarquement d’un prince en Vendée ; telles sont les pages de son journal de bord ; mais son indomptable énergie semble croître avec les épreuves, et notre plume se lassera plus vite que le courage de ce martyr du devoir. 

    Vois maintenant ces proscrits qui, par une nuit sombre, voguent vers les côtes de France où les appellent de nouvelles luttes pour Dieu et le Roi. L’Anglais refuse de les mener jusqu’au rivage : il faut se jeter dans les flots, c’est ton aïeul qui le premier s’élance et montre la route à ses compagnons hésitants. Ni les fatigues, ni la blessure que lui ont faite les rochers de la côte ne l’empêchent de prendre une part brillante aux combats de Puysaye, puis à ceux de l’armée de Scépeaux. Ses qualités militaires, son caractère chevaleresque, qui répugnera toujours à des représailles mêmes légitimes, s’imposent à tous, et Bientôt MONSIEUR HENRI devient l’âme de la division Gaullier. 

    Scépeaux a signé la paix, mais Bernard refuse d’y adhérer. Au lieu d’aller en Angleterre, comme tant d’autres, rappeler aux princes son nom et ses services, il reste courageusement au cœur des pays insurgés qu’il organise, avec Rochecotte, pour une nouvelle prise d’armes, voit sa tête mise à prix et, pendant trois ans, malade, errant de ferme en ferme, caché dans les halliers, il n’échappe que miraculeusement aux bourreaux. 

    En 1799, miné par deux années de fièvre, c’est de son lit qu’il recrute à la bonne cause un arrondissement et une légion de plus, et quand ses talents militaires, son influence, l’affection de ses soldats, tout l’invite à diriger en chef d’insurrection qu’il a créée, il accourt avec sa modestie ordinaire se ranger sous les ordres de Bourmont : la chouannerie lui doit son dernier triomphe, l’arrondissement de Baugé l’honneur d’avoir fourni son contingent aux Armées Catholiques de l’Ouest. 

    La soumission de Bourmont l’arrête au milieu de ses succès : Il licencie en frémissant les braves qu’il vient de mener à la victoire, et refuse encore de rien promettre, de rien signer pour garder jusqu’au bout le serment de fidélité ; cette fidélité lui vaudra de rester sous le glaive de la loi jusqu’au dernier jour de l’Empire. 

    Dès 1813, sa vive ardeur devance les évènements : seul il ose secouer le joug impérial, seul il brave les dangers d’un soulèvement contre Napoléon, et les Bourbons à leur retour trouvent leur indomptable champion. Le vaillant capitaine va modestement reprendre sa place aux gardes du corps ; il n’ambitionne d’autre récompense que le bonheur de pouvoir servir encore son Roi. Le bonheur ! Il n’est pas dans ta destinée, soldat des causes vaincues : vois déjà le 20 mars se préparer dans l’ombre. Aux armes ! Bonaparte est en France ! 

      Bernard est le premier prêt à la tête de deux légions. Placé comme autrefois à l’avant garde de la Chouannerie, il couvre les opérations des corps de la rive droite, remporte au Lude le principal succès des royalistes, et par sa fière contenance épargne à toute une partie de l’Anjou les rigueurs de l’invasion. 

      Il avait à peine licencié sa division qu’une brusque mise à la retraite vint lui apprendre qu’ici-bas les services qu’on néglige de faire valoir sont voués à l’oubli : il fallait qu’aucune récompense humaine ne vînt ternir la grandeur de cette vie de sacrifices. Désormais il ne lui sera plus donné de s’armer pour son Roi, mais plus tard la Révolution lui fournira, à soixante douze ans, une dernière occasion de souffrir pour les Bourbons et d’affirmer son dévouement jusque dans les fers.

    Les Bourbons, ils ont eu jusqu’au dernier soupir tous les battements de ce noble cœur. Son amour, son culte pour eux, voilà le secret de cette vie qui n’a été qu’un long combat pour le drapeau sans tache. C’est pour eux qu’il a tant souffert, ils étaient à ses yeux « la cause du droit et avec elle l’avenir de la France, ses plaies cicatrisées, son sol raffermi, sa grandeur morale reconquise. » ; c’est sa foi dans leur retour qui lui donne la force d’affronter pendant vingt cinq ans la mort, et de sacrifier famille, repos, santé, fortune, plutôt que de reconnaître un seul jour la Révolution triomphante. 

    Les Bourbons ! Il inonde de ses larmes leurs adieux aux émigrés, il frémit à la seule pensée qu’on ose incriminer leur conduite à l’île d’Yeu, et lui, si prompt à tirer l’épée, quand Charles X tombera sans combattre, il ne songera qu’à le justifier, à le remercier de n’avoir point risqué dans une lutte incertaine la vie du royal enfant confié à sa garde. 

     

    Les brillantes qualités qu’il déploya dans sa carrière militaire étaient rehaussée par cette générosité, cette douceur, cette bonté du cœur qui sied si bien aux braves. Tous, jusqu’au dernier soldat, trouvaient un père en lui et savaient qu’ils pouvaient compter sur leur chef jusqu’à la mort, ils le payaient de son dévouement par une affection si touchante que le nom du général de Bernard est encore prononcé avec émotion par les petits fils de ses anciens chouans. Aucun succès ne pouvait le consoler du sang répandu ; toujours généreux envers les prisonniers, ennemi des représailles, il poursuivit, en dépit de la barbarie républicaine, son idéal d’une guerre loyale et chevaleresque, auquel il eut enfin l’honneur de rallier les généraux de la Révolution eux-mêmes. 

    L’homme privé n’a pas moins de droits que le guerrier à ton admiration. Modeste à l’excès, d’une simplicité patriarcale, se refusant tout à lui même pour ne rien refuser aux autres, partageant jusqu’à son dernier écu avec les victimes de nos guerres civiles, le souvenir de son inépuisable charité vit encore, dans nos temps d’oubli, après plus d’un demi-siècle écoulé. » 

     

    « La mort, qu’il avait bravée trop de fois pour la craindre, ne fut pour lui qu’une délivrance : il l’accueillit comme une grave et sévère amie qui venait lui ouvrir les portes d’un monde où sont réparées les injustices d’ici bas ; où les vaincus de la terre connaissent enfin les joies du triomphe. Le vieux royaliste rendit son âme à Dieu le 25 janvier 1835, et fut inhumé, comme lui en avait témoigné le désir, au lieu de sa naissance, dans la chapelle de la Sionnière* aux Rairies - Ancienne terre noble avec manoir fortifié, en partie détruit vers 1870 mais dont subsiste quelques vestiges, en particulier une tour, la fuie et la chapelle désaffectée, autrefois dédié à St Jean l’Evangéliste et Ste Catherine. Il existait près du manoir une autre chapelle N.D des Vertus, vendue nationalement le 5 mai 1791 et rachetée par la famille de la Frégeolière. 

      * Il repose aujourd’hui à Varrains, près de Saumur. »  

     

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

     

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

     

    Sources : 

     

    . Extrait des Mémoires de Bernard de la Frégéolière.- pages 325, 326 , 327, 328, 329. 

    . Dictionnaire - Célestin Port – Tome n°IV, page 403. 

    . Archives Départementales du Maine-et-loire, tous droits réservés - Acte de décès de Henry-René Bernard de la Frégeolière. Etat civil du Vieil-Baugé, vue n°172, 173 acte n°8. 

    . Cadastre – La Sionnière commune des Rairies, B4 de la Rairie – Plan napoléonien de 1836. 

    . Portrait : Tiré des Mémoires de Bernard de la Frégeolière. 

    . Photos de l’auteur : la Sionnière aux Rairies et la tombe de Henry-René Bernard de la Frégeolière au cimetière de Varrains. Octobre 2020. 

                                                               

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    En septembre 1799, 

    les soldats républicains n’ont toujours pas de souliers... 

     

     

     

    Problèmes de souliers en 1799....Système merveilleux ! En sept ans la république maçonnique a totalement ruiné et mis à sac, dans un bain de sang, un des royaumes les plus prospère au monde.

    Le 19 septembre  1799 (le 3 complémentaire de l’an 7) à Angers, la troupe se mutine, les soldats sont pieds nus et le font savoir… Les buveurs de sang commencent à en avoir marre, leur république n’a pas le sou pour leur offrir des godillots, c’est encore le citoyen de base qui se dévoue et met la main à la poche...

     

    « Hier 3 complémentaire, la 2e compagnie du 1er bataillon de la 28e demi-brigade d’infanterie légère, arrivée la veille à Angers, rassemblée sur la place, après avoir passé la revue du commissaire des guerres, refusa de se mettre en marche au commandement des officiers, sous le prétexte de réclamations auxquelles il était impossible de faire droit. Disséminé dans les auberges à la suite de sa désobéissance, le soldat, insubordonné, instigué par les chefs de la révolte, et dans l’état d’ivresse, n’écouta aucune représentation, et persista avec obstination dans son refus. 

    Le général Siscé, sorti à cheval, dès le matin, de retour à une heure après midi, apprit avec étonnement que cette compagnie était en pleine insurrection ; de suite il se transporte sur le lieu du rassemblement, où se trouvaient 3 escadrons du 4e régiment de dragons ; il se présente devant le front de la troupe mutinée, demande aux officiers les motifs d’une semblable insubordination ; et après avoir représenté au soldat, que les réclamations les plus justes devenaient criminelles, lorsqu’elles étaient faites collectivement et en armes, ordonna, au nom de la loi, à cette compagnie d’exécuter l’ordre de son départ ; sa voix fut couverte par les cris des factieux qui méconnurent son autorité ; le général les somma de nouveau, et ne leur donna qu’un délai de 6 minutes pour se décider. 

    Des mesures vigoureuses allaient être prises ; déjà des ordres étaient donnés pour en assurer le succès, lorsque des citoyens de cette commune, mus par des sentiments qui décèlent les belles âmes, vinrent offrir de faire délivrer des souliers à la troupe, pour lui ôter le prétexte de sa désobéissance, et dans la vue d’ éviter les malheurs qui seraient indubitablement arrivés. Le soldat, satisfait dans ses besoins, promit dès lors de se mettre en marche. Les souliers furent distribués, et la compagnie partit aux cris de vive la république. 

    Quoique l’opinion du général ne fût pas qu’on livrât des souliers à ses soldats indisciplinés, il ne peut qu’applaudir à l’élan généreux des citoyens qui les ont offerts, et il s’acquitte avec plaisir, en leur témoignant publiquement sa satisfaction. Il s’est opposé à la distribution de l’argent que réclamaient aussi le soldat ; il se réserve de faire connaître les auteurs de l’insurrection, dont un fut arrêté après le départ, et qui va être traduit au conseil de guerre qui en fera justice. » 

     

    Et si nous parlions du suivant, le nain de un mètre soixante huit à la redingote grise : Bonaparte.

     

    « L’armée consulaire ne sera guère mieux pourvue, car depuis plusieurs années les manufactures de drap sont arrêtées, et les ateliers de confection fermés faute de matières premières. 

    Nul ne se souciait d’ailleurs de travailler pour un gouvernement démuni de toutes finances et dont l’insolvabilité est trop connue... » Déjà ? 

     

    Le militaire français vu par un Berlinois en 1806  :  ça ressemble à un pouilleux, le bel uniforme, juste pour une minorité, pour la façade, c’est un peu le village Potemkine en quelque sorte…

     

    « Le premier qui passa sous la porte de Brandebourg fut un fantassin. C’était un homme grand et maigre, avec un visage pâle, couvert d’une chevelure en broussaille, qui fut notre étonnement, habitués que nous étions aux perruques poudrées et aux queues bien tressées de nos soldats. Une capote courte couvrait son corps, sur sa tête un petit chapeau tout décati, plus rouge que noir et d’une forme indescriptible, mais ajusté si insolemment que cette tête et ce chapeau était pour nous un sujet d’étonnement. Les pantalons étaient de toile sale et déchirée, les pieds nus dans des souliers troués, une mauvaise pipe brillait à sa bouche, tandis qu’en même temps il arrachait tout en fumant, des bouchées d’un gros morceau de pain. 

    Qu’on s’imagine un soldat, avec chien en laisse, un demi pain enfilé sur sa baïonnette ; à son briquet pendait une oie, et sur le chapeau, fixée à la ganse du pompon, brillait une cuillère étamée. » 

     

    Et les godasses dans tout ça ? :

    Une paire de chaussure s’use de Fontainebleau à Poitiers, où il faut la remplacer, voilà qui pose le problème qui ne sera jamais résolu, il dure depuis 1792, date à laquelle l’armée du peuple s’est mise en marche.

    Cette armée de greloteux, qui va infester toute l’Europe avec son mauvais état sanitaire, ses maladies, ses vices et ses idées subversives... Elle disparaîtra en Russie, en Espagne, Waterloo l’achèvera.

      

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de Maine et Loire, tous droits réservés- Les Affiches d’Angers n°182 an 7 de la République – vue n°4/5 - Quartidi 4e jour complémentaire. 

      

    . La vie quotidienne dans les Armées de Napoléon de Marcel Baldet – pages 36 et 37. Hachette 1964. 

     

    . Photo de l’auteur. 

     

                                                                   

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Sur les chemins de Galerne... 

    Un chouan assassiné à Genneteil en 1815 

     

     

     

     

    Dans son recueil des traditions et légendes du Baugeois, Baptiste-Camille Fraysse nous livre une drôle d’histoire qui se racontait le soir à la veillée, auprès du feu, dans les chaumières isolées…

     

      « Baptiste, dit Camille Fraysse est né à Gramat dans le Lot en 1866. Il suit son père employé dans les chemins de fer. Il fait de solides études au lycée de Vendôme et est reçu premier au concours d’entrée à l’Ecole des Arts et Métiers. Mais il ne devient pas ingénieur et ne réalisa pas le rêve de ses parents. Il s’engage dans les Zouaves et part en Algérie. A son retour il retrouve ses parents à Baugé et épouse Magdelaine Montprofit, de vieille famille bourgeoise. D’abord clerc d’avoué, puis secrétaire à la sous-préfecture de Baugé, il obtint un poste de percepteur.

    B.C Fraysse fut nommé percepteur d’abord dans le Noyantais, au poste de Chigné, puis à Jarzé jusqu’à la guerre de 1914-1918 ; il terminera sa carrière à Beaufort-en-Vallée où il prit sa retraite et devînt l’adjoint du maire de Beaufort. 

    Si son caractère pouvait paraître parfois rigide, on admirait en lui droiture, intégrité morale et désintéressement. 

    N’ayant jamais pris un jour de vacances au cours de sa carrière, B.C Fraysse profita de ses multiples contacts professionnels ou amicaux, pour s’informer, noter, comparer. Les fruits de ce travail méthodique et patient furent communiqués aux chercheurs des Arts et Traditions Populaires, puis assemblées dans un livre qui, publié en 1906, valut à son auteur les Palmes académiques. » 

     

    Auverse – En 1798-1830, des bandes de malfaiteurs, sous la conduite de l’un d’eux qui s’intitulait leur chef, parcouraient dit-on les campagnes, terrorisant la population, pillant et maltraitant les fermiers, dont il violaient le domicile la nuit. En certains endroits on appelait ces bandits des « Brûleurs de pieds », et dans d’autres des « Chouans ». Le chef de la bande, qui opérait dans la partie orientale du Baugeois, était natif d’Auverse et portait le nom de Bruno ou Bruneau. Il fut tué sur le territoire de la commune de Genneteil, auprès de la ferme de Malvoisine, par le maire de la localité, un nommé Violette. » 

    En souvenir de ce fait, les habitants d’Auverse portent depuis le nom de « Chouans ». 

     

    Un Chouan tué à Genneteil.... 

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Ce fait divers a dû laisser des traces dans les registres d’état civil de Genneteil, d’Auverse ou de Noyant… Il devient alors très intéressant de connaître la vérité, sur ce qui est devenu une légende, où les Royalistes sont présentés par les républicains sous un très mauvais jour. Nous verrons que les assassins ne sont pas ceux que l’on croit.

    Le général Henry-René Bernard de la Frégeolière nous dit que l’un de ses officiers, un capitaine, nommé Bruneau de Noyant (et non pas d’Auverse) a été assassiné pendant les Cent Jours à Genneteil. Nous obtenons ainsi le nom de l’assassin, qui a priori, ne fera l’objet d’aucune poursuite.

    Violette, qui n’était pas maire de Genneteil, seulement un tisserand du bourg, mais s’agit-il de Violette ?

     

    Voici ce que raconte le général Bernard de la Frégeolière dans ses Mémoires à la page 237 :

     

    « Des officiers de M. de la Noüe durent se cacher, un capitaine fut arrêté, un autre, nommé Bruneau, assassiné dans les circonstances suivantes : 

    Irrité de voir les chefs royalistes échapper à ses colonnes, le sous-préfet Lofficial* eut recours à la corruption pour assouvir sa rage et gagna deux jeunes gens : il les envoya offrir leurs services au capitaine Bruneau, qui les reçut sans défiance. Ces jeunes gens se montraient très zélés et remplis d’égards pour leur chef. Huit jour après leur arrivée, en passant dans la commune de Genneteil, l’un d’eux, voyant le moment favorable, dit à Bruneau : 

    « Mon capitaine, vous avez l’air fatigué, donnez-moi votre carabine, je vais la porter. » 

    Le capitaine le remercie et ne lui donne son arme qu’après les plus vives instances ; le scélérat fait une centaine de pas, toujours à côté de lui, s’arrête, et le tire dans le dos à bout portant ! Le malheureux capitaine tombe mort. Le camarade de l’assassin s’empare de ses pistolets, et, après avoir retourné le cadavre, les décharge sur sa poitrine ; tous deux le lardent de coups de baïonnette, le laissent sur place, et vont recevoir des mains du sous-préfet le salaire promis. Celui-ci ne se contenta point de leur déclaration et voulu voir le mort : il les renvoya donc, accompagnés de la garde nationale, chercher la victime. Ils la chargèrent dans une charrette, sur le dos, la tête pendante, toutes ses blessures à découvert, et c’est dans cette position qu’il fut conduit chez le sous-préfet. 

    Une fois rassasié de la vue du cadavre, M. Lofficial voulut que la ville de Baugé le contemplât à son tour. Ces cannibales le promenèrent dans les grandes et petites rues aux cris « de Vive l’Empereur ! Mort aux Chouans ! » et lorsqu’ils en furent ennuyés, ils le prirent par les quatre membres et le jetèrent dans le cimetière par-dessus le mur. 

    Je dois dire à la louange des habitants, qu’ils eurent horreur d’un tel spectacle, que loin de partager la joie de Lofficial et de ses adhérents, ils s’enfermaient dans leurs maisons, maudissant l’auteur d’une pareille cruauté. Je dois dire encore que les deux assassins étaient domestiques chez M. Quincé, prêtre constitutionnel, qui avait autour de lui quatre enfants, fruits de ses débauches, et que c’est de ce renégat que s’est servi le sous-préfet pour faire commettre ce crime épouvantable. » 

     

    * Juge à Baugé sous le premier Empire, ce fougueux Bonapartiste fut décoré par le Gouvernement de Juillet. (Journal de Maine-et-Loire, 28 janvier 1835). 

     

    Le capitaine Louis-Joseph-Antoine Bruneau est né en 1776 à Noyant (registre manquant). Il est le fils d’un notaire royal, Louis Bruneau et de dame Anne-Louise Claveau. Célibataire, âgé de 39 ans, il fut tué près de la métairie de Malvoisine à Genneteil, sur le chemin de La Flèche à Noyant, le 12 juin 1815 à 11 heures du matin.

    Le maire de la commune s’est bien gardé de relater les causes de la mort de cet officier royaliste, ayant certainement reçu des ordres du sous-préfet Lofficial…

     

      « acte de décès n°5 – décès de Louis Joseph Antoine Bruneau. »

    « Le treizième jour de juin mil huit cent quinze sur les huit heures du matin.

    Par devant nous Joseph Baudry, maire et officier de l’état civil de la commune de Geneteil au deuxième arrondissement de Maine et Loire soussigné - 

    Sont comparus les Sieurs Julien Le Bouc, propriétaire, adjoint au maire et Guillaume Pierre Cullerier, cultivateur, non parents du défunt demeurant commune de Geneteil, lesquels nous ont déclarés que le jour d’hier sur les onze heures du matin dans cette commune est décédé le Sieur Louis Joseph Antoine Bruneau, garçon, né à Noyant, âgé d’environ trente neuf ans, fils de défunt Louis Bruneau et de Dame……… Claveau sa femme ; le défunt était domicilié de la commune de Noyant, et ont les déclarants avec nous signé le présent acte, après que lecture leur en a été faite. 

    Signé : Le Bouc – Cullerier – Baudry. » 

     

    C’est quand même un peu bref pour un assassinat, non ?

     

    Maintenant attardons-nous sur le prêtre constitutionnel Quincé et ses deux domestiques devenus assassins...

    Dans le secteur de Baugé, en 1815, il n’existe qu’un seul prêtre constitutionnel, il s’agit d’Urbain Quincé, domicilié rue Saint-Jacques à La Flèche, s’agit-il du débauché dont nous parle Bernard de la Frégeolière ? Peut-être ? Mes recherches n’ont apporté aucune preuve de sa culpabilité.

     

    Urbain Quincé est né à Clefs près de Baugé, le 29 juin 1754, d’un père meunier, Urbain Quincé, et de Marguerite Chevreux. Voici ce que nous disent les archives Diocésaines sur ce prêtre renégat.

    « - Vicaire de Parçay sous Rillé du 19 mai 1781 au 18 octobre 1784. 

    - Vicaire de Gizeux du 9 mars 1785 au 26 mai 1786. 

    - Chapelain à Gizeux où il était titulaire des chapelles St Martin et St René. 

    - Vicaire à Seiches le 29 juin 1790. 

    - Sermenté le 30 janvier 1791 et eut des démêlés avec son curé, ce qui força ce 

      dernier P.R Lhéritier à prêter serment. 

    - Nommé curé constitutionnel de Tiercé, il signe son premier acte le 3 avril 

      1791. 

    - Le 25 octobre 1792, il fut élu officier public de Tiercé. Il exerça cette fonction 

      jusqu’au 6 Frimaire an III. 26 novembre 1794. 

    - Abdiqua ses fonctions de prêtre (Arch nationales F19 875). 

    - En juin 1795 à la Flèche où il n’exerce pas le culte. 

    - Le 4 Ventôse an V – 22 février 1797, il demeurait rue de la République à la Flèche, et il déclare un décès.

    - A la Flèche avec une pension de curé en 1817. 

    - Enquête : Sarthe 1802 – La Flèche - Quincé, instituteur volontaire, des talents, sage, de bonne meurs – on ignore s’il est dans l’intention de reprendre du service. » 

     

    « Sage et de bonnes mœurs », ce n’est pas l’écho que nous en avons de Bernard de la Frégéolière, qui nous parle d’un luxurieux, père de quatre enfants fruits de ses débauches.

    Urbain Quincé décède à La Flèche le 29 novembre 1836 (vue n°164/411) dans sa 83ème année, il est dit propriétaire. Son héritière fut sa « domestique », Marie Duffay, Defay ou Buffay (Table des successions et absences).

     

    Nous n’avons pu identifier ses deux domestiques de 1815, les recensements ayant été détruits conformément à la loi de l’époque.

     

    « Acte de décès n°148 -décès de Urbain Quincé âgé de 83 ans. » 

    « L’an 1836, le 9 novembre à une heure de l’après midi. Par devant nous Joseph Papigny, premier adjoint au maire, remplissant les fonctions d’officier de l’état civil de la commune de la Flèche, département de la Sarthe. Ont comparus les Sieurs François Aubinet, perruquier, âgé de cinquante deux ans et Victor Jus, rentier, âgé de soixante six ans, tous deux domiciliés à la Flèche. Lesquels nous ont déclaré que Urbain Quincé, propriétaire, domicilié en cette ville, né à Clefs (Maine et Loire) âgé de quatre vingt trois ans, fils de feus Urbain Quincé et de Marguerite Chevreux son épouse, est décédé ce jourd’hui à huit heures du matin en sa maison sise rue Saint Jacques. Et ont les comparants après lecture, signé le présent acte avec nous.  

    Signé : Papigny, Auvinet, Jus. » 

     

    Nous allions oublier Violette : Charles Vigor-Violette-de-Boisroger est né à Genneteil le 4 avril 1767, il se marie le 7 janvier 1794 avec Marie Baulin et exerce la profession de tisserand au bourg de Genneteil. Il n’a jamais été maire et décède dans cette même commune le 15 janvier 1843.  

    En 1815 il est donc marié, âgé de 48 ans, et père de famille, il n’est pas domestique chez le prêtre constitutionnel M. Quincé. Mis hors de cause par le témoignage du général Bernard de la Frégeolière, qui désigne les deux jeunes domestiques de Quincé.

    Les légendes ne livrent pas toujours le vrai nom des assassins.

     

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

     

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales du Maine-et-Loire, tous droits réservés- Registres paroissiaux et d’état civil de Genneteil, Noyant, Auverse.

    . Archives Départementales du Maine-et-Loire, tous droits réservés- Cadastre Napoléonien  de 1837 - 3P4/156/16 Genneteil D2 de Parnay et tableau d’assemblage 3P4/156/1 Genneteil. La métairie de Malvoisine. 

    . Archives Départementales de la Sarthe, tous droits réservés - Registres d’état civil de La Flèche - table des succession et absences vue 122/150. 

    . Archives Diocésaines – Diocèse d’Angers. 

    . C.Fraysse - LE FOLK-LORE du Baugeois -Recueil de Légendes, Traditions, Croyances et Superstitions Populaires. - Imprimerie Baugeoise R.Dangin – 14 bis rue Lofficial, Baugé (M-et L)- 1906. page 66. 

    . Mémoires du Général Bernard de la Frégeolière – Emigration Chouannerie – Librairie des Bibliophiles, Rue Saint Honoré PARIS – M DCCC LXXXI- pages 127, pages 237, 238, 239, pour les circonstances de l’assassinat.   

    . Photo de l’auteur: Eglise Saint-Martin-de-Tours de Genneteil XIIe siècle – la métairie de Malvoisine, les lieux de l’assassinat. 

                                         

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Combrand : Le crâne du général Marigny

     

     

    Né à Luçon le 2 novembre 1754, Gaspard de Bernard de Marigny fut le commandant de l’artillerie de l’Armée Catholique et Royale en 1793. Après la défaite de Cholet le 17 octobre, il suivit la foule de Vendéens qui s’engageait outre-Loire, espérant un appui de la part des Anglais et des Chouans du Maine et de Bretagne. La bataille de Savenay du 23 décembre mit fin à cette triste aventure et ce n’est qu’à la mi-mars 1794 qu’il put revenir dans le pays cerizéen pour combattre les colonnes infernales du général républicain Turreau, entouré des paysans qui l’adulaient. Malheureusement, suite au serment de la Boulaye le 22 avril 1794, Marigny manqua de se réunir à Stofflet, Charette et Sapinaud de la Rairie pour aller combattre les républicains, en Anjou du côté de Saint-Florent-le-Vieil deux jours plus tard. Arrivé en retard, il se brouilla avec Stofflet et rentra du côté de Cerizay sans avoir participé au combat. Les Vendéens gagnèrent cependant la bataille mais sans en tirer l’avantage qu’aurait pu leur procurer la présence des troupes de Marigny.

    Il fut donc condamné à mort par les gens de son propre camp. Malade, il se trouvait en repos au château de la Girardière à Combrand lorsque le 10 juillet, des chasseurs de Stofflet se présentent pour l’arrêter. On le fait sortir par la porte de la cuisine du château. Il est fusillé soit dans le dos, soit en ayant présenté sa poitrine et commandé lui-même le tir selon les versions. Le propriétaire du château, M. Serin de la Cordinière, prit l’un de ses plus beaux draps pour servir de linceul à celui qui était son ami. En 1844, le neveu de Marigny, Augustin de Mont de Benque, fit élever sur sa tombe un monument en forme de pyramide que l’on retrouve dans le cimetière actuel de Combrand. Cependant, cette tombe se trouvait à l’origine dans l’ancien cimetière qui fut transféré à l’emplacement que l’on connaît en 1904. Lors du transfert des ossements, le 29 novembre, on découvrit, en présence du député de l’arrondissement, M. Savary de Beauregard, que la tombe contenait plusieurs squelettes dont celui de M. Serin de la Cordinière et un autre dont le crâne était perforé d’une balle. Ce dernier ne pouvait être que celui de Marigny, qui ne fut pas tué tout de suite mais achevé à coup de pistolet. On doit cette information au témoignage d’Elie Tricot, adjoint au maire de l’époque, rapporté par son gendre, M. Verdon. Le bulletin municipal de Combrand de l’année 1989 rapporte ces détails sous la plume de monsieur Gérard Gaborit, ancien maire.

    RL

    Octobre 2020

    Article également transmis au Courrier de l’Ouest

     

         Croix du Souvenir Vendéen à la Girardière :

    Le crâne de Marigny....

     

           Tombe du général Marigny dans le cimetière de Combrand :

    Le crâne de Marigny....

     

     

     


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    16 octobre 1793... 

     

     

     

    16 octobre....Le 16 octobre 1793, il y a 227 ans, la reine Marie-Antoinette qui n’était plus que la « veuve Capet » gravissait les marches de l’échafaud pour être guillotinée à l’âge de trente huit ans ; le sang de la Reine va teinter les nuages...

     

    « Dès cinq heures, dans Paris on bat le rappel, les canons sont placés « aux endroits stratégiques ». A sept heures toutes les troupes sont sur pied, des patrouilles sillonnent les rues. Le jour est à peine levé lorsque Rosalie entre dans le cachot de la condamnée. Les deux bougies achèvent de se consumer. 

    Un jeune officier de gendarmerie se tient dans l’angle gauche de la pièce. Ce n’est plus Busne. Il vient d’être arrêté, sur la dénonciation de l’un de ses hommes qui l’a vu offrir un verre d’eau à la Reine et la raccompagner chapeau bas…. » 

     

    16 octobre....

    Commencement des malheurs de la France….

     

    Sources : 

     

    . Marie-Antoinette d’André Castelot juillet 1993 imprimerie Hérissey à Evreux (Eure). Pages 546, 547.

    . Photo de l’auteur :  Un soleil rouge d’octobre, le sang de la Reine teinte les nuages...

    . Guillotine : Le blogue de Maître Chat Lully.

     

                                                                    X. Paquereau pour Chemins Secrets


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