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    Stofflet et les deux attaques de Bressuire…

     

     

    Bressuire ne semble guère avoir porté chance aux républicains. Prise le 2 mai 1793 par les Vendéens, la ville devait être exceptée de l’incendie général par Turreau fin janvier 1794. Le 14 mars 1794, Grignon la brûlera pourtant, ne laissant dit-on que deux maisons debout. Le nombre d’habitants passa ainsi de 1 957 habitants en 1792 à 630 en 1800. Le 24 février 1794, Stofflet, en guerre contre les colonnes infernales, arrive de Cerizay, pris deux jours plus tôt et fond sur Bressuire. Les bleus survivants, terrorisés, s’enfuient vers Parthenay, Thouars et Airvault. A suivre, ce qu’en disent les correspondances républicaines trouvées aux archives militaires.

    Le 5 février 1794, Augé est déjà inquiet (1) :

     

    « Camp volant de Bressuire à St Maixent.

    Armée de l’Ouest

    Au nom de la République française une et indivisible

    Au quartier de Bresuire le 17ème pluviôse l’an 2e de la République française.

     

    Augé commandant la place de Bressuire au citoyen Bourgeois commandant la place des Sorinières d’après le conseil de guerre tenu à son bureau.

    Citoyen commandant

    Je te prie de me faire passer au vîte cinq a six cents hommes : trois divisions ennemies manifestant par leurs manœuvres une attaque prochaine pour la place que je commande, ont déjà repoussé plusieurs détachements dont un a Cerizé (Cerizay), l’autre à Courlay. Il ne cessent journellement d’égorger les habitants chés eux ; on évalue la force de la 1ère division qui est du côté de la forest en Chanmemerle ( la forêt de Chantemerle près de Moncoutant) à trois cents. Celle de Cerisé a deux cent cinquante, trois ou quatre pelotons maneuvrant pour nous inquiéter pendant qu’ils forment leur plan d’attaque, son évalué de 70 a 80 hommes. Je fais de tems à autre marcher sur ces petits pelotons mais tu peux penser qu’elle est ma servitude, n’ayant que deux cens hommes, et la plupart mal armés ; a qui il est joint environ cent cinquante bourgeois compris la cavalerie. Je n’ignore pas que tu prendra en considération la demande que je te fais et que n’épargnera rien pour la sureté de la chose publique.

    Nous sommes tes frères d’armes.

    Les membres du conseil de guerre ainsi signé a l’original Augé commandant de la place. Degravier capitaine, Rasteau capitaine, Daniel capitaine.

    (1°S) Je t’observerai que j’avais envoyé une ordonnance a Cholet pour y réclamer des troupes, n’étant pas de retour.  J’ai cru par mesure de salut public ne pas retarder plus longtems par les dangers que menassent cette place ; nous comptons sur ton zèle pour nous envoyer les troupes que nous te réclamons et qui nous sont de la dernière nécéssité pour opposer resistance a nos ennemis.

    Ainsi signé a l’original Augé commandant de la place, Rasteau capitaine, Degravier capitaine, Daniel capitaine.

    Pour copie conforme

    Bourgeois

    Vu l’urgence des cas, le représentant du peuple dans le département de la Vienne autorise le commandant de la place de Poitiers a faire partir le nombre d’hommes demandé autant que possible, en se concertant avec les corps administratifs et les différents chefs de chaque corps.

    A Poitiers 18 pluviose an second de la République française une et indivisible et le 1er de la mort du tiran./. (la minute est signée Ingrand) 1.

    Pour copie conforme

    Illisible

    Secrétaire

     

    Toujours Augé,  le 6 février 1794. Il s’inquiète de son manque d’hommes à Bressuire et annonce l’attaque de la garde nationale de Moncoutant dont nous avions déjà parlé ici  (2) :   

     

    « Augé, commandant la place de Bressuire, au général Commaire. (Bressuire.)

    Ma position devient de plus en plus alarmante. Je viens d’apprendre qu’un rassemblement de brigands avait attaqué et intercepté, près du bourg de Courlay, la garde nationale de Moncoutant, qui escortait une dixaine de voitures chargées de grains et de fourrages. Plusieurs de ces braves gens ont péri. Ma garnison est composée en tout de quatre cent cinquante hommes, tant de détachemens que de bourgois , et j’ai huit postes à garder. J’ai recours à toi pour m’aider dans cette circonstance. Calcule mes besoins et envoie-moi du secours. »

     

    Même chose trouvée aux archives de Vincennes (3) :

     

    « Position de Bressuire

    18 pluviose

    An 2

     

    Mention en marge :

    Extrait d’une lettre du général Augé envoyée par les général Commaire le 18 pluviose.

    Augé, général de division

     

    Le général Augé ayant appris qu’un rassemblement de brigands avoit pris un convoi, près du bourg de Courlay, a fait de suite monter à cheval quarante hommes qui sont partis pour se réunir aux communes patriotes ; il n’a pu faire mieux sans compromettre la place qui lui est confié. Il a fait doubler les postes à l’instant même et fait mettre en surveillance le reste de sa petite garnison. Elle est composée en total de 350 450 hommes tant de dêtachement que de bourgois, et il a 8 postes à garder. Il demande du renfort au général Commaire. »

     

    Vue de Bressuire et de ses remparts par Thomas Drake en 1856 (Album Vendéen, Drake et Lemarchand) :

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

     

    La prise de Bressuire par les Vendéens aura lieu le 24 février 1794 et c’est ainsi que Duval annonce la mauvaise nouvelle aux représentants du peuple à Rochefort (4) :

     

     « Armée de l’Ouest

    A nom de la République française

    Etat-major général

    Le 7e jour  de la 1ère décade du 6e mois  l’an 2e de la République française (25 février 1794)

    Le général de brigade Duval aux représentans du peuple, à Rochefort

    Par ma dernière lettre, je vous donnais avis, citoyens représentans, qu’il s’étoit reporté des troupes sur Bressuire afin d’en enlever les grains qu’on y avoit laissés emmagasinés. Le district de Parthenay m’annonce qu’une colonne de brigands s’y est portée hier 6 ventos, qu’il y a éxisté deux attaques à différentes heures, qu’immédiatement on a évacué cette place, en y laissant seulement trois cents hommes pour protéger le reste des grains qu’on n’avoit pu enlever ; ce que voyant, les brigands a à heures du soir le même jour sont entrés dans Bressuire sur différens points et ont massacrés tout ce qui y étoit. Je vous avoue sincèrement qu’il m’est impossible de rien comprendre à pareilles maneuvres ; en effet, si le général divisionnaire qui commande par là, n’a pas cru que la colonne qu’il avoit envoyée à Bressuire pour enlever les grains, fut capable de résister au parti-brigand qui s’y étoit déjà porté, et qui pouvoit s’y porter en plus grand nombre ; pourquoi y avoir laissé trois cents hommes exposés à toute la fureur brigandine ?

    Citoyens représentans, voila deux évacuations subites de cette place, qui me paroissent incompréhensibles. La première s’est faite sans avoir vû l’ennemi, et sans avoir ôté les magasins, et les brigands n’y ont paru qu’au moment où l’on s’est présenté pour les enlever, c’est-a-dire, au moins dix jours après l’évacuation ; on finit par y laisser trois cents hommes, et ils sont victimés.

    Dès le moment de la première apparition de tous ces partis-brigands, ainsi que je vous en donnois avis, j’instruisis le général en chef, je lui dépeignis la situation de tout le pays découvert, je m’efforcai de lui faire envisager qu’il étoit a craindre que les brigands ne fissent une pointe pour sortir d’un affreux climat où il n’existoit plus pour eux ni toits ni fours, ni moulins, tout ayant été la proie des flammes, ce qui me faisoit craindre qu’ils ne sortissent forcément des déserts de la Vendée, pour entrer dans de nouvaux climats y porter le feu et la désolation. Fort de cette opinion, je priai, je sollicitai le général en chef d’établir des forces respectables sur tous les points militaires situés au midi de la Vendée, et qui ont été les seuls exceptés de l’incendie générale.

    Mes réclamations on été vaines, et ma lettre est restée sans réponse, ainsi qu’une infinité d’autres et qui suivant moi, n’intéressent pas moins la République. Peut-être ne sont elles pas parvenues au général, c’est ce que j’ignore. J’ai fait assembler hier les braves communes dont je vous déja parlé, j’y ai joint deux cents hommes des trois cents formant la garnison de Parthenay avec cinquante chevaux ; cette colonne sera d’environ huit cents hommes ; voila avec qu’elle force je fais attaquer un parti de brigands qui a déjà paru très considérable et qui s’augmente chaque jour. Je ne doute nullement de la valeur de ces braves habitans. Que ne feroient-ils pas, vû ce qu’ils ont déjà fait, si j’avois des troupes pour grossir leur nombre, c’est ce que je n’ai jamais pu obtenir, et c’est ce que je ne pourrai jamais comprendre.

    Il y a trois jours que la plus petite de ces communes vient de donner un nouvel exemple bien frappant de sa valeur. Un détachemen de brigands s’étant porté sur une maison un peu détachée de l’endroit y a massacré les propriétaires, les habitans toujours surveillans n’ayant d’autres armés que des fourches et des haches, n’en ont pas moins eu la noble audace de courir sur leurs ennemis et d’en tuer soixante.

    Je viens d’écrire à Bournet pour lui demander un demi bataillon, s’il ne peut me l’envoyer tout entier. Je l’établirai à Parthenay pour le joindre au besoin aux braves habitans dont j’ai tant de plaisir a vous entretenir et si je ne parviens a empêcher la trouée sur laquelle je crois mon opinion fondée, je n’aurai rien a me reprocher. Mon activité et ma surveillance, j’ose le dire, depuis longtems ne dorment pas. Il y a assés de tems que j’expose mes craintes. Fasse le Dieu de la liberté, qu’elles ne se réalisent jamais.

    Salut et fraternité

    Signé Duval

    Pour copie conforme

    Demanget, secrétaire de la commission. »

     

     

    Le même jour Duval «écrit à Bournet (5) :

     

    « Armée de l’Ouest

    République française

    Au nom de la république française

    Le 7e jour de la 1ère décades du 6ème mois de l’an 2e de la république française une et indivisible

    Le général de brigade Duval à Bournet général de brigade commandant la 12ème division

    En réponse à mes lettres concernant les incursions que les brigands font du côté de la Chapelle St Laurent, les représentans m’instruisent qu’en cas de besoisn, tu me fera passer des secours. Par ta lettre tu me fait la même offre en m’observant qu’il faut entre nous la corréspondance la plus active, je ne manquerai surement pas à t’instruire de tout ce qui parviendra a ma connoissance et je commence à l’instant.

    Les autorités de Partenay m’annoncent que les troupes envoyées à Bressuire pour en enlever les grains immenses qu’on y avoit laissé en avacuant, ont été attaquée hier 6 ventose par deux différents forces et que la troupe a encore évacué une seconde fois, a cela près de 300 hommes qu’on y a laissé, pour garder diton, le reste des grains. A 4 heures du soir l’ennemi voyant le peu de force à Bressuire y est entré et a égorgé nos frères. Mon ami, je me perd dans toutes ces manœuvres, elles sont horribles. Qui les commande ! je n’en sçai rien, Bressuire est sous le commandement du général divisionnaire.

    Je vais encore une troisième fois faire une tentative, fasses le Dieu de la liberté que je réussisse aussi bien que les premières. Je joint 200 hommes de la garnison de Partenay, composée de 300 a 600 braves habitans des communes limitrophes à celle de Larjasse (Largeasse) pour fondre sur ces monstres. Voila tout ce qui est en mon pouvoir, voila avec qu’elle force j’ai détruit en deux mois, près de deux mille monstres. On ne vit jamais plus grand courage que celui des habitans. Il y a trois jours, la plus petite de ces communes (le village de Trayes selon moi) armée seulement de fourches et de haches a eu la belle audace de tomber sur un parti brigand armée de fusils et en à tué 60. Jugés de ce qu’elles fervient (sic), pour ce qu’elles ont fait, si elles étoient soutenues ainsi, mon ami, au nom du Dieu qui nous aime tous deux, de la liberté, fait moi passer quélque peu de force, ne fut ce qu’un demi bataillon, si tu ne peut mieux faire et pourvû qu’il soit bon, je te promet de faire humainement, tout ce qu’il est possible de faire pour empecher la pointe qu’a coup sur les brigands tentent de faire. La Vendée ne leur offre plus les moyens d’exister. Plus d’habitations, plus de fours, plus de moulins, concluons donc qu’ils sont obligés de changer de climat alors la désolation dt l’épouvante se mettra par tout. Qui sait encore si de nouveaux monstres cachés n’attendent pas cette trouée pour se joindre aux restes impure de l’éxécrable Vendée ! Je ne suis pas visionaire, mais en bon républicain je dois tout perser dans une juste distance et il est de fait si visible, que les révoquer en doute, serait l’ouvrage d’un aveugle.

    Dans la première évacuation de Bressuire j’instrusis le général en chef, je lui dépeignis la situation du paï découvert qui je voyoi sous mes yeux, qu’il ne pouvoit voir. J’implorai sa sollicitude pour qu’il y fit passer des troupes. Ma lettre est demeurée sans réponse.

    J’attend la tienne.

    Salut et fraternité

    Signé Duval.

    Pour copie conforme, le général de brigade commandant la 12ème division militaire

    Signé Bournet./ »

     

    Du point de vue Vendéen, Louis Monnier nous oppose une très intéressante version, qui fourmille de détails (6) :

    « … De là nous allâmes à Bressuire, (Louis Monnier arrive des Herbiers et de Saint-Michel-Mont-Mercure) où il y avait une forte ganison, composée surtout d’une nombreuse cavalerie, et de 1.000 hommes d’infanterie. Chaque soldat avait à peine six coups à tirer. Les bleus ne nous attendaient point ; ils étaient dans la plus grande sécurité. Ces cavaliers avaient des manteaux blancs. Nous les aperçûmes dans un grand champ, à côté de la grande route, ils passaient la revue de leur chef. Le général, qui avait disposé l’armée pour cerner la ville, me donna la droite à commander, il prit la gauche, arriva près de cette cavalerie et fit sur elle une décharge à cinquante pas. Ils rentrèrent promptement dans la ville. Le général sabra lui-même la sentinelle qui était à la porte de la ville, elle crut heureusement que c’est un des siens. Notre colonne entra pêle-mêle. J’étais alors à l’autre extrémité de la ville ; en entrant j’aperçus, dans une grande rue, une foule de bleus qui se sauvaient. Le feu commença et fut vif. Le général qui les poursuivaient dans toutes les rues ne faisait point de quartier ainsi que ses soldats. Les bleus, au nombre de 300, cherchèrent, pour un instant, leur salut dans l’église, en fermèrent les portes et s’y crurent en sûreté. Ce n’était  pas une guerre ce jour-là, c’était un massacre ; les rues étaient jonchées de morts. Ceux qui se sauvèrent hors la ville, furent tués par les paysans du pays, de sorte que cette garnison fut détruite. Les bons chevaux qui restèrent, montèrent nos cavaliers qui en avaient besoin. On revint à l’église. Nous pensions que du clocher qui est extrêmement élevé (il fait 56 mètres), ils nous auraient visés par les ouvertures. On commença par percer des trous dans la grande porte. On ne leur demanda point de se rendre ; d’ailleurs on ne faisait plus de prisonniers. Ils étaient tous dans le chœur de l’église. Les autres portes furent trouées également, et on fit feu pendant près d’une demi-heure. Il y en eut qui pour se préserver, se mettaient le long des murs, mais par les autres portes nous voyions clairement chaque côté de l’église. A la fin, on défonça la grande porte et on entra dans l’église où le sang coula à ruisseler. Plusieurs, pour se sauver se mirent parmi les morts, mais nos soldats, qui fouillèrent, n’en laissèrent pas échapper un seul. Nos soldats, qui n’avaient plus de cartouches, s’en munirent ainsi que de bons fusils. Nous restâmes deux jours à Bressuire pour nous reposer. Je me promenai dans une rue avec des nos officiers ; une vieille femme qui était à la porte d’une maison d’assez belle apparence, crut que nous allions la tuer ; elle me dit : « Ah mes bons amis, ne me faites point de mal, je vais vous dire quelque chose. Venez avec moi. » Nous armâmes nos fusils et nous entrâmes dans la maison. Après cela, elle me dit : « Tenez, ôtez cette armoire ; il y a une porte derrière, vous allez trouver de grandes caisses ; je ne sais pas ce qu’il y a dedans. » C’était une cave, où il y avait d’excellent vin rouge en bouteille. La cave était noire, la femme nous donna de la lumière. Nous vîmes cinq caisses, dont chacune contenait plus de 200 cartouches. Je dis à mes officiers : « Restez-là, je vais aller en rendre compte au général. » Le général, qui était à déjeuner, me dit : « Vous n’en prenez pas votre part ? Je vous ai attendu longtemps. Je me suis mis à manger, pour aller ensuite passer l’armée en revue, et partir. » Je lui dis : « Nous avons eu une belle affaire hier. Mais ce que nous avons pris à l’ennemi sur le champ de bataille ne vaut pas ce que je viens de découvrir et qui nous fera faire d’autres victimes. Grâce au courage de nos soldats, j’espère bien que nous rentrerons dans notre pays. » J’engageai le général à venir voir ma découverte, sans lui dire positivement ce que c’était. Il y vint, et jamais il ne fut plus content que cette trouvaille de 1.200 cartouches. Il donna un louis d’or à cette femme. L’armée se mit en marche sur Saint-Clémentin, près d’Argenton-Château, où il y avait 2.400 bleus qui ramassaient les grains du pays et qui en remplissaient l’église que nous trouvâmes comble. »...

     

    Même si Stofflet et Monnier sont partis, Carpentier écrit à Huché le 28 février 1794 la missive suivante (7) :

     

    « Le général Carpentier, au général Huché. (Doué.)

    Les brigands sont encore actuellement à Bressuire et à Argenton. Une patrouille m’apprend qu’à Argenton, ils chargent des voitures et qu’ils ont mis le feu aux magasins de fourrages. Je présume qu’ils vont prendre la route des Aubiers pour aller déposer leurs richesses dans la forêt de Vezin.

    Je suis réduit à douze cents hommes, dont quatre cents sont partis au secours de Thouars menacé et trois cents à Vihiers : ainsi je peux marcher sur les birgands. Je te renouvelle la demande de mes bataillons.

    Demain partira pour Chollet un convoi de trente et quelques pièces d’eau-de-vie et quinze voitures de farine, escorté par quinze cents hommes. Je t’invite à donner connaissance de ces détails au général en chef. »

     

    Ainsi donc se déroula la prise de Bressuire un mois après le premier passage de la colonne infernale de Grignon.

    Une partie du bourg de Bressuire sur la section Notre-Dame du cadastre de 1811 ( AD79, 3 P 41/3). Les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine :

     

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

     

    Le château sur la section Saint-Jean (Ibid, 3 P 41/4) :

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

    Section Saint-Jacques (ibid, 3 P 41/5). On se fait une idée de l’état de ruine de la ville, 17 ans après les incendies :

    Stofflet et les deux attaques de Bressuire....

    Pour autant les aventures de la petite ville ne s’arrêtent pas là, car Stofflet remettra le couvert deux ans plus tard, le 3 février 1796. Informé que Piet de Beaurepaire est parvenu à rassembler une bande de paysans aux alentours des Aubiers, il le rejoint et s’empare une nouvelle fois de Bressuire. Les bleus sont écrasés dans leurs retranchements et abandonnent la porte Labâte aux Vendéens. Les survivants se réfugient dans le château tandis que les Vendéens ramassent encore un important butin. Les républicains du château ne sont pas inquiétés et Stofflet préfère attaquer un convoi de vivres et de munitions, mené par une quarantaine d’hommes sur la route de Châtillon-sur-Sèvre. Les bleus, affolés et désespérés, poussent de grands cris en direction de Bressuire, pensant rameuter la garnison à leur secours. Peine perdue, il est trop tard…

    Goupilleau de Montaigu s’émeut de cette défaite au Directoire le 16 février dans une longue lettre où il s’insurge contre la politique de Hoche qui rallume la guerre civile et rappelle que « Stofflet, dont les mécontents viennent de tous côtés grossir l’armée, s’empare de Bressuire. » (8) Le soir même, Stofflet couche à Voultegon.

    Il y a tant de choses à raconter encore sur nos petits coins du Nord-Deux-Sèvres, ce sera pour une autre fois…

    RL

    Juin 2018

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/8-35, v. 8 et 9/9.

    (2)  Savary, tome III, p. 156.

    (3)  SHD B 5/8-36, v. 1 et 2, bulletin analytique compris.

    (4)  SHD B 5/8-62, v. 6 à 8/14, bulletin analytique compris.

    (5)  SHD B 5/8-62, v. 9 à 11/14, bulletin analytique compris.

    (6) Mémoires de Louis Monnier, annotés par l’abbé Deniau, Germain et Grassin, Angers, 1896, p. 73 et 74.

    (7)  Savary tome III, p. 235 et 236.

    (8)  SHD B 5/35-36, v. 14/16.

     

     


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    Sainte-Gemme-les-Bruyères, nuit du 10 au 11 Frimaire de l'an 6, 

    brigandage où règlement de comptes ? 

     

                                      

     

    L'attaque du Moulin Chaigneau....Vendée, année 1797 : Une paix très relative revient en Vendée n'excluant pas quelques petits règlements de comptes envers les ''Patauds'', qui le méritent bien à cause de leurs crimes et de leur mauvaise foi.

    Animés par un esprit de vengeance et de rancune, les Républicains du canton de Saint Fulgent, à titre d'exemple, demandent au Directoire Exécutif de purger l'administration : « Des hommes livrés à tous les débordements du plus insensé fanatisme, à des hommes rampans sous les nobles, les amis, les valets, les fauteurs, les receleurs des émigrés, à des hommes qui à peine viennent de déposer les armes avec lesquelles ils ont répandu le sang Républicain dont leurs mains dégoûtent encore* ; à des hommes qui se glorifient d'avoir été membres des comités d'insurrection, commandant en chef ou en sous ordre des hordes de Brigands ; à des hommes qui usent de leur autorité constitutionnelle pour favoriser l'armement de leurs cy-devant chefs et autres ; à des hommes qui furent et sont encore les agents, les partisans prononcés, les amis, les déffenseurs zélés des prêtres provocateurs à la guerre civile et à la contre-Révolution... »  

    (AN.F7.3695/1-37 vue 5/9- St Fulgent 14 septembre 1797-13 octobre 1797)

     

    * La désinformation républicaine est déjà en marche... Les Bleus de Saint-Fulgent semblent déjà avoir oublié les crimes et le sang répandu par les Colonnes Infernales, dont ''les mains de leurs soldats dégoûtent encore...''

     

    Cette attitude n'est pas faite pour calmer les esprits, bien au contraire, et bientôt les autorités républicaines commencent à déceler un mauvais état d'esprit, surtout dans les cantons de la Flocellière, la Garnache et Challans.

    Des Brigands parcourent le département, enlèvent des chevaux, des armes et pillent les maisons des patriotes. C'est dans cette atmosphère que le moulin Chaigneau à Sainte-Gemme-les-Bruyères est visité par les Royalistes dans la nuit du 10 au 11 frimaire de l'an 6 (nuit du 30.11.1797 au 1.12.1797).

    Il n'y a pas eu assassinat, mais seulement un ''ligotage'' en règle de dix personnes et un vol de deux chevaux et de divers objets.

     

    Le moulin Chaigneau est habité par François Mallard, meunier-farinier, propriétaire et certainement patriote. François Mallard est né le 22 février 1738 à Saint-Martin-des-Fontaines. Il est le fils Jean Mallard et de Anne Gourmaud. Il s'est marié le 25 novembre 1766 à Sainte Gemme avec Marie Liaigre ; puis, le 3 avril 1781 toujours à Sainte-Gemme avec Marie Poupin. Comme nous le verrons par la suite, le moulin est habité par une dizaine de personnes.

    L'attaque du Moulin Chaigneau....

    Voici la lettre du Commissaire du Directoire du canton de Mouilleron rapportant les faits :

     

    « Copie d'une lettre du Commissaire du Directoire exécutif près l'Administration municipale du canton de Mouilleron à celui près l'Administration Centrale de la Vendée du 11 frimaire. 

     

    '' Depuis deux ans que j'exerce mes fonctions dans le canton, je n'avois pas eu la douleur de vous annoncer aucun vol ni assassinat qui s'y fussent commis. Mais la nuit dernière sur les minuits, plusieurs individus se sont portés au moulin Chaigneau commune de Sainte Gemme, où après avoir enfoncé la porte de la maison où ils ont assailli et maltraité le Citoyen Mallard farinier ainsi que son épouse, ils ont eu la précaution de lier les pieds et les mains à tous ceux qui étoient dans la maison au nombre de dix, et après leur avoir couvert la tête, ils ont pris et volé tout ce qui leur faisoit plaisir, et notamment deux chevaux équipés ; J'en ai été prévenu sur les trois heures du matin par les voisins du dit Mallard qui sont accourus en foule demander de la force, j'ai de suite averti le juge de paix qui s'y est transporté pour constater le délit accompagné d'un détachement de la force armée, j'ai aussi été appelé comme officier de santé, mais lorsque nous avons été rendus il y avoit déjà longtemps que ces scélérats en étoient parti ; on a dans ce moment aucun indice qui puisse faire connaître les auteurs de ce crime, on a pas même pour vous dire quel nombre ils étoient ; quelques un d'eux étoient armés de pistolets et de sabres, il paraît qu'ils étaient tous montés, on ignore aussi quelle route ils ont pris. 

      Voilà encore une fois nos malheureuses campagnes dans l'alarme. Beaucoup de personnes demandent des armes, et la protection de la force armée et je crois bien que si l'on ne prend de promptes mesures pour ramasser ces bandits, il pourront faire de grands maux, d'autant mieux que la saison est favorable à leurs criminels projets ; Faites ce que vous croirés utile de ma lettre, mais je crois qu'il seroit nécessaire que l'on fit faire de fréquentes patrouilles à la gendarmerie dans nos campagnes, dussent t'elles ne produire d'autre bien que de rassurer les habitants effrayés.  

     

    Salut et Fraternité 

    signé Barrion. » 

     

    L'attaque du Moulin Chaigneau....

     

    Mais à Fontenay, on écrit au Ministre de l'Intérieur, en l'informant qu'il n'y a pas assez de gendarmes et que ceux-ci doivent être plus répressifs qu'ailleurs, ah bon ? ça doit être ça la Fraternité et l' Egalité ?

     

    Extrait de la lettre  du Commissaire du Directoire de Fontenay-le-Peuple au Ministre de l'Intérieur en date du 14 frimaire (vue n°6/8). Où l'on demande que :

     

    « 1° Que le corps de la Gendarmerie soit au complet.

    2° Que les quatre brigades qui ont été réformée soient rendues à leurs résidences, vous en pressentez toute l'utilité ; je vous prie citoyen Ministre, de prendre cet objet en considération : La Vendée plus qu'aucune autre partie de la République a besoin d'une police active et sévère, loin de diminuer les moyens d'exercer cette police en nous ôtant quatre brigades, il eût été plus sage et plus politique selon moy d'augmenter la gendarmerie  de deux ou trois nouvelles brigades.» 

     

    On le voit bien, il n'y a aucune volonté d'apaisement du côté républicain, la chape de plomb de la dictature républicaine s'abat sur la Vendée exangue. Par leur attitude, les autorités républicaines seront donc responsables du nouveau soulèvement de 1799...

     

     

    Sources:     

    1° Archives Nationales, tous droits réservés. - sous série F7 Police Générale – F7.3695,1-38 Vendée (1791-1799) - (AN.F7.3695/1-37 vue 5/9- St Fulgent, 14 septembre 1797-13 octobre 1797) 

    2°Cadastre de 1824 de Tallud- Sainte-Gemme, tableau assemblage les Moulins de Chaigneau – et section D2 du bourg 1824. 

    3°Photos de l'auteur. 

     

                                                  

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Juillet 1794, la colonne de Huché…

     

     

    Afin de compléter un peu l’étude de la colonne de Huché en juillet 1794, je vous propose la publication d’une lettre écrite par quatre républicains de Sainte-Cécile et des Essarts. Cette lettre fut publiée en son temps par l’historien Jacques Crétineau-Joly, qui l’avait reprise de Savary (1). En consultant l’original qui suit, vous pourrez comparer avec la version de Savary qui, nous le savons, n’avait pas le souci de l’exactitude comme priorité. D’autres plus près de nous ont fait de même et je me permets une nouvelle fois de marteler, que seule la consultation des sources originales peut permettre de comprendre les faits et ainsi ôter les doutes initiés par des littératures périmées. Ceci dit, je bavarde, mais vous pourrez également vous faire une idée du curieux parcours en boucle de la colonne sur une carte.

    Le 10 juillet, Ferrand reçoit l’ordre de Vimeux de fouiller la Forêt de Grasla où « l’on dit que Charrette fait fabriquer de la poudre et qu’il a du canon » (2). On connait son rapport et ses découvertes à Grasla et il serait un peu long de les rappeler ici  (3). Le 14, un plan est proposé par le représentant Bô. Huché prendra le commandement d’une colonne et aura Ferrand comme subordonné, ce dernier à la tête de 3 600 hommes. Nous sommes loin de la masse des 104 000 hommes du système de Turreau mais les faits valent le détour.

    Voici son rapport de cette sortie (4) :

     

    « Le général Huché, au représentant du peuple Bo. (Nantes.)

     

    Je m'empresse de te rendre le compte suivant de l'expédition que je viens de faire contre les brigands.

    Le 16, quatre colonnes ont été mises en mouvement, la première commandée par le général Ferrand, sous mes ordres, est sortie de Montaigu le 17, et a pris poste à Roche-Servière.

    La seconde, de la garnison de Machecoul, commandée par l'adjudant-général Aubertin, s'est rendue le 16 à Fréligné.

    La troisième, venant de Challans, commandée par l'adjudant-général Chadau, s'est réunie à celle de Machecoul à Fréligné.

    La quatrième, aux ordres de l'adjudant-général Levasseur, partie du camp de la Roullière, a fait sa jonction à Legé, le 17 à cinq heures du soir, avec les deux colonnes de Machecoul et de Challans.

    Le poste de Legé, occupé par les brigands, a été emporté par les colonnes d'Aubertin et de Chadau, et l'armée de Charette, évaluée à trois mille hommes, infanterie et cavalerie, a été attaquée à six heures du soir, à un quart de lieue de Legé, sur la gauche de la route de Palluau ; le combat a duré jusqu'à la nuit, et les brigands ont été mis en déroute, avec perte de soixante à quatre-vingts hommes restés sur le champ de bataille. Nous avons perdu de notre côté deux officiers, et nous avons eu quinze blessés.

    Le 18, la colonne de Ferrand et celles réunies à Legé ont marché sur la Besillière, où l'on croyait Charette établi. On n'y a rencontré aucune résistance. A deux heures après midi, la troupe de Legé est restée en observation pendant que la colonne de Ferrand se portait au grand et petit Luc.

    Le 19, je me suis dirigé avec Ferrand sur Belleville, en passant par Saint-Denis : les forges de Charette ont été détruites ; un repas splendide préparé au château de Boulogne, dans la forêt de Dompierre, des habits brodés et galonnés, des barriques de vin et d'eau-de-vie, voilà ce que nous avons trouvé.

    Le 20, nous avons pris position au moulin de Palluau. L'avant-garde a surpris au Poiré les brigands qui prenaient la fuite, abandonnant vingt-neuf voitures attelées de quatre boeufs, et chargées de blé, farines, armes de toute espèce, moules à balles, ballots contenant des effets en tout genre.

    Charette a pris la route de la Roche-sur-Yon. J'ai cessé de le poursuivre faute de vivres, et j'ai donné l'ordre aux trois colonnes de Machecoul, Challans et la Roullière de rentrer à leurs postes. J'ai en même temps ordonné à Ferrand d'aller bivouaquer aux landes de Bouaine, et de prendre poste le lendemain pour deux jours à Aigrefeuille. La colonne était suivie de cinq cents têtes de bestiaux superbes ; avec du soin, les agens de la commission civile auraient pu en enlever plus de quatre mille.

     

    Résumé. L'armée de Charette, forte d'environ trois mille hommes, mises deux fois en déroute ; vingt-neuf voitures prises ; châteaux, moulins,  fours, incendiés et détruits ; plus de trois cents individus des deux sexes trouvés çà et là, portant des preuves de conviction de leur brigandage, tués ; découverte faite par l'adjudant-général Content, aux environs de Saint-Philbert, d'un magasin de salpêtre gardé avec soin par les brigands qu'il a débusqués, détruit faute de voitures pour l'enlever (*). »

     

    (*) Savary écrit en note : « Le général Huché ne rendit aucun compte de cette expédition au général Vimeux. Sa conduite donna lieu à des plaintes graves. »

     

    La version de Ferrand est un peu plus modérée (5) :

     

    « Du 23 : le général Ferrand, au général Vimeux. (Luçon.)

     

    Le 17, la colonne partit de Montaigu à cinq heures du soir, sous les ordres du général Huché, passa par Vieille-Vigne, et arriva sur les dix heures à Roche-Servière. L’avant-garde rencontra à l’entrée du village une forte patrouille de brigands qui fut repoussée avec perte de huit hommes, et la colonne établit son bivouac à une lieue au delà.

    Le 18, elle se mit en marche à trois heures du matin, et arriva sur les cinq heures à la Besillière. Tout annonçait que les brigands en sortaient. Un homme très-malade, qui n’avait pu suivre, nous dit que Charrette en était parti la veille, et que sa troupe s’était retirée deux heures avant notre arrivée. Nous prîmes une position militaire. Les adjudans-généraux Chadau, Aubertin et Levasseur vinrent nous visiter, et nous apprirent qu’ils avaient eu la veille une affaire dans laquelle ils avaient battu Charette. De là, nous allâmes bivouaquer dans les plaines du Luc.

    Le 19, après avoir fait fouiller les villages du grand et du petit Luc, la colonne se porta sur Belleville, une des maisons de plaisance de Charrette, où tout nous prouva, ce que nous dirent plusieurs personnes, qu’une demi-heure avant notre arrivée les brigands y étaient encore en assez grand nombre. On y trouva eau-de-vie, pain, vin, viande, une pharmacie complète et beaucoup de linge. Nous visitâmes Saligny et Saint-Denis où l’on trouva plusieurs barriques d’eau-de-vie, des fosses remplies de cuir, quelques armes réparées et à réparer. La colonne se porta ensuite sur Boulogne dont le château fut fouillé sur-le-champ. Il renfermait des provisions immenses en tout genre, eau-de-vie et vin en barriques, quinze cents bouteilles de vin de Bordeaux et d’Espagne, quantité d’habits, vestes, linge de table et de lit, etc., et soixante matelas. On nous dit qu’il y avait un hôpital dans ce château. Notre bivouac fut établi à cinq cents toises de là.

    Le 20, après avoir fait fouiller les environs à une lieue et demie, la colonne se mit en marche à une heure après-midi, et se dirigea sur le Poiré. Nous en étions à près de cinq cents toises, lorsque nous eûmes connaissance d’une troupe de brigands qui suivaient la route de la Roche-sur-Yon. L’avant-garde se mit à leur poursuite, et sur deux cents dont pouvait être composée cette troupe, quatre-vingt-dix périrent : vingt voitures qu’ils escortaient restèrent en notre pouvoir. Chacune d’elles était attelée de quatre bœufs et chargée de blé. On y trouva dix-sept caisses en cuivre, quelques sabres, de mauvais fusils, quatre ou cinq quintaux de balles : quatre-vingts femmes et enfans étaient sur ces voitures. La colonne traversa  le Poiré, et arriva à minuit au moulin de Palluau où elle bivouaqua.

    Le 21, un convoi de pain, parti de Challans, était arrivé à quatre heures du matin, et la distribution en fut faite pour un jour. On en donna une livre à chaque femme et enfant pris sur les voitures ; on renvoya dans leurs foyers les femmes qui parurent le désirer, et cinq à six se rendirent à Challans avec le convoi.

    A cette époque, des douleurs très-aigües m’ont forcé, d’après les ordres du général Huché, à quitter la colonne dont j’ai remis le commandement à l’adjudant-général Spithal qui a dû aller bivouaquer à trois lieues de Palluau, pour se rendre le 22 au camp de la Roullière et y attendre de nouveaux ordres. Le général Huché est parti de suite pour Nantes. 

     

    Observations. Je pense que, politiquement, la guerre de la Vendée n’est plus d’aucun danger pour la république ; mais la nature du pays, les forêts, les haies qui le couvrent, tout me fait craindre qu’elle ne se prolonge encore long-temps, d’autant plus que les brigands, qui connaissent parfaitement tous les sentiers de ce labyrinthe, échapperont, tant qu’ils le voudront aux colonnes agissantes.

    Une grande partie des moulins qui avaient été brûlés dans l’intérieur du Bocage, est rétablie et en état de moudre. La récolte se faisait partout, elle est presque achevée. On bat le blé à mesure qu’on le récolte. "

     

    Voici donc enfin le document promis plus haut et qui annonce les excès auxquels s’est livrée la soldatesque républicaine (6) :

     

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

     

    « Copie d’une déclaration faite par les citoyens maires et officiers nationaux des communes de Cécile et des Essarts en date du 7 thermidor, envoyée aux Jacobins de Paris par les membres du Comité de Surveillance de la Société Populaire épurée de Fontenay le Peuple, département Vengé :

     

    7 thermidor  l’an deuxième de la République françoise une et indivisible.

     

    Société des amis de la liberté et de l’égalité,

    Séante aux ci-devants jacobins Saint-Honoré

    A Paris

     

    Nous soussignés Louis Motay maire de la commune de Cécile, Jacques Durand, Pierre Vinet officiers municipaux de la dite commune et Jacques Pinochon maire de la commune des Essarts et fournisseur des bois de construction pour la marine de la République ; sommes partis du camp du Pont Charon, en qualité de guides avec la colonne commandée par le général Ferrant, le 22 messidor a dix heures du soir (10 juillet 1794). Nous nous sommes portés a Cécile (Sainte-Cécile), nous avons trouvé au village du Pont Charrault un poste de Brigands d’environ 200 hommes, qui après peu de résistance prirent la fuite, une vingtaine ont été tués. Du pont Charraud, nous nous sommes portés aux Essarts ou nous n’avons trouvé personne, nous en sommes partis pour aller dans la lande de la Chauvinière, ou nous avons campé et passé la nuit.

    La Chauvinière, au Nord-Ouest des Essarts, sur le cadastre de 1825 (AD85, 3 P 084 AC 013) :

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le 24 nous nous sommes portés à Chauché, de la à la forêt de Grâla, ou nous avons trouvé différents ornements d’église, et plusieurs individus des deux sexes, dont deux nous ont déclaré que l’ex curé de Chavagne, et un autre inconnu célébroient habituellement la messe. Les personnes arrêtées ont été renvoyées après avoir reçu des proclamations avec invitation de rentrer dans l’ordre et de s’occuper de leurs travaux domestiques. De la foret de Grâla nous nous sommes portés sur les Brousis (les Brouzils) et de la dans les landes de Coprais ou nous avons bivouaqué la nuit entière.

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Les landes de Corprais sur le cadastre de 1838 des Brouzils (AD85, TA, 3 P 038 CE 001) :

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le 25 nous sommes passés à Georges (Saint-Georges de Montaigu), et de la a Montaigû, ou nous sommes resté trois jours.

    Le 28 a quatre heures du soir, nous sommes partis de Montaigu avec la colonne qui nous a paru passer aux ordres du général Huchet qui s’est placé a la tête de l’avant-garde. Nous nous sommes portés sur Vieille Vigne, et de la à Roche Servière. Nous avons remarqué sur notre passage une vingtaine d’individus des deux sexes pris a leur ouvrage, et tués sur le chemin, sans comprendre ceux que les tirailleurs tuoient a droite et a gauche au mépris des proclamations dont nous étions porteurs, et sans doute par les ordres du général Huchet, car ayant observé au général ferrant avec le quel nous étions partis du Pont Charon que la proclamation des agens de la commission d’agriculture et des arts invitoit a respecter les personnes qui n’étoient pas armées, et que celle du général en chef, en faisoit un devoir aux soldats, le général Ferrant nous avoit répondu que cela étoit vray, que nous avions du remarqué que la colonne s’étoit bien comportée tant qu’elle avoit été sous ses ordres, qu’il voyoit bien que cela alloit se passer fort mal, mais qu’il ne pouvoit l’empecher n’étant plus commandant. De Roche Servière nous nous sommes portés dans la lande près ledit bourg, ou nous arrivames a onze heures du soir, notre avant-garde y fut attaquée par les Brigands, huit d’entr’eux furent tués, n’ayant pour poursuivre le reste a cause de la nuit, nous bivouaquames dans la lande.

    Le 29 a quatre heures du matin, nous levames le camp, et allames au village de la Besillière, commune de Leger, ou nous espérions trouver Charrette, qui effectivement n’en étoit sorty que deux heures auparavant. La nous apperçumes la colonne républicaine qui venoit de Challans. Nous réstames dans le village de la Bésillière quatre a cinq heures, et tous les hommes et femmes même trouvés sans armes dans les champs, occupés de leur ouvrages, et dans leurs maisons furent égorgés et fusillés, le village fut entièrement incendié, deux pièces de terre ensemencées de froment furent incendiées après avoir servi a camper l’armée. De la nous nous portames au Grand luc, et allames bivouaquer dans les landes qui avoisinent le bourg (Boisjarry ?). Un seul homme fut rencontré fuyant avec sa femme, montée sur un cheval chargé de deux pochées d’effets. Le mary et la femme furent tués.

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le 30, nous avons quitté la lande du Grand Luc, et nous sommes portés au bourg de Saligny, ou nous n’avons trouvé personne. De la nous avont été dans les landes des Jouinaux, ou nous avons fait halte au village voisin du bourg de Saligny (plusieurs mots rayés) incendié, et plusieurs moutons ont été brulés dans leurs toits. Nous avons entendu tirer a droite et a gauche dans les champs, et plusieurs individus ont surement été victimes des coups que nous avons entendus. Des landes des Jouineaux nous nous sommes portés au bourg de Denis la Chevasse ou nous n’avons trouvé personne. La colonne sortie du bourg, le général Huchet donna ordre a l’arrière garde de retourner sur ses pas de bruler le bourg, et a l’instant le bourg et les métayeries qui l’entourent devinrent la proye des flames.

    Les landes de Jouineaux de nos jours : 

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le premier thermidor nous avons été camper dans les landes de la Marquière (MACAIRIERE ou d’après le cadastre MAQUERIERE, au Nord de Boulogne) près Boulogne. Plusieurs cultivateurs trouvés sans armes, les uns en chemises, les autres en gillet, presque tous à leurs travaux, on été amenés au général Huchet et fusillés sur le champ par ses ordres. Le général Ferrand témoin de ces massacres ayant voulu faire des observations au général Huchet et les empecher, ce dernier lui répondit, je le veux moy ; nous observèrent cependant que d’après cela plusieurs femmes et deux hommes seulement furent épargnés.

    Le deux nous sommes partis de la lande de la Marquière et avont été au Poiré passant par le village de l’Orsière, nous y avons vu un homme et une femme tués dans leur maison, la femme sous la table et l’homme dans son foyer. Sur les observations que nous fimes au général Ferrant que des abominations avoient été commises, le général Ferrand me répondit a moi Motay ; ne me parlé pas de cela j’en ay la tête cassée, vous savés que je ne commende plus ; le même jour nous nous sommes portés au Poiré sous la Roche, et dans notre chemin nous avons rencontré les Brigands au nombre de quatre a cinq cents qui ont paru voulloir attaquer notre avant-garde, mais ayant vu notre avant-garde s’avancer sur eux et notre colonne rangée en bataille ils prirent la fuite, et laissèrent après eux vingt cinq voitures chargées de grains, farines et effets : deux cents au moins de ceux qui escortoient la voiture ont été tués ; soixante quatre femmes et enfants trouvés dans un village près le Poiré ont été conduits a Palluau et la mis en liberté par le général Fêrrand qui leur a fait délivrer l’étape.

    Le 3 nous avons quitté l’armée a Palluau, nous nous sommes rendus à Luçon avec le général Ferrand, passant par Challans et les Sables, nous avons remarqué depuis Montaigu jusqu’à Palluau que le pillage a été horriblement commis, et le bétail partout enlevé par l’armée commendée par Huchet. Les quels faits nous affirmons sincères et véritables. A Hermine sur Smagne (Sainte-Hermine) le sept thermidor l’an 2ème de la République françoise une et indivisible, et avons signé ;

    Signé a l’original Pinochon, Pierre Vinet, Durand, Motay : et pour copie conforme les membres du Comité de Surveillance de la Société Populaire épurée de Fontenay le Peuple ; signé, Perreault, Tillier, et Durand… »

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

     

    Il n’aura échappé à personne que la frange de la population vendéenne qui a cessé de se battre n’a aucun gage de tranquillité. Nous l’avons déjà vu avec d’autres témoignages ; les exactions vont durer, non seulement toute l’année 1794 mais continueront, certes avec moins de crimes de sang, mais le pillage systématique durant l’année 1795. En effet, la république de Paris, aussi perruquée et poudrée qu’elle soit, est incapable de sustenter, faute de moyens et d’une réelle volonté de discipline, ses armées déguenillées et habituées depuis longtemps aux comportements les plus immondes. Une chose saute aux yeux dans chacun de ses rapports : l’importance de l’agriculture. Peu importe les horreurs commises sur les non-combattants et les gens paisibles, patriotes ou royalistes, l’administration voit le souci des récoltes qui ne peuvent être faites normalement pour alimenter, non pas les paysans eux-mêmes, mais les villes. Ces villes d’où la bourgeoisie mit la révolution en branle pour prendre la place de la noblesse. Jadis « esclaves » des « seigneurs » comme se plaisaient à le dire les révolutionnaires, les Vendéens auront tenté de ne pas l’être de la bourgeoisie…

    RL

    Juin 2018

     

     

    Notes :

    (1)  « Histoire de la Vendée Militaire », édition de 1895,  tome II, p. 282 à 284. Savary, tome IV, p. 40 à 42. J’avais repris cette missive dans mon article sur la Bésilière d’août 2013, ici.

    (2)  Savary, tome IV, p. 20.

    (3)  Voir son rapport du 16 juillet selon Savary, ibid, p. 32. Rapport qui date en fait du 25 juillet et dont on trouve la version originale, un peu différente des « arrangements » de Savary en SHD, B 5/9-96, v. 10 à 14/14, bulletin analytique compris. Toujours faire attention à Savary qui « bricolait » les correspondances à sa guise.

    (4)  Ibid. p. 36 à 38.

    (5)  Ibid. p. 38 à 40.

    (6) Archives militaires de Vincennes. SHD B 5/9-95, v. 15 et 16/16. Egalement en B 5/9-98, v. 4 à 7/19.

     

     


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    Un gendarme franc-maçon dénonce les excès des Colonnes Infernales…

     

     

                                      

      « Dieu se rit de ceux qui maudissent les conséquences des causes qu'ils chérissent. » Bossuet.

     

     

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....Voici un courrier rédigé entre le 4 et le 14 Germinal de l'an 2 (24 mars et 3 avril 1794) par le gendarme Faurès.

     

    « Rapport de Faurès, gendarme National de la commune de Xantes (Saintes) ; créé vice-président de la Commission Militaire à Fontenai le Peuple, par Lequinio Représentant du Peuple.

    En peu de mots, voici mon opinion sur la guerre de la Vendée, et sur la non destruction des Rebelles.

    Depuis environ cinq mois, personne n'ignore que ce malheureux pays ayant été le théâtre de la plus atroce des guerres ; Depuis l'an dernier les patriotes de l'un et l'autre sexe des communes insurgées furent obligés de se réfugier soit dans les Sables, soit à Luçon, soit à Fontenay le Peuple, afin d'éviter la rage des Brigands, où la juste fureur des patriotes des différentes colonnes. Depuis plusieurs mois les cités que je viens de nommer étaient surchargées de tous ces malheureux frères réfugiés qui n'avaient commis d'autres crimes que celui d'être d'un pays où s'étaient coalisés une troupe de scélérats.

    Depuis un certain tems, les succès des armées patriotes se fortifiant de plus en plus ; nous étions sur le point de voir finir cette horrible guerre ; Déjà le pays commençait à se découvrir ; les habitans, ou pour mieux dire, les autorités constituées avaient envoyé leurs frères, les municipalités même à retourner dans leurs communes, afin de faire rentrer dans le devoir les personnes égarées ou de livrer les coupables à la justice nationale ; tous ces ordres avaient été suivis ; Différentes Commissions Militaires établies par Lequinio, Représentant du peuple près l'Armée de l'Ouest, ne s'occupaient qu'à faire tomber sous le glaive des lois la tête des coupables ou a relaxer les innocents. Dans ce moment là même, le département, les districts, toutes les différentes communes, les généraux travaillaient de concert pour la destruction totale des Brigands ; Charrete qui était la terreur de tous n'avait plus avec lui qu'environ trois mille hommes, qui n'auraient pas tardé à recevoir le châtiment dus à leurs crimes ; Lorsque tout à coup une armée Révolutionnaire est venue dans la Vendée, pour disait-on achever la ruine de ces hordes d'esclaves, dont elle devaient exterminer jusqu'au dernier, mais les généraux de cette armée, ont-ils exécuté le projet  ? Non, au contraire, loin de se battre, ils ont été battus ; au lieu de respecter les propriétés, ils ont pillé, volé, saccagé de toutes parts indistinctement. Ils se sont divisés en douze colonnes, la chose est simple. Une armée entière passant dans un petit village, ne ferait aucun butin, au lieu que, partagée en douze colonnes, elle pouvait beaucoup mieux piller, voler, s'enrichir des biens, je ne dis pas des Brigands, mais de ceux des vrais patriotes qui pour l'intérêt général étaient retournés à leurs postes.

    Lorsque les portefeuilles étaient bien pleins, on n'avait plus le désir de se battre, dans la crainte de les perdre, et les soldats demandaient des billets d'hôpitaux. Les généraux ont fait pire encore ; ils mettaient en réquisition les charretes des communes, enlevaient ce qu'il y avait de meilleur dans les maisons des patriotes et fésaient traîner à leur suite et permettaient à ces malheureux d'emporter le reste pour avoir le plaisir barbare d'incendier leurs maisons, après cet embrasement, ils n'étaient pas plutôt rendus au milieu de la colonne que les volontaires suivant l'exemple des généraux prenaient le reste, tiraient les hommes, violaient les femmes et les filles et les poignardaient ensuite... 

    Ils ont fait plus ; ils ont immolé une municipalité entière revêtue de l'écharpe tricolore. Dans un petit village habité par environ 50 bons patriotes qui avaient toujours résisté à l'oppression Brigantine, on apprend que des frères d'arme viennent porter secours aux patriotes et les venger de tous les maux qu'ils avaient soufferts ; on leur prépare un banquet civique fraternel ; la colonne arrive, leur donne l'accolade, mange les vivres de ces malheureux, et aussitôt après le repas, ô barbarie inouïe ! Ils les emmènent dans un cimetière, et là on les poignarde les uns après les autres. Comment s'étonner après tant d'horreurs, que cette guerre désastreuse dure encore ; n'en soyés pas surpris ; et apprenés que Charette, connaissant les mouvements et les désordre de cette armée a saisi cet instant favorable ; pour capter la confiance des malheureux habitans des campagnes réduits au désespoir. On leur fit croire que s'ils se rangeaient parmi les patriotes, ils éprouveraient le même sort que s'ils restaient chez eux, c'est à dire qu'ils seraient tous sacrifiés – Eh bien ! Croiriés-vous que ce monstre avec un pareil langage, s'est fait en quinze jours de tems, un parti de 15 à 20 mille hommes au moins.

    Que c'est avec ces mêmes hommes qu'il a battu à diverses fois cette armée révolutionnaire endormie dans le crime, succombant sous le poids du pillage et de la débauche et cela d'après l'exemple des généraux* qui ne tarderont pas vraisemblablement à payer de leurs têtes les forfaits qu'ils ont commis en abusant des pouvoirs qu'on leur avait confié. 

     

    Signé : FAURES – gendarme National. »

     

    * Pas un seul de ces généraux débauchés n'a été inquiété. 

     

    Mais qui est ce Gendarme Faurès, arrivé dans les bagages du Représentant du Peuple Lequinio*, à Fontenay-le-Peuple en 1793 ?

    Nous savons qu'il a été nommé vice-Président de la Commission Militaire de Fontenay par Lequinio*. En réalité, il est capitaine commandant le bataillon de Saintes.

    Les archives nationales concernant la Légion d'Honneur vont me fournir les noms de deux frères originaires de Saintes en Charente-Inférieure : Michel-Antoine Faures, Commissaire rapporteur près les Tribunaux de la marine et Pierre-Hyacinthe Faurès dit de Bonnegens, officier d'artillerie de marine. La lecture de son dossier nous informe qu'il est entré dans la garde nationale de Saintes, le 15 mars 1792 ; blessé en Vendée le 16 juillet 1793, capitaine le 19 juillet et entré en gendarmerie le 20 novembre 1793, voici notre homme.

     

    *Lequinio : Avocat – Député de la Convention -régicide, se consacre avec zèle à la déchristianisation de la Charente-Inférieure à Rochefort. Il est à Fontenay le 10 décembre 1793, le jour même il abat un prisonnier d'un coup de pistolet. 

      

    Le 11 décembre, il forme une Commission Militaire où Faurès est désigné comme vice-Président, qui du 12 décembre au 31 mars 1794 juge 332 prisonniers et en condamne à mort 192 qui sont fusillés dans les 24 heures. 

     

    Issu d'une famille de francs-maçons, Pierre-Hyacinthe Faurès est né le 16 mars 1772 à Saintes. Il est le fils de Jean Faurès, écrivain de la marine, propriétaire, marchand, initié en 1773 dans la loge maçonnique ''L'Aimable Concorde'' de Rochefort et de Laurence Loyé.

    Le gendarme et les colonnes infernales....

     

    Il épouse le 25 janvier 1795 à Saintes, Elisabeth-Denise de Bonnegens, née le 2 janvier 1777 à Saint-Jean-d'Angely, fille de Charles III Guillaume de Bonnegens, officier de marine, reçu en la loge maçonnique de Bedford, co-fondateur en 1764 de la loge maçonnique ''L'Egalité'' de Saint-Jean-d'Angély et de Denise Bonnin de la Chesnaye. Il a accolé le nom de sa femme ''Bonnegens''** à son nom pour le distinguer de ses deux frères également au service de la marine (sources Généanet).

     

    **Bonnegens : famille où l'on rencontre des prévôts de la Maréchaussée à Saint-Jean-d'Angély   : Pierre de Bonnegens, Jean de Bonnegens en 1689. 

     

    Au moment de la Révolution, il est expert de la loge maçonnique ''L'Aimable Concorde'' de Rochefort.

       

    Etats des services de Pierre-Hyacinthe Faurès de Bonnegens. 

     

    1° Entré au service comme volontaire dans la marine le 11 octobre 1786, jusqu'au 15 mars 1792.

    2° Entré dans la Garde Nationale soldée le 15 mars 1792, jusqu'au 19 février 1793.

    3° Capitaine du bataillon de Saintes le 19 juillet 1793. 

    Entré dans la Gendarmerie le 20 novembre 1793. 

    5° Passé dans la Marine, aspirant de 1ère classe le 24 octobre 1795.

    6° Passé lieutenant en 2° dans la 5ème1/2 brigade d'artillerie de marine, le 10 août 1796.

    7° Lieutenant en premier le 21 janvier 1801.

    8° Capitaine en second le 20 juin 1803.

    9° Capitaine Commandant le 3 mars 1809.

    10°Chevalier de la Légion d'Honneur le 24 juin 1813.

    11°Retraité le 27 septembre 1814.

     

    Pas un mot sur son activité révolutionnaire comme Vice-Président de la Commission Militaire de Fontenay-le-Peuple... en 1793 et 1794. Il fait simplement 3 campagnes en Vendée où il reçoit une blessure le 16 juillet 1793.

     

    Campagnes sur mer : 

     

    Embarqué sur la Seine, du 10 janvier 1787 au 31 octobre 1787.

    Embarqué sur La Fille Unique, du 13 octobre 1788 au 4 juin 1791.

    Embarqué sur la Bombarde Le Sphinx, du 22 octobre 1797 au 4 décembre 1797.

    Embarqué sur la Vénus, du 12 août 1798 au 23 avril 1798.

    Embarqué sur le Jemmapes, du 2 juillet 1805 au 3 mars 1806.

    Embarqué sur le Suffren, du 23 mars 1807 au 14 janvier 1809.

     

    Campagnes sur Terre : 

     

    Armée de la Vendée............ 3 campagnes. 

    Armée d'Italie.....................   du 23 septembre 1800 au 22 mars 1802.

    Grande Armée d'Allemagne   du 17 mars 1813 au 10 mai 1813.

    Armée de France.................  du 27 mars 1814 au 1er mai 1814.

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....

    Blessures : 

    A reçu une blessure en Vendée le 13 juillet 1793. 

    Blessé par un boulet à la bataille de Lutzen, le 2 mai 1813 – au gros orteil du pied droit, s'est trouvé à la bataille de Paris.

     

     ''Cet officier ayant été obligé d'ajouter à son nom celui de Madame son épouse pour le distinguer de deux autres frères également au service''...

     

    Et, le 11 décembre 1816, il prête serment au Roi...

     

    « Je jure d'être fidèle au Roi à l'honneur et à la patrie, de révéler à l'instant tout ce qui venir à ma connaissance et qui serait contraire au service de sa Majesté et au bien de l'Etat ; de ne prendre aucun service et de ne recevoir aucune pension ni traitement d'un prince étranger, sans le consentement exprès de sa Majesté – d'observer les lois, ordonnances, règlements, et généralement faire tout ce qui est de devoir d'un brave chevalier de la Légion d'Honneur. 

     

    à Charente, le 11 décembre 1816.

    signé : P.H Faurès de Bonnegens.

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....

     

    Pierre-Hyacinthe de Bonnegens est décédé à Paris le 24 juin 1849.

     

    Sources :     

    Archives Nationales, tous droits réservés. Les Représentants du Peuple – AN, D III 353-12, vues 7 et 8/8. 

    Archives Nationales, tous droits réservés - Base LEONORE - dossier n°LH/943/31- Notice n°L0943031.-copie de son acte de naissance, vue n°2/10 – serment au Roi, vue n°3/10 – certificat de services vue 9/10. 

    Lequinio : Wikipédia. 

    Généanet : Pierre-Hyacinthe de Bonnegens. 

    Photo de l'auteur. Pistolet de gendarmerie dit modèle 1770 de Maréchaussée  de la période révolutionnaire. 

                                                  

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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  •                     

                           La Vendée en pluviôse et ventôse de l'an II...

     

     

                                      


    La Vendée en pluviôse et ventôse de l'an II....Lettre du conventionnel Le Cointre fournissant au Tribunal révolutionnaire des extraits de lettres sur les massacres et destructions de la guerre de Vendée – pièce 31- : le fer, le feu, le sang, le vol et le viol...

     

    « Le Cointre de Versailles député de la Convention Nationale, Aux Président et Accusateur Public du Tribunal Révolutionnaire.

    Extraits des lettres du Citoyen Loyret au Citoyen Le Cointre Représentant du Peuple du département de Seine et Oise.

     

    De Nantes le 20 nivôse il m'écrivit :

     

    '' On continue ici à fusiller et noyer hommes et femmes des rebelles qu'on a ramassés depuis leur défaite''.

     

    Le 7 pluviôse il me manda de Chollet :

     

    ''De Nantes nous n'avons eu de séjour qu'ici (30 lieues) depuis Douai (Doué), tout n'offre aux regards que dévastations et ruines, excepté deux ou trois villages qui ont été conservés. Nous devons partir aujourd'hui d'ici pour continuer l'opération que nous avons commencée. Chollet où nous sommes est à moitié détruit. Le feu à consumé une grande partie des maisons ; et la ville n'offre plus que le spectacle de la misère et de l'infortune''.

     

    Le 8 ventôse, ce même citoyen me manda ici :

     

    '' Quant à nos opérations dans la Vendée, elles se réduisent à ceci  : incendier, piller, violer et massacrer. Tout ce pays ci n'offre que ruines et partout où nous avons passé, nous avons brûlé tout ce qui ne l'était pas. Quant au viol, il n'a plus été ordonné, mais il a été toléré et souffert, et c'est à peu près de même ; le pillage n'a pas été ordonné non plus, mais il a été entièrement autorisé et tout a été pillé. Quant au massacre il s'est étendu assés généralement sur tous les hommes qui se sont trouvés dans les villages où nous avons passé, surtout dans plusieurs cantons, on n'a épargné ni femmes, ni filles, ni enfants ; il s'est passé des scènes assez difficiles à exprimer.

    La Vendée en pluviôse et ventôse de l'an II....

     

    La troupe ne manque point de fatigues soit ignorance ou malveillance, l'armée du Nord a fait jusqu'à ce jour bien des courses inutiles.

    Je crois que si au lieu de nous amuser à brûler les villages, à piller, à tuer des gens sans armes, des femmes, on nous eut fait marcher contre les noyaux d'armées qui existoient encore, la guerre de Vendée seroit terminée. Au lieu que voyant le traitement qu'éprouvoient leurs semblables tout ce qui étoit resté ou revenu dans leurs villages sont allés pour éviter la mort ou plutôt pour prolonger leur vie de quelques jours ; se jetter par mi les brigands. Il me semble enfin qu'on s'y est pris comme si on eut craint que la guerre ne se termine trop promptement''. 

     

    Enfin le 24 ventôse ; il me fit part de l'affaire du 14 du même mois, il attribue l'échec que nos troupes ont reçu :

     

    1° A l'impéritie et à la timidité du commandant dont il ne dit pas le nom.

    2° A ce que le plus grand nombre de cartouches n'étaient pas de calibre, la balle à nud (nue) ne pouvant entrer dans le canon du fusil, il dit qu'il garde quatre de ces balles pour échantillon.

    Il parle avec éloge de la bravoure et de la bonne conduite du général Grignon qui, empêche la défaite totale de ce corps avancé, au devant duquel il vient ; ce qui n'empêche pas que nos troupes furent obligées d'évacuer Chollet ainsi que les habitants qui se retirèrent à Nantes.»

     

      «  Pour copie par extrait conforme aux originaux, restez en main, et dont dans les reçu, j'ai donné également extrait au Comité de Salut Public.

    Paris le 27 vendémiaire de l'an 3 de la République une et indivisible.   

    Signé Le Cointre »

     

     

    Sources:     

    Archives Nationales, tous droits réservés. - W472, procès de Jean-Antoine Vial, ancien maire de Chalonnes - AN W472-8 - Angers, vues 24 et 25. 

     

     

                                                 

     

     X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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