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    Les justifications du général Grignon (5)...

     

     

    4ème partie ici.

     

    « Déjà Saumur, Angers étoient tombés au pouvoir des rébelles : ces succès en faisaient craindre de bien plus effayans.

    Tant de malheures opiniâtres déterminèrent enfin la Convention à employer les mesures d’une extrême rigueur.

    Etoit-ce le remède ? Ce parti étoit-il le meilleur ? Etoit-il un nouveau mal ? Nous ne nous permettrons pas d’examiner cette question, d’ailleurs inutile. Ceux qui le blâment aujourd’hui l’approuvoient alors. Lequinio lui-même a chanté la palinodie. Il est aisé de juger ainsi après l’événement : il n’en coûte qu’une contradiction ; ce qu’il y a de certain, c’est que les excès auxquels se portoient les brigands sont incroyables, & pour n’en citer qu’un trait, à la Roche-Servière ils avoient fait prisonniers une père & son fils, âgé de dix-neuf ans, les monstres ont assassiné le père & ils ont enterré le fils tout vivant sur son cadavre ; (ce fait a été par le Bateux, témoin dans l’affaire de Carrier.) c’est une des moindres atrocités qu’ils ont commises.

    Quoi qu’il en soit donc pour ce moment, il importe de faire connoître ici les Décrèts que la Convention crut nécessaires, & et d’en fixer la teneur.

    C’est alors que vint la Loi du premier Août 1793.

    Les Prussiens venoient d’emporter Mayence : la capitulation portoit que la garnison, composée d’environ quinze mille hommes, ne pourroit servir d’un an contre les Puissances coalisées. La Convention, donnant l’exemple de la fidélité à remplir les traités, crut ne pouvoir mieux faire que d’utiliser cette troupe.

    Par la Loi que nous venons de parler, la Convention ordonne que la garnison de Mayence sera sur-le-champ transportée en poste dans la Vendée ; qu’il sera envoyé des matières combustibles de toute espèce, pour incendier bois-taillis, genêts ; que les forêts seront abbatues, les repaire des rébelles détruits (Quel vaste champ pour l’arbitraire !), les récoltes coupées & portées sur les derrières de l’armée, les bestiaux saisis, les femmes, les enfans les vieillards conduits dans l’intérieur, pour être pourvu à leur subsistance & à leur sûreté, avec tous les égards dûs à l’humanité. Enfin, la Loi, après avoir pourvu aux approvisionnements d’armes & aux munitions de guerre & de bouche, ordonne une levée en masse, pour faire marcher en même temps sur les rébelles avec une armée d’environ soixante-dix mille hommes, sous le Général en chef Rossignol, & dont Westermann commandoit l’avant-garde.

    Bientôt toutes les précautions sont prises ; il n’est plus question que d’exécuter.

    Les troupes se mettent en marche : on éprouve d’abord quelques échecs par la mésintelligence des chefs ; mais, le concert enfin se rétablit, & l’on pénètre bientôt dans le coeur de la Vendée.

    Il faut rendre ici un hommage pur à la vérité ; il y auroit de la lâcheté à la déguiser.

    Les armées de la République étoient environnées de brigands de tous côtés ; le danger de la Patrie, il est vrai, leur a fait tout surmonter. Par leur courage & par leur confiance à affronter tous les hazards, elles sont parvenues à franchir tous les obstacles, nous leur devons cette justice ; mais leur ardeur n’auroit pas vaincu seule, si l’intrépide Westermann n’eut été l’ame de toute leur conduite & n’eu présidé à toutes leurs actions. C’est lui, c’est ce génie guerrier & magnanime qui, planant sur nos armées, pour la sauve-garde & le salut de la France, c’est ce génie bienfaisant & tutélaire (& Lequinio lui-même est forcé de rendre hommage à ce Général) qui, après avoir fait triompher nos armes dans quatre ou cinq batailles successives, a dissipé & chassé devant lui, comme un vent impétueux, ces hordes saisies de terreur, & les a forcées de passer la Loire après les avoir acculées sur ses bords. Plus sage qu’Annibal, il a su profiter de ses victoires. En homme habile ils passe lui-même la Loire ; il s’acharne sur leurs pas ; ils les poursuit à outrance ; il en a presqu’exterminé les restes. Quel prix de tant de courage ! Ombre plaintive, Guerrier immortel, que, s’il se peut, tes mânes s’appaisent ! Pourquoi faut-il que la Patrie n’ait à t’offrir que tristes & stériles regrets ! Batailles de Châtillon, de Cholet, du Mans, de Savenay, plaines arrosées de sang, journées à jamais célèbres, si nous n’avions à déplorer la perte de tant de frères égarés, vous attesterez éternellement ses hauts faits ; vous honorerez du moins sa mémoire, & vous servirez à faire répandre quelques fleurs sur son tombeau.

    Pendant que Westermann s’ocuppoit à la chasse des brigands de l’autre côté de la Loire, Grignon, pour en détruire les débris, étoit resté dans l’intérieur. Ces débris avoient augmentés. Dans l’intervalle de la bataille du Mans à celle de Savenay, une poignée de brigands avoit repassé la Loire, & étoit rentrée dans la Vendée.

    On venoit de rendre la Loi du premier octobre 1793, contenant la nouvelle organisation de l’armée destinée à combattre les rébelles de la Vendées, sous le nom d’armée de l’Ouest.

    Cette Loi porte, art 3 : « La Convention nationales compte sur le courage de l’armée de l’Ouest & des Généraux qui la commandent, pour terminer, au 20 octobre, l’exécrable guerre de la Vendée ».

    L’article 4 porte : « Le reconnoissance nationale attend l’époque du premier Novembre, pour décerner des honneurs & des récompenses aux Armées & au Généraux qui, dans cette campagne, auront exterminé les brigands de l’intérieur & chassé, sans retour, les hordes étrangères des tyrans de l’Europe ».

    Le même jour, il a été fait une proclamation de la Convention nationale à l’armée de l’Ouest.

    « Soldats de la liberté, y est-il dit, il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin du mois d’octobre ; le salut de la Patrie l’exige, l’impatience du Peuple françois le commande, son courage dois l’accomplir. La reconnoissance nationale attend à cette époque tous ceux dont la valeur & le patriotisme auront affermi, sans retour, la liberté & la République ».

    L’armée de l’Ouest n’avoit donc que vingt jours pour terminer la guerre de la Vendée.

    Il faut rapprocher ce Décret de celui du premier Août, qui prescrit les mesures de rigueur & de destruction.

    A ces deux Décrets, on peut joindre celui de la fin d’Octobre, c’est-à-dire, du 11 Brumaire, an deuxième : « Toute ville, y est-il dit, qui recevra dans son sein les brigands, ou qui leur donnera des secours, ou qui ne les aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est capable, sera punie comme une ville rébelle ; en conséquence rasée, & les biens des habitants seront confisqués au profit de la République ».

    La Convention s’expliquoit assez clairement, & la loi traçoit bien énergiquement la conduite que devoient tenir les Généraux.

    En conséquence, les différens corps de l’armée de l’Ouest s’organisent. Grignon est nommé Général de brigade ; son brevet semble le justifier d’avance, sous tous les rapports. Il est bon se fixer ici un moment sur ce qu’il contient.

    Ce brevet qui est du 8 Frimaire, an deuxième, est ainsi conçu :

    « Le Conseil exécutif provisoire a fait choix de Grignon, pour remplir provisoirement & subordonnément au Général en chef, & aux Généraux de divisions, les fonctions de son grade, persuadé qu’il justifiera l’opinion qu’on a conçue de son patriotisme & de ses talens militaires.

    En conséquence, Grignon fera, pour la défense, l’unité & l’indivisibilité de la République, le maintien de l’ordre, de la liberté & de l’égalité, tout ce qu’il jugera convenable, ou tout ce qui lui sera prescrit par les ordres ou instructions du Général en chef, & par ceux des Généraux de divisions. »

    Ainsi, 1°. rien ne pouvoit dispenser Grignon d’obéir aux décrets.

    2°. Il devoit obéir aussi ponctuellement aux ordres & aux instruction du Général en chef & des Généraux de division.

    3°. Il pouvoit faire aussi tout ce qu’il jugeroit convenable.

    4°. Le grade qu’on lui confère semble être le prix se son patriotisme & de ses talens militaires reconnus.

    Si Grignon n’a fait que se conformer aux décrets, & que ce qui lui a été prescrit par le Général en chaf & par les Généraux de division, il est clair qu’il n’a fait que ce qu’il a dû faire, & qu’il sera bientôt complètement justifié.

    Si Grignon n’a fait tout ce qu’il jugoiet convenable, comme il en avoit incontestablement le droit ; s’il n’a voulu rien prendre sur lui ; s’il en a toujours référé au Général en chef, il est clair qu’il n’a pas usé de tous ses pouvoirs, & qu’il n’a pas même fait tout ce qu’il étoit en droit de faire ; bien loin d’avoir outrepassé les bornes !

    Les mesures de terreur & de destruction se préparent ; on fait refluer toutes les troupes de la République dans la Vendée ; on fait proclamer que tous les individus qui veulent se garantir, se hâtent de se ranger sous les drapeaux. Le Général en chef forme douze colonnes qui doivent porter par-tout le fer & et le feu. On fait mettre sur les derrière de l’armée les femmes, les enfans, les vieillars ; on fait précéder les ravages auquel affreux auxquels on s’apprête par toutes les précautions qu’inspire l’intérêt de l’humanité dans des âmes non encore endurcies par des cruautés de toute espèce que les premières cruautés ont fait commettre.

    Avant d’aller plus loin, il faut se faire une juste idée des motifs & des circonstances.

    Des brigands d’un nouveau genre déchiroient le sein de la mère-Patrie ; ils se signaloient par des fureurs & des atrocités nouvelles ; ils ne méritoient plus, ce semble, de trouver ni retraite ni subsistance.

    Il faut encore observer, & c’est une vérité connue de tous ceux qui ont servi dans la Vendée, que les brigands n’étoient pas seulement composés de ceux qui avoient pris les armes & qui faisoient une guerre ouverte à la Patrie, mais encore en plus grande partie de ceux qui étoient restés dans leurs foyers, & que l’amour seul de leurs propriétés, qu’ils avoient envie de conserver, y avoit retenus. Ces derniers n’étoient pas les moins nombreux, ni les moins redoutables. Plusieurs Communes, en grand nombre, avoient deux signes de reconnoissance : l’un national, aux trois couleurs, qu’ils arboroient quand ils apercevoient les Troupes nationales ; l’autre noir & blanc qu’ils montroient quand ils voyoient approcher un parti des leurs (17).

    C’est ainsi que qu’ils conjuroient le danger : ils étoient d’autant plus à craindre, qu’ils avoient des armes, qu’ils pouvoient se joindre en un instant aux rébelles, & grossir ainsi le nombre des combattans sans qu’on pût se méfier de leurs dispositions. C’est de cette manière que des Municipaux ont été fusillés dans leur fuite, parce qu’ils avoient été surpris avec le signe rébelle qu’il n’avoient pas eu le temps de cacher.

    Les brigands légitimoient donc, en quelque sorte, les mesures extraordinaires. Ce que l’on ne peut contester sur-tout, c’est que ces mesures avoient tous les caractères de la légitimité pour les Généraux en sous-ordre, & que l’exécution en étoit indispensable pour eux.

    D’un autre côté, le terme étoit fixé pour la fin de la guerre ; on ne donnoit que vingt jours : il sembloit que les mesures prescrites dûssent être les derniers moyens de la terminer, & que l’on comptât infailliblement & essentiellement sur ces mesures.

    Déjà les douze colonnes s’ébranlent ; la marche & et la conduite qu’elles doivent tenir sont tracées dans un ordre du Général en chef, du 30 Nivôse.

    Cet ordre porte entr’autres dispositions : « Que Grignon pourra prendre & faire prendre à l’Officier qui commande sa colonne de gauche, toutes les mesures secondaires que nécessiteront les circonstances.

    Il emploiera tous les moyens pour découvrir les rébelles.

    Tous, y est-il dit, seront passés au fil de la baïonnete ; les villages, métairies, bois, genets, & généralement tout ce qui pourra être brulé, sera livré aux flâmmes. Pour faciliter cette opération, Grignon fera précéder chacune de ses colonnes de 40 ou 50 pioniers ou travailleurs, qui feront les abbatis nécessaires dans les bois ou forêts, pour propager l’incendie » (18)

    Cet ordre finit par ces mots ;

    « On le répète, le présent ordre ne peut éprouver aucun retard ni modification ; le Général en chef en remet la stricte exécution, sur la responsabilité du Général Grignon ».

    Ainsi, Grignon est bien constamment responsable, sur sa tête, de l’exécution littérale des ordres qui lui sont donnés.....

    Les colonnes formidables se mettent en marche ; elles portent par-tout la terreur & la vengeance : la torche d’une main, le fer inexorable de l’autre, elle se signalent à l’envi par des exécutions désastreuses. Détournons les yeux de cet horrible tableau.

    Grignon commandoit l’une des douze colonnes ; la sienne étoit divisée en trois ; chaque division étoit commandée par un Chef de brigade : en supposant que les deux autres  divisions ayent commis des excès, Grignon n’en peut être responsable, s’il ne peut l’être à plus forte raison des excès qu’ont pu commettre les onze autres colonnes ; il ne seroit tout-au-plus responsable que de la sienne, que de celle qu’il commandoit en personne. Mais, bien loin qu’il ait été au-delà des bornes qui lui étoient prescrites, il n’a jamais manqué aux loix sacrées de la nature & de l’humanité ; & après avoir fait mettre sur les derrières les vieillards, les femmes & et les enfans des rébelles, il leur a fait souvent distribuer du pain des soldats (Notamment à Vesins.)... »

     

    La Vieille Lande de Cersay (79) où Grignon fut fermier général sur le cadastre de 1814 (AD79, 3 P 52/6).

    Les justifications du général Grignon (5)....

    Ci-dessous en vue aérienne Géoportail de nos jours :

    Les justifications du général Grignon (5)....

    Attention car aujourd'hui les appellations sont inversées : le hameau nommé « La Vieille Lande » correspond à « La Lande » de l'époque de Grignon.

     

    A suivre ici.

    RL

    Juillet 2020

     

     

     

    Notes :

    (17) Il est ici évident que Grignon cherche à se justifier du massacre de la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain.

    (18) Le manque de réalisme de ce plan saute aux yeux ! Il n’est jamais d’ailleurs jamais question de ces pionniers dans les rapports réels ou supposés, transcrits par Savary. Ont-il existé ? Quant à incendier des forêts dans l’Ouest de la France, en plein hiver...

     


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    A propos de la Boulaie... 

           

     

    Depuis huit jours, je me promène Outre-Loire, et je ne peux me résoudre à vous laissez tomber. Juste un petit billet pour entretenir l’amitié.

    Très curieux par nature, et n’ayant pu vous accompagner à cette sortie au château de la Boulaie à Treize-Vents (agenda assez chargé en ce moment), j’ai voulu en savoir plus sur Le Sieur François Sonnet d’Auzon. J’’ai retrouvé son jugement et celui de son domestique Soulard, émanant de la « Commission Militaire Révolutionnaire établie par les Représentants du Peuple à la suite des armées réunies contre les Rebelles. »

     

    « 2 nivôse – EGALITE – FRATERNITE.  

     

    Commission Militaire Révolutionnaire établie par les Représentant du Peuple à la suite des armées réunies contre les Rebelles. 

    A Blin le deux nivôse l’an 2ème (22 décembre 1793) de la République Une et Indivisible. 

    A été amené devant la ditte Commission le Nommé Pierre Soulard âgé de cinquante ans, natif de St Mars la Réotte  (Saint-Mars la Réorthe) en Poitou domestique du nommé Dauzon ci-devant noble demeurant au château de la Boulaie près Châtillon sur Sèvre ; est avec son maître depuis la déroute de Chollet dans l’armée des brigands. 

    Et de suite a été amené François Dauzon ci-devant noble demeurant au château de la Boulaie proche Chatillon, âgé de soixante neuf ans, suit l’armée des brigands depuis Chollet ; a déclaré qu’il auroit voulu que le Roy eut vécu pour le Bien Général de la Nation a dit qu’ils n’avoient d’autres moyens de subsister que le pillage qui se faisoit dans les campagnes, a dit connaître deux chefs de Division, qui sont des Essards et Lireotte (Lyrot?). 

    Le tribunal d’après les interrogatoires subits par François D’auzon et Pierre Soulard, les réponses par eux faites à l’Accusateur Militaire ouï dans ses conclusions les condamne à la peine de mort conformément à la loi du dix neuf mars dernier et ordonne que coppie du présent jugement sera envoyée aux Représentants du Peuple et au Ministre de la Guerre, fait et jugé par le Tribunal les jour et an que dessus, et ont signé à la minute Gouchon, Président, Remillon, Bignon, Chantrelle, Juge, David Vaugeois, Accusateur Militaire et Valdampierre Greffier.  

     

    Pour copie conforme à la minutte. 

     

    Signé Bignon Président et Valdampierre Greffier. » 

     

    Monsieur de Béjarry, réfugié et caché à Blain par l’épouse et la servante du Citoyen Potier, patriote exalté, nous raconte…

     

    « C’était la veille de Noël… On fusilla à la porte de la maison Potier, un vieillard de soixante dix ans, Mr d’Auzon, proche parent de mon père, il tomba avec son domestique, qui n’avait pas voulu se séparer de lui... » 

           La Boulaie : 

    A propos de la Boulaie....

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Vendée. - Commissions et Tribunaux Militaires près l’armée de l’Ouest – vue n° 19/19 – Commission Militaire près des armées de l’Ouest et des Côtes de Brest réunies (fév 93 – sept 94) B1 33.5 – SHDB1/335-35 Blain 22 décembre 1793 jugement de deux civils – Pierre Soulard, François Dauzon (ou d’Auzon). 

    . Amédée de Béjarry – Souvenirs Vendéens de Yves Salmon éditeur à Janzé – 1981, pages 164,165. 

    . Copie de l’Acte d’Accusation  de François d’Auzon et de Pierre Soulard. 

     

                                                                   

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie...

     

     

    Cette sortie que l’on pensait informelle aura finalement réuni 29 personnes pour un après-midi. Il s’agissait ce dimanche 5 juillet de visiter le très pittoresque village de Mallièvre avant un rendez-vous pris avec les propriétaires du château de la Boulaie, tout proche et situé sur la commune de Treize-Vents. C’est dans la chapelle de ce château, qui avait été incendiée le 26 janvier précédent par la colonne de Boucret qu’eut lieu le fameux serment entre Charette, Stofflet, Sapinaud et Marigny le 22 avril 1794. On connaît les conséquences de ce serment qui coûta la vie à ce dernier général.

    Nous avions rendez-vous sur le parking du Domaine, près de Mallièvre à 14 h. Le temps était incertain puis finalement, le soleil apparaîtra, timide mais chaud.

    Après les retrouvailles du « post-confinement », la promenade débutait aux pieds des remparts de l’ancienne forteresse médiévale avant une visite au lavoir où nous  avons pu entendre l’histoire de « Génovette », légende locale. Puis ce fut l’église, les abords de l’ancienne commanderie avant un retour aux voitures par les rues pavées du village.

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

     

    Notre second rendez-vous était fixé pour 15 h 30 à la Boulaie, et plus particulièrement dans la chapelle de l’ancien château, là où précisément eut lieu le serment des quatre généraux. Remaniée avec plus ou moins de bon goût par les anciens propriétaires, le lieu est désormais rendu à une destination plus proche de son origine. J’évoquai là un bref historique de ce château ayant appartenu à Hector-François Sonnet d’Auzon, ami de Lescure et fusillé à Blain en décembre 1793. C’est ici que l’épouse de Lescure, la future marquise de La Rochejaquelein, passa une bonne partie de la guerre, avant la Virée de Galerne.

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

     

    C’est quasiment dans les ruines encore fumantes que les quatre chefs vendéens se rencontrèrent. Il est assez émouvant d’imaginer qu’ils sont passé sous cette porte. On se les figure encore, croisant leurs épées au beau milieu de cette chapelle :

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

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    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

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    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    Après nous avoir fait visiter les ruines de l’ancien château, M. et Mme Payre nous ont offert un petit vin d’honneur et nous ont parlé de l’association « Le Serment de la Boulaie » qui gère les événements touristiques du domaine. La Boulaie a besoin de bénévoles et vous pouvez contacter les propriétaires pour plus d'informations (coordonnées sur le site internet ci-dessous).

    Devant le château moderne (photo : Guy Jacob) :

    Les Amis du Pont-Paillat au château de la Boulaie....

    L’après-midi se terminait et déjà, des nuages imposants nous invitaient à retourner aux voitures. Un grand merci à Guy Jacob et Pierre Périeau à l'origine de cette sortie !

    RL

    Juillet 2020

     

    PS : le château de la Boulaie est une propriété privée. La chapelle et les ruines ne sont pas accessibles au public, sauf sur rendez-vous.

    Lien vers le site internet du domaine ici.

    Le compte-rendu très complet de Nicolas ici.

     

     


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    Idées de vacances... 

     

           

     

    Comme chaque année, je vais vous quitter pour quelque semaines, pour des vacances bien méritées.

    Après le covid-arnaque, l’état de la France m’a rendu de mauvaise humeur et encore plus hors système que jamais, j’ai donc besoin de repos. C’est pourquoi je vais remonter le temps avec mon détecteur de métaux. Mais au fait que trouve t-on sur les lieux des combats de la Vendée et d’Outre-Loire ?

    Voici quelques objets découverts avec mes deux premiers appareils, à la fin du siècle dernier en Vendée, à Cholet, Coron, Mortagne-sur-Sèvre, La Tremblaye, Saint-Christophe du Bois, sans oublier l’Outre-Loire, Baugé, les Landes de Clefs, Durtal, La Flèche etc.

    Idées de vacances....

    Avec une bonne carte et les autorisations nécessaires et en observant les points particuliers du paysage, vos sorties devraient vous réjouir le cœur.

    Les objets les plus courant sont les balles, les boutons d’uniformes, les boucles de laiton, les pièces de monnaie, tous les objets en laiton qui restent pratiquement intacts. Vous remarquerez un pommeau de sabre de Chasseur à Cheval du modèle 1792, une bouterolle de fourreau de sabre d’un volontaire, des boucles de fusil et même une alliance découverte avec des boutons de la 1ère République, des monnaies et un éperon qui s’est désagrégé sur place.

    Donc bonnes vacances à tous et à bientôt.

     

     

    Sources : 

     

    . Photos : Xavier Paquereau. 

                                                         

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Les justifications du général Grignon (4)....

     

     

    3ème partie ici.

     

    Tout comme Turreau qui produisit un mémoire en 1795 (13), Louis Grignon va tenter de se justifier et c’est son mémoire que je vais vous présenter désormais en plusieurs épisodes, celui-ci comportant 84 pages. Grignon l’a écrit pendant son emprisonnement au Luxembourg et il sera publié le 5 nivôse de l’an III, soit le 25 décembre 1794. On en trouve l’original aux Archives Nationales (14).

    Justifications du général Grignon (4)....

     

    « MEMOIRE

    pour Grignon

    Général divisionnaire de l’Armée de l’ouest

     

    Le général Grignon est inculpé sur sa conduite dans la Vendée. Peu s’en faut qu’on ne le compare à ces tigres qui appellent aujourd’hui, pour la seconde fois, sur leurs têtes toutes les vengeances divines & humaines. C’est à-peu-près ainsi du moins qu’il est présenté dans le dernier ouvrage de Lequinio, qui, au surplus, ne s’appuie que sur des dénonciations qu’il est aisé de détruire (voyez le dernier ouvrage de Lequinio sur la guerre de la Vendée).

    Que ce portrait est loin de la vérité ! A peine Grignon a-t-il connu l’ordre de son arrestation qu’il s’est constitué volontairement.

    S’il n’avoit à se défendre que devant l’Assemblée du Peuple, ou devant ses compagnons d’armes, après avoir rendu un compte exact de sa conduite, il pourroit se contenter de répondre comme ce Romain, si justement célèbre : « montons au Capitole ; allons remercier les Dieux de nos succès. » Il seroit sûr d’entrainer la foule & de dissiper ainsi l’accusation ; mais d’autres temps nécessitent de sa part un autre genre de défense, & ce qui a si bien réussi à Scipion l’Africain pourroit bien ne pas réussir à Grignon, s’il ne parloit que de ses exploits. D’ailleurs, tout irréprochable qu’est ce général, quels que talens militaires qu’il ait développés, quel qu’amour qu’il ait montré pour sa Patrie, quels que rapports enfin qu’il y ait entre le Général Romain & lui, il n’a garde de se comparer à ce grand homme ; il est donc question de se défendre.

    Il est pressé de la faire : à peine a-t-il le temps de rassembler ses matériaux ; mais, toutes les fois qu’il a battu les ennemis, il n’étoit pas préparé à les recevoir. Ce qu’il a fait avec succès pour la République il peut le faire avec succès pour lui-même, & sa défense n’en sera pas moins victorieuse.

    Avant de l’entreprendre, il est nécessaire de tracer très - sommairement l’histoire de la funeste guerre de la Vendée.

    C’est en novembre 1792 que commença cette guerre désastreuse.

    Des prêtres (des ministres d’un Dieu de paix se permettre des excès de cette nature !) des Prêtres, mécontens du Décret sur la Constitution civile du Clergé, fomentèrent une première insurrection partielle dans le centre du bas-Poitou ; il parvinrent à faire prendre les armes à plus de six mille habitans... »

     

    Grignon se trompe évidemment de date, l’insurrection du Bressuirais a eu lieu fin août 1792 après d’autres échauffourées l’année précédente.

     

    « Combattez, leur disoient-ils ; vous êtes appelés à rétablir le culte de vos pères ; le Ciel sera le prix de vos efforts. »

    Ces malheureux, dans leur aveuglement stupide, armés de simples bâtons, bravoient tous les dangers, affrontoient la mort, se succédoient sur des monceaux de cadavres & marchoient au combat comme à la victoire ou au martyre.

    Ainsi, c’est au fanatisme religieux qu’est dûe la première guerre.

    Grignon, sa femme & ses enfans habitoient alors une petite terre au Pouy-la-Montagne.

    Grignon, qu’il ne faut pas confondre avec d’autres Généraux qui n’ont écouté que leur ambition, & qui n’ont vu dans la Révolution que les moyes de se satisfaire, retiré depuis quelque temps du service, vivot alors modestement du produit de son champ qu’il cultivoit de ses propres mains.

    Aux premiers bruits de cette insurrection subite, tous les voeux le nomment ; la vois générale l’appèlle à la défense de la contrée ; il est élu par le Peuple Adjudant général ; il est fait commandant dans toute la partie orientale.

    Il se concerte avec les Administrations ; elle prennent concuremment des mesures si justes & si promptes, qu’en moins de huit jours, Grignon réussit à étouffer cette semence de guerre instestine. C’est à lui, à lui seul, à la sagesse & à l’intelligence avec lesquelles il a su exécuter ces mesures, que sont dûs ces premiers succès. Il a dissipé les rassemblemens ; il s’est saisi des chefs.

    Les uns ont été fusillés, les autres ont été mis en liberté, sans qu’il y ait pris part. Nouveau Cincinnatus, de la même main dont il avoit vaincu les rébelles, il a été reprendre le soc de la charrue.

    Ces mises en liberté, pour le moins inconsidérées & indiscrètes, ont sans doute été cause, au moins en partie, d’une seconde insurrection plus redoutable que la première, mais dont la source a, pour ainsi dire, changé d’objet, ou du moins une autre espèce de motif s’est jointe au premier.

    Les habitans de ces malheureuses contrées ne tardèrent pas à s’appercevoir qu’ils avoient été trompés par leurs Prêtres. Mais, incapables de se soustraire au joug & de se corriger par l’expérience, susceptibles de toutes sortes d’impressions, ils devinrent la proie des nobles. Cette classe ambitieuse & superbe, qui croit ne pouvoir subister qu’avec le trône, & pour qui l’égalité est un supplice, vit le parti qu’elle pouvoit en tirer ; elle s’empara de ces esprits crédules ; elle se réunit à la secte des Prêtres ; elle joignit ses inspirations aux leurs. Ces lieux, jadis si fertiles & si paisibles, qui naguères avoient été le foyer du fanatisme religieux, devinrent en même-temps le foyer du plus insensé royalisme, & pour la seconde fois le théâtre d’une guerre sanglante.

    Ainsi, c’est au fanatisme religieux & royaliste qu’est dûe la seconde guerre.

    Une femme (qui le croiroit ?) une femme noble (le préjugé peut-il avoir autant d’empire ? L’orgueil de ce qu’on appeloit la naissance peut-il porter à de pareils forfaits ?) une femme, enfin, puisqu’il faut le dire, conçut seule & exécuta ce projet sinistre.

    Jeanne Lescure fut cette détestable héroïne. Que n’est-elle restée dans le néant ! ou que n’a-t-elle mieux employé ses ressources !

    Une fortune de plus de cent mille livres de rentes, dont elle disposoit en l’absence de son père, des relations dans plus de vingt Communes, lui donnoient une grande influence. Elle protégeoit les prêtres pour ses besoins perfides ; elle se coalisoit avec eux ; elle les distribuoit & les faisoit cacher déguisés. Ces furieux erroient de ferme en ferme ; ils versoient à grands flots leurs poisons ; ils fanatisoient par leurs discours religieux, tandis que Jeanne Lescure fanatisoit de son côté par ses discours royalistes, errante elle-même de village en village. C’est ainsi que la portion des François, la plus vertueuse peut-être, est devenur parricide & le fléau de son pays ; c’est ainsi que, par des efforts combinés d’un double fanatisme, on est parvenu à allumer un incendie qui a manqué d’embrâser la France entière, & qui n’est pas encore éteint.

    Il ne falloit qu’un prétexte ; on le trouve dans le recrutement qu’on veut mettre à exécution dans les premiers jours de mars 1793.

    La jeunesse est convoquée ; les paysans s’assemblent à Cholet, ville du Poitou ; ils se jettent sur la Garde nationale, la font prisonnière & s’emparent de ses armes.

    On envoie contr’eux deux escadrons du dix-neuvième Régiment de Dragons. Ces deux escadrons sont enveloppés ; les rébelles s’emparent encore des armes ainsi que des chevaux ; ils se forment une cavalerie.

    Enflés de ces premiers succès, ils parcourent les châteaux ; ils s’approprient les armes de toute espèce qu’ils y trouvent. Le nombre des rébelles grossit tous les jours ; il s’élève bientôt à douze & quatorze mille. Ils prennent de la consistance ; ils se décorent du titre d’armée catholique & royale. Jeanne Lescure force son frère de prendre le commandement de cette armée nouvelle ; elle-même, oubliant son sexe & sa foiblesse, porte par-tout la terreur & l’épouvante, donne l’exemple de l’audace & d’un courage dignes d’une meilleure cause : elle se montre par-tout dans les combats. Les succès des rébelles ont la rapidité de l’éclair ; ils passent leurs espérances. Ils prennent, presqu’en même temps, Cholet, Maulevrier, Mont-Claude (Montglonne : Saint-Florent-le-Vieil).

    Les administrations de Maine & Loire, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Loire-Inférieure se concertent comme l’année précédente ; mais, réduites à leurs propres forces, elle ne font que des efforts impuissans.

    Elles invitent à marcher tous les habitans restés fidèles ; ils sont battus par-tout sur tous les points.

    Enfin, le voeu unanime appèle encore Grignon à la place d’Adjudant général ; il est chargé d’organiser les bataillons ; il va s’établir à Doué & les organise ; il est bientôt à la poursuite des brigands.

    La Convention, à qui l’on dégusoit les forces des rébelles, envoie des généraux avec quelques troupes. Ces généraux sont successivement battus ; Leigonier, Quétineau, Béruyer, Duhou vous avez tous éprouvé le même sort ; vous avez tous été battus dans la même semaine.

    Enfin, pendant six mois, nous n’avons eu que des revers.

    Grignon est le seul qui, par sa prudence & son habileté dans les retraites, n’a jamais essuyé de désavantages.

    Dans toutes ces affaires, Jeanne Lescure animoit les rébelles par sa présence ; elle étoit infatigable ; elle soutenoit leur courage & partageoit leurs fureurs.

    On dit ( & fasse le ciel que ce ne soit point une erreur !) que dans une de ces mêlées où la terre a été jonchée de tant de cadavres, vers le milieu de septembre 1793, cette nouvelle Pentésilée ( Reine des Amazones. Après avoir donné, dit-on, plusieurs marques de valeur, elle fut tuée devant Troie.) a enfin été abandonnée par la fortune, & qu’elle a périe sous les murs de Thouars. Quels maux elle a fait à la France ! Combien de sang elle a fait répandre ! Quelles suites désastreuses ont eu ses forfaits ! Que ne les a-t-elle expiés autrement que dans les combats !... »

    Bien entendu, cette Jeanne de Lescure n’est qu’une fable inventée par les républicains qui ont souvent oublié qu’eux-mêmes, fomenteurs de la révolution, étaient souvent des bourgeois qui n’avaient guère à craindre de la famine. Il tenteront ainsi mille théories pour expliquer que le « vrai peuple » n’ait pas forcément apprécié qu’on l’envoie aux frontières et qu’on augmente ses impôts « au nom du peuple », quand les républicains eux-mêmes se dispensent de la plupart des obligations révolutionnaires. Voyons un peu ce que le marquise de la Rochejaquelein dit de Jeanne Robin, puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit. Quand à Louis-Marie de Salgues de Lescure, il n’eut qu’une demi-sœur morte à la naissance (15) :

    « Un mois environ avant ce combat, plusieurs soldats se rendant à l’armée étaient venus coucher à la Boulaye. L’un d’eux, m’abordant, me dit avoir un secret à me confier, et m’apprit qu’il était une fille. Elle me dit que n’osant se présenter pour avoir une veste légère de siamoise, comme on en distribuait aux soldats pauvres, et mourant de chaud dans ses habits, elle se confiait à moi, me demandant le plus grand secret, car tous les généraux, et notamment M. de Lescure, avaient plusieurs fois déclaré qu’ils feraient tondre et chasser la première femme, déguisée ou non qui suivrait l’armée. Je demandai à cette fille son nom, sa paroisse ; elle me répondit qu’elle s’appelait Jeanne Robin et était de la paroisse de Courlay. Je lui promis non seulement de garder le secret, mais encore de la prendre chez moi après la guerre, si elle était vertueuse ; au contraire, si c’était du libertinage qui la faisait suivre l’armée, je la dénoncerais moi-même ; je lui dis que j’allais écrire à son vicaire, homme de mérite et frère des braves Texier, les héros de Courlay, pour connaître sa conduite ; elle m’en parut fort aise, m’assurant qu’il savait qu’elle se battait pour son Dieu et son Roi. Je lui donnai une veste, j’écrivis au vicaire ; il me manda qu’effectivement cette fille était à l’armée pour de bons motifs ; qu’il avait cependant cherché à la détourner de son dessein, mais, le jugeant pur, il y avait consenti, et elle avait même communié avant son départ ; depuis elle n’était jamais retournée à Courlay, et elle se cachait dans cette paroisse. Je gardai le secret de cette fille, je confiai seulement à M. de Lescure son histoire, sans vouloir dire son nom, ni sa figure, ni son pays.

    La veille du combat de Thouars (16), Jeanne entra à l’état-major et dit : « Mon général, je suis une fille, Mme de Lescure sait mon secret, j’ignore si elle vous l’a fait connaître ; en tout cas, elle a dû prendre des informations sur mon compte, et elles auront été favorables. Je viens à vous parce que je n’ai pas de souliers et je dois me battre demain. Tout ce que je vous demande, si vous voulez me renvoyer, c’est d’attendre après le combat, et je m’y conduirai si bien que,  j’en suis sûre, vous me direz de rester à l’armée. » Effectivement, pendant la bataille, elle s’attacha à suivre M. de Lescure et lui criait : « Mon général, jamais vous ne me passerez, je serai toujours aussi près des Bleus que vous. » Elle fut blessée à la main, elle lui montra son sang qui coulait en lui disant : « Ce n’est rien que cela. » On la perdit de vue depuis, et comme on trouva le corps d’une femme parmi les morts, on a toujours cru qu’elle avait été tuée dans la mêlées, où elle se précipitait comme une furieuse : ce trait a donné lieu à l’histoire fabuleuse de Jeanne Lescure, qui n’a jamais existé. »

    Justifications du général Grignon (4)....

    Le corps de Jeanne Robin aurait été retrouvé à Thouars, près de la porte de Paris, puis exposé dans l’église Saint-Laon. Après la seconde guerre mondiale, des ossements furent découverts au pied des remparts, dans le parc Imbert. Sans doute des combattants vendéens ; y avait-il Jeanne Robin parmi eux ?

    Nous sommes très loin des 100 000 livres de rentes enviés par Grignon et cette jeune paysanne était sûrement moins riche que le général incendiaire lui-même.

     

    A suivre ici.

    RL

    Juillet 2020

     

     

    Notes :

    (13) Les mémoires et la correspondance de Turreau ont été publiés et commentés par Michel Chatry en 1992 dans son ouvrage « Turreau en Vendée », Editions du Choletais.

    (14) AD XVIII C 306-16.

    (15) Mémoires, édition Bourloton, 1889, p. 235 et 236.

    (16) Le second combat de Thouars, du 14 septembre 1793.

     

     


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