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    Le 12 nivôse de l'an III, la malle-poste Nantes-Vannes 

    est attaquée entre Theix et Muzillac 

       

      

     

    Attaque de la malle-poste Nantes-Vannes....Le 1er janvier 1795 (12 nivôse an III), Louis-Joseph Renou, courrier de la malle poste, est parti de Vannes vers les huit heures du matin et a été attaqué par les ''Brigands'' entre Theix et Muzillac. La malle a été récupérée avec une paire de pistolets chargés et une poudrière, le courrier à disparu et l'on ne parle pas de la dépouille de Louis-Joseph Renou. Les archives de Theix, Muzillac et Vannes restent silencieuses sur ce décès à cette date.

     

    « Décès de Louis-Joseph Renou – Le sept pluviose, an sept de la République française, à dix heures du matin, devant moi, Jean-Adrien Barbier, officier public, a comparu en la maison commune, Marie-Françoise Sacré âgée de cinquante ans demeurant section septième, rue Daguesseau, laquelle pour faire conster le décès de Louis-Joseph Renou courrier de la malle, son époux, natif de la commune de Sèche département de Maine et Loire, âgé lors de sa mort de quarante quatre ans, m'a présenté le certificat dont la teneur suit :  

    ''De ce jour, douze nivôse an trois (Vendredi 1er janvier 1795) de la République française une et indivisible, environ les deux heures et demie de l'après-midi, nous soussigné Gilles, Joseph Aulein, Directeur de la Poste aux lettres à Vannes, et Jean-Grégoire Havard, controlleur au dit bureau de Vannes, certifions que les citoyens Jean-Baptiste Gérard et Pierre Cornu gendarmes sont entré dans mon bureau de la poste à Vannes, et nous ont annoncé que le Citoyen Louis Renou, courrier de la malle de Nantes, parti ce matin, environ les huit heures, a été tué par les Brigands entre Theix et Muzillac ; nous avons de suite, en présence des citoyens Havard controlleur du bureau et de tout le monde qui l'entourait, visité la malle et n'avons trouvé aucune des dépêches dont nous l'avions chargé le dit courrier, au nombre de dix neuf dépêches et paquets, nous avons seulement trouvé un sac de farine de blé noir, un pannier contenant deux nivelles de beurre avec un linge, trois poulets vivants, une paire de pistolets à un coup chargés avec une poudrière, dans la poche de la voiture, une paire de gants jaunes et dans la cornière du chapeau, une lettre à l'adresse du citoyen Legoff près le général Canclos, voilà tout ce qui s'est trouvé dans cette malle, la voiture a été remisée chez le citoyen Deslille où elle descend ordinairement. Vannes le douze nivôse de l'an troisième de la république une et indivisible." 

    signé Aulein, les soussignés qui ont entendu lecture du présent procès verbal qui ont été présents au retour de la malle de Nantes certifient que le procès verbal est conforme en tout son contenu. Vannes le dit jour, nivôse an troisième de la République ainsi signé sur l'original : Menard, Lagorle, Riou, Fleury, Casteignet, Maïl, Lemerle, Bourgeois et Bizette. Nous officiers municipaux de la commune de Vannes, certifions que les signatures apposées ci-dessus sont véritables que foi doit y être ajoutée par tout où besoin sera. Vannes le dix sept nivôse troisième de la République française une et indivisible. Aussi signé sur l'original Peniquet maire, Chauvin off municipal, Chauvet adj municipal, Girardin off municipal, Philippe off municipal, pour copie conforme à l'original, Vannes, le 17 Floréal an troisième de l'Ere républicaine, signé le directeur des postes de Vannes, Aulein. 

      Fait en la maison commune de Nantes les dits jour et an, sous le seing de la comparante et le mien. 

    Signé : Vve Renou et Barbier - off public. » 

     

    Attaque de la malle-poste Nantes-Vannes....

    Louis-Joseph Renou est né le 10 janvier 1752 à Seiches-sur-le-Loir en Anjou. Il est le fils de Laurent Renou journalier et de Catherine Barbot. Il épouse le 4 décembre 1792 à Saint-Pierre de Nantes, Françoise Sacré née le 1 août 1749 à Saint Adalbert de Liège (Belgique), fille de Dieudonné Sacré et de Jeanne Douard.

    Après le décès de Louis-Joseph Renou, Françoise Sacré épousera à Nantes le Sieur Gratien, maréchal des logis de gendarmerie. Elle décède à Nantes le 2 décembre 1816, au numéro quatre de la rue Montfaucon (vue 152/166 sections 3 et 4 de Nantes).

     

    Sources 

     

    . Archives de la ville de Nantes, tous droits réservés – Décès de l'an VIII, 7ème Section – Cote 1E242- vues 8 et 9/25. 

    . Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés. Registres paroissiaux de la commune de Seiches-sur-le-Loir, naissance, vue n°39/263.

    . Photos de l'auteur et gravure d'Eugène Leliepvre.  

                                    

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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  • En dédicaces à Super U Cerizay....


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    Le 15 Brumaire de l'an VII, Julien Lefloch, gendarme 

    à l'Armée de Mayence, se suicide à Nantes...

     

       

    Suicide du gendarme Julien Lefloch....Le pistolet 1770 de la Maréchaussée de France est d'une redoutable efficacité, il vous emporte la moitié du visage, le temps de le dire....

    Avant de vous livrer les caractéristiques de cette arme, voyons les dégâts occasionnés sur le visage d'un brigadier à cheval de la gendarmerie Nationale, qui met fin à ses jours dans une chambre de la caserne de gendarmerie de Nantes, dans la ci-devant maison de l'Oratoire...

     

    «Le seize Brumaire an 7 de la République française à midi, moi, Jean-Adrien Barbier, officier public élu pour constater l'état civil des citoyens, j'ai transcrit littérallement le procès verbal dont la teneur suit : 

    ''L'an sept de la République française, le quinze Brumaire, onze heures du matin, nous Antoine Pelé Aîné – Juge de Paix du deuxième arrondissement de la commune de Nantes, et Pierre Carissan, greffier – Rapportons nous être transportés à la cazerne de la gendarmerie Nationalle de Nantes, ci-devant maison l' Oratoire, sur le réquisitoire du Citoyen Levieux, capitaine de la dite gendarmerie pour constater la mort du Citoyen Julien Lefloch, Brigadier de gendarmerie nationale, troisième détachement de force publique armée de Mayence et arrivé à Nantes, le trois de ce mois, le dit Lefloch natif de la commune de Rennes, département d'Ille et Vilaine, âgé de quarante trois ans, taille de cinq pieds quatre pouces (environ 1,74m) étant à la dite cazerne, nous y avons trouvé le citoyen Levieux qui nous a dit qu'hier environ les dix heures du soir, le dit Julien Lefloch s'est tué d'un coup de pistolet dans une chambre au second étage de la dite maison dans laquelle nous état transporté de compagnie du dit Citoyen Levieux et du Citoyen François Huet, officier de santé à Nantes, par nous requis – pour constater la cause de mort du dit Julien Lefloch : D'après l'examen par lui fait du cadavre, il nous a fait voir et avons vu que la cause de la mort du susdit, provenait d'un coup d'arme à feu, chargé de balles, lequel lui avoit emporté toute la partie latérale de l'os maxillaire, le zigoma, l'os orbitaire du même côté et lui avoit crevé l'oeil gauche, Lesquelles déclarations et affirmations sincères et véritables signés sur la minutte, Huet. Rapportons en outre avoir vu un pistolet à un coup appuyé sur le bras gauche du dit cadavre; l'embouchure avis sa tête et du côté brisé, la dite arme vide et le chien abattu, la main gauche noircie par l'effet de l'explosion de la poudre; nous avons pareillement vu sur l'appui de la cheminée de la dite chambre, une poudrière dans laquelle il y avait un peu de poudre et à côté de laquelle se sont trouvés quatre balles du calibre du dit pistolet ; ayant ensuite fait fouiller dans les poches des vêtements du dit Lefloch vêtu d'un habit uniforme, gilet et pantalon bleus, il s'y est trouvé une tabatière en carton, deux peignes et un mauvais mouchoir blanc. Le Citoyen Levieux nous a parallèlement déclaré que le dit Lefloch a à la dite cazerne un cheval et son équipage, à lui appartenant, lesquels objets ci-devant détaillés, sont restés à la garde du Citoyen Jourdan gendarme de cette résidence, jointe on offert de les représenter lorsqu'il en sera requis. Signé sur la minute, Levieux et Jourdan ; De tout quoi, nous juge de paix susdit avons rapporté procès verbal pour valoir et servir ainsi que le droit rapporté dans notre seing et celui de notre greffier, les dits jour mois et an, signé sur la minute : Pelé Aîné et Carissan pour expédition signé Carissan.'' 

    Fait en la maison commune de Nantes, sous mon seing les dits jour et an.         

    Signé Barbier. » 

     

    Julien Lefloch est né vers 1755 à Rennes, je n'ai rien trouvé le concernant, sinon son âge, 43 ans, sa taille, 1,74 m et la date de sa mort par suicide à la maison de l'Oratoire, le 5 novembre 1798 à dix heures du soir, à Nantes.

      Il peut s'agir de Julien-François Lefloch, né dans la paroisse Saint-Germain de Rennes, le  5 septembre 1755 :

    «Julien-François Lefloch, fils de François Lefloch et d'Anne Daniello son épouse, né et batisé le 5 septembre 1755, parain le Sieur Julien Lardeux tailleur d'habits qui signe avec le père présent, maraine Dlle Julienne-Anne Godefroy qui ne signe.     

    signé : Julien  Lardeux et François Lefloch – Bouvier Recteur. » 

     

    Pour terminer, après une brève présentation du pistolet de Maréchaussée modèle 1770, les puristes trouveront des liens concernant cette arme.

    Suicide du gendarme Julien Lefloch....

    L'ordonnance du Roi concernant la Maréchaussée du 28 avril 1778 nous précise que l'armement consiste pour les brigadiers et les cavaliers, en un mousqueton de Maréchaussée modèle 1770 et de sa baïonnette, un sabre et une paire de pistolets longs de 9 pouces modèle 1770 (24.363cm), qu'ils pourront porter dans les basques de leurs habits.

    De 1791 à 1804, l'armement à cheval consiste en un sabre de gendarmerie modèle 1783 et une paire de pistolets (1770 ou 1770 corrigés An IX) pour les gradés et gendarmes. Un mousqueton pour les brigadiers et gendarmes, un sabre modèle 1787 pour les officiers et une paire de pistolets.

    Les pistolets des modèles 1770 et 1770 modifiés An IX sont de petits pistolets à chargement par la bouche. C'est une arme élégante à l'aspect martial et de faible dimension, ce qui apporte à ce pistolet un aspect envoûtant.

     

    http://www.napoleonicsociety.com/french/pdf/pistolet1811.pdf

     

    http://www.lapistole.com/gendoff1770.html

     

    http://www.lapistole.com/ann1770rev92.html

     

     

    Sources 

     

    . Archives Départementales de la Loire – Atlantique, ville de Nantes – Décès An 7 Section Liberté et la Paix – cote 1E195 – vues n° 6,7/43. 

    . Archives de la ville de Rennes – tous droits réservés – vue n° 257/281 – Paroisse Saint-Germain – cote GGStGe35 – Baptêmes mariages (1er janvier 1752-31 décembre 1755). 

    . Photos de l'auteur : Pistolet Maréchaussée modèle 1770, de la Manufacture de Charleville - date effacée ou l'on devine 74 (1774) ? - Pistolet de Gendarmerie modèle an IX  daté An XI (1802-1803), de la Manufacture de Maubeuge. Collection particulière. 

    . Les bâtiments de l'Oratoire de Nantes tirés des ''Collèges de Nantes'' – Info-Bretagne. Com.

     

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 

     

    Suicide du gendarme Julien Lefloch....

    Suicide du gendarme Julien Lefloch....

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    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon…

     

    L’histoire de ces petits villages du Nord des Deux-Sèvres est souvent méconnue et si ce n’était les travaux de l’abbé Michaud, on n’en connaîtrait sûrement rien, tant cette micro-région est occultée par la grande histoire. Point de grands héros en pays argentonnais, point de chefs charismatiques et pourtant, une histoire forte avec son lot de victimes, souvent anonymes et enterrés au hasard d’un coin de champ.

    Le rendez-vous était fixé à 10 h ce dimanche 5 mai sur le parking du cimetière de Saint-Clémentin en vue de déposer quelques fleurs sur la tombe du curé Pierre Larc, curé insermenté de la paroisse et qui avait pris le parti de transmettre aux générations futures les noms d’une poignée de martyrs de sa paroisse.

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Après avoir rappelé la vie tourmentée du curé Larc, vivant caché tantôt sur le territoire de Saint-Clémentin, tantôt à la Guinebrandière d’Etusson, j’abordai quelques noms de victimes assortis des lieux où ils furent enterrés, secrètement pour la plupart. Je laissai ensuite la parole à Bruno qui nous parla des armes de récompenses et des fusils d’honneur accordés par Louis XVIII aux braves de la Vendée, et qui seront en 1832, la cible du gouvernement philippard.

    De là, nous entreprîmes une petite marche en direction des chapelles des Rosiers et Saint-Ouen, sur la route de la Coudre. Fermées lors de notre marche, les deux chapelles furent ouvertes dans l’après-midi, pour le bonheur de quelques participants qui s’y attardèrent. Après avoir rappelé l’ancienneté des deux chapelles et l’anecdote des cloches de celle des Rosiers, dont une fut retrouvée dans la rivière de l’Argent, à quelques pas de son chevet, on se mit en route pour le « Grand-Pont », lieu sur lequel nous devions pique-niquer malgré un petit vent frais.

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Sans nous attarder après le repas, nous nous mîmes en route, à pied, pour le bourg de Voultegon. Son église est certainement l’une des plus anciennes de tout le Poitou et une visite s’y imposait.

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Quelques pas plus loin, j’indiquai aux participants l’ancien emplacement de la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle, qui se situait alors au milieu de la route actuelle passant devant l’église. C’est là, que plusieurs personnes furent massacrées par la colonne de Grignon. La chapelle est aujourd’hui cinquante mètres plus loin.

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Un peu plus loin encore : la chapelle Saint-Sébastien, daté du XV° siècle. On retrouvera l'histoire de ces deux chapelles ici et ici.

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Puis, quittant Voultegon, nous nous rendîmes au calvaire de la Coindrie, près de la Coudre, au croisement de la route de Bressuire à Argenton-Château (ou Argenton-les-Vallées, ou encore Argentonnay, comme vous voudrez, il ne manque qu’Argenton-le-Peuple pour être complet). Ce calvaire, édifié le 25 septembre 1934 est l’un des premiers monuments de l’association du Souvenir Vendéen. Il fut restauré en juin 2015.

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Après avoir pris la direction de Bressuire, notre dernière étape nous conduisait à Saint-Aubin-du-Plain, où l’on connaît la triste affaire de la municipalité, venue accueillir Grignon en écharpe et qui fut fusillée. Un petit écart, nous mena sur le chemin du manoir de la Rochejaquelein, le long duquel se dresse une croix dite « du souvenir ». Nicolas a émis une hypothèse très intéressante à son propos dans son compte-rendu ici.

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

     

    De plusieurs massacres qui eurent lieu à Saint-Aubin-du-Plain, celui qui a le plus marqué les mémoires est celui où 79 personnes durent creuser leur propre fosse commune, près du Bois-Roux,  avant d’être fusillées ou hachées à coup de sabre, on ne sait trop. Selon toute probabilité, l’emplacement de la fosse pourrait être le long de l’ancienne route d’Argenton à Bressuire. Plusieurs possibilités dans ces lieux emplis de mystères :

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    Puis vint l’heure du dernier café…

    Les Amis du Pont-Paillat à Saint-Clémentin et Voultegon....

    …En attendant de se retrouver pour la prochaine, dans les Mauges cette fois.

    RL

    Mai 2019

     

     

     

     


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    La colonne infernale de Grignon à St-Michel-Mont-Mercure…

     

    Il faudrait arriver à produire un jour un atlas détaillé de toutes les marches et contremarches des colonnes infernales, village par village et ferme par ferme. Ce serait un travail long et fastidieux mais ô combien passionnant, autant pour l’auteur que le lecteur. Comme ce n’est sûrement pas demain la veille que je m’attellerai à un tel chantier, je préfère vous présenter de temps en temps un carottage de ces parcours de feu et de sang, avec le plus de détails possibles. Ma femme avait déjà évoqué le sort de Saint-Michel-Mont-Mercure ici et à mon tour, je me penche sur le sujet pour rappel mais aussi pour quelques précisions de terrain.

    On trouve une relation de l’abbé Billaud dans les bulletins paroissiaux de Saint-Michel qui n’est pas sans intérêt (1). Reprenons son texte en y ajoutant quelques détails de circonstances.

    « Qu'est-ce qui se passait, pendant ce temps-là à St-Michel ? Vit-on là aussi les Colonnes Infernales ? Oui. La colonne de Grignon mit tout le pays à feu et à sang.

    Grignon campa avec ses bandits, à la Flocellière, pendant 3 jours: du 27 au 30 janvier 1794. Puis le 31 janvier, Grignon se dirigea, par St-Michel, sur les Herbiers. Ce fut, à Saint-Michel, le jour du grand massacre. »

    En effet, Grignon arriva à la Flocellière au soir du 27 janvier tandis que son second, Lachenay, est à Pouzauges le 28. La petite ville est incendiée. Ce dernier part opérer ses massacres à la Meilleraie le 29 janvier. Les deux chefs se retrouvent à Pouzauges où a lieu le fameux épisode du viol et de la tuerie des femmes prisonnières du château. Puis Grignon pousse une pointe vers le Boupère avec un petit détachement de vingt-cinq à trente hussards, avant de renvoyer un détachement pour l’incendier malgré les tentatives de négociations avec les habitants, majoritairement républicains. Le 31 janvier est bien la date à laquelle Saint-Michel-Mont-Mercure est incendié sur le parcours de Grignon qui se dirige vers les Herbiers pour y rejoindre Amey. Pendant ce temps, Lachenay, qui vient de brûler Rochetrejoux fera massacrer 200 personnes au Parc Soubise de Mouchamps. Laissons la parole à l’abbé Billaud pour la suite concernant Saint-Michel-Mont-Mercure :

    « De fait, on ne sait pas trop ce qui s'est passé. On sait pourtant que les bleus, après avoir livré le bourg aux flammes, partirent vers l'Epaud. Là, leur colonne se coupa en deux. Une bande descendit vers la Croix-Barra et les Herbiers ; l'autre descendit, par la Chambaudière vers Saint-Paul en Pareds. Evidemment, tous les villages trouvés en chemin, furent brûlés ; les habitants furent massacrés ! Les anciens se rappellent encore certains faits. »

    Je ne vais pas développer ici ce qui se passera jusqu’à Saint-Paul-en-Pareds, cette partie étant l’objet d’une future sortie sur le terrain des « Amis du Pont-Paillat » où nous reprendrons le plus exactement possible le chemin pris par la colonne infernale. L’abbé Billaud poursuit :

    « Le père Auguste Merle m'en a raconté. Il y eut un massacre à la Chambaudière ; les victimes, dont un Penaud, furent enterrés là où est maintenant la Croix de la Poizelière. Une seule maison fut épargnée ; elle appartenait, en ce temps-là, à un certain barbeau, notaire, qui était républicain... Plus loin, la Bonnelière aussi fut épargnée : c'est qu'elle appartenait désormais à l'État. L'État l'avait confisquée à Monsieur de Gourgeault, propriétaire, émigré. C'était maintenant un bien national. Le château fut en effet acheté, quelque temps après, avec la métairie et les moulins, par Monsieur Coquillaud. »

    A la Chambaudière, il existe une Vierge à l’entrée du village et dans celui-ci une croix que voici. Je n’ai pas trouvé trace d’une « croix de la Poizelière » (2). Les lecteurs du blog connaissant les lieux peuvent me laisser un commentaire ou un mail afin d'aider à situer le lieu de ce massacre.

    Massacres à Saint-Michel-Mont-Mercure....

    Un autre calvaire existait à la Chambaudière sur le cadastre de 1965 (AD85, 2258 W 257/26). La croix de la photo est celle dans la parcelle vide. Celle aujourd'hui disparue, se voit ci-dessous au centre du village :

    Massacres à Saint-Michel-Mont-Mercure....

    A nouveau l'abbé Billaud : 

    « On raconte aussi qu'à la Burlandière, les bleus, ayant pris un nommé Ravaud, lui enfoncèrent leur bayonnette dans le ventre. Le malheureux revint peu après, chez lui, en tenant à deux mains ses entrailles sanglantes, qui lui sortaient par plusieurs blessures ! »

     « Imaginons un peu, si nous le pouvons, ce jour de cauchemar. Les bleus sont tout près, on le sait, ils sont là à la Flocellière ; ils viennent pour tuer et brûler tout... Sera-ce pour aujourd'hui, ou pour demain ? - Imaginons les coups de feu tirés au loin, dès le matin, qu'on entend le coeur serré, de la Cessière, de la Bessonnière, de la Chambaudière, de la Burlandière, des Brosses... et qui signifient que les bandits approchent ! Le bétail qu'on envoie dans les champs, pour qu'il ne périsse pas, égorgé ou brûlé, dans les étables. Les pauvres vieux, infirmes souvent qu'on ne sait comment cacher, et qui, résignés à la mort d'avance, disent aux enfants : "Allez-vous en ! Laissez-moi là! Cachez-vous !" et qui s'assoient au coin du feu, leur chapelet à la main, prêts à recevoir le coup fatal ! - Les enfants malades qu'on ne peut transporter et qui supplient leur mère de rester avec eux ; et les mères qui préfèrent mourir avec leurs petits, plutôt que de vivre sans eux ! - Et les métairies, et les villages qu'on voit de loin flamber comme d'immenses brûlots rougeâtres ! - Et les femmes blotties, tremblantes dans leurs cachettes avec des petits que la Terreur affole, et qui sans le vouloir font du bruit ! - Oh ! l'horrible instant où l'un des bandits arrive devant la cache et appelle ses camarades ! Les baïonnettes qui s'enfoncent dans les corsages ! les petits enfants, qu'on attrape dans les jupes de leur mère, qu'on empoigne par un pied, et dont on fracasse le crâne sur une pierre ! »

    Les lieux sur l’IGN de Géoportail :

    Massacres à Saint-Michel-Mont-Mercure....

    Massacres à Saint-Michel-Mont-Mercure....

    On pourrait penser ces dernières phrases sont quelque peu exagérées mais voici pour finir, le témoignage d’un républicain, déjà connu pour ses dénonciations contre Grignon (3), il s’agit de Vincent Chapelain.

    Massacres à Saint-Michel-Mont-Mercure....

    «...On partit de la Flocellière (Floutière dans l’impression originale), après avoir incendié le bourg. Grignon m’ordonna de le suivre et de ne pas m’éloigner de lui ; dans la route, on pilloit on incendoit ; depuis la première jusqu’aux Herbiers, dans l’espace d’une lieue, on suivoit la colonne autant à la trace des cadavres, qu’elle avoit faite, qu’à la lueur des feux qu’elle avoit allumés ; dans une seule maison on tua deux vieillards, mari et femme, dont le plus jeune avoit au moins 80 ans... »

    Saint-Michel-Mont-Mercure, dont la célèbre église couronnée du plus puissant des archanges est assise sur le point culminant de la Vendée, de toute la Vendée Militaire, a eu aussi son lot d’horreurs, dont la plupart restent encore à découvrir.

    A bientôt…

    RL

    Mai 2019

     

     

    Notes :

     

    (1)  AD85, Bulletin paroissial de Saint-Michel-Mont-Mercure, N° 55, 1950.

    (2)  Le seul village de « la Poizelière » existant dans la région se trouve sur la commune des Epesses, non loin de Mallièvre, très très loin du théâtre des événements décrits ici.

    (3)  Lequinio, op. cit., p. 48.



     


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