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    Marguerite Dravigny, épouse d’un Chasseur à cheval... 

     

     

     

    Marguerite Dravigny, femme d'un chasseur à cheval....« Les représentants en mission firent entendre des plaintes répétées, Carnot et Duquesnoy écrivirent, le 20 avril 1793, qu’il y avait presque autant de femmes que de soldats à l’armée de Belgique. Elles remplissaient les casernes et les cantonnements, « elles énervaient les troupes et détruisaient, par les maladies qu’elles y apportaient, dix fois plus de monde que le fer des ennemis » Delacroix, le 22 mars, leur reprochait de consommer beaucoup et d’occuper une quantité de chariots destinés aux bagages et provisions. Toutes ces plaintes furent groupées par le député Poultier dans un rapport qu’il lut à la Convention le 30 avril 1793. Le troupeau des femmes rendait les marches et les retraites pénibles et dangereuses. Elles étaient la source de querelles sans fin, elle semaient la terreur dans les camps, Poultier leur attribuait en partie les désastres du printemps de 1793 : « Dumouriez traînait à sa suite des maîtresses, des chanteuses, des comédiennes, et son quartier avait beaucoup de ressemblance au harem d’un vizir. Cette contagion avait gagné les officiers et les soldats et le général n’avait garde d’empêcher ce qu’il faisait lui-même.»  La Convention décréta que les généraux seraient tenus de faire congédier, sous huit jours, toutes les femmes inutiles au service des armées. On ne garderait plus dans chaque bataillon que quatre blanchisseuses munies d’une lettre du chef de corps et portant une marque distinctive. Toutes les femmes mariées indistinctement furent renvoyées, même les femmes d’officiers généraux. Les voituriers ne recevraient plus sur leurs voitures que les femmes dûment autorisées. Mais le mal était trop profond pour qu’il put être déraciné d’un seul coup. En pleine Terreur le décret était violé par ceux qui avaient la charge de l’appliquer. En frimaire an II, les représentants à l’armée de l’Ouest durent prendre un arrêté pour exclure les femmes qui étaient revenues en grand nombre à cette armée. Un débat s’engagea à la Convention, le 22 frimaire, Romme se plaignit que l’armée du Nord fourmillait de femmes, qui amollissaient les soldats et les rendaient « incapables de servir avec vigueur la République » Merlin de Thionville demanda que les femmes en contravention fussent emprisonnées pour trois mois. Bourdon de l’Oise dénonça les généraux qui donnaient l’exemple de la violation de la loi. « Rossignol est venue nous voir, Goupilleau et moi, accompagné d’une femme déguisée en aide de camp. Commençons par punir les généraux. » La Convention vota un nouveau décret. Les femmes qui se trouveraient dans les armées contre le vœu de la loi seraient livrées à la police correctionnelle. Les généraux et commandants de corps, qui seraient coupables de contravention ou seulement de défaut de surveillance, seraient destitués et regardés comme suspects. Enfin les Représentants du peuple eux-mêmes seraient rappelés de mission. »

    Marguerite Dravigny, femme d'un chasseur à cheval....

    En ce mois de frimaire de l’an deux, l’arrêté des représentants à l’armée de l’Ouest est resté lettre morte puisque Maguerite Dravigny, femme d’un maréchal des logis du deuxième régiment de chasseurs à cheval, en quartier à La Flèche a suivi son mari, elle décède en ce lieu, le 13 frimaire de l’an 2, (3 décembre 1793).

     

    « Aujourd’hui vingt trois frimaire de l’an second (13 décembre 1793) de la République une et indivisible sont comparus à la maison commune, Germain Estourneau, notaire public et Jean Herné perruquier demeurant en cette ville, lesquels ont déclaré que le treize du présent à dix heures du matin est décédée en cette commune Marguerite Dravigny femme de Nicolas Tisseran dit Laplainne maréchal des logis au deuxième régiment de Chasseurs à Cheval en quartier à La Flèche native de Verdun, paroisse Saint Sauveur, âgée de trente neuf ans, fille de défunt Michel Dravigny et de Marie-Anne Jacquot ses père et mère décédés à Verdun, de laquelle déclaration, nous officier public soussigné avons rédigé le présent acte pour servir ce que de raison, fait à la maison commune de La Flèche, les jour et an que dessus et ont signé avec nous.  

     

    signé : Herné père, Estourneau, Estourneau Officier Public. » 

     

    Marguerite Dravigny est la fille d’un « garde magasin du Roy, marchand bourgeois et marchand mercier » de la ville de Verdun. Elle est née le 23 mars 1749 à Verdun de Michel-Charles Dravigny et de Marie-Anne Jacquot, originaires de Reims. Elle épouse à l’âge de 25 ans, le 19 juillet 1774 à Verdun, un perruquier, Nicolas Tisserant-Tisseran.

    Nicolas Tisserant est né le 18 novembre 1751 à Metz, fils de Jean-Georges Tisserand, « pensionnaire de Roy » et de Jeanne Dubois de la paroisse de Saint-Médard de Verdun. (Je n’ai pas retrouvé son acte de naissance pour l’année 1751 en la paroisse Saint Victor de Metz - erreur de retranscription de son acte de mariage ? ) C’est un perruquier engagé au 2ème Régiment de Chasseurs à Cheval, dit régiment des Evêchés, maréchal des logis en 1794.

    Ce sous-officier traverse les guerres de l’Ouest sans dommage. Nous le retrouvons le 28 Pluviôse de l’an 5 à Verdun. Il est lieutenant au 2e Régiment de Chasseurs à Cheval en garnison à Dôle.

    A 44 ans, il épouse une divorcée de 59 ans : « Divorcée d’avec Alexis Langleman et veuve en première noce de Jean-Baptiste Coeuillet, domiciliée rue de la Commune à Verdun, assisté de Georges Tisserant dit La Plaine, vétéran, domicilié rue de l’ Egalité, père du futur. »

    Les témoins : « Jean-François Villantroye, chef d’Escadron au 11e Régiment de Chasseurs à Cheval, Jean-Nicolas Quintin quartier-maître (capitaine) du 11e Régiment de Chasseurs à Cheval ; Jean-Claude Boudouille, quartier-maître au 9e Régiment de Chasseurs à Cheval. »

     

    Un mot sur ses camarades Révolutionnaires :

     

    Jean-François de Villantroys sera fait Chevalier de la Légion d’Honneur par Napoléon (Dossier de 25 pièces). Il est né à Paris, le 15 février 1753. Il entre au service en qualité de dragon au 6e Régiment, le 12 novembre 1767. Il est capitaine le 3 juin 1779, puis chef d’escadron au 2e Régiment de Chasseurs, le 5 février 1792. Passé au 11e Régiment de Chasseurs le 8 mars 1793, il est nommé sous-inspecteur aux revues le 1er nivôse de l’an 10. Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur le 27 nivôse an 13, mis à la retraite le 1 janvier 1816 et fait Officier de la Légion d’Honneur par Louis XVIII le 6 juin 1816.

    Jean-Claude Boudouille est capitaine quartier maître au 9e Régiment de Chasseurs à Cheval en garnison à Nomény. Il s’est marié avec Anne-Marguerite-Sophie Desbourbes. Il aurait reçu un sabre d’Honneur de la Convention Nationale et fut de la première promotion de la Légion d’Honneur.

     

    Le deuxième mariage de Nicolas Tisserant ne fut pas une réussite, le 18 Ventôse an 8 (9 mars 1800), alors qu’il a quitté l’armée et est devenu propriétaire à Verdun, il divorce d’avec Jeanne Miquet-Micquet pour incompatibilité d’humeur et de caractère… épouser une femme de 13 ans son aînée, déjà divorcée, n’est pas forcément une « bonne affaire ».

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Sarthe tous droits réservés. - Registre des décès 1793 – 1803  acte n°135, an deux de la République- commune de La Flèche - Acte de décès de Marguerite Dravigny. Acte de mariage du 19 juillet 1774 vue n°27/358. 

    . Les Femmes aux Armées par Albert Mathiez – Professeur d’Histoire moderne à la faculté des lettres de Besançon – La Victoire en l’ an II – Esquisse historique sur la défense nationale – Paris librairie Félix Alcan 108 Bd Saint-Germain 108 – 1916. 

    . Archives de la ville de Verdun tous droits réservés – mariage du 28 pluviôse de l’an 5 vue n°129,130/203. 

    . Généanet arbre de pdasilva 1723. 

    . Base Leonore dossier LH2716/126 - Officier de la Légion d’Honneur – Archives Nationales.Jean-François de Villantroys-Villantrois. 

    . Illustrations : Dessin de Déricourt 1793 – femmes et enfants dans un campement républicain durant les guerres de la Révolution – source Gallica. Bnf.  Les armées de ligne de la Révolution un projet de la SEHRI – les régiments de Chasseurs à Cheval 1791. 

                                                 

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    En Nivôse de l’an II, des Vendéens « disparaissent » dans la Sarthe... 

     

      

     

    Disparition de Vendéens dans la Sarthe....En parcourant les archives de Sablé-sur-Sarthe, département de la Sarthe, j’ai rencontré des Vendéens qui rendent leur âme à Dieu en Nivôse de l’an II.

    Il est émouvant de tirer leurs noms de l’oubli, c’est donc à la mémoire des 100 000 Vendéens qui traversèrent la Loire à Saint-Florent-le-Vieil les 17 et 18 octobre 1793, que je vous livre cette liste. Seulement quelques milliers sont revenus des massacres de la Virée de Galerne.

    Vous remarquerez qu’ils sont pratiquement tous mort le 12 nivôse de l’an II à 6 heures du soir, (1er janvier 1794), de saturnisme ? D’un excès de plomb ? ou guillotinés ?

     

      Jeanne Raine, âgée de 17 ans, de Mazières (Mazières en Mauges) † à la prison de Sablé le 9 décembre 1793.

      Décès d’une fille de Beaupréau, âgée de 24 ans dont on ignore le nom, † à la prison de Sablé, le 9 décembre 1793.

      Louis Gaboriaux « de la Vandée », âgé de 5ans 1/2, fils de feu Louis Gaboriaux et de feue Françoise Youx « de la paroisse de l’enclave de Tifauge » décédé à l’hôpital de Sablé le 3 nivôse de l’an II.

     

    - Le 12 Nivôse de l’an II. (1er janvier 1794). 

      Perrine Baudiré, de la paroisse de Chalonnes, âgée de 45 ans, fille de Jean Baudiré et de Jeanne Rousseau, † à l’Hôtel-Dieu de Sablé le 8 nivôse de l’an II.

      Pierre Graveleau, domestique-laboureur demeurant paroisse de la Verrerie (la Verrie), « district de Montaigu, département de la Vengée » † le 12 Nivôse de l’an II.

      Pierre Landereau, domestique laboureur de la commune de Cholet, † le 12 Nivôse de l’an II, à l’Hôtel-Dieu de Sablé.

      Jacques Vinet, âgé de 25 ans, « garçon laboureur, demeurant en la commune de Cholet » † à l’Hôtel-Dieu de Sablé le 12 Nivôse de l’an II.

      Jean Papin, âgé de 20 ans, « garçon laboureur demeurant en la commune de Cholet » † à l’Hôtel-Dieu, le 12 Nivôse de l’an II.

      Jean Minguet, âgé de 25 ans, « garçon cultivateur demeurant en la paroisse de Sainte Hermine de Clisson, département de la Vengée » (Saint Lumine-de-Clisson) † 12 nivôse de l’an II à l’Hôtel-Dieu.

      René Simonnot, âgé de 30 ans, domestique demeurant en la commune de Cholet † le 12 Nivôse à l’Hôtel-Dieu.

      Pierre Pottier, âgé de 19 ans, laboureur, demeurant en la commune de la Roche-sur-Yon, « département de la Vengée ». † à l’Hôtel-Dieu le 12 Nivôse de l’an II.

      Laurent Petiteau, âgé de 70 ans, demeurant à Saint-Aubin-de-Luigné † en cette ville le 12 Nivôse de l’an II.

      Jean Guéhery, âgé de 29 ans, « laboureur, demeurant en la commune de Chantonay, département Vengé. » † en cette ville le 12 Nivôse de l’an II.

      Pierre Abélard, tisserand, âgé de 28 ans, demeurant en la commune de Vihiers, † le 12 Nivôse de l’an II.

       François Battieau, âgé de 37 ans, laboureur « demeurant en la commune de Chantonay département Vengé. » † le 12 Nivôse de l’an II.

      René Brochard, âgé de 22 ans, domestique laboureur, demeurant commune de la Merlatière, département Vengé, † le 12 nivôse de l’an II.

      Louis Chalais-Chalet, âgé de  18 ans, garçon laboureur, demeurant en la commune de Cholet, † le 12 Nivôse de l’an II.

      Jean Boutelou, domestique laboureur, « demeurant en la commune de Joué (Joué-Etiau) Mayne et Loire, » † le 12 Nivôse de l’an II.

       Pierre Merlet, âgé de 25 ans, garçon laboureur demeurant commune de Saint Devoine ??, département Vengé, † le 12 nivôse de l’an II.

      René Boileau, âgé de 46 ans, demeurant en la commune de Saint-Martin-de-Beaupréau, †  le 12 Nivôse de l’an II.

      Pierre Boisseau, âgé de 24 ans, domestique laboureur, demeurant la commune de Saint-Saturnin, département de Maine-et-Loire † le 12 Nivôse de l’an II.

      Louis Breteau, âgé de 57 ans, demeurant la commune de Saint-Laurent de la Plaine, † le 12 Nivôse de l’an II.

      Pierre Robinouet, âgé de 21 ans, domestique laboureur, demeurant en la commune de la Châtaigneraye, département Vengé. † le 12 nivôse de l’an II.

      Jean Maillet, âgé de 46 ans, demeurant en la commune de Juigné-sur-Loire † le 12 Nivôse de l’an II.

      François Gasnier, âgé de 34 ans, aubergiste, à Saint-Jean-des-Mauvrais (Saint-Jean-des-Mauvrets), † le 12 Nivôse de l’an II.

      Marin Tranchant, âgé de 47 ans, demeurant en la commune de Saint Augustin, département de Maine-et-Loire † le 12 Nivôse de l’an II.

      René David, âgé de 33 ans, natif de la commune de Bassemer, département de la Loire-Inférieure, † le 12 nivôse de l’an II.

      Pierre Palassière-Palussière, âgé de 65 ans, journalier, demeurant en la commune de Saint-Laurent-du-Mottais, département de Maine-et-Loire. † le 12 Nivôse de l’an II.

      Pierre Thomas, sans savoir d’où il est, n’ayant pu avoir d’autres connaissances, † le 12 Nivôse de l’an II.

      Charles Ouvrard, âgé de 30 ans, tailleur d’habits, demeurant en la commune de Chaudron, † le 12 Nivôse de l’an II.

      François Albert, âgé de 50 ans, demeurant dans la commune de Bassemer, † le 12 Nivôse de l’an II.

      Jacques Doucet, âgé de 50 ans demeurant en la commune de Tramanquile (Trémentines), † le 12 Nivôse de l’an II.

     

    -  Le 13 Nivôse de l’an II. (2 janvier 1794).

      Louis Jannot*, âgé de 18 ans, laboureur, demeurant « en la commune de Verné département de Mayne-et-Loire » le 13 Nivôse de l’an II.

      Un Louis Jannot, laboureur, domicilié à Verné, département de Mayenne et Loire a été guillotiné le 13 nivôse an deux (même date) par la Commission Militaire séante aux Sables ?? une confusion avec Sablé ?, comme Brigand de la Vendée (Voir le journal des guillotinés).

      Guillaume Bureau, âgé de 23 ans, marin sur Loire et sur mer, demeurant en la commune de Vertout, département de Loire-Inférieure. † le 13 Nivôse de l’an II.

      - Le 22 Nivôse de l’an II. (11 janvier 1794).

    Julien Lefeuvre, âgé de 26 ans, garçon boulanger, « natif de la commune Davessac district de Blin » département de la Loire-Inférieure, † le 22 Nivôse de l’an II.

      René Boulin, domestique, âgé de 38 ans, natif de Clisson, domicilié de Nantes, † le 22 nivôse de l’an II.

      Pierre Brou, marchand-colporteur, âgé de 29 ans, orginaire de la commune de Vallet district de Clisson département de Loire-Inférieure † le 22 Nivôse de l’an II.

      Pierre Paquier, garçon meunier, âgé de 40 ans de la commune de du May district de Saint-Florent, † le 22 Nivôse de l’an II.

      Henry Bricher, laboureur, âgé de 49 ans, de la commune de Saint-Aubin-de-Luigné département de Maine-et-Loire † le 22 Nivôse de l’an II.

     

    - Le 23 Nivôse de l’an II. (12  janvier 1794). 

      François Gautier, charpentier, âgé de 23 ans, de la commune de Basse-Goulaine, proche Nantes, † le 23 Nivôse de l’an II.

      Joseph Ripoche, garçon tailleur de pierre, âgé de 27 ans, « de la commune de Saint Pierre Moliviart » (Saint Pierre Montlimart), district de Saint-Florent † le  23 Nivôse de l’an II.

      Julien Droussouard, laboureur, âgé de 24 ans, de la commune de Mauve, domicilié en celle de Couffé, près Nantes, département de la Loire Inférieure, † 23 Nivôse de l’an II.

      Michel Rousselot, journalier, âgé de 35 ans, natif du May district de Cholet † le 23 Nivôse de l’an II.

      Jean Guérin, laboureur, âgé de 22 ans, de la commune de Vallet, proche Nantes. † le 23 nivôse de l’an II.

      Pierre Cesbron, âgé de 45 ans, vigneron de la commune de Denée près d’Angers. † le 23 Nivôse de l’an II.

      Jean Pasquereau, laboureur, âgé de 48 ans, de la commune du Loroux-Bottereau, district de Clisson † le 23 Nivôse de l’an II.

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Sarthe tous droits réservés. - Décès de la ville de Sablé-sur-Sarthe année 1793-1803 - vues 58, 59 jusqu’à la vue 74/243 et suivantes. 

    . Photo : de l’auteur. 

                                                    

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Un jugement d’une grande clémence... 

     

     

     

    Pierre Magne, soldat républicain....Pierre Magne-Magnes additionne à lui seul, les qualités du soldat républicain des Colonnes Infernales : assassin, voleur, violeur, déserteur avec tentative d’assassinat envers ses supérieurs et il en applique les méthodes dès l’année 1793, un précurseur en quelque sorte.

    Un cas parmi tant d’autres, car ce sont tous les hommes des Colonnes Infernales qui auraient dû être condamnés.

    Vous constaterez la mansuétude avec laquelle la justice militaire va expédier cette affaire, seulement quatre années de fers pour l’assassinat d’un couple, et d’un habitant sortant de chez lui, le vol d’une montre, le viol d’une femme, une désertion avec violences envers ses supérieurs…

    Que vous soyez républicains ou royalistes, la justice de la République maçonnique sera blanche ou noire. Les dérives et les errements des jugements sont encore plus criants avec les démocrates de compétition, que sous l’ancien Régime.Voici la copie de ce jugement à Nantes le 21 Messidor an 3 de la République (9 juillet 1795).

     

    « Jugement rendu par le Tribunal-Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’Armée de l’Ouest ; qui sur la déclaration du Juré, condamne le nommé Pierre Magne, Volontaire au deuxième Bataillon du 109e. Régiment d’Infanterie à la peine de quatre années de fers. 

    AU NOM DE LA LOI . Nantes le 21 Messidor, troisième année Républicaine.

     

    Le Substitut de l’accusateur du Tribunal-Criminel Militaire du second arrondissement de l’Armée de l’Ouest ; 

    Aux Citoyens juges et Jurés composant ledit Tribunal.  

     

    CITOYENS, 

     

    Le nommé Pierre Magne fusilier au 109e Régiment, présent devant vous, est un de ces hommes qui ont souillé leurs mains de tous les forfaits. 

    Assassinats, meurtre, viol, vol sont les crimes pour lesquels il a été décrété d’accusation et traduit devant vous. 

    L’exposé de sa conduite affligera vos âmes et vous fera frémir d’horreur. 

       

    Magne le 17 octobre 1793 (vieux style), faisant route de Montaigu à Mortagne avec quelques hommes de son régiment, rencontra un homme et une femme qui conduisoient du vin : semblable à ces monstres qui ont causé tant de ravages dans le malheureux pays de la Vendée il sacrifia ces deux habitants des campagnes à sa fureur sanguinaire ; après avoir commis ce crime horrible , il eut la barbare et révoltante de placer ces deux victimes de sa rage dans la posture la plus indécente.  

    Dans la nuit du 18 au 19 du même mois et de la même année, Magne marchant avec son régiment, profite d’un moment  de halte pour s’échapper dans la campagne. Il viola l’asile d’une femme infortunée, la maltraita impitoyablement, lui vola sa montre, et malgré les cris de cette nouvelle victime de sa férocité, il satisfit une passion honteuse et brutale.  

    Quelques temps après, Magne semblable à un tigre altéré de sang et qui ravage tout sur son passage, assassina un autre habitant des campagnes qui sortoit de sa demeure. 

    Tant de crimes portèrent sans doute les remords et la terreur dans l’ame de Magne, il s’apperçut qu’il alloit être dénoncé, et il déserta de son Régiment. 

    Effectivement, peu de temps après, le citoyen Delaunay, l’un de ses supérieurs, le dénonça et le fit traduire devant à un Tribunal militaire qui siégeoit au Château. Ce Tribunal sans doute voulant acquérir toutes les preuves des forfaits énormes commis par Magne, tarda de le mettre en jugement ; pendant ce temps Magne trouva le temps de s’évader de sa prison. Des ordres furent donnés pour que Magne fut arrêté par-tout où on le trouveroit. 

    Le 20 Brumaire an deuxième (10 novembre 1793) le Quartier-Maître et trois sergents-majors qu’il reconnu très bien, le rencontrèrent sur la route de Nantes à Ancenis ; et en vertu des ordres qui leur avoient été donnés, ils se mirent en devoir de l’arrêter. Magne en cette occasion donna des marques de la rébellion la plus complète ; non seulement il se refusa d’obéir aux ordres qui lui furent intimés par ses supérieurs, non seulement il les menaça, mais encore il tira sur eux un coup de pistolet qui heureusement n’atteignit personne : fâché sans doute de n’avoir pu ainsi échapper aux poursuites de ses Officiers, il essaya d’en tirer un deuxième ; mais il fut désarmé aussitôt et reconduit en prison de nouveau. 

    Depuis lors, Magne a été interrogé plusieurs fois, l’impossibilité d’appeler les témoins a été cause qu’il n’a pu être mis en jugement plutôt. 

    Une série de questions leur a été adressée, et à laquelle la plupart d’entre-eux ont répondu conformément à la loi du 18 Prairial an deuxième, dont la lecture va vous être faite. 

    J’accuse en conséquence des faits que je vous ai rapportés plus haut, Pierre Magne, soldat au 109e Régiment d’assassinats, de viol, de vol, de désertion dans l’intérieur de la République ; je l’accuse en outre de rébellion envers ses supérieurs, de menaces et voies de fait envers eux, et je requiers qu’il soit jugé conformément aux loix, signé AUDE. 

     

    Vue la déclaration au juri portant qu’il y a lieu à accusation contre le nommé Pierre Magne âgé d’environ 25 ans, laboureur, natif de Canet département de l’Hérault , et actuellement volontaire au 2e bataillon du 109e Régiment d’infanterie ; 

    Vu aussi l’acte d’accusation dressé par le citoyen Aude Substitut de l’Accusateur Militaire, duquel il résulte que le dit Magne est accusé : 

    1° d’avoir, le 17 octobre 1793 (vieux style), faisant route de Montaigu à Mortagne, dans la Vendée, avec quelques volontaires de son Bataillon, assassiné un homme et une femme conduisant une voiture chargée de vin ; 

    2° d’être dans la nuit du 18 au 19 du même mois et de la même année, entré chez une citoyenne demeurant à une lieu et demie de Beaupréau, de lui avoir pris sa montre, et de l’avoir ensuite violée ; 

    3° d’avoir, quelque temps après, assassiné sur la route de  Beaupréau à Saint-Florent  un citoyen paisible sortant de sa demeure ; 

    4° d’avoir en outre, se doutant sûrement bien, qu’il alloit être dénoncé pour tous les crimes qu’il avoit commis, déserté du 109e Régiment d’infanterie pour entrer  dans le corps des Chasseurs de Cassel ; 

    5° d’avoir donné enfin, le vingt Brumaire an deuxième, les marques de la rébellion la plus complète, en tirant près les barrières de cette commune un coup de pistolet sur les citoyens Hubert, Reignier, Hellé et Thiéry, Sergents-Major de son bataillon, chargés de l’arrêter ; après avoir fait donner lecture aux jurés de la loi  du 18 Prairial dernier, des questions adressées aux témoins, des réponses à elles faites par l’accusé, tant sur les questions que sur les réponses ; lui avoir fait subir un nouvel interrogatoire ; avoir entendu le Substitut de l’Accusateur Militaire, l’accusé ainsi que son Conseil  dans ses moyens de défenses, et les deux déclarations du juré portant :

    La première : «  la déclaration du juré est qu’il peut procéder à la délibération  sur l’affaire de Pierre Magne d’après les dépositions écrites des témoins dont il a entendu lecture, et qu’il regarde comme inutile de les entendre oralement. 

      Nantes, le 21 Messidor, troisième année républicaine. 

     

                                    Signé Guillet, Chef du Juré. » 

     

    La deuxième : « Qu’il est constant, que le 17 octobre 1793 (vieux style), il a été assassiné par un Volontaire sur la route de Montaigu à Mortagne, un homme et une femme conduisant une charrette ; mais qu’il n’est pas constant que Pierre Magne, Volontaire au 109e, soit l’auteur de cet assassinat. » 

    « Qu’il est constant que, le 19 du même mois, ledit Pierre Magne est entré chez une citoyenne demeurant à une lieu et demie de Beaupréau et qu’il lui a volé sa montre. » 

    « Qu’il est constant qu’il lui a levé sa jupe, mais qu’il n’est pas constant qu’il l’ai violée. » 

    « Qu’il est constant que, peu de jours après, il a été tué un paysan d’un coup de fusil, au moment où ce particulier sortoit de chez lui, mais qu’il n’est pas constant que ce soit ledit Pierre Magne qui ait commis ce délit. » 

    « Qu’il est constant qu’il a quitté son Régiment, mais qu’il n’est pas constant qu’il a eu l’intention de déserter. »  

    « Qu’il est constant que, le 20 Brumaire an deuxième, ledit Magne, se trouvant sur la route de Paris près les barrières, s’est révolté contre les citoyens Hubert, Regnier, Hellé et Thièry, Sergents du 109e chargés de l’arrêter, et qu’il a tiré contre eux un pistolet. » 

    « Qu’il est constant qu’il est l’auteur du vol de la montre d’une citoyenne, à une lieu et demie de Beaupréau, qu’il lui a levé ses jupes, qu’il s’est révolté contre les citoyens Hubert, Regnier, Hellé et Thièry, sergents du 109e Régiment, et qu’il a commis ces délits avec des intentions criminelles. » 

    « Qu’il n’est pas excusable. » 

     

    Nantes, le 21 Messidor, troisième année républicaine. 

     

                                                                     

    Signé Guillet Chef du Juré » 

     

    « Le Tribunal, après avoir entendu le Substitut de l’Accusateur Militaire, pour l’application des articles XVIII, section III du vol, du code pénal militaire du 12 mai 1793 (vieux style) ; Ier et II de la IV section du titre premier des délits particuliers contre le respect et l’obéissance dus à la loi et à l’autorité des pouvoirs constitués, pour la faire exécuter, du décret du 16 septembre 1791 (vieux style), ainsi conçus : 

    Article XVIII. « Tout militaire ou tout autre individu de l’armée, qui sera convaincu d’avoir attenté an quelque lieu que ce soit à la sûreté ou à la liberté des citoyens, sera puni de six mois de prison ; et s’il y a vol ou voie de fait, la peine sera de deux ans de fers, et en cas d’assassinat il sera puni de mort. » 

    Article I « Lorsqu’un ou plusieurs agents préposé, soit à l’exécution d’une loi, soit à la perception d’une contribution légalement établie, soit à l’exécution d’un jugement, mandat, d’une ordonnance de justice ou de police, lorsque tout dépositaire quelconque de la force publique agissant légalement dans l’ordre de ses fonctions aura prononcé cette formule : obéissance à la loi. 

    Quiconque opposera des violences et voie de fait sera coupable du crime d’offense à la loi, et sera puni de deux années de détention. » 

    Article II. « Si ladite résistance est opposée avec armes, la peine sera de quatre années de fers. » 

    Faisant droit aux conclusions dudit Substitut de l’Accusateur Militaire, et considérant que Magne, lors du fait de rébellion dont il est convaincu, ne comptoit plus à son corps, et que les militaires qui l’ont arrêté ne pouvoient être considérés que comme des agents chargés au nom de la loi, de son arrestation, et non comme ses supérieurs ; et en conséquence de l’article XVIII titre XIII du jugement, et de l’exécution du décret du 3 Pluviose l’an deuxième, ainsi conçu : 

     

    « Dans les cas non prévus par les loix pénales militaires, les Tribunaux criminels et de police Correctionnelle Militaire appliqueront les peines énoncées dans les loix pénales ordinaires, lorsque ce délit s’y trouvera classé. » 

    Condamne, conformément aux articles ci-dessus relatés, Pierre Magne Volontaire au deuxième bataillon du cent neuvième Régiment d’Infanterie, à la peine de quatre années de fers, ordonne qu’il sera de suite transféré en la prison du Bouffai de cette ville. 

    Ordonne en outre qu’à la diligence du Substitut de l’Accusateur Militaire le présent Jugement sera imprimé en deux cents exemplaires, affiché par tout ou besoin sera, et envoyé au Conseil d’administration du corps du condamné. » 

     

    Fait en l’audience publique, les mois jour et an que dessus, où présidoit Papin ; présent Aude, Substitut de l’Accusateur Militaire, qui ont signé, ainsi signé au registre : Papin, Aude et Berthet, Greffier. 

    Pour copie conforme au registre : Berthet Greffier. » 

     

    Pierre Magne, soldat républicain....

     

    Pierre Magnes est peut-être le fils de Jacques Magnes, laboureur, et de Marguerite Bouisson, mariés à Canet dans l’Hérault, le 28 avril 1761.

    Il serait né le 24 septembre 1772 à Canet. En 1795 on nous dit qu’il est laboureur et âgé d’environ 25 ans (en réalité : 23 ans.)

    Pierre Magne, soldat républicain....

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés. - Commissions et Tribunaux Militaires class B1/338 – Commissions Militaires de Nantes et Ancenis (sept 1794-déc 1795) class SHD B1/338/9 

    . Archives départementales de l’Hérault tous droits réservés – acte de Baptême de Pierre Magnes, année 1772 paroisse de Canet - vue n°7/136. 

    . Généanet – famille Magnes- arbre de Didier Castanié. 

    . Photo : Les Colonnes Infernales de : Vendée Novopress-Info. 

     

                                                                   

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Les justifications du général Grignon (1ère partie)...

     

     

    Louis Grignon est personnage tristement connu pour avoir commandé la seconde colonne infernale. On en retrouve une petite biographie publiée par ma femme ici. Mais plutôt que de m’attarder sur des éléments généalogiques, je vous propose de prendre connaissance des moyens qu’il a employés pour tenter de se sortir de la vague d’épurations qui a sévi dans l’armée républicaine au lendemain du 9 thermidor. Cet article sera donc extrêmement long et découpé en plusieurs épisodes.

    Malgré sa victoire à Noirlieu le 3 août 1794, Grignon est déjà en butte à de violentes critiques le 9, de la part du représentant du peuple de la Vienne, François Pierre Ingrand. Celui-ci écrit au Comité de Salut public en ces termes (1) :

    « Niort le 22 Thermidor an 2e de la République une et indivisible (9 août 1794)

    Le représentant du peuple membre du comité de salut public.

    Citoyens collègues

    J’ai vérifié par mes propres yeux la position actuelle de l’armée de l’Ouest en me transportant dans les camps et cantonnements de cette armée.

    D’après cette inspection il m’a paru certain que nous aurions assés et plus de troupes qu’il n’en faudrait pour détruire les brigands s’ils étoient tous réunis sur un même point et si nous pouvions aussi raprocher ns forces pour les attaquer ; mais si l’on considère que le territoire encore occupé par les brigands présente une surface de près de 80 lieues de circonférence ;  que les révoltés sont répandus sur tous ces points ; qu’ils se rassemblent à volonté et avec beaucoup de vitesse sur les points qu’ils veulent attaquer ; si l’on considère que cette circonférence de 80 lieues présente plusieurs points essentiels à conserver et qu’il faut garantir de l’invasion des brigands.

    Si l’on considère que pour protéger les agens de la commission d’agriculture et arts dans l’extraction de la récolte de quelques portions du territoire soumis à la révolte, il faut encore diviser et disséminer nos troupes sur plusieurs points. On concevra facilement que les généraux de l’armée de l’Ouest ne peuvent pas faire de ces actions éclatantes qui distinguent dans ce moment les armées françaises.

    Pour détruire entièrement le brigandage de la Vendée il faut faire le blocus de ce malheureux pays et ce n’est qu’en resserrant progressivement le cercle que l’on peut y parvenir et que l’on s’assurera de la destruction du dernier brigand.

    Je ne dois pas vous taire citoyens collègues que dans la tournée que je viens de faire, j’ai vu plusieurs généraux de brigade et de division & : qui m’ont paru peu propres au genre de commandement qui leur est confié.

    De ce nombre sont Huchet, nommé général de division par la commission de l’organisation. Sabattier, venu depuis peu à l’armée de l’Ouest en qualité de général de brigade. Bonnaire, général de division conte lequel j’ai fait passer des dénonciations au comité de salut public il y a plus de deux mois. Guillaume ex perruquier, nommé général de brigade par le cidevant pouvoir éxécutif. Legros bon soldat mais n’ayant point les lumières nécessaires à un général de brigade. Hector Legros cidevant eclésiastique adjudant général plus muscadin que soldat trop léger et trop inconséquent pour commander les soldats d’une république. Grignon, général de division ; habitant du pays ou il fait la guerre. Liébaut, adjudant général ayant donné des preuves de foiblesse et d’incapacité qui m’ont été dénoncées par le général Caffin ; ce Liébaut est un ancien musicien de régiment.

    Je crois que la durée de la guerre ditte de la Vendée a été autant le résultat de la scélératesse et du fanatisme des révoltés que de la trahison et de l’ineptie des généraux qui y ont été employés.

    Mais il est certain que dans l’état ou sont les choses nous n’obtiendrons jamais le résultat moral et phisique que nous nous proposons si nous n’avons une force majeure et imposante dans la Vendée.

    L’homme de la Vendée, le brigand est tellement dénaturé, les prêtres l’ont tellement dégradé et abbruti que la raison et les principes ne sont plus rien pour lui et il n’obéit qu’à la force, encore plusieurs ne la redouttent pas même et vont quasiment à la mort.

    Ceux même qui ne sont pas aussi aveuglés que les autres ne seront maintenus dans le devoir que lorsqu’il auront l’assurance que leurs chefs sont sans forces et entièrement détruits.

    Plus j’acquerre de connoissance sur l’état de la Vendée plus je suis convaincu que nos moyens phisiques et moraux ne suffisent pas pour tous les genres de surveillance, et tous les travaux qu’exige ces malheureuses contrées.

    Je vous réitère donc la demande que je vous ai faite d’un collègue dont la présence et les conseils me sont infiniment nécessaires ./.

    Salut et fraternité

    Ingrand »

     

    Justifications du général Grignon (1)....

     

    La lettre d’Ingrand nous apprend plusieurs choses : tout d’abord la désunion des armées vendéennes est quelque part une force car elle a pour conséquence une guérilla désordonnée et imprévisible qui ne permet pas la constriction du cercle des camps retranchés comme le voulait le général en chef Vimeux. Ensuite, les combattants vendéens qui « vont à la mort » ne sont que des abrutis endoctrinés par les prêtres. Pourtant, l’histoire fourmille de soldats républicains qui ont fait de même. Eux, en revanche, sont des héros, même si je me permets d’émettre de grosses réserves sur le fait qu’un soldat républicain pilleur et violeur de 1794 ait eu forcément un quotient intellectuel plus élevé que celui d’un royaliste... Quoiqu’il en soit, et après la pluie de dénonciations dont on retrouve quelques spécimens dans l’ouvrage de Lequinio (2), le Comité de Salut Public prend un arrêté le 29 thermidor an II (samedi16 août 1794) afin de destituer plusieurs généraux et adjudants-généraux dont Grignon. On retrouve aux Archives Nationales dans la correspondance des représentants du peuple Dornier et Guyardin l’arrêté suivant, conséquence directe de celui du Comité de Salut Public (3) :

    Justifications du général Grignon (1)....

     

    « A Fontenay le Peuple le 17 fructidor (3 septembre 1794)

    l’an 1e de la République française, une & indivisible.

    Les représentants du peuple

    Dans les départements de l’Ouest

    et près l’armée.

     

    En exécution de l’arrêté du Comité de Salut public du 29 thermidor dernier ; arrêtent

    que Huché général de division, Dutruy général de brigade, Colette adjudant général, Grignon général de division, Blamont adjudant général, Amey général de brigade, Liebaut adjudant général, Soldinier adjudant général, Lenoir général de brigade, Bonvoust général de brigade, Rose adjudant général, Laurent adjudant général, Hector Legros (4) adjudant général ; employé à l’armée de l’Ouest et suspendus de leurs fonctions soit qu’ils se trouvent encore à cette armée, soit qu’ils aïent passé à quel qu’une des autres, quitteront sur le champ l’armée de l’Ouest et se retireront dans l’intérieur de la République à vingt lieües au moins de toute armée, des frontières, des côtes, ports, places de guerre et maritime et de Paris : ils seront tenus dans le délai d’une décade de donner connoissance au Comité de Sûreté Générale chacun du lieu de la résidence qu’il aura choisie.

    Celui ou ceux qui seroient en état d’arrestation en vertu d’ordres précédents y resteront conformément aux dits ordres.

    Le général en chef de l’armée de l’Ouest fera notifier le présent arrêté à chacun des dénommés de l’autre part, veillera à son exécution en ce qui concerne cette armée et en rendra compte par écrit ./.

    Pour copie conforme

    Dornier Guyardin »

     

    Grignon a-t-il été arrêté de suite ? C’est probable car on ne trouve plus trace d’ordres lui étant adressés après le 1er septembre 1794 et le 2 octobre il est emprisonné à Blois d’où il écrit au Comité de Salut public (5) :

     

    Justifications du général Grignon (1)....

     

    « Citoyens

     

    Informé par les papiers publics que j’étois mis en état d’arrestation, fort d’une conscience tranquille, je n’ai point balancé à me présenter aussitot au comité révolutionnaire de surveillance de la commune de Blois que j’habite pour me constituer moi même prisonnier ; mais le bulletin des loix ne faisant aucune mention d’une mesure à mon égard, je viens d’être remis en liberté.

    Il m’est pénible, citoyens, d’avoir à me justifier que parce pour un instant je serai confondu avec les coupables ; come d’ailleurs j’ai à opposer à toutes imputations des armes victorieuses ; j’ignore le motif de ma disgrace, je demande à la connoitre, je demande à être jugé ; mais je demande à être entendu. S’il faut en croire la flamme publique ; mes crimes sont d’avoir porté la mort et la flamme dans le pays rebelle. Sans doute, citoyens, je suis coupable si ce sont là mes crimes ; mais alors il en st une qui me rend bien plus coupable encore, c’est celui de l’obéissance et de la subordination ; éloigné de toutes délibérations, je n’ai connu les arrêtés des conseils que pour les exécuter ; veuillez, citoyens, lire avec attention les copies y jointes des lettres du général Commaire, du général en chef Thureau et du représentant du peuple Francastel, voys y verrez des ordres précis, vous y verrez même des craintes, non pas sur ma lenteur, non pas sur mon défaut de zèle mais sur ce que trop d’humanité accompagnait la rapidité de ma marche, sur ce que je faisois trop de prisonniers, sur ce qu’enfin j’épargnois trop de victimes ; Le coupable ne fut jamais graciable à mes yeux ; mais l’homme réputé innocent fut toujours épargné, et j’en atteste le témoignage des troupes que j’ai eu pendant longtems l’avantage de commander.

    Tout entier à ma patrie, mes principes républicains avoient devancé la révolution ; des témoignages glorieux de toures les communes qui me connoissent et de toutes les troupes que j’ai euës sous mes ordres prouvent que sans cesse j’ai marché d’un pas ferme dans le sentier du patriotisme.

    Rendez donc à la patrie, citoyens, un soldat né pour la guerre de la liberté, prononcez ma réintégration, rapellez moi à mes fonctions. J’ai juré la guerre aux tyrans et aux ennemis de mon pays ; j’ai juré de terrasser les brigands ou de périr sous leurs coups, accordez moi le précieux avantage de continuer des les combattre ; si je dois succomber, j’aurai en terminant ma carrière la satisfaction de mourir pour ma patrie ; mon dernier soupir sera pour elle et mes dernières paroles : Vive la République.

    Mais si vous croyez que désormais mon bras soit devenu inutile, accordez moi au moins la faveur de me retirer au sein de ma famille ; plus de trois cents individus la composent. Tous comme moi sont restés fidèles à la patrie au sein même de la rébellion ; des enfants chéris, une tendre épouse me tendent les bras, l’agriculture réclame les miens ; mais l’amour de mon pays l’emporte et je ne vous demande à rentrer dans mes foyers qu’autant que vous croirez à mon courage désormais inutile à la chose publique ; mais arrachez au moins à sa cruelle inaction un citoyens qui rendu à ses premières fonctions trouvera son existence moins pénible si elle est employée à la fécondité de la terre ; je ne pourrai plus que faire des voeux pour le salut de république ; mais si leur chaleur  pouvoit contribuer à la sauver, bientôt elle seroit purgés de tous ses ennemis ./.

     

    Salut et fraternité

    L. Grignon

     

    PS une lettre alloit partir lorsque l’arrivée du bulletin me fit connoitre qu’en effet j’étois mis en état d’arrestation ; je me suis de nouveau présenté au comité de surveillance et reconstitué prisonnier ; je me vois accusé d’avoir fait fuisiller une municipalité en écharpe ainsi qu’une femme et un enfant qui venoient me demander justice. Je nie ces faits, et défie mon dénonciateur de les prouver./. (6)

     

    L. Grignon

     

    Justifications du général Grignon (1)....

    Louis Grignon va ainsi produire une grande quantité de copies d'ordres tous plus ou moins sanguinaires reçus par ses supérieurs...

     

    A suivre ici.

     RL

    Juin 2020

     

    Justifications du général Grignon (1)....

     

     

     

    Notes :

    (1) Archives de Vincennes, SHD B/10-16, v. 1 à 3/14, bulletin analytique compris.

    (2) « Guerre de la Vendée et des Chouans », Paris, Pougin, octobre 1794, Reprint « Les Editions du Bocage - Pays & Terroirs », 1995. Parallèlement et pour information, on trouve un important dossier de dénonciations contre Huché aux Archives Nationales en D III 348-5.

    (3) Archives Nationales, AF II 269-37.

    (4) On connaît la confusion qui eut lieu, cet arrêté ne devait pas concerner Jean-Hector Legros mais Maximin Legros, le responsable des massacres du Marillais.

    (5) SHD B 5/10-62, v. 1 à 3/15, bulletin analytique compris. Suivent les copies d’ordres reçus.

    (6) Il s’agit comme on le sait, de la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain, dans les Deux-Sèvres. Dénonciation d’Auguste Chauvin, membre du comité de surveillance de la commune de Bressuire, in Lequinio, op. cit. p. 66. Savary, tome III, p. 60 et 61.

     

     


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    L’histoire de Cerizay dans le Courrier de l’Ouest...

     

    C’est avec plaisir que j’ai accepté de collaborer avec le journal « Le Courrier de l’Ouest » afin de présenter dans ses pages une petite rubrique sur l’histoire de Cerizay et de ses communes limitrophes. Il sera bien entendu question des Guerres de Vendée, mais aussi d’autres époques comme le Moyen Age ou la Seconde Guerre mondiale.

    Bien évidemment, ce travail supplémentaire n’affectera pas les publications de Chemins secrets mais en sera un complément. Je vous invite donc à surveiller « Le Courrier de l’Ouest » tout l’été...

    A très bientôt,

    Richard Lueil

    Juin 2020

     

     

    L'histoire de Cerizay dans le Courrier de l'Ouest....


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