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    Les justifications du général Grignon (6)...

     

     

     

    5ème partie ici.

     

    « Mais, parcourons rapidement les dénonciations consignées dans l’ouvrage de Lequinio ; voyons si, comme Lequinio se plaît à l’annoncer, il ne sera sûrement pas besoin d’autres pièces, & si en effet le Tribunal Révolutionnaire y trouvera surabondamment de quoi asseoir un jugement terrible, mais juste.

    Est-il permis d’anticiper ainsi les oracles de la Justice & et de dévouer d’avance des victimes ?

    La première dénonciaton est signée Chapelain, & faite à Rochefort.

    C’est précisément de ce lieu que Lequinio écrivoit à la Convention, qu’il s’étoit porté lui-même à des violences bien moins pardonnables que celles qu’il reproche aujourd’hui avec tant d’amertume & qu’il savoit si bien justifier alors, comme nous l’expliquerons bientôt.

    Quel est ce premier dénonciateur ?

    Il cumuloit à la fois quatre places sur sa tête, ainsi qu’il en convient lui même ; il étoit Capitaine de la Garde nationale, Président de la Commission municipale de quatre Communes (19), Président du Comité de surveillance & commissaire pacificateur du District.

    Il étoit de plus autorisé, disoit-il, à créer une Garde nationale.

    Quel monstrueux assemblage !

    Chapelain ne débit que des mensonges (Voyez à la fin, pièces justificatives, extrait des dénonciations.).

    Ce qu’il y a de vrai, c’est que l’avant-garde de Grignon l’a trouvé en habit national avec un fusil, & le lui a amené comme suspect ; il avoit en effet chez plus vingt voitures & pour plus de deux cents mille livres d’effets précieux qu’il retenoit sous la garde d’une prostituée, avec laquelle il vivoit publiquement.

    Grignon lui demande d’où viennent tous ces effets ; il répond : de différens châteaux, notamment de celui de Lescure.

    Pourquoi il ne les a pas fait conduire au District ou ailleurs. J’ai, dit-il, des pouvoirs qui me dispensent de vous rendre aucun compte. Quel est tout ce monde que vous avez avec vous ? Nous nous sommes rendus. Il en désigne sept des plus coupables. Il offre de servir de guide ; Grignon accepte...

    Arrêtons-nous un instant sur le récit de Grignon : c’est la deuxième fois qu’il attribue à des ennemis imaginaires ou réels, la possession de centaines de milliers de livres. On peut se poser la question d’une certaine fascination pour l’argent. Quant aux effets qui viennent du château de Lescure, c’est proprement ridicule. Clisson en Boismé fut incendié le 2 juillet 1793 et ses 98 kg d’argenterie pillés et envoyés à la Conventions (voir ici). Boismé est à 40 km de La Flocellière où Grignon rejoint Chapelain ! Et quand bien même s’agirait-il du château de Puyguyon en Cerizay, distant de 17 km, celui-ci fut incendié une première fois le 7 octobre 1793, une seconde fois le 25 janvier 1794 par Grignon lui-même ! Il reste encore l’option de la Boulaie de Treize-Vents, où Lescure séjourna à plusieurs reprises, mais Chapelain devait parfaitement savoir que ce château appartenait à M. Sonnet d’Auzon et non au général vendéen.

    Poursuivons :

    « Ils traversent différens villages ; Charrete les avoit traversés huit à dix jours auparavant avec six mille hommes ; il n’avoit laissé que ceux qui devoient servir pour les vivres & pour les voitures, & qui n’avoient pas voulu se retirer sur les derrières ; il ne restoit donc que des brigands (20).

    Ainsi, c’est évidemment le chef d’une commune insurgée qui se plaint, ce chef que Grignon a à se reprocher d’avoir trop ménagé peut-être, qu’il auroit dû faire fusiller ; & si Grignon est coupable, c’est plutôt d’un excès d’indulgence que de sévérité. 

    Quelle fois peut-on ajouter à la seconde dénonciation de quatre particuliers, qui se disent Officiers Municipaux de la Commune du Bon-Père, commune également insurgée ? Quelle confiance dans des rébelles qui ne se plaignent que parce que leurs propriétés ont été ravagées ?

    Mais, s’écrient-ils pour en imposer davantage, on a incendié les métairies & les servitudes qui étoient auprès des châteaux, & les châteaux on subsisté ! quel phénomène !

    Sans doute les châteaux ont subsisté, mais c’est par une raison purement physique ; c’est parce qu’ils étoient de pierres & qu’ils ont mieux résisté à l’action du feu.

    La dénonciation du nommé Chauvin est le comble du délire. Comment ce vil dénonciateur ose-t-il se mettre sur les ranges ? Comment ne craint-il pas pour lui-même ? Il suffit, pour le couvrir du mépris qu’il mérite, de tracer en deux mots son histoire.

    Chauvin, fils d’un secrétaire du tyran, de l’un de ces petits ambitieux, de ces sots ennoblis pour leur argent, qui vouloient singer ce qu’on appeloir les nobles de race, & et qui étoient, pour la plupart, mille fois plus insolens & d’une morgue plus insultante que la plupart des ces derniers ; Chauvin, dont les père & mère, agens des ducs de Châtillon, étoient en arrestation, dont la tante, dénoncée par le maire de sa commune pour avoir envoyé deux domestiques parmi les brigands, avoit été enlevée pour aristocratie notoire, Chauvin enfin possédoit des domaines considérables dans l’intérieur de la Vendée. Royaliste sans pudeur, à ce que Grignon a appris depuis, il étoit lié avec tous les chefs des insurgés, Lescure, Laroche Jacquelin, de qui il espéroit par-là le respect de ses propriétés. Il voyait tout ce qu’il avoit de rébelles : Président d’ailleurs du Comité de surveillance de Bressuire, Commune insurgée & incendiée comme telle (21). Chauvin vouloit cependant trancher du patriote. Il étoit dans l’âge de la réquisition. Pour s’y soustraire, il propose à Grignon de le prendre pour secrétaire : il revient plusieurs fois à la charge ; Grignon s’obstine à refuser. Les instances redoublent au moment où Grignon entre dans cette partie du territoire ; il brûle ce qu’il peut du château de Chauvin, parce qu’il étoit le repaire des brigands ; il brûle ses métairies, parce qu’elles se trouvoient en pays insurgé.

    Quelques notes sur Chauvin et son château :

    Jean-Auguste Chauvin, né le 13 décembre 1769 à Argenton-Château et décédé le 18 février 1834 à Saint-Martin-de-Sanzay, sera, après avoir été capitaine de cavalerie, président du Comité de surveillance de Bressuire durant les Guerres de Vendée, puis administrateur du département des Deux-Sèvres et enfin, député de 1813 à 1816. LIEN NANOU. Son logis du Bois-Savary, situé à Noirterre, est évidemment bien placé pour que Chauvin soit au courant de ce qui s’est passé aux alentours, notamment le massacre de la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain et « dans l’extrémité de la paroisse de Chambroutet », ainsi qu’il le raconte dans sa dénonciation (22). Le cadastre de 1811 ne nous indique pas de ruines au Bois-Savary. En revanche le château du Grand-Cruhé, situé deux 2,5 km au Sud-Ouest, lui semble avoir connu le passage de Grignon.

    AD79, 3 P 206/5 :

    Les justifications du général Grignon (6)....

    Les justifications du général Grignon (6)....

    Chauvin, furieux d’avoir perdu ses prières & la presque totalité de sa fortune, a ourdi, dans le fiel, cette dénonciation absurde, ridicule & perfide ; d’autant plus aveugle dans sa rage, qu’il a connu Grignon de plus près, & qu’il est plus à portée qu’un autre de rendre justice à son courage, à son intégrité & à toutes ses vertus morales & guerrières.

    Ajourd’hui même encore, Chauvin qui sent où ses principes notoires, où ses intelligences coupables peuvent le conduire & qui veut détourner le glaive qui le menace, cherche à soulever les Cantons pour susciter des dénonciations de toutes parts ; mais, qu’il tremble ! il pourroit se trouver victime de ses propres fureurs, & bien loin que Grignon puisse en rien redouter, c’est un honneur pour lui d’être inculpé par un tel homme ; c’est sa plus belle justification.

    Parlerons-nous des inculpations d’Enard, qui d’ailleurs ne reproche à Grignon que ses opérations militaires ; d’Enard, prétendu Commandant de la place de Poussanges (Pouzauges), dont la troupe étoit tous les jours ivre, & qui lui donnoit continuellement l’exemple de l’intempérance ? Un jour Grignon apprend que la troupe d’Enard est en insurrection. Un de ses soldats avait battu un membre de la Commune ; Enard le met en prison ; sa troupe le réclame & le force à l’élargir.

    Une autre fois Enard fait égorger de vrais patriotes par les brigands.

    Ailleurs, il se laisse surprendre par cent cinquante brigands des environs, mal armés. Il est presque pris au lit ; il se sauve où il peut avec sa troupe, sans tirer un coup de fusil, sans avoir mis sa troupe sous les armes. Tel est l’homme qui ose dénoncer Grignon, & qui auroit mérité de passer lui-même par une commission militaire.

    Que dire de la dénonciation du nommé Guédon, qui ne contient que des faits vagues, & dont l’auteur n’a d’autre but que de se venger de Grignon qui l’a fait désarmer, ainsi que sa garde ?

    De celle de trois particuliers de Fontenay-le-Peuple qui parlent aussi vaguement d’exécutions faites à la Meilleraie, par la colonne de Grignon, sans les attribuer personnellement à Grignon ? De la septième qui est d’une absurdité ridicule ? De la huitième qui justifie Grignon en même-temps qu’elle l’accuse ? De la neuvième qui le justifie encore & qui atteste sa sagesse & ses principes d’humanité ? Enfin, de celle de la femme Rigaudeau qui dit qu’elle a entendu dire, par un brigand, que Grignon étoit des leurs ? Répondre sérieusement à de pareilles dénonciations (voyez à la fin.), c’est leur donner un aire d’importance qu’elles ne peuvent avoir ; c’est vouloir réaliser des chimères, c’est se dégrader soi-même & se supposer coupable, quand n’a fait que son devoir. De tous les Généraux qui ont commandé l’armée de l’Ouest, quel est celui qui se peut dire à l’abri de pareilles inculpations, si l’on écoute tous les habitans qui ont souffert quelques dommages par la nécessité d’exécuter les ordres & les Décrets ?

    Et, comme si ces effets naturels du ressentiment & la vengeance dans des âmes rébelles ne suffisoient pas au patriotisme ardent de Lequinio, il termine ces diatribes par des déclamations qui lui sont propres contre les Généraux : à l’en croire, ce sont des créatures du dernier tyran ; tous sont confondus dans cette imputation odieuse.

    Il est permis, sans doute, de dire tout ce qu’on sait pour l’intérêt de la Patrie ; on le doit. Garder le silence seroit se rendre complice ; mais, on ne doit pas disposer légèrement des réputations, & il est permis aussi à celui qui est inculpé de s’indigner par le sentiment de son innoncence & de se prénétrer de la conscience de sa vertu. Grignon, créature du dernier tyran ! Sur quoi donc est fondée une imputation aussi noire ? Lui qui n’a jamais cédé qu’au voeu unanime de ses concitoyens ! Qui n’a jamais recherché de places ! Qui n’a été appelé que par leurs suffrages ! Créature du dernier tyran ! Lui qui ne s’est distingué que par son amour par amour pour son pays ! Qui en a combattu les ennemis avec tant de courage & de succès ! Il est aisé d’entasser des calomnies & d’accumuler des crimes imaginaires. Nous verrons quels témoins se présenteront, ce qu’ils déposeront, s’ils oseront préciser quelques faits. En attendant, Grignon va se défendre avec des armes suffisantes, & il saura confondre d’avance ses détracteurs.

    Grignon tire ses premiers moyens de justification des Décrets que nous avons énoncés.

    On se rappele le Décret du premier août 1793, qui ordonne une combustion générale : celui du premier Octobre, qui ne donne que vingt jours pour fini la guerre, & la Proclamation qui attend, avant la fin du mois, pour la reconnoissance nationale, tous ceux qui auront concouru pour la terminer ; celui de la fin du même mois, qui annonce l’intention bien prononcée, de la part du Gouvernement, d’exterminer tous les rébelles & de ne leur faire aucun quartier.

    Grignon devoit obéir strictement & littéralement à tous ces Décrets.

    Grignon tire ses seconds moyens de justification du brevet même de son grade. Par son grade, il devoit exécuter les ordres du Général en chef & des autres Généraux auxquels il étoit subordonné : son brevet lui permet de faire encore tout ce qu’il jugera convenable.

    Grignon rapporte non-seulement les ordres du Général en chef & des Généraux de Division, mais les ordres mêmes des Représentans du Peuple (Voyez à la fin, ordres des Représentans du Peuple & des Généraux.).

    Grignon faisoit des prisonniers.

    « Des prisonniers dans la Vendée, lui écrivoit le Représentant près l’armée de l’Ouest ! Point de quartier ; tu fais trop de prisonniers ; nos prisons en regorgent..... »

    Grignon reçoit l’ordre de les fusiller ; on les fusille donc.

    Bientôt on se lasse des les fusiller ; on propose des passer au fil de la baïonnete.

    « Les soldats s’y refusent, écrit Grignon. »

    « Les brigands, répond le Général en chef, ne valent pas la poudre que leur mort pourroit nous coûter ; mais enfin, si la fusillade paroît plus sûre & plus expéditive, je m’en raporte à ta prudence ; j’approuve d’avance ce que tu pourras faire à cet égard. »

    Il seroit trop long de rapporter ici en détail tous les ordres donnés à Grignon, tant de la part des Représentans du Peuple que de la part des Généraux & auxquels il ne pouvoit refuser d’obéir, sans être rébelle lui-même & sans violer la discipline dont le maintien assuroit l’exécution des mesures prises par la Convention nationale. Nous nous contenterons d’indiquer des résultats : toutes ces pièces prouvent que si Grignon a fait périr des rébelles, s’il a fait incendier, ces mesures lui étoient indiquées & commandées impérieusement ; toutes les pièces qu’il rapporte d’ailleurs, prouvent qu’il a fait violence à son caractère ; que ces mesures coûtoient cher à son coeur, & que bien loin de s’être comporté en barbare, il se montroit au contraire doux, humain, sensible ; que bien loin d’avoir outré les ordres, il a toujours été en-deça ; qu’il n’a jamais voulu rien prendre sur lui ; qu’il en a toujours référé au Général en chef, bien que son grade lui donnât le droit de ne consulter personne, & que le Général en chef lui-même lui ordonnât de se conduire suivant les circonstances.

    Dira-t-on que ces ordres étoient excessivement cruels ?

    Nous répondrons qu’il n’appartenoit point à Grignon de les discuter ; qu’il ne devoit que les suivre ; & si nous avions à les examiner en politique, peut-être dirions-nous que ces ordres étoient du droit de la guerre, droit affreux en lui-même : que ce n’étoit d’ailleurs qu’un droit de représailles... »

    A suivre...

    RL

    Juillet 2020

     

    Notes :

    (19) Chapelain était maire de La Flocellière, Saint-Michel-Mont-Mercure et Châteaumur. Sa biographie est ici.

    (20) Quel belle justification !

    (21) Bressuire devait être préservée lors de la première sortie des colonnes infernales fin janvier 1794 puis sera incendiée par Grignon le 14 mars suivant.

    (22) Lequinio, op. cit., p. 65 à 68.

     

     


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    Les justifications du général Grignon (5)...

     

     

    4ème partie ici.

     

    « Déjà Saumur, Angers étoient tombés au pouvoir des rébelles : ces succès en faisaient craindre de bien plus effayans.

    Tant de malheures opiniâtres déterminèrent enfin la Convention à employer les mesures d’une extrême rigueur.

    Etoit-ce le remède ? Ce parti étoit-il le meilleur ? Etoit-il un nouveau mal ? Nous ne nous permettrons pas d’examiner cette question, d’ailleurs inutile. Ceux qui le blâment aujourd’hui l’approuvoient alors. Lequinio lui-même a chanté la palinodie. Il est aisé de juger ainsi après l’événement : il n’en coûte qu’une contradiction ; ce qu’il y a de certain, c’est que les excès auxquels se portoient les brigands sont incroyables, & pour n’en citer qu’un trait, à la Roche-Servière ils avoient fait prisonniers une père & son fils, âgé de dix-neuf ans, les monstres ont assassiné le père & ils ont enterré le fils tout vivant sur son cadavre ; (ce fait a été par le Bateux, témoin dans l’affaire de Carrier.) c’est une des moindres atrocités qu’ils ont commises.

    Quoi qu’il en soit donc pour ce moment, il importe de faire connoître ici les Décrèts que la Convention crut nécessaires, & et d’en fixer la teneur.

    C’est alors que vint la Loi du premier Août 1793.

    Les Prussiens venoient d’emporter Mayence : la capitulation portoit que la garnison, composée d’environ quinze mille hommes, ne pourroit servir d’un an contre les Puissances coalisées. La Convention, donnant l’exemple de la fidélité à remplir les traités, crut ne pouvoir mieux faire que d’utiliser cette troupe.

    Par la Loi que nous venons de parler, la Convention ordonne que la garnison de Mayence sera sur-le-champ transportée en poste dans la Vendée ; qu’il sera envoyé des matières combustibles de toute espèce, pour incendier bois-taillis, genêts ; que les forêts seront abbatues, les repaire des rébelles détruits (Quel vaste champ pour l’arbitraire !), les récoltes coupées & portées sur les derrières de l’armée, les bestiaux saisis, les femmes, les enfans les vieillards conduits dans l’intérieur, pour être pourvu à leur subsistance & à leur sûreté, avec tous les égards dûs à l’humanité. Enfin, la Loi, après avoir pourvu aux approvisionnements d’armes & aux munitions de guerre & de bouche, ordonne une levée en masse, pour faire marcher en même temps sur les rébelles avec une armée d’environ soixante-dix mille hommes, sous le Général en chef Rossignol, & dont Westermann commandoit l’avant-garde.

    Bientôt toutes les précautions sont prises ; il n’est plus question que d’exécuter.

    Les troupes se mettent en marche : on éprouve d’abord quelques échecs par la mésintelligence des chefs ; mais, le concert enfin se rétablit, & l’on pénètre bientôt dans le coeur de la Vendée.

    Il faut rendre ici un hommage pur à la vérité ; il y auroit de la lâcheté à la déguiser.

    Les armées de la République étoient environnées de brigands de tous côtés ; le danger de la Patrie, il est vrai, leur a fait tout surmonter. Par leur courage & par leur confiance à affronter tous les hazards, elles sont parvenues à franchir tous les obstacles, nous leur devons cette justice ; mais leur ardeur n’auroit pas vaincu seule, si l’intrépide Westermann n’eut été l’ame de toute leur conduite & n’eu présidé à toutes leurs actions. C’est lui, c’est ce génie guerrier & magnanime qui, planant sur nos armées, pour la sauve-garde & le salut de la France, c’est ce génie bienfaisant & tutélaire (& Lequinio lui-même est forcé de rendre hommage à ce Général) qui, après avoir fait triompher nos armes dans quatre ou cinq batailles successives, a dissipé & chassé devant lui, comme un vent impétueux, ces hordes saisies de terreur, & les a forcées de passer la Loire après les avoir acculées sur ses bords. Plus sage qu’Annibal, il a su profiter de ses victoires. En homme habile ils passe lui-même la Loire ; il s’acharne sur leurs pas ; ils les poursuit à outrance ; il en a presqu’exterminé les restes. Quel prix de tant de courage ! Ombre plaintive, Guerrier immortel, que, s’il se peut, tes mânes s’appaisent ! Pourquoi faut-il que la Patrie n’ait à t’offrir que tristes & stériles regrets ! Batailles de Châtillon, de Cholet, du Mans, de Savenay, plaines arrosées de sang, journées à jamais célèbres, si nous n’avions à déplorer la perte de tant de frères égarés, vous attesterez éternellement ses hauts faits ; vous honorerez du moins sa mémoire, & vous servirez à faire répandre quelques fleurs sur son tombeau.

    Pendant que Westermann s’ocuppoit à la chasse des brigands de l’autre côté de la Loire, Grignon, pour en détruire les débris, étoit resté dans l’intérieur. Ces débris avoient augmentés. Dans l’intervalle de la bataille du Mans à celle de Savenay, une poignée de brigands avoit repassé la Loire, & étoit rentrée dans la Vendée.

    On venoit de rendre la Loi du premier octobre 1793, contenant la nouvelle organisation de l’armée destinée à combattre les rébelles de la Vendées, sous le nom d’armée de l’Ouest.

    Cette Loi porte, art 3 : « La Convention nationales compte sur le courage de l’armée de l’Ouest & des Généraux qui la commandent, pour terminer, au 20 octobre, l’exécrable guerre de la Vendée ».

    L’article 4 porte : « Le reconnoissance nationale attend l’époque du premier Novembre, pour décerner des honneurs & des récompenses aux Armées & au Généraux qui, dans cette campagne, auront exterminé les brigands de l’intérieur & chassé, sans retour, les hordes étrangères des tyrans de l’Europe ».

    Le même jour, il a été fait une proclamation de la Convention nationale à l’armée de l’Ouest.

    « Soldats de la liberté, y est-il dit, il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin du mois d’octobre ; le salut de la Patrie l’exige, l’impatience du Peuple françois le commande, son courage dois l’accomplir. La reconnoissance nationale attend à cette époque tous ceux dont la valeur & le patriotisme auront affermi, sans retour, la liberté & la République ».

    L’armée de l’Ouest n’avoit donc que vingt jours pour terminer la guerre de la Vendée.

    Il faut rapprocher ce Décret de celui du premier Août, qui prescrit les mesures de rigueur & de destruction.

    A ces deux Décrets, on peut joindre celui de la fin d’Octobre, c’est-à-dire, du 11 Brumaire, an deuxième : « Toute ville, y est-il dit, qui recevra dans son sein les brigands, ou qui leur donnera des secours, ou qui ne les aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est capable, sera punie comme une ville rébelle ; en conséquence rasée, & les biens des habitants seront confisqués au profit de la République ».

    La Convention s’expliquoit assez clairement, & la loi traçoit bien énergiquement la conduite que devoient tenir les Généraux.

    En conséquence, les différens corps de l’armée de l’Ouest s’organisent. Grignon est nommé Général de brigade ; son brevet semble le justifier d’avance, sous tous les rapports. Il est bon se fixer ici un moment sur ce qu’il contient.

    Ce brevet qui est du 8 Frimaire, an deuxième, est ainsi conçu :

    « Le Conseil exécutif provisoire a fait choix de Grignon, pour remplir provisoirement & subordonnément au Général en chef, & aux Généraux de divisions, les fonctions de son grade, persuadé qu’il justifiera l’opinion qu’on a conçue de son patriotisme & de ses talens militaires.

    En conséquence, Grignon fera, pour la défense, l’unité & l’indivisibilité de la République, le maintien de l’ordre, de la liberté & de l’égalité, tout ce qu’il jugera convenable, ou tout ce qui lui sera prescrit par les ordres ou instructions du Général en chef, & par ceux des Généraux de divisions. »

    Ainsi, 1°. rien ne pouvoit dispenser Grignon d’obéir aux décrets.

    2°. Il devoit obéir aussi ponctuellement aux ordres & aux instruction du Général en chef & des Généraux de division.

    3°. Il pouvoit faire aussi tout ce qu’il jugeroit convenable.

    4°. Le grade qu’on lui confère semble être le prix se son patriotisme & de ses talens militaires reconnus.

    Si Grignon n’a fait que se conformer aux décrets, & que ce qui lui a été prescrit par le Général en chaf & par les Généraux de division, il est clair qu’il n’a fait que ce qu’il a dû faire, & qu’il sera bientôt complètement justifié.

    Si Grignon n’a fait tout ce qu’il jugoiet convenable, comme il en avoit incontestablement le droit ; s’il n’a voulu rien prendre sur lui ; s’il en a toujours référé au Général en chef, il est clair qu’il n’a pas usé de tous ses pouvoirs, & qu’il n’a pas même fait tout ce qu’il étoit en droit de faire ; bien loin d’avoir outrepassé les bornes !

    Les mesures de terreur & de destruction se préparent ; on fait refluer toutes les troupes de la République dans la Vendée ; on fait proclamer que tous les individus qui veulent se garantir, se hâtent de se ranger sous les drapeaux. Le Général en chef forme douze colonnes qui doivent porter par-tout le fer & et le feu. On fait mettre sur les derrière de l’armée les femmes, les enfans, les vieillars ; on fait précéder les ravages auquel affreux auxquels on s’apprête par toutes les précautions qu’inspire l’intérêt de l’humanité dans des âmes non encore endurcies par des cruautés de toute espèce que les premières cruautés ont fait commettre.

    Avant d’aller plus loin, il faut se faire une juste idée des motifs & des circonstances.

    Des brigands d’un nouveau genre déchiroient le sein de la mère-Patrie ; ils se signaloient par des fureurs & des atrocités nouvelles ; ils ne méritoient plus, ce semble, de trouver ni retraite ni subsistance.

    Il faut encore observer, & c’est une vérité connue de tous ceux qui ont servi dans la Vendée, que les brigands n’étoient pas seulement composés de ceux qui avoient pris les armes & qui faisoient une guerre ouverte à la Patrie, mais encore en plus grande partie de ceux qui étoient restés dans leurs foyers, & que l’amour seul de leurs propriétés, qu’ils avoient envie de conserver, y avoit retenus. Ces derniers n’étoient pas les moins nombreux, ni les moins redoutables. Plusieurs Communes, en grand nombre, avoient deux signes de reconnoissance : l’un national, aux trois couleurs, qu’ils arboroient quand ils apercevoient les Troupes nationales ; l’autre noir & blanc qu’ils montroient quand ils voyoient approcher un parti des leurs (17).

    C’est ainsi que qu’ils conjuroient le danger : ils étoient d’autant plus à craindre, qu’ils avoient des armes, qu’ils pouvoient se joindre en un instant aux rébelles, & grossir ainsi le nombre des combattans sans qu’on pût se méfier de leurs dispositions. C’est de cette manière que des Municipaux ont été fusillés dans leur fuite, parce qu’ils avoient été surpris avec le signe rébelle qu’il n’avoient pas eu le temps de cacher.

    Les brigands légitimoient donc, en quelque sorte, les mesures extraordinaires. Ce que l’on ne peut contester sur-tout, c’est que ces mesures avoient tous les caractères de la légitimité pour les Généraux en sous-ordre, & que l’exécution en étoit indispensable pour eux.

    D’un autre côté, le terme étoit fixé pour la fin de la guerre ; on ne donnoit que vingt jours : il sembloit que les mesures prescrites dûssent être les derniers moyens de la terminer, & que l’on comptât infailliblement & essentiellement sur ces mesures.

    Déjà les douze colonnes s’ébranlent ; la marche & et la conduite qu’elles doivent tenir sont tracées dans un ordre du Général en chef, du 30 Nivôse.

    Cet ordre porte entr’autres dispositions : « Que Grignon pourra prendre & faire prendre à l’Officier qui commande sa colonne de gauche, toutes les mesures secondaires que nécessiteront les circonstances.

    Il emploiera tous les moyens pour découvrir les rébelles.

    Tous, y est-il dit, seront passés au fil de la baïonnete ; les villages, métairies, bois, genets, & généralement tout ce qui pourra être brulé, sera livré aux flâmmes. Pour faciliter cette opération, Grignon fera précéder chacune de ses colonnes de 40 ou 50 pioniers ou travailleurs, qui feront les abbatis nécessaires dans les bois ou forêts, pour propager l’incendie » (18)

    Cet ordre finit par ces mots ;

    « On le répète, le présent ordre ne peut éprouver aucun retard ni modification ; le Général en chef en remet la stricte exécution, sur la responsabilité du Général Grignon ».

    Ainsi, Grignon est bien constamment responsable, sur sa tête, de l’exécution littérale des ordres qui lui sont donnés.....

    Les colonnes formidables se mettent en marche ; elles portent par-tout la terreur & la vengeance : la torche d’une main, le fer inexorable de l’autre, elle se signalent à l’envi par des exécutions désastreuses. Détournons les yeux de cet horrible tableau.

    Grignon commandoit l’une des douze colonnes ; la sienne étoit divisée en trois ; chaque division étoit commandée par un Chef de brigade : en supposant que les deux autres  divisions ayent commis des excès, Grignon n’en peut être responsable, s’il ne peut l’être à plus forte raison des excès qu’ont pu commettre les onze autres colonnes ; il ne seroit tout-au-plus responsable que de la sienne, que de celle qu’il commandoit en personne. Mais, bien loin qu’il ait été au-delà des bornes qui lui étoient prescrites, il n’a jamais manqué aux loix sacrées de la nature & de l’humanité ; & après avoir fait mettre sur les derrières les vieillards, les femmes & et les enfans des rébelles, il leur a fait souvent distribuer du pain des soldats (Notamment à Vesins.)... »

     

    La Vieille Lande de Cersay (79) où Grignon fut fermier général sur le cadastre de 1814 (AD79, 3 P 52/6).

    Les justifications du général Grignon (5)....

    Ci-dessous en vue aérienne Géoportail de nos jours :

    Les justifications du général Grignon (5)....

    Attention car aujourd'hui les appellations sont inversées : le hameau nommé « La Vieille Lande » correspond à « La Lande » de l'époque de Grignon.

     

    A suivre ici.

    RL

    Juillet 2020

     

     

     

    Notes :

    (17) Il est ici évident que Grignon cherche à se justifier du massacre de la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain.

    (18) Le manque de réalisme de ce plan saute aux yeux ! Il n’est jamais d’ailleurs jamais question de ces pionniers dans les rapports réels ou supposés, transcrits par Savary. Ont-il existé ? Quant à incendier des forêts dans l’Ouest de la France, en plein hiver...

     


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    Les justifications du général Grignon (4)....

     

     

    3ème partie ici.

     

    Tout comme Turreau qui produisit un mémoire en 1795 (13), Louis Grignon va tenter de se justifier et c’est son mémoire que je vais vous présenter désormais en plusieurs épisodes, celui-ci comportant 84 pages. Grignon l’a écrit pendant son emprisonnement au Luxembourg et il sera publié le 5 nivôse de l’an III, soit le 25 décembre 1794. On en trouve l’original aux Archives Nationales (14).

    Justifications du général Grignon (4)....

     

    « MEMOIRE

    pour Grignon

    Général divisionnaire de l’Armée de l’ouest

     

    Le général Grignon est inculpé sur sa conduite dans la Vendée. Peu s’en faut qu’on ne le compare à ces tigres qui appellent aujourd’hui, pour la seconde fois, sur leurs têtes toutes les vengeances divines & humaines. C’est à-peu-près ainsi du moins qu’il est présenté dans le dernier ouvrage de Lequinio, qui, au surplus, ne s’appuie que sur des dénonciations qu’il est aisé de détruire (voyez le dernier ouvrage de Lequinio sur la guerre de la Vendée).

    Que ce portrait est loin de la vérité ! A peine Grignon a-t-il connu l’ordre de son arrestation qu’il s’est constitué volontairement.

    S’il n’avoit à se défendre que devant l’Assemblée du Peuple, ou devant ses compagnons d’armes, après avoir rendu un compte exact de sa conduite, il pourroit se contenter de répondre comme ce Romain, si justement célèbre : « montons au Capitole ; allons remercier les Dieux de nos succès. » Il seroit sûr d’entrainer la foule & de dissiper ainsi l’accusation ; mais d’autres temps nécessitent de sa part un autre genre de défense, & ce qui a si bien réussi à Scipion l’Africain pourroit bien ne pas réussir à Grignon, s’il ne parloit que de ses exploits. D’ailleurs, tout irréprochable qu’est ce général, quels que talens militaires qu’il ait développés, quel qu’amour qu’il ait montré pour sa Patrie, quels que rapports enfin qu’il y ait entre le Général Romain & lui, il n’a garde de se comparer à ce grand homme ; il est donc question de se défendre.

    Il est pressé de la faire : à peine a-t-il le temps de rassembler ses matériaux ; mais, toutes les fois qu’il a battu les ennemis, il n’étoit pas préparé à les recevoir. Ce qu’il a fait avec succès pour la République il peut le faire avec succès pour lui-même, & sa défense n’en sera pas moins victorieuse.

    Avant de l’entreprendre, il est nécessaire de tracer très - sommairement l’histoire de la funeste guerre de la Vendée.

    C’est en novembre 1792 que commença cette guerre désastreuse.

    Des prêtres (des ministres d’un Dieu de paix se permettre des excès de cette nature !) des Prêtres, mécontens du Décret sur la Constitution civile du Clergé, fomentèrent une première insurrection partielle dans le centre du bas-Poitou ; il parvinrent à faire prendre les armes à plus de six mille habitans... »

     

    Grignon se trompe évidemment de date, l’insurrection du Bressuirais a eu lieu fin août 1792 après d’autres échauffourées l’année précédente.

     

    « Combattez, leur disoient-ils ; vous êtes appelés à rétablir le culte de vos pères ; le Ciel sera le prix de vos efforts. »

    Ces malheureux, dans leur aveuglement stupide, armés de simples bâtons, bravoient tous les dangers, affrontoient la mort, se succédoient sur des monceaux de cadavres & marchoient au combat comme à la victoire ou au martyre.

    Ainsi, c’est au fanatisme religieux qu’est dûe la première guerre.

    Grignon, sa femme & ses enfans habitoient alors une petite terre au Pouy-la-Montagne.

    Grignon, qu’il ne faut pas confondre avec d’autres Généraux qui n’ont écouté que leur ambition, & qui n’ont vu dans la Révolution que les moyes de se satisfaire, retiré depuis quelque temps du service, vivot alors modestement du produit de son champ qu’il cultivoit de ses propres mains.

    Aux premiers bruits de cette insurrection subite, tous les voeux le nomment ; la vois générale l’appèlle à la défense de la contrée ; il est élu par le Peuple Adjudant général ; il est fait commandant dans toute la partie orientale.

    Il se concerte avec les Administrations ; elle prennent concuremment des mesures si justes & si promptes, qu’en moins de huit jours, Grignon réussit à étouffer cette semence de guerre instestine. C’est à lui, à lui seul, à la sagesse & à l’intelligence avec lesquelles il a su exécuter ces mesures, que sont dûs ces premiers succès. Il a dissipé les rassemblemens ; il s’est saisi des chefs.

    Les uns ont été fusillés, les autres ont été mis en liberté, sans qu’il y ait pris part. Nouveau Cincinnatus, de la même main dont il avoit vaincu les rébelles, il a été reprendre le soc de la charrue.

    Ces mises en liberté, pour le moins inconsidérées & indiscrètes, ont sans doute été cause, au moins en partie, d’une seconde insurrection plus redoutable que la première, mais dont la source a, pour ainsi dire, changé d’objet, ou du moins une autre espèce de motif s’est jointe au premier.

    Les habitans de ces malheureuses contrées ne tardèrent pas à s’appercevoir qu’ils avoient été trompés par leurs Prêtres. Mais, incapables de se soustraire au joug & de se corriger par l’expérience, susceptibles de toutes sortes d’impressions, ils devinrent la proie des nobles. Cette classe ambitieuse & superbe, qui croit ne pouvoir subister qu’avec le trône, & pour qui l’égalité est un supplice, vit le parti qu’elle pouvoit en tirer ; elle s’empara de ces esprits crédules ; elle se réunit à la secte des Prêtres ; elle joignit ses inspirations aux leurs. Ces lieux, jadis si fertiles & si paisibles, qui naguères avoient été le foyer du fanatisme religieux, devinrent en même-temps le foyer du plus insensé royalisme, & pour la seconde fois le théâtre d’une guerre sanglante.

    Ainsi, c’est au fanatisme religieux & royaliste qu’est dûe la seconde guerre.

    Une femme (qui le croiroit ?) une femme noble (le préjugé peut-il avoir autant d’empire ? L’orgueil de ce qu’on appeloit la naissance peut-il porter à de pareils forfaits ?) une femme, enfin, puisqu’il faut le dire, conçut seule & exécuta ce projet sinistre.

    Jeanne Lescure fut cette détestable héroïne. Que n’est-elle restée dans le néant ! ou que n’a-t-elle mieux employé ses ressources !

    Une fortune de plus de cent mille livres de rentes, dont elle disposoit en l’absence de son père, des relations dans plus de vingt Communes, lui donnoient une grande influence. Elle protégeoit les prêtres pour ses besoins perfides ; elle se coalisoit avec eux ; elle les distribuoit & les faisoit cacher déguisés. Ces furieux erroient de ferme en ferme ; ils versoient à grands flots leurs poisons ; ils fanatisoient par leurs discours religieux, tandis que Jeanne Lescure fanatisoit de son côté par ses discours royalistes, errante elle-même de village en village. C’est ainsi que la portion des François, la plus vertueuse peut-être, est devenur parricide & le fléau de son pays ; c’est ainsi que, par des efforts combinés d’un double fanatisme, on est parvenu à allumer un incendie qui a manqué d’embrâser la France entière, & qui n’est pas encore éteint.

    Il ne falloit qu’un prétexte ; on le trouve dans le recrutement qu’on veut mettre à exécution dans les premiers jours de mars 1793.

    La jeunesse est convoquée ; les paysans s’assemblent à Cholet, ville du Poitou ; ils se jettent sur la Garde nationale, la font prisonnière & s’emparent de ses armes.

    On envoie contr’eux deux escadrons du dix-neuvième Régiment de Dragons. Ces deux escadrons sont enveloppés ; les rébelles s’emparent encore des armes ainsi que des chevaux ; ils se forment une cavalerie.

    Enflés de ces premiers succès, ils parcourent les châteaux ; ils s’approprient les armes de toute espèce qu’ils y trouvent. Le nombre des rébelles grossit tous les jours ; il s’élève bientôt à douze & quatorze mille. Ils prennent de la consistance ; ils se décorent du titre d’armée catholique & royale. Jeanne Lescure force son frère de prendre le commandement de cette armée nouvelle ; elle-même, oubliant son sexe & sa foiblesse, porte par-tout la terreur & l’épouvante, donne l’exemple de l’audace & d’un courage dignes d’une meilleure cause : elle se montre par-tout dans les combats. Les succès des rébelles ont la rapidité de l’éclair ; ils passent leurs espérances. Ils prennent, presqu’en même temps, Cholet, Maulevrier, Mont-Claude (Montglonne : Saint-Florent-le-Vieil).

    Les administrations de Maine & Loire, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Loire-Inférieure se concertent comme l’année précédente ; mais, réduites à leurs propres forces, elle ne font que des efforts impuissans.

    Elles invitent à marcher tous les habitans restés fidèles ; ils sont battus par-tout sur tous les points.

    Enfin, le voeu unanime appèle encore Grignon à la place d’Adjudant général ; il est chargé d’organiser les bataillons ; il va s’établir à Doué & les organise ; il est bientôt à la poursuite des brigands.

    La Convention, à qui l’on dégusoit les forces des rébelles, envoie des généraux avec quelques troupes. Ces généraux sont successivement battus ; Leigonier, Quétineau, Béruyer, Duhou vous avez tous éprouvé le même sort ; vous avez tous été battus dans la même semaine.

    Enfin, pendant six mois, nous n’avons eu que des revers.

    Grignon est le seul qui, par sa prudence & son habileté dans les retraites, n’a jamais essuyé de désavantages.

    Dans toutes ces affaires, Jeanne Lescure animoit les rébelles par sa présence ; elle étoit infatigable ; elle soutenoit leur courage & partageoit leurs fureurs.

    On dit ( & fasse le ciel que ce ne soit point une erreur !) que dans une de ces mêlées où la terre a été jonchée de tant de cadavres, vers le milieu de septembre 1793, cette nouvelle Pentésilée ( Reine des Amazones. Après avoir donné, dit-on, plusieurs marques de valeur, elle fut tuée devant Troie.) a enfin été abandonnée par la fortune, & qu’elle a périe sous les murs de Thouars. Quels maux elle a fait à la France ! Combien de sang elle a fait répandre ! Quelles suites désastreuses ont eu ses forfaits ! Que ne les a-t-elle expiés autrement que dans les combats !... »

    Bien entendu, cette Jeanne de Lescure n’est qu’une fable inventée par les républicains qui ont souvent oublié qu’eux-mêmes, fomenteurs de la révolution, étaient souvent des bourgeois qui n’avaient guère à craindre de la famine. Il tenteront ainsi mille théories pour expliquer que le « vrai peuple » n’ait pas forcément apprécié qu’on l’envoie aux frontières et qu’on augmente ses impôts « au nom du peuple », quand les républicains eux-mêmes se dispensent de la plupart des obligations révolutionnaires. Voyons un peu ce que le marquise de la Rochejaquelein dit de Jeanne Robin, puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit. Quand à Louis-Marie de Salgues de Lescure, il n’eut qu’une demi-sœur morte à la naissance (15) :

    « Un mois environ avant ce combat, plusieurs soldats se rendant à l’armée étaient venus coucher à la Boulaye. L’un d’eux, m’abordant, me dit avoir un secret à me confier, et m’apprit qu’il était une fille. Elle me dit que n’osant se présenter pour avoir une veste légère de siamoise, comme on en distribuait aux soldats pauvres, et mourant de chaud dans ses habits, elle se confiait à moi, me demandant le plus grand secret, car tous les généraux, et notamment M. de Lescure, avaient plusieurs fois déclaré qu’ils feraient tondre et chasser la première femme, déguisée ou non qui suivrait l’armée. Je demandai à cette fille son nom, sa paroisse ; elle me répondit qu’elle s’appelait Jeanne Robin et était de la paroisse de Courlay. Je lui promis non seulement de garder le secret, mais encore de la prendre chez moi après la guerre, si elle était vertueuse ; au contraire, si c’était du libertinage qui la faisait suivre l’armée, je la dénoncerais moi-même ; je lui dis que j’allais écrire à son vicaire, homme de mérite et frère des braves Texier, les héros de Courlay, pour connaître sa conduite ; elle m’en parut fort aise, m’assurant qu’il savait qu’elle se battait pour son Dieu et son Roi. Je lui donnai une veste, j’écrivis au vicaire ; il me manda qu’effectivement cette fille était à l’armée pour de bons motifs ; qu’il avait cependant cherché à la détourner de son dessein, mais, le jugeant pur, il y avait consenti, et elle avait même communié avant son départ ; depuis elle n’était jamais retournée à Courlay, et elle se cachait dans cette paroisse. Je gardai le secret de cette fille, je confiai seulement à M. de Lescure son histoire, sans vouloir dire son nom, ni sa figure, ni son pays.

    La veille du combat de Thouars (16), Jeanne entra à l’état-major et dit : « Mon général, je suis une fille, Mme de Lescure sait mon secret, j’ignore si elle vous l’a fait connaître ; en tout cas, elle a dû prendre des informations sur mon compte, et elles auront été favorables. Je viens à vous parce que je n’ai pas de souliers et je dois me battre demain. Tout ce que je vous demande, si vous voulez me renvoyer, c’est d’attendre après le combat, et je m’y conduirai si bien que,  j’en suis sûre, vous me direz de rester à l’armée. » Effectivement, pendant la bataille, elle s’attacha à suivre M. de Lescure et lui criait : « Mon général, jamais vous ne me passerez, je serai toujours aussi près des Bleus que vous. » Elle fut blessée à la main, elle lui montra son sang qui coulait en lui disant : « Ce n’est rien que cela. » On la perdit de vue depuis, et comme on trouva le corps d’une femme parmi les morts, on a toujours cru qu’elle avait été tuée dans la mêlées, où elle se précipitait comme une furieuse : ce trait a donné lieu à l’histoire fabuleuse de Jeanne Lescure, qui n’a jamais existé. »

    Justifications du général Grignon (4)....

    Le corps de Jeanne Robin aurait été retrouvé à Thouars, près de la porte de Paris, puis exposé dans l’église Saint-Laon. Après la seconde guerre mondiale, des ossements furent découverts au pied des remparts, dans le parc Imbert. Sans doute des combattants vendéens ; y avait-il Jeanne Robin parmi eux ?

    Nous sommes très loin des 100 000 livres de rentes enviés par Grignon et cette jeune paysanne était sûrement moins riche que le général incendiaire lui-même.

     

    A suivre ici.

    RL

    Juillet 2020

     

     

    Notes :

    (13) Les mémoires et la correspondance de Turreau ont été publiés et commentés par Michel Chatry en 1992 dans son ouvrage « Turreau en Vendée », Editions du Choletais.

    (14) AD XVIII C 306-16.

    (15) Mémoires, édition Bourloton, 1889, p. 235 et 236.

    (16) Le second combat de Thouars, du 14 septembre 1793.

     

     


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    Les justifications du général Grignon (3)...

     

     

    2ème partie ici.

     

    Continuons la longue litanie des témoignages en faveur de Grignon. C’est un peu fastidieux mais il est nécessaire de les consulter afin de bien comprendre la défense du général de colonne infernale.

    « Vingt deuxième régiment d’infanterie légère

    Nous soussignés membres du conseil d’administration du vingt deuxième régiment d’infenterie légère, certifions que depuis pus d’un an que le corps s’est trouvé sous les ordres du général divisionnaire Grignon, soit par détachement soit en totalité, nous n’avons rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui ne soit conforme aux principes et aux sentimens d’un bon républicain, et d’un militaire vigilant et courageux, que son attention a prévenir tous les besoins du soldat mérite les plus grands éloges, qu’il a veillé avec la plus grande exactitude a la conservation des propriétés des patriotes reconnus et qu’enfin sa conduite militaire et révolutionnaire le rend digne de la bienveillance nationale, autant que sa suspension lui a attiré de toute sa division des regrets justement mérités.

    Fait au bivouac de Millé sous Chavagnes en conseil d’administration le 3 vendemiaire de l’an 3ème de la république française une et indivisible :/ :

    Lhomme, Thiery sergent, Allin, Main, Bonnefon, sergent major, Corbineau, Lenoir, Millef, Arnote adjudant major, Blalamant, Bernie, Magriere, Duclos, Kwecher capitaine. »

     

    « Armée de l’Ouest 2ème bataillon de l’Eure

    Nous membres composant le conseil d’administration ; et officiers du 2ème bataillon de l’Eure certifions que depuis le mois de brumaire dernier jusqu’au commencement de fructidor aussi, que nous avons marché contre les brigants de la Vendée sous le commendement du général divisionnaire Grignon ; il nous a toujours donné des preuves évidentes de son civisme et de sa bravoure, et ces connaissances militaires nous ont dans différentes affaires que nous avons eu contre les ennemis de la république fait avoir de grands succès sur ces tyrants, surtout dans le mois de ventose dernier, que nous les avons mis cinq fois dans une décade en déroute ; en foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui valoir et servir ce que de raison.

    Fait a Thouard le 4ème jour des sansculotide de la 2ème année républicaine :/.

    Delamarre, Commay sergent major, Delamarre capitaine commandant,  Marie capitaine, Lefage adjudant major, Bemel, Laugeois, Ménard, Levasseur, Perdrin, Davout, Puquelin, Poquel lieutenant, Blorrel, Eruis, Lenien, Nicolas capitaine, Lieuris sergent major, Lemau. »

     

    « Municipalité de Mont Fidèle

    département de Maine et Loire

    Nous maire et officiers municipaux de la commune de Mont Fidèle cydevant Brissac certifions que le citoyen Grignon adjudant général commandant une colonne qui est restée stationnée environ huit jours a l’époque du 12 septembre ( ?) 1793 (vieux stile) s’est conduit en bon républicain et a fait observer à sa troupe la plus sévère discipline.

    A la chambre commune le 1er sansculotide de la 2ème année de la république française une et indivisible ; signé, Jouber, maire, Grimault, officier, Pelletier agent municipal, Courreau, officier municipal, Adam secrétaire. »

    « Nous René Héttreau officier municipal, et moi Jean-Jacques Hettreau agent national, nous certiffions que le citoyen Grignon général divisionnaire a toujours agi dans notre commune en brave républicain, lors de la déroutte de Brissac passent par notre commune poursuivi des brigands de la Vendée un seul hussard avec lui, le hussard lui a dit mon général nous sommes perdus. Le général lui a dit mon ami, plutos mourir que de tomber leur pouvoir, voila la conduite du général en passent par notre dit commune.

    A la chambre commune de l’Ouest, le 2ème jour de la sanculotide, l’an 2ème de la république française une et indivisible, et de la mort du tyran.

    Singé, Hettreau, agent national, René Hettreau, officier municipal, Courjurel, maire. »

    « Des commissaires municipaux provisoire de la commune de Vézin district de Cholet département de Maine et Loire, certifions que le citoyen Grignon adjudant général de l’armée de l’Ouest qu’il a été en station avec la troupe audit Vézin pendant huit à dix jours, s’y est comporté de la manière a mériter les éloges dus a un brave militaire républicain, par les différentes maneuvres qu’il lui a fait faire même opérer l’ordre publique et la destruction des rebelles qu’il a fait arrêter dans la commune de la Tours Landry qui lui avait été désignée pour suspecte, plusieurs hommes et femmes qu’il a fait filer sur Doué, certifions en outre que la discipline et la subordination militaire y ont régné et que nous n’avons eu qu’à nous louer, tant de l’adjudant général que des officiers et des soldats contre lesquels il ne nous est venu aucune plainte. En foi de quoi nous avons délivré le présent pour servire et valoir ce que de raison.

    Fait en maison commune de la municipalité de Vezin le trois frimaire de  l’an 2e de la république française, signé Perier, maire et Brunez. »

     

    « Le conseil de la commune de Thouars d’après la demande qui lui en a été faite par le citoyen Grignon général divisionnaire certifie a qui il appartiendra que le général pendant le temps qu’il a resté dans cette commune, a mis tout le zèle et toute l’activité nécessaires dans l’exercice de ses fonctions militaires. En foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui servire et valoi ce que de raison.

    Fait en la maison commune de Thouars séance publique tenante, le deux fructidor an second de la république française une et indivisible. Signé, Meschin, maire, par le conseil général de la commune Raimond, faisant pour secrétaire.

    Vü et approuvé par nous administrateurs du directoire et agent national du district de Thouars, qui en confirmant l’attestation de la municipalité de cette ville place d’après nos connaissances personnelles, déclarons que le citoyen Grignon pendant qu’il a commandé la garnison de cette place, s’est comporté en bon républicain et brave militaire. Jaloux de remplir ses devoirs, a Thouars en directoire le deux fructidor de l’an 2e de la république française une et indivisible. Signé, Noirault, Bruneau, Mallé, Grellé, Doré, agent national, Lacourbe.

    Vû par nous membres du comité révolutionnaire du district de Thouars qui attestons que le citoyen Grignon général s’est d’après nos connoissances personnellers bien comporté pendant le tems qu’il à tenu son quartier général a Thouars. Thouars en comité le deux fructidor l’an 2e de la république, une et indivisible. Signé, Augé, Crépenier, Bonnin, Hubert, Chauvin, Jouber, Gachignard, Gindreau.

    Nous maires officiers municipaux et notables, habitants des communes de Nueil près Passavant chef lieu de canton, Passavant, Cleré, les Cerqueux, La lande, près Les Vaches (Les Verchers) et autre communes circonvoisins du district de Vihiers département de Maine et Loire, certifions et attestons a tous qu’il appartiendra que le citoyen Grignon qui avoit été nommé général divisionnaire a une colone de l’armée de l’Ouest 3e division s’est a notre connoissance comporté en bon républicain et bon général ; qu’il n’a cessé de venir a notre secours, ou d’envoyer des froces, touttes les fois que l’ennemi s’est porté dans nos communes, qu’il a contribué le huit floréal dernier a repousser  les brigands de la commune de Nueil et a délivrer nos frères qui étoient dans le clocher ou il a empeché l’ennemi d’avancer, qu’il eut été a désirer pour la conservation du pays et pour la destruction entière des brigands qu’il eut continué ses fonctions a cause des connoissances loccalles, en foi de quoi nous avons délivré le présent pour servire ce que de raison le 2ème jour complémentaire de l’an second de la république une et indivisible. Caffe, officier municipal, De Nuel, Bauchai officier municipal, Guérin, agent national de Passavant, Guiard, maire, Dertrand maire de Concourson, Thouet, Chouteau, officier municipal, Guerin, René Jamin, maire de Cleré, Jamain notable, Grolleau, Lepin, Baudineau, Gannault, Baudinguart, Pierre Chauteau notable, Mignot, Gautier notable, Sidenne ( ?), Deffois maire des Cerqueux, Geller, juge de paix du canton de Nuel, Murret agent national des Cerqueux, Gendon officier municipal, C.M Leroi, Balin maire de Saint Paul, Maindon, J. Diard de la Lande, Guilbault agent national de la commune de Saint-Paul.

    Municipalité du Puy Notre Dame actuellement La Montagne district de Saumur, département de Maine et Loire

    Sur le rapport du conseil général de la commune du Puy La Montagne cidevant Notre Dame ; nous soussignés, maire et officiers municipaux de la dite commune, certiffions et attestons, que le citoyen Grignon général divisionnaire, s’est comporté dans tous les temps, qu’il a parû soit pour les affaires particulières, soit pour celles de la République audit lieu du Puy, en bon républicain, et y a donné les preuves du plus pur civisme et du zèle d’un vrai deffenseur de la patrie ; comme les aussi qu’il a payé et acquitté sur ces rôles des impositions de la dite commune, toutes ces contributions, pour quoi nous lui avons délivré le présent certificat de civisme, qu’il mérite a notre connoissanace a tous égards, pour lui servire et valoir ce que de raison. Fait en la maison commune dudit lieu du Puy La Montagne le vingt trois fructidor de l’an second de la République française. Signé, Dileau, agent national, J. Gillon municipal, Gourdault, P. Huluaud, notable, Roblain, notable, Lamoureux, notable, Thouaré, Venaudin, notable, J. Grellepon, Riolle, maire, Villiers, officier municipal.

    Vû par nous administrateurs du district révolutionnaire de Saumur, en directoire du district de Saumur, séance publique du 24 fructidor, l’an 2e de la république française une et indivisible. Signé, Biffault, agent national, Tramblé, F. R. Allain, Guillemet président, F.L. Joullain, vû arriver le 27 fructidore l’an 2e de la République française, une et indivisible, signé, Berard, Boyer, maire. »

    «  Vu et collationné conforme aux originaux, par nous membres du comité de surveillance révolutionnaire du district de Blois, le quatorze vendemaire troisième année républicaine. Approuvé le renvoi... 

    Signatures »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Justifications du général Grignon (3)....

     

    Malgré tous ces appuis, certes commandés par l’intéressé, celui-ci n’est plus en odeur de sainteté auprès de révolutionnaires qui aujourd’hui crachent sur ce qu’ils adoraient hier. La chute de Robespierre ajoutée aux nombreuses dénonciations des autorités constituées contre Grignon seront plus puissants que des témoignages de civisme de la part de militaires. A noter que dès le départ (voir la 1ère partie de ce travail), le représentant Ingrand ne dénonce pas Grignon clairement comme suspect d’être contre-révolutionnaire mais comme « habitant du pays où il fait la guerre ». Cette locution est pour le moins trouble car si les autres généraux sont en général accusés d’incompétence, Grignon peut passer au mieux pour quelqu’un qui cherche à se venger des gens de son propre pays, au pire d’être plus ou moins leur complice. C’est à vous de choisir le sens de la phrase d’Ingrand selon votre sensibilité politique... Et pourtant, parler de la chute de Robespierre, c’est beaucoup dire car les principaux instigateurs du populicide vendéen sont toujours en place, en particulier Bertrand Barère de Vieuzac et Lazare Carnot. Ceux qui me connaissent pourront difficilement m’accuser d’admirer Robespierre mais il suffit de lire les signatures des documents d’époque pour se rendre compte à qui incombent les plus grandes responsabilités. Accuser Robespierre des crimes commis en Vendée, c’est apporter de l’eau au moulin des robespierristes !

    Grignon n’est donc pas en odeur de sainteté et l’extrait d’un courrier du comité révolutionnaire de Fontenay à la Convention du 5 octobre 1795 nous le prouve (10) :

    « Dites nous hommes de sang, dites à la France entière, vous Thureau, Huchet, Grignon, Carrier, Hentz, Francastel, comment la guerre de la Vendée s’est rénouvellée... »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Il faut dire que les habitants de Fontenay et de la Plaine, pourtant réputés patriotes et qui s’étaient vus, eux et leurs familles, sans oublier leurs propriétés, victimes des exactions des colonnes infernales, n’avaient guère gouté cette forme civisme qu’on leur avait imposé. Et même si Grignon lui-même ne mit pas les pieds dans le Sud de la Vendée, sa réputation a horrifié les républicains du cru qui ont rapidement compris que la guerre ne pouvait que reprendre, les paysans, mêmes neutres d’opinion, allant rejoindre les bandes de Charette, aussi bien pour se venger que se tenir en sécurité.

    Pourtant le 4 mai 1795, Grignon était en liberté, en témoigne le résumé d’une lettre du représentant Morisson, signée de Fontenay (11) :

    « Fontenai le 15 floréal an 3e de la république

    Renvoi du comité des dépêches et de correspondance à celui de salut public pour en donner connoissance à la convention nationale

    Morisson représentant du peuple près l’armée de l’ouest

    Observe a la convention nationale qu’il vient de voir dans les papiers publics le décret qu’elle a rendu sur la mise en liberté du général Grignon.

    Surprise de ce représentant à ce sujet ayant appris dans sa tournée dans toute la Vendée, les atrocités et les horreurs les plus abominables commises par ce général. Dénonciations d’icelles par les meilleurs habitans de toute la Vendée.

    Doute que l’on fermiroit dans ces contrées dans la justice de la convention si Grignon, Huchet et quelques autres des anciens généraux de la Vendée étoient en liberté.

    Pièces existantes contr’eux aux comités. »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Justifications du général Grignon (3)....

     

        Charles-François-Gabriel Morisson (1751-1817) député de la Vendée de 1791 à 1797 est ce que l’on appelle un « modéré ». Sorti de la Grande Terreur sans trop de soucis, il est envoyé en mission dans les départements de l’Ouest après le 9 thermidor en vue de contribuer à la pacification. Bien évidemment, il a en horreur le système de « dépopulation » voulu par Turreau et le Comité de Salut public. Néanmoins toujours discret et réservé, il n’attaque pas directement Grignon mais s’étonne de sa mise en liberté, tandis que les dénonciations des « meilleurs habitans de la Vendée » pleuvent contre le général incendiaire. Ce que le pauvre Morisson ne sait pas encore, c’est qu’à la Restauration, son esprit réservé va le desservir et il ne sera aucunement récompensé des sympathies royalistes dont Garnier de Saintes le soupçonnait. Refusant de juger Louis XVI, Morisson avait déclaré « moi, je ne crois pas que Louis soit justiciable ». Mal lui en pris car, Turreau et d’autres criminels furent eux, largement mis en valeur. On ne parlera pas des Vendéens qui eurent droit à quelques queues de cerises en remerciements des pires sacrifices.

    Grignon, lui se lance dans un immense plaidoyer pro domo dirigé en particulier contre Joseph Lequinio et Vincent Chapelain, imprimé le 25 décembre 1794, deux mois après le brûlot de Lequinio que l’on connaît (12). On apprend un tas de choses (plus ou moins exactes) grâce au mémoire de Grignon, comme par exemple le fait qu’il adorait son épouse et ses enfants. Si si ! Je ne plaisante pas. C’est ce mémoire que je vous propose maintenant de découvrir.

    A suivre ici.

    RL

    Juin 2020

     

     

    Notes :

    (10) SHD B 5/10-63.

    (11) Archives Nationales, AFII 270 A 14, 2274, carton 270, v. 10/18 des AD85.

    (12) « Guerres de la Vendée et des Chouans », Paris, Pougin, 30 vendémaire an III (21 octobre 1794).

     

     


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    Les justifications du général Grignon (2)...

     

     

     

    1ère partie ici.

     

    Nous avions laissé le général Grignon alors qu’il s’apprêtait à nous présenter des justificatifs de sa conduite par les ordres qu’il avait reçus. Ces copies d’ordres ne sont pas datés mais elles viennent compléter les correspondances publiées dans l’ouvrage de Savary que les amateurs de Guerres de Vendée connaissent bien (7).

     

    Bien que loin d’aucune sympathie pour ce personnage qui dévasta ma région natale, je ne lui dénie pas le droit de se défendre et mes commentaires, lorsqu’il y en aura, seront les plus justes possible, en fonction des connaissances historiques du moment et sans les envolées lyriques « Génocide ! » à tour de bras qu’appellent en général ce genre de publication. Sans plus attendre, voici le contenu du dossier des archives militaires de Vincennes, suivant la lettre au Comité de Salut public vue dans la première partie.

     

    « A quartier général à Saumur

     

    Le général divisionnaire Commaire à l’adjudant général Grignon

     

    Je vous invite citoyen de continuer la chasse aux célérats de cette terre proscritte et de ne point faire de grace a aucun d’eux, surtout emparés vous de tous les chefs de commune et des gens suspects. Ne leur faites pas plus de graces qu’a des betes féroces. Faittes rentrer autant qu’il sera possible dans les greniers de la République touttes les récoltes. Nous sommes infectés du grand nombre de ces scélérats qu’on nous envoye de touttes parts. Moins vous nous en enverrés, plus de bien vous ferés à la République ; salut et fraternité, le général divisionnaire

     

    Commaire »

     

    Comme pour l’ensemble du dossier ces copies d’ordres ne sont pas datées. Cependant Grignon ne passa du grade d’adjudant-général à celui de général de brigades que le 28 novembre 1793. On peut donc légitimement supposer que cette missive est antérieure au plan de campagne de Turreau.

     

    « Extrait de la marche générale par ordre du général en chef Turreau

     

    Le général Grignon confiera le commandement de sa colonne de gauche à un adjudan-général ou à un officier supérieur ; il lui donnera copie de l’ordre général et y joindra une instruction s’il le juge convenable. Bien entendu que cette instruction particulière ne pourra changer ni modifier l’ordre général qui est que chaque colonne se trouve le même jour huit pluviôse au dernier lieu spécifié sur le présent état, sans s’écarter du présent ordre ; le général Grignon pourra prendre et faire prendre à l’officier qui commande sa colonne de gauche toutes les mesures secondaires que nécessiteront les circonstances ; il emploira tous les moyens pour découvrir les rebelles, tous seront passés au fil de la bayonnette ; les villages métairies, bois, genais, et générallement tout ce qui pourra être brulé sera livré aux flammes. Signé

     

    Turreau »

     

    « Turreau

     

    Général en chef de l’armée de l’Ouest ; au citoyen Grignon général de brigade.

     

    Je te préviens citoyen général qu’il existe à la Gaubretière un rassemblement de près de deux mille brigands. J’en suis instruit par des hommes que je crois véridiques ; qui peuvent cepandant exagérer. C’est à toi à prendre touttes les précautions nécessaires pour les batre. Si tu les rencontre marche sur tout en masse, et préparez vous  à vous secourir mutuellement. Caffin, Boucret et toi que ta cavalerie fasse un service très actif pour éclairer la marche (et) assurer la correspondance ; salut et fraternité. Le général en chef:/ :

     

    Turreau »

     

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest au citoyen Grignon général de brigade

     

    Les ordres généraux que je dois donner sur la marche des colonnes seront retardés par la force des circonstances, mais tu ne dois pas pour cela rester dans l’inaction. Les environs du pays ou tu te trouves t’offre un champ vaste pour fouiller (et) incendier les métairies, bois et purger ce pays des scélérats qui l’habitent. Fais les incursions sur tout les sens, que quelques marches de nuit te mettent à portée de surprendre quelques rassemblements partiels, mais ne permet pas que les détachements que tu enverras pour ces différentes expéditions passent les nuits loin de toi, que tout ton monde soit rassemblé à la chute du jour. Je n’ai pas besoin de te recommander de te garder militairement ; tu sais qu’un parti de brigands s’est emparé de Chemillé, cette perte momentanée est düe à la lacheté des troupes chargées de le deffendre, que cet événement n’inflüe pas trop sur ces opérations. Cependent tiens toi sur tes gardes, je compte attaquer demain à la pointe du jour, cette poignée de rebelles qui se sont jettés à Vésins s’ils veulent bien m’attendre ;

    Ce rassemblement a du passer entre Moulins et Cordelier, c’est un malheur qu’il faut éviter à l’avenir, tu communiqueras sur le champ cette lettre au chef de ta seconde colonne. salut et fraternité, le général en chef

     

    Turreau »

     

    « Turreau général en chef au citoyen Grignon général de brigade

     

    Les rassemblements ennemis devenants journellement plus considérables, mon cher camarade, et le terrein que nous avons a parcourir se rétécissant je prend le parti de réunir quelques unes de mes colonnes, en conséquence je donne ordre à l’adjoint Prévignau de se rendre a Pouzauges avec les troupes qu’il commande et d’y attendre tes ordres. Tu partageras la troupe de Prévigneau entre les deux colonnes ou l’attacheras a une d’elles suivant (ce) que tu jugeras plus convenable ; quoi que les colonnes deviennent plus fortes par cette réunion tu les rapprocheras l’une de l’autre ; si les circonstances l’exigent pour quelles soient plus a porté de se secourir, toutte fois en m’en donnant avis, sans cependant dépasser la ligne que tous les chefs de colonnes doivent garder suivant l’ordre général.

    Continue mon camarade, a bruller ce pays et extermine les rébelles, plus je vais et plus je suis a portée de juger qu’il y a peu d’habitants a excepter de la proscription. Salut et fraternité. Le général en chef / :

     

    Turreau »

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest au citoyen Grignon général de brigade

     

    Je n’ai rien de particulier à te mander, je t’ai remis des instructions suffisantes, c’est à moi à les suivre ; enlèvement des subsistances, mort de ceux qui ont porté les armes contre nous, surveillance active, prudance dans la marche, voilà ce que je ne cesse de te recommander.

    Je suis étonné qu’avant de partir tu ne te sois pas pourvu des cartouches nécessaires par tes derrières : : pourvois y sur le champ... Tu peux t’arrêter là ou tu jugeras à propos pourvu que les colonnes de gauche et de droite en soient instruits, et que le huit tu sois arrivé à POuzauges et La Flosselière. Tu dois savoir que j’arrivais le deux à Cholet.

    Que chaque jour je sache ou tu est, ou tu vas, ce que tu projette, ce que tu as découvert ; salut et fraternité. Le général en chef

     

    Turreau »

     

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest au général de brigade Grignon

     

    Tu as été trop longtems mon cher Grignon à me donner de tes nouvelles, je t’hexorte à m’en donner plus souvent et chaque fois que tu m’écris à ne pas me demander ce que tu dois faire, tu dois le savoir d’après mon ordre général et l’instruction particulière que je t’ai donnée. Poursuis l’ennemi sans relache, brule tout ce qui pourait être échappé à l’incendie, mais n’oublie pas que cette opération doit se faire par un détachement de ton arrière garde pour ne pas déranger la marche et l’ensemble de la colonne ; je compte partir après demain et si l’ennemi ne change pas ses dispositions je serai sur la droite et le lendemain je prendrai position entre Beaupreau et St Florent, après quoi la marche de l’ennemi déterminera la mienne ; tu as du recevoir huit milles rations de pain et de l’eau de vie ; le général en chef ./ :

     

    Turreau »

     

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest, au citoyens Grignon général de brigade

     

    Il est bien étonnant que tu me demande, mon camarade, s’il faut désarmer les gardes nationales de la Vendée, c’est mettre en question s’il est prudent d’oter a nos ennemis les moyens de nous faire plus de mal ; croyons que dans ce maudi pays nous ne devons nous fier à personne et agissons en conséquences. J’ai reçu une croix de St Louis et un calice et une patenne.... Dépeche toi de me fournit une collection complette de tous ces breinborions. ./ :

     

    Turreau »

     

     

    « Francastel représentant du peuple, délégué par la Convention Nationale près l’armée de l’Ouest ;

    à l’adjudant général, chef de brigade, Grignon

     

    J’applaudis à ton activité citoyen, elle est nécessaire, continues avec vigueur et fermeté, et tu rendras a la république des armes qui ont été tournées contr’elles, ainsi que des subsistances que sons bien utiles ; tu feras trembler en même tems tous les brigands aux qu’els il ne faut pas faire de quartier. Tu fais trop de prisonniers.... nos prisons en regorgent ; des prisonniers dans la Vendée ! Les administrations dans plusieurs points contrarient les ordres donnés a la force armée ; c’est avec celleci que les représentans du peuple doivent communiquer ; c’est d’eux seuls quelle doit tenir la marche a suivre ;

    Ne pas épargner les moulins de l’intérieur, des communes révoltées ni les maisons isolées ; c’est a quoi il faut t’attacher par ordre du comité de salu publique. Aucun des fusils ne doit être remis aux districts. Si on leur en apporte, ils doivent les remettre au commandement de la force armée, lequel les fera passer dans une de nos places, et n’en distraira que ce qui est essentiel pour armer ceux des volontaires qui en manqueroient.

    Quant au complettement des bataillons ou a l’organisation de nouveaux bataillons c’est un travail a suspendre, il faudra d’autres rensignemens à ce sujet, laissés Thouars s’occuper de réunir les jeunes gens les former même en bataillons o, les trouvera quand il en sera tems.

    Ainsi, je le répète quant à présent ramasser toutes les subsistances , armes et les faire conduire le plutôt possible en lieu sûr ; donner la chasse à ce qui reste de rassemblemens et de révoltés ; incendier maisons écartées, moulins etc.

    Adieu commandant je te salue fraternellement : ma lettres n’est que pour toi. Signé.

     

    Francastel »

     

     

    « A Angers le 10 pluviose

     

    Francastel représentant du peuple, délégué par la Convention Nationale, près l’armée de l’Ouest au général de brigade Grignon

     

    Je te remercie général des détails que tu me donnes ; je t’engage à continuer avec la même activité et la même inflexibilité révolutionnaire. Tes ordres, tu dois les recevoir du général en chef. Je suis seul ici, malade. Gardans le lit depuis quinze jours et ne pouvant m’occuper d’affaires  qu’avec infiniment de peines. Je compte bien que le mouvemens actuel de la Vendée sera le dernier et que ce pays sera purgé de ses infames habitans.

     

    Salut et fraternité

     

    Francastel »

     

     

    « A Angers le 23 brumaire (8)

     

    Représentant du peuple délégué par la Convention Nationale près l’armée de l’Ouest

    au citoyens Grignon adjudant général

     

    Je vous remercies citoyen de la preuve de surveillances et d’attachement à la chose publique que vous donnés dans la déclaration qui vient de me parvenir.

    L’ordre général a été donné d’incendier tous les fours et moulins ; on à excepté a cet égard que ceux qui avoisinent la Loir, il est indispensable de rassembler touts les grains, toutes les armes et munitions, et de les faires filer de suite sur l’une de nos places, Angers, Saumur, ou Nantes, suivant la proximité, puis incendier toutes les maisons isolées, les chateaux surtout, enfin achever la transformation de ce pays en désert, après avoir soutiré les richesses qu’il renferme. L’enlèvement des cloches et la destruction des clochers entrent bien nécessairement dans ce plan, pas de molesse, ni grace dans un pays qui mérite l’indignation et la vengeance national, ne perdés pas de tems requerez voitures et chevaux. Rendés nous compte de tout ce que vous ferez en exécution de ces vües qui sont celles de la convention national ./ :

     

    Francastel »

     

     

    « Au pont Libre le 8° jour sansculotide de l’an 2e de la république française une et indivisible (9)

     

    Je soussigné commandant de la place du ponts libres certifie que durant trois mois que j’ay exercé le commandement temporaires de la place de Doué, j’ay reconnu dans le général Grignon toutes les qualités qui caractérisent un bon républicain et brave militaire protégent de tous ses moyens les propriétés, maintenants l’ordre et la police parmi les citoyens exercant la meilleure discipline parmi les militaires, leur inspirant sans cesse par ses discours et son exemple l’embition de terminer l’exécrable guerre de la Vendée et s’offrant toujours à ses frères d’armes pour modelle de bravoure, d’activité, de zèle et surveillance. Signé

     

    Ménard. »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    Garde nationale du canton de Thouard

     

    Nous commandant et officiers de la garde nationale du canton de Thouard attestons que pendant le temps que le citoyen Grignon a commandé dans cette ville en qualité de général divisionnaire, il a toujours manifesté les principes d’un vrai républicain et a rempli avec zèle et exactitude les devoirs de son emploi, en foi de quoi nous lui avons délivré le présent : Thouard 4e jours sanculotide de l’an 2e de la République suivi des signatures.  Jarry adjudant

    Devanne capitaine, Frogé fils commandant, Frogé lieutenant, Nivoy adjudant major, Boro capitaine, Lebloi capitaine. »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    Au camp de Concourson le 2e jour de sanculotide de la république

     

    Je soussigné adjoint de l’adjudant général Maillefert commendant le camp de Concourson, atteste à tous qu’il appartiendra, que pendant l’espace de dix mois que j’ay été adjoint du général Grignon, l’ai toujours reconnu pénétré des vrais principes d’un républicain, sertifie en outre que pendant quatre mois que j’ay rempli les fonctions d’adjudant général provisoirement auprès de lui je l’ai toujours vû à la tête de son armée, encourageant sa troupe, tant par discours que par actions enfin qu’il s’est comporté de manière à mériter l’estime et la confiance de son armée ; mais encore qu’il a emporté avec lui les regrets de toute la division,  en foi de quoi je lui ai délivré la présante attestation pour lui servire et valoir ce que de raison:/ :

     

     

    L’adjoint de l’adjudant général Maillefert

     

    Mangeard »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    13ème bataillon d’élite

     

    Nous soussignés membres du conseil d’administration du treizième bataillon d’élites, certifions à tous ceux qu’il appartiendra que le citoyen Grignon cidevant général divsionnaire commandant la troizième division de l’armée de l’Ouest, na autant que notre corps a été sous ses ordres démértié de notre confiance, que nous n’avons aucun reproche directe ni indirecte a faire sur son civisme, et sa bravoure, enfoi de quoi nous lui avons délivré le présent cerificat, pour lui servir et valoir ce que de raison ;

    Fait et délivré au conseil le 1er jour du mois de vendemiaire l’an 3ème de la République une et indivisible. Signature

    Tramaye, Capel adjudant major, Lanusse capitaine, Lamartinière capitaine, Reverand lieutenant, Julliard sous lieutenant, Charuel, Salagaino, Vegues, Bourel, Leboucher adjudant major, Dubois capitaine, Ampos chef, Philippart quartier maitre. »

     

    « Armée de l’Ouest

     

    1er bataillon de St Amand

     

    Nous membres composant le conseil d’administration dudit bataillon soussignés certifions et atestons que le citoyen Grignon général divisionnaire nous a commandé avec zèle et patriotisme pendant près de 8 mois, qu’il nous à toujours manifesté le courage d’un vrai républicain dans tous les combats ou nous nous trouvames avec lui dans la Vendée, et qu’enfin il n’est pas en notre connoissance, qu’il se soit écarté en rien dans la conduite qu’il tenoit dans le poste respectables auquel il a été élu ; en foi de quoi lui avons délivré le présent pour lui servir et valoir au beson ; a Thouars département des Deux-Sèvres le 4ème jour sansculotide 2ème année de l’ère républicaine.

    Dangreaux, Dutrieux, Marin, Daudalle. »

     

    « Armée de l’Ouest

     

    87e régiment d’infanterie 1er bataillon

     

    Nous membres composant le conseil d’administration deu 1er bataillon du 87e régiment d’infanterie ; certifions attestons a tous ceux qu’il apprtiendra que le citoyens Grignon cidevant général de division sous quels ordres ledit bataillon a servi depuis aux environs une année, s’est toujours comporté en honneur et brave militaire, et s’est dans toutes les affaires, que nous avons eu avec les brigands de la Vendée, constamment montré ferme a son poste, et tenu une conduite irreprochable ; en foi de quoi lui avons délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison.

    Fait au camp sous Thouars le 5 vendemiaire de la 3ème de la république :/ :

     

    Plusieurs signatures illisibles. »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    14ème bataillon d’élite section d’Orléans

     

    Nous officiers et membres composant le conseil d’administration soussignés ayans été sous les ordres du citoyen Grignon général commandant la 3ème division attestons à tous qu’il appartiendra + que nous n’avons vü en lui que des sentiments qui caractérise les principes d’un vrai républicain. En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour valoir et servir ce que de raison ; fait au conseil au fort de Passavant près Doué le deux vendemiaire de la 3ème année républicaine, une et indivisible

     

    Signatures.

     

    + que nous n’avons rien à reprocher à ce citoyen qui soit contraire aux intérêts de la République

     

    B »

     

    Passavant-sur-Layon : le poste républicain (photos Pierre Périeau).

    Justifications du général Grignon (2)....

    Justifications du général Grignon (2)....

    Justifications du général Grignon (2)....

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    J’ay adjudant général commandant le camp de Concourson soussigné et atteste n’avoir connu aucunes marques d’incivisme dans la conduitte qu’ a tenu le général divisionnaire Grignon pendant tout les tems qu’il a commandé la troisième division et que j’ai été sous ses ordres qu’au contraire je n’ai connu en lui qu’un homme dévoué au bien de la chose publique qu’enfin je ne l’ai jamais vu que renfermé dans les moeurs qui doivent caractériser un vrai général et brave républicain ; en foi de quoi en mon âme et conscience, j’ay cru lui délivrer la présente attestation ; au quartier général de Concourson 2ème jour de la sanculotide.

    J’ay soussigné atteste pareillement le contenu cy dessus sincère et véritable. ./. Dugenet

     

    Maillefert »

     

     

    A suivre ici.

     

    RL

    Juin 2020

     

     

    Notes :

    (7) SHD B 5/10-62. Jean-Julien-Michel Savary, « Guerres des Vendéens et des Chouans contre la république française », 1824-1827, tome III en particulier.

    (8) La correspondance n’est visiblement pas dans l’ordre car on remonte de la fin janvier 1794 au 13 novembre 1793...

    (9) « Les Ponts Libres » désignent bien entendu les Ponts-de-Cé. Quant au 8ème jour « sans-culottide » (ou « jour complémentaire » après le 7 fructidor an III), il n’existe pas. Il n’y a que six jours complémentaire par année républicaine. Il pourrait néanmoins correspondre au 24 septembre 1794, donc durant l’incarcération de Grignon.

     


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