• Les justifications du général Grignon (5)....

     

    Les justifications du général Grignon (5)...

     

     

    4ème partie ici.

     

    « Déjà Saumur, Angers étoient tombés au pouvoir des rébelles : ces succès en faisaient craindre de bien plus effayans.

    Tant de malheures opiniâtres déterminèrent enfin la Convention à employer les mesures d’une extrême rigueur.

    Etoit-ce le remède ? Ce parti étoit-il le meilleur ? Etoit-il un nouveau mal ? Nous ne nous permettrons pas d’examiner cette question, d’ailleurs inutile. Ceux qui le blâment aujourd’hui l’approuvoient alors. Lequinio lui-même a chanté la palinodie. Il est aisé de juger ainsi après l’événement : il n’en coûte qu’une contradiction ; ce qu’il y a de certain, c’est que les excès auxquels se portoient les brigands sont incroyables, & pour n’en citer qu’un trait, à la Roche-Servière ils avoient fait prisonniers une père & son fils, âgé de dix-neuf ans, les monstres ont assassiné le père & ils ont enterré le fils tout vivant sur son cadavre ; (ce fait a été par le Bateux, témoin dans l’affaire de Carrier.) c’est une des moindres atrocités qu’ils ont commises.

    Quoi qu’il en soit donc pour ce moment, il importe de faire connoître ici les Décrèts que la Convention crut nécessaires, & et d’en fixer la teneur.

    C’est alors que vint la Loi du premier Août 1793.

    Les Prussiens venoient d’emporter Mayence : la capitulation portoit que la garnison, composée d’environ quinze mille hommes, ne pourroit servir d’un an contre les Puissances coalisées. La Convention, donnant l’exemple de la fidélité à remplir les traités, crut ne pouvoir mieux faire que d’utiliser cette troupe.

    Par la Loi que nous venons de parler, la Convention ordonne que la garnison de Mayence sera sur-le-champ transportée en poste dans la Vendée ; qu’il sera envoyé des matières combustibles de toute espèce, pour incendier bois-taillis, genêts ; que les forêts seront abbatues, les repaire des rébelles détruits (Quel vaste champ pour l’arbitraire !), les récoltes coupées & portées sur les derrières de l’armée, les bestiaux saisis, les femmes, les enfans les vieillards conduits dans l’intérieur, pour être pourvu à leur subsistance & à leur sûreté, avec tous les égards dûs à l’humanité. Enfin, la Loi, après avoir pourvu aux approvisionnements d’armes & aux munitions de guerre & de bouche, ordonne une levée en masse, pour faire marcher en même temps sur les rébelles avec une armée d’environ soixante-dix mille hommes, sous le Général en chef Rossignol, & dont Westermann commandoit l’avant-garde.

    Bientôt toutes les précautions sont prises ; il n’est plus question que d’exécuter.

    Les troupes se mettent en marche : on éprouve d’abord quelques échecs par la mésintelligence des chefs ; mais, le concert enfin se rétablit, & l’on pénètre bientôt dans le coeur de la Vendée.

    Il faut rendre ici un hommage pur à la vérité ; il y auroit de la lâcheté à la déguiser.

    Les armées de la République étoient environnées de brigands de tous côtés ; le danger de la Patrie, il est vrai, leur a fait tout surmonter. Par leur courage & par leur confiance à affronter tous les hazards, elles sont parvenues à franchir tous les obstacles, nous leur devons cette justice ; mais leur ardeur n’auroit pas vaincu seule, si l’intrépide Westermann n’eut été l’ame de toute leur conduite & n’eu présidé à toutes leurs actions. C’est lui, c’est ce génie guerrier & magnanime qui, planant sur nos armées, pour la sauve-garde & le salut de la France, c’est ce génie bienfaisant & tutélaire (& Lequinio lui-même est forcé de rendre hommage à ce Général) qui, après avoir fait triompher nos armes dans quatre ou cinq batailles successives, a dissipé & chassé devant lui, comme un vent impétueux, ces hordes saisies de terreur, & les a forcées de passer la Loire après les avoir acculées sur ses bords. Plus sage qu’Annibal, il a su profiter de ses victoires. En homme habile ils passe lui-même la Loire ; il s’acharne sur leurs pas ; ils les poursuit à outrance ; il en a presqu’exterminé les restes. Quel prix de tant de courage ! Ombre plaintive, Guerrier immortel, que, s’il se peut, tes mânes s’appaisent ! Pourquoi faut-il que la Patrie n’ait à t’offrir que tristes & stériles regrets ! Batailles de Châtillon, de Cholet, du Mans, de Savenay, plaines arrosées de sang, journées à jamais célèbres, si nous n’avions à déplorer la perte de tant de frères égarés, vous attesterez éternellement ses hauts faits ; vous honorerez du moins sa mémoire, & vous servirez à faire répandre quelques fleurs sur son tombeau.

    Pendant que Westermann s’ocuppoit à la chasse des brigands de l’autre côté de la Loire, Grignon, pour en détruire les débris, étoit resté dans l’intérieur. Ces débris avoient augmentés. Dans l’intervalle de la bataille du Mans à celle de Savenay, une poignée de brigands avoit repassé la Loire, & étoit rentrée dans la Vendée.

    On venoit de rendre la Loi du premier octobre 1793, contenant la nouvelle organisation de l’armée destinée à combattre les rébelles de la Vendées, sous le nom d’armée de l’Ouest.

    Cette Loi porte, art 3 : « La Convention nationales compte sur le courage de l’armée de l’Ouest & des Généraux qui la commandent, pour terminer, au 20 octobre, l’exécrable guerre de la Vendée ».

    L’article 4 porte : « Le reconnoissance nationale attend l’époque du premier Novembre, pour décerner des honneurs & des récompenses aux Armées & au Généraux qui, dans cette campagne, auront exterminé les brigands de l’intérieur & chassé, sans retour, les hordes étrangères des tyrans de l’Europe ».

    Le même jour, il a été fait une proclamation de la Convention nationale à l’armée de l’Ouest.

    « Soldats de la liberté, y est-il dit, il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin du mois d’octobre ; le salut de la Patrie l’exige, l’impatience du Peuple françois le commande, son courage dois l’accomplir. La reconnoissance nationale attend à cette époque tous ceux dont la valeur & le patriotisme auront affermi, sans retour, la liberté & la République ».

    L’armée de l’Ouest n’avoit donc que vingt jours pour terminer la guerre de la Vendée.

    Il faut rapprocher ce Décret de celui du premier Août, qui prescrit les mesures de rigueur & de destruction.

    A ces deux Décrets, on peut joindre celui de la fin d’Octobre, c’est-à-dire, du 11 Brumaire, an deuxième : « Toute ville, y est-il dit, qui recevra dans son sein les brigands, ou qui leur donnera des secours, ou qui ne les aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est capable, sera punie comme une ville rébelle ; en conséquence rasée, & les biens des habitants seront confisqués au profit de la République ».

    La Convention s’expliquoit assez clairement, & la loi traçoit bien énergiquement la conduite que devoient tenir les Généraux.

    En conséquence, les différens corps de l’armée de l’Ouest s’organisent. Grignon est nommé Général de brigade ; son brevet semble le justifier d’avance, sous tous les rapports. Il est bon se fixer ici un moment sur ce qu’il contient.

    Ce brevet qui est du 8 Frimaire, an deuxième, est ainsi conçu :

    « Le Conseil exécutif provisoire a fait choix de Grignon, pour remplir provisoirement & subordonnément au Général en chef, & aux Généraux de divisions, les fonctions de son grade, persuadé qu’il justifiera l’opinion qu’on a conçue de son patriotisme & de ses talens militaires.

    En conséquence, Grignon fera, pour la défense, l’unité & l’indivisibilité de la République, le maintien de l’ordre, de la liberté & de l’égalité, tout ce qu’il jugera convenable, ou tout ce qui lui sera prescrit par les ordres ou instructions du Général en chef, & par ceux des Généraux de divisions. »

    Ainsi, 1°. rien ne pouvoit dispenser Grignon d’obéir aux décrets.

    2°. Il devoit obéir aussi ponctuellement aux ordres & aux instruction du Général en chef & des Généraux de division.

    3°. Il pouvoit faire aussi tout ce qu’il jugeroit convenable.

    4°. Le grade qu’on lui confère semble être le prix se son patriotisme & de ses talens militaires reconnus.

    Si Grignon n’a fait que se conformer aux décrets, & que ce qui lui a été prescrit par le Général en chaf & par les Généraux de division, il est clair qu’il n’a fait que ce qu’il a dû faire, & qu’il sera bientôt complètement justifié.

    Si Grignon n’a fait tout ce qu’il jugoiet convenable, comme il en avoit incontestablement le droit ; s’il n’a voulu rien prendre sur lui ; s’il en a toujours référé au Général en chef, il est clair qu’il n’a pas usé de tous ses pouvoirs, & qu’il n’a pas même fait tout ce qu’il étoit en droit de faire ; bien loin d’avoir outrepassé les bornes !

    Les mesures de terreur & de destruction se préparent ; on fait refluer toutes les troupes de la République dans la Vendée ; on fait proclamer que tous les individus qui veulent se garantir, se hâtent de se ranger sous les drapeaux. Le Général en chef forme douze colonnes qui doivent porter par-tout le fer & et le feu. On fait mettre sur les derrière de l’armée les femmes, les enfans, les vieillars ; on fait précéder les ravages auquel affreux auxquels on s’apprête par toutes les précautions qu’inspire l’intérêt de l’humanité dans des âmes non encore endurcies par des cruautés de toute espèce que les premières cruautés ont fait commettre.

    Avant d’aller plus loin, il faut se faire une juste idée des motifs & des circonstances.

    Des brigands d’un nouveau genre déchiroient le sein de la mère-Patrie ; ils se signaloient par des fureurs & des atrocités nouvelles ; ils ne méritoient plus, ce semble, de trouver ni retraite ni subsistance.

    Il faut encore observer, & c’est une vérité connue de tous ceux qui ont servi dans la Vendée, que les brigands n’étoient pas seulement composés de ceux qui avoient pris les armes & qui faisoient une guerre ouverte à la Patrie, mais encore en plus grande partie de ceux qui étoient restés dans leurs foyers, & que l’amour seul de leurs propriétés, qu’ils avoient envie de conserver, y avoit retenus. Ces derniers n’étoient pas les moins nombreux, ni les moins redoutables. Plusieurs Communes, en grand nombre, avoient deux signes de reconnoissance : l’un national, aux trois couleurs, qu’ils arboroient quand ils apercevoient les Troupes nationales ; l’autre noir & blanc qu’ils montroient quand ils voyoient approcher un parti des leurs (17).

    C’est ainsi que qu’ils conjuroient le danger : ils étoient d’autant plus à craindre, qu’ils avoient des armes, qu’ils pouvoient se joindre en un instant aux rébelles, & grossir ainsi le nombre des combattans sans qu’on pût se méfier de leurs dispositions. C’est de cette manière que des Municipaux ont été fusillés dans leur fuite, parce qu’ils avoient été surpris avec le signe rébelle qu’il n’avoient pas eu le temps de cacher.

    Les brigands légitimoient donc, en quelque sorte, les mesures extraordinaires. Ce que l’on ne peut contester sur-tout, c’est que ces mesures avoient tous les caractères de la légitimité pour les Généraux en sous-ordre, & que l’exécution en étoit indispensable pour eux.

    D’un autre côté, le terme étoit fixé pour la fin de la guerre ; on ne donnoit que vingt jours : il sembloit que les mesures prescrites dûssent être les derniers moyens de la terminer, & que l’on comptât infailliblement & essentiellement sur ces mesures.

    Déjà les douze colonnes s’ébranlent ; la marche & et la conduite qu’elles doivent tenir sont tracées dans un ordre du Général en chef, du 30 Nivôse.

    Cet ordre porte entr’autres dispositions : « Que Grignon pourra prendre & faire prendre à l’Officier qui commande sa colonne de gauche, toutes les mesures secondaires que nécessiteront les circonstances.

    Il emploiera tous les moyens pour découvrir les rébelles.

    Tous, y est-il dit, seront passés au fil de la baïonnete ; les villages, métairies, bois, genets, & généralement tout ce qui pourra être brulé, sera livré aux flâmmes. Pour faciliter cette opération, Grignon fera précéder chacune de ses colonnes de 40 ou 50 pioniers ou travailleurs, qui feront les abbatis nécessaires dans les bois ou forêts, pour propager l’incendie » (18)

    Cet ordre finit par ces mots ;

    « On le répète, le présent ordre ne peut éprouver aucun retard ni modification ; le Général en chef en remet la stricte exécution, sur la responsabilité du Général Grignon ».

    Ainsi, Grignon est bien constamment responsable, sur sa tête, de l’exécution littérale des ordres qui lui sont donnés.....

    Les colonnes formidables se mettent en marche ; elles portent par-tout la terreur & la vengeance : la torche d’une main, le fer inexorable de l’autre, elle se signalent à l’envi par des exécutions désastreuses. Détournons les yeux de cet horrible tableau.

    Grignon commandoit l’une des douze colonnes ; la sienne étoit divisée en trois ; chaque division étoit commandée par un Chef de brigade : en supposant que les deux autres  divisions ayent commis des excès, Grignon n’en peut être responsable, s’il ne peut l’être à plus forte raison des excès qu’ont pu commettre les onze autres colonnes ; il ne seroit tout-au-plus responsable que de la sienne, que de celle qu’il commandoit en personne. Mais, bien loin qu’il ait été au-delà des bornes qui lui étoient prescrites, il n’a jamais manqué aux loix sacrées de la nature & de l’humanité ; & après avoir fait mettre sur les derrières les vieillards, les femmes & et les enfans des rébelles, il leur a fait souvent distribuer du pain des soldats (Notamment à Vesins.)... »

     

    La Vieille Lande de Cersay (79) où Grignon fut fermier général sur le cadastre de 1814 (AD79, 3 P 52/6).

    Les justifications du général Grignon (5)....

    Ci-dessous en vue aérienne Géoportail de nos jours :

    Les justifications du général Grignon (5)....

    Attention car aujourd'hui les appellations sont inversées : le hameau nommé « La Vieille Lande » correspond à « La Lande » de l'époque de Grignon.

     

    A suivre ici.

    RL

    Juillet 2020

     

     

     

    Notes :

    (17) Il est ici évident que Grignon cherche à se justifier du massacre de la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain.

    (18) Le manque de réalisme de ce plan saute aux yeux ! Il n’est jamais d’ailleurs jamais question de ces pionniers dans les rapports réels ou supposés, transcrits par Savary. Ont-il existé ? Quant à incendier des forêts dans l’Ouest de la France, en plein hiver...

     


  • Commentaires

    1
    Noël Stassinet
    Dimanche 19 Juillet à 09:28

    Intéressante l'explication de l'exécution de certains municipaux.

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