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    Les justifications du général Grignon (4)....

     

     

    3ème partie ici.

     

    Tout comme Turreau qui produisit un mémoire en 1795 (13), Louis Grignon va tenter de se justifier et c’est son mémoire que je vais vous présenter désormais en plusieurs épisodes, celui-ci comportant 84 pages. Grignon l’a écrit pendant son emprisonnement au Luxembourg et il sera publié le 5 nivôse de l’an III, soit le 25 décembre 1794. On en trouve l’original aux Archives Nationales (14).

    Justifications du général Grignon (4)....

     

    « MEMOIRE

    pour Grignon

    Général divisionnaire de l’Armée de l’ouest

     

    Le général Grignon est inculpé sur sa conduite dans la Vendée. Peu s’en faut qu’on ne le compare à ces tigres qui appellent aujourd’hui, pour la seconde fois, sur leurs têtes toutes les vengeances divines & humaines. C’est à-peu-près ainsi du moins qu’il est présenté dans le dernier ouvrage de Lequinio, qui, au surplus, ne s’appuie que sur des dénonciations qu’il est aisé de détruire (voyez le dernier ouvrage de Lequinio sur la guerre de la Vendée).

    Que ce portrait est loin de la vérité ! A peine Grignon a-t-il connu l’ordre de son arrestation qu’il s’est constitué volontairement.

    S’il n’avoit à se défendre que devant l’Assemblée du Peuple, ou devant ses compagnons d’armes, après avoir rendu un compte exact de sa conduite, il pourroit se contenter de répondre comme ce Romain, si justement célèbre : « montons au Capitole ; allons remercier les Dieux de nos succès. » Il seroit sûr d’entrainer la foule & de dissiper ainsi l’accusation ; mais d’autres temps nécessitent de sa part un autre genre de défense, & ce qui a si bien réussi à Scipion l’Africain pourroit bien ne pas réussir à Grignon, s’il ne parloit que de ses exploits. D’ailleurs, tout irréprochable qu’est ce général, quels que talens militaires qu’il ait développés, quel qu’amour qu’il ait montré pour sa Patrie, quels que rapports enfin qu’il y ait entre le Général Romain & lui, il n’a garde de se comparer à ce grand homme ; il est donc question de se défendre.

    Il est pressé de la faire : à peine a-t-il le temps de rassembler ses matériaux ; mais, toutes les fois qu’il a battu les ennemis, il n’étoit pas préparé à les recevoir. Ce qu’il a fait avec succès pour la République il peut le faire avec succès pour lui-même, & sa défense n’en sera pas moins victorieuse.

    Avant de l’entreprendre, il est nécessaire de tracer très - sommairement l’histoire de la funeste guerre de la Vendée.

    C’est en novembre 1792 que commença cette guerre désastreuse.

    Des prêtres (des ministres d’un Dieu de paix se permettre des excès de cette nature !) des Prêtres, mécontens du Décret sur la Constitution civile du Clergé, fomentèrent une première insurrection partielle dans le centre du bas-Poitou ; il parvinrent à faire prendre les armes à plus de six mille habitans... »

     

    Grignon se trompe évidemment de date, l’insurrection du Bressuirais a eu lieu fin août 1792 après d’autres échauffourées l’année précédente.

     

    « Combattez, leur disoient-ils ; vous êtes appelés à rétablir le culte de vos pères ; le Ciel sera le prix de vos efforts. »

    Ces malheureux, dans leur aveuglement stupide, armés de simples bâtons, bravoient tous les dangers, affrontoient la mort, se succédoient sur des monceaux de cadavres & marchoient au combat comme à la victoire ou au martyre.

    Ainsi, c’est au fanatisme religieux qu’est dûe la première guerre.

    Grignon, sa femme & ses enfans habitoient alors une petite terre au Pouy-la-Montagne.

    Grignon, qu’il ne faut pas confondre avec d’autres Généraux qui n’ont écouté que leur ambition, & qui n’ont vu dans la Révolution que les moyes de se satisfaire, retiré depuis quelque temps du service, vivot alors modestement du produit de son champ qu’il cultivoit de ses propres mains.

    Aux premiers bruits de cette insurrection subite, tous les voeux le nomment ; la vois générale l’appèlle à la défense de la contrée ; il est élu par le Peuple Adjudant général ; il est fait commandant dans toute la partie orientale.

    Il se concerte avec les Administrations ; elle prennent concuremment des mesures si justes & si promptes, qu’en moins de huit jours, Grignon réussit à étouffer cette semence de guerre instestine. C’est à lui, à lui seul, à la sagesse & à l’intelligence avec lesquelles il a su exécuter ces mesures, que sont dûs ces premiers succès. Il a dissipé les rassemblemens ; il s’est saisi des chefs.

    Les uns ont été fusillés, les autres ont été mis en liberté, sans qu’il y ait pris part. Nouveau Cincinnatus, de la même main dont il avoit vaincu les rébelles, il a été reprendre le soc de la charrue.

    Ces mises en liberté, pour le moins inconsidérées & indiscrètes, ont sans doute été cause, au moins en partie, d’une seconde insurrection plus redoutable que la première, mais dont la source a, pour ainsi dire, changé d’objet, ou du moins une autre espèce de motif s’est jointe au premier.

    Les habitans de ces malheureuses contrées ne tardèrent pas à s’appercevoir qu’ils avoient été trompés par leurs Prêtres. Mais, incapables de se soustraire au joug & de se corriger par l’expérience, susceptibles de toutes sortes d’impressions, ils devinrent la proie des nobles. Cette classe ambitieuse & superbe, qui croit ne pouvoir subister qu’avec le trône, & pour qui l’égalité est un supplice, vit le parti qu’elle pouvoit en tirer ; elle s’empara de ces esprits crédules ; elle se réunit à la secte des Prêtres ; elle joignit ses inspirations aux leurs. Ces lieux, jadis si fertiles & si paisibles, qui naguères avoient été le foyer du fanatisme religieux, devinrent en même-temps le foyer du plus insensé royalisme, & pour la seconde fois le théâtre d’une guerre sanglante.

    Ainsi, c’est au fanatisme religieux & royaliste qu’est dûe la seconde guerre.

    Une femme (qui le croiroit ?) une femme noble (le préjugé peut-il avoir autant d’empire ? L’orgueil de ce qu’on appeloit la naissance peut-il porter à de pareils forfaits ?) une femme, enfin, puisqu’il faut le dire, conçut seule & exécuta ce projet sinistre.

    Jeanne Lescure fut cette détestable héroïne. Que n’est-elle restée dans le néant ! ou que n’a-t-elle mieux employé ses ressources !

    Une fortune de plus de cent mille livres de rentes, dont elle disposoit en l’absence de son père, des relations dans plus de vingt Communes, lui donnoient une grande influence. Elle protégeoit les prêtres pour ses besoins perfides ; elle se coalisoit avec eux ; elle les distribuoit & les faisoit cacher déguisés. Ces furieux erroient de ferme en ferme ; ils versoient à grands flots leurs poisons ; ils fanatisoient par leurs discours religieux, tandis que Jeanne Lescure fanatisoit de son côté par ses discours royalistes, errante elle-même de village en village. C’est ainsi que la portion des François, la plus vertueuse peut-être, est devenur parricide & le fléau de son pays ; c’est ainsi que, par des efforts combinés d’un double fanatisme, on est parvenu à allumer un incendie qui a manqué d’embrâser la France entière, & qui n’est pas encore éteint.

    Il ne falloit qu’un prétexte ; on le trouve dans le recrutement qu’on veut mettre à exécution dans les premiers jours de mars 1793.

    La jeunesse est convoquée ; les paysans s’assemblent à Cholet, ville du Poitou ; ils se jettent sur la Garde nationale, la font prisonnière & s’emparent de ses armes.

    On envoie contr’eux deux escadrons du dix-neuvième Régiment de Dragons. Ces deux escadrons sont enveloppés ; les rébelles s’emparent encore des armes ainsi que des chevaux ; ils se forment une cavalerie.

    Enflés de ces premiers succès, ils parcourent les châteaux ; ils s’approprient les armes de toute espèce qu’ils y trouvent. Le nombre des rébelles grossit tous les jours ; il s’élève bientôt à douze & quatorze mille. Ils prennent de la consistance ; ils se décorent du titre d’armée catholique & royale. Jeanne Lescure force son frère de prendre le commandement de cette armée nouvelle ; elle-même, oubliant son sexe & sa foiblesse, porte par-tout la terreur & l’épouvante, donne l’exemple de l’audace & d’un courage dignes d’une meilleure cause : elle se montre par-tout dans les combats. Les succès des rébelles ont la rapidité de l’éclair ; ils passent leurs espérances. Ils prennent, presqu’en même temps, Cholet, Maulevrier, Mont-Claude (Montglonne : Saint-Florent-le-Vieil).

    Les administrations de Maine & Loire, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Loire-Inférieure se concertent comme l’année précédente ; mais, réduites à leurs propres forces, elle ne font que des efforts impuissans.

    Elles invitent à marcher tous les habitans restés fidèles ; ils sont battus par-tout sur tous les points.

    Enfin, le voeu unanime appèle encore Grignon à la place d’Adjudant général ; il est chargé d’organiser les bataillons ; il va s’établir à Doué & les organise ; il est bientôt à la poursuite des brigands.

    La Convention, à qui l’on dégusoit les forces des rébelles, envoie des généraux avec quelques troupes. Ces généraux sont successivement battus ; Leigonier, Quétineau, Béruyer, Duhou vous avez tous éprouvé le même sort ; vous avez tous été battus dans la même semaine.

    Enfin, pendant six mois, nous n’avons eu que des revers.

    Grignon est le seul qui, par sa prudence & son habileté dans les retraites, n’a jamais essuyé de désavantages.

    Dans toutes ces affaires, Jeanne Lescure animoit les rébelles par sa présence ; elle étoit infatigable ; elle soutenoit leur courage & partageoit leurs fureurs.

    On dit ( & fasse le ciel que ce ne soit point une erreur !) que dans une de ces mêlées où la terre a été jonchée de tant de cadavres, vers le milieu de septembre 1793, cette nouvelle Pentésilée ( Reine des Amazones. Après avoir donné, dit-on, plusieurs marques de valeur, elle fut tuée devant Troie.) a enfin été abandonnée par la fortune, & qu’elle a périe sous les murs de Thouars. Quels maux elle a fait à la France ! Combien de sang elle a fait répandre ! Quelles suites désastreuses ont eu ses forfaits ! Que ne les a-t-elle expiés autrement que dans les combats !... »

    Bien entendu, cette Jeanne de Lescure n’est qu’une fable inventée par les républicains qui ont souvent oublié qu’eux-mêmes, fomenteurs de la révolution, étaient souvent des bourgeois qui n’avaient guère à craindre de la famine. Il tenteront ainsi mille théories pour expliquer que le « vrai peuple » n’ait pas forcément apprécié qu’on l’envoie aux frontières et qu’on augmente ses impôts « au nom du peuple », quand les républicains eux-mêmes se dispensent de la plupart des obligations révolutionnaires. Voyons un peu ce que le marquise de la Rochejaquelein dit de Jeanne Robin, puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit. Quand à Louis-Marie de Salgues de Lescure, il n’eut qu’une demi-sœur morte à la naissance (15) :

    « Un mois environ avant ce combat, plusieurs soldats se rendant à l’armée étaient venus coucher à la Boulaye. L’un d’eux, m’abordant, me dit avoir un secret à me confier, et m’apprit qu’il était une fille. Elle me dit que n’osant se présenter pour avoir une veste légère de siamoise, comme on en distribuait aux soldats pauvres, et mourant de chaud dans ses habits, elle se confiait à moi, me demandant le plus grand secret, car tous les généraux, et notamment M. de Lescure, avaient plusieurs fois déclaré qu’ils feraient tondre et chasser la première femme, déguisée ou non qui suivrait l’armée. Je demandai à cette fille son nom, sa paroisse ; elle me répondit qu’elle s’appelait Jeanne Robin et était de la paroisse de Courlay. Je lui promis non seulement de garder le secret, mais encore de la prendre chez moi après la guerre, si elle était vertueuse ; au contraire, si c’était du libertinage qui la faisait suivre l’armée, je la dénoncerais moi-même ; je lui dis que j’allais écrire à son vicaire, homme de mérite et frère des braves Texier, les héros de Courlay, pour connaître sa conduite ; elle m’en parut fort aise, m’assurant qu’il savait qu’elle se battait pour son Dieu et son Roi. Je lui donnai une veste, j’écrivis au vicaire ; il me manda qu’effectivement cette fille était à l’armée pour de bons motifs ; qu’il avait cependant cherché à la détourner de son dessein, mais, le jugeant pur, il y avait consenti, et elle avait même communié avant son départ ; depuis elle n’était jamais retournée à Courlay, et elle se cachait dans cette paroisse. Je gardai le secret de cette fille, je confiai seulement à M. de Lescure son histoire, sans vouloir dire son nom, ni sa figure, ni son pays.

    La veille du combat de Thouars (16), Jeanne entra à l’état-major et dit : « Mon général, je suis une fille, Mme de Lescure sait mon secret, j’ignore si elle vous l’a fait connaître ; en tout cas, elle a dû prendre des informations sur mon compte, et elles auront été favorables. Je viens à vous parce que je n’ai pas de souliers et je dois me battre demain. Tout ce que je vous demande, si vous voulez me renvoyer, c’est d’attendre après le combat, et je m’y conduirai si bien que,  j’en suis sûre, vous me direz de rester à l’armée. » Effectivement, pendant la bataille, elle s’attacha à suivre M. de Lescure et lui criait : « Mon général, jamais vous ne me passerez, je serai toujours aussi près des Bleus que vous. » Elle fut blessée à la main, elle lui montra son sang qui coulait en lui disant : « Ce n’est rien que cela. » On la perdit de vue depuis, et comme on trouva le corps d’une femme parmi les morts, on a toujours cru qu’elle avait été tuée dans la mêlées, où elle se précipitait comme une furieuse : ce trait a donné lieu à l’histoire fabuleuse de Jeanne Lescure, qui n’a jamais existé. »

    Justifications du général Grignon (4)....

    Le corps de Jeanne Robin aurait été retrouvé à Thouars, près de la porte de Paris, puis exposé dans l’église Saint-Laon. Après la seconde guerre mondiale, des ossements furent découverts au pied des remparts, dans le parc Imbert. Sans doute des combattants vendéens ; y avait-il Jeanne Robin parmi eux ?

    Nous sommes très loin des 100 000 livres de rentes enviés par Grignon et cette jeune paysanne était sûrement moins riche que le général incendiaire lui-même.

     

    A suivre ici.

    RL

    Juillet 2020

     

     

    Notes :

    (13) Les mémoires et la correspondance de Turreau ont été publiés et commentés par Michel Chatry en 1992 dans son ouvrage « Turreau en Vendée », Editions du Choletais.

    (14) AD XVIII C 306-16.

    (15) Mémoires, édition Bourloton, 1889, p. 235 et 236.

    (16) Le second combat de Thouars, du 14 septembre 1793.

     

     


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    Les justifications du général Grignon (3)...

     

     

    2ème partie ici.

     

    Continuons la longue litanie des témoignages en faveur de Grignon. C’est un peu fastidieux mais il est nécessaire de les consulter afin de bien comprendre la défense du général de colonne infernale.

    « Vingt deuxième régiment d’infanterie légère

    Nous soussignés membres du conseil d’administration du vingt deuxième régiment d’infenterie légère, certifions que depuis pus d’un an que le corps s’est trouvé sous les ordres du général divisionnaire Grignon, soit par détachement soit en totalité, nous n’avons rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui ne soit conforme aux principes et aux sentimens d’un bon républicain, et d’un militaire vigilant et courageux, que son attention a prévenir tous les besoins du soldat mérite les plus grands éloges, qu’il a veillé avec la plus grande exactitude a la conservation des propriétés des patriotes reconnus et qu’enfin sa conduite militaire et révolutionnaire le rend digne de la bienveillance nationale, autant que sa suspension lui a attiré de toute sa division des regrets justement mérités.

    Fait au bivouac de Millé sous Chavagnes en conseil d’administration le 3 vendemiaire de l’an 3ème de la république française une et indivisible :/ :

    Lhomme, Thiery sergent, Allin, Main, Bonnefon, sergent major, Corbineau, Lenoir, Millef, Arnote adjudant major, Blalamant, Bernie, Magriere, Duclos, Kwecher capitaine. »

     

    « Armée de l’Ouest 2ème bataillon de l’Eure

    Nous membres composant le conseil d’administration ; et officiers du 2ème bataillon de l’Eure certifions que depuis le mois de brumaire dernier jusqu’au commencement de fructidor aussi, que nous avons marché contre les brigants de la Vendée sous le commendement du général divisionnaire Grignon ; il nous a toujours donné des preuves évidentes de son civisme et de sa bravoure, et ces connaissances militaires nous ont dans différentes affaires que nous avons eu contre les ennemis de la république fait avoir de grands succès sur ces tyrants, surtout dans le mois de ventose dernier, que nous les avons mis cinq fois dans une décade en déroute ; en foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui valoir et servir ce que de raison.

    Fait a Thouard le 4ème jour des sansculotide de la 2ème année républicaine :/.

    Delamarre, Commay sergent major, Delamarre capitaine commandant,  Marie capitaine, Lefage adjudant major, Bemel, Laugeois, Ménard, Levasseur, Perdrin, Davout, Puquelin, Poquel lieutenant, Blorrel, Eruis, Lenien, Nicolas capitaine, Lieuris sergent major, Lemau. »

     

    « Municipalité de Mont Fidèle

    département de Maine et Loire

    Nous maire et officiers municipaux de la commune de Mont Fidèle cydevant Brissac certifions que le citoyen Grignon adjudant général commandant une colonne qui est restée stationnée environ huit jours a l’époque du 12 septembre ( ?) 1793 (vieux stile) s’est conduit en bon républicain et a fait observer à sa troupe la plus sévère discipline.

    A la chambre commune le 1er sansculotide de la 2ème année de la république française une et indivisible ; signé, Jouber, maire, Grimault, officier, Pelletier agent municipal, Courreau, officier municipal, Adam secrétaire. »

    « Nous René Héttreau officier municipal, et moi Jean-Jacques Hettreau agent national, nous certiffions que le citoyen Grignon général divisionnaire a toujours agi dans notre commune en brave républicain, lors de la déroutte de Brissac passent par notre commune poursuivi des brigands de la Vendée un seul hussard avec lui, le hussard lui a dit mon général nous sommes perdus. Le général lui a dit mon ami, plutos mourir que de tomber leur pouvoir, voila la conduite du général en passent par notre dit commune.

    A la chambre commune de l’Ouest, le 2ème jour de la sanculotide, l’an 2ème de la république française une et indivisible, et de la mort du tyran.

    Singé, Hettreau, agent national, René Hettreau, officier municipal, Courjurel, maire. »

    « Des commissaires municipaux provisoire de la commune de Vézin district de Cholet département de Maine et Loire, certifions que le citoyen Grignon adjudant général de l’armée de l’Ouest qu’il a été en station avec la troupe audit Vézin pendant huit à dix jours, s’y est comporté de la manière a mériter les éloges dus a un brave militaire républicain, par les différentes maneuvres qu’il lui a fait faire même opérer l’ordre publique et la destruction des rebelles qu’il a fait arrêter dans la commune de la Tours Landry qui lui avait été désignée pour suspecte, plusieurs hommes et femmes qu’il a fait filer sur Doué, certifions en outre que la discipline et la subordination militaire y ont régné et que nous n’avons eu qu’à nous louer, tant de l’adjudant général que des officiers et des soldats contre lesquels il ne nous est venu aucune plainte. En foi de quoi nous avons délivré le présent pour servire et valoir ce que de raison.

    Fait en maison commune de la municipalité de Vezin le trois frimaire de  l’an 2e de la république française, signé Perier, maire et Brunez. »

     

    « Le conseil de la commune de Thouars d’après la demande qui lui en a été faite par le citoyen Grignon général divisionnaire certifie a qui il appartiendra que le général pendant le temps qu’il a resté dans cette commune, a mis tout le zèle et toute l’activité nécessaires dans l’exercice de ses fonctions militaires. En foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui servire et valoi ce que de raison.

    Fait en la maison commune de Thouars séance publique tenante, le deux fructidor an second de la république française une et indivisible. Signé, Meschin, maire, par le conseil général de la commune Raimond, faisant pour secrétaire.

    Vü et approuvé par nous administrateurs du directoire et agent national du district de Thouars, qui en confirmant l’attestation de la municipalité de cette ville place d’après nos connaissances personnelles, déclarons que le citoyen Grignon pendant qu’il a commandé la garnison de cette place, s’est comporté en bon républicain et brave militaire. Jaloux de remplir ses devoirs, a Thouars en directoire le deux fructidor de l’an 2e de la république française une et indivisible. Signé, Noirault, Bruneau, Mallé, Grellé, Doré, agent national, Lacourbe.

    Vû par nous membres du comité révolutionnaire du district de Thouars qui attestons que le citoyen Grignon général s’est d’après nos connoissances personnellers bien comporté pendant le tems qu’il à tenu son quartier général a Thouars. Thouars en comité le deux fructidor l’an 2e de la république, une et indivisible. Signé, Augé, Crépenier, Bonnin, Hubert, Chauvin, Jouber, Gachignard, Gindreau.

    Nous maires officiers municipaux et notables, habitants des communes de Nueil près Passavant chef lieu de canton, Passavant, Cleré, les Cerqueux, La lande, près Les Vaches (Les Verchers) et autre communes circonvoisins du district de Vihiers département de Maine et Loire, certifions et attestons a tous qu’il appartiendra que le citoyen Grignon qui avoit été nommé général divisionnaire a une colone de l’armée de l’Ouest 3e division s’est a notre connoissance comporté en bon républicain et bon général ; qu’il n’a cessé de venir a notre secours, ou d’envoyer des froces, touttes les fois que l’ennemi s’est porté dans nos communes, qu’il a contribué le huit floréal dernier a repousser  les brigands de la commune de Nueil et a délivrer nos frères qui étoient dans le clocher ou il a empeché l’ennemi d’avancer, qu’il eut été a désirer pour la conservation du pays et pour la destruction entière des brigands qu’il eut continué ses fonctions a cause des connoissances loccalles, en foi de quoi nous avons délivré le présent pour servire ce que de raison le 2ème jour complémentaire de l’an second de la république une et indivisible. Caffe, officier municipal, De Nuel, Bauchai officier municipal, Guérin, agent national de Passavant, Guiard, maire, Dertrand maire de Concourson, Thouet, Chouteau, officier municipal, Guerin, René Jamin, maire de Cleré, Jamain notable, Grolleau, Lepin, Baudineau, Gannault, Baudinguart, Pierre Chauteau notable, Mignot, Gautier notable, Sidenne ( ?), Deffois maire des Cerqueux, Geller, juge de paix du canton de Nuel, Murret agent national des Cerqueux, Gendon officier municipal, C.M Leroi, Balin maire de Saint Paul, Maindon, J. Diard de la Lande, Guilbault agent national de la commune de Saint-Paul.

    Municipalité du Puy Notre Dame actuellement La Montagne district de Saumur, département de Maine et Loire

    Sur le rapport du conseil général de la commune du Puy La Montagne cidevant Notre Dame ; nous soussignés, maire et officiers municipaux de la dite commune, certiffions et attestons, que le citoyen Grignon général divisionnaire, s’est comporté dans tous les temps, qu’il a parû soit pour les affaires particulières, soit pour celles de la République audit lieu du Puy, en bon républicain, et y a donné les preuves du plus pur civisme et du zèle d’un vrai deffenseur de la patrie ; comme les aussi qu’il a payé et acquitté sur ces rôles des impositions de la dite commune, toutes ces contributions, pour quoi nous lui avons délivré le présent certificat de civisme, qu’il mérite a notre connoissanace a tous égards, pour lui servire et valoir ce que de raison. Fait en la maison commune dudit lieu du Puy La Montagne le vingt trois fructidor de l’an second de la République française. Signé, Dileau, agent national, J. Gillon municipal, Gourdault, P. Huluaud, notable, Roblain, notable, Lamoureux, notable, Thouaré, Venaudin, notable, J. Grellepon, Riolle, maire, Villiers, officier municipal.

    Vû par nous administrateurs du district révolutionnaire de Saumur, en directoire du district de Saumur, séance publique du 24 fructidor, l’an 2e de la république française une et indivisible. Signé, Biffault, agent national, Tramblé, F. R. Allain, Guillemet président, F.L. Joullain, vû arriver le 27 fructidore l’an 2e de la République française, une et indivisible, signé, Berard, Boyer, maire. »

    «  Vu et collationné conforme aux originaux, par nous membres du comité de surveillance révolutionnaire du district de Blois, le quatorze vendemaire troisième année républicaine. Approuvé le renvoi... 

    Signatures »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Justifications du général Grignon (3)....

     

    Malgré tous ces appuis, certes commandés par l’intéressé, celui-ci n’est plus en odeur de sainteté auprès de révolutionnaires qui aujourd’hui crachent sur ce qu’ils adoraient hier. La chute de Robespierre ajoutée aux nombreuses dénonciations des autorités constituées contre Grignon seront plus puissants que des témoignages de civisme de la part de militaires. A noter que dès le départ (voir la 1ère partie de ce travail), le représentant Ingrand ne dénonce pas Grignon clairement comme suspect d’être contre-révolutionnaire mais comme « habitant du pays où il fait la guerre ». Cette locution est pour le moins trouble car si les autres généraux sont en général accusés d’incompétence, Grignon peut passer au mieux pour quelqu’un qui cherche à se venger des gens de son propre pays, au pire d’être plus ou moins leur complice. C’est à vous de choisir le sens de la phrase d’Ingrand selon votre sensibilité politique... Et pourtant, parler de la chute de Robespierre, c’est beaucoup dire car les principaux instigateurs du populicide vendéen sont toujours en place, en particulier Bertrand Barère de Vieuzac et Lazare Carnot. Ceux qui me connaissent pourront difficilement m’accuser d’admirer Robespierre mais il suffit de lire les signatures des documents d’époque pour se rendre compte à qui incombent les plus grandes responsabilités. Accuser Robespierre des crimes commis en Vendée, c’est apporter de l’eau au moulin des robespierristes !

    Grignon n’est donc pas en odeur de sainteté et l’extrait d’un courrier du comité révolutionnaire de Fontenay à la Convention du 5 octobre 1795 nous le prouve (10) :

    « Dites nous hommes de sang, dites à la France entière, vous Thureau, Huchet, Grignon, Carrier, Hentz, Francastel, comment la guerre de la Vendée s’est rénouvellée... »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Il faut dire que les habitants de Fontenay et de la Plaine, pourtant réputés patriotes et qui s’étaient vus, eux et leurs familles, sans oublier leurs propriétés, victimes des exactions des colonnes infernales, n’avaient guère gouté cette forme civisme qu’on leur avait imposé. Et même si Grignon lui-même ne mit pas les pieds dans le Sud de la Vendée, sa réputation a horrifié les républicains du cru qui ont rapidement compris que la guerre ne pouvait que reprendre, les paysans, mêmes neutres d’opinion, allant rejoindre les bandes de Charette, aussi bien pour se venger que se tenir en sécurité.

    Pourtant le 4 mai 1795, Grignon était en liberté, en témoigne le résumé d’une lettre du représentant Morisson, signée de Fontenay (11) :

    « Fontenai le 15 floréal an 3e de la république

    Renvoi du comité des dépêches et de correspondance à celui de salut public pour en donner connoissance à la convention nationale

    Morisson représentant du peuple près l’armée de l’ouest

    Observe a la convention nationale qu’il vient de voir dans les papiers publics le décret qu’elle a rendu sur la mise en liberté du général Grignon.

    Surprise de ce représentant à ce sujet ayant appris dans sa tournée dans toute la Vendée, les atrocités et les horreurs les plus abominables commises par ce général. Dénonciations d’icelles par les meilleurs habitans de toute la Vendée.

    Doute que l’on fermiroit dans ces contrées dans la justice de la convention si Grignon, Huchet et quelques autres des anciens généraux de la Vendée étoient en liberté.

    Pièces existantes contr’eux aux comités. »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Justifications du général Grignon (3)....

     

        Charles-François-Gabriel Morisson (1751-1817) député de la Vendée de 1791 à 1797 est ce que l’on appelle un « modéré ». Sorti de la Grande Terreur sans trop de soucis, il est envoyé en mission dans les départements de l’Ouest après le 9 thermidor en vue de contribuer à la pacification. Bien évidemment, il a en horreur le système de « dépopulation » voulu par Turreau et le Comité de Salut public. Néanmoins toujours discret et réservé, il n’attaque pas directement Grignon mais s’étonne de sa mise en liberté, tandis que les dénonciations des « meilleurs habitans de la Vendée » pleuvent contre le général incendiaire. Ce que le pauvre Morisson ne sait pas encore, c’est qu’à la Restauration, son esprit réservé va le desservir et il ne sera aucunement récompensé des sympathies royalistes dont Garnier de Saintes le soupçonnait. Refusant de juger Louis XVI, Morisson avait déclaré « moi, je ne crois pas que Louis soit justiciable ». Mal lui en pris car, Turreau et d’autres criminels furent eux, largement mis en valeur. On ne parlera pas des Vendéens qui eurent droit à quelques queues de cerises en remerciements des pires sacrifices.

    Grignon, lui se lance dans un immense plaidoyer pro domo dirigé en particulier contre Joseph Lequinio et Vincent Chapelain, imprimé le 25 décembre 1794, deux mois après le brûlot de Lequinio que l’on connaît (12). On apprend un tas de choses (plus ou moins exactes) grâce au mémoire de Grignon, comme par exemple le fait qu’il adorait son épouse et ses enfants. Si si ! Je ne plaisante pas. C’est ce mémoire que je vous propose maintenant de découvrir.

    A suivre ici.

    RL

    Juin 2020

     

     

    Notes :

    (10) SHD B 5/10-63.

    (11) Archives Nationales, AFII 270 A 14, 2274, carton 270, v. 10/18 des AD85.

    (12) « Guerres de la Vendée et des Chouans », Paris, Pougin, 30 vendémaire an III (21 octobre 1794).

     

     


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    Les justifications du général Grignon (2)...

     

     

     

    1ère partie ici.

     

    Nous avions laissé le général Grignon alors qu’il s’apprêtait à nous présenter des justificatifs de sa conduite par les ordres qu’il avait reçus. Ces copies d’ordres ne sont pas datées mais elles viennent compléter les correspondances publiées dans l’ouvrage de Savary que les amateurs de Guerres de Vendée connaissent bien (7).

     

    Bien que loin d’aucune sympathie pour ce personnage qui dévasta ma région natale, je ne lui dénie pas le droit de se défendre et mes commentaires, lorsqu’il y en aura, seront les plus justes possible, en fonction des connaissances historiques du moment et sans les envolées lyriques « Génocide ! » à tour de bras qu’appellent en général ce genre de publication. Sans plus attendre, voici le contenu du dossier des archives militaires de Vincennes, suivant la lettre au Comité de Salut public vue dans la première partie.

     

    « A quartier général à Saumur

     

    Le général divisionnaire Commaire à l’adjudant général Grignon

     

    Je vous invite citoyen de continuer la chasse aux célérats de cette terre proscritte et de ne point faire de grace a aucun d’eux, surtout emparés vous de tous les chefs de commune et des gens suspects. Ne leur faites pas plus de graces qu’a des betes féroces. Faittes rentrer autant qu’il sera possible dans les greniers de la République touttes les récoltes. Nous sommes infectés du grand nombre de ces scélérats qu’on nous envoye de touttes parts. Moins vous nous en enverrés, plus de bien vous ferés à la République ; salut et fraternité, le général divisionnaire

     

    Commaire »

     

    Comme pour l’ensemble du dossier ces copies d’ordres ne sont pas datées. Cependant Grignon ne passa du grade d’adjudant-général à celui de général de brigades que le 28 novembre 1793. On peut donc légitimement supposer que cette missive est antérieure au plan de campagne de Turreau.

     

    « Extrait de la marche générale par ordre du général en chef Turreau

     

    Le général Grignon confiera le commandement de sa colonne de gauche à un adjudan-général ou à un officier supérieur ; il lui donnera copie de l’ordre général et y joindra une instruction s’il le juge convenable. Bien entendu que cette instruction particulière ne pourra changer ni modifier l’ordre général qui est que chaque colonne se trouve le même jour huit pluviôse au dernier lieu spécifié sur le présent état, sans s’écarter du présent ordre ; le général Grignon pourra prendre et faire prendre à l’officier qui commande sa colonne de gauche toutes les mesures secondaires que nécessiteront les circonstances ; il emploira tous les moyens pour découvrir les rebelles, tous seront passés au fil de la bayonnette ; les villages métairies, bois, genais, et générallement tout ce qui pourra être brulé sera livré aux flammes. Signé

     

    Turreau »

     

    « Turreau

     

    Général en chef de l’armée de l’Ouest ; au citoyen Grignon général de brigade.

     

    Je te préviens citoyen général qu’il existe à la Gaubretière un rassemblement de près de deux mille brigands. J’en suis instruit par des hommes que je crois véridiques ; qui peuvent cepandant exagérer. C’est à toi à prendre touttes les précautions nécessaires pour les batre. Si tu les rencontre marche sur tout en masse, et préparez vous  à vous secourir mutuellement. Caffin, Boucret et toi que ta cavalerie fasse un service très actif pour éclairer la marche (et) assurer la correspondance ; salut et fraternité. Le général en chef:/ :

     

    Turreau »

     

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest au citoyen Grignon général de brigade

     

    Les ordres généraux que je dois donner sur la marche des colonnes seront retardés par la force des circonstances, mais tu ne dois pas pour cela rester dans l’inaction. Les environs du pays ou tu te trouves t’offre un champ vaste pour fouiller (et) incendier les métairies, bois et purger ce pays des scélérats qui l’habitent. Fais les incursions sur tout les sens, que quelques marches de nuit te mettent à portée de surprendre quelques rassemblements partiels, mais ne permet pas que les détachements que tu enverras pour ces différentes expéditions passent les nuits loin de toi, que tout ton monde soit rassemblé à la chute du jour. Je n’ai pas besoin de te recommander de te garder militairement ; tu sais qu’un parti de brigands s’est emparé de Chemillé, cette perte momentanée est düe à la lacheté des troupes chargées de le deffendre, que cet événement n’inflüe pas trop sur ces opérations. Cependent tiens toi sur tes gardes, je compte attaquer demain à la pointe du jour, cette poignée de rebelles qui se sont jettés à Vésins s’ils veulent bien m’attendre ;

    Ce rassemblement a du passer entre Moulins et Cordelier, c’est un malheur qu’il faut éviter à l’avenir, tu communiqueras sur le champ cette lettre au chef de ta seconde colonne. salut et fraternité, le général en chef

     

    Turreau »

     

    « Turreau général en chef au citoyen Grignon général de brigade

     

    Les rassemblements ennemis devenants journellement plus considérables, mon cher camarade, et le terrein que nous avons a parcourir se rétécissant je prend le parti de réunir quelques unes de mes colonnes, en conséquence je donne ordre à l’adjoint Prévignau de se rendre a Pouzauges avec les troupes qu’il commande et d’y attendre tes ordres. Tu partageras la troupe de Prévigneau entre les deux colonnes ou l’attacheras a une d’elles suivant (ce) que tu jugeras plus convenable ; quoi que les colonnes deviennent plus fortes par cette réunion tu les rapprocheras l’une de l’autre ; si les circonstances l’exigent pour quelles soient plus a porté de se secourir, toutte fois en m’en donnant avis, sans cependant dépasser la ligne que tous les chefs de colonnes doivent garder suivant l’ordre général.

    Continue mon camarade, a bruller ce pays et extermine les rébelles, plus je vais et plus je suis a portée de juger qu’il y a peu d’habitants a excepter de la proscription. Salut et fraternité. Le général en chef / :

     

    Turreau »

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest au citoyen Grignon général de brigade

     

    Je n’ai rien de particulier à te mander, je t’ai remis des instructions suffisantes, c’est à moi à les suivre ; enlèvement des subsistances, mort de ceux qui ont porté les armes contre nous, surveillance active, prudance dans la marche, voilà ce que je ne cesse de te recommander.

    Je suis étonné qu’avant de partir tu ne te sois pas pourvu des cartouches nécessaires par tes derrières : : pourvois y sur le champ... Tu peux t’arrêter là ou tu jugeras à propos pourvu que les colonnes de gauche et de droite en soient instruits, et que le huit tu sois arrivé à POuzauges et La Flosselière. Tu dois savoir que j’arrivais le deux à Cholet.

    Que chaque jour je sache ou tu est, ou tu vas, ce que tu projette, ce que tu as découvert ; salut et fraternité. Le général en chef

     

    Turreau »

     

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest au général de brigade Grignon

     

    Tu as été trop longtems mon cher Grignon à me donner de tes nouvelles, je t’hexorte à m’en donner plus souvent et chaque fois que tu m’écris à ne pas me demander ce que tu dois faire, tu dois le savoir d’après mon ordre général et l’instruction particulière que je t’ai donnée. Poursuis l’ennemi sans relache, brule tout ce qui pourait être échappé à l’incendie, mais n’oublie pas que cette opération doit se faire par un détachement de ton arrière garde pour ne pas déranger la marche et l’ensemble de la colonne ; je compte partir après demain et si l’ennemi ne change pas ses dispositions je serai sur la droite et le lendemain je prendrai position entre Beaupreau et St Florent, après quoi la marche de l’ennemi déterminera la mienne ; tu as du recevoir huit milles rations de pain et de l’eau de vie ; le général en chef ./ :

     

    Turreau »

     

     

    « Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest, au citoyens Grignon général de brigade

     

    Il est bien étonnant que tu me demande, mon camarade, s’il faut désarmer les gardes nationales de la Vendée, c’est mettre en question s’il est prudent d’oter a nos ennemis les moyens de nous faire plus de mal ; croyons que dans ce maudi pays nous ne devons nous fier à personne et agissons en conséquences. J’ai reçu une croix de St Louis et un calice et une patenne.... Dépeche toi de me fournit une collection complette de tous ces breinborions. ./ :

     

    Turreau »

     

     

    « Francastel représentant du peuple, délégué par la Convention Nationale près l’armée de l’Ouest ;

    à l’adjudant général, chef de brigade, Grignon

     

    J’applaudis à ton activité citoyen, elle est nécessaire, continues avec vigueur et fermeté, et tu rendras a la république des armes qui ont été tournées contr’elles, ainsi que des subsistances que sons bien utiles ; tu feras trembler en même tems tous les brigands aux qu’els il ne faut pas faire de quartier. Tu fais trop de prisonniers.... nos prisons en regorgent ; des prisonniers dans la Vendée ! Les administrations dans plusieurs points contrarient les ordres donnés a la force armée ; c’est avec celleci que les représentans du peuple doivent communiquer ; c’est d’eux seuls quelle doit tenir la marche a suivre ;

    Ne pas épargner les moulins de l’intérieur, des communes révoltées ni les maisons isolées ; c’est a quoi il faut t’attacher par ordre du comité de salu publique. Aucun des fusils ne doit être remis aux districts. Si on leur en apporte, ils doivent les remettre au commandement de la force armée, lequel les fera passer dans une de nos places, et n’en distraira que ce qui est essentiel pour armer ceux des volontaires qui en manqueroient.

    Quant au complettement des bataillons ou a l’organisation de nouveaux bataillons c’est un travail a suspendre, il faudra d’autres rensignemens à ce sujet, laissés Thouars s’occuper de réunir les jeunes gens les former même en bataillons o, les trouvera quand il en sera tems.

    Ainsi, je le répète quant à présent ramasser toutes les subsistances , armes et les faire conduire le plutôt possible en lieu sûr ; donner la chasse à ce qui reste de rassemblemens et de révoltés ; incendier maisons écartées, moulins etc.

    Adieu commandant je te salue fraternellement : ma lettres n’est que pour toi. Signé.

     

    Francastel »

     

     

    « A Angers le 10 pluviose

     

    Francastel représentant du peuple, délégué par la Convention Nationale, près l’armée de l’Ouest au général de brigade Grignon

     

    Je te remercie général des détails que tu me donnes ; je t’engage à continuer avec la même activité et la même inflexibilité révolutionnaire. Tes ordres, tu dois les recevoir du général en chef. Je suis seul ici, malade. Gardans le lit depuis quinze jours et ne pouvant m’occuper d’affaires  qu’avec infiniment de peines. Je compte bien que le mouvemens actuel de la Vendée sera le dernier et que ce pays sera purgé de ses infames habitans.

     

    Salut et fraternité

     

    Francastel »

     

     

    « A Angers le 23 brumaire (8)

     

    Représentant du peuple délégué par la Convention Nationale près l’armée de l’Ouest

    au citoyens Grignon adjudant général

     

    Je vous remercies citoyen de la preuve de surveillances et d’attachement à la chose publique que vous donnés dans la déclaration qui vient de me parvenir.

    L’ordre général a été donné d’incendier tous les fours et moulins ; on à excepté a cet égard que ceux qui avoisinent la Loir, il est indispensable de rassembler touts les grains, toutes les armes et munitions, et de les faires filer de suite sur l’une de nos places, Angers, Saumur, ou Nantes, suivant la proximité, puis incendier toutes les maisons isolées, les chateaux surtout, enfin achever la transformation de ce pays en désert, après avoir soutiré les richesses qu’il renferme. L’enlèvement des cloches et la destruction des clochers entrent bien nécessairement dans ce plan, pas de molesse, ni grace dans un pays qui mérite l’indignation et la vengeance national, ne perdés pas de tems requerez voitures et chevaux. Rendés nous compte de tout ce que vous ferez en exécution de ces vües qui sont celles de la convention national ./ :

     

    Francastel »

     

     

    « Au pont Libre le 8° jour sansculotide de l’an 2e de la république française une et indivisible (9)

     

    Je soussigné commandant de la place du ponts libres certifie que durant trois mois que j’ay exercé le commandement temporaires de la place de Doué, j’ay reconnu dans le général Grignon toutes les qualités qui caractérisent un bon républicain et brave militaire protégent de tous ses moyens les propriétés, maintenants l’ordre et la police parmi les citoyens exercant la meilleure discipline parmi les militaires, leur inspirant sans cesse par ses discours et son exemple l’embition de terminer l’exécrable guerre de la Vendée et s’offrant toujours à ses frères d’armes pour modelle de bravoure, d’activité, de zèle et surveillance. Signé

     

    Ménard. »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    Garde nationale du canton de Thouard

     

    Nous commandant et officiers de la garde nationale du canton de Thouard attestons que pendant le temps que le citoyen Grignon a commandé dans cette ville en qualité de général divisionnaire, il a toujours manifesté les principes d’un vrai républicain et a rempli avec zèle et exactitude les devoirs de son emploi, en foi de quoi nous lui avons délivré le présent : Thouard 4e jours sanculotide de l’an 2e de la République suivi des signatures.  Jarry adjudant

    Devanne capitaine, Frogé fils commandant, Frogé lieutenant, Nivoy adjudant major, Boro capitaine, Lebloi capitaine. »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    Au camp de Concourson le 2e jour de sanculotide de la république

     

    Je soussigné adjoint de l’adjudant général Maillefert commendant le camp de Concourson, atteste à tous qu’il appartiendra, que pendant l’espace de dix mois que j’ay été adjoint du général Grignon, l’ai toujours reconnu pénétré des vrais principes d’un républicain, sertifie en outre que pendant quatre mois que j’ay rempli les fonctions d’adjudant général provisoirement auprès de lui je l’ai toujours vû à la tête de son armée, encourageant sa troupe, tant par discours que par actions enfin qu’il s’est comporté de manière à mériter l’estime et la confiance de son armée ; mais encore qu’il a emporté avec lui les regrets de toute la division,  en foi de quoi je lui ai délivré la présante attestation pour lui servire et valoir ce que de raison:/ :

     

     

    L’adjoint de l’adjudant général Maillefert

     

    Mangeard »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    13ème bataillon d’élite

     

    Nous soussignés membres du conseil d’administration du treizième bataillon d’élites, certifions à tous ceux qu’il appartiendra que le citoyen Grignon cidevant général divsionnaire commandant la troizième division de l’armée de l’Ouest, na autant que notre corps a été sous ses ordres démértié de notre confiance, que nous n’avons aucun reproche directe ni indirecte a faire sur son civisme, et sa bravoure, enfoi de quoi nous lui avons délivré le présent cerificat, pour lui servir et valoir ce que de raison ;

    Fait et délivré au conseil le 1er jour du mois de vendemiaire l’an 3ème de la République une et indivisible. Signature

    Tramaye, Capel adjudant major, Lanusse capitaine, Lamartinière capitaine, Reverand lieutenant, Julliard sous lieutenant, Charuel, Salagaino, Vegues, Bourel, Leboucher adjudant major, Dubois capitaine, Ampos chef, Philippart quartier maitre. »

     

    « Armée de l’Ouest

     

    1er bataillon de St Amand

     

    Nous membres composant le conseil d’administration dudit bataillon soussignés certifions et atestons que le citoyen Grignon général divisionnaire nous a commandé avec zèle et patriotisme pendant près de 8 mois, qu’il nous à toujours manifesté le courage d’un vrai républicain dans tous les combats ou nous nous trouvames avec lui dans la Vendée, et qu’enfin il n’est pas en notre connoissance, qu’il se soit écarté en rien dans la conduite qu’il tenoit dans le poste respectables auquel il a été élu ; en foi de quoi lui avons délivré le présent pour lui servir et valoir au beson ; a Thouars département des Deux-Sèvres le 4ème jour sansculotide 2ème année de l’ère républicaine.

    Dangreaux, Dutrieux, Marin, Daudalle. »

     

    « Armée de l’Ouest

     

    87e régiment d’infanterie 1er bataillon

     

    Nous membres composant le conseil d’administration deu 1er bataillon du 87e régiment d’infanterie ; certifions attestons a tous ceux qu’il apprtiendra que le citoyens Grignon cidevant général de division sous quels ordres ledit bataillon a servi depuis aux environs une année, s’est toujours comporté en honneur et brave militaire, et s’est dans toutes les affaires, que nous avons eu avec les brigands de la Vendée, constamment montré ferme a son poste, et tenu une conduite irreprochable ; en foi de quoi lui avons délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison.

    Fait au camp sous Thouars le 5 vendemiaire de la 3ème de la république :/ :

     

    Plusieurs signatures illisibles. »

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    14ème bataillon d’élite section d’Orléans

     

    Nous officiers et membres composant le conseil d’administration soussignés ayans été sous les ordres du citoyen Grignon général commandant la 3ème division attestons à tous qu’il appartiendra + que nous n’avons vü en lui que des sentiments qui caractérise les principes d’un vrai républicain. En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour valoir et servir ce que de raison ; fait au conseil au fort de Passavant près Doué le deux vendemiaire de la 3ème année républicaine, une et indivisible

     

    Signatures.

     

    + que nous n’avons rien à reprocher à ce citoyen qui soit contraire aux intérêts de la République

     

    B »

     

    Passavant-sur-Layon : le poste républicain (photos Pierre Périeau).

    Justifications du général Grignon (2)....

    Justifications du général Grignon (2)....

    Justifications du général Grignon (2)....

     

     

    « Armée de l’Ouest

     

    J’ay adjudant général commandant le camp de Concourson soussigné et atteste n’avoir connu aucunes marques d’incivisme dans la conduitte qu’ a tenu le général divisionnaire Grignon pendant tout les tems qu’il a commandé la troisième division et que j’ai été sous ses ordres qu’au contraire je n’ai connu en lui qu’un homme dévoué au bien de la chose publique qu’enfin je ne l’ai jamais vu que renfermé dans les moeurs qui doivent caractériser un vrai général et brave républicain ; en foi de quoi en mon âme et conscience, j’ay cru lui délivrer la présente attestation ; au quartier général de Concourson 2ème jour de la sanculotide.

    J’ay soussigné atteste pareillement le contenu cy dessus sincère et véritable. ./. Dugenet

     

    Maillefert »

     

     

    A suivre ici.

     

    RL

    Juin 2020

     

     

    Notes :

    (7) SHD B 5/10-62. Jean-Julien-Michel Savary, « Guerres des Vendéens et des Chouans contre la république française », 1824-1827, tome III en particulier.

    (8) La correspondance n’est visiblement pas dans l’ordre car on remonte de la fin janvier 1794 au 13 novembre 1793...

    (9) « Les Ponts Libres » désignent bien entendu les Ponts-de-Cé. Quant au 8ème jour « sans-culottide » (ou « jour complémentaire » après le 7 fructidor an III), il n’existe pas. Il n’y a que six jours complémentaire par année républicaine. Il pourrait néanmoins correspondre au 24 septembre 1794, donc durant l’incarcération de Grignon.

     


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    Les justifications du général Grignon (1ère partie)...

     

     

    Louis Grignon est personnage tristement connu pour avoir commandé la seconde colonne infernale. On en retrouve une petite biographie publiée par ma femme ici. Mais plutôt que de m’attarder sur des éléments généalogiques, je vous propose de prendre connaissance des moyens qu’il a employés pour tenter de se sortir de la vague d’épurations qui a sévi dans l’armée républicaine au lendemain du 9 thermidor. Cet article sera donc extrêmement long et découpé en plusieurs épisodes.

    Malgré sa victoire à Noirlieu le 3 août 1794, Grignon est déjà en butte à de violentes critiques le 9, de la part du représentant du peuple de la Vienne, François Pierre Ingrand. Celui-ci écrit au Comité de Salut public en ces termes (1) :

    « Niort le 22 Thermidor an 2e de la République une et indivisible (9 août 1794)

    Le représentant du peuple membre du comité de salut public.

    Citoyens collègues

    J’ai vérifié par mes propres yeux la position actuelle de l’armée de l’Ouest en me transportant dans les camps et cantonnements de cette armée.

    D’après cette inspection il m’a paru certain que nous aurions assés et plus de troupes qu’il n’en faudrait pour détruire les brigands s’ils étoient tous réunis sur un même point et si nous pouvions aussi raprocher ns forces pour les attaquer ; mais si l’on considère que le territoire encore occupé par les brigands présente une surface de près de 80 lieues de circonférence ;  que les révoltés sont répandus sur tous ces points ; qu’ils se rassemblent à volonté et avec beaucoup de vitesse sur les points qu’ils veulent attaquer ; si l’on considère que cette circonférence de 80 lieues présente plusieurs points essentiels à conserver et qu’il faut garantir de l’invasion des brigands.

    Si l’on considère que pour protéger les agens de la commission d’agriculture et arts dans l’extraction de la récolte de quelques portions du territoire soumis à la révolte, il faut encore diviser et disséminer nos troupes sur plusieurs points. On concevra facilement que les généraux de l’armée de l’Ouest ne peuvent pas faire de ces actions éclatantes qui distinguent dans ce moment les armées françaises.

    Pour détruire entièrement le brigandage de la Vendée il faut faire le blocus de ce malheureux pays et ce n’est qu’en resserrant progressivement le cercle que l’on peut y parvenir et que l’on s’assurera de la destruction du dernier brigand.

    Je ne dois pas vous taire citoyens collègues que dans la tournée que je viens de faire, j’ai vu plusieurs généraux de brigade et de division & : qui m’ont paru peu propres au genre de commandement qui leur est confié.

    De ce nombre sont Huchet, nommé général de division par la commission de l’organisation. Sabattier, venu depuis peu à l’armée de l’Ouest en qualité de général de brigade. Bonnaire, général de division conte lequel j’ai fait passer des dénonciations au comité de salut public il y a plus de deux mois. Guillaume ex perruquier, nommé général de brigade par le cidevant pouvoir éxécutif. Legros bon soldat mais n’ayant point les lumières nécessaires à un général de brigade. Hector Legros cidevant eclésiastique adjudant général plus muscadin que soldat trop léger et trop inconséquent pour commander les soldats d’une république. Grignon, général de division ; habitant du pays ou il fait la guerre. Liébaut, adjudant général ayant donné des preuves de foiblesse et d’incapacité qui m’ont été dénoncées par le général Caffin ; ce Liébaut est un ancien musicien de régiment.

    Je crois que la durée de la guerre ditte de la Vendée a été autant le résultat de la scélératesse et du fanatisme des révoltés que de la trahison et de l’ineptie des généraux qui y ont été employés.

    Mais il est certain que dans l’état ou sont les choses nous n’obtiendrons jamais le résultat moral et phisique que nous nous proposons si nous n’avons une force majeure et imposante dans la Vendée.

    L’homme de la Vendée, le brigand est tellement dénaturé, les prêtres l’ont tellement dégradé et abbruti que la raison et les principes ne sont plus rien pour lui et il n’obéit qu’à la force, encore plusieurs ne la redouttent pas même et vont quasiment à la mort.

    Ceux même qui ne sont pas aussi aveuglés que les autres ne seront maintenus dans le devoir que lorsqu’il auront l’assurance que leurs chefs sont sans forces et entièrement détruits.

    Plus j’acquerre de connoissance sur l’état de la Vendée plus je suis convaincu que nos moyens phisiques et moraux ne suffisent pas pour tous les genres de surveillance, et tous les travaux qu’exige ces malheureuses contrées.

    Je vous réitère donc la demande que je vous ai faite d’un collègue dont la présence et les conseils me sont infiniment nécessaires ./.

    Salut et fraternité

    Ingrand »

     

    Justifications du général Grignon (1)....

     

    La lettre d’Ingrand nous apprend plusieurs choses : tout d’abord la désunion des armées vendéennes est quelque part une force car elle a pour conséquence une guérilla désordonnée et imprévisible qui ne permet pas la constriction du cercle des camps retranchés comme le voulait le général en chef Vimeux. Ensuite, les combattants vendéens qui « vont à la mort » ne sont que des abrutis endoctrinés par les prêtres. Pourtant, l’histoire fourmille de soldats républicains qui ont fait de même. Eux, en revanche, sont des héros, même si je me permets d’émettre de grosses réserves sur le fait qu’un soldat républicain pilleur et violeur de 1794 ait eu forcément un quotient intellectuel plus élevé que celui d’un royaliste... Quoiqu’il en soit, et après la pluie de dénonciations dont on retrouve quelques spécimens dans l’ouvrage de Lequinio (2), le Comité de Salut Public prend un arrêté le 29 thermidor an II (samedi16 août 1794) afin de destituer plusieurs généraux et adjudants-généraux dont Grignon. On retrouve aux Archives Nationales dans la correspondance des représentants du peuple Dornier et Guyardin l’arrêté suivant, conséquence directe de celui du Comité de Salut Public (3) :

    Justifications du général Grignon (1)....

     

    « A Fontenay le Peuple le 17 fructidor (3 septembre 1794)

    l’an 1e de la République française, une & indivisible.

    Les représentants du peuple

    Dans les départements de l’Ouest

    et près l’armée.

     

    En exécution de l’arrêté du Comité de Salut public du 29 thermidor dernier ; arrêtent

    que Huché général de division, Dutruy général de brigade, Colette adjudant général, Grignon général de division, Blamont adjudant général, Amey général de brigade, Liebaut adjudant général, Soldinier adjudant général, Lenoir général de brigade, Bonvoust général de brigade, Rose adjudant général, Laurent adjudant général, Hector Legros (4) adjudant général ; employé à l’armée de l’Ouest et suspendus de leurs fonctions soit qu’ils se trouvent encore à cette armée, soit qu’ils aïent passé à quel qu’une des autres, quitteront sur le champ l’armée de l’Ouest et se retireront dans l’intérieur de la République à vingt lieües au moins de toute armée, des frontières, des côtes, ports, places de guerre et maritime et de Paris : ils seront tenus dans le délai d’une décade de donner connoissance au Comité de Sûreté Générale chacun du lieu de la résidence qu’il aura choisie.

    Celui ou ceux qui seroient en état d’arrestation en vertu d’ordres précédents y resteront conformément aux dits ordres.

    Le général en chef de l’armée de l’Ouest fera notifier le présent arrêté à chacun des dénommés de l’autre part, veillera à son exécution en ce qui concerne cette armée et en rendra compte par écrit ./.

    Pour copie conforme

    Dornier Guyardin »

     

    Grignon a-t-il été arrêté de suite ? C’est probable car on ne trouve plus trace d’ordres lui étant adressés après le 1er septembre 1794 et le 2 octobre il est emprisonné à Blois d’où il écrit au Comité de Salut public (5) :

     

    Justifications du général Grignon (1)....

     

    « Citoyens

     

    Informé par les papiers publics que j’étois mis en état d’arrestation, fort d’une conscience tranquille, je n’ai point balancé à me présenter aussitot au comité révolutionnaire de surveillance de la commune de Blois que j’habite pour me constituer moi même prisonnier ; mais le bulletin des loix ne faisant aucune mention d’une mesure à mon égard, je viens d’être remis en liberté.

    Il m’est pénible, citoyens, d’avoir à me justifier que parce pour un instant je serai confondu avec les coupables ; come d’ailleurs j’ai à opposer à toutes imputations des armes victorieuses ; j’ignore le motif de ma disgrace, je demande à la connoitre, je demande à être jugé ; mais je demande à être entendu. S’il faut en croire la flamme publique ; mes crimes sont d’avoir porté la mort et la flamme dans le pays rebelle. Sans doute, citoyens, je suis coupable si ce sont là mes crimes ; mais alors il en st une qui me rend bien plus coupable encore, c’est celui de l’obéissance et de la subordination ; éloigné de toutes délibérations, je n’ai connu les arrêtés des conseils que pour les exécuter ; veuillez, citoyens, lire avec attention les copies y jointes des lettres du général Commaire, du général en chef Thureau et du représentant du peuple Francastel, voys y verrez des ordres précis, vous y verrez même des craintes, non pas sur ma lenteur, non pas sur mon défaut de zèle mais sur ce que trop d’humanité accompagnait la rapidité de ma marche, sur ce que je faisois trop de prisonniers, sur ce qu’enfin j’épargnois trop de victimes ; Le coupable ne fut jamais graciable à mes yeux ; mais l’homme réputé innocent fut toujours épargné, et j’en atteste le témoignage des troupes que j’ai eu pendant longtems l’avantage de commander.

    Tout entier à ma patrie, mes principes républicains avoient devancé la révolution ; des témoignages glorieux de toures les communes qui me connoissent et de toutes les troupes que j’ai euës sous mes ordres prouvent que sans cesse j’ai marché d’un pas ferme dans le sentier du patriotisme.

    Rendez donc à la patrie, citoyens, un soldat né pour la guerre de la liberté, prononcez ma réintégration, rapellez moi à mes fonctions. J’ai juré la guerre aux tyrans et aux ennemis de mon pays ; j’ai juré de terrasser les brigands ou de périr sous leurs coups, accordez moi le précieux avantage de continuer des les combattre ; si je dois succomber, j’aurai en terminant ma carrière la satisfaction de mourir pour ma patrie ; mon dernier soupir sera pour elle et mes dernières paroles : Vive la République.

    Mais si vous croyez que désormais mon bras soit devenu inutile, accordez moi au moins la faveur de me retirer au sein de ma famille ; plus de trois cents individus la composent. Tous comme moi sont restés fidèles à la patrie au sein même de la rébellion ; des enfants chéris, une tendre épouse me tendent les bras, l’agriculture réclame les miens ; mais l’amour de mon pays l’emporte et je ne vous demande à rentrer dans mes foyers qu’autant que vous croirez à mon courage désormais inutile à la chose publique ; mais arrachez au moins à sa cruelle inaction un citoyens qui rendu à ses premières fonctions trouvera son existence moins pénible si elle est employée à la fécondité de la terre ; je ne pourrai plus que faire des voeux pour le salut de république ; mais si leur chaleur  pouvoit contribuer à la sauver, bientôt elle seroit purgés de tous ses ennemis ./.

     

    Salut et fraternité

    L. Grignon

     

    PS une lettre alloit partir lorsque l’arrivée du bulletin me fit connoitre qu’en effet j’étois mis en état d’arrestation ; je me suis de nouveau présenté au comité de surveillance et reconstitué prisonnier ; je me vois accusé d’avoir fait fuisiller une municipalité en écharpe ainsi qu’une femme et un enfant qui venoient me demander justice. Je nie ces faits, et défie mon dénonciateur de les prouver./. (6)

     

    L. Grignon

     

    Justifications du général Grignon (1)....

    Louis Grignon va ainsi produire une grande quantité de copies d'ordres tous plus ou moins sanguinaires reçus par ses supérieurs...

     

    A suivre ici.

     RL

    Juin 2020

     

    Justifications du général Grignon (1)....

     

     

     

    Notes :

    (1) Archives de Vincennes, SHD B/10-16, v. 1 à 3/14, bulletin analytique compris.

    (2) « Guerre de la Vendée et des Chouans », Paris, Pougin, octobre 1794, Reprint « Les Editions du Bocage - Pays & Terroirs », 1995. Parallèlement et pour information, on trouve un important dossier de dénonciations contre Huché aux Archives Nationales en D III 348-5.

    (3) Archives Nationales, AF II 269-37.

    (4) On connaît la confusion qui eut lieu, cet arrêté ne devait pas concerner Jean-Hector Legros mais Maximin Legros, le responsable des massacres du Marillais.

    (5) SHD B 5/10-62, v. 1 à 3/15, bulletin analytique compris. Suivent les copies d’ordres reçus.

    (6) Il s’agit comme on le sait, de la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain, dans les Deux-Sèvres. Dénonciation d’Auguste Chauvin, membre du comité de surveillance de la commune de Bressuire, in Lequinio, op. cit. p. 66. Savary, tome III, p. 60 et 61.

     

     


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