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    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars…

     

     

    La 34ème sortie de Amis du Pont-Paillat nous amenait à Thouars ce samedi 22 septembre pour y évoquer la grande bataille du 5 mai 1793. Je ne vais pas entrer dans les détails de ce combat étant donné que Pierre, notre guide du jour a prévu un article qui paraîtra sous peu sur ce blog.

    C’est avec quelques gouttes de pluie vite dissipées que nous avons été accueillis en face de la mairie de Sainte-Radegonde, face à l’emplacement du vieux pont de Vrines. Le pont sur lequel les Vendéens passèrent n’existe plus, on en devine cependant aisément les piles, affleurant dans les eaux du Thouet, très basses en ce moment. Néanmoins, sur la passerelle de béton moderne, nous eûmes la surprise de voir un soldat du bataillon du Var nous menaçant d’un sabre avec son accent du Sud. C’était Guy, faisant le clown, comme à son habitude.

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Pierre démarre son exposé, très fortement documenté :

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Un peu de marche nous conduisit au moulin à vent de Vrines, portant à tort une plaque « PC du général Quétineau ».

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Après les explications de Pierre, Nicolas nous livra une petite biographie de « l’évêque d’Agra », qui avait rejoint les Vendéens à la bataille de Thouars.

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Notre route se poursuivait en voiture jusqu’au « Gué au Riche », autre lieu de passage de l’armée vendéenne. C’est là que nous nous arrêtâmes pour déjeuner.

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Il était temps d’entrer dans Thouars par le « Pont des Chouans » et ainsi d’investir la vieille ville comme jadis les Vendéens.

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Passage à l’église Saint-Médard devant laquelle Nicolas évoqua les frères Jagault.

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Puis au Parc Imbert, où « Monsieur Henri » tenta d’entamer une nouvelle fois la muraille avec la complicité de « Texier » de Courlay.

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Devant l’hôtel de la Charpagne…

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Thouars étant une ville extrêmement riche d’un point de vue historique, il eut été dommage de ne pas marquer un arrêt à l’église Saint-Laon, sur le tombeau de Marguerite d’Ecosse.

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    Les Amis du Pont-Paillat à Thouars....

    La sortie s’achevait sur la passerelle Saint-Jacques, où Pierre acheva son exposé de la prise de Thouars. Un grand merci à lui et surtout un grand bravo pour ses recherches très pointues que nous retrouverons prochainement dans ses pages.

     

    RL

    Septembre 2018

      


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    Conférence d’Amaury Guitard au château de la Chardière…

     

    Chemins secrets avait déjà annoncé il y a quelques jours la conférence et la sortie du livre de l’ami Amaury à l’occasion des journées du patrimoine.

    Ces samedi 15 et dimanche 16 septembre, c’est dans le cadre enchanteur du château de la Chardière en Chavagnes-en-Paillers qu’Amaury s’est livré au difficile mais passionnant métier de conférencier. Exercice réussi avec brio et je ne résiste pas à l’envie de vous en diffuser une vidéo. L’histoire de la Vendée a besoin de sang neuf afin d’assurer son avenir et il est particulièrement roboratif de voir qu’en ce domaine, la jeunesse ne boude ni les archives ni la littérature.

    RL

    Septembre 2018

     


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    Bouillé-Loretz...

     

     

    Il est assez inhabituel de voir des combattants vendéens dans l’extrême Nord-Est des Deux-Sèvres et c’est pourquoi j’ai choisi de parler de cette petite affaire qui eu lieu le 21 juillet 1794. On sait que les Vendéens ont en projet d’attaquer Thouars au cours de l’été qui suit le passage des colonnes infernales. Le combat de Noirlieu (1) s’inscrit dans cette logique et sans doute y a-t-il eu lieu quelques essais de reconnaissance par le Nord de Thouars, qui pourraient expliquer cette présence de « brigands » dans cette contrée pourtant largement acquise à la république.

    Déjà le 19 juillet, Grignon sent bien que sa position à Thouars n’est pas assurée. Ainsi, écrit-il à Vimeux la lettre suivante (2)

    « Du 19 juillet. Le général Grignon, au général Vimeux. (Thouars.)

    Je n’ai que sept cents hommes armés ; il me faudrait au moins deux mille hommes pour seconder et protéger les opérations de la commission d’agriculture et des arts ; cependant je ferai tout ce qui dépendra de moi pour cela. »

    Puis deux jours plus tard, c’est Caffin qui fait un rapport à Vimeux. Visiblement, les Vendéens sont passés au Nord de Thouars (3) :

    « Avis que les brigands se portent du côté de Bouillé Lorette (Bouillé-Loretz). Reconnaissance de cavalerie qui se porte à Sarcey (Cersay) où l’on a trouvé 3 habitans assassinés. Elle va à Bouillé St Paul et à Massé (Massais) sans rien découvrir. »

    Reste à savoir qui étaient ces « brigands » en balade quelque part entre l’Argenton et Montreuil-Bellay.

    A suivre…

    RL

    Septembre 2018

     

     

    Notes :

     

    (1)  J’ai mis en lien hypertexte l’histoire de ce combat avec un article que je souhaite compléter et augmenter depuis déjà longtemps, sans pour autant parvenir à m’y résoudre de manière définitive.

    (2)  Savary, tome IV, p. 35.

    (3)  SHD B 5/9-91, v. 21/21, bulletin analytique seul renvoyant au registre du « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » : SHD B 5/10-1, 5ème tableau, Caffin, p. 36, v. 21/26.

     

     

    Bouillé-Loretz....


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    Affaires de Chanteloup et de la Châtaigneraie

    Juillet 1794

    « La Croix des Chouans »...

     

     

    C’est une fois de plus un article un peu long que je vous propose ce soir mais qui éclaircira, je l’espère, les deux combats méconnus de Chanteloup et de la Châtaigneraie des 10 et 12 juillet 1794. J’avais déjà évoqué l’affaire de Chanteloup brièvement ici, ainsi que dans une petite balade dominicale ici. A la date du 10 juillet 1794, on évoque la plupart du temps l’exécution de Marigny, en oubliant que les « affaires » se succèdent à cette période entre les armées vendéennes et républicaines. Ce qui va suivre est bien entendu comme à l’habitude une étude locale des événements mais aussi un nouveau complément sur la formation du camp de Largeasse que j’ai déjà abordé à plusieurs reprises (1). Certains documents vous seront probablement connus par de précédentes études mais je me dois de les citer afin d’être le plus exhaustif possible. Afin de comprendre ce qui va se passer à Chanteloup, abordons la correspondance du général Bonnaire à son supérieur Vimeux, qui a remplacé Turreau à la tête des colonnes dites « agissantes » (2)

     

    « Le 5 messidor (23 juin 1794), 

      

     Avertissement des habitants de l’Absie sur les incursions des brigands dans les communes environnantes ; ils enlèvent les bestiaux et emmènent les citoyens qu’ils surprennent. Suivant les rapports le parti de scélérats est encore nombreux : leurs rassemblements se font à Bressuire, Cerizay et Chanteloup. Il propose (Bonnaire) une attaque sur ces points. »

     

    Le 7 juillet, c’est encore Bonnaire à Vimeux (3) : 

      

    « Un exprès m'annonce que la commune de l'Absie a été attaquée la nuit dernière par huit à neuf cents brigands. Les habitans se sont repliés sur Champdeniers. Je n'ai point encore de détails. 

    Je donne ordre au commandant Lapierre à la Châtaigneraie d'envoyer un fort détachement au secours de cette commune pour observer les mouvemens de l'ennemi et rassurer les habitans. 

        J'apprends qu'il existe un rassemblement à Chanteloup. On pourrait faire sur ce point une attaque concertée avec les troupes de Thouars, du camp de Chiché et de la Châtaigneraie. La marche et l'heure du rendez-vous seraient indiquées. J'attends tes ordres à ce sujet. »

     

    Toujours au 7 juillet 1794, le « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest nous renseigne sur ce qui se passe dans le Bocage. Je me permets de signaler au passage, l’incursion de Vendéens à la Chapelle-aux-Lys et à Bourneau pour les chercheurs que ces villages intéressent (4) :

     

    « De Fontenay le Peuple le 19 messidor an 2

     

    Rassemblement de brigands à Chanteloup. Projet d’attaque contr’eux, plan de marche. Le général Legros partiroit du camp de Chiché avec 1800 hommes d’infanterie et 200 cavaliers, laissant 400 hommes au poste (ce qui laisse entendre que le camp de Chiché était pourvu de 2 400 hommes à cette date) ; il passeroit par Boïmé. Les troupes de Thouars pousseroient de fortes patrouilles vers Chiché pour le protéger le départ des forces. La colonne de la Chateigneraye avec laquelle il marcheroit passeroit par St Pierre du Chemin et Moncoutant. La troupe de l’Absie passeroit par la Chapelle Seguin, Largeasse, la Chapelle St Laurent, et se réuniroit lorsqu’elle entendroit le feu. L’heure du rendez-vous seroit donnée. Il espère et demande des ordres pour l’exécution de ce plan.

     

    Le 20 messidor

     

    Détachement de 200 hommes envoyé pour inquiéter les brigands qui sembloient se porter sur la Chapelle aux Lys. Hier a 10 heures et demie, environ 40 brigands sont entrés dans le village de Bourneau, éloigné de Fontenay d’une lieüe sur la route de la Chateigneraye, et ont égorgé 4 républicains.

     

    Le 21 messidor

     

    Départ de la légion du Nord du camp de Chiché, par ordre du représentant du peuple Bourbotte. Exécution pour le 22 du plan d’attaque proposé le 19.

     

    Suit le 22 messidor le résumé du rapport de l’attaque de Chanteloup que Savary a publié tel que ci-dessous (5).

     

     

    « Du 11 juillet

     

    Le général Bonnaire, au général Vimeux. (Fontenay.)

     

    Je te dois compte de ma marche sur Chanteloup. Je suis parti hier à une heure de la Châtaigneraie, sans rencontrer aucun obstacle jusque près de Chanteloup. Deux vedettes ont été tués à l’arme blanche. Mille à douze cents brigands armés occupaient le village. Avertis de notre approche, ils se sont embusqués hors du village, et ont un fait un feu de file si vif, que l’avant-garde, infanterie et cavalerie, a été repoussée et s’est repliée en désordre ; j’ai eu quelque peine à les rallier. Alors je me suis mis à la tête de la troupe ; l’attaque a été vive et les brigands ont été mis en fuite, laissant une soixantaine d’hommes sur la place, parmi lesquels étaient deux chefs, l’un La Rochejaquelin, et l’autre un curé revêtu de ses habits sacerdotaux.

    Ce prétendu La Rochejacquelin était un jeune homme à qui on avait donné ce nom et sur lequel on a trouvé une lettre adressée, à Monsieur de La Rochejacquelin, adjudant-major de l’armée du Poitou, commandant la garde à Chanteloup. Signé Richard (6), le chevalier de Beaurepaire.

    J’ai perdu quatre hommes, dix ont été légèrement blessés.

    Le général Legros ne s’est pas trouvé au rendez-vous, attendu que l’ordre lui est parvenu trop tard. »

     

    Retour sur les archives de Vincennes avec un bulletin le bulletin analytique suivant (7) :

     

    « Parthenay, 23 messidor an 2, (11 juillet 1794)

    Du général de brigade Legros au général en chef Vimeux

    Marche sur Châteloup (sic) le 22 au soir, d’après l’ordre du général Bonnaire. Point de connaissance de l’ennemi – retour. »

    La Croix dite « des Chouans » à Chanteloup ou plutôt à Courlay car elle est située sur le territoire de cette dernière commune. Cette croix nommée ainsi en mémoire des combattants Vendéens du 10 juillet 1794 fut redécouverte par l’historien local Pascal Paineau au début des années 2000.

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

    Son emplacement marqué d’une croix rouge sur le cadastre de 1809 des AD79 ( 3 P 79/1) :

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

     

    Et sur l’IGN de Géoportail d'une croix bleue :

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

     

    Intéressons-nous à présent à un combat à la Châtaigneraie, qui aura lieu dans la foulée de celui de Chanteloup. En effet, les républicains partis de la Châtaigneraie pour attaquer Chanteloup, ne s’attendaient probablement pas à être attaqués à leur tour, dans leur propre camp, dès le lendemain. Le 12 juillet, Vimeux est informé par Bonnaire d’une attaque en cours sur le camp de la Châtaigneraie. Il en prévient immédiatement le représentant du peuple Ingrand, député de la Vienne (8). Voici le rapport de Bonnaire à Vimeux (9) :

     

     « Du 12 juillet,

    Le général Bonnaire, au général Vimeux.

    (La Châtaigneraie)

    Le camp de la Châtaigneraie a été attaqué aujourd’hui par les brigands. Au premier avis que j’en ai reçu, je m’y suis transporté de suite, et à mon arrivée, les attaquans étaient en pleine déroute. Un des principaux chefs à été tué, on assure que c’est Mistouflet (note de Savary : « on ignore à qui s’appliquait ce nom de guerre » - Les républicains ne savaient pas que Stofflet était nommé ainsi par les siens). Une colonne les poursuit encore. Les brigands s’étaient rassemblés de plusieurs points pour l’attaque de la Châtaigneraie. Les braves chasseurs qui les ont poursuivis à trois lieues viennent de rentrer avec un drapeau blanc (10).

    Voici quelques détails de cette affaire. Une colonne sortie du camp, qui s’était avancée à environ une lieue, a été attaquée à son retour par un grand nombre de brigands. Elle s’est bien battue, mais elle a été forcée de se replier précipitamment. Cette retraite a jeté l’alarme ; une partie du camp a pris l’épouvante, et est allé annoncer à Fontenay et à Niort que l’ennemi était maître de la Châtaigneraie. La moitié du camp est restée à son poste qu’elle a défendu opiniâtrement, et a donné la chasse complète aux brigands qui, dans leur déroute, ont perdu au moins cinq cents hommes. Le succès de cette affaire est dû aux commandans des bataillons du Bec-d’Ambèz (11) et deuxième de paris, qui, à l’aide du troisième de chasseurs à cheval et d’une partie de la gendarmerie, ont chargé impétueusement l’ennemi. Le camp s’est trouvé enveloppé par quatre mille hommes. Cent républicains ont été tués ou blessés dans cette affaire.

    Six volontaires, prisonniers depuis trois semaines, sont rentrés. Il confirment la mort de La Rochejaquelein, à Chanteloup, et celle de Marigny, fusillé par ordre de Stofflet, le lendemain de la précédente attaque de la Châtaigneraie (note de Savary qui se trompe : « cette attaque avait eu lieu le 2 mai 1794, ce qui fixerait la mort de Marigny au 3 mai » - On sait que Marigny fut tué le 10 juillet et Savary n’a pas compris qu’il est en fait question de l’attaque de la Châtaigneraie qui vient de se dérouler. Savary a t-il bien lu ce qu’il a retranscrit ? car il est coutumier des « arrangements » avec les correspondances).

    L’église de la Châtaigneraie en 1856 dans l’ « Album Vendéen » de Drake et Lemarchand :

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

    On sait que le camp républicain était situé au Sud de la Châtaigneraie, tout près du bourg d’Antigny. J’en ai déjà parlé ici.

     

    Continuons notre périple archivistique afin de mieux comprendre les faits : le 26 messidor (14 juillet), Vimeux demande des précisions à Bonnaire sur l’attaque de la Châtaigneraie (12) :

    « J’ai reçu mon cher camarade, tes deux lettres du 24 courant dans l’une des quels tu me donne des détails subséquens de l’affaire de la Chateignerai, je les attendois avec impatience et je te félicite du succès que ton activité à procuré à la république ; je vais rendre compte sur le champ à la commission de l’organisation et du mouvement des armées de terre du rapport que tu me fais afin quelle y voyez les succès des chêfs et des corps qui se sont bien conduit. Je te prie en attendant de leur en témoigner ma satisfaction ; quand à ta seconde lettre il faut absolument t’occuper de la position que doit préndre un camp à Moncoutant ou à Largeasse, et l’établir le plus promptement possible. Il faut que la communication s’établisse par de larges ouvertures entre le camp de Chiché et de la Chataigneray intermediairement par celui de Largeasse ou Moncoutant. Il faut établir des patrouilles pour assurer cette communication aux quel on désigneroit le point ou elle se réncontreroient avec les patrouilles des autres camps. Je te préviens au surplus que je donne ordre au général Ferand de faire porter sans délai une colonne de 2000 a 2600 hommes de troupes fraiches à la Chateigneraye. Cette colonne est déstinée à faire une croisière de Chiché à la Chateigneraye pour protéger l’établissement du camp intermédiaire. Tu voudras bien prendre des mésures pour (que) cette colonne trouve des subsistances dans un de ces deux points. Signé le général en chef Vimeux. »

    Ce que nous venons de voir annonce la nécessité d’un camp républicain supplémentaire. Décidément l’établissement de ce qui sera le camp de Largeasse n’est pas simple… 

    Le 14 juillet 1794, le général Vimeux écrit comme promis à Bonnaire à la commission de l’organisation des armées de terre  (13) :

    « Copie de la lettre du général Vimeux écrite de Niort le 26 messidor an 2ème de la République française une et indivisible.

    A la commission de l’organisation et du mouvement des armées de terre

    Je vous ais instruit que j’allois me porter le premier thermidor (19 juillet) a Fontenai le Peuple. Je vous adresse aujourd’huy la copie de l’ordre général de mouvement que j’ai donné pour l’armée de l’Ouest afin de resserer les brigands dans un cercle plus étroit par des camps ou la discipline se rétablira et qui se rapprochant insensiblement cerneront absolument nos ennemis.

    Pour faciliter l’établissement d’un camp intermédiaire entre celui de la Chataigneraye et celui de Chiché, je donne ordre aujourd’huy a une colonne de 2  a 3000 hommes de partir de Pont Charron sur la route de Chantonnay a Fontenay pour se porter la croisière entre la Chataigneraye et Bressuire et couvrir par le pays de Thouars & qui est menacé. Cette colonne aura aussi pour objet de surveiller les rassemblemens des rebelles qui ont attaqué la Chataigneraye et qui paroissent en force sur ce point.

    Salut et fraternité

    Signé Vimeux

    Pour copie conforme

    Le commissaire... »

     

          A suivre à la même commission  (14). On apprend davantage de détails sur l’affaire de la Chataigneraie :

     

     « Au quartier général de Niort le 26 messidor l’an 2ème de la Répubique française une et indivisible.

    VIMEUX, Général en chef,

    Aux citoyens composant la commission de l’organisation et du mouvement des armées de terre.

    Citoyens,

    Je vous ay prévenû par ma lettre d’hier que je vous feroi passer successivement les détails de l’affaire qui eu lieu le 24 à la Chatégneraye. Je vous adresse en conséquence copie de la lettre que je viens de recevoir deu général de division Bonnaire. Vous y verrez que les brigands ont perdû 500 hommes au lieu de 300 que vous avois d’abord annoncé par son premier raport. Vous y verrez encore que plusieurs républicains s’y sont bien conduits ; je vous citerai entre autres le nom du brave Ambroise Lataillède chasseur à cheval du 3ème régiment 12ème compagnie qui a poursuivi et tué un des chefs des rebelles ; le général Bonnaire dans les détails qu’il donne garde le silence sur sa propre colonne ; c’est un effet de sa modestie qui ajoute à son mérite ; je suis informé qu’il s’est conduit avec autant d’intelligence que de valeur ; il s’est précipité suivi de six cavalier seulement au travers d’une colonne ennemie qui étonnée de cette charge audacieuse a commencé à se débander et a entraine le reste dans une déroute entière.

    Salut et fraternité

    Vimeux »

     

     

    On notera la différence de version par rapport à ce qu’a publié Savary :

     

    « Copie de la lettre du général Bonnaire de Fontenay le peuple le 25 messidor an 2 de la république une et indivisible.

    Au général en chef,

    Je t’ai promis général de te donner un détail plus exact de l’affaire qui c’est passé hier matin a la Chataigneraye. J’attendais pour cela le rapport de la colonne qui était sortie du camp pour poursuivre l’ennemi ; comme elle s’était avancée environ d’une lieux a la poursuite de l’ennemi elle à voulu rentré a la Chataigneraye, mais une seconde colonne de l’ennemi l’en ayant empeché et les poursuivant au contraire vivement, les a forcé de se réplier meme en désordre, c’est ce qui fût cause qu’une partie du camp, est vénue semé l’allarme à Fontenay et meme  a Niort, et à annoncé la prise du camp de la Chataigneraye.

    Cependant général la moitié du camp resté a son poste là deffendû oppignatrement et à donné une chasse complette aux scelerats qui dans leur déroute ont abandonné environ 150 fusils et 300 piques ou faux après avoir perdu au moins 500 hommes. Le succès de cette affaire est duë au zele, a l’activité et a la prudence du commandant de bataillon du Bec d’enbecs et deuzième de Paris, qui à l’aide du détachement des chasseurs du 3e régiment, et d’une partie de la gendarmerie resté ferme a son poste ont chargé impétueusement les brigands.

    Les républicains repoussés par l’ennemi s’empressent de ce rendre à leur poste ; il en rentre a chaque instant et je crois pouvoir t’assurer que malgré le mauvais succès d’une partie du camp, qui c’est trouvé enveloppé par 4000 hommes, nous n’avons perdû dans cette affaire que cent républicains tant tués que blessés.

    Six volontaires récemment parmi nous après avoir été retenus prisonniers trois semaines par les brigands m’ont assuré que la Roche Jacquelin avait été tu a l’affaire de Chanteloup et que sa perte affligeait beaucoup les brigands. Ses même volontaires ainsi que deux brigands blessés que l’on a ramassé sur le champ de bataille, nous ont... (papier déchiré)... avait fait fusillier Marigny le... (papier déchiré)... de l’affaire de Chanteloup par suite d’une... (papier déchiré) ...particullière.

    Ainsi cette affaire loin d’être inquiétante pour la république est un nouveau succès pour elle. Sois assuré général que nous prendrons toutes les mesures nessessaire pour assurer sa tranquillité.

    Les officiers de ton état major te remettront le chapeau du chef tué dans l’affaire et le drapeau blanc pris par les chasseurs sans culottes.

    Salut et fraternité

    Signé Bonnaire

    Pour copie conforme

    Le général en chef

    Vimeux »

     

     

    Voyons à présent un tout autre son de cloche de la part d’un officer sans-culotte du nom de Lanzero qui donne sa version à un citoyen Mercier. Le document est malheureusement incomplet (15). J’ai signalé les passages manquant par des points de suspension :

    « Au camp devant la Chateigneraye le 3e thermidor deuxième année républicaine (21 juillet 1794)

    Je crois devoir te donner mon cher ami, Mercier le détail des deux affaires que nous avons euës avec les rebelles vendéens, que je t’ai annoncées par ma précédente du 24e du passé ; jour mémorable pour la garnison qui était ici. Accorde moi quelques instans pour lire ma longue période ; tu y verras avec peine comme bon républicain à qui le sort de tant des braves gens ait confié. Le détail le plus exact de ces deux malheureuses affaires et les faits que je te rapporte devraient être connûs s’il était possible dans toute la république, pour que l’on vit l’incapacité ou la malveillance des généraux qui nous commendent cette année. Je laisse à te prudence le droit de les transmettre au comité de salut public, qui désire autant que nous la fin de cette guerre. Si les moyens sages qu’il à indiqués par un de ses arrêtés du 14 messidor pour y parvenir, ne sont point entravés dans leur marche, nus pouvons espérer d’en voir la fin. Il y à longtemps que la Vendée serait purgée de cette horde de brigands si nous avions eu des généraux républicains et désinteressés, qu’ils eussent surveillé les mouvemens de l’ennemi, ils auraient vû que c’était l’affaire de 8 jours pour tout terminer. Je ne me permettrai aucune réflexion à ce sujet, mais en homme libre je dois dire la vérité et toute la vérité.

    Le 22e messidor l’armée campée devant la chataigneraye s’est mise en marche vers minuit : on la faite marcher tout d’un trait sur Chanteloup à 5 mortelles lieuës du lieu de nôtre départ. Il était dit que nous devions faire une jonction à 7 heures du matin avec la colonne campée devant Siché (Chiché), à deux lieues de Chanteloup et attaquer en même temps les imbécilles fanatisés qui étaient audit Chanteloup.

    Le général Bonneraire (sic), qui nous commandait, était à son rendez-vous, nous fait arriver à l’heure indiquée à (une) demie lieue de l’ennemi. La disposition de la marche pour faire l’attaque à été changée ; ce général ne connaissant le terrain que l’ennemi occupait que pour l’avoir vû imparfaitement sur le papier ; il combine avec son état major qu’il faut faire marcher toute la cavalerie en avant et à cinquante pas de la colonne ; il fait porter des tirailleurs à droite et à gauche, à la vérité un peu trop éloignés pour pouvoir la prôtéger. Je t’observe que la majeure partie de nôtre cavalerie était des gendarmes dans le genre de ceux que nous avions l’année dernière. Les avant postes de l’ennemi sont égorgés par un piquet des chasseurs à cheval que nous avions pour escorter le général. L’ennemi instruit de nôtre apprôche, s’est embusqué dans un champ de genet, il à laissé approcher nôtre cavalerie apportée de pouvoir la cribler : et dans le fait, il à fait un feu si bien nourri quelle à été surprise et forcée de faire rétrograde sur la colonne ; ce qui à mis le terreur dans la majeure partie de nôtre armée et la mise dans un désordre affreux à un point qu’il à été impossible de l’arrêter. La partie de l’avant-garde qui avait portée sue les flancs, à été obligée de soutenir le feu d’environ 500 brigands ; ce feu à roullé pendant une demi heure : si malheureusement les brigands avaient eu connaissance de nôtre désordre, peut-être qu’ils ne nous auraient pas cédé le terrain comme ils ont fait et qu’il .../... cheval, tandis que deux bataillons, plusieurs compagnies franches, et tout la cavalerie, étaient au pré derrière la Chataigneraye, ou ils sont devenus inutiles.

    A 6 heures et demie, comme le feu s’engageait, l’officier général Communeau, avec les adjoints et autres de sa suitte paraissent en parcourant la ligne de l’armée et se trouvent cernés (comme nous l’étions) il ramasse toute la cavalerie qui était dans cette partie, il profitte de la trouée qu’avait faite 1500 hommes du bataillon des sans-culottes, la bayonnette en avant, et battent en rétraite jusqu’à colonges (Coulonges-sur-l’Autize), distance de 5 lieuës d’ici. Conséquament l’ennemi se trouve chassé par les républicains sans culottes, tandis que le restant de la colonne brigantine poursuit et met en déroute la partie gauche de nôtre armée. Nôtre compagnie qui était derrière les jacobins avec environ 40 hommes de la 1ère réquisition habillés comme les brigands, (il) nous à fallu faire face à la colonne du centre de ces coquins, tandis que leur colonne de gauche cernait la Chataigneraye. Nous avons suivi le mouvement de l’ennemi et soutenu leur feu jusqu’à ce que nous avons vû que nous ne pouvions plus y résister. Nous avons traversé quelques jardin qui nous ont conduits sur la terrasse des jacobins ou nous nous sommes mis en bataille, incertains pendant quelques minutes que ce fut nos frères qui vinrent joinde leur poste ; nous avons .../...

    ...Déjà formée. Ducos, se met à la tête de notre compagnie avec une partie du bataillon du Bec-dambès, et la cavalerie qui à semblant de charger ; les gueux des brigands prennent la fuite et vont se ralier dans un champ sur une hauteur. Nôtre infanterie les à poursuivi jusqu’au bas de la lande où ils étaient, voyant que cette mauvaise cavalerie ne chargeait qu’au pas d’infanterie pour lors n’a pas voulu s’exposer à la poursuivre.

    Pendant ce long intervalle, je vois arriver un chasseur à cheval du 3ème régiment qui annonce que son escadron qui était parti le matin pour aller à Fontenay-le-peuple revenait à nôtre secours. Ces braves arrivent au galop, et n’attendent point qu’on leur dise de se porter sur l’ennemi ; ils volent, ils les poursuivent. Ce mouvement vigoureux leur fit faire encore une rétrograde, ils se portèrent sur une hauteur dans une lande ou ils se réunissent en bataille. Les braves chasseurs à cheval, n’écoutant que leur courage foncèrent intrépidement le sabre à la main sur cette nombreuse colonne de fanatiques, quelques compagnies de la gendarmerie suivirent ces braves et font le carnage que peuvent faire des hommes qui combattent pour la liberté, mettent cette horde de scéllérats dans une déroute complette et en font une déconfiture.

    Un fait qui mérite d’être connû. Cent de ses scéllerats se sont avancés à nous dans le temps que nous étions en si petit nombre, en nous disant qu’ils se rendaient avec leurs armes pourvû que (nous) voulussions poser les notres. Le nombre de 40 hommes que nous étions n’était pas suffisant pour nous livrer aux propositions de ces polissons, qui peut-être venaient pour nous surprendre. Les colloques finies sans avoir aucun résultat, ses gueux se sont repliés sur leur troupe qui était à distance de deux cents pas de nous sans livrer un coup de fusil : nous en avons fait de même ne voulant engager un combat qui serait devenu préjudiciable au gain de cette affaire.

    Il était onze heures quand nous sommes rentrés dans nos camps respectifs ; approchant midi, le général Bonnaire, Lapierre et tous les autres rongeurs de nation sont arrivés, charmés dans le fond de leur ame que tout fut fini. Ce général, machine, sans prendre aucun renseignement sur ce qui s’était passé, ou bien imparfaitement, en à fait une longue rélation, et à ozé s’en attribuer toute la gloir ; et donner des louanges à ceux qui n’ont rien vû ni rien fait pour contribuer au gain de cette affaire.

    Voila donc deux affaires parfaitement conformes pour les combinaisons militaires, nous avons vû dans les deux affaires, les deux armées confonduës les unes aux autres, se donnant la chasse mutuellement ; voilà l’ordre qui à régné. Il est donc probable que des soldats qui savent oublier la tactique militaire pour être conduit au combat.../...

    ...chôse pour nous.

    J’ai reçu une lettre du brave général Chalbos, j’i vois avec peine qu’il ne peut m’accorder la place que lui avais demandée, à cause qu’il à trouvé son état major complet. Mais il me donne espoir.

    Adieu cher ami je tembrasse de tout mon cœur et suis pour la vie ton camarade républicain

    Lanzero »

     

     

    On se souvient des nombreux combats qui ont eu lieu pour la prise de la Châtaigneraie et ce, bien après les deux passages de l’armée vendéenne en route pour Fontenay. Ainsi, les 30 mars 1794 (16), 25 avril (17) et 2 mai (18). Sans doute, y aurait-il des études à mener sur chacun d’entre eux.

    RL

    Septembre 2018

     

     

     

    Notes :

    (1)  Il serait fastidieux d’énumérer dans le texte, tous les liens hypertexte concernant le camp républicain de Largeasse et je préfère laisser le lecteur utiliser la fonction recherche du blog afin de mieux collationner les informations y afférantes.

    (2)  SHD B 5/9-57, v. 8/11 Bulletin analytique seul (document manuscrit sans formulaire) se rapportant au Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest. B 5/10-1, v. 17/26, dont je cite l’extrait supra.

    (3)  Savary, tome IV, p. 11 et 12. SHD B 5/9-73, v. 18/21, Bulletin analytique seul.

    (4)  B 5/10-1, v. 18/26. 

    (5)  Savary, tome IV, p. 22 et 23. SHD B 5/9-79, v. 9/12, bulletin analytique seul.

    (6)  Ma femme a depuis déjà longtemps une biographie en cours sur Louis Richard pour son blog « La Maraîchine normande ». Ce dernier, marchand de moutons, habitait la Brechatière de Cirières au moment de la « Grande Guerre ». C’est un personnage connu dans le Cerizéen. Officiellement tué en février 1796, selon un rapport de Hoche, il l’aurait en fait été en novembre 1795 aux dires de sa fille.

    (7)  SHD B 5/9-79, v. 12/12, bulletin analytique seul.

    (8) SHD B 5/80, v. 141/148. Registre de correspondance de Vimeux, p. 279.

    (9)  Savary, tome IV, p 23 et 24. SHD B 5/9-80, v. 3/17.

    (10)         Une note du « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest précise  qu’un « brave chasseur a arraché le drapeau après avoir tué 4 brigands qui le défendoient ». SHD B 5/10-1, v. 18/26.

    (11)      Le département de la Gironde est renommé  « Bec d’Ambès » (lieu de confluence de la Garonne et de la Dordogne) par les terroristes après la chute des « Girondins ».

    (12)     SHD B 5/9-82, v. 1/13, bulletin analytique seul renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, v. 2 et 3/129. Je cite le registre in extenso. Extraits également en B 5/83, v. 14 et 16/19.

    (13)   SHD B 5/9-83 v. 5 et 6/19, + v. 14 à 16/19 bulletins analytiques compris.

    (14)   SHD B 5/9-83, v. 7 à 13/19 avec une seconde copie. Bulletins analytique compris.

    (15)         SHD B 5/9-91, v. 1 à 5/21, bulletin analytique compris.

    (16)         SHD B 5/8-99. 

    (17)         SHD B 5/8-122. 

    (18)         SHD B 5/9-3 et B 5/9-5. 

     

     


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    Souvenirs du combat du Mortais...

     

     

     C'est à nouveau aux Brouzils que notre promenade nous conduit, sur les pas de Charette, cette fois.

     Le 12 janvier 1794, Charette, avec 1 200 hommes attaque la colonne du lieutenant-colonel Joba qui l'a défait la veille à Saint-Fulgent. Le combat fut un moment indécis, jusqu'à ce que la cavalerie de Joba mette la déroute dans le camp des vendéens. Charette est blessé au bras non loin du village du Mortier (ou Mortais). La panique s'étant mise dans les troupes royalistes, Joly brûlera la cervelle d'un officier qui criait "sauve qui peut". La troupe se retirera vers le Nord, en direction de Saint-Christophe-la-Chartreuse (dont nous avons déjà parlé) et l'abbaye du Val-de-Morière où Charette ira se faire soigner et séjournera deux semaines. Les villages alentour sont tous incendiés, sauf celui de Malville, lieu d'habitation d'un guide des armées républicaines (source, revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'Ouest). L'histoire ne dit pas ce que ses voisins, dont les maisons avaient brûlé, lui ont réservé comme sort...

     

     L'un des trois moulins des Landes de Corbejaud de l'époque (il en reste deux, dont un entier):

     

     

    Souvenirs du combat du Mortais....

     

           La stèle de l'Ouche des Landes, lieu de sépulture des soldats des deux camps, avec une plaque de l'association de Sauvegarde du Patrimoine Brouzilien.

     

    Souvenirs du combat du Mortais....

    Souvenirs du combat du Mortais....

    Souvenirs du combat du Mortais....

     

     La croix de l'Oliverie, village renommé la Pierre-Plate en 1936, lieu où Charette fut blessé. Cette croix se trouvait à l'origine au village du Chiron.

     

     

    Souvenirs du combat du Mortais....

    Souvenirs du combat du Mortais....

    Souvenirs du combat du Mortais....

     

      La fameuse "Pierre plate" qui  selon une vieille légende, se serait envolée depuis le Pont de Sénard à Saint-Hilaire-de-Loulay suite à un pari du Diable et qui aurait atterri ici, sur cette ancienne route conduisant à Nantes.

     

     

    Souvenirs du combat du Mortais....

     

     Une autre plaque à la mémoire du combat du 12 janvier 1794 existe en face de l'église des Brouzils.

     

     

     RL

     Février 2014

     

    Cet article est mis à jour grâce à un lecteur de « Chemins secrets » qui s’est penché sur la localisation précise du lieu du combat et de celui de l’inhumation des victimes.

    Tout d’abord, voyons le récit que fait Jehan de la Chesnaye à propos du Combat du Mortais (1) :

    « Le 25 nivôse (12 janvier 1794), Joba, qui occupait les Brouzils, fut attaqué par les 1200 hommes de Charette. Après quatre heures de combat, les Brigands se retirent à Grasla, puis délogés de la forêt, à travers champs, les Vendéens gagnent « le Mortais » non sans se défendre opiniâtrement sur ce plateau qui s’étend du village de la Sauvetrière, jusqu’au-delà des landes de Lallier et présente une légère déclivité au fond de laquelle coule un ruisselet, le Tail. La brande, les ajoncs, les genêts, les nombreux boqueteaux offrent un asile sûr, une retraite quasi inexpugnable. Les deux troupes ennemies se heurtent en ligne dans les Landes de Corbejeau où s’élève un moulin à vent.

    De part et d’autre les pertes sont sérieuses, mais les Vendéens reculent. La cavalerie de Joba charge les fugitifs et tue ou fait prisonniers un grand nombre d’entre eux. Pendant que Charette fuit par le long du chemin de la Pierre-Plate, un détachement de Bleus suivant le sentier qui mène à l’Atrie aux landes Violton et de Lallier détruit tout sur son passage. La convention, en effet, pour vaincre la révolte a décrété l’incendie méthodique de la Vendée et l’égorgement de ses habitants : « Nous venon de resevoire de la Convantion, écrit un Bleu, un ordre qui est bien triste qui est de parquourire toute la Vendée et des gorge touse que nous trouverons homme, famme, enfan, sependant seuze qui ne son pas vraiman brigan, on le choi de suivre larmée et de conduire touse a Nantes juqu’ase que la Vandée soit fini et même les bestiau. » (Ed. Lockroy, Une mission en Vendée en 1793, p. 313) (2).

    La Sauvetrière, la Bonninière sont incendiées ; seule Maleville doit à un de ses habitants, guide des armées républicaines, d’être épargnée : « C’est mon village que se dresse là-bas de l’autre côté du Tail, ne le brûlez pas ! » Et Malville ne fut pas la proie des flammes. Pendant qu’une immense lueur d’un rouge sinistre éclaire cette froide nuit de janvier dont le silence est troublé par le crépitement de la fusillade, les campagnards effrayés abandonnent, avec leurs familles la maison que demain ils trouveront incendiée.

    Ils se sauvent dans la direction de l’Est vers les landes Violton et de Lallier où l’épais fourré les cache aux regards des Bleus. Femmes et enfants fuient protégés dans leur retraite par les Chouans « égapliés » le long des haies d’où ils visent sûrement leurs ennemis et manquent rarement leur but. De nouveau, brigands et républicains se heurtent face à face dans le triangle formé par les landes de la Herse, en face de la Bonninière qui fume étrangement. Des cadavres sont encore semés sur la lande, marquant aussi jusqu’aux bruyères de Lallier le passage des frères ennemis.

    Là-bas, dans la brande, les fugitifs se sont glissés au plus épais du fourré, et, blottis contre terre, les enfants, les femmes frémissent quand les balles fauchent au-dessus de leurs têtes les grands genêts et les ajoncs presque séculaires. S’aventurer dans ce véritable maquis serait téméraire de la part des soldats de la République. Ce serait courir à une mort certaine, aussi se replient-ils sur le gros du détachement qui vient d’incendier la tuilerie des Bonnins, près de la Pierre-Plate.

    Le lendemain au jour, quand le bruit lointain de la fusillade indique que les Bleus ont quitté les parages du Mortais, les réfugiés des landes de Lallier, revenant vers leurs villages encore fumants, ramassent les malheureuses victimes pour les inhumer, car, chez le Vendéen, le respect de la mort s’étend toujours à l’ennemi. Et si pendant le cours de la guerre, il y eut d’affreuses mutilations, on peut assurer qu’elles furent commises par des brutes aveugles et à l’insu des grands chefs. La fusillade de la Herse avait coûté la vie à une cinquantaine de Blancs et Bleus. Fraternellement unis dans la mort, on étendit leurs corps sur du bois en « relaïe », attendant le moment où ils devaient être inhumés dans la cheintre du champ de la Pointe, à une centaine de mètres plus loin. Le sang, qui découlait de leurs blessures s’étant mélangé à l’eau stagnante du sentier formait une grande flaque rougie, dont le souvenir, cinquante ans plus tard, faisait frémir les témoins oculaires de cette scène : « Ils avaient, disaient-ils, du sang jusqu’à la cheville ! »

    Maintenant, par le grand chemin de la Copechagnière à L’Herbergement, la cavalerie de Joba retardée par les ornières poursuit Charette et ses partisans que les bois touffus et les vastes landes des Dols protègent sûrement. Puis, suivant l’ancienne voie romaine qui allait du Petit-Luc à Durinum (Saint-Georges de Montaigu) les Vendéens atteignent les Forges et de là se dirigent par Saint-Christophe sur Grammont et Legé, toujours fuyant Joba. »

    Situation sur cadastre de 1838 des AD85. Tableau d’assemblage de la section P (3P 038 CE 016) :

    Souvenirs du combat du Mortais....

    En consultant avec mon lecteur les matrices cadastrales, nous n’avons pas trouvé le « Champ de la Pointe » mais celui où se trouve de nos jours la stèle commémorative et n’a pas changé de forme entre 1838 et aujourd’hui. De plus nous avons par les matrices que les « Landes de la Herse » correspondent aux parcelles N°64 à 68, 47 à 50 et 7 à 8 de la section P10 du cadastre de 1838 ainsi qu’aux numéros 9 à 11 et 14 à 16.

    Situation générale sur l’IGN de Géoportail :

    Souvenirs du combat du Mortais....

    Le cadastre de 1838 avec l’emplacement du « Champ de la Pointe » colorisé en jaune (AD85, 3P 038 AD 060). On peut voir que vers le Sud, le chemin à changé de place mais curieusement pas au niveau du lieu où se trouve aujourd'hui la stèle :

    Souvenirs du combat du Mortais....

    Retour à l’IGN avec la légende suivante :

    Intérieur du cercle bleu : zone probable du combat.

    Triangle rose : le supposé « Champ de la Pointe » où sont enterrées les victimes.

    Croix rouge : lieu où Charette fut blessé, de nos jours marqué par la croix vue en photo plus haut.

    Souvenirs du combat du Mortais....

     

    Les matrices cadastrales nous apprennent bien d’autres mystères. Ainsi de curieux noms de parcelles comme le « Champ de la Messe » près de Malville (N° 379 de la section P2) ou le « Pâtis au Prêtre », dans les Landes de Corbejaud (N°45 de la section P6). Que s’est-il passé dans ce petit coin entre les Brouzils et l’Herbergement ?

     

    RL

    Septembre 2018

     

     

     

     

    Notes :

    (1)  « L’Hébergement-Enthier et la seigneurie du Bois-Chollet », Vannes 1905 (extrait de la Revue du Bas-Poitou), p. 51 à 53.

    (2)  Ouvrage paru en 1893.

     

     

     


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