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    François Renou, de Rochefort-sur-Loire, 

    enveloppé par les hussards au combat de Chavagnes-les-Eaux... 

    Ordre du Lys... 

     

               

     


    François Renou....En ce 15 juillet 1793, il fait chaud, très chaud, beaucoup de Vendéens vont mourir d'avoir bu l'eau croupie des mares ; le général Lescure va passer pour mort après en avoir consommé.

    « L'armée républicaine s'avance jusqu'à Chavagnes-les-Eaux et Martigné-Briand, son avant garde prend la direction de Vihiers et ses éclaireurs atteignent Faye-d'Anjou.

    Réunies à Gonnord, les divisions de Bonchamps, de la Rochejacquelein, de Lescure, de Stofflet et Marigny essaient de s'opposer à Martigné-Briand durant neuf heures, à l'avance de cette armée. Bien qu'elles aient percé le centre et se soient emparées du quartier général ennemi, une manoeuvre de la cavalerie vendéenne jette le désarroi dans leurs rangs, c'est la défaite et le reflux vers Coron. Bonchamp est blessé par un biscaïen au coude au cours de cette bataille. » (p.61, Itinéraires de la Vendée Militaire par P. Doré-Graslin édition Garnier 1979).

    L'Abbé Deniau nous dit qu'en ce 15 juillet 1793, il fait une chaleur extrême et que dès le début de la bataille, le centre des Bleus est enfoncé et que le quartier général du château de Fline est investi. Le choc est rude, le général républicain Danican a son cheval tué sous lui et est jeté dans un fossé, il perd quarante hommes du 8ème hussards dans la fuite vers Vihiers.

    Malheureusement un mouvement de la cavalerie vendéenne fait croire à une charge de l'ennemi et les Vendéens se débandent. Les 8ème et 9ème hussards fondent sur la cavalerie de Marigny et se battent au corps à corps, Monsieur de Bonchamps est enveloppé par cinq hussards, il en tue un, en blesse un second, et quelques vendéens étant venus à son secours, il mit les trois autres en fuite. A ce moment il est blessé par un biscaïen au coude et est évacué.

    C'est peut-être au cours de cette action que François Renou tue un hussard d'un coup de crosse de fusil ?

     

    François Renou....

    Le 15 juillet au soir, au quartier général de Fline le général de Division La Barolière écrit au Ministre de la Guerre :

     

    «Au quartier général de Fline près Martigné, le 15 juillet au soir, La Barolière général de division au citoyen Ministre de la Guerre.   

     Citoyen Ministre, 

    J'ai l'honneur de vous rendre compte que l'ennemi nous a attaqué aujourd'hui par la droite et les derrières du camp, dans un moment où j'avais fait exécuter un mouvement en avant sur Vihiers par l'avant garde de l'armée, il a fallu la faire revenir, l'armée rebelle avait eu le temps de percer par notre centre et de s'emparer du quartier général, mais les troupes de la république ont été courageuses et nous les avons rechassés plus de deux lieues au delà de notre camp, nous pouvons avoir 150 blessés. J'ignore exactement notre perte en morts, je connais cinq officiers tués, tout ce qui compose l'état major de cette petite armée, s'est conduit avec valeur et intelligence, les hussards des 7ème et 8éme régiments ont chargé avec succès et courage et ont plus que personne contribué au succès du combat presque toutes nos troupes ont donné. 

    La charge a été battue pour se servir des bayonnettes, mais les ennemis n'en ont point attendu l'effet. 

    Je vois des éloges au Gal de Division Menou et à Bertier, Fabrefond et Barbazan généraux de brigade. Plusieurs bataillons de Paris ont montré la plus grande volonté et courage, enfin les troupes de la République ont soutenu valeureusement et ont montré qu'elles étaient dignes d'être les apôtres de la Liberté.       

    signé : la Barolière. » 

    François Renou....

     

    En parcourant les états de services de François Renou, nous remarquons qu'il a protégé la retraite de l'armée royale à Chavagnes-les Eaux, « en arrêtant avec un petit nombre, la charge des hussards républicains dont il en tua un avec la crosse de son fusil, n'ayant pu mettre la cartouche, étant confondu dans l'escadron Bleu. »

     

    Le 31 mai 1824, il dépose une demande de pension :

     

    « Renou François, soldat dans l'armée royale de la Vendée de la commune de Saint Aubin de Luigné conformément à l'Ordonnance du Roi du trois décembre dernier. 

    Jay l'honneur de vous présenter ma pétition affin d'obtenir le secours de la bien faisance du Roi qui accorde aux militaires des armées royales de la Vendée, qui ont été blessés dans les combats. 

    Jay joint mon acte de naissance, mon acte de notoriété qui constate que jay servi le Roi en qualité de soldat, dans la ditte armée, que jay été blessé* à l'affaire de Laval, un certificat de deux officiers de santé qui atteste ma blessure. 

    A Saint Aubin de Luigné le trente mai 1824 : ne sait signer.    » 

     

    * Une balle lui a traversé la cuisse droite et son frère a été tué à ses côtés. 

     

    François Renou est né le 12 septembre 1763 à Rochefort-sur-Loire, il est le fils de François Renou, métayer et de Jacquine Mercerolle originaire de la Jumellière. Il se marie le 26 septembre 1796 à Rochefort (5 Vendémiaire an 5) avec Anne Davy-David née le 2 avril 1775, fille de Jean Davy et d’ Anne Pineau. De cette union sont issus entre autres enfants :

     

    1° François Renou, né le 2 Prairial an 5 à St Aubin. Décédé le 28 Novembre 1799.

    2° Marie, Françoise Renou, née le 26 juin 1807 à St Aubin.

    3° Jacques Renous, né le  22 août 1809 à idem.

    4° Jeanne Renou, née le 3 juillet 1811 à St Aubin.

    5° Louise Renou, né e le 13 janvier 1814 à St Aubin.

    6° Jean Renou, né le 10 octobre 1815 à idem

    7° Pierre Renou, né le 13 août 1817 à idem.

    8° Louis Renou, né le 13 août 1817 à idem.

    9° Perrine Renou, né le 3 février 1820 à idem.

     

    François Renou est décédé le 15 octobre 1845 à Saint-Aubin.

    Anne David est décédée le 8 mai 1842 à Saint-Aubin.

     

    François Renou....

     

    Sources:   

     

    Archives Départementales du Maine-et-Loire tous droits réservés – Dossiers Vendéens: François Renou 2 - dossier 1M9/309, vue n° 2/11. Ordre du Lys. 

    Certificat de services vue n°9/11. 

    Archives Départementales de la Vendée (Archives de Vincennes), SHD B 5/5-100, 15 juillet 1793. Lettre de la Barolière, v. 9 et 10/11.

    Registres d'Etat civil de la commune de Rochefort-sur-Loire – Saint-Aubin-de-Luigné. 

    Histoire des Guerres de la Vendée – Abbé Deniau, Tome II – pages 331,332,333. 

    Itinéraires de la Vendée Militaire par Doré-Graslin, Edit Garnier 1979. p61. 

    Photo : de l'auteur et toile de Paul-Emile-Léon Perboyre, hussards chargeant, extrait de Vendée-Chouannerie. 

     

                                                        

     X. Paquereau pour Chemins Secrets

     

     

    NDLR : la marquise de La Rochejacquelein donne quelques détails de ce combat, op.cit. p. 228 et 229. 


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    Pierre-Louis-Sébastien Colzy, de Rémigny en Picardie, 

    soldat au régiment du Dauphin...

     

     

               

    Pierre-Louis-Sébastien Colzy....Louis-Sébastien Colzy est né et a été baptisé le 2 novembre 1771 à Remigny en Picardie. Il est le fils de Sébastien Colzy, charpentier et de Marie-Thérèse Lecomte.

    Avant l'âge de quinze ans, il s'engage au service du Roi Louis XVI dans le Régiment du Dauphin sous le commandement de Monsieur le Colonel La Roc* (*Jean Laroque de Cusson) et dans la compagnie de Monsieur le capitaine Ferré. Il sert dans ce régiment pendant huit années comme soldat.

    Il nous dit qu'après la retraite du général Dumouriez il ''s'en est venu'' en Vendée et qu'il a déserté avec armes et bagages devant le poste de Saint-Aubin-de-Luigné. Il s'est ensuite engagé dans les chasseurs du général Stofflet où il a servi courageusement pendant toute la durée de la guerre. Il est porteur de plusieurs blessures.

     

    Pierre-Louis-Sébastien Colzy....

    Pendant la guerre de Vendée, il s'installe à Saint-Lézin et épouse le 8 Messidor an 5 (26 juin 1797), en premières noces, Jeanne Plumejeau, née le 3 février 1761 à Saint-Lézin, fileuse, fille de François Plumejeau, bordier, et de Jeanne Pinier (acte naissance St Lézin 1761 vue n°81/94 - décédée le 21 juillet 1834 à Trémentines à l'âge de 75 ans – vue n°129/138 année 1834).

    De cette union est issu :

     

    1° René Colzy, né vers 1799 à Saint-Lézin, cabaretier à Chemillé et décédé à Chemillé le 16 juin 1871 (vue n° 19/214 Chemillé.)

     

    Devenu veuf, il épouse le 7 janvier 1835 à Trémentines, Anne Picherit, née au Fuilet, âgée de 30 ans, fille de Jacques Picherit, métayer et de Marie Bondu.

     

    En 1825, il fait une demande de pension et obtient un secours de 50 francs annuels.

    Le 28 avril 1827, il demande une augmentation de sa pension :

     

    « A son Excellence le Ministre de la Guerre, 

     

    Monseigneur, 

    Je viens réclamer des bontés de votre Excellence une augmentation à la pension que vous avez daigné m'accorder il y a quelques années. 

    Réduit à ne pouvoir presque travailler par suite de mes blessures, âgé de 56 ans, je n'ai rien autre chose pour exister avec ma famille que la jouissance d'une pension de 50 francs. 

    J'ai fait en entier la première guerre de la Vendée, puis celle des Cent Jours accompagné de mon fils alors âgé de quinze ans ; je me suis toujours conduit comme un brave et fidèle serviteur du Roi. 

    J'ose espérer Monseigneur que vous daignerez accueillir ma supplique et me faire participer de nouveau aux bienfaits de sa Majesté. 

    Je suis avec respect, Monseigneur- de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. 

     

    Signé : Colzi Pierre, Louis, Sébastien à Trémentines Maine et Loire. 

     

    - Le maire de la commune de Trémentines soussigné estime qu'il y a lieu de faire droit à la pétition du réclamant. C. de Grignon, maire. 

    - De la Sorinière – Chevalier de Saint-Louis, chef de la Division de Chemillé. 

    - Cesbron Chevalier de Saint-Louis, colonel de cavalerie. 

    - Le Tertre dit Mayence, ancien chef de Division -Chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'Honneur. 

    - Soyer – Chevalier de Saint-Louis ancien chef de la Division de Cholet. 

    - Lhuillier, colonel- Chevalier de Saint-Louis - commandant de la Division de Beaupréau. 

    - du Bouchet – Chevalier de Saint-Louis – lieutenant colonel de cavalerie.  »

     

    Situation de Pierre Colzy en 1825 :

    Titre illisible -

     

    « Par Pierre, Louis, Sébastien Colzy, né en la commune de Remini (Remigny) en picardie département de l' Aisne et domicilié dans la commune de Trémentines âgé de cinquante trois ans ; Le dit Colzy s'est engagé premièrement pour le service de Louis Seize, dans le régiment du Dauphin, avant l'âge de quinze ans, sur le commandement de Monsieur le colonel La Roc ( Jean Laroque de Cusson), dans la compagnie de Monsieur le capitaine Ferré, et le dit Colzi a servi dans le régiment l'espace de huit ans et après la retraite de Monsieur le général Du Mourrier (Dumouriez), il s'en est venu dans la Vendée, ayant déserté armes et bagages au Poste de Saint-Aubin-de-Luigné. Ensuite, il s'est rendu dans les chasseurs du général Stofflet où il a servi courageusement dans tout le cours de la guerre royale et le dit Colzy s'est trouvé sous le commandement de Monsieur Cady en la compagnie du capitaine Barbot à l'affaire qui a eut lieu à Chalonnes sur Loire, qu'ils ont gagné sur les troupes républicaines et d'après le traité de paix qu'il a été fait caporal ce traité étant fait avec le général d'Autichamp avec le général Canclos républicain, et le dit Colzy par sa bonne conduite s'est établi à Saint-Lézin où il a resté depuis vingt et un ans et a toujours marché dans les armées royales quand ils ont eut lieu et il s'est trouvé sous les commandements de Monsieur Blouïn du Bouchet et il s'est trouvé il y a sept ans à l'affaire du château ''Priedeau'' (Piedouault) en la commune de Jallais, canton de Beaupréau, département de Maine et Loire, et que même en chargeant son armes, il a été blessé au bras droit, ce qui est cause qu'il est hors d'état de travailler et quatre mois après il s'est fait un fort rassemblement sous le commandement de Monsieur le Général d'Autichamp et de Monsieur Cady pour marcher sur les Aubiers ; et le dit Cozy si est trouvé quoi qu'il fut pas parfaitement guéri de sa blessure, et deux mois après il y a eu un traité de paix à la rentrée de l'usurpateur, le dit Colzy s'est muni des certificats convenables et s'est mis en route pour Paris, pour la défense de Louis dix huit, ainsi que la famille des Bourbons et arrêté en route lorsque la famille auguste des Bourbons à désemparé de Paris. 

      A la dernière campagne qui a eu lieu dans la Vendée, ledit Colzy a toujours marché courageusement en qualité de premier caporal dans la première compagnie du capitaine Coêffard de Saint Lézin et il s'est trouvé à l'affaire qui a eu lieu à Saint Lambert du Lattay, à la Grolle et La Rocheservière sous le commandement de Monsieur le général d'Autichamp, de Monsieur Cady, de Monsieur Caqueray et de Monsieur de la Sorinière ; et le fils du dit Colzy âgé de seize ans a fait également que son père, toute la dernière campagne qui a eu lieu dans la Vendée, le dit Colzy quoique jouissant d'une pension de 50 francs, étant hors d'état de travailler, il ose encore réclamer les bontés...... » suite manquante. 

     

    Pierre-Louis-Sébastien Colzy....

    Sources:   

    - Archives Départementales du Maine-et-Loire tous droits réservés – Dossiers Vendéens: Pierre-Louis-Sébastien Colzy - dossier 1M9/121. Copie de la pièce numéro 3. 

    - Registres d'état civil de Saint-Lézin, Chemillé, Trémentines. 

    - Archives départementales du département de l'Aisne, tous droits réservés, commune de Remigny. 

    - Photo : de l'auteur et miniature d'un officier du régiment du Dauphin vers 1775, extrait de portraits miniatures – souvenirs historiques de Le Moine-Bouchard Fine-Arts. 

     

                                                        

     

     X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    La Chapelle-Saint-Laurent, Largeasse, insurrection contre les impôts en 1798…

     

     

    Le temps m’avait manqué jusqu’ici pour vous présenter les documents qui vont suivre. Je connaissais leur existence aux archives départementales des Deux-Sèvres, il fallait juste les compulser de nouveau et les analyser un peu.

    Nous voici au lendemain du coup d’état du 18 fructidor de l’an V (4 septembre 1797) et les persécutions reprennent de plus belle contre la religion catholique, ainsi que les vexations qui amèneront le nouveau soulèvement de 1799. Dans le petit coin qui nous intéresse, le port d’armes est interdit depuis le 21 février 1798 et Pierre Maupillier, oncle du Jacques Maupillier de Boismé devient « président de l’administration municipale » de la Chapelle-Saint-Laurent le 25 mars.      Il le sera jusqu’en 1800.

    La révolte commence à gronder une nouvelle fois, et dans le canton de la Chapelle-Saint-Laurent plus particulièrement contre les impôts. La population qui déjà exécrait la caste des fonctionnaires, va se montrer extrêmement menaçante. 

    Le problème éclate avec ce qui va suivre, dévoilant l’immense fossé entre les bourgeois, agents de la république, et le « vrai peuple », pas celui que l’on s’imagine dans les salons, mais celui qui s’agace des vexations permanentes de la part des nouveaux privilégiés. Et comme j’aime bien que le lecteur puisse se faire une idée par lui-même, je vous livre les documents tels quels. On commence au 26 thermidor an VI (lundi 13 août 1798) (1) :

     

    « Séance extraordinaire du 26 thermidor

    Aujourd’huy vingt sixième jour du mois de thermidor de l’an six de la République.

    S’est présenté à l’administration le citoyen Charles Roy percepteur des contributions directes du canton de la Chapelle St Laurent, lequel a déposé un procès-verbal signé de lui, par lequel il appert que ledit Roy s’est transporté le vingt-cinq dudit mois dans la commune de Laregeasse pour y faire payer les contributions, d’après l’arrêté du département du onze messidor (29 juin 1798), et que les citoyens contribuables invités et présent ont déclaré qu’ils ne voulaient pas payer les premiers ;

    L’administration municipale délibérant, oüi le commissaire du directoire exécutif,

    Arrête qu’il sera de suite fait deux copies dudit procès-verbal, l’une pour le commissaire du directoire exécutif près d’elle, et l’autre pour l’administration centrale du département, afin qu’il soit pris les mesures (mot manquant, papier déchiré).

    Fait et arrêté en administration à la Chapelle Laurent les jours mois et (mot manquant, papier déchiré). »

    Suivent les signatures.

     

    Le 10 fructidor (27 août 1798), les habitants de la petite commune de Trayes, se plaignent par une pétition que leur commune paie autant d’impôts que du temps où elle était réunie fiscalement à celle de Bouin. Ils présentent comme preuve les rôles de 1790 et 1791.  

    Voilà bien peu de choses, lorsque l'on apprend ce qui s'est passé ensuite avec un premier arrêté du 1er jour complémentaire de l'an VI (17 septembre 1798) :

     

    « Le commissaire du directoire exécutif présent.

    Vu le procès verbal dressé par le percepteur des contributions directes du canton de la Chapelle St Laurent constatant qu’hier trente fructidor (dimanche 16 septembre 1798) à deux heures environ après midy il est entré chez lui une troupe de paysans qu’il a reçus dans son bureau, comptant qu’ils étaient venus pour acquitter leurs impositions, mais qu’il a vu le contraire, lorsque ces individus au nombre de quatre vingt dix environ ont commenté par vomir des imprécations contre le gouvernement Républicain, contre le percepteur, contre l’administration municipale, et le commissaire près d’elle, et lorsqu’ils ont publiquement déclaré qu’aucun d’eux ne payeraient les impositions et qu’ils séviraient eux-mêmes contre ceux qui payeraient les premiers,

    L’administration municipale délibérant,

    Considérant que les quatre vint dix individus entrés chez le percepteur des contributions ont manifesté une rébellion ouverte contre les loix, les fonctionnaires publics et la rentrée des deniers publics ;

    Que parmi ces individus, il y en avait au moins les deux tiers, qui, avait été invités par écrit à venir payer, ne s’étaient rendus que pour se révolter et empêcher de payer ceux qui étaient dans l’intention de le faire ;

    Considérant que la sureté des Républicains, et des deniers publics, qui sont entre les mains du percepteur, a été comprise et qu’elle est encore ;

    Que la plupart de ces mutins se sont vantés d’attenter à la vie du commissaire du directoire exécutif et des membres énergiques de l’administration municipale ;

    Que, pour venir à bout de leurs desseins criminels, et s’emparer de la caisse du percepteur, ils saisiraient le moment où nous ne serions protégés par aucune force armée ;

    Qu’en conséquence, d’après de pareilles menaces et d’après l’événement factieux d’hier, nous ne pouvons et ne devons point être privés de la force armée même pendant quelques heures ;

    Que le cantonnement de la Chapelle St Laurent ayant reçu ordre de partir pour Bressuire avec armes et bagages ne peut nous abandonner à la mercy des paysans révoltés ;

    Qu’il est urgent et conforme à l’intérêt de la République, à la sureté des Républicains et des deniers publics, qu’au moins une partie du détachement reste ici pour y monter la garde, jusqu’à ce qu’un autre détachement remplace celui-cy, s’il vient à nous quitter, afin que nous ne restions point sans troupes ;

    Oui le commissaire du directoire exécutif.

    Arrête ce qui suit :

    Le commandant du cantonnement de la Chapelle St Laurent laissera la moitié de son détachement à la Chapelle pour y veiller à la sûreté des fonctionnaires publics et des deniers publics ;

    Une expédition du présent arrêté lui sera remise pour être présentée au général ou commandant de la force armée à Bressuire.

    Fait et arrêté en administration à la Chapelle St Laurent les jours, an et susdits. »

    Suivent les signatures

    Insurrection contre les impôts en 1798 à la Chapelle-Saint-Laurent....

    Un nouvel arrêté suit :

    « Le commissaire du directoire exécutif présent

    Vû le procès-verbal dressé le trente fructidor par le citoyen Roy percepteur des contributions du canton de la Chapelle St Laurent, par lequel il est constaté que sur les deux heures après midy environ, pendant qu’il était dans sa maison occupé à recevoir les impositions de plusieurs contribuables des communes de Laregeasse, Clessé et Traye ; une troupe d’environ quatre vingt dix individus s’est introduit dans son bureau avec un air menaçant que là animés par quelques individus à leur tête ils se sont déchainé en injures contre le gouvernement Républicain, contre l’administration municipale et le commissaire près d’elle, ainsi que contre les Républicains amis des loix ; qu’il ont publiquement déclaré qu’ils ne voulaient payer aucune imposition et que ceux qui payeraient les premiers, auraient à faire à eux ; que le percepteur, le commissaire et le secrétaire de l’administration municipale alors présens pour engager les contribuables à acquitter leurs impositions auraient été sacrifiés à leur fureur, si ces mutins n’avaient un peu redouté la force armée du cantonnement ;

    L’administration municipale délibérant ;

    Considérant que la loi a été ouvertement violée ; que le percepteur, le commissaire et le secrétaire de l’administration parlant au nom de la loi, ont été insultés, menacés et réduits au silence par les vociférations et les clameurs injurieuses des quatre vint dix individus entrés comme par force chez le percepteur des contributions du canton ;

    Considérant que, suivant le contenu du dit procès verbal, ils s’animaient et s’échauffaient les uns les autres en se poussant et se heurtant pour savoir celui qui tomberait le premier avec quelques autres d’entr’eux sur le percepteur, le commissaire et le secrétaire de l’administration ;

    Qu’ils ont insulté, invectivé, menacé et repoussé l’épouse du citoyen Roy percepteur, et qu’ils ont voulu l’empêcher d’entrer dans sa chambre, en lui disant qu’elle ne devait pas se mêler de la guerre des hommes ;

    Que cette conduite annonce évidemment des intentions hostiles et dangereuses, des esprits inclinés à la rébellion, une opposition formelle et coupable à la rentrée des deniers publics ;

    Qu’à la tête de cet attroupement on a surtout signalé les nommés François Niort fermier au Boislemay (2) et François Frouin bordier à la Loge, commune de la Chapelle St Laurent ; René Fradin garde-champêtre de la commune de Pugny et Caduc de la Martinière commune de Chanteloup, qui tous les quatre paraissaient conduire les autres et les révolter conte la rentrée des impositions par les discours les plus incendiaires qu’ils tenaient ; que parmi les quatre on a remarqué derrière le nommé Alexis Grellier ; que les quatre individus ci-dessus dénommés étaient les boutefeux et les principaux moteurs de cet attroupement illégal ; qu’ils se sont mis hors la loi, en menaçant ceux qui avaient intention de payer, en détournant et arrêtant ceux qui venaient payer ;

    Qu’ils ont donné par là l’exemple le plus funeste et le plus contraire aux loix ; et qu’ils ont été la principale cause que le percepteur n’a point fait de recettes dans un moment où plusieurs habitans paisibles de Traye, de Laregeasse et Clessé allaient payer, mais qui sont sortis sans rien donner, vu les menaces qu’on leur fesait ;

    Considérant que cet attroupement paraissait médité de plusieurs jours, puisqu’il s’est trouvé un grand nombre d’individus, qui, quoique n’ayant pas été encore invités à se rendre, n’étaient venus que pour augmenter le nombre des mutins ;

    Qu’après être sortis de la chambre du percepteur ils ont encore formé divers attroupemens dans le bourg de la Chapelle St Laurent pour arrêter ceux qu’ils croyaient disposés à venir payer ; qu’ils se sont ensuite réunis à l’auberge des trois marchands chez le nommé Giret boulanger, refuge ordinaire de ceux, qui n’aiment ni la République ni ses loix (note en marge : « et qui lui-même fesait partie de l’attroupement ») ; que là ils se sont encore déchainés contre le gouvernement actuel, qu’ils ont taxé d’injustice ;

    Qu’ils ont ensuite fait menacer le citoyen Beaudet commissaire du directoire qu’il n’existerait pas longtemps, qu’ils lui en voulaient particullièrement ;

    Que les cinq principaux de cet attroupement étaient aurefois les membres des comités des rébelles vendéens ;

    Que l’événement fâcheux qui a eu lieu, n’est dans le fond rien autre chose que l’ouvrage des trames ourdies dans les bois et autres repaires par les émigrés cachés et les prêtres fanatiques et insoumis, pour qui la paix et la tranquillité sont un tourment ; qui sont transportés de rage à la vue des triomphes de la République, et qui voient avec désespoir la rentrée des impositions ; qui corrompent généralement l’esprit public de nos malheureuses contrées, et qui font jouer tous les ressorts du fanatisme, de l’ambition, pour y rallumer et secouer les brandons de la guerre civile ;

    Qu’en conséquence la loi ne doit plus protéger des individus, qui sont en rébellion ouverte contre elle ;

    Qu’en outre cette rébellion est cause que le percepteur a donné sa démission, vu les menaces qu’on a faites d’attenter à sa vie ;

    Oui et le requérant le commissaire du directoire exécutif : arrête ce qui suit :

    Article 1er

    L’administration municipale déclare à ses concitoyens que les nommés françois Niort fermier au Bois**** (Bois Guillemet), François Frouin bordier à la Loge, commune de la Chapelle St Laurent, René Fradin garde-champêtre de la commune de Pugny et Caduc de la Martinière, commune de Chanteloup, sont les principaux autheurs de l’attroupement qui a eu lieu le 30 fructidor chez le percepteur des impositions, la principale cause des insultes et menaces faites aux fonctionnaires publics, et des imprécations vomis contre le gouvernement ; ainsi que l’opposition ouverte à la rentrée des deniers publics.

    2.

    En conséquence une copie du procès-verbal dressé par le percepteur sera remise au commissaire près cette administration avec une expédition du présent arrêté pour être le tout envoyé desuite au commissaire central du département des Deux-Sèvres, afin qu’il soit pris des mesures vigoureuses contre les cinq individus cidessus dénommés, et qu’ils soient traduits devant les tribunaux compétens comme s’étant ouvertement opposés à la rentrée des impositions et s’étant par là déclarés en rébellion conte les loix.

    Fait et arrêté en administration au lieu ordinaires des séances à la Chapelle St Laurent les jours, mois et aux susdits. »

    Suivent les signatures.

     

    On peut ainsi présager aisément de ce qui se passera l’année suivante, de la part d’un pays pourtant ruiné et exsangue.

    RL

    Août 2018

     

     

     Notes :

    (1)  AD79, L 228. Un grand merci une nouvelle fois au personnel des archives de Niort pour sa gentillesse et son aide, toujours la bienvenue, de la part de vrais passionnés d’histoire.

    (2)  Le « Bois Guillemet » de la Chapelle-Saint-Laurent, orthographié « Bois Glumet » sur le cadastre de 1811.

     

    Insurrection contre les impôts en 1798 à la Chapelle-Saint-Laurent.... 


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    Conférences sur le général Suzannet…

     

    Les 15 & 16 Septembre prochains, j'aurai l'honneur de venir à la rencontre des amateurs d'histoire et de patrimoine, au Château de La Chardière, à Chavagnes-en-Paillers. J'aurai notamment l'occasion d'animer deux jours de conférences autour de la vie du général de Suzannet et la guerre de Vendée. Une vie de résistance, haute en couleurs, au sein d'une époque trouble et troublée, qui figure parmi les pages les plus importantes de notre Histoire de France. Nous vous attendons nombreux pour cet événement. 

     

    Amaury Guitard 

     

    Conférences sur le général Suzannet....


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    Germain Chauvière, de Saint-Germain-sur-Moine, 

    soldat au régiment d'Armagnac... 

     

               

     

    Germain Chauvière....Germain Chauvière est né et a été baptisé le 4 juin 1759 à Saint-Germain-sur-Moine. Il est le fils de René Chauvière et de Jeanne Couprie. Il exerce la profession de maçon lorsqu'il s'engage au Régiment d'Armagnac. Il sert douze années le Roi Louis XVI dans ce régiment comme simple soldat.

    Il nous dit qu'il est ''obligé de servir contre son opinion'' au moment de la Révolution et qu'il déserte en 1797 pour rentrer en Vendée.

    Il semblerait que Germain Chauvière ai servi au 1er Bataillon de ce régiment dans l'Est de la France et qu'il n'ai pu regagner son pays que lorsque, le 21 novembre 1796, la 12ème demi-brigade de bataille regagne l'armée des Côtes de l'Océan.

    En effet, le 1er juillet 1790 le régiment d'Armagnac est en garnison, en entier, à Condé. En 1792, il est en garnison à Thionville.

    Germain Chauvière....

    En 1793 le 1er bataillon de ce régiment est à l'armée des Ardennes et en garnison dans la place de Condé et est fait prisonnier le 1er août 1793. Le 24 juillet 1795, il fut échangé et se reforma à Nancy et devient la 12ème demi-brigade de bataille.

    Le 21 novembre 1796, cette 12ème demi-brigade de bataille devient la 81éme demi-brigade de ligne à l'armée des Côtes de la Rochelle et c'est en 1797 que Germain Chauvière déserte. 

     

    En 1825, Germain Chauvière est célibataire et indigent-mendiant. Il décédera à l'hospice de Montfaucon-sur-Moine, le 5 août 1835 (vue n°50/103-Montfaucon-décès).

     

    Le 31 mai 1825, il dépose une demande de pension en ces termes :

     

    « Chauvière Germain, masson, âgé de soixante dix ans, demeurant à Saint Germain canton de Montfaucon, département de Maine et Loire. 

    A l'honneur d'exposer à Messieurs les membres de la Commission nommée à Beaupréau, à l'effet d'examiner les pièces à l'appui des demandes faites par les individus qui ont servis et faits des pertes dans les armées royales de l'Ouest conformément à l'ordonnance du 3 mars dernier et de la correspondance de Mr le Préfet à cet égard : 

    Qu'il a eu l'honneur de servir sa Majesté Louis seize en qualité de soldat du Régiment d'Armagnac pendant 12 années. Entrénai par la faction exécrable des républicains, obligé de servir contre son oppinion, trouva jour en 1797 – à s'évader du régiment et rentrer dans son pays de la Vendée : mais exténué de fatigues dans les guerres de la Révolution – la paix régnait alors dans la Vendée ne pas participer au bonheur qu'il avait eu au passé de servir son Monarque légitime. 

    Mais en 1815quoique très âgé, fut incorporé dans une compagnie de la paroisse de Saint Germain. Concourru à la campagne sous le général d'Autichamp et de Mr le Marquis de la Bretesche son chef de Division – sont les seuls services qu'il a pu faire dans les armées royales de la Vendée. 

    Demande à Messieurs les Membres de la Commission chargés de remplir les intentions bienfaisantes de sa Majesté Charles X,  frère du martyr Louis seize pour lequel il s'était engagé, qu'ils prennent en considération un malheureux ancien  soldat du Roi, qui est absolument sans ressources, que celles tous les jours aux portes de gens charitables, pour qu'il obtienne avant de terminer sa carrière, quelques soulagements dus à ses services – n'ayant jamais reçu tant en services qu'en pension sur les fonds de l' Etat. 

    C'est justice  VIVE LE ROI – A St Germain, le 31 mai 1825.  

    signé : Bouyer - maire. » 

     

    Germain Chauvière....

     

    Sources:   

    Archives Départementales du Maine-et-Loire tous droits réservés – Dossiers Vendéens : Germain Chauvière - dossier 1M9/104. - copie de ses états de services vue 4/4. 

    Registres d'Etat civil de la commune de Saint Germain et de Montfaucon. 

    Photo : de l'auteur et officier du régiment d'Armagnac du forum « Planetfigure ».                                                  

     

     

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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