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    L'attaque du camp de la Roullière vue par un républicain, 

    le lundi 8 septembre 1794, dans le feu de l'action...

     

           

                 

    L'attaque du camp de la Roullière....Le lundi 22 fructidor de l'an 2, « A la tête d'une avant garde de sept cents hommes, Charette surprend le camp de la Roullière à cinq heures du soir ; les avant-postes sont tués, et dans une charge rapide, les paysans envahissent le camp. Les huit cents défenseurs fuient vers Nantes sans avoir résisté.

    Les Vendéens pillent le camp. Pendant ce temps, un détachement républicain survient par la route de Montaigu*. Au moment où il s'apprête à attaquer l'avant garde vendéenne, Charette et Couëtus arrivent avec le gros de leurs forces.... les Bleus n'insistent pas et s'enfuient à toutes jambes vers Nantes, poursuivis par les Paydrets qui en massacrent un grand nombre. »

    Ce camp de la Roullière, n'est pas celui des Naudières. Ce dernier s'étendait du carrefour des Trois Moulins à la Morinière en bord de Sèvre et sur une étendue de deux kilomètres environ en direction de Ragon à Rezé. C'était un vaste bivouac qui abritait environ 6000 hommes et qui a été déserté en avril 1794 pour celui des Sorinières à la Roullière, lors de la restructuration des camps républicains. (l'Ami de Rezé n°73 de février 2014 - les Naudières de Yves Lostanlen).

     

    La Roullière est donc un camp retranché qui compte environ 800 hommes près de la route de Nantes à la Rochelle.

     

    Voici ce que nous dit Monsieur l'abbé Deniau au sujet de l'attaque du camp de la Roullière :  « La garnison est privée de ses officiers, Ils étaient tous à Nantes avec le commandant Jacob...... » - « Rendu à une faible distance, Charette fit distribuer de l'eau-de-vie à l'avant garde et harangua avec feu tous ses soldats : ''Allons, mes amis, la victoire ne sera pas difficile aujourd'hui, vous n'avez à faire qu'aux Berrichons et à des culottes de soie dont les portefeuilles sont bien garnis''..... L'espoir du pillage et les vapeurs d'eau-de-vie échauffent les têtes.... le signal donné, ils tombent sur une dizaine de soldats occupés à manger du raisin dans une vigne, et se précipitent dans le camp. La garde est surprise, les retranchements sont emportés ; les ennemis épouvantés ne prennent pas le temps de s'armer, et se sauvent, laissant leurs fusils en faisceaux devant les tentes.

    Les paysans pénètrent dans les tentes, plus préoccupés du pillage que de la poursuite des vaincus, lorsqu'un détachement républicain arrive par la route de Montaigu et fait les plus grands efforts pour leur arracher la victoire*...... Charette apparaît avec le gros de son armée et une nombreuse cavalerie*..... Dès lors la déroute des Républicains fut complète... le carnage ne cessa qu'aux portes de Nantes. » (Abbé Deniau Tome IV, pages 573,574).

     

    L'attaque du camp de la Roullière....

     

    Les Républicains pour pallier leur défaite, dirent que les volontaires de Charette s'étaient déguisés en hussards, et que, grâce à ce stratagème, ils avaient été surpris. Ils prirent sans doute les plumets en poil de bouc de ses chasseurs pour les plumets de leurs propres cavaliers.

    Et c'est ce que dit le Républicain Barbier, du 7ème Bataillon de Paris, dans une lettre adressée à la Citoyenne Barbier, rue aux Fers - n°45 - Section des Marchés à Paris. *Barbier arrive donc à la Roullière avec le détachement venant de Montaigu, peut-être arrive-t-il avec une avant garde vers 4 heures puisqu'il se reposait au camp depuis une demie-heure et situe l'attaque à quatre heures et demie... où alors déforme t-il les événements ?

     

    Il écrit juste après l'action, aux Couëts, au Sud de Trentemoult près de Nantes, le 25 Fructidor de l'an 2 (jeudi 11 septembre 1794) :

     

    « Entrés à Montaigu le 22 prairial (10 juin 1794) nous en sortîmes le 22 Fructidor (8 septembre 1794) après trois mois justes d'emprisonnement dans son maudit château. Nous allions au camps de la Roulière placé à deux lieues de Nantes sur la route de la Rochelle : L'air retentissant de nos cris d'allégresse, la joie éclatait sur tous les visages. Nous arrivons fatigués d'une route de sis lieues faite par un mauvais temps – dont notre gaîté ne nous permettait pas de sentir l'incommodité. Déjà chacun se reposait sous sa nouvelle tente et commençait à gouter les douceurs du repos ; nous étions arrivés depuis une demie-heure, il était quatre heures et demie ; nous nous réjouissions, insensés et cependant la mort d'un vol affreux planant sur nos têtes comptait avec une joie féroce les victimes qu'elle allait frapper. Frémissez d'avance et gardez quelques larmes pour les manes de nos malheureux frères. Déjà nos postes sont égorgés ; et trois mille brigands, quoiqu'on dise qu'ils n'existent plus, surprennent le camp plongé dans la plus grande sécurité. Les balles sifflent de toute part, le sang coule, on n'a pas le temps de courir à ses armes, tout fuit ; l'arbre sacré de la Liberté tombe sous une hache impie, et le fer ennemis moissonne nos meilleurs soldats ; le feu dévore nos tentes et un immense amas de blé destiné à la subsistance du camp. *Une cavalerie nombreuse portant l'uniforme républicain s'avance sur nous tandis que nous soutenions la retraite contre l'infanterie des rebelles ; trompez par ce déguisement funeste et prenant pour nos hussards les cavaliers de l'infâme Charrette, nous les conjurons de charger l'ennemi : nous prononcions notre arrêt, ils chargent en effet : cent sabres s'abaissant tour à tour sur nos têtes et guidés par leurs mains cruelles et fatiguées de carnage font couler des flots de sang Républicain ; la route est jonchée de cadavres. Je me vois, moi-même poursuivi par un cavalier ennemi qui en avait déjà haché huit ou dix et qui venant sur moi criaît – Ah foutre en voilà un qui a des épaulettes, il doit avoir de l'argent ; il est à portée de moi, il lève son sabre en criant, Vive le roi, sacré patau, fou moi à la guillotine, j'esquive le coup et je cherche à sauter un fossé plein d'eau – je le franchis mais un de mes pistolets tombe dedans : Il m'étais bien permis dans une pareille occasion de l'abandonner, mais j'étais révolté de l'idée de laisser des armes à de pareils scélérats, je me jette dans le fossé assez profond et je cherche de la main mon pistolet dans l'eau. Cependant le cavalier ennemi se penchant sur la droite et se baissant vers moi tâchait de me fendre le visage que je tournais de son coté en observant tous ses mouvements, et évitant tous ses coups : enfin je sens mon pistolet je le saisis et je le mets dans une de mes fontes. Je m'arme de l'autre et le tournant vers le brigand je lui ordonne en jurant de s'en aller – la peur d'une mort incertaine pour lui, vû l'incertitude où j'étais moi même de l'attraper le rendit stupéfait – je réitère en jurant, mon ordre absolu d'un ton impérieux, il fuit, je ressaute par dessus le fossé et j'échappe ainsi à trois autres cavaliers qui venaient seconder leur camarade. Cependant mes yeux inquiets cherchaient mon père que je ne retrouvais que sous les murs de Nantes- 

    Jamais les différentes actions ou le bataillon s'est trouvé l'an passé ne lui ont couté tant de monde que cette malheureuse affaire ; sur deux cent quatre vingt hommes, nombre au quel nous avait réduit la campagne dernière et les fatigues de celle-ci, nous avons à regretter soixante dix morts, et l'hopital regorge de nos blessés… 

    Tous nos effets sont perdus, il n'est pas un seul de ..... qui ait deux chemises : la caisse du bataillon est resté onze mille francs dans les mains des brigands. Adieu 

     

    Signé : J. Barbier père - et Barbier. 

     

    Nous allons être recomplettés demain avec des recrues et nous partirons pour Cherbourg incessamment ainsi écrivez-nous en mettant l'adresse suivante: BARBIER 7ème bataillon de Paris à Nantes ou à Cherbourg si le bataillon y est parti. »  A Nantes.

     

    Nous nous portons bien, mon père et moi quoique fatigués, nous avons reçu votre lettre datée du 5 Fructidor (22 août 1794). N'oubliez pas pour nous le C Denios et sa famille ainsi que tous nos amis de la section.

    L'attaque du camp de la Roullière....

     

    Alors que penser de cette lettre ? Qui est le citoyen Barbier ?

     

    1° C'est un jeune Volontaire originaire de Paris accompagné de son père     également soldat ; donc un jeune homme âgé de 18 à 20 ans, l'âge de son     père se situant entre 38 et 40 ans.

     

    2° C'est un sous-officier ou un officier à cause d'un signe distinctif : ''épaulettes'' et porteur de deux pistolets.

     

    3° S'il est le scribe de cette lettre, il est instruit et possède une belle écriture.

     

    4° Il est domicilié au n°45 rue aux Fers – Section des Marchés à Paris. La rue aux Fers est une rue ancienne de Paris dont une partie a partiellement disparue et une autre partie a été absorbée par la rue Berger. Cette rue commençait au n° 89 rue Saint Denis et finissait rue de la Lingerie et était située dans l'ancien quartier des Marchés. Elle était habitée par des marchands de soieries, les plus riches de Paris. Au XVIIIème, elle est habitée par des marchands de passementerie (Wikipédia). Donc le Citoyen Barbier faisait partie de la bourgeoisie parisienne.

     

    J'ai cru reconnaître le citoyen Barbier en la personne de Jean-Pierre Barbier, capitaine de l'Empire, décoré de la Légion d'Honneur (Archives nationales – Leonore dossier LH/109/65). Mais la destruction des archives de Paris par les Communards en 1871 m'enlève toute possibilité de l'affirmer.

    Eléments plaidant pour cette hypothèse :

     

    Jean-Pierre Barbier est né à Paris le 18 juin 1776  et baptisé le 19 à Paris, il est le fils de Jean Barbier et de Michelle Tonnellier. Or le père de notre Barbier signe la lettre : J. Barbier, en 1794.

    En 1794 il est âgé de 18 ans, il est nommé sergent le 11 germinal de l'an 2 (31 mars 1794) ; donc il pouvait être avec son père également Volontaire au 7ème Bataillon des Volontaires de Paris. Il fait les campagnes de 1793 ans 2 et 3 à l'Armée du Nord, an 4 à l'Armée de l'Ouest.

    Il appert que L'Armée du Nord est commandée par Duquesnoy qui forme une division de 10 000 hommes composée de plusieurs corps de l'Armée du Nord et qui devient une Colonne Infernale sous Turreau. Le 10 février 1794, Duquesnoy est vainqueur de Charette à Legé. Donc Jean-Pierre Barbier est peut-être en Vendée...

    Jean-Pierre Barbier incorpore le 10ème Régiment d'Infanterie Légère, il est blessé par balle le 20 juillet 1793 près de Marchienne dans le Nord. Le 5 brumaire an 4, il est blessé par balle à Craon en Mayenne. Egalement blessé par balle à la bataille d'Eylau, il reprend une balle à la bataille d'Ekmül. Chevalier de la Légion d'honneur le premier octobre 1807, il est promu capitaine le 21 novembre 1809 et est nommé Capitaine-Adjudant de Place de Première Classe le 31 octobre 1814.

    En l'an 6 il est à l'Armée d'Angleterre, an 7 à celle du Danube, ans 8 et 9 à celle du Rhin ; an 12 et 13 au camp de Saint Omer, an 14,1806,1807,1808,1809 à la Grande Armée, 1810 aux Côtes de Brest ; 1811,1812 et 1813 en Espagne ; 1814 au blocus de Schelestall. (Sélestat, en alsacien Schlettstadt).  C'est un Monsieur qui a ''bourlingué''.

     

    Comparaison de signatures 1794 et 1819 : Jean-Pierre Barbier est à Toulon en 1819 et signe son Procès-Verbal d'individualité (voir signatures ci-dessous). Il est domicilié à L'Isle Port Croz et décède le 21 avril 1850 à Toulon.

    L'attaque du camp de la Roullière....

     

    Pour terminer, Jean-Pierre Babier épouse le 24 juin 1816 à Toulon (vue n°67/162 mariages) Mademoiselle  Marie-Anne Cazal, née à Bastia en Corse. 

    A cette occasion, Jean Barbier-père, marchand à Paris fait enregistrer par Maître Charles Bordin, notaire à Paris les extraits d'actes de naissance de son fils et de décès de son épouse Marie-Michelle Tonnelier ; et.... Maître Charles Bordin est domicilié au n°17 de la rue du Petit Lion-Saint-Sauveur, situé à cinq cent mètres de la rue aux Fers (7 minutes de marche).... Ces derniers éléments semblent confirmer que Jean Barbier et Jean-Pierre Barbier sont bien les auteurs de la lettre écrite le 25 fructidor de l'an 2 aux Couëts et ont survécus aux guerres de la Vendée.

      

    Sources :  Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés, SHD B 5/10-50 vue n°4 et 5 – Archives de Loire Atlantique cadastre des Sorinières de 1827 -Itinéraires de la Vendée Militaire par Doré-Graslin Editions Garnier 1979, page 150 – Histoire des Guerres de Vendée, Abbé Deniau -Tome IV – Archives Nationales, Base Leonore – Les autres sources ont été énumérées dans le texte du présent billet- Archives municipales de Toulon, tous droits réservés. - Photo de l'auteur. 

                           

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 

     

     


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    1791 : Châtillon-sur-Sèvre

    Saint-Aubin-de-Baubigné (2° partie)…

     

     

     

    « 2 sèvres

    Paris le 3 février 1791

    Habitants de St Aubin

    Contre le Directoire de Chatillon

    Troubles

     

    Messieurs du Directoire du département des Deux-Sèvres a Niort

     

    J’ai mis sous les yeux du Roi, messieurs la lettre que vous avés écrite le 29 janvier a M de Montmorin avec votre délibération concernant les excès auxquels les habitants de la paroisse de St Aubin se sont portés envers le Directoire du District de Châtillon. Sa Mté (Majesté) a approuvé les mesures que vous avez prises pour arrêter des désordres aussi dangereux et pour en faire poursuivre les auteurs. Elle attend les avis ultérieurs que serés dans le cas de me donner. Vous savés que la plus grande partie des troupes de ligne étant repartie sur les frontières. Sa Mté ne sauroit dans le moment actuel en disposer comme elle le désireroit pour les départements de l’intérieur. Elle vous exhorte à employer tous les moyens d’y (remédier – mot rayé) supplée en excitant le zèle des gardes nationales et des bons citoyens et en éclairant le peuple sur ses véritables intérêts. Si cependant les circonstances éxigent absolument que vous obtenés de nouvelles forces, vous aurés soin de m’expliquer en quoi elle (doivent –mot rayé dans le texte) devront consister et dans quel endroit précisément il faudra les poster.

    Il paroit au surplus que les habitans de St Aubin demandoient que leur curé fut payé, je ne puis m’empêcher de vous observer que cet objet mérite tout votre attention et qu’il est très important et de ne laisser sur cela aucune plainte fondées. Je vais néanmoins faire part de votre demande a M Duportail, afin qu’il vous fasse passer de nouvelles troupes s’il en à  à sa disposition. J’ajouteroi personnellement que je ne peux trop applaudir a la conduite ferme et régulière que vous avés tenuë, c’est en réprimant ainsi la sienne au nom de la loi qu’on affermira la constitution et qu’on jouir le (gribouillis) peuple de tous les avantages qu’elle leur procure. »

     

    Lettre non signée. AN F7 3690/1-1.

     

    RL

    Octobre 2017

     

    1791 : Châtillon et Saint-Aubin (2° partie)....

     

     

     


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    Sauvetage de la tombe Coudrin…

     

     

    Ceux qui suivent l’actualité des « Amis du Pont-Paillat » sur Facebook ont pu voir que la tombe de Rose Coudrin, fille de François Coudrin, capitaine de paroisse de Montravers n’avait pas laissé nos amis indifférents. Sur l’idée et les démarches de Jack Puaud, l’un de nos membres, il fut décidé de restaurer la tombe de Rose et celle de son mari François Cornuau qui menaçaient de ruine et que la municipalité souhaitait reprendre notamment pour des questions de sécurité.

    Les travaux ont débuté ce matin avec Jacques Chauvet, Pascal Vrignaud et Jean-Marie Dubois (le père du jeune Quentin que les Amis du Pont-Paillat connaissent bien). La société « Les Préfa Bressuirais » a bien voulu jouer les mécènes pour cette opération et a fourni gratuitement un coffrage de béton qui fut posé et assemblé autour des sépultures. La croix qui menaçait de tomber fut remise de niveau et il ne restera plus qu’à la sceller solidement. Les parties métalliques restent encore à nettoyer et à protéger de la rouille avant qu’une plaque ne soit posée au nom des « Amis du Pont-Paillat ». Une souscription avait été lancée pour cette dernière et le succès fut au rendez-vous avec une collecte excédentaire qui nous permettra de rentrer dans nos frais et peut-être d’offrir quelques fleurs.  

    A noter que cette plaque comportera un "QR Code" qui permettra au visiteur qui le scannera avec un smartphone de pouvoir visionner directement la biographie de François Coudrin sur "Chemins secrets".

    En attendant une inauguration très prochaine, voici quelques photos de la matinée.

     

    RL

     

    Septembre 2017

     

    Sauvetage de la tombe Coudrin....

    Sauvetage de la tombe Coudrin....

    Sauvetage de la tombe Coudrin....

    Sauvetage de la tombe Coudrin....

    Sauvetage de la tombe Coudrin.... 

    Sauvetage de la tombe Coudrin....

    Sauvetage de la tombe Coudrin....

     


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    1791 : Châtillon-sur-Sèvre

    Saint-Aubin-de-Baubigné (1ère partie)…

     

    Les documents que nous publions ici ont déjà été en partie exploités par Louis Fruchard dans son ouvrage « Les Quatre Guerres à Châtillon-sur-Sèvre », Les Editions du Choletais, 1992. Cet article vous propose de plonger à la source, aux Archives Nationales avec la liasse F7 3690/1-1.

    RL

    Septembre 2017

     

     

    Département des Deux-Sèvres

    71 Pièces

    En marge : Ministère de l’intérieur

    Correspondance et pièces relatives aux attroupements et aux violences et excès commis dans divers lieux du département

     

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    Années 1791 et 1792

    Auteurs et instigateurs de cette insurrection.

    Une copie du présent arrêté sera envoyée au corps législatif et au Roy ; et qu’on préviendra le commandant des ci-devant provinces Poitou et Aunis du détachement. Signé Charteau Président, Piet, Barré, Coustis, Sauzeau, Dorfeuille ; Jard-Panvillier procureur-général-Sindic et Piet-Chambelle secrétaire générale.

    Pour copie conforme au registre

    Piet-Chambelle Se Gal

    1791 : Châtillon et Saint-Aubin (1ère partie)....

     

    Séance extraordinaire du 26 janvier 1791.

    Cette séance a été convoquée extraordinairement aux fins d’entendre M. Bujaut membre du directoire du district de Châtillon et député par le Directoire. Il a remis sur le bureau une lettre de ce district qui constate que quatre-vingts habitants de la paroisse Saint-Aubin ont été armés de bâtons, les menaces jusque dans le lieu de leur séance. Cette lettre finit par annoncer que ledit sieur Bujaut expliquera le surplus de cette émeute.

    Ce député aussitôt a dit : le vingt quatre janvier sur les quatre heures et demie du soir on entendit frapper à la porte du local du district, avec violence ; le procureur-sindic sortit pour ouvrir la porte et demanda à ces différentes personnes ce qu’elles vouloient. On dit qu’on vouloit présenter une requête. Un moment après dix hommes entrèrent et furent bientôt suivis de cinquante à soixante autres qui se dirent de la paroisse de Saint-Aubin et qui commencèrent à injurier le procureur-sindic et à le menacer. Le procureur-sindic s’esquiva par les soins du juge de paix de Châtillon. Les mutins tournèrent alors leur fureur contre le sieur Bujaut qui se trouvoit  en ce moment seul au directoire et lui dirent en l’injuriant à son tour, si tu ne payes pas notre curé f… gueux et si tu ôtes tout à notre seigneur, de quoi de nous fera-t-on travailler, et de quoi vivrons nous. Le sieur Bujaut chercha à appaiser ces mutins en leur assurant qu’on n’avoit pas vu leur curé ; mais ils continuèrent, dirent que leur curé ne prêteroit pas le serment et qu’ils n’auroient plus de prêtre pour les confesser. Alors la rumeur augmenta ; on parla de couper les administrateurs en deux et de leur arracher les tripes pour les enivronner autour de leurs bâtons, et l’on crioit : qu’on ne s’attende pas à vendre les biens des curés. Le sieur Bujaut fut saisi au collet par un homme qu’il reconoitroit s’il le voyoit ; mais il fut délivré par le juge de paix de Châtillon qui venoit d’être nommé le jour même.

    On le poursuivit ; il rencontra le sieur Perrinet maire et curé de la trinité, le curé de Saint-Pierre et le sieur Poupard administrateur du département, aux quels il dit : messieurs, arrêtez ces gens là. Toujours poursuivi, le sieur Bujaut se sauva enfin dans une auberge et en ferma la porte pour mettre sa vie en sureté. Les poursuivants restèrent à la porte un instant, et le juge de paix parvint enfin à les disperser. Le procureur de la commune de St Aubin ayant voulu pacifier ses concitoyens, il courut lui-même des risques imminents.

    Ce rapport fait, le sieur Bujaut a signé et s’est retiré. Signé Bujaut.

    Sur quoi délibérant, le directoire du département des Deux-Sèvres ferme dans ses principes et n’ayant rien de plus à cœur que de faire exécuter la loi par tous les moyens qui sont en son pouvoir,

    Considérant que par la lettre du district de Châtillon et par le rapport du sieur Bujaut, il est urgent d’arrêter ces premiers désordres et que d’ailleurs les troubles qui ont déjà eu lieu à Bressuire, exigent un prompt secours, a arrêté, oui le procureur-général-sindic, que le commandant du régiment de Royal-Lorraine sera requis d’envoyer un détachement de son corps composé de trente hommes, pour aller rétablir le calme dans le district de Châtillon.

    Que le dit commandant sera prié de faire partir ce détachement, (le) vingt-huit du présent, pour se rendre coucher à St Maixent, le vingt-neuf à Parthenay, le trente à Bressuire et le trente et un à Châtillon où il séjournera jusqu’à nouvel ordre.

    Qu’il lui sera fourni l’étape dans les différents lieux où il s’arrêtera.

    Que les brigades de maréchaussée et les gardes nationales voisines seront tenues de marcher et de se joindre aux troupes de ligne sur la réquisition du directoire du district de Châtillon.

    Que le procureur-sindic de ce district sera tenu de dénoncer, dans le plus court délai, les faits inscrits dans la lettre de ce district et dans le rapport du sieur Bujaut, pour le procès être fait aux auteurs des troubles, selon la rigueur des loix ; qu’à cet effet l’assemblée nationale sera suppliée de nommer le tribunal de Parthenay pour juger en dernier ressort les prévenus et informer contre tout…

    Fin du procès-verbal manquant.

    A suivre…

     

     

     


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    Le cimetière de Bouillounouse…

     

    NIORT

    LE CIMETIÈRE DE BOUILLOUNOUSE

     

     

     

    Dans la séance du Conseil Général de la commune de Niort du 25 mai 1792, un membre ayant fait observer que depuis longtemps on demandait la translation dans les dehors de la ville des cimetières alors existant (1), une  commission fut nommée pour rechercher et proposer des terrains convenables à cette destination, et on choisit pour en faire partie Piet, médecin, Coudert-Prévignaud, curé de Notre-Dame, Frigard, curé de Saint-André, et Lassaigne, officier municipal.

    Dans la séance du 11 janvier 1793, le Conseil désigne les citoyens Grosgrain et Pillot (vicaire de N.-D.) à l'effet de trouver un terrain propre à y placer le cimetière de la paroisse de Notre-Dame et charge les citoyens Dumesnil et Busseau d'une mission analogue pour la paroisse de St-André.

    Le 30 brumaire an II, le Conseil décide que les tombes qui sont dans les anciens cimetières "seront renversées et réservées pour le service de la République".

    Dans la séance du 2 frimaire, le conseil arrête que désormais nul ne pourra être enterré "dans l'intérieur de la ville" (Cette décision ne put avoir d'effet qu'après le 5 ventôse an II). On nomme Guillemeau jeune, procureur de la ville de la commune, à l'effet de se concerter avec le comité de surveillance pour trouver les fonds nécessaires à l'achat de "deux locaux" destinés à servir de cimetières.

    L'idée d'avoir deux cimetières fut bientôt abandonnée. Dans la séance du 24 nivôse, le conseil entend le rapport des citoyens Massé et Grosgrain, experts chargés de visiter un terrain désigné pour servir de cimetière, et arrête que le bureau municipal sera autorisé à faire toutes démarches nécessaires pour se procurer ledit terrain et un "passage commode pour y arriver".

    Sur ce, l'agent national de la commune fait un réquisitoire et l'affaire est portée devant le district de Niort (les registres du district de Niort paraissent avoir péri dans l'incendie de 1805), qui la renvoie au directeur de la régie pour avoir ses observations. Le directeur considérant que le terrain proposé ne pouvait être aliéné que suivant les formes prescrites par la loi, proposait, le 17 pluviôse, de prendre en son lieu et place, le jardin du ci-devant couvent de St-François, dont la maison sert provisoirement d'hôpital militaire (2), regardé par lui comme infiniment "plus propre tant par son sol que par la commodité et provenant d'un bien national (3)". Au dossier était joint le rapport des experts Massé et Grosgrain, "malheureusement perdu".

    Le chef de la régie consulté, le Directoire du district de Niort prit le 28 pluviôse la délibération suivante :

    « Considérant combien il serait dangereux de continuer les inhumations dans les cimetières qui sont dans le sein de cette commune, qu'il est prouvé que les exhalaisons des corps putrides qui condensent l'atmosphère, sont les principales causes des épidémies etc., etc., ouï l'agent national estime qu'il y a lieu :

    1° De concéder à la municipalité de Niort le terrain désigné par les commissaires Grosgrain et Massé pour faire un cimetière ;

    2° De l'autoriser à prendre dans le terrain voisin des pierres pour clôre ledit cimetière ;

    3° Enfin de lui accorder les fonds nécessaires pris dans tel caisse qu'il appartiendra etc., etc., etc. »

     

    En somme, la municipalité avait choisi comme propre à faire un cimetière suffisamment éloigné des habitations, un champ dépendant de la métairie des Grandes Roches, appartenant ci-devant à Lauzon émigré (Joachim-Augustin de Lauzon) ; elle désirait être autorisée à prendre pour le clore des pierres dans le terrain voisin (il est probable que ce terrain appartenait encore audit émigré), et demandait des fonds pour le tout. On voit qu'il n'est déjà plus question d'un "passage" desservant le futur cimetière, nous verrons bientôt qu'il n'y en eut jamais.

    Le Ier ventôse, le 2e bureau du Directoire du département prenait à son tour la délibération suivante qui clôt la série des formalités :

     

    « L'administration du département des Deux-Sèvres,

    Considérant que la sollicitude de la municipalité de Niort pour opérer le changement de ses cimetières, mérite la plus grande attention et prouve son zèle à faire jouir les habitants de cette commune d'une bonne police, notamment d'un air salubre ;

    Considérant que le terrain désigné par les délibérations prises à cet égard par la municipalité est reconnu par des gens de l'art propre à l'établissement dont il s'agit, ainsi qu'en justifie le procès-verbal joint aux pièces ;

    Considérant que le sujet de la pétition de la municipalité de Niort, est d'une importance telle que le moindre retard qu'éprouverait sa jouissance ou l'aliénation en sa faveur du domaine demandé, pourroit faire manquer le but qu'on se propose, occasionneroit des maladies sans nombre par le mauvais air qui se répandroit dans cette commune où la quantité des morts est considérablement augmentée par les troupes et les hôpitaux militaires qui y sont ;

    Considérant qu'attendu les droits des créanciers qu'il est de justice de conserver, le terrain demandé étant un domaine d'émigré ne peut dans les principes être aliéné que d'après les formes prescrites par la loi ;

    Considérant que le local indiqué par le directeur de la Régie n'est pas propre à l'établissement dont est question tant par sa position que par la nature du sol.

    Et d'après différentes considérations établies dans les arrêtés pris à cet égard par le district de Niort,

    Arrête qu'il y a lieu à autoriser la commune de Niort à faire l'acquisition du "champ" dont est question sur le pied de l'estimation qui en sera faite par experts nommés et suivant les formes prescrites par les loix sur l'aliénation de tels fonds en faveur des communes et tout autrement ainsi  qu'il appartiendra, que pour cet effet la municipalité de Niort se pourvoira auprès de la Convention Nationale ou de son comité d'aliénation.

    Et vu l'urgence, ladite commune est dès cet instant provisoirement autorisée à jouir du domaine dont il s'agit pour lui servir de cimetière sauf à fixer par suite l'indemnité qu'il convient accorder au fermier de la métairie des Grandes Roches pour la non jouissance de ce terrain qui en fait partie.

    Arrête au surplus qu'il n'y a pas quant à présent lieu à délibérer sur les autres demandes de la municipalité de Niort tendant à être autorisée à prendre dans le terrain voisin des pierres pour clôre ledit cimetière et obtenir les fonds pour ce nécessaires.

    Ont signé : Faucher, Bernardin, Guilbaud, Sauzeau, Fribault, Piet fils, Morand, secrétaire général. »

     

    Ainsi, on en est venu à l'occupation temporaire d'un champ sans clôture, non contigu à une voie publique et sans passage sur le terrain qui l'en sépare.

    En un mot, le cimetière de l'an II est une véritable "voirie", le terme n'est pas de nous comme on le verra.

    L'affaire se poursuit avec rapidité.

    Le 5 ventôse an II, le Conseil de la commune décide :

    1° Qu'injonction sera faite à tous les citoyens de la commune et aux administrateurs des hôpitaux de faire transporter DÈS CE JOUR (23 février 1794) tous les corps morts au lieu choisi et accepté par le département et le district, que proclamation en sera faite, qu'il sera écrit aux administrateurs pour les en instruire ;

    2° Qu'il sera enjoint aux fossoyeurs de creuser des fosses de cinq pieds au moins ;

    3° Que le prix des fosses sera de 2 lt pour les grandes personnes et d'une livre pour les enfants au-dessous de dix ans ;

    4° Qu'il sera fait un corbillard peint aux trois couleurs sur lequel il sera écrit en gros caractères : "Je rends à la terre ce que j'en ai reçu". Que ce corbillard sera amené à l'hôpital général, que le prix du transport sera de 3 lt pour les citoyens aisés seulement et que les pauvres seront transportés gratis.

    Dans la séance du 23 ventôse, le Conseil choisit Dillé fils pour faire les fosses et transporter les cadavres au nouveau cimetière, lui seul devait en être chargé. Le prix du transport est fixé à 4 lt pour les citoyens aisés. Le prix des fosses reste fixé à 2 et à 1 lt suivant l'âge des décédés.

    Séance du 25 floréal. Il est donné lecture d'une lettre du Comité révolutionnaire qui demande que l'on fasse enlever des ci-devant cimetières les tombes portant la marque du fanatisme.

    Sur les observations faites par quelques membres que les pierres tombales étaient destinées à l'établissement d'une "boucherie" (4), le Conseil arrête que l'on attendra le rapport des commissaires.

    Le 20 prairial les experts font un procès-verbal d'estimation de l'indemnité due à GABRIEL SAUQUET, fermier des Grandes Roches pour un terrain de cinq boisselées faisant partie du domaine des Roches, alors ensemencé en froment, qui a été pris pour servir de cimetière et l'évaluent à 300 francs qui devront être payés par l'administration municipale.

    Gabriel Sauquet ne recevant rien, adressait une pétition sans résultat au Directoire du département le 9 germinal an VI.

    Une lettre du maire de Niort au préfet Dupin, du 4 thermidor an VIII, nous montre qu'à cette date la commune de Niort n'avait encore payé aucun frais de location. On y trouve un effrayant tableau du terrain de Bouillounouse :

     

    "Un champ ouvert de toutes parts fut désigné pour être la sépulture commune de toute la ville. Ce champ enlevé sans aucune forme légale à son propriétaire, n'a pu devenir une propriété de la commune qui n'en a jamais payé ni fonds, ni location. Privé de chemin pour y parvenir, sans clôtures, sans signes de démarcation qui en fixe les bornes, il ne présente que l'aspect d'une "voirie" où les cadavres enfouis pêle-mêle dans un terrain pierreux, sont exposés à la rapacité des chiens et des loups. Vous avez été à portée de vous convaincre par vos propres yeux de la honteuse nudité du local et de l'irréligieux abandon où sont livrées les cendres de nos concitoyens ; vous avez sollicité vous-même une sépulture commune plus décente et j'ay repris sous vos auspices ces soins pieux dont je m'étais occupé pendant ma première administration (5)."

     

    Il est difficile de savoir si Sauquet fut jamais désintéressé. Pour ce qui est du projet du maire, il était loin encore de sa réalisation. Après la fin des guerres de Vendée, (1800), Niort cesse d'être encombrée de troupes, de prisonniers et de malades ; en 1801, le Condordat amène la paix religieuse et l'on enterre toujours dans le champ de Bouillounouse !

     

    De Lauzon revenu de l'émigration, avait trouvé ses biens vendus, les Grandes Roches cependant lui restaient encore, grâce peut-être à l'occupation soi-disant temporaire par la commune de Niort, du terrain où elle enterrait ses morts, créant une situation difficile à débrouiller.

    Une lettre du maire Barré de Montigny, du 23 pluviôse an XII, à lui adressée, semble répondre à diverses réclamations, notamment au sujet du champ de Bouillounouse :

     

    « De Delauzon, propriétaire à Niort,

     

    Monsieur, la République s'étant emparé de l'actif des communes jusqu'à concurrence de leur passif, à la charge d'acquitter leurs dettes, c'est au gouvernement que vous devez vous adresser pour obtenir la rente de 16 lt qui était due à feue madame votre mère par la commune de Niort (Nous croyons cette rente étrangère à l'occupation du champ de Bouillounouse. Peut-être faut-il cependant conclure de cette réponse que le gouvernement aurait dû payer la location résultant de l'occupation de ce terrain ?).

    Quant à votre terrain de Bouillounouse servant actuellement de cimetière, vous pouvez espérer de l'avoir à votre disposition d'ici à trois mois. J'ai déjà donné des ordres pour terminer les travaux du nouveau cimetière, ils sont en pleine activité ...

    Quant à la contribution foncière du terrain de Bouillounouse, il ne serait pas juste que la commune en payât la totalité, attendu que votre métayer jouit d'une portion de ce terrain depuis quelques années et qu'il l'a cultivé, ensemencé et récolté. Je consens volontiers à acquitter le prorata de la portion qui est restée en cimetière.

    J'ai l'honneur de vous saluer,

    Signé : DE MONTIGNY. »

     

    Cette lettre nous montre Sauquet las de toujours réclamer sans rien recevoir, reprenant les portions de son terrain où l'on n'inhumait plus, sans doute depuis que Niort était débarrassée de sa population flottante.

    Le cimetière dut rentrer alors dans les limites du terrain vague de cinq boisselées, objet du traité de la ville avec le fermier des Roches, en date du 20 prairial an II.

     

    On y enterra jusqu'au 23 messidor an XII (12 juin 1804), jour où le clergé des deux paroisses, réuni à Notre-Dame, vint prendre à l'hôtel-de-ville, à six heures du soir, le maire, les autorités civiles, judiciaires et militaires et tous les fonctionnaires et employés du gouvernement, et bénit en grande pompe le nouveau cimetière, le plus ancien de ceux qui subsistent à l'heure actuelle. Le maire avait prié le commandant de place de fournir un détachement de 50 hommes armés, avec les trompettes du 22e régiment de chasseurs, et d'inviter les officiers de la garnison à se réunir au cortège.

    Cette inauguration solennelle avait pour but de réagir contre le déplorable abandon du précédent cimetière. "Il est temps, disait le chef de la municipalité dans ses lettres de convocation, de rendre le dernier asile des vivants, respectable. Il serait aussi bon à désirer, pour la décence et pour les moeurs, de renouveler les anciennes et pieuses institutions où un corps mort était toujours accompagné à son tombeau par ses parents et ses amis. Ils n'auront plus à rougir de suivre leurs obsèques quand le local aura été sanctifié."

    Une croix avait remplacé "le monument simple proportionné aux moyens pécuniaires de la commune, entouré de 4 cyprès et de 4 saules pleureurs", que l'on s'était tout d'abord proposé d'élever au centre du nouveau champ des morts. Il ne s'agit plus que d'un cimetière catholique, Bouhier, curé de Notre-Dame, le dit longuement dans le médiocre discours prononcé à cette occasion.

    Le maire (Barré de Montigny, maire après Brisson, du 1er vendémiaire an XII au 18 mars 1807) nous a montré le défunt conduit à sa dernière demeure sans aucun cortège, le prêtre nous apprend à son tour que dans le champ des Roches, rien n'indiquait le lieu où on le déposait. "Il était douloureux de ne pouvoir venir apporter sur la tombe de ses proches, dont on ne pouvait plus connaître absolument la sépulture, le tribut de prières que réclame la tendre amitié. Cette vaste enceinte va devenir un asile assuré à tous les fidèles catholiques, pour recevoir les dépouilles de leur mortalité".

     

    L'histoire du cimetière de Bouillounouse est finie. Nul doute que le fermier Gabriel Sauquet n'ait bientôt partout promené sa charrue. Il n'en fallut pas davantage pour détruire les derniers vestiges de cette triste fosse commune sans clôtures et sans monuments, où Niort déposa ses morts, du 5 ventôse an II au 23 messidor an XII (23 février 1794 - 12 juin 1804), c'est-à-dire pendant plus de 10 ans, et qui ne reçut pas moins de sept mille cadavres (6). Une délibération du 3 brumaire an IX, relative au nouveau cimetière déjà depuis longtemps projeté, nous montre le Conseil municipal non moins empressé de faire oublier le local choisi pour les inhumations "dans un temps dont il convient d'effacer jusqu'aux moindres souvenirs".

    Le procès-verbal dressé par les experts Massé et Grosgrain en l'an II, eût pu nous renseigner sur la situation exacte du cimetière de Bouillounouse, les recherches réitérées faites aux archives de l'hôtel-de-ville de Niort n'ont fourni aucune indication sur ce document.

    M. Antonin Proust semble attribuer aux seuls suppliciés les inhumations faites, d'après lui, dans un terrain situé tout près de la fontaine de Bouillounouse, sans avoir pu reconnaître, dit-il, qu'elles en étaient les limites.

    M. de Lastic St-Jal a cru à tort qu'un vaste terrain dépendant des Grandes Roches, avait été acquis par la commune de Niort. "Un champ fut, dit-il avec plus de raison, l'unique lieu de repos de tous les trépassés."

    On a parlé, sans doute à tort, d'ossements découverts dans les terrains de Bouillounouse, lors de l'établissement de la ligne de Bordeaux à Paris (7).

     

    Les bouleversements qu'a subis l'ancienne ferme des Roches par suite de l'ouverture de deux voies ferrées, de la création du second cimetière inauguré en 1869, et du percement du prolongement de la rue Terraudière n'ont pas peu contribué à anéantir toute tradition du cimetière de l'an II. Nous commencions à désespérer d'en retrouver la trace, lorsque notre ami, M. Dupont, juge au tribunal civil, nous engagea avec beaucoup d'empressement à consulter un rapport relatif aux travaux du nouveau cimetière, présenté par lui au Conseil municipal de Niort dans la séance du 21 avril 1871.

     

    Ce rapport est précédé d'un intéressant historique. On y voit notamment qu'après la vente des trois anciennes sépultures paroissiales, en l'an X, on créa un nouveau cimetière "sur le côté Est de la propriété appartenant en 1871, à M. Lafeuillade" ; c'est-à-dire à droite du boulevard qu'on désirait alors établir et au pied de la ligne de fer.

     

    "On désigne encore cet endroit comme l'ancien cimetière des suppliciés ..." (8)

    "Il y a trois ans environ, le propriétaire actuel de ce terrain le fit défoncer. Ces fouilles amenèrent la découverte d'un grand nombre d'ossements qui ne furent pas recueillis, on pourrait encore trouver sous ces remblais les restes de quelques membres de nos familles."

     

    M. Dupont a bien voulu me guider sur les lieux ; l'ancien cimetière est aujourd'hui recouvert par d'énormes déblais. Il occupait le fond de la vallée, au sud de la rue Terraudière prolongée, au point où elle s'infléchit à la rencontre du chemin de fer.

    Mme Lafeuillade se souvient parfaitement de la découverte des ossements au lieu indiqué dans le rapport. Elle ajoute que le cimetière se prolongeait sous le remblai de la voie.

    En se rapportant au cadastre, on voit que ces sépultures correspondent au n° 343 de la Section H, en partie sous la ligne de fer. Ce terrain, autrefois en jardin, n'a qu'une contenance de 30 ares 70. Or, nous savons que le cimetière de l'an II en avait 75. L'excédent doit avoir été pris en remontant la vallée sur le n° 344 qui est contigu et comprend 1 hectare 42-40, ce terrain est aussi en partie sous la voie.

    Les revers de la vallée étant beaucoup trop pierreux pour servir de cimetière (9), on avait pris le fond du vallon où la couche arable atteint 2 mètres d'épaisseur. Le n° 338, contigu en aval au n° 342 où les ossements ont été découverts, touchait aux bâtiments de la ferme, raison pour laquelle il ne dut pas être choisi. On n'y signale d'ailleurs aucune trace de sépultures (10). Tous ces terrains proviennent de l'ancienne ferme des Grandes Roches, qui des de Lauzon passa à la famille Sauquet.

    Les bâtiments furent acquis par la ville le 1er septembre 1869, la ferme avait été littéralement anéantie par l'ouverture des deux voies de fer et la création du nouveau cimetière et du boulevard (11).

     

    "Un cadavre ...

    Sans cortège, sans deuil, s'avance solitaire,

    C'est ainsi parmi nous, qu'on rend l'homme à la terre !

    ... Maintenant inhumé sans la pompe touchante

    Qui suivait le mortel dans la tombe endormi,

    On dirait qu'il n'eut pas un parent, un ami !

    A-t-il perdu ses droits en perdant la lumière ?

    N'est-il point un respect qu'on doive à sa poussière ?

    ... Mais appelez du moins autour de nos débris

    Et la douleur d'un frère, et les larmes d'un fils.

    C'est le juste tribut où nos mânes prétendent,

    C'est le culte du coeur que surtout ils attendent."

    G. LEGOUVÉ (La Sépulture, an V)

     

    Extrait : Les cimetières de Niort - Léo Desaivre – 1896

     

    Notes :

     

     

    (1) On sait qu'il y en avait trois : les cimetières contigus aux églises de Notre-Dame et de Saint-André et le cimetière extérieur de Notre-Dame, situé hors de la Porte St-Jean. Dès le 28 juillet 1790, la société des Amis de la Constitution de Niort avait émis un vœu pour la translation des cimetières hors les murs.

     

    (2) On sait que les Hospitalières s'étaient établies dans l'ancien couvent des filles de St-François par elles rebâti pour en faire un hôpital, il eut donc été plus exact de dire le ci-devant couvent des Hospitalières. L'ordre d'expulsion des Hospitalières de leur couvent est du 27 mars 1793.

     

    (3) Le terrain pouvait être propre aux inhumations mais l'idée de créer un cimetière au milieu d'un hôpital est d'autant plus singulière que l'on fermait au même moment le cimetière extérieur de Notre-Dame, situé en face de l'hôpital général, à cause de sa trop grande proximité.

    (4) Il est douteux que cela ait été fait. On voit encore plusieurs de ces tombes utilisées comme boutisses dans les clôtures des presbytères de Notre-Dame et de Saint-André. La portion du cimetière de St-André sur laquelle se trouve le presbytère de cette paroisse n'a été vendue qu'en l'an X, et la cure de Notre-Dame ne date que de 1825. D'autres tombes restèrent longtemps enfouies dans le sol des trois cimetières. Le plus grand nombre paraît avoir été employé à couvrir les égouts à une certaine époque qui nous est inconnues Les deux occupations de Niort par les protestants ne doivent pas avoir laissé subsister de tombes anciennes. Celles du cimetière intérieur de Notre-Dame, voisin de la partie la plus exposée des remparts lors du siège de 1569, ont dû notamment servir à boucher les brèches.

     

    (5) Arch. de l'Hôtel-de-Ville de Niort. Correspondance du Conseil de la commune (7 vendémiaire an VII - 7e complémentaire an VIII). Cette lettre est d'Augustin-Antoine Brisson, docteur en médecine, installé comme maire par le préfet Dupin, le 30 germinal an VIII, en charge jusqu'au 1er vendémiaire an XII, et précédemment président de l'administration municipale du 1er floréal an VI, au 1er floréal an VII.

     

    (6) Ce chiffre doit être bien près de la vérité. Du 20 septembre 1792 au 1er vendémiaire an XI, le nombre des décès s'élève à plus de 7.400. Il faudrait retrancher de ce total les décès de l'an I et de l'an II, jusqu'au 4 ventôse (15 février 1794), soit un an et 5 mois environ et y ajouter tous ceux de l'an XI, des 9 premiers mois de l'an XII et même des deux tiers du 10ème (messidor).

     

    (7) M. Modelski, ingénieur en chef du département de la Charente-Inférieure, sous la direction duquel fut exécutée cette portion de la ligne, nous a assuré qu'on n'y découvrit aucune trace de sépultures. Si le souvenir est exact, on doit donc l'appliquer à l'établissement du chemin de fer de Poitiers à La Rochelle et à Rochefort.

     

    (8) Ainsi le cimetière de l'an II n'était plus pour le public que l'ancien cimetière des suppliciés. Nous avons vu que cette désignation avait été connue de M. Antonin Proust, que le nom de Bouillounouse, donnée au cimetière, a induit en erreur sur sa position. Il s'agit, en effet, de la vallée en aval de la fontaine et non de la source elle-même.

     

    (9) On sait que les terrains du nouveau cimetière n'ont pu recevoir de sépultures qu'après avoir été défoncés et même recouverts d'humus.

     

    (10) Les eaux de Bouillounouse ont envahi l'hiver le bas de l'ancien cimetière de Belle Lune jusqu'aux travaux de canalisation. On voit dès lors que ce grave inconvénient ne détourna point encore du choix du fond de la vallée.

     

    (11) Rue Terrraudière.

     

    Sur le cadastre de 1809 : l’ancien cimetière.

    Niort : le cimetière de Bouillounouse....

    Sur le cadastre de 1846 : les parcelles indiquées comme étant celles des « suppliciés » avec les limites possibles du cimetière marquées d'une croix rouge.

    Niort : le cimetière de Bouillounouse....

    De nos jours sur l’IGN, à nouveau cimetière...

    Niort : le cimetière de Bouillounouse....

     

    RL

    Septembre 2017

     

     


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