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    Encore un plan contre la Vendée…

     

    Nous avions vu ici un curieux plan contre la Vendée. En voici un autre, tiré de la même source (1) et qui ne manquera pas de faire sourire par son emphase et par les mesures qui sont préconisées. Les thèses complotistes de l’époque y fleurissent à souhait, cependant on accordera au moins à son auteur le mérite d’avoir compris l’intérêt de la liberté religieuse dans l’Ouest, seule manière viable de mettre fin au conflit.

    Le site des Archives de Vendée nous le présente comme pouvant dater du début de l’année 1795. L’auteur de ce rapport est un mystérieux citoyen Bouillard, sur lequel nous n’avons aucune information à ce jour.

    RL

    Février 2018

     

     

    « Projet tendant à terminer d'une manière irrévocable la guerre des Chouans et des Vendéens. 

     

    Encore un plan contre la Vendée, par le citoyen Bouillard....

     

    « Tout citoyen étant obligé de servir son pays, seroit, à mes yeux, bien coupable de ne pas éclairer ses législateurs lorsqu’il a consçu des idées qui peuvent concourir au bien commun. Peu habitué à écrire et moins encore à parler en public, je n’en ai pas moins cherché à me faire instruire des causes de la guerre cruelle des Chouans et des Vendéens. Elles m’ont fourni les réflexions que je vais vous soumettre. Je m’en acquitterai sans passion, n’ayant d’autre but que devoir terminer, d’une manière victorieuse, une guerre cruelle qui depuis trois ans fait couler le sang françois.

    Les Chouans n’ont été d’abord qu’un reste de Vendéens échapés de la déroute du Mans. Ils n’eussent jamais existé, si le monstre sanguinaire (Carrier) eu voulu les sauver du désespoir ; mais non, avide de sang et de carnage il fit mourir tous ce qui vint mettre bas les armes. Ils durent chercher leur salut dans la fuite ; ils le firent. L’habitant des campagnes leur refusa secours et protection, ce fut dans les forests qu’ils allèrent se cacher. Ceux des jeunes citoyens, que votre décret du 23 août 1793 appelloit à servir leur patrie, allèrent dans leurs repaires et bientôt ils s’assimilèrent à eux par leur brigandage nocturne, ils égorgèrent impitoyablement ceux de leurs concitoyens qu’ils appeloient patriotes ; les maires et officiers municipaux furent leurs premières victimes ; peu avant la chute du tiran, un arrêté des représentants du peuple en mission dans nos départements permit à ces jeunes citoyens de rentrer dans leur famille, ils reparurent aussitôt, mais leur cœur étoit gangrené, leurs mains teintes de sang se refusèrent pour la plupart au travail ; la crainte du chatiment où le remord les poursuivoit sans cesse. Leurs anciens compagnons de leurs crimes qui j’ose le croire n’étoient pas les leurs, aidés de quelques émigrés vinrent bientôt les relancer, à l’imitation du scélérat Robespierre il mirent dans les campagnes la terreur à l’ordre du jour ; le paisible habitant fut sommé sous peine de mort de se réunir a eux a tel ou tel signal. L’exemple suivit de près la menace car tout ce qui fut soupçonné de n’être pas leur partisan fut impitoyablement égorgé. Ce fut dans ce moment là que la Convention nationale proclama une amnistie en faveur des Vendéens. Les chefs de cette horde impie se montrèrent et demandèrent à en profiter, comme les Vendéens, de l’aministie. Il osèrent même demander à communiquer avec les chefs de la Vendée, on le leur refusa. Bien assurés que ceux-ci alloient profiter du décret, les Chouans se virent perdus ; alors ils tentèrent des voies de communication avec la perfide Angleterre, ils y réussirent. Il ne manquèrent pas sans doute d’insinuer aux émigrés qu’ils étoient maîtres de la campagne, qu’ils pouvoient et devoient se réunir à eux. Deux motifs les portèrent sans doute, celui de faire participer du décret d’amnistie tous les émigrés qui passeroient à tems, ou celui de grossir leur nombre s’ils ne pouvoient obtenir la même faveur que les Vendéens. Il paroit que l’Angleterre en décida autrement, elle vouloit les perdre en cherchant à nous perdre et pour cette fois Pitt le monstre Pitt leur a tenu parole en leur donnant des armes et des munitions et les a vomis sur le sol de la liberté. Que n’étoit il lui-même à leur tête l’Europe, au moins en eut été débarassée ! Disons la vérité ; peut-être a-t-on commis une grande faute en faisnat la paix séparément avec ces deux partis ; il s’écoula un laps de tems trop long entre celle des Vendéens et celle des Chouans pendant que les uns étoient en pourpalers, les autres agissoient. Les routes furent interceptées ; toute la campagne fut mise en pleine insurrection, le nombre des émigrés se grossit, des têtes exaltés, des terroristes, des jacobins enfin vinrent prendre parti avec eux. Ce fut dans ce moment que les pourpalers s’établirent à Rennes ou dans ses environs ; la communication avec Jersey et Guernesey étoit ouverte ; de nouveaux débarqués entrent dans la conférence, ils avoient la certitude des dispositions de l’Angleterre, aussi ceux-ci ne firent qu’une paix platrée et bien résolus de faire lever la campagne dès que le débarquement promis paroîtroit. L’arrestation de Cormatin les fit pâlir, mais Pitt ayant leur parole pour cette fois, ils ont avec les armes de Robepierre (la Terreur) organisé les campagnes de manière qu’au premier signal, il l’ont fait lever et tandis qu’une partie s’est portée au lieu du débarquement, l’autre a inquiété les grandes villes, en leur coupant toute arrivée des subsistances et en égorgeant à toutes mains les voyageurs, et les acquéreurs de biens nationaux. Tous nos terroristes sont avec eux, ne soyons plus étonnés des horreurs qui se commettent, ne rejettez pas sur les habitants des campagnes les fureurs et les brigandages qui s’y exercent. Comme les villes, elles ont besoin d’être purgées de ces monstres, il vous appartient, citoyens, de les déterrer partout où ils se trouveront. Faites leur une guerre à mort comme ils la font à toute la France depuis trois ans ; que dans un mois cette race maudite disparaisse du sol de la liberté, tous les bras vous sont ouverts ! Les braves habitants des campagnes demandent eux même vengeance contre tous ces scélérats. Ils demandent que vous en fassiez un exemple terrible qui comprime tous ceux qui voudroient s’allier à leurs forfaits ou les imiter. Vous le devez, représentants, et si vous ne venez promptement à leur secours, je vous prédis une guerre horrible qui durera plus de vingt ans.

    Avant de passer aux moyens que je crois propres à terminer la guerr des Chouans et des Vendéens, il convient de vous faire part de mes réflexions par rapport aux émigrés, puisque dans mes moyens je ne puis me passer de parler d’eux. Je suis loin de vouloir ici prendre leur défense, elle ne peut être dans mon cœur, ils sont la cause des maux de notre malheureuse patrie. Si d’un côté je m’appesantis sur tous leurs crimes, de l’autre je vois que le désespoir de la misère les portera toujours à l’esprit de révolte et que tant qu’il en resteroit un on auroit toujours à punir. Leurs descendants jusqu’à la quatrième génération seroient toujours disposés à profiter des moindres révoltes qui tenderoient au rétablissement de la royauté et ne seroient pas des derniers à exercer des vengeances qu’ils croiroient légitimes. Tout émigré doit être bani pour toujours du sol de la liberté s’il a porté les armes contre sa patrie et pendant la guerre les revenus de ses biens doivent servir aux frais qu’elle nécessite ; mais par un principe de toute justice les enfants ne devant jamais supporter ni être les victimes des fautes de leur père ceux-ci à la paix doivent rentrer dans les biens de leur père s’ils sont morts, ou y avoir une part proportionelle à celle à laquelle ils prétenderoient à leur majorité, s’ils sont vivants. Quel émigré qui ne sera pas convaincu d’avoir pris part à la guerre, qui n’aura passé dans l’étranger que pour éviter la fureur des partis puisse rentrer à la paix dans ses biens et en disposer même s’il veut rester où il est ; tous les françois tous les amis de la justice et de l’humanité applaudiront à votre décret et verroient comme nous que les émigrés alors auroient intérêts à demander eux-mêmes la paix. Mais direz vous, les buveurs de sang, les jacobins, les terroristes criront que nous voulons le retour de la royauté. Non citoyens, on ne veut pas la royauté pour être juste. La royauté n’aura jamais lieu, si la Convention grande et juste, comme le peuple qu’elle représente, en impose aux scélérats et protège la vertu ; si les décrets ne peuvent plus être altérés soit par des représentants en mission, soit par des administrateurs perfides qui vont toujours au de là de la loi. Témoin encore ce qu’il vient de se passer ici à l’égard des ministres du culte catolique, qui s’étant soumis à la loi sont vexés en exigeant d’eux qu’ils montent leur garde, lorsqu’on leur a promis de ne pas l’exiger d’eux, lors dès que par état ils avoient juré de ne jamais se servir d’aucune arme ; et en souffrant que non seulement leurs temples soient pillés et dévastés, mais encore qu’il y fut fait des horreurs qu’on ne se permettroit pas dans les lieux les plus corrompus et quel tems encore a-t-on pris celui ou ces ministres avoient offert leur temple pour la fête de la justice. N’en doutez pas la liberté indéfinie de tous les cultes est le tombeau de la royauté, elle est le retour aussi des meurs et des vertus privées. Celles-ci caractérisent les républicains. Sans elle, point de meurs et sans meurs l’anarchie. L’anarchie législateurs ! Votre but ne fut jamais de l’organiser ! Vous en avez été aussi les victimes. On vous a parlé d’un culte dominant, rejettez avec courage tout ce qui pourroit vous être proposé à cet égard, ce seroit ressusciter la tirannie.

    La nation en peut être trop grande et trop généreuse aussi je ne puis me de défendre de provoquer un nouvel amnistie en faveur même des émigrés qui peuvent être parmi les Chouans et les Vendéens, qu’il puissent rentrer dans leurs biens. Faites marcher promptement 60 à 80 mille hommes de troupes bien disciplinées à la tête des quelles seront deux représentants du peuple (de ceux qui n’ont cessé de bien mériter de leurs concitoyens) que ces troupes soient réparties de manière à embrasser sur une même ligne tout le pays où commence la chouannerie. L’amnistie proclamé à la tête des troupes par les représentants du peuple portera qu’à compter du jour de sa proclamation toutes les communes des campagnes de tels et tels départements sont déclarées en rébellion : 1° si dans le mois chaque commune n’est pas organisée en gardes nationales et n’a pas envoyé au directoire de son département le contrôle de son organisation ave celui des armes. 2° si elle n’a pas complété le nombre de ses officiers municipaux. 3° si ceux-ci aussitôt leur nomination n’ont pas en présence d’un commissaire du département fait prêter serment de fidélité à la république aux gardes nationales, les quelles ne devroient être composées que de fermiers, cultivateurs et propriétaires d’un bien égal à un revenu annuel de cent livres valeur métallique, avec injonction aux officiers municipaux de faire désarmer de suite tous ceux qui non appelés au service de garde nationale auroient des armes. Ces armes devront être portées au directoire du département qui sera tenu de faire payer de suite au propriétaire  un prix qui sera fixé. Seront tenus les officiers municipaux de faire faire le recensement exacte de la population de leur commune, ayant l’attention de désigner dans une colonne tous ceux qui en seroient domiciliés depuis 89 et qui n’y seroient pas mariés, en y insérant le lieu de leur naissance. Tous ceux non domiciliés avant 89 seront tenus de prendre un passeport à la commune et ce trois jours au plûtard après la notification qui leur en sera faite par la municipalité, pour se rendre à celle de leur lieu de naissance s’ils sont cultivateurs ou manouvriers ; on pour le lieu de leur dernier domicile s’ils étoient sortis d’une grande commune où ils exercoient un état ou une profession utile. Tout passeport portera signalement, la qualité du porteur, la route qu’ils sera forcé de tenir et le tems qu’il devras mettre à se rendre calculé à sept lieues par jour. Toutes le municipalités seront permanentes et suivant la population de leur commune elles fixeront un nombre de gardes nationales pour faire le service de jour et de nuit. Tout porteur de passeport sera tenu de faire viser chaque jour son passeport à la commune de sa couchée et ce avant six heures du soir ; tout citoyen qui n’auroit pas rempli cette formalité, ou qui seroit trouvé sans passeport, seroit arrêté de suite et conduit à la municipalité du lieu de son arrestation, qui jugeroit s’il y a lieu ou non à viser ou à lui délivrer un passeport avec enfin à le faire incarcérer et le faire conduire au comité de surveillance du chef lieu de département. A l’arrivée d’un porteur de passeport au lieu de sa destination ; il sera tenu de se présenter à la municipalité et d’y déclarer où il va prendre logement, s’il exerce un métier ou toute autre profession la municipalité lui indiquera autant qu’il sera en elle chez qui il peut se présenter pour avoir de l’occupation et dès qu’il en aura trouvée il se présentera au commissaire de la section dans la quelle il résidera qui prendra son nom, sa qualité et sa demeure. Cet ordre de choses devroit exister dans le moment actuel pour toute la France ; bien certainement il feroit disparoître tous ces perturbateurs du repos public qui ne remuent que parce qu’à chaque instant ils peuvent changer de lieu et se porter dans un mois d’un bout  de la France à l’autre ; d’où il résulte que tel homme ayant assassiné ici va vivre dans l’impunité à 20 lieues plus loin. Il seroit à souhaiter dans ces moments d’orages que toute administration connut bien ses administrés.

    Toutes communes déclarées en rébellion seroit tenue de nourrir et de défrayer les troupes que l’on y enverroit et cependant tout le tems de leur rébellion. Ne seroient point comprises en rébellion celles qui, soit qu’elles eussent satisfaites à ce que devant, soit qu’elles ne l’eussent pas faites par l’impossibilité où elles pourroient avoir été de le faire, viendroient au devant des phalanges républicaines en armes, la crosse haute et demanderoient à marcher avec elles contre les ennemis communs. Seroient ces communes non organisées en gardes nationales, organisées de suite et obligées de désigner les noms des non domiciliés qui ne se seroient pas réunis  à elles. Ceux qui se seroient réunis se conformeroient à la loi en prenant de suite leur passeport et ceux qui ne l’auroient pas faits seroient arrêtés et conduits au comité de surveillance du département. Ceux là qui, au mépris de la loir ayant pris leur passeports ne se rendroient pas au lieu de leur domicile seroient punis de trois années de réclusion et condamnés à être fusillés s’ils sont pris les armes à la mains ou faisant partie d’un rassemblement. Je ne vous ai point dit quels officiers je voudrois que les gardes nationales des campagnes eussent ; c’est cependant essentiel. Il seroit assurément essentiel qu’ils leur fussent donnés mais si vous croyez devoir leur en laisser à leur choix, je voudrois du moins que le commandant de bataillon et chef de division fussent pris dans la troupe de ligne et qu’ils fussent bien choisis. Avec la différence seulement pour les Vendéens que ce qu’ils appellent leur généraux fussent commandants de canton et leur commandants de division commandants de commune. Je sais que ceux-ci sont des monstres qui plus jaloux du pouvoir encore que leurs supérieurs fomentent les esprits en tirannisant les bons habitants des campagnes, mais il faut en politique quelquefois fermer les yeux. Ne pardonner à personne ou pardonner à peu c’est à peu près la même chose. Si on réduit à rien ces êtres ambitieux, ils seront naturellement méfiants, si vous les occupez, vous vous les attacherez. Craindroit-on encore qu’après une telle organisation ils remuassent, non : surveillés les uns par les autres, on atteindroit bien plus facilement le traitre s’il s’ingeroit de le devenir. Dira-t-on mais ils livreront la côte. Je dirai comment la livreront-ils, puisqu’ils ne l’occuperont pas puisque tous ces commandants de bataillon trouveroient un obstacle de suite par leur rivaux qui au besoin marcheroient contre eux. Il faudroit les payer pendant la guerre. D’ailleurs presque tous les Vendéens étoient patriotes de 1789. Il se sont révoltés contre la république quand on leur a fait haïr. Ils ne la connoissent pas, il faut donc la faire aimer. Bientôt ils en seront les partisans.

    Vous vous occupez de nous donner une constitution. Elle est désirée de tous les françois amis des meurs et des vertus ; les scélérats seuls voudroient l’éloigner, parce qu’ils préfèrent l’anarchie au règne des loix. Apprenez encore à ceux-ci à devenir bons et humains, fermez ces aréopages de bandits sitpandiés par Pitt pour alimenter le trouble et le désordre, fomenter les haines et ordonner les massacres. Vous avez fermé  leur repaire à Paris, fermez les dans tous les départements, ce sont des enfants gatés qui couvent sourdement le poison de leur mère. Ils le distilent adroitement dans les veines des foibles qui sans s’en douter servent leur vengeance secrète. Ces flateurs à gage voient déjà dans ceux-ci qu’ils seront portés par eux à la prochaine assemblée. Génie de la liberté, abats de la massue tous ces êtres ambitieux qui ne nous carresent que pour nous étouffer plus surement. Réchauffez ces âmes vertueuses que le malheur a abbatu ! Citoyens, nos départements sont trop dans l’agitation pour recevoir dans ce moment l’acte constitutionnel que vous allez nous envoyer à l’acceptation. Portez la consolation dans nos cœurs, rétablissez la paix dans nos campagnes, car il faut aussi qu’elles reçoivent l’acte consitutionnel. Usez des moyens que je vous indique et je réponds du succès. Je connois l’esprit des campagnes, elles ne voudroient jamais faire renaître la féodalité. Envoyez leur des représentants qui respectent leur opinion religieuse, leur parlent au cœur en leur prêchant l’obéissance aux loix, le respect des personnes et des propriétés, qu’ils reçoivent leur doléance avec humanité, qu’ils secourent les indigents et promettent des encouragements aux cultivateurs. Oui représentants, un jour qu’un tel missionnaire aura passé dans un bourg ou dans un village aura fait plus de prosélites à la république que toutes les courses des Carrier ravageant leur champs et assassinant à toutes mains.

    Alors oui alors nos campagnes, au moyen des forces que vous leur aurez données, ne souffriront plus ces bandes de scélérats qui se sont servis de leurs foiblesses pour vous assassiner. Ils recevront avec des transports de joie l’acte constitutionnel que vous leur enverrez. Leurs ministres leur expliqueront les loix, leur en feront goûter les bienfaits. Ils vous béniront avec tous les amis de l’ordre et de la paix. Alors les puissances étrangères n’auront plus d’espoir de nous diviser, les émigrés traités judicieusement imploreront eux-mêmes le moment de paix générale, au lieu de désirer la mort de tous les françois. Vous aurez, vous fermé toutes les plaies que l’injustice et la cruauté avoient faites avant vous ou sans vous. Croyez vous que ceux qui ont jamais pu imaginer que la confiscation de biens fut légitime étoient les amis de leur pays ? Ils savoient bien que sous le prétexte spécieux d’enrichir la république, ils la ruineroient en lui créant des ennemis. Et quel ennemi plus cruel peut avoir celui qui dépouille un autre que celui qu’il a dépouillé ?

    Les représentants en mission dans les campagnes entendront les plaintes de quelques habitants contre les réfugiés. Il en est de ceux-ci qui certainement ont bien des reproches à se faire, car ils ont en quelque sorte servi les fureurs de Carrier en commandant les massacres de leurs amis et même de leurs parents. Si ceux-ci étoient prudents ils ne demanderoient jamais  à aller dans leur pays et sous aucun prétexte je ne voudroit aucunement qu’on permit à ces réfugiés d’accompagner la troupe quand elle marchera. La privation de leur bien, depuis 4 ans passés, les rend furieux et quoique la nation en ait pris soin ils ne savent pas faire une sacrifice généreux que leur demande le bien public ; ils seroient prêts au contraire à souffler la discordre ; que tous ces réfugiés soient tenus de se retirer dans des communes qu’on leur désignera : que ceux qui ont du bien le vendent pour le porter ailleurs ; leur intérêt le veut, le bien public l’exige car comment celui aura souffert dans sa propriété pardonnera t-il ? Celui qui verra à côté de lui l’assassin de son père, de sa mère de son frère ou de son ami le fera t-il ? Une loi salutaire contre tous les assassins tels qu’ils soient est pressante et juste, et elle éviteroit surement tous les malheurs que je prévois. Tous les homme sont familiarisés avec la mort parce que le supplice n’a rien qui en impose : trouvoit on beaucoup autrefois de voleurs de grands chemins non ; parce que le supplice de la roue étoit effrayant. Il a été aboli parce qu’il ne pouvoit convenir au sistème des dévastateurs de l’espèce humaine, il eut été trop lent ; il a fallu un intrument qui put abattre 30 têtes dans une heure et on a applaudi à cette invention avec antousiasme parce qu’il avoir le mérite de ne pas faire souffrir le condamné. D’autres ont trouvés la canonade, la noyade et la fusilade encore préférables et c’est ainsi qu’avec beaucoup d’humanité on eut fait en peu de notre pays un vaste tombeau. Eh bien citoyens ! L’humanité selon moi consiste à conserver l’espèce humaine, et si tout assassin, voleur de grands chemins ou dans les campagnes étoit exécuté sur une roue dans le lieu ou dans le village le plus voisin du lieu où il auroit consommé le crime et qu’il y fut exposé, bientôt il n’y en auroit plus ; que tous les grands coupables meurent de la même manière qu’il n’y ait d’autre genre de mort et je suis sur qu’il y en aura peu à punir.

    La Vendée eut été tranquille si elle eut été organisée d’après le traité. Les représentants en mission ont été contrariés par quelques hommes dont la soif du butin leur prétoit le coupable désir de voir la guerre recommencer et qu’ils n’ont pas sur apprécier. Quelques mauvais sujets que la République a chassé des postes qu’ils occupoient ont été travailler les chefs. Les réfugiés impatients de retourner chez eux, auroient voulu qu’on alla les y instaler la bayonette en avant. Des postes intérieures qu’on étoit convenu d’évacuer pour tranquiliser les campagnes ont été occupés (**** illisible) été multipliés. On reproche au représentant Gaudin d’avoir voulu ternir la gloire de Ruel en le détournant d’organiser le pays conformément au traité, d’avoir enlevé un de leur chef de division nommé Allard qui s’étoit montré le plus zélé partisan de la paix. Un représentant en mission doit agir et non être un homme à qui on va faire la cour : Gaudin étant dans son pays ne peut faire aucun bien à la Vendée. Au contraire on peut plus facilement le tromper qu’un autre, parce que trop de gens ont accès chez lui. Tout ce qui se passe dans la Vendée ne doit pas faire désespérer d’y établir la paix.

     

    Bouillard

     

    Encore un plan contre la Vendée, par le citoyen Bouillard....

     

    Note :

    (1)  SHD B 5/8-125.

     

     

     


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    1792, vu depuis le Maine-et-Loire (15° partie)…

     

     

    AN F7 3682/1-12.

     

    « Coppie d’une lettre de MM Delaunay et Richard commissaires élus par le conseil général du département de Maine-et-Loire a Cholet, adressée à MM les administrateurs dudit département.

    Cholet le 28 août 1792 l’an 4e de la liberté et le 1er de l’égalité

    7 heures du soir

    1792, vu depuis le Maine-et-Loire (15° partie)....

     

    Citoyens chers collègues

     

    M Boizard arrive de Bressuire, la force armée de notre département qui s’étoit portée se replie et rentre dans ses foyers, nous croyons que les 400 gardes nationales d’Angers et les gardes nationales saumuroises pensent se retirer respectivement dans leurs villes.

    Nous écrivons a nos collègues de Vihiers, que nous soumettons a leur prudence de faire retirer les gardes nationales stationnées a Vezins, Coron, Vihiers et Doué, nous croyons que leur présence devient inutile.

    L’on vient de faire faire le désarmement dans plusieurs paroisses de Vihiers et Cholet, cette mesure étoit nécessaire et même indispensable.

    Nous envoyons a Angers un sieur Baudry régiseur du château de Châtillon, il s’est violemment suspecté d’être l’auteur des rassemblements séditieux, une partie de l’armée patriote qui étoit rangées sous les murs de Bressuire, a établi une cour martiale, rédigé un espèce de procès-verbal et fusillé deux citoyens accusés d’être les auteurs et instigateurs de cette séidtion ; cet exemple est terrible ; cette conduite est hors les termes de la loi, mais dans les grandes crises, les punitions sont toujours promptes et frapantes.

    Dans l’instant arrive la cavalerie nationale de Nantes et les dragons d’Ancenis qui s’étoient rendu à Bressuire, en braves citoyens soldats et soldats citoyens qui ont été reçus avec des transports qui se sentent mieux qu’ils ne s’expriment.

    Tours, Rochefort sur Mer, enfin les départements de l’intérieur se portent encore en forces vers Bressuire, on est obligé de leur envoyer des couriers pour arrêter ces patriotes dans leurs marche.

    Les révoltés avoient des chapelets, les prêtres leur avoient persuadé qu’il n’y auroit a mourir que ceux que dieu appèleroit dans le ciel, on a reconnu parmi les morts, 4 ou 5 révoltés ayant des tonsures, que l’on vienne dure qu’en vain l’on tonne contre les prêtres réfractaires que l’on ose attester qu’il ne sont pas d’accord avec les contrerévolutionnaires d’outre Rhin, alors nous dirons a ces incrédules, aller a Bressuire, voyez la mort et la désolation sous les murs de cette ville et croyez enfin.

    Nous ne présumons plus du mouvemens dans notre département, la terreur a glacé les esprits des malveillans, cependant ces détachements de volontaires nationaux que nous avons portés au longeron et a Mortagne, nous paroissent suffisant avec les gardes nationales de Chalonne stationnées a Gété, Torfou et Monfaucon, et trente gardes nationales de St Florent stationnées a Beaupreau. »

     

    1792, vu depuis le Maine-et-Loire (15° partie)....

     

     


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    Turreau et sa correspondance…

     

    Les documents que nous présentons ce soir sont connus de la plupart des passionnés de l’histoire des Guerres de Vendée. J’ai jugé bon d’y revenir afin notamment d’éclaircir certains faits et tenter de déterminer les culpabilités.

    Turreau est nommé à la tête de l’Armée de l’Ouest le 27 novembre 1793 mais il traîne les pieds et préférait sans doute sa précédente affectation à l’armée des Pyrénées Orientales, quoiqu’il y passa son temps à se plaindre et à dénigrer d’autres généraux. En attendant, c’est Marceau qui va assurer l’intérim. Turreau qui est arrivé à Angers le 14 décembre, sans le prévenir, tarde encore à prendre son poste durant quelques jours. Ce n’est que le 26, une fois l’armée vendéenne écrasée à Savenay, qu’il va assurer pleinement son affectation. (1)

    Le 25 décembre 1793, Turreau demande une première fois au Comité de Salut Public « s’il approuve le plan qu’il a conçu de traverser la Vendée sur douze colonnes pour assurer l’anéantissement total des rebelles. » (2)

    Pas de réponse mais Lazare Carnot le recadre le 13 janvier 1794 et lui rappelle de se hâter « d’exterminer le dernier des brigands » (3).

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « 24 nivose 2ème année de la république une et indivisible

    Le Comité de salut public au général en chef Turreau à Angers. Envoyé par courrier extraordinaire.

    Nous avons reçu, citoyen général, ta lettre du 22 datée d’Angers par laquelle tu nous propose tes observations sur le retour que nous avions ordonnée de plusieurs bataillons de la Charente.

    Le commité ne s’est déterminé à cette mesure que par des considérations de la plus haute importance et tu n’aurois pas du te permettre de suspendre au mépris de la loi l’exécution de cet arrêté car ce sont les infractions de ce genre qui ont occasionné la plupart des revers qui ont affligé la république. Ton armée est considérable, tu n’as plus qu’un très petit noyau d’ennemis à combattre et tu parois vouloir cantonner une partie de tes troupes. Il sembleroit d’après cela que les bataillons de la Charente qui au rapport des députés de ce département sont dans le dénument le plus absolu sans armes, presque désorganisés et qui ne font point partie de la réquisition prescrite par la loi du 23 aout ne te sont pas absolument nécessaires et qu’il seroit indispensable pour en tirer parti à l’ouverture de la campagne prochaine de les laisser aller chez eux se vetir et s’organiser. Cependant, sur tes observations, nous nous décidons à suspendre l’exécution de notre arrêté. Hâte toi du moins d’exterminer le dernier des brigands. »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Pas de signature sur le billet mais on reconnaît facilement l’écriture et les nombreuses ratures de Carnot. Nul de besoin d’être paléographe pour voir qui a écrit cette lettre.

    Le 16 janvier 1794, Turreau relance le Comité de Salut Public avec une lettre restée célèbre dans l’histoire (4) :

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « 27 nivose an 2ond

    Copie de la lettre adressée aux représentants du peuple en date du 27 nivose l’an 2 de la République par le général en chef Turreau

     

    Citoiens représentants

    Lorsque j’ai désiré de vous voir réunis près de moi, je nai point prétendu avoir recours a votre auttorité pour aucuns des détails militaires, mais j’ai voulu que vous déterminiez d’une manière précise la conduite que je devais tenir dans la Vendée a l’égard des personnes et des propriétés… Mon intention est bien de tout incendier, de ne réserver que les points nécessaires a établir les cantonnements propices a l’annéantissement des rebelles mais cette grande mesure doit être prescrite par vous ; je ne suis que l’agent passif des volontés du corps législatif que vous pouvez représenter dans cette partie.

    Vous devez également prononcer d’avance sur le sort des femmes et enfans que je rencontrerai dans le païs révolté. S’il faut les passer tous au fil de l’épée, je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette a couvert ma responsabilité. Je suis loin de présumer que vous vous ussiez exposer a se compromettre celui qui jusqu’ici n’a cessé de bien servir la cause de la liberté. Quand a la réorganisation des auttorités constituées n’importe par qui elle soit effectuée, il est urgent qu’elle s’opère pour ainsi dire derrière mes colonnes. Leur marche sera courte, en huit jours la Vendée doit être battue, tous les rebelles pressés entre moi, Haxo et Dutrui ; et si j’avais adopté une autre marche, j’aurais manqué mon but… Je suis faché que les mouvements de troupes que le citoïen Carrier a ordonnés ayant retardé ma promenade militaire.

    Daignez citoïens représentants, me répondre d’une manière précise ; sans quoi je serais forcé d’attendre pour agir les ordres du Comité de Salut public.

    J’ai eu soin de démentir les mensonges impudents de ceux qui ont prétendu et osé dire à la barre de la Convention nationalle que la Vendée était entièrement détruite

    Pour copie conforme

    Le général en chef

    Turreau »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Ne recevant toujours pas de réponse dudit comité, le 24 janvier il engage sa tête et annonce qu’il a démarré son plan. Les colonnes ont en effet démarré le 21 janvier, pour l’anniversaire de la mort du Roi (5).

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « Turreau, général en chef de l’Armée de l’Ouest, aux législateurs composants le Comité de salut public

    Citoyens représentants

    J’ai commencé l’exécution du plan que j’avois conçu de traverser la Vendée sur douze colonnes, Haxo que j’ai prévenu de ce mouvement a divisé ses forces en huit parties qui marchent a ma rencontre et qui viendront bientôt aboutir a mes deux extrémités, ce qui reste de rebelles ainsi cernés, je croix pas qu’il puisse en échapper, c’est du moins le moyen le plus sure de parvenir a leur parfait anéantissement ; mes colonnes de droite et de gauche aux ordres des généraux Debar, Duval, Grignon, Bouqueret, Cordeliers et Moulins ont déjà fait des merveilles, pas un rebelle n’a échappe a leur recherches, une quantité considérable de grains a été découverte et des ordres aussitôt donnés pour les faire filer sur les derrières, ce surcroit de subistances qu’on ne peut encore calculer offre a l’armée que je commande de très grandes ressources ; j’espère avoir aussi bientôt a vous offrir une collection assez intéressante de vases sacrés, d’ornements d’églises, et autres effets d’or et d’argent que l’on a trouvés très soigneusement cachés ; j’ai recommandé qu’on étende une surveillance particulière sur les armes et les recherches qu’on a faittes a cet égard ont déjà eu quelques succès, enfin, si mes intentions sont bien secondées il n’existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni subsistances, ni armes, ni habitants que ceux qui cachés dans le fond des forets auront échappé aux plus scrupuleuses perquisitions. Car, citoyens représentants, je dois vous observer que je désespère de pouvoir incendier les forêts, et si vous n’adoptez la mesure indispensable et unique que je vais vous proposer, elle serviront long tems d’azile impénétrable a un grand nombre de ces coquins : il faut que tout ce qui existe de bois de haute futaye dans la Vendée soit abattu ; on, en peut faire la vente par l’adjudication a charge de vider le pays dans un tems déterminé, cette contrée ainsi découverte, la liberté des routes sera bientôt rétablie, et nos ennemis anéantis jusqu’au dernier… Je vous invite, citoyens représentants a vous occuper au plutôt (sic) de l’arrêté a rendre a cet égard, de la réorganisation des autorités constituées, des indemnités a ceux dont les habitations sont incendiées, a charge pour eux d’aller habiter une autre contrée, il faut qu’elle soit évacuée en entier par les hommes mesme qu’on croit révolutionnaires, et qui peut estre n’ont que le masque du patriotisme : vous serez sans doutte étonnés de ce qu’il existe encore a faire pour terminer une guerre que depuis trop long temps ou vous a présentée comme une chimère. Je sais combien il est défavorable pour moi d’avoir a combattre des ennemis dont on s’acharne a nier l’existance, mais je ne consulte poinr ma gloire ; l’intérêt public voila mon guide, quand j’aurai fait a ma patrie, dans le grade que j’occupe, le sacrifice de touttes mes facultés, je serai trop heureux, dut on prononcer sur ma conduitte un jugement défavorable.

    Encore un de pris dans nos filets, un nommé Dutréant capitaine d’un corps de cavallerie. Ce rebelles sera demain fusillé par mes odres conjointement avec Mr Mesleux ; notaire royal et apostolique de la paroisse de Jallais dont le fils étoit trésorier de l’armée catholique, et qui lui mesme avoit coopéré de tout son pouvoir aux succès de ses saintes armes, ils ont reconnu avoir fait partie des rebelles.

    Voila, citoyens représentants, la troisième lettre que je vous écris sans obtenir de réponse, je vous prie de vouloir bien me dire si vous approuvez mes dispositions et m’instruire par un courrier extraordinaire des nouvelles mesures que vous adopterez afin que je m’y conforme aussitôt.

    Salut et Fraternité

    Le général en chef

    Turreau

     

    Je ne puis que vous donner ici l’extrait de mes idées sur les opérations a faire dans la Vendée, j’attends les représentants du peuple qu’il est indispensable d’envoyer pour leur en communiquer tous les détails. »

     

    Arrêtons-nous un instant sur les noms des généraux de colonnes « agissantes » dites « bandes infernales » par les Vendéens, puis « Colonnes Infernales » par l’historiographie générale, même si Poirier de Beauvais estimait qu’elles étaient déjà qualifiées de ce terme par les républicains eux-mêmes (6). J’ai noté en gras un nom qui apparaît selon moi comme « Debar ». Savary, qui reproduit cette lettre ne met que la première lettre du nom des généraux.

     

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Il prétexte ainsi : « En réfléchissant à l’impérieuse loi de la subordination militaire, j’ai pensé qu’il convenait de taire les noms des généraux chargés d’exécuter des ordres barbares. Leur correspondance sera indiquée par le numéro des colonnes. Je m’y suis déterminé surtout, parce que quelques-uns d’entre eux, conservés à l’armée, en changeant de chef, ont changé de langage, de principes et de conduite. Aveugle destinée de l’homme réduit à l’état purement passif !..... » (7)

    On pourrait répondre au feu Savary qu’un homme reste un homme, certes, mais que celui qui accepte des ordres pareils et qui, de surcroît les exécute avec plaisir, ne mérite pas la protection de l’anonymat. Le pourtant supposé modéré Camille Desmoulins, voyait dans les Vendéens « des animaux à face humaine » : on peut supposer que ces généraux avaient la même opinion. Pour autant, leurs noms sont connus depuis le formidable travail de Savary. Savary, qui faute de pouvoir interpréter ce « Debar », avait un placé un « B… » à la place de ce nom. Alain Gérard, y voyait en 2013 le nom logique de « Bonnaire » (8).

    On continue l’aventure et le 31 janvier 1794, Turreau écrit ceci (9) :

    Turreau et sa correspondance....

     

     

    « Liberté Fraternité Egalité

    La république ou la mort

    ________

    Au quartier général a Chollet le douze pluviose l’an deux de la république une et indivisible.

    Le général en chef de l’armée de l’Ouest

    Aux citoyens composants le Comité de Salut Public.

    Citoyens représentants

     

    J’espérois il y a huit jours pouvoir sous peu disposer d’un certain nombre de troupes pour une autre armée, je l’atendois d’après les données de différents officiers généraux sur la foiblesse. Des moyens et des ressources de nos ennemis…. La guerre de la vendée étoit disoit on finie, les brigands anéantis sur la rive droite de la Loire ; le corps commandé par Charet entièrement dispersé ; Westermann après avoir détrui jusqu’au dernier de quatre-vingt mille combattants avoit du terminer ses exploits par la mort de la Rochejaclin ; j’étois loin cependant de croire a tant de victoires, les mesures que j’ai résolu de prendre étoient la preuve de ma juste incrédulité.

    Les renseignements que j’ai pris n’ont fait que justifier mes pressentiments et je suis faché d’estre obligé d’accuser du mensonge le plus impudent ceux qui ont osé vous tromper ainsi.

    Quant a moi je dois la vérité de vous dire qu’il existe encore des rassemblements nombreux a le teste des quels sont La Rochejaclin, Stoffler et Charet ; ce dernier qui n’a été que légèrement blessé a l’épaule commande, dit on une horde de trois mille hommes assez mal armés. Croyez que si l’on retiroit les forces que me sont nécessaires pour executer le plan que j’ai conçu, cette guerre renoistroit au printems, et le projet des chefs étoit bien d’employer l’hiver a se reposer.

    Sous se rapport je suis loin de craindre que ces rassemblements se joignent et forment une masse imposante, alors je serois sure de les trouver de les battre et de les écraser…. Mais au contraire disséminés comme ils le sont il est infiniment difficile de les poursuivre encore plus de les atteindre.p Par la connoissance parfaitte que ces coquins ont du pays ils échappent a la surveillance la plus active, se cachent au fons des forets, filent imperceptiblement entre les colonnes et viennent inquiéter nos derrières : changés en voleurs de grand chemins, les routes étant interceptées la correspondance devient infiniment difficile.

    J’ai pris touttes les précautions nécessaires pour qu’ils ne puissent obtenir le plus léger succès, il faut craindre de redonner du courage a leur parti.

    J’ai deffendu qu’on place aucuns postes écartés faciles a battre partiellement…. J’ai renvoyé sur mes derrières tous les canons, je n’en ai laissé qu’aux postes capables d’en assurer la conservation.

    Nos colonnes continuent toujours leur marche, j’ai fait passer au fil de la bayonnette tous les rebelles épars qui n’attendoient que le nouveau signal de la rebellion, on a incendié les métayries, les villages, les bourgs, elles étoient remplies de pain qu’on paroit cuire a l’avance pour sustanter a son passage l’armée catholique (et l’on disoit qu’ils étoient dénués de tout tandis qu’ils n’eussent manqué de rien sans les mesures que j’ai prises). On ne peut concevoir l’immensité des grains et fourages qu’on a trouvés dans ces métayries et cachés dans les bois, j’ai donné les ordres les plus précis pour que tout soit enlevé de ce maudit pays et porté dans les magasins de la république. Il en est parti ce matin un convoi tenant plus d’une lieue et demie, je puis vous attester que les ressources qu’offrent ces découvertes sont incalculables ; elles seroient encore plus considérables si les préposés aux subsistances et commissaires du district avoient mis plus d’activité dans leurs opérations.

    Haxo vient a ma rencontre sur plusieurs colonnes, il connoit mes dispositions, les seconde parfaitement, et j’ai lieu d’espérer qu’enfin tous les corps de rebelles seront dissous, encore plus par l’impossibilité de subsister que par la force des armes.

    Il résulte de ces détails qu’il m’est impossible de disposer aussitôt d’autant de troupes que je l’avois pensé.

    Malgré les trois brigades que j’ai envoyées a Rossignol il me demande encore 4.000 hommes pour une expédition importante, je ne puis accéder a sa demande, je ne connois rien de plus important que le plan qui doit terminer la guerre de la Vendée…. Elle n’est point finie cette guerre malheureuse, je vous l’avois bien dit qu’il existoit encore de grands coups a porter.

    Gardez vous surtout ; citoyens représentants, de croire que je puisse chercher a prolonger le pouvoir dont vous m’avez investi, l’intérêt public est mon unique but et si tout autre que moi peu estre plus habile au poste que j’occupe je renoncerai sans peinne a un grade que j’ai point demandé et dont je n’ai jamais plus senti les désagréments qu’aujourd’hui.

    L’éloignement des représentants du peuple en est une des principales causes… J’ai été contraint dans une opération aussi importante de tout prendre sur ma responsabilité, je n’ai pas mesme pas eu l’avantage de recevoir votre approbation, et je compromettois la réussite de mon projet si j’attendois, pour agir que je l’eusse obtenue…. Cruelle alternative...

     

    Turreau et sa correspondance....

    Mais qu’importe j’ai fait ce que j’ai cru devoir faire, ma conscience n’a rien a se reprocher et je ne doutte point que vous rendiez justice a la pureté de mes intentions.

    Au moins, citoyens représentants, répondez a cette depesche, faittes vous représenter mes précédentes lettres, jugez de ma position, de celle du genre d’ennemis que j’ai a poursuivre, et donnez-moi les conseils dont j’ai le plus pressent besoin.

    Je commence a reunir une grande quantité d’arganterie, je me dispose a vous l’adresser avec la liste des officiers qui m’ont remis généreusement ces divers objets.

    J’apprend a l’instant que la blessure de Charet l’a forcé a rester caché dans une métayrie, je vais tout faire pour le découvrir.

    Salut et fraternité

    Le général en chef

    Turreau »

     

    La même lettre à quelques détails près est envoyée au ministre Bouchotte le même jour de cholet (10). Turreau va donc encore attendre jusqu’au 6 février 1794 pour se voir répondre ceci par Carnot (11) :

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « Paris 18 pluviose 2e année

    Envoyé avec un arrêté au citoyen Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest.

    Le Comité de Salut Public de l’armée à l’armée de l’Ouest.

    Tu te plains, citoyen général, de n’a voir pas reçu du Comité une approbation formelle de tes mesures. Elles lui paraissent bonnes et tes intentions pures ; mais éloigné du théâtre de tes opérations, il attend les grands résultats pour prononcer dans une matière sur laquelle on l’a déjà trompé tant de fois aussi bien que la Convention nationale. Les intentions du Comité on du t’être transmises par le ministre de la guerre, nous nous plaignons nous-mêmes de recevoir trop rarement de tes nouvelles. Extermine les brigands jusqu’au dernier voilà ton devoir. Nous te prescrirons surtout de ne pas laisser une seule arme à feu dans les départements qui ont participé à la révolte et qui pourraient s’en servir encore. Armes en les soldats de la liberté. Nous regarderons comme traîtres tous les généraux, tous les individus qui songeraient au repos avant que la destruction des rebelles soit entièrement consommée. Encore une fois recueille toutes les armes et fait passer ici sans délai toutes celles qui ont besoin de réparation. Nous t’envoyons un arrêté qui nous parait propre à seconder tes vues.

    Carnot »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    On connaît l’arrêté en question (12) dont l’article III stipule :

    « Les ennemis seront poursuivis sans relâche jusqu'à leur entière destruction. Les généraux que ne mettraient pas dans cette expédition toute l’activité possible, seront dénoncés comme ennemis de la patrie... »

    Le 9 février, Turreau renvoie une longue lettre au Comité de Salut Public où il écrit  (13) :

    « J’ai reçu avec plaisir l’approbation que vous avez donnée aux mesures que j’ai prises. Rien ne pourra altérer mon attachement à la cause sacrée que j’ai résolu de défendre jusqu’à la mort… »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Comme on le voit et malgré une idée tenace qui fait de Robespierre le bourreau de la Vendée, c’est bien Lazare Carnot, « Le Grand Carnot », « L'Organisateur de la Victoire », qui se fait l’organe du Comité de Salut Public en tant que délégué aux armées. Si l’exalté Bertrand Barrère de Vieuzac est l’auteur du rapport du 1er août 1793 et de la « loi d'extermination » du 1er octobre 1793 contre la Vendée que l’on connait, c’est bien Carnot qui en sera l’exécutant en allant plus loin que les préconisations originales puisqu’il fait abstraction des femmes et des enfants. On connaît sa lettre du 25 juillet 1794, donc bien après le système de colonnes de Turreau, qui préconise, à deux jours de la chute de Robespierre, de n’épargner strictement personne, ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards. C’est lui-même qui l’écrit sans laisser planer le moindre doute sur ses intentions. Cette lettre a été publiée sur ce blog, ici.

    Point question de me faire l’avocat du Diable et je n’ai aucune sympathie pour le psychopathe Robespierre mais il faut être juste et se borner aux faits. Je crois au passage qu’il est bien pire de découvrir la culpabilité de Carnot, ce grand héros de la république, et c’est peut-être aussi pour cela que les historiens marxisants, voire les nostalgiques de la Terreur, le laissent accuser, afin de pouvoir facilement le disculper par les faits, en omettant bien entendu de parler des véritables coupables…

    RL

    Février 2018

     

     

    Notes :

    (1) Sur Turreau, on lira ses « Mémoires et correspondance », par Michel Chatry, Editions du Choletais, 1992.

    (2) SHD B 5/7-89, v. 4/11. Bulletin analytique qui renvoie vers un registre de correspondance du 30 janvier curieusement introuvable…

    (3) Archives Nationales, AF II 202-17, v. 10 /12.

    (4) SHD B 5/8-20, v. 2 et 3.

    (5) SHD B 5/8-27, v.1 à 3, bulletin analytique compris.

    (6) Op.cit. p. 239.

    (7) Op.cit. Tome III, p. 45.

    (8) Savary, Tome III, p. 74. A. Gérard, “Les Archives de l’Extermination”, CVRH, 2013, p. 326.

    (9) SHD B 5/8-31, v. 4 à 7/10, bulletin analytique compris.

    (10)               Savary, tome III, p. 109 et 110.

    (11)               Ibid. p. 151. AN, AF II 280-3, v. 13 et 14/7.

    (12)               Savary, ibid, p. 152.

    (13)               SHD B 5/8-39, v. 9 à 12. Savary, Tome III, p. 170.

     

     


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  •                      

    La vérité sort de la Loire... 

    Trois prêtres noyés refont surface... 

                                    

     

    Trois pêtres noyés en Loire....Aujourd'hui, certains révisionnistes pensent que l'ampleur des massacres et des sévices de Jean-Baptiste Carrier a donné lieu à des exagérations et relève du conte de fée. On va même jusqu'à douter des moyens mis en œuvres pour les accomplir. On doute de la construction de bateaux ''spéciaux'' équipés de trappes... On doute des mariages républicains consistant à attacher nus, un homme et une femme ou un prêtre et une religieuse avant de les jeter à l'eau ; tout comme on doute des orgies organisées par Carrier dans des galiotes ou autres lieux, ON DOUTE...

     

    Par contre, ce qui ne fait aucun doute, c'est qu'hier et plus encore aujourd'hui, comme quoi il existe un bon côté de la répression, on voit enfin le visage de ceux ''qui tiennent le manche'', qui cogne sur qui. On voit les vrais tyrans et les vrais protecteurs, les vrais collabos et les vrais résistants. Il n'existe plus de zone grise, plus de demi-mesure... Les vendéens se sont levés contre les agents de l'anti-France de l'époque (ce sont les mêmes aujourd'hui), et ils sont restés debout pour l'éternité. Alors, demain : ''mourir debout ou vivre à genoux'' ?

     

    Trois pêtres noyés en Loire....

     

    Le 29 Frimaire de l'an deux, le citoyen Favrot, lieutenant des douanes découvre trois cadavres de prêtres flottant sur l'eau près de Chantenay et de Saint-Herblain.

    Voici les déclarations faites devant le juge de paix dont l'orthographe est très approximative...

    « Aujourd'huy 19 9bre 1793, la 2ème de la République françoise a été inhumé les corps de trois hommes mencionnés dans le procès verbal mencionné cy-après.

    Le 29 primaire (frimaire) de l'an deuxième de la République françoise devant nous Joseph Mocquard juge de payx du canton de Chantenay, St Herblain et encore district de Nantes ; sur la réquisition qui m'a été faite par le citoyen favrot lieutenant des douanes de la République établie à Rochemorice paroisse de Chantenay ; lequel nous a dit qu'étant a faire ses observations ordinaire sur les bords du rivage, il aurait apperssu trois cadavres flotant sur leaux, sçavoir deux sur lepré la maronnière paroisse de Saint-Herblain et l'autre à la queue de lisle pabise du dit Chantenay et a conseillé de venir nous en donner le présant avis et a signé sa présante déclaration favrot.

    Sur quoi nous juge de payx susdit accompaigné de Jean Gouy asseseur ayant fait appeler Julien Jeaunay offier municipal de la paroisse de Chantenay et André Garaux notable, nous nous serions transporté tous de compaignie sur les lieux ou nous avons trouvé les cadavres en question ; et après les avoir examiné nous avon remarqué qu'il y en a un costumé en capucin ayant la robe et cordon âgé d'environ, soixante et quinze ans et un autre a son costé ayant aussi costume de prestre qui nous a paru avoir le poignet croche de la main droite et dont la dite main nous a paru périe ; les deux derniers a chacun d'eux une mauvaise veste, culotte et bas noirs, après les avoir examinés entre nous n'ayant point de chirurgien n'avoir conu aucun coup ny blessures qui peut leurs avoir occassionné la mort*, n’étant venu personne réclamer les dits cadavres, nous les avons délaissé a Claude Alain ; qui est nommé pour ramassé les cadavres noyés qui san est chargés pour les faire transporter aux lieux ou on dépose ordinairemant les cadavre noyés pour y rester jusqua ce quil en soit autremant ordonez ; et le dit Garau a déclaré ne sçavoir signer. Le tout quoi nous avons fait dressé, le présant procès verbal, que nous avons signé ; mocquard juge de payx, jeaunay officier municipal, jean gouy asseseur, jean bretonnière asseseur un mot rayé, mocquart retouche, et costumé retouche.

    Vérification faite sur les lieux de tout quoi nous avons dressé le présant acte de décès sur les registres a le destiné sous notre seing. »

    signé Louis Viaud officier public.

     

    *Nous verrons par la suite qu'un des prêtres a été sabré. 

     

    «Aujourd'hui, le 2ème du mois de frimer de l'an 2ème de la République françoise a été inhumé les corps des trois hommes mencionnée dans le procès verbal cy join ;

    Le 2ème jour du mois de frimaire de l'an 2ème de la République françoise une et indivisible.

    Nous jean gouy, jean Bretonnière fous deux accesseurs du juge de pay canton de Chantenay, St erblin et Indre fesant par ordre du juge de pay aurions eu en avis qu'une barge à nous inconnue auroit mis à terre, trois cadavre noyé sur le bord du pré commun fesant partie du pré paboise paroisse de Chantenay, nous accesseurs sur le dit et soussigné, ayant avec nous le citoyen favrot lieutenant des douanes de la République nous nous serions transporté tous de compaignie sur le lieu ou nous avons trouvé les dit trois cadavres en question, et après les avoir examiné nous avons remarqué qu'ils tétoits tous les trois costumés de prestre, âgé tous trois denviron soixante et  dix a douze ans, tous trois très proches des uns et des autres dont un avait une espèce roclore* grise, veste culote et bas noir, un autre un roclaure* (*soutane, bure) brune, veste et culotte et bas noire, après les avoir bien examiné et nayant point de chirurgien, nous avons remarqué quun avoit reçu un coup de sabre sur le dessus de la tête et les deux autres aucune blessure, qui peut leur avoir occasioné la mort. - Les dits accesseurs ont fait visiter leur poche, et ont trouvé de mauvais papiers pouris quon a pa pu lire, a la réserve d'un assignat de cinq livres, un de 15 l, une carte de 5 sols, six cartes de 20 sols le tout pouris comme vase, sans en pouvoir tirer partis du tout, 16 sols neufs diverses monois, 3 pièces dun sol le reste en sols marqués de 6 liars de tout quoi nous avons délibéré, nous accesseurs fesant pour le juge de pay que la dite monois seroit donnée au personnes qui les conduiroient au bourg de Chantenay pour leur faire donner la sépulture, sur quoi nous susdits accesseurs et soussigné que dessus, certifions le présent procès verbal sincère et véritable en tout son coutume et avons envoyé chercher un tombraud pour les envoyer conduire de suite au bourg du dit Chantenay et avons signé j gouy asseseur jean Bretonnière assesseur, favrot, ajouté en dessous du procès verbal   : deux paires de souliers données au conducteur du tombereau.

      Vérification faite sur les lieux, de tout quoi nous avons dressé ce présent acte sur le registre a ce destiné sous notre seing. »

    signé Louis Viaud, officier public.

    Trois pêtres noyés en Loire....

     

    Quel sabir ! Nous avons là un digne représentant de la république...

     

    Sources : Archives de Chantenay – tous droits réservés- décès 1793, cote 2Z291 Chantenay/Loire, vues 8 et 9/37. -Crédit Photo : Patrimoine Maritime fluvial – Gabare la Montjeannaise.- Wikipédia, Jean-Baptiste Carrier, portrait pris sur le vif lors de son procès de Vivant Delon, coll.part.

                                                  

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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  •                     

    Jean-Baptiste Fleurieau, Recteur de la Paroisse de Saint Jean, 

    noyé en Loire dans la nuit du 16 au 17 novembre 1793.

     

                       

                                     

    L'abbé Fleurieau, noyé à Nantes....Jean-Baptiste Fleuriau-Fleurieau est né le 1er décembre 1714 en la paroisse Sainte-Croix de Nantes, il est le fils de Jean Fleurieau, huissier à la Chambre des Comptes de Bretagne ''Prévost des Monnoyeurs'' et de Jacquette Baudouin, mariés à Nantes le 17 février 1714 à Sainte-Croix.

    Devenu prêtre, il est recteur de la paroisse Saint-Jean de 1767 à 1790. En 1792 il est emprisonné à la communauté des Carmélites, puis transféré aux Petits Capucins, conduit sur la galiote hollandaise et jeté en Loire avec quatre vingt neuf autres prêtres âgés.

     

    « Afin de manifester plus à l'aise sa rage sanguinaire, Carrier qui avait transporté son club, le 16 novembre (26 Brumaire), de l'église de Saint-Vincent à l'église Sainte-Croix, au centre de la ville, monte dans la chaire et s'écrie :          

    '' Citoyens montagnards, cette journée servirait encore, s'il en était besoin à dissiper les brouillards fétides du despotisme des prêtres et des rois. Mais la morale est vengée, et le peuple se rit des jongleries des uns, des ci-devant usurpations des autres. Citoyens, le trône des tyrans n'est plus, et les assemblées patriotiques remplacent ce troupeau d'imbéciles que conduisait la calotte.......'' 

    Dix jours auparavant, quatre vingt dix prêtres nantais environ qui n'avaient pas été déportés à cause de leur grand âge, furent condamnés à être noyés en Loire. Après leur avoir fait subir des mauvais traitements de tout genre à la communauté de Saint-Clément, à la maison des Carmélites et aux Petits Capucins où ils furent successivement incarcérés, on les transféra sur le navire hollandais La Gloire. Dans la nuit du 16 au 17 novembre (26 et 27 brumaire), Fouquet, Lamberty, conformément aux ordres de Carrier, se rendent à bord de la Gloire, ancrée entre la Sécherie et Trentemoult, et la dirigent sur Chantenay. Le canonnier Wailly qui est en faction sur la Samaritaine veut s'opposer à sa sortie du port. Fouquet et Lamberty le menacent de le couper en morceaux et lui montrent l'écrit suivant :

    ''Permis au citoyens Fouquet et Lamberty de laisser passer partout où besoin sera avec un gabareau chargé de Brigands, sans que personne puisse les interrompre ni troubler dans ce transport'' signé Carrier. Certifié véritable ; David-Vaugeois. 

    Rendus à l'île de Cheviré, et au moment où les malheureux prêtres s'y attendaient le moins, Fouquet et Lamberty les font jeter à l'eau...     » 

     

    L'abbé Fleurieau, noyé à Nantes....

     

    Le 22 Prairial de l'an 8, (11 juin 1800), le décès de l'abbé Fleuriau est légalisé.

    « Le vingt deux prairial an huit de la République française une et indivisible à dix heures du matin, moi, Jean-Adrien Barbier, officier public ai transcrit littérallement le procès-verbal dont la teneur suit :

     

    ''L'an huit de la République française une et indivisible, ce jour quatre Floréal, devant nous Claude-Charles Lemer le juge de paix du troisième arrondissement de la commune de Nantes, ayant avec nous, Jean-Baptiste-Augustin Herbert notre greffier étant au greffe, est comparu le citoyen Pierre-Marie-Georges Legouais, rentier, demeurant en cette commune place du Pilory, numéro trois, lequel a dit que Jean-Baptiste Fleurieau ex-recteur de la ci-devant paroisse de Saint-Jean, en Saint Pierre de cette ville, son oncle par alliance a été du nombre des prêtres qui ont été noyés à Nantes au mois de novembre 1793 (vieux stile), qu'il a intérêt de faire constater le fait pour suppléer à l'acte de décès du dit Fleurieau qui ne fut point formalisé, non plus que celui des autres victimes à cet époque où la fureur révolutionnaire ne connaissait ni loi, ni principes, en conséquence m'a amené devant nous quatre témoins dont il nous requiert de recevoir les déclarations, pour en dresser acte de notoriété à l'endroit sont comparus les citoyens Claude-Séraphin Hochon, âgé de cinquante quatre ans, marchand droguiste demeurant Haute Grande Rue numéro cinquante cinq – Louis Davy dit des Châteaux, âgé de cinquante cinq ans, anciens tailleur d'habits, demeurant place du Pilory numéro trois, Pierre-Jean-Claire Cox aîné marchand fripier, âgé de quarante huit ans, demeurant rue des Chapeliers numéro trois, et Nicolas Mayracq âgé de quarante neuf ans, marchand de toile, demeurant place du Change, desquels ayant pris serment de dire vérité, ce qu'ils ont promis et juré chacun la main droite levée, séparément ; ils nous ont déclaré et affirmé avoir parfaitement connu le dit Jean-Baptiste Fleurieau, qu'ils ont pleine connaissance qu'en l'an mil sept cent quatre vingt douze, il fut détenu avec d'autres prêtres à la communauté des Carmélites de cette ville, qu'il fut transféré quelque temps après avec ses confrères au couvent des Petites Capucines de l'Hermitage près Nantes, d'où il fut conduit sur la fatale galliote hollandaise ; on le fit périr dans les flots avec ses compagnons d'infortune, au commencement du mois de novembre mil sept cent quatre vingt treize (vieux stile). Ce qui est un fait de notoriété publique, qu'il était âgé d'environ quatre vingt ans, de tout quoi, nous juge de paix susdit avons rapporté le présent acte de notoriété pour valoir et servir de ce que de raison, arrêté sous les seings de tous les comparants, celui de notre greffier et le nôtre lesdits jour et an la minute est signée Legouais, N Meyracq, Cox aîné, Hochon, Davy, Lemerle juge de paix et Herbert Greffier.''

      Enregistré à Nantes le quatre Floréal an huit, reçu un franc dix centimes, folio cent trente trois, verso signé – Bertrand et à l'expédition Herbert greffier.

    Fait en la maison commune de Nantes, sous mon seing, les dits jour et an.   »

    Signé Barbier.

     

    Sources:     

    -Archives de la ville de Nantes – tous droits réservés- décès an 8, 1ère  

     Section, cote 1E236 – vue n°17/24 

    -Archives de Nantes, paroisse Sainte-Croix, baptêmes, mariages. 

    -Histoire de la Guerre de la Vendée Abbé Deniau, tome III, pages 

     478,479,480 – Siraudeau-Editeur. 

    -Crédit Photo:  Patrimoine Maritime fluvial – Gabare la Montjeannaise.- Wikipédia, Jean-Baptiste Carrier, portrait pris sur le vif lors de son procès de Vivant Delon, coll.parti.

                                                 

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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