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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 5° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 66, 20 septembre 1899.

     

    J’arrivai à Nantes le 25 mais : il y avait plus d’un an que j’étais absent de mon pays, sans avoir pu en aucune manière communiquer avec mes parents et mes amis. Plusieurs personnes me croyaient mort. Les recherches qu’on avait faites pour me trouver dans la Vendée, pendant mon absence, avaient donné quelque vraisemblance à cette nouvelle, qu’on avait consignée dans plusieurs papiers publics.

    Je fus à peine arrivé à Nantes, qu’il me fallut prendre des nouvelles précautions pour ma sûreté personnelle. Tous les prêtres demeurés dans la Vendée étaient rentrés chez eux. On commençait à tolérer l’exercice public de la religion catholique ; tout annonçait un meilleur ordre de choses. L’espérance fut à peine conçue, qu’elle fut anéantie : la journée du dix-huit fructidor eut lieu !!

    Je ne dois pas passer sous silence les démarches que je fis, avant cette époque, pour rentrer dans mes foyers. Je fus assez heureux pour trouver à Nantes des connaissances sûres auprès du général en chef de la 12° division militaire E…..Gl…. Il accueillit avec bonté ceux qui s’intéressaient à moi, et donna l’ordre de me laisser rentrer dans la Vendée, moyennant la promesse que je ferais d’y demeurer tranquille.

    Je souscrivis sans peine à cette promesse, mais j’avais grande difficulté à vaincre pour arriver jusque dans ma famille. Il y avait à Montaigu un général de brigade qui avait fait la guerre contre nous. Il avait fait des efforts incroyables pour me faire arrêter ; il n’avait pu y parvenir. Je devais me présenter devant lui ; je l’obtins par le moyen de Mme de la Roche-Lespinay, qui correspondait avec lui, et qui se faisait un plaisir d’obliger les Vendéens opprimés pour un parti qu’elle avait elle-même soutenu avec beaucoup de courage et de constance.

    J’arrivai donc au château de Montaigu. Selon les indices que j’avais eux, je devais être arrêté. Je m’y attendais ; je fis néanmoins bonne contenance. Le commandant de la place me reçut froidement. Je lui présentai mes passe-ports ; il me conduisit, sans me dire un seul mot, jusque dans sa chambre. Après m’avoir fait asseoir, il me donna acte de ma présentation devant lui. Avant de signer cet acte, il me le donna à lire, et me demanda s’il y en avait assez pour ma sûreté et ma satisfaction. Comme il ne contenait effectivement que des chose obligeantes, et surtout qu’il savait les ordres qu’on avait donnés partout de m’arrêter, je lui témoignai à la fois ma reconnaissance et ma satisfaction.

    J’allais sortir de ce château, qui avait vu périr tant de mes infortunés camarades, quand un incident pensa tout perdre. L’aide-de-camp du général de brigade qui venait de me mettre en liberté, s’avisa de me faire des questions au sujet des évènements passés pendant la guerre. Il me demanda en outre où j’avais fait cacher de la poudre et de l’artillerie que le général Charette m’avait confiée. Je lui répondis que j’avais appris qu’elle avait été trouvée, qu’au surplus je n’avais jamais où étaient les dépôts, que j’avais ordonné de les faire sans me mettre en peine du lieu où ils avaient pu être faits.

    La conversation s’engagea insensiblement sur d’autres objets. L’épouse du général me reprocha, d’une manière assez vive et amère, mon attachement obstiné au parti du roi. Je lui répondis que mes sentiments étaient à moi, que, du reste, je saurais vivre sous la république, moyennant qu’on respectât ma liberté et mes opinions religieuses. Le général Gr… prit de là occasion de m’engager, d’exiger même de moi que j’eusse exercé les fonctions du saint ministère. Je lui fis part de toutes mes difficultés à ce sujet : je lui représentai qu’en vain je prêcherais la paix, on ne manquerait pas de dire que je cherchais encore à exciter la guerre. Il m’observa, en dernière analyse, qu’il convenait d’autant mieux que j’eusse prêché la paix publiquement dans la Vendée, que j’avais fait beaucoup de sensation dans le pays, et que je  ferais plus que bien d’autres rentrer une infinité de personnes dans le devoir. Je promis, parce qu’on l’exigea impérieusement de moi, que je reprendrais l’exercice public des fonctions du ministère. Mon acte de mise en liberté le portait expréssement, comme il contenait aussi qu’on exigerait de moi d’autres soumissions que la promesse de vivre paisible sous les lois du gouvernement.

    Je vis enfin terminer cette fameuse entrevue où j’avais craint de perdre ma liberté, et où je la recouvris véritablement. De Montaigu dans ma famille, il y a 2 heures de marche : j’arrivai chez mes parents qui ne m’avaient pas vu depuis longtemps. Nous confondîmes longtemps nos larmes dans les dous épanchements d’une tendre amitié. J’avais perdu ma sœur aînée pendant mon long et pénible voyage.

    Je fus à peine arrivé dans ma famille, que le bruit se répandit bientôt que j’étais dans la Vendée. Un grand nombre de personnes s’attendaient même à y voir reparaître Charette, avec qui l’on pensait généralement que j’avais passé le temps de mon absence. Dès mon arrivée à Nantes, les habitants de la Chapelle-Palluau m’avaient invité de me rendre dans leur paroisse pour remplacer leur curé, qui était alors en Espagne. Il me renouvelèrent leurs instances pendant mon séjour dans ma famille ; je me rendis à exercer leur vœu. Comme j’avais promis d’exercer et de prêcher la paix, je préférai le faire dans cette paroisse, dont je connaissais particulièrement les habitants.

    Je me rendis donc à la Chapelle-Palluau, où tout le monde voulut bien en témoigner le plus vif intérêt. J’y arrivai pour la fête patronale le premier d’août. J’avais invité à cette cérémonie plusieurs ecclésiastiques qui s’y rendirent. Une foule immense de peuple y accourut aussi de toutes parts, parce que c’était une chose toute nouvelle de voir le même lieu plusieurs prêtres réunis, tandis que la plupart des églises étaient encore privées de leur pasteur.

    Ce lieu de réunion, où tout annonçait une fête religieuse, devint bientôt un lieu de tristesse, où l’on entendait de toutes part que des imprécations. J’avais à peine célébré la messe, que je fus frappé d’un nouveau coup d’autorité. Le commissaire du gouvernement pour le canton de Palluau ordonna qu’on me fît faire un serment prescrit alors, de haine à la royauté, ou, dans le cas de refus, de m’empêcher de célébrer publiquement. Ma réponse ne pouvait être équivoque : l’église fut fermée. Plus de trois mille personnes s’en furent dans les paroisses voisines, sans avoir pu assister aux vêpres que j’avais annoncées. J’eus bien de la peine à calmer les esprits ; heureusement il n’arriva rien de fâcheux : on s’en tint à des propos et des murmures.

    Je quittai, dans le même jour, la paroisse de la Chapelle-Palluau. Je me rendis à Maché, où Mlle Minguet eu la bonté de m’offrir un asile dans la maison j’avais été caché pendant le temps de la plus forte persécution.

    Les habitants de cette commune, privés de leur pasteur qui était en Espagne, vinrent me prier de leur en tenir lieu en attendant son retour. J’avais le plus vif désir de les obliger, mais d’après ce qui s’était passé à la Chapelle-Palluau, j’étais fondé à croire que j’éprouverais de grandes difficultés de la part des agents du gouvernement. Cependant, pour leur prouver mon sincère attachement, je me rendis avec les principaux habitants à Apremont, où était le commissaire du pouvoir exécutif. On lui fit la demande que j’eusse exercé, dans l’église de Maché, le ministère du culte catholique. Il refusa formellement, à moins que je ne voulusse souscrire le serment de haine à la royauté. Je ne pouvais faire que la même réponse à la même difficulté qu’on m’avait déjà proposée. Je me retirai après avoir essuyé un refus auquel je m’attendais.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 5° partie....


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  •                   Cholet, le 1er jour complémentaire de l'an 7... 

           

     

     

    Louis Ganault,un bleu de Cholet....Un ''bon patriote'' âgé de vingt deux ans, Louis Ganault, sous-lieutenant de la Colonne Mobile de Cholet, est abattu à la Caillère, commune de Cholet par des combattants royalistes. Fils d'un sympathisant des Colonnes Infernales, il est tué d'une balle en pleine poitrine, le premier jour complémentaire de l'an 7 (17 septembre 1799).

     

      « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées »... 

     

      François Ganault, âgé de 51 ans, marié à Angers, ''bourgeois'' de Cholet, fait partie de la bourgeoisie ''bleue'' de cette ville.

      « Le ''Bleu'' de Cholet est, en 1793 un homme sinon instruit, du moins alphabétisé, dans la force de l'âge et établi. Il appartient, le plus souvent à la bourgeoisie toilière, moins fréquemment aux cercles de la basoche et du prétoire.

    Les ''Bleus'' de Cholet, constituent en l'an 1, un milieu urbain élitaire, économiquement et socialement privilégié, fermé aux couches les plus modestes et fortement structuré par la parenté et les alliances.»

    Bien entendu, les ''Affiches d'Angers'' (officine de la propagande républicaine) vont se faire l'écho de ce fait divers avec leur mauvaise foi habituelle et leur détestable esprit partisan.

     

      « Angers, 6e jour complémentaire.

     

      Le 1er complémentaire à une heure de l'après-midi, deux brigands en armes entrèrent dans la maison de la Caillère*, à cent pas de Cholet, où se trouvait le citoyen Gasnaut, fils, de Cholet. Dès qu'il les aperçut, il voulu les faire sortir, mais il était sans armes ; l'un d'eux lui tira un coup de fusil à bout portant dans la poitrine, dont il est mort sur le champ entre les bras de son père et de sa mère présens à cette scène horrible. Les deux scélérats se retirèrent ensuite du côté de Latouche-Aubert et rejoignirent leur bande qui les y attendait ; il paraît qu'ils savaient que ce citoyen était là, et qu'ils étaient venus exprès pour l'assassiner ; c'était l'un des braves qui se sont distingués à l'affaire du 18 fructidor à Saint-Macaire.

      Ce crime horrible a jetté l'épouvante dans Cholet, et chacun prend des précautions pour se préserver de pareil attentats. Voilà cependant quels sont les défenseurs de l'autel et du trône ; c'est à de pareils traits qu'on reconnaît les royalistes, ab uno dice omnes - Ces scélérats n'ont pu vaincre les républicains, ils les assassinent en détail !

      Républicains, telles sont les destinées qui vous attendent, si la république ne triomphe pas ; vous voyez comme les brigands préludent, par des assassinats partiels, au massacre général de tout ce qui a été patriote ; serrez-vous, il est tems encore d'éviter de si grands malheurs. »

    Louis Ganault,un bleu de Cholet....

     

     

    * Hôtel particulier au Sud de Cholet (actuellement rue de la Caillère à Cholet).

     

      La République, représentée par le Directoire, oublie les mesures qu'elle vient de prendre vis à vis des Vendéens, méthode habituelle de passer sous silence ses mauvaises actions ; ''on ne nous dit pas tout'', méthode toujours d'actualité.

     

      En effet, « Le Directoire craint que la Vendée, appuyée sur les mécontents de plusieurs provinces, n'allât déployer des forces considérables et renouveler ses anciens combats d'autrefois. Cette crainte, jointe aux embarras sérieux que la chouannerie d'outre-Loire lui suscitait dans le moment, le mit de nouveau en fureur ; il décréta contre elle des mesures rigoureuses, ordonna des visites domiciliaires dans toutes les paroisses pour arrêter les suspects et exiger de tous les habitants le serment d'une haine irréconciliable à la royauté. Mais ces visites qui fournirent à ses satellites l'occasion d'arrêter des vieillards, des infirmes, ne firent comme toujours, qu'augmenter le nombre des révoltés. Le serment ne fut prêté que par ses adhérents et ne produisit aucun effet pour sa cause. Ces moyens politiques n'ayant amené aucun résultat, le Directoire recouru à des procédés encore plus iniques et repoussés par tout homme qui se respecte.

      Comme les nobles et les Emigrés, surtout étaient à ses yeux les promoteurs des soulèvements, il voulut les déconsidérer dans l'esprit des paysans, dans la persuasion que cette déconsidération une fois obtenue, l'insurrection n'aurait plus d'appui et serait facilement anéantie. C'était infâme, mais tout est bon à qui n'a plus de principes et a le triste courage de son déshonneur. En conséquence de cette hideuse résolution, des bandes d'espions furent organisées et envoyées dans la Vendée comme en Bretagne. On tira des prisons ce personnel d'un nouveau genre, et il eut pour mot d'ordre de jouer le rôle d'Emigrés et d'officiers royalistes, et sous ce faux nom de se permettre toutes sortes d'excès. Ces misérables devaient surtout exciter au pillage et au meurtre des Patriotes. Ils ne manquèrent pas à leur horrible mission ; Ils commirent un grands nombre de crimes. »

     

     

      Revenons donc à l'affaire qui nous intéresse :

     

      «  M. Gasneau de Cholet, républicain exalté, était signalé aux Royalistes comme un ennemi qui leur avait fait beaucoup de mal ; il habitait la Caillère (en ce moment il n'y avait que peu d'habitants dans Cholet).  Une bande d'enfants perdus, de Royalistes excités sans doute par ces faux Emigrés, résolut de le tuer ; ils tirèrent au sort ceux qui rempliraient cette affreuse fonction ; deux ou trois furent désignés ; ils se présentent à la Caillère et frappent à la porte. M. Gasneau, qui ne se doutait de rien, vint lui-même leur ouvrir, mais à peine a-t-il aperçu les hommes qu'il s'écrie : « Je suis perdu ! » Ils ne lui laissent pas le temps d'en dire d'avantage ; ils l'étendent mort d'un coup de pistolet tiré à bout portant et prennent la fuite avant qu'on ait le temps de les poursuivre. Ce fait causa une grande émotion dans la ville. La garde nationale battit tout le pays sans trouver les meurtriers, et à leur défaut, elle s'empara d'un excellent homme nommé Lefort, âgé de vingt et quelques années, qui habitait le Puy-Saint-Bonnet, l'amena à Cholet, et le fusilla sans pitié ni justice, à la porte de la Caillère : son cadavre resta longtemps exposé dans la rue aux outrages des passants, et un Choletais, nommé Barbier, s'acharna à lui écraser la tête avec un pavé. »

     

      Voici l'acte de décès de Louis Ganault :

     

      « Le trois vendémiaire an huit de la république française par devant moi Joseph-Jean-Louis Roquet, officier public, sont comparus à la maison commune de Cholet Marie-Prospert Doué de Denis Hobocq officier de santé ; lesquels m'ont déclaré que Louis Ganault âgé de vingt deux ans, né et domicilié à Cholet, fils de François-Louis Ganault, propriétaire et de Louise Tocquet son épouse, a été tué (rayé) est mort le premier vendémiaire (rayé) complémentaire an sept à la maison paternelle. D'après cette déclaration que les témoins ont certifié conforme à la vérité (pas tout à fait puisqu'on passe sous silence son assassinat en rayant le fait qu'il a été tué), je me suis transporté au domicile du citoyen François-Louis Ganault père, me suis assuré du décès de Louis Ganault fils, et j'en ai rédigé le présent acte que les dits Doué et Hobocq ont signé avec moi, en entre ligne Louis, fait à la maison commune de Cholet les jour mois et an ci-dessus (deux mots rayés). »

     

    signé : Rocquet – Doué – Hobocq.

     

     

      Voici l'extrait d'une lettre du général Delaage, commandant la rive gauche de la Loire – Elle est datée du 8 vendémiaire an 8 (30 septembre 1799) et libellée comme suit : « A la Séguinière, nous avons pris un des assassins de Ganaut, sous-lieutenant de la colonne mobile de Cholet, et son cheval ».

     

      François-Louis Ganault (père), né à Cholet, époux de Jeanne-Louise Tocqué, propriétaire, est décédé à Cholet le 15 mars 1808 à 10 heures du soir à la Caillère à l'âge de 66 ans. (Décès Cholet, vue n°73/144).

     

     

    Sources: Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés.  Registres d'état civil de Cholet – Les Affiches d'Angers Primedi 1er Vendémiaire n°1er an 8 de la République, vue n°1/31 et nonidi 19 vendémiaire n°10 an 8 de la République vue n°19/31 -  Les ''Bleus'' de Cholet en 1793, Jean-Joseph Chevalier, Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, année 1992, volume 59 n°4 pages 351 à 369 – Histoire de la Guerre de la Vendée – Abbé Deniau, Tome V, pages 784 et 785 - Photo de l'auteur. 

                                                             

     

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 4° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 65, 5 septembre 1899.

     

    Je continuai ma route, non pas sans inquiétude, car je ne savais point la langue du pays d’où je paraissais être. Heureusement que les préliminaires…… (La fin de la phrase manque). La paix fut rendue aux contrées que je devais parcourir. Je voyageais avec toute la facilité imaginable. Je traversai les principales villes de l’Allemagne.

    Je rencontrai, à Houskat, le prince Charles, pour qui j’avais des dépêches. J’eus l’honneur de lui être présenté par M. Delmone, son major général. Il m’accueillit avec infiniment d’attention. Après avoir eu avec lui une longue conférence, j’en pris congé et me rendis à Neustad, où était Monsieur le Prince de Condé, avec son armée qui se retirait alors sur les bords du Rhin.

    Il était dix heures du soir quand je pénétrai aux quartier-général du Prince. J’avoue que je n’étais pas présentable devant lui. J’étais très fatigué de voyager jour et nui. Je lui fis remettre mes paquets que j’avais pour lui, et lui fis demander comme une faveur de lui offrir l’hommage de mon profond respect le lendemain matin. De suite, il ordonna de m’envoyer chercher, et lui être présenté tel que j’étais. Je parus devant le prince de Condé, et j’y fus introduit par M. le duc Duquêta, gentilhomme de sa chambre.

    A Neutad comme à Edimbourg, je fus accueilli avec tant de bontés, que je suis incapable de les exprimer. Ce bon prince de Condé me tint par la main pendant plus d’une heure qu’il s’entretint avec moi. Je passai la journée du lendemain avec lui. J’en pris congé après avoir reçu ses ordres. Il fit beaucoup de questions sur les armées royalistes de France. Il s’informa d’une manière toute particulière des chefs qui avaient commandé les armées. Il parut regretter infiniment le général Charette. Il me donna des grandes espérances en le quittant : « Descendez, me dit-il, la vallée de l’Enfer, demain vous serez à Fribourg, et sous peu nous serons en France ensemble. Nous aurons besoin de vous. »

    J’arrivai peu de jours après sur les bords du Rhin. Je pris mes précautions pour entrer en Suisse, où j’avais eu les indices qu’on devait m’arrêter. Je payai d’un coup de hardiesse : je passai sur le champ de bataille d’Hunningue, et j’arrivai à Bâle. Je traversai toute la Suisse. J’avais des lettres de recommandation pour Son Excellence M. Wu… chargé d’affaires du gouvernement anglais à Berne. Je fis séjour dans cette ville. J’eu diverses conférences avec M. Wu… Il était spécialement chargé de surveiller les opérations des royalistes de France et de leur procurer des secours. Il me procura un passe-port français pour passer la frontière. C’était là le point difficile pour moi.

    J’arrivai sur les bords du lac de Genève, et je m’arrêtai à Triou, qui n’est qu’à quatre lieues de la frontière. Je trouvai des Français qui me firent des offres obligeantes pour me faciliter les moyens de rentrer en France. Je me défiais de tout le monde : j’avais bien des raisons de ne pas être confiant. Enfin il fallut s’exposer à un nouveau danger. Je traversai le Mont-Jura, avec un guide sûr qu’on m’avait donné. J’arrivai à Rouvré, premier bourg français sur cette ligne qui nous sépare de la Suisse. Je fus viser mon passeport sans difficulté. Je voyageais par prudence à pied. J’avais déjà fait passer ma voiture et ma malle.

    Il est bien difficile d’exprimer ce que l’on éprouve en rentrant dans sa patrie, quand on en a été quelque temps éloigné. J’étais parti d’Angleterre sans être parfaitement rétabli de la longue maladie que j’y avais éprouvée. Les médecins m’avaient recommandé les plus grands ménagements. Ils m’avaient même donné des remèdes pour prendre la route, ce que je ne fis pas. J’avais quarante jours de poste, la plupart du temps nuit et jour. Eh bien ! je fus à peine sur le sol français, que je sentis mes forces revenir et ma santé se rétablir parfaitement sans le secours de l’art.

    Le premier endroit où je m’arrêtai fut à Flavigny, petite ville entourée de montagnes et à huit ou dix lieues de la Suisse. J’en partis le lendemain matin me dirigeant pour Dôle, Auxerre et Dijon. Je passai un jour dans cette dernière ville, qui me parut très agréable.

    J’étais impatient d’arriver à Paris ; j’avais ordre de m’y trouver pour l’époque du renouvellement du Corps Législatif ; j’y arrivai la veille. Mon premier soin, une fois arrivé dans la capitale, fut d’y réunir les différentes personnes à qui je devais communiquer les ordres du Roi dont j’étais porteur. J’eus aussi des conférences avec MM. les vicaires généraux de Mgr l’Archevêque de Paris, concernant les affaires de la religion.

    Pendant mon séjour à Paris, j’eus occasion de voir les personnages les plus marquants du Corps Législatif qui s’occupaient de rétablir la monarchie ancienne. Je conférai avec le général Pichegru, sur qui tout le monde avait les yeux fixés alors, et après avoir pris des instructions, je préparai mon départ pour revenir en Vendée, où je devais attendre les évènements extérieurs.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 4° partie....

     


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    Le prieuré de Primart…

     

     

    On pourra me reprocher de piller souvent les notes de l’abbé Michaud (1859-1941), mais il est toujours délicieux de se replonger dans ce travail de fourmi qui fut le sien. C’est ainsi que l’on verra l’histoire d’un lieu totalement méconnu de Saint-Clémentin se faire jour sous sa plume. Bonne lecture !

     

    RL

    Avril 2017

     

     

     

    Gaufridus de Premart est désigné comme témoin dans un acte de 1140 concernant Saint-Clémentin. La chapelle sainte Marie de Primart est citée dans la bulle du 5 des calendes de janvier 1186 (28 décembre) par laquelle le pape Urbain III confirme à Manier, alors abbé de St-Florent, et à ses religieux la possession de diverses églises : cum capellis… sancte Marie de Premart (1). Cette chapelle devint le centre d’un petit prieuré dont la dotation fut faite par la famille de Sanzay. Les Sanzay prétendaient être les fondateurs de ce prieuré de St-Clémentin dès le XI° siècle ; à cette époque Yvon de Sanzay et sa femme Hélène de Parthenay l’auraient établi à la Roche-aux-Moines ; plus tard, il aurait été transféré à la chapelle Sainte-Marie de Primart. Ce prieuré fut attaché à l’abbaye de Saint-Léonard de Ferrières à Bouillé-Loretz. Dans les hommages que rend aux seigneurs de Sanzay l’abbé de Ferrières, ce dernier reconnaît en raison de son abbaye et de la chapelle de fondation de Primart devoir service régulier en la dite abbaye avec 12 religieux et une messe du Saint-Esprit à la venue des seigneurs et dames de Sanzay et une messe des Trépassés à chacun de leurs décès pour toutes charges et devoirs (2). L’aveu rendu à Henri IV par René de Sanzay le 23 septembre 1590 rappelle que le « membre de l’abbaye de Ferrières nommé Primart sis et situé en la paroisse de St-Clémentin relève des seigneurs de Sanzay à foy et hommage lige (3).

    Le jour de la Saint-Marc 1467 (jour où il y avait solennité dans la chapelle de Primart) un différend s’éleva entre Loys de la Chapelle prieur de St-Clémentin et l’abbé de Ferrières, Jean I du Chatel, au sujet des offrandes et chandelles offertes chaque jour, des dîmes et prémices offertes à l’église de Primart. Un accord intervint moyennement une rente de froment et de seigle au profit du prieur de St-Clémentin qui renonça à ses droits (4). Un acte de 1572 désigne ce prieuré sous le nom de St-Marc de Primart.

    Le prieuré de Primart fut ruiné par les guerres du XVI° siècle. Jacques, premier évêque de la Rochelle, visitant la paroisse de Saint-Clémentin, le 25 juin 1651, enjoinct au prieur de Primart de faire réparer la chapelle du dit lieu et la mettre en estat que le service sy puisse faire avec décence, ensemble dy fournir les ornements nécessaires pour dire la messe ; ordonne qu’il y sera dit, suivant l’information qu’il en a faite du service qui s’y doit, deux messes par semaine, l’une le dimanche comme messe matutinale pour la commodité des voisins et l’autre à pareille heure le samedy de chaque semaine s’il n’y a feste en icelle, auquel cas la dite messe sera dite au dit jour de feste (5). Le 6 février 1658, une plainte est porté contre le prieur de Pirmart pour n’avoir ni cloche, ni clocher, ni réparer et orner la dite chapelle ; il n’y fait dire aucune messe et l’autel est « sans figure ». Dans l’assemblée de paroisse du 23 juin 1658, les habitants déclarent que les messes ne se disent pas les dimanches et samedis et que le chapelain prend sa commodité sans considérer celle des paroissiens. Par sentence du 19 août 1659 le Présidial de Poitiers ordonne au titulaire de Primart de faire le service obligé, faute de quoi l’évêque de la Rochelle établira un prêtre qui sera payé sur les revenus du bénéfice.

    Le Pouillé de Gervais Alliot (1648) rappelle que le patron de Primart est l’abbé de Ferrières et que le revenu du prieuré se monte à 400 livres. D’après la visite de Mgr. de Menou, en 1739, le prieuré, à la présentation de l’abbé de Ferrières, était affermé 300 livres. Le feudiste Moisgars met en 1779 le prieuré de Primart à la présentation de l’Eglise de Nantes (6).

    La Révolution donna le coup de mort au prieuré ; l’Etat s’empara de ses biens. Frère Pierre Trolant, prieur de Primart en 1468 ; Etienne Marin 1572 ; René, Jacques Chiron, prieur de Primart en 1658 ; Pierre du Verger, religieux profès de l’abbaye de Chambon, prieur de Primart en 1674 (7), il fit faire de grosses réparations à la chapelle en 1675 ; M. de Verberie était titulaire du prieuré en 1739, Charles de Verbery était un religieux de Ferrières. Prémart, situé sur la voie d’Angers à Saintes, peut avoir pour origine étymologique un lieu consacré à Mars ; Prémart viendrait de Pratum Martis.

     

    Abbé Michaud

     

     

    Notes :

    (1)  Arch. Hist. du Poitou, II.

    (2)  Bibl. de la Ville de Niort. Papiers de la Fontenelle, carton 37.

    (3)  Arch. Dép. de la Vienne, C. 338, rég. 13.

    (4)  Arch. dép. du Maine-et-Loire. Dom Luynes. Hist. manus… de St-Florent de Saumur, folio 307 et seq.

    (5)  Archives du château de St-Clémentin.

    (6)  Affiches du Poitou, 1779,4.

             (7)  Etude de Me Argenton. Minutes de 1674, acte du 3 novembre.

     

    Le prieuré de Primart....

     

        Le prieuré de Primart en vue aérienne Géoportail…

    Le prieuré de Primart....

     

        Et sur la matrice cadastrale de 1813 :

    Le prieuré de Primart....


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 3° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 64, 20 août 1899.

     

    J’étais d’avance annoncé à Son Altesse Royale par les lettres de M. Le duc d’Harcourt, résidant à Londres en qualité de chargé d’affaires pour le prétendant. Je me fis présenter à Monsieur par le comte François Discares, son capitaine aux gardes. Je suis incapable d’exprimer, même faiblement, ce qui se passa entre le prince et moi. Je lui remettais d’une main les derniers vœux de Charrette, et il recevait de l’autre son dernier soupir rendu à l’échaffaud. Sa figure, pleine de grandeur et de sensibilité, se couvrait de larmes ; il pouvait à peine lire, et je pouvais encore moins m’expliquer. Après avoir reçu de sa part des bontés sans nombre, je lui demandai la permission de me retirer, n’ayant pas pris de repos depuis plusieurs nuits que j’étais en route. Il m’invita obligeamment lui-même à dîner le lendemain avec mon compagnon de voyage.

    Je me rendis avec empressement aux ordres que Monsieur m’avait donné la veille. Je pris autant que je le pus sur moi pour modérer une juste douleur. Il fallut aborder la grande question des malheurs de la Vendée, commencés depuis longtemps par la mésintelligence des chefs, augmentés par la défection de plusieurs commandants de division, et enfin à leur comble par la mort de Charette, un des plus fidèles serviteurs du roi. Après une longue conférence, à laquelle assistèrent MM. Le duc de férant, les comtes de P.P. qui composaient alors ses conseils, j’eus l’honneur de dîner avec Son Altesse Royale, Mgr le duc d’Angoulême, et cet honneur me fut accordé pendant tout le temps de mon séjour en Ecosse.

    J’y passai environ un mois, pendant lequel je fus malade des suites de mes blessures. Monsieur me donna son médecin pendant le temps que je mis à me rétablir. Je ne sortais point de chez moi. Monsieur profita de ce moment pour me faire exécuter un petit travail sur la guerre de la Vendée, ouvrage qu’il désirait infiniment, mais que personne n’avait pu lui donner, parce que personne n’avait suivi de près tous les évènements de la guerre. Je m’occupai de classer les principaux faits,  je les fis transcrire par mon compagnon de voyage, et je remis à Monsieur cette petite brochure à laquelle il parut attacher un grand prix. Il y ajouta de nouvelles bontés pour moi, en m’assurant que tous les Vendéens auraient toujours des droits à son estime, et qu’il ne serai peut-être jamais assez heureux de pouvoir s’acquitter envers eux.

    Ce n’est pas ici le lieu de rappeler les intéressantes conversations que j’ai souvent entendu tenir au prince. Je ne peux pourtant m’empêcher de rapporter ce qu’il me dit un jour en dînant à côté de lui, en me serrant la main avec bonté. Il me fit remarquer sa table, encore garnie de beaucoup de bons mets : « Eh bien ! ajouta t-il, j’aimerais mieux être dans la Vendée à manger un morceau de pain noir, que d’être ici à faire bonne chair, dans le palais des rois d’Ecosse. »

    Quelqu’agréable que fût ma position, quelques délicieuses que fussent pour moi les bontés de Son Alt. Royale Monsieur, j’étais impatient de retourner dans ma patrie, et de rendre compte à mes amis de ce qu’ils avaient à espérer ou à craindre. Je fus mes préparatifs de départ et demandai à Monsieur ses derniers ordres pour la Vendée. Il m’engagea obligeamment à demeurer encore quelques jours auprès de lui, pour assister à une fête que Lord Gordon, vice roi d’Ecosse et gouverneur pour le roi d’Angleterre dans le royaume, voulait nous donner. Le généreux anglais, qui aimait singulièrement les princes de la maison de Bourbon, aimait aussi beaucoup les Vendéens ; il aimait à causer de la guerre de la Vendée. Je reçus une invitation infiniment flatteuse, et j’assistai au dîner du noble Lord, qui ne cessa, pendant tout le temps que nous fûmes chez lui, de nous combler de bontés, mon compagnon de voyage et moi. Notre départ fut définitivement arrêté pour le lendemain, dernier jour de juillet.

    Avant mon départ, j’allai prendre les ordres de Monsieur et ses dépêches. Ce moment fut terrible pour ma sensibilité. Je ne pus m’empêcher de couvrir ses mains de mes larmes, au moment où il voulut bien me donner l’accolade. Je partis et j’arrivai à Londres, après quatre jours de marche sans m’arrêter.

    Mon premier soin, quand j’arrivai à Londres, fut de remettre aux différents ministres les dépêches de Monsieur pour eux. Partout on me témoigna le plus vif intérêt, particulièrement chez le ministre de la guerre, où j’allai souvent dîner. J’étais loin de penser ce qui devait m’arriver par la suite ; je comptais faire un très petit séjour à Londres, mon envie de retourner en France ne faisait qu’augmenter chaque jour. Le gouvernement anglais en avait décidé autrement.

    Je reçus l’ordre du ministre de prendre un appartement commode, peu loin du bureau de la guerre, et de m’y présenter souvent pour conférer avec lui. On fixa ma pension par jour à 12 l. et on me procura du reste tous les agréments que je pouvais désirer.

    J’établis donc mon séjour à Londres, sans plus savoir quand je pourrais retourner dans ma famille et au sein de mes amis qui ignoraient pour la plupart ce que j’étais devenu. Je me plaignis plusieurs fois à Monsieur de l’espèce de gêne dans laquelle on me tenait dans la capitale de l’Angleterre. Il me répondait avec affection et m’exhortait au courage. Je me plaignis directement aux ministres, ils me répondaient toujours d’une manière extrêmement obligeante avec moi, mais peu favorable au plan que j’avais formé pour mon retour. C’était surtout sur l’intérêt que l’on prenait à moi, qu’on motivait les délais de mon départ. On ne cessait de me dire qu’il n’y avait rien d’avantageux à faire alors en France, qu’il fallait attendre les évènements.

    En effet, la politique avait bien changé depuis mon départ de la Vendée : les insurgés, les puissants auxiliaires pour l’Angleterre, n’existaient plus. La Vendée était comprimée, l’Anjou soumis et la Bretagne rendait partout ses armes. Il fallut donc se soumettre aux évènement et attendre, ce que je ne fis pas sans murmurer.

    Dans la nécessité où j’étais de prolonger mon séjour dans la capitale de l’ Angleterre, je me déterminai à me faire un genre d’occupation, pour ne pas m’ennuyer au milieu de cette immense cité que je n’habitais qu’à regret. Sur le désir que m’avait témoigné Monsieur de me voir écriren d’une manière plus détaillées, les malheurs et les combats des la Vendée, dont j’avais été le témoin oculaire, je me décidai à continuer plus en grand le travail que j’avais commencé à Edimbourg. Je fis des mémoires sur la guerre civile de la Vendée, cet ouvrage m’occupa pendant six mois. Je passais les moments de délassement chez MM. les émigrés de ma province, que je voyais le plus souvent possible, et j’avais aussi une injonction particulière de Son Altesse Royale Monsieur de voir MM. les évêques de France réunis à Londres. Parmi ces prélats, je voyais plus particulièrement le respectable évêque de Saint-Paul-de-Léon, M. de la Marche. Il entretenait avec les princes une correspondance journalière, il jouissait auprès du ministre britannique d’une grande considération.

    Mon ouvrage sur la Vendée n’était pas encore fini, que je trombai malade. Je le fus si sérieusement, que je pensai mourir. J’eus ce qu’on appelle en Angleterre le spleen, et ce qu’on nomme en France la consomption. On se voit mourir : c’est une maladie du pays ; elle est occasionnée par la sombre mélancolie qui est le partage des Anglais, ou peut-être encore par l’air épais que l’on respire à Londres, où un nuage épais de fumée de charbon de terre empêche de voir le ciel pendant la majeure partie de l’année. Je n’ai dû mon rétablissement qu’aux soins multiples du docteur Philisbert, médecin de Monseigneur le duc de Bourbon, qui avait la bonté de me l’envoyer tous les jours. Je me guéris, non parfaitement, et je profitai de mes derniers moments de convalescence pour me faire conduire chez le ministre, aux fins de faire accélérer l’époque de mon départ, pour les raisons même de ma mauvaise santé.

    Les évènements avaient encore changé de face dans toute l’Europe, et particulièrement en France. Le Directoire se faisait partout détester par ses mesures de rigueurs. L’Empereur de Russie paraissait prendre un vif intérêt aux princes infortunés de la maison de Bourbon. L’Angleterre même semblait vouloir enfin adopter le plan pour sa propre sûreté. Le roi avait besoin en France de ceux qui étaient attachés à son parti. Mon départ d’Angleterre fut enfin résolu, mais je fus obligé, pour l’obtenir, de me faire donner les ordres du Royaume. Je fus chargé spécialement d’apporter en France ses volontés et ses instructions.

    Le gouvernement me donna des fonds pour mon voyage, qui devait être long et pénible. Il fut arrêté que, pour arriver à Paris, je passerai par le continent. Je quittai Londres le 12 mars, presque un an après mon départ de la Vendée. Je m’embarquai à Claremont pour Crux-Haven. Le gouvernement me donna place sur un bâtiment destiné à conduire Lord Elgin à son ambassade.

    De tous les voyages que j’ai fait en mer, cette traversée fut pour moi la plus agréable. J’arrivai dans le nord de l’Allemagne sur la fin de mars. Je commençai mon long voyage sur le continent. Après avoir traversé le Hanovre, je pris la route de Francfort, où j’avais ordre de passer.

    Je fus singulièrement contrarié dans ma marche. Les Français étaient aux portes de cette ville d’un côté, quand j’étais à une journée de marche de l’autre. Il me fallut rétrograder sur les Etats du prince de Hesse. Ne prévoyant pas quelle route je pourrais suivre avec prudence, je m’adressai directement au ministre du Landgrave, qui me reçut avec beaucoup d’égards. Il me donna des passe-ports de Hessois, qui étaient alors en paix avec la France.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 3° partie....


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