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    1815, Vive le Roi quand même !

     

      

      

    Vive le Roi ! « On n'a peut-être pas fait pour moi ce qu'on aurait dû, disait le brave Allard, mais il me reste le souvenir de ce que j'ai fait''. M. de Calais, qui avait pris les armes dès l'affaire des moulins de Cornet, qui avait fait constamment la guerre, et qui s'était échappé du désastre de Savenay, n'eut jamais aucune récompense ; à peine si on fit attention à lui. M. des Nouhes, qui, après avoir réussi à faire soulever, en 1815, les Royalistes des environs des Aubiers, s'était fait remarquer par sa bravoure dans le corps de M. Auguste de La Rochejaquelein, n'obtint pas le moindre titre honorifique. On lui avait fait espérer la croix de Saint-Louis, mais on sut toujours l'oublier. M. Boutillier du Retail, brave officier de l'armée du Centre, dont la famille fut en butte à tant de maux, vit ses sollicitations croupir dans les cartons du ministère. Les simples volontaires royalistes étaient, comme leurs officiers, l'objet des avanies et des dénis de la part des fonctionnaires publics. » 

     

      On dégrade même les gendarmes jugés trop royalistes... 

     

      « Massonneau de Saint-Georges-sur-Loire, qui avait perdu vingt huit membres de sa famille pendant la guerre et qui, en 1815, s'était arraché d'auprès de sa femme, prête à accoucher, pour voler sous la bannière de d'Autichamp, en criant : ''Vive le Roi quand même ! avait obtenu, après les Cent-Jours, le grade de brigadier de gendarmerie, mais trouvé trop exalté royaliste par ses chefs, ils le remirent simple gendarme. Massonneau veut qu'on sache pourquoi il est dégradé. ''Rassemblez la brigade, dit-il à son commandant, dégradez-moi devant elle, et dites-lui que je subis cette humiliation parce que je suis trop royaliste : mais vous aurez beau faire, vous ne m'arracherez jamais du cœur mon amour pour le Roi ; plus tard on me renverra, on me réduira à la misère, eh bien ! je ne l'en aimerai pas moins encore, car, voyez-vous, notre dévouement pour lui, ça ne s'ôte pas d'un cœur vendéen. C'est dans mon cœur d'aimer les Bourbons, ça tient à moi comme mon âme à mon corps. Je retournerai chez nous ; je dirai à mes enfants : « Enfants ! Je n'ai plus de pain à vous donner, voilà un bissac, allez frapper à la porte des honnêtes gens ; dites   : Nous sommes les enfants de Massonneau, et on remplira de pain votre bissac'' ». 

     

      Voilà où en étaient réduits les plus fidèles serviteurs de la Monarchie. 

      

    Sources: Histoire de la Guerre de la Vendée de Monsieur l'abbé Deniau TOME VI, pages 431-432,  Siraudeau éditeur à Angers. Photos de l'auteur. 

                                                          

     

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 

     

    Vive le Roi !


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 7° partie…

     

     

    La Vendée Historique, 20 octobre 1899.

     

    Je songeai à former un établissement à la campagne ; mais il faillait encore, malgré la précaution que j’avais prise de changer de nom, que quelqu’un garantit la ferme que je voulais prendre. Mlle M… et ses parents me rendirent ce service. Une maison de campagne fort agréable dans la commune de Saint-Herblain, située à une lieue, de Nantes, fut mise dans les affiches : on afferma fort cher cette campagne, parce qu’elle était entourée de murs fort élevés, qui semblaient mettre à l’abri d’une surprise. On y fit pratiquer une cache ; je me rendis l’habiter avec mes amies.

    J’eu le bonheur de rencontrer dans cette commune un maire qui était un parfait honnête homme. Je le demandai ; je lui fis part de mon affligeante position. Il y fit sensible ; il me promit sûreté et protection. J’ai passé effectivement trois années fort paisiblement dans cette maison de campagne, me livrant aux innocents plaisirs de l’agriculture dans un jardin délicieux. J’y aurais volontiers passé le reste de ma vie ; mais je faisais sur cette ferme des pertes si énormes chaque année, que je ne pouvais la conserver sans déranger sensiblement la fortune de ma bienfaitrice.

    Pendant que je demeurais dans la commune de Saint-herblain, il s’éleva de nouveaux troubles dans la Vendée, et même dans le département de Loire-Inférieure. Les chefs des royalistes crurent pouvoir relever avantageusement leur parti. Je fus informé de ce projet et des mesures qu’on devait prendre. On me notifia les ordres de M. le lieutenant-général du royaume, pour reprendre les rênes de l’administration dans le pays insurgé. Je refusai formellement de me réunir à eux. Je me fis plusieurs ennemis dans le parti. La ville de Nantes fut attaquée par les insurgés, je demeurai tranquille dans ma solitude.

    Je ne fus pas longtemps à me féliciter sur ma résolution. Ce parti des insurgés fut anéanti ; Bonaparte s’empara du gouvernement dans le journée du 18 brumaire. Un des premiers actes du Consulat de Bonaparte prononça ma mise en liberté. Je reçus du département de Nantes un sauf-conduit. Je me rendis devant l’administration ; on me délivra acte de mise en liberté. Je respirai enfin. Il y avait près de cinq ans que j’étais obligé de me cacher, depuis la fin des premiers troubles de la Vendée.

    Quel ne dût pas être mon étonnement, quand je reçus, à cette même époque, une lettre de M. Voyneau, se disant représentant de Mgr l’Evêque de Luçon, qui m’annonçait que le Supérieur m’avait censuré pour avoir écrit une relation de la guerre civile en Vendée ! Je croyais avoir assez fait pour mériter quelques droits à son estime ; je répondis à cette lettre ; j’annonçai ma ferme résolution de demeurer désormais tranquille et de ne plus me mêler des affaires de l’Eglise et de l’Etat.

    Dans ces sentiments, je pris mes mesures pour revenir dans la Vendée finir paisiblement mes jours dans mes propriétés. Au moment où je formais ce projet, ma vie fut encore abreuvée d’une nouvelle amertume. Je perdis un frère que j’aimais tendrement et dont j’étais également aimé. Il mourut à Chavagnes, au milieu de son troupeau, la dixième année de la persécution. Cet évènement a répandu dans mon âme une tristesse qui n’en sortira jamais.

    L’époque de la fin de la ferme où j’étais allait expirer : je préparai mon départ, et je revins à Maché le 13 mars pour finir mes jours au sein de quelques amis fidèles, dans cette même maison où j’avais été sauvé du temps de la terreur, dix années auparavant.

    C’est là où j’ai cédé au désir de mes amis de mettre par écrit les principaux évènements d’une vie qui semblait devoir être heureuse, et qui a été partagée par toutes sortes de malheurs. Je les résume en disant que j’ai souffert, comme prêtre une double persécution. Après que j’ai eu échappé au fer de mes ennemis, le clergé m’a persécuté lui-même, sa conduite a été aussi remplie d’injustice que de contradiction (Ces faits se prouvent par la lettre du vicaire-général Voyneay et la correspondance de M. de Mercy.).

    Comme français, j’ai éprouvé d’autres tourments. Je me suis trouvé, par l’effet de la révolution, dans la nécessité d’occuper une des premières places dans l’administration civile qui a désolé ma patrie. Cette place m’a exposé à des fatigues inouïes et à des dangers qu’il est impossible de calculer. En outre de la haine de parti, elle m’a nécessairement procuré celle des patriotes, dont j’administrais les biens au nom du roi.

    A la suite de cette guerre, pendant laquelle ma vie était exposée nuit et jour, j’ai fait un long et pénible voyage, dans lequel j’ai éprouvé tous les dangers de la terre et de la mer. Ce voyage, que j’ai fait pour la cause de la religion et de l’honneur, a été suivi, pour moi, de nouvelles mesures de rigueur de la part du gouvernement.

    Enfin, un homme extraordinaire a paru….. Bonaparte m’a rendu a liberté. Je suis revenu dans la Vendée pour y vivre en simple particulier, au milieu de quelques amis toujours et partout fidèles.

    J’ai besoin de tous les moments qui me restent à passer sur la terre pour remercier la Providence de la protection spéciale qu’elle n’a cessé de m’accorder, surtout pendant les orages qui ont si souvent grondé sur ma tête depuis la révolution.

    Je déclare au petit nombre de mes amis, destinés à lire ce petit ouvrage, qu’il ne contient pas un seul fait dont je ne puisse donner la preuve la plus authentique. On y trouvera, peut-être, quelques répétitions, mais elles sont devenues presque inévitables, dans le récit que j’ai fait d’actions qui ont souvent été elles-mêmes une répétition de malheurs qui se ressemblaient plus ou moins.

    Pendant mon voyage, j’ai reçu l’ordre de faire des mémoires sur la guerre civile de la Vendée. J’ai employé six mois entiers à ce travail ; je l’ai soumis à plusieurs personnes éclairées, qui ont eu la bonté de me dire qu’elles en étaient satisfaites. Je l’ai consigné dans des mains sûres ; il était sous cachet. J’ai fait des tentatives pour me procurer cet ouvrage ; jusqu’à ce moment, elles ont été infructueuses. J’attendrai, dans le calme où je vis maintenant, que quelques voyageurs sûrs et fidèles puissent s’en charger. Quand il me sera parvenu, je le réunirai à cette petite brochure, que j’engage mes amis à lire avec l’indulgence et la bonté qui caractérisent leur attachement pour moi.

     

    A Maché, le 25 avril 1803.

     

    P.-F. REMAUD.

     

     

     

    FIN

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 7° partie....


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    La Seigneurie de Beaurepaire

     

             

    Le château de Beaurepaire vit le jour pendant la période troublée de la guerre de Cent Ans, les premiers textes le mentionnent vers 1350. Né sous le signe des hostilités, il allait connaître au cours des siècles les épreuves du feu et du sang.

    Le manoir est le prototype même de la gentilhommière du bocage.

    Le vieux porche à portes charretière et piétonnière surmonté d’un blason aux armes des « De la Forest », est flanqué de deux tours défensives sur les quatre jadis existantes, on dit bien que dans une fut détenu un combattant vendéen et celle-ci fut nommée « la tour du chouan ». Le logis seigneurial quant à lui, fut reconstruit aux cours des 16ème et 17ème siècles.

    Ce logis possède une entrée décorée d’un bel arc en plein cintre donnant sur un large escalier à rampe droite. Les pièces intérieures possèdent des fenêtres à meneaux droits ou à croisés de pierre, ainsi que d’imposantes cheminées. Sous les bâtiments, existe une superbe cave voûtée. Les textes mentionnent une chapelle sous le vocable de St Georges, mais celle-ci fut détruite au cours des événements tragiques survenus en ce lieu, (les propriétaires actuels souhaitent dans un proche avenir la restaurer). Notons que la basse-cour comporte une tour porche ainsi qu’un pigeonnier le long du mur d’enceinte, celui-ci percé de meurtrières prouvant le caractère défensif de l’édifice.

    Le premier seigneur vers 1320 fut Nicolas Beau, qui eut pour enfant : Jean, Valet et Jeanne mariée le mardi d’après la St Martin d’hiver de l’an 1355 à Simon de la Forêt-Montpensier, chevalier habitant le Breuil-Chaussée. La famille De la Forêt ou « Forest » unie par mariages à l’illustre famille du Poitou, les « Du Vergier de la Rochejaquelein ». En effet, François du Vergier de la Rochejaquelein épousa vers 1570 Renée de la Forest, fille de René, seigneur de Beaurepaire en la paroisse de Terves ; Renée venue de François de Vignerot, Ecuyer, seigneur de Pont-Courlay devenant ainsi par la grâce de Dieu l’aïeule tout d’abord de la famille des Ducs de Richelieu par le fils de son premier lit, ensuite aïeule de l’illustre « Monsieur Henry » Généralissime des Armées Catholiques et Royales.

    Par mariages et successions, le domaine passa dans les familles suivantes :

    -          Josias de Sainte Maure, seigneur de la Guiroire, vers 1600

    -          Réné d’Appelvoisin en 1658

    -          Louis de Foudras, Comte de Château Thiers en 1705

    -          Hugues de Lezay, Marquis de Lusignem

    -          Luc Jerôme de Gibot, seigneur de Saint Mesmin

    Au cours de ces fameuses « Guerres de Géants » dixit Napoléon, le château de Beaurepaire eut à subir la rage des armées destructrices des armées républicaines. En effet, l’édifice fut brûlé deux fois par les colonnes infernales des républicains Westerman et Grignon, détruisant une importante partie des bâtiments dont la chapelle. Les occupants du château, de l’aveu même de la Marquise de la Rochejaquelein à la lecture de ses Mémoires, passaient pour être des fidèles de Monsieur Henri :

    -          Pierre Geay, fermier à Beaurepaire, participa au soulèvement de 1792 et devint capitaine de paroisse de Terves de 1793 à 1795.

    -          Jacques Martineau , métayer à Beaurepaire, fut aussi de ses fidèles participant à six batailles comme simple soldat dont celle du vendredi Saint 1794 au lieu dit «  St Benoit » (sur la route Boismé - Clessé) mais aussi celle de Vezins, St Pierre de Chemillé, La Chataigneraie, c’est dans cette bataille qu’il perdit son père. Dans l’année 1815, ne pouvant plus prendre les armes à cause de ses infirmités, Jacques Martineau fit partir quatre de ses domestiques dont l’un de ses frères tué à la bataille des Echaubrognes.

     

    Jacques Martineau cacha, aussitôt le serment des prêtres, des religieux dont l’abbé Proust curé de la paroisse et de nombreux royalistes ( les Blancs), dont Mr Du Fay et Mr Paulin régisseur à Clisson, dans une cache humide du château.

    -          Le fils Racaud fut élevé par la famille de La Rochejaquelein après que son père, domestique de Beaurepaire, eut été tué par les Bleus (les républicains) en voulant protéger « Monsieur Louis » au Bois Rocard, paroisse de Boismé le 28 juin 1832 lors du dernier soulèvement vendéen près d’un demi-siècle après la première « grand guerre ».

     

    A la Révolution de 1789, la seigneurie de Beaurepaire appartenait à Luc Gibot, seigneur de Lavau-Richer, paroisse de Chanteloup. Il en fut le dernier seigneur. Le domaine de 74 ha (terres, bois, garennes, étangs) fut vendu et passa entre les mains de divers propriétaires dont les derniers procèdent à une restauration prudente et passionnée.

     

    Christophe G

    Mai 2017

     

     

    La seigneurie de Beaurepaire, Terves....

    La seigneurie de Beaurepaire, Terves....

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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 6° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 67, 5 octobre 1899.

     

    Je revins à Maché pour y jouir en paix de calme que je commençais à goûter. Il ne devait pas être de longue durée. De toutes parts, les nuages s’amoncelaient sur ma tête ; l’horizon politique s’était obscurci, la journée du 18 fructidor eut lieu. Il fallut songer à la retraite et me cacher de nouveau.

    J’allai passer un jour dans ma famille pour savoir ce que mon fère, curé de Chavagnes, allait devenir. J’en partis heureusement à temps, car le général de brigade Gr…y, qui commandait à Montaigu, le même qui, deux mois auparavant, m’avait mis en liberté, envoya deux cent cinquante hommes pour m’arrêter avec mon frère.

    Je fus informé de suite de cette mesure atroce ; je partis dans la nuit pour retourner à Nantes, où j’avais plus de moyens de me cacher que dans la campagne. J’y arrivai sans accident, après avoir couru les plus grands dangers le long de la route, et surtout en passant au poste de Pont-Rousseau, où mon signalement était vraisemblablement donné.

    Ce serait ici le lieu de parler de la frayeur qui se répandit dans les villes après la trop fameuse journée du 18 fructidor. La France fut terrifiée une seconde fois ; mais cet évènement tient à l’histoire générale de la révolution, et je n’écris que ma vie particulière.

    Une fois de retour à Nantes, je me procurai, par le moyen de connaissances que j’avais, une pension sûre. On me donna un logement où j’avais besoin de lumière même en plein jour ; mais je passais facilement sur ces désagréments, parce qu’il y avait près de moi une cache qui n’avait pas été découverte jusqu’alors, malgré les fouilles qu’on y avait faites.

    Il m’en coûtait fort cher dans cette nouvelle pension (Ma pension était de cent francs par mois ; on ne se fait pas l’idée de ce qu’il en coûtait à Nantes, pour vivre caché, surtout dans les maisons sûres). Je sentais l’impossibilité de pouvoir soutenir longtemps la dépense que j’étais obligé d’y faire. Mlle M…… se décida à mettre le comble à ses généreux procédés en venant elle-même habiter la ville avec une de ses tantes et sa cousine qui tenaient déjà leur ménage à Nantes. Après avoir passé environ trois mois dans mon obscure retraite, je pus me réunir de nouveau à Mlle M….. et à ses parents. Si on pouvait être heureux quand on a continuellement suspendu un glaive prêt à frapper, et qu’on éprouve sans cesse des inquiétudes pour soi et les personnes qui veillent à votre sûreté, je l’aurais été sans doute. Rien ne manquait au besoin de ma vie, on me prodiguait avec bonté tous les soins imaginables.

    J’ai passé plusieurs mois sans courir des dangers bien menaçants ; mais ma solitude fut bientôt soupçonnée, et mes alarmes devinrent plus vives ; elles furent journalières. Je ne tardai pas à devenir un nouveau sujet d’inquiétudes pour le gouvernement. De nouvelles mesures de rigueur furent prises contre moi : par un arrêté du Directoire du 6 octobre de l’an 6, je condamné individuellement à la déportation comme brigand insoumis et prêtre réfractaire (ce son les propres expressions du Directoire consignées sur les registres du département de la Loire-Inférieure).

    Je fus instruit de suite de ces nouvelles mesures de rigueur prises contre moi : il me fallut prendre de nouvelles précautions pour ma sûreté ; elles furent insuffisantes pour empêcher l’administration de découvrir mon domicile. On vint faire, à trois heures du matin, des visites domiciliaires dans la maison où j’étais. Heureusement que j’eus le temps de me sauver dans une cache que j’avais fait pratiquer ; mais les personnes qui demeuraient avec moi furent horriblement épouvantées.

    Cette première visite, faite par la gendarmerie, et à laquelle j’avais échappé, ne me laissa plus de repos ; j’en avais d’autant moins qu’on punissait très sévèrement les personnes chez qui on trouvait des prêtres cachés. Je craignais pour mes amis, pour mes bienfaiteurs, plus que pour moi-même, car j’étais si persécuté que la vie n’avait plus pour moi de charmes.

    Je passai quelque temps assez tranquille, aux frayeurs près que j’éprouvai nuit et jour. Je gardais sévèrement ma solitude, je ne voyais jamais personne ; mes précautions ne désarmaient point mes ennemis. Une seconde visite eut lieu dans mon domicile ; faite par les agents de la municipalité, elle fut moins sévère que la première. J’avais déjà prévenu qu’on devait rechercher des prêtres, je me sauvai dans ma cache.

    Voyant l’opiniâtreté de mes ennemis, après en avoir conféré avec des personnes éclairées, je pris la résolution de m’éloigner de Nantes, où l’on me cherchait avec rigueur. Je formai le dessein de me rendre à Paris. Mlle de M….. emprunta de l’argent pour m’en faciliter les moyens. Un commis de la municipalité, qui paraissait bien disposé pour moi avait promis de me procurer des passe-ports pour me rendre dans la capitale ; je lui fis donner deux louis ; j’en fus quitte pour perdre mon argent, je n’obtins point de passe-port. Il me fallut rester dans ma retraite, où je courais charque jour de nouveaux dangers.

    J’en éprouvai bientôt un plus grand que tous ceux qui m’avaient menacé jusqu’alors. Le jour de la Pentecôte, à trois heures du matin, je fus éveillé par la société de ma chambre. C’étaient vingt-deux gendarmes qui entouraient ma retraite, et qui demandaient à entrer précipitamment. Je n’eus pas le temps de m’habiller ; il fallut me sauver sans précautions dans ma cache. On trouva des habillements d’homme dans ma chambre, ce qui pensa me perdre. On mit un acharnement à me rechercher qui tenait de la fureur. J’entendais, à chaque instant, qu’on disait qu’on était sûr qu’il y avait un prêtre caché dans cette maison. Les armes que montraient sans cesse les gendarmes avaient jeté l’épouvante dans l’âme des personnes avec qui je demeurais. Enfin, après deux heures de saisissement et de craintes, je fus délivré de la présence de la force armée, et je bénis la Providence qui m’avait si souvent sauvé du danger.

    J’apprenais chaque jour que quelques de mes malheureux camarades, qui prenaient les mêmes précautions que moi, étaient arrêtés et conduits à Rochefort. Je ne dois pas passer sous silence une anecdote, qui eut lieu le même jour où je fus si rigoureusement recherché.

    Le commandant de la gendarmerie, chargé de faire la fouille chez moi, perdit dans la grande rue de Nantes l’ordre qu’il avait de m’arrêter, qui contenait mon signalement. Cet ordre fut apporté aux personnes qui vieillaient à ma conservation par un émigré honnête et sensible, qui passait lui-même pour mort dans la société, et qui allait à Nantes donner des leçons dans différentes maisons. Je lui fis porter, par mes amis, l’assurance de ma reconnaissance éternelle. Ce bienfait ne sortira jamais de ma mémoire. J’appris avec douleur que cet individu était lui-même fort à plaindre, et qu’il n’existait que du fruit de ses leçons. Il faut avouer qu’il y a des hommes qui sont destinés sur la terre à éprouver des revers de bien des genres. Partout à Nantes, les audacieux, les méchants se montraient avec sûreté et une sorte d’orgueil ; presque tous les hônnetes gens vivaient pauvrement et dans la solitude.

    Quand l’évènement qui m’avait causé tant d’alarmes fut passé, je m’occupai sérieusement à chercher un autre domicile. Je ne pouvais tenir plus longtemps dans ma solitude ; presque tout le monde qui habitait la même maison que moi avait plus ou moins connaissance qu’il y avait un prêtre caché parmi eux. Ma santé, d’ailleurs, souffrait de ma longue solitude : j’étais devenu d’une épaisseur énorme ; je ne prenais jamais l’air.

     

     

    Abbé Remaud

     

    (A suivre)

     

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 6° partie....

      


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  • 1832, état d'esprit du Vendéen et légitimité

     

     

          

     1832, suite.... 1793-1796, 1799, 1815, 1832... Cette longue période de guerre civile « a engendré toutes espèces de crimes et d'horreurs. Quand les passions humaines sont déchaînées, elles transforment les hommes en véritables sauvages ; ce qui faisait dire à un officier républicain employé dans les armées de l'Ouest :

     

      « J'ai lu tous les livres où les horreurs de la République sont racontées : eh bien ! Je vous le déclare, tout ce qu'on a écrit n'est rien. J'en ai vu, moi seul, cent fois plus. »

     

      C'est dire que les atrocités commises en Vendée dépassent l'imagination.

     

      « En juin 1832, Athanase de Charette* ex-colonel de cuirassiers et ex-pair de France, était jeune encore, et plein des idées chevaleresques de sa race, il brûlait de se rendre digne du nom qu'avait immortalisé son oncle et que son frère Ludovic avait si dignement soutenu en 1815.

     

    *Il était fils de Charette aîné, frère du général, et par conséquent neveu du héros vendéen. Il naquit à Nantes le 14 janvier 1796. Il fut tenu sur les fonts du baptême par le comte d'Artois, depuis Charles X. Il fut placé avec son frère Louis, tué en 1815, dans les gardes du Roi en 1814 (Pascallet, p.25).

     

      Energique et tenace dans ses idées, il était profondément dévoué à la duchesse de Berry et à son fils. Pour enflammer d'ardeur les officiers vendéens, il leur annonça que madame allait se rendre en Vendée et marcher à leur tête. Cette communication ne permit plus, même aux plus pusillanimes, de faire la moindre objection, leur honneur était en jeu, ils ne voulurent pas y faire défaut, malgré l'insuccès qu'ils prévoyaient.

     

      En effet, beaucoup étaient convaincus que le soulèvement de la Vendée, dans les circonstances actuelles, était inopportun et n'amènerait que des catastrophes. La Vendée n'avait plus la foi politique et l'élan d'autrefois. Un grand nombre de fils et des petits-fils des vétérans de l'ancienne guerre n'étaient plus dans les sentiments de leurs vieux pères. Egarés par la propagande révolutionnaire et découragés par l'ingratitude de la Restauration, ils avaient embrassé le parti de la Révolution. Ceux qui étaient restés franchement Royalistes se demandaient même, avant d'agir, si tous les moyens d'action avaient bien été sérieusement ordonnés. Les prêtres, quoique sympathiques à un soulèvement bien préparé et ayant des chances de succès, n'y donnaient leur adhésion, pour la plupart, que discrètement. Beaucoup manifestaient même de vives craintes sur le résultat définitif. Pour entraîner ceux qui paraissaient hésiter, on fit circuler le bruit que le Midi, le Maine et la Bretagne allaient se soulever en masse, que vingt deux régiments de ligne étaient gagnés à la cause royaliste, que les cours étrangères favoriseraient activement une levée de boucliers et qu'elles allaient déclarer la guerre à l'usurpateur. Ces communications confidentielles données avec un ton de conviction profonde finirent par faire disparaître les inquiétudes chez un grand nombre. »

     

      Nous connaissons la suite, ce fut un échec cuisant. Le gouvernement de Louis Philippe usa d'une certaine clémence envers la duchesse de Berry, mais il reporta toute sa rigueur envers ceux qui avait secondé les projets de l'exilée. Les têtes des chefs légitimistes furent mises à prix.

      Pour terminer et aiguiser votre curiosité, il semblerait intéressant de revenir sur la mission confiée par le roi Charles X à Monsieur de la Rochejaquelein, en juillet 1830.

      En effet, « Retiré au château de Rambouillet, un roi de France attend avec anxiété les nouvelles de Paris : la Monarchie vacille, les combattants s'avancent, le sang va couler.

      Le Roi, cependant à 12000 soldats fidèles qui peuvent vaincre ces parisiens révoltés, mais Charles X (nous sommes en juillet 1830) Charles X hésite, n'ordonne rien, ne répond pas aux demandes : le Roi attend.

      Il a envoyé un officier, Monsieur de la Rochejaquelein, à Gallardon, près de Chartres ; celui-ci doit consulter un paysan, Martin. De sa réponse dépend le sort de la France. La Rochejaquelein revient à Rambouillet dans la nuit.

      Martin a répondu : « Charles X ne régnera plus – il doit sortir de France au plus vite – il mourra à l'étranger ainsi que son fils Angoulême – ils ne reverront jamais la France – le petit-fils du Roi ne sera pas roi. » – Charles X écoute le message ; il se résigne tristement et il signe son abdication ainsi que son fils Angoulême. Et puis, tous deux partent pour l'exil...

      Qui est donc ce Martin, ce paysan, qui a prédit l'avenir de la famille royale, convaincu le Roi et changé ainsi le sort de la France ? 

      Dieu avait donc d'autres projets pour notre Pays, les jeux étaient faits, 1832 fut la suite de l'événement de 1830...

     

     

     

    Sources: Histoire de la Guerre de la Vendée – Abbé Deniau, Tome VI, pages 92,547,548. - Martin, le Paysan visionnaire du village de Gallardon, page 1 Préambule, de Noëlle Destremau.- Photo de l'auteur, Saint-Florent-le-Vieil, la colonne de la duchesse d'Angoulême..

                                                        

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 

     

    1832, suite....


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