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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 4° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 65, 5 septembre 1899.

     

    Je continuai ma route, non pas sans inquiétude, car je ne savais point la langue du pays d’où je paraissais être. Heureusement que les préliminaires…… (La fin de la phrase manque). La paix fut rendue aux contrées que je devais parcourir. Je voyageais avec toute la facilité imaginable. Je traversai les principales villes de l’Allemagne.

    Je rencontrai, à Houskat, le prince Charles, pour qui j’avais des dépêches. J’eus l’honneur de lui être présenté par M. Delmone, son major général. Il m’accueillit avec infiniment d’attention. Après avoir eu avec lui une longue conférence, j’en pris congé et me rendis à Neustad, où était Monsieur le Prince de Condé, avec son armée qui se retirait alors sur les bords du Rhin.

    Il était dix heures du soir quand je pénétrai aux quartier-général du Prince. J’avoue que je n’étais pas présentable devant lui. J’étais très fatigué de voyager jour et nui. Je lui fis remettre mes paquets que j’avais pour lui, et lui fis demander comme une faveur de lui offrir l’hommage de mon profond respect le lendemain matin. De suite, il ordonna de m’envoyer chercher, et lui être présenté tel que j’étais. Je parus devant le prince de Condé, et j’y fus introduit par M. le duc Duquêta, gentilhomme de sa chambre.

    A Neutad comme à Edimbourg, je fus accueilli avec tant de bontés, que je suis incapable de les exprimer. Ce bon prince de Condé me tint par la main pendant plus d’une heure qu’il s’entretint avec moi. Je passai la journée du lendemain avec lui. J’en pris congé après avoir reçu ses ordres. Il fit beaucoup de questions sur les armées royalistes de France. Il s’informa d’une manière toute particulière des chefs qui avaient commandé les armées. Il parut regretter infiniment le général Charette. Il me donna des grandes espérances en le quittant : « Descendez, me dit-il, la vallée de l’Enfer, demain vous serez à Fribourg, et sous peu nous serons en France ensemble. Nous aurons besoin de vous. »

    J’arrivai peu de jours après sur les bords du Rhin. Je pris mes précautions pour entrer en Suisse, où j’avais eu les indices qu’on devait m’arrêter. Je payai d’un coup de hardiesse : je passai sur le champ de bataille d’Hunningue, et j’arrivai à Bâle. Je traversai toute la Suisse. J’avais des lettres de recommandation pour Son Excellence M. Wu… chargé d’affaires du gouvernement anglais à Berne. Je fis séjour dans cette ville. J’eu diverses conférences avec M. Wu… Il était spécialement chargé de surveiller les opérations des royalistes de France et de leur procurer des secours. Il me procura un passe-port français pour passer la frontière. C’était là le point difficile pour moi.

    J’arrivai sur les bords du lac de Genève, et je m’arrêtai à Triou, qui n’est qu’à quatre lieues de la frontière. Je trouvai des Français qui me firent des offres obligeantes pour me faciliter les moyens de rentrer en France. Je me défiais de tout le monde : j’avais bien des raisons de ne pas être confiant. Enfin il fallut s’exposer à un nouveau danger. Je traversai le Mont-Jura, avec un guide sûr qu’on m’avait donné. J’arrivai à Rouvré, premier bourg français sur cette ligne qui nous sépare de la Suisse. Je fus viser mon passeport sans difficulté. Je voyageais par prudence à pied. J’avais déjà fait passer ma voiture et ma malle.

    Il est bien difficile d’exprimer ce que l’on éprouve en rentrant dans sa patrie, quand on en a été quelque temps éloigné. J’étais parti d’Angleterre sans être parfaitement rétabli de la longue maladie que j’y avais éprouvée. Les médecins m’avaient recommandé les plus grands ménagements. Ils m’avaient même donné des remèdes pour prendre la route, ce que je ne fis pas. J’avais quarante jours de poste, la plupart du temps nuit et jour. Eh bien ! je fus à peine sur le sol français, que je sentis mes forces revenir et ma santé se rétablir parfaitement sans le secours de l’art.

    Le premier endroit où je m’arrêtai fut à Flavigny, petite ville entourée de montagnes et à huit ou dix lieues de la Suisse. J’en partis le lendemain matin me dirigeant pour Dôle, Auxerre et Dijon. Je passai un jour dans cette dernière ville, qui me parut très agréable.

    J’étais impatient d’arriver à Paris ; j’avais ordre de m’y trouver pour l’époque du renouvellement du Corps Législatif ; j’y arrivai la veille. Mon premier soin, une fois arrivé dans la capitale, fut d’y réunir les différentes personnes à qui je devais communiquer les ordres du Roi dont j’étais porteur. J’eus aussi des conférences avec MM. les vicaires généraux de Mgr l’Archevêque de Paris, concernant les affaires de la religion.

    Pendant mon séjour à Paris, j’eus occasion de voir les personnages les plus marquants du Corps Législatif qui s’occupaient de rétablir la monarchie ancienne. Je conférai avec le général Pichegru, sur qui tout le monde avait les yeux fixés alors, et après avoir pris des instructions, je préparai mon départ pour revenir en Vendée, où je devais attendre les évènements extérieurs.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 4° partie....

     


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    Le prieuré de Primart…

     

     

    On pourra me reprocher de piller souvent les notes de l’abbé Michaud (1859-1941), mais il est toujours délicieux de se replonger dans ce travail de fourmi qui fut le sien. C’est ainsi que l’on verra l’histoire d’un lieu totalement méconnu de Saint-Clémentin se faire jour sous sa plume. Bonne lecture !

     

    RL

    Avril 2017

     

     

     

    Gaufridus de Premart est désigné comme témoin dans un acte de 1140 concernant Saint-Clémentin. La chapelle sainte Marie de Primart est citée dans la bulle du 5 des calendes de janvier 1186 (28 décembre) par laquelle le pape Urbain III confirme à Manier, alors abbé de St-Florent, et à ses religieux la possession de diverses églises : cum capellis… sancte Marie de Premart (1). Cette chapelle devint le centre d’un petit prieuré dont la dotation fut faite par la famille de Sanzay. Les Sanzay prétendaient être les fondateurs de ce prieuré de St-Clémentin dès le XI° siècle ; à cette époque Yvon de Sanzay et sa femme Hélène de Parthenay l’auraient établi à la Roche-aux-Moines ; plus tard, il aurait été transféré à la chapelle Sainte-Marie de Primart. Ce prieuré fut attaché à l’abbaye de Saint-Léonard de Ferrières à Bouillé-Loretz. Dans les hommages que rend aux seigneurs de Sanzay l’abbé de Ferrières, ce dernier reconnaît en raison de son abbaye et de la chapelle de fondation de Primart devoir service régulier en la dite abbaye avec 12 religieux et une messe du Saint-Esprit à la venue des seigneurs et dames de Sanzay et une messe des Trépassés à chacun de leurs décès pour toutes charges et devoirs (2). L’aveu rendu à Henri IV par René de Sanzay le 23 septembre 1590 rappelle que le « membre de l’abbaye de Ferrières nommé Primart sis et situé en la paroisse de St-Clémentin relève des seigneurs de Sanzay à foy et hommage lige (3).

    Le jour de la Saint-Marc 1467 (jour où il y avait solennité dans la chapelle de Primart) un différend s’éleva entre Loys de la Chapelle prieur de St-Clémentin et l’abbé de Ferrières, Jean I du Chatel, au sujet des offrandes et chandelles offertes chaque jour, des dîmes et prémices offertes à l’église de Primart. Un accord intervint moyennement une rente de froment et de seigle au profit du prieur de St-Clémentin qui renonça à ses droits (4). Un acte de 1572 désigne ce prieuré sous le nom de St-Marc de Primart.

    Le prieuré de Primart fut ruiné par les guerres du XVI° siècle. Jacques, premier évêque de la Rochelle, visitant la paroisse de Saint-Clémentin, le 25 juin 1651, enjoinct au prieur de Primart de faire réparer la chapelle du dit lieu et la mettre en estat que le service sy puisse faire avec décence, ensemble dy fournir les ornements nécessaires pour dire la messe ; ordonne qu’il y sera dit, suivant l’information qu’il en a faite du service qui s’y doit, deux messes par semaine, l’une le dimanche comme messe matutinale pour la commodité des voisins et l’autre à pareille heure le samedy de chaque semaine s’il n’y a feste en icelle, auquel cas la dite messe sera dite au dit jour de feste (5). Le 6 février 1658, une plainte est porté contre le prieur de Pirmart pour n’avoir ni cloche, ni clocher, ni réparer et orner la dite chapelle ; il n’y fait dire aucune messe et l’autel est « sans figure ». Dans l’assemblée de paroisse du 23 juin 1658, les habitants déclarent que les messes ne se disent pas les dimanches et samedis et que le chapelain prend sa commodité sans considérer celle des paroissiens. Par sentence du 19 août 1659 le Présidial de Poitiers ordonne au titulaire de Primart de faire le service obligé, faute de quoi l’évêque de la Rochelle établira un prêtre qui sera payé sur les revenus du bénéfice.

    Le Pouillé de Gervais Alliot (1648) rappelle que le patron de Primart est l’abbé de Ferrières et que le revenu du prieuré se monte à 400 livres. D’après la visite de Mgr. de Menou, en 1739, le prieuré, à la présentation de l’abbé de Ferrières, était affermé 300 livres. Le feudiste Moisgars met en 1779 le prieuré de Primart à la présentation de l’Eglise de Nantes (6).

    La Révolution donna le coup de mort au prieuré ; l’Etat s’empara de ses biens. Frère Pierre Trolant, prieur de Primart en 1468 ; Etienne Marin 1572 ; René, Jacques Chiron, prieur de Primart en 1658 ; Pierre du Verger, religieux profès de l’abbaye de Chambon, prieur de Primart en 1674 (7), il fit faire de grosses réparations à la chapelle en 1675 ; M. de Verberie était titulaire du prieuré en 1739, Charles de Verbery était un religieux de Ferrières. Prémart, situé sur la voie d’Angers à Saintes, peut avoir pour origine étymologique un lieu consacré à Mars ; Prémart viendrait de Pratum Martis.

     

    Abbé Michaud

     

     

    Notes :

    (1)  Arch. Hist. du Poitou, II.

    (2)  Bibl. de la Ville de Niort. Papiers de la Fontenelle, carton 37.

    (3)  Arch. Dép. de la Vienne, C. 338, rég. 13.

    (4)  Arch. dép. du Maine-et-Loire. Dom Luynes. Hist. manus… de St-Florent de Saumur, folio 307 et seq.

    (5)  Archives du château de St-Clémentin.

    (6)  Affiches du Poitou, 1779,4.

             (7)  Etude de Me Argenton. Minutes de 1674, acte du 3 novembre.

     

    Le prieuré de Primart....

     

        Le prieuré de Primart en vue aérienne Géoportail…

    Le prieuré de Primart....

     

        Et sur la matrice cadastrale de 1813 :

    Le prieuré de Primart....


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    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 3° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 64, 20 août 1899.

     

    J’étais d’avance annoncé à Son Altesse Royale par les lettres de M. Le duc d’Harcourt, résidant à Londres en qualité de chargé d’affaires pour le prétendant. Je me fis présenter à Monsieur par le comte François Discares, son capitaine aux gardes. Je suis incapable d’exprimer, même faiblement, ce qui se passa entre le prince et moi. Je lui remettais d’une main les derniers vœux de Charrette, et il recevait de l’autre son dernier soupir rendu à l’échaffaud. Sa figure, pleine de grandeur et de sensibilité, se couvrait de larmes ; il pouvait à peine lire, et je pouvais encore moins m’expliquer. Après avoir reçu de sa part des bontés sans nombre, je lui demandai la permission de me retirer, n’ayant pas pris de repos depuis plusieurs nuits que j’étais en route. Il m’invita obligeamment lui-même à dîner le lendemain avec mon compagnon de voyage.

    Je me rendis avec empressement aux ordres que Monsieur m’avait donné la veille. Je pris autant que je le pus sur moi pour modérer une juste douleur. Il fallut aborder la grande question des malheurs de la Vendée, commencés depuis longtemps par la mésintelligence des chefs, augmentés par la défection de plusieurs commandants de division, et enfin à leur comble par la mort de Charette, un des plus fidèles serviteurs du roi. Après une longue conférence, à laquelle assistèrent MM. Le duc de férant, les comtes de P.P. qui composaient alors ses conseils, j’eus l’honneur de dîner avec Son Altesse Royale, Mgr le duc d’Angoulême, et cet honneur me fut accordé pendant tout le temps de mon séjour en Ecosse.

    J’y passai environ un mois, pendant lequel je fus malade des suites de mes blessures. Monsieur me donna son médecin pendant le temps que je mis à me rétablir. Je ne sortais point de chez moi. Monsieur profita de ce moment pour me faire exécuter un petit travail sur la guerre de la Vendée, ouvrage qu’il désirait infiniment, mais que personne n’avait pu lui donner, parce que personne n’avait suivi de près tous les évènements de la guerre. Je m’occupai de classer les principaux faits,  je les fis transcrire par mon compagnon de voyage, et je remis à Monsieur cette petite brochure à laquelle il parut attacher un grand prix. Il y ajouta de nouvelles bontés pour moi, en m’assurant que tous les Vendéens auraient toujours des droits à son estime, et qu’il ne serai peut-être jamais assez heureux de pouvoir s’acquitter envers eux.

    Ce n’est pas ici le lieu de rappeler les intéressantes conversations que j’ai souvent entendu tenir au prince. Je ne peux pourtant m’empêcher de rapporter ce qu’il me dit un jour en dînant à côté de lui, en me serrant la main avec bonté. Il me fit remarquer sa table, encore garnie de beaucoup de bons mets : « Eh bien ! ajouta t-il, j’aimerais mieux être dans la Vendée à manger un morceau de pain noir, que d’être ici à faire bonne chair, dans le palais des rois d’Ecosse. »

    Quelqu’agréable que fût ma position, quelques délicieuses que fussent pour moi les bontés de Son Alt. Royale Monsieur, j’étais impatient de retourner dans ma patrie, et de rendre compte à mes amis de ce qu’ils avaient à espérer ou à craindre. Je fus mes préparatifs de départ et demandai à Monsieur ses derniers ordres pour la Vendée. Il m’engagea obligeamment à demeurer encore quelques jours auprès de lui, pour assister à une fête que Lord Gordon, vice roi d’Ecosse et gouverneur pour le roi d’Angleterre dans le royaume, voulait nous donner. Le généreux anglais, qui aimait singulièrement les princes de la maison de Bourbon, aimait aussi beaucoup les Vendéens ; il aimait à causer de la guerre de la Vendée. Je reçus une invitation infiniment flatteuse, et j’assistai au dîner du noble Lord, qui ne cessa, pendant tout le temps que nous fûmes chez lui, de nous combler de bontés, mon compagnon de voyage et moi. Notre départ fut définitivement arrêté pour le lendemain, dernier jour de juillet.

    Avant mon départ, j’allai prendre les ordres de Monsieur et ses dépêches. Ce moment fut terrible pour ma sensibilité. Je ne pus m’empêcher de couvrir ses mains de mes larmes, au moment où il voulut bien me donner l’accolade. Je partis et j’arrivai à Londres, après quatre jours de marche sans m’arrêter.

    Mon premier soin, quand j’arrivai à Londres, fut de remettre aux différents ministres les dépêches de Monsieur pour eux. Partout on me témoigna le plus vif intérêt, particulièrement chez le ministre de la guerre, où j’allai souvent dîner. J’étais loin de penser ce qui devait m’arriver par la suite ; je comptais faire un très petit séjour à Londres, mon envie de retourner en France ne faisait qu’augmenter chaque jour. Le gouvernement anglais en avait décidé autrement.

    Je reçus l’ordre du ministre de prendre un appartement commode, peu loin du bureau de la guerre, et de m’y présenter souvent pour conférer avec lui. On fixa ma pension par jour à 12 l. et on me procura du reste tous les agréments que je pouvais désirer.

    J’établis donc mon séjour à Londres, sans plus savoir quand je pourrais retourner dans ma famille et au sein de mes amis qui ignoraient pour la plupart ce que j’étais devenu. Je me plaignis plusieurs fois à Monsieur de l’espèce de gêne dans laquelle on me tenait dans la capitale de l’Angleterre. Il me répondait avec affection et m’exhortait au courage. Je me plaignis directement aux ministres, ils me répondaient toujours d’une manière extrêmement obligeante avec moi, mais peu favorable au plan que j’avais formé pour mon retour. C’était surtout sur l’intérêt que l’on prenait à moi, qu’on motivait les délais de mon départ. On ne cessait de me dire qu’il n’y avait rien d’avantageux à faire alors en France, qu’il fallait attendre les évènements.

    En effet, la politique avait bien changé depuis mon départ de la Vendée : les insurgés, les puissants auxiliaires pour l’Angleterre, n’existaient plus. La Vendée était comprimée, l’Anjou soumis et la Bretagne rendait partout ses armes. Il fallut donc se soumettre aux évènement et attendre, ce que je ne fis pas sans murmurer.

    Dans la nécessité où j’étais de prolonger mon séjour dans la capitale de l’ Angleterre, je me déterminai à me faire un genre d’occupation, pour ne pas m’ennuyer au milieu de cette immense cité que je n’habitais qu’à regret. Sur le désir que m’avait témoigné Monsieur de me voir écriren d’une manière plus détaillées, les malheurs et les combats des la Vendée, dont j’avais été le témoin oculaire, je me décidai à continuer plus en grand le travail que j’avais commencé à Edimbourg. Je fis des mémoires sur la guerre civile de la Vendée, cet ouvrage m’occupa pendant six mois. Je passais les moments de délassement chez MM. les émigrés de ma province, que je voyais le plus souvent possible, et j’avais aussi une injonction particulière de Son Altesse Royale Monsieur de voir MM. les évêques de France réunis à Londres. Parmi ces prélats, je voyais plus particulièrement le respectable évêque de Saint-Paul-de-Léon, M. de la Marche. Il entretenait avec les princes une correspondance journalière, il jouissait auprès du ministre britannique d’une grande considération.

    Mon ouvrage sur la Vendée n’était pas encore fini, que je trombai malade. Je le fus si sérieusement, que je pensai mourir. J’eus ce qu’on appelle en Angleterre le spleen, et ce qu’on nomme en France la consomption. On se voit mourir : c’est une maladie du pays ; elle est occasionnée par la sombre mélancolie qui est le partage des Anglais, ou peut-être encore par l’air épais que l’on respire à Londres, où un nuage épais de fumée de charbon de terre empêche de voir le ciel pendant la majeure partie de l’année. Je n’ai dû mon rétablissement qu’aux soins multiples du docteur Philisbert, médecin de Monseigneur le duc de Bourbon, qui avait la bonté de me l’envoyer tous les jours. Je me guéris, non parfaitement, et je profitai de mes derniers moments de convalescence pour me faire conduire chez le ministre, aux fins de faire accélérer l’époque de mon départ, pour les raisons même de ma mauvaise santé.

    Les évènements avaient encore changé de face dans toute l’Europe, et particulièrement en France. Le Directoire se faisait partout détester par ses mesures de rigueurs. L’Empereur de Russie paraissait prendre un vif intérêt aux princes infortunés de la maison de Bourbon. L’Angleterre même semblait vouloir enfin adopter le plan pour sa propre sûreté. Le roi avait besoin en France de ceux qui étaient attachés à son parti. Mon départ d’Angleterre fut enfin résolu, mais je fus obligé, pour l’obtenir, de me faire donner les ordres du Royaume. Je fus chargé spécialement d’apporter en France ses volontés et ses instructions.

    Le gouvernement me donna des fonds pour mon voyage, qui devait être long et pénible. Il fut arrêté que, pour arriver à Paris, je passerai par le continent. Je quittai Londres le 12 mars, presque un an après mon départ de la Vendée. Je m’embarquai à Claremont pour Crux-Haven. Le gouvernement me donna place sur un bâtiment destiné à conduire Lord Elgin à son ambassade.

    De tous les voyages que j’ai fait en mer, cette traversée fut pour moi la plus agréable. J’arrivai dans le nord de l’Allemagne sur la fin de mars. Je commençai mon long voyage sur le continent. Après avoir traversé le Hanovre, je pris la route de Francfort, où j’avais ordre de passer.

    Je fus singulièrement contrarié dans ma marche. Les Français étaient aux portes de cette ville d’un côté, quand j’étais à une journée de marche de l’autre. Il me fallut rétrograder sur les Etats du prince de Hesse. Ne prévoyant pas quelle route je pourrais suivre avec prudence, je m’adressai directement au ministre du Landgrave, qui me reçut avec beaucoup d’égards. Il me donna des passe-ports de Hessois, qui étaient alors en paix avec la France.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

    Les Mémoires de l'abbé Remaud, 3° partie....


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    Les chroniques de Jacques Chauvet, N° 24…

     


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  •                 Saint-Lambert-du-Lattay, le 10 fructidor an 7...

     

     

        

        

     
    Saint-Lambert-du-Lattay, 1799.... Deux ''bons patriotes'', deux sinistres dénonciateurs de la Commune de Saint-Lambert-du-Lattay sont abattus au village du Plessis dans la soirée du 10 fructidor de l'an 7, le mardi 27 août 1799, par huit combattants royalistes. Les affiches d'Angers ne manqueront pas de s'en faire l'écho avec l'esprit partisan et la mauvaise foi habituels ; en oubliant bien entendu, les exactions des Colonnes Infernales.

      En 1790 la population de Saint-Lambert était de 1130 habitants et en 1796  de 400 habitants seulement...

     

    Angers, 13 fructidor.

     

      « Auparavant d'annoncer l'assassinat commis sur les citoyens Hudault, notaire, et Gaultier, m.d tanneur, demeurant commune de Lambert-du-Lattay, sur la rive gauche de la Loire, nous avons cru devoir nous instruire de la vérité de ce cruel événement.

      Le 10 de ce mois, huit individus armés se présentèrent, sous le nom de colonne mobile, dans la commune de Lambert-du-Lattay. Divisés en deux bandes, quatre entrèrent chez le cit. Hudault, ancien commissaire du directoire ; les quatre autres, chez le cit. Gaultier, m.d tanneur. Ils reçurent dans ces deux maisons un accueil fraternel, en raison de ce qu'ils s'étaient annoncés faire partie de la colonne mobile. Mais bientôt ils se firent connaître ; impatiens de commettre le crime, ils saisirent leurs hôtes, les arrachèrent à leurs familles, et les massacrèrent presque sous les yeux de leurs femmes et de leurs enfants....

      Est-il d'expression assez forte pour peindre l'horreur d'une telle action ! Tout être pensant a voué à l'exécration le système de terreur et ses partisans ; la constitution protège les personnes et les propriétés. Quel contraste avec ceux qui se disent les défenseurs de la religion, de la royauté ! Au nom de l'évangile, au nom de Louis XVIII, ils égorgent des pères de famille, et s'abreuvent de leur sang. L'humanité, ce qu'il y a de plus sacré sur la terre, l'humanité n'est chez les révoltés qu'un mot vide de sens, qu'une faiblesse ; enfin il leur faut du sang...... Ils oublient même que leurs voisins, leurs parents, leurs amis, des personnes mêmes innocentes, peuvent devenir responsables de leurs attentats.... qu'ils sont leurs propres victimes. Il est un terme à tout. La justice nationale gémit de n'être pas satisfaite ; et si les événemens de l'extérieur ont pu occasionner dans le sein de la république de nouveaux crimes, les mêmes causes nous fournissent le moyen de les punir, en facilitant au gouvernement l'envoi de troupes dans nos contrées. »

     

      Un procès Verbal suivi des actes de décès sont rédigés par Barthélémy-Marie Andouin, adjoint municipal de la commune.

     

      « Aujourd'hui onze fructidor an sept de la République Française, à quatre heures du matin.

      Les soussignés et plusieurs qui ont déclarés ne le savoir signer, habitant la commune de Saint Lambert du Latay se sont transporté au village du Plessis d'où ils ont entendus trois coups de fusil, hier au soir sur les neuf ou dix heures, lesquels ils ont pensé avoir été lâchés sur les citoyens Hudault et Gautier tanneur, le premier agent, le dernier ancien maire de la dite commune. Quels chouans se disant colonne mobile avaient pris il y avait environ un quart d'heure, dans leurs maisons les dits habitants, arrivés à un carrefour près le dit village du Plessis ont reconnu les citoyens Hudault et Gautier, le premier atteint à la tête d'un coup de feu qui lui a brûlé sa chemise et auquel ils ont ôté son chapeau, sa culote et ses souliers ; le second également atteint à la tête d'un coup de feu et d'un autre dans les reins, et auquel ils ont ôté ses souliers ; de tout quoi ils ont rédigé le présent procès-verbal. Les chouans ont entré sur plusieurs points ont demandé s'il n'y avait pas de troupe, sont portés, les uns chez Gautier, les autres chez Hudault, le tout en moins d'un quart d'heure. »

     

    Signé Andouin et consorts.

     

      « René-Jean Hudault, notaire :

     

    Aujourd'hui onze fructidor de l'an sept de la république devant moi Barthélémi-Marie Andouin adjoint municipal de la commune de St lambert du Latay ; sont comparus les citoyens Jacques Gaultier cultivateur et Claude Mauriceau aussi cultivateur tous domiciliés de cette commune ; les quels m'ont déclaré que le citoyen René-jean Hudault notaire public et agent municipal de St Lambert a été assassiné hier, neuf heures du soir, laquelle déclaration étant appuyée d'un procès-verbal dûement en forme qui constate l'assassinat commis sur la personne dudit Hudault. J'ai rédigé le présent acte que les témoins ont signés. »

     

    signé : Claude Mauriceau, J Gaultier et Andouin adj municipal. »

     

     

      René-Jean Hudault est né le 29 octobre 1753 à Chouzé-sur-Loire, marié le 24 novembre 1795 à Faye-d'Anjou avec Perrine Lucas, née le 3 avril 1762 à Saint-Lambert. Ancien Commissaire du Directoire et notaire public et aussi.... ''dénonciateur public''.

     

      René Gaultier, maire de Saint-Lambert en l'an 2, à ne pas confondre avec Jacques Gautier, maire en 1789 et 1791. René Gautier est qualifié de boucher-tanneur.

      Il s'agit peut-être de René Gaultier, né le 9 janvier 1760 à Saint-Lambert ; marié le 20 janvier 1784 à Saint-Lambert avec Mathurine Bordreau-Bordereau et domicilié au village du Layon près du village du Plessis. De cette union sont issus :

     

    1° Mathurine Gaultier, née le 26 février 1786 à St Lambert.

    2° Jeanne Gaultier, née le 9 septembre 1788 à St Lambert.

      Mais ce René Gaultier est qualifié de journalier ou de vigneron. Aucun acte ne précise la qualité supplémentaire de tanneur ou de boucher. Voici son acte de décès :

     

      «  René Gaultier -taneur.

      Aujourd'hui onze fructidor de l'an sept de la république, devant moi, Barthélémi-MarieAndouin, adjoint municipal de la commune de St Lambert du Latay sont comparus les citoyens Jacques Gaultier et Claude Mauriceau tous deux cultivateurs domiciliés en cette commune  ; lesquels m'ont déclaré que le citoyen René Gaultier taneur et ancien maire du dit Saint Lambert a été assassiné hier neuf heures du soir laquelle déclaration étant appuyée d'un procès-verbal dûement en forme qui constate l'assassinat commis sur la personne dudit Gaultier. J'ai rédigé le présent acte que les témoins ont signés. »

     

    signé : Claude Mauriceau – J. Gaultier, Andouin maire.

     

     

    Sources: Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés. Les Affiches d'Angers, quartidi 14 fructidor (n°172) - an 7 de la République – vue n°13/31 - Registres d'état civil de la commune de Saint-Lambert-du-Lattay, décès vues 113,114/124 et de Faye d'Anjou mariages 1795 - Cadastre de 1824 A (unique) du Plessis (village du Layon et du Plessis) -  Photo de l'auteur,  

                                                              

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets. 

     

     

    Saint-Lambert-du-Lattay, 1799....

     

     

    Ces deux patauds ont été tués près de cette croix. 

    Saint-Lambert-du-Lattay, 1799....

     


       À noter que ce sont eux qui vinrent à la rencontre de la colonne de Cordelier, quand celle-ci s'approcha de Saint-Lambert-du-Lattay, le 23 janvier 1794. Malgré leurs suppliques, les soldats républicains dévastèrent la commune

     

    Nicolas Delahaye 


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