• Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Les quatre cimetières de Cerizay…

     

     

    Nous voici à nouveau à Cerizay pour de nouvelles énigmes. Je dis bien énigmes car, dans cette petite ville que je pense pourtant connaître sur le bout des doigts, le passé lointain a laissé un grand nombre de mystères. Pour ce volet, je vous propose de nous intéresser aux différents cimetières qui ont pu exister sur le territoire de la paroisse. La petite cité de Cerizay existait dès l’époque mérovingienne et peut-être même dès l’époque gallo-romaine. On la trouve nommée « Seresiacum » en 1172 sur le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, dont la paroisse dépendait, puis « Cerezyum » en 1236, « Ceresey » en 1292, puis « Serizay » en 1716, avec toutefois une appellation plus habituelle de « Cerisay » en 1487, par le Roi de France lui-même, comme nous l’avons vu ici.

    L’église primitive de Cerizay fut sans doute la chapelle de son château, agrandie au XV° siècle, avec son clocher court et posé sur le milieu de l’édifice. Orientée à l’Est, en direction de l’actuel cabinet des dentistes et du magasin « Carrefour Contact », nous n’avons d’autre représentation d’elle que son dessin sur le cadastre de 1809 et une photo datée d’avant 1890, sur laquelle figure l’abbé Charruyer.

    Sur le cadastre de 1809 des AD79 (3 P 51/6) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

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    Datée probablement du début du XII° siècle pour le gros de l’ouvrage, il fallait curieusement descendre quelques marches pour pénétrer dans le sanctuaire dont la décoration assez pauvre consistait en des chapiteaux ornés de modillons grimaçants et autres bestiaires infernaux typiques du début des années 1200. On retrouve d’ailleurs ces mêmes têtes sur l’église de Beauchêne, pour une construction de même époque.

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Le malheur voulut que pour construire l’église actuelle en 1890, on démolit ce petit joyau médiéval et on sait quels furent les débats de l’époque entre ceux qui voulaient que le chevet fut classé et la commission départementale des monuments historique qui refusa, sous prétexte que la municipalité souhaitait la création d’une rue latérale (celle qui rejoint la Poste actuellement) et que cela entraînerait le paiement d’une indemnité à l’entreprise de construction qui devait utiliser les pierres de l’ancien édifice pour la construction du nouveau. Cependant à l’occasion de la démolition de la pauvre église romane, on eut quelques surprises. Si l’on ne trouva point le cœur de l’un des membres de la maison Maillé-Brezé, mort à la bataille de Coutras le 20 octobre 1587 et qui était censé reposer quelque part dans le chœur, on découvrit néanmoins derrière l’autel, un petit trésor en monnaies à l’effigie des Rois Louis XIII et Louis XIV. Ce fut aussi la découverte de plusieurs sarcophages en pierre coquillière, cette roche faite de fossiles et plus facile à travailler que le granit de notre bon vieux Bocage, et qu’on allait chercher dans le pays de Doué-la-Fontaine à l’époque mérovingienne. Parallèlement, plusieurs autres sépultures de cette époque avaient déjà été découvertes sur la commune et notamment dans le bourg. On trouva même dans l’une de ces sépultures, plusieurs cabochons de pierres précieuses et une plaque portant quatre poissons dont les têtes étaient réunies autour d’une croix. Quelque chose frappa les archéologues lors de leur découverte à Cerizay : les sarcophages semblaient avoir été réutilisés et on en trouva un qui contenait des ossements repoussés vers le pied tandis que l’on avait placé un autre corps vers la tête. Une séparation en mortier de chaux et de sable, séparait les deux corps ne laissant qu’environ 35 cms pour les ossements entassés du premier défunt (1). Il faut dire que la pierre coquillière avait un important pouvoir de dessiccation, soit le fait de dessécher d’elle-même ainsi que les corps qu’elle contenait. Une fois qu’il ne restait plus que les os, on pouvait ainsi réutiliser le sarcophage à peu de frais. Le tout était recouvert, dans le cas de Cerizay (et aussi de Loudun, notamment), d’un couvercle en calcaire « falunier » (2).

    Venons-en à présent au premier cimetière de la paroisse. Possiblement établi à l’Ouest de l’ancienne église, soit dans la grande cour du presbytère actuel, il semble difficile qu’il le fut du côté Nord, en direction du château, ou si vous préférez de la Poste et de l’actuelle « Place de la Forge ». La logique, en pareil cas, nous enseigne qu’il a probablement existé au Sud de l’ancienne église, soit sur la grande place actuelle, menant au parvis de l’église moderne sur laquelle, un incessant ballet de voitures vient de nos jours, se stationner.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     

    Ce cimetière ne suffisant probablement plus, on en établit un nouveau, en face de ce qui fut le relais de poste au XVIII° siècle et que nous voyons ici sur le cadastre de 1809 (même cote que la feuille précédente) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    On notera le soin d’un fonctionnaire de l’Empire, à représenter le cimetière sur le cadastre avec une certaine dose d’originalité...

    Pour ceux qui ont du mal à le situer, je dirai qu’il était entre la rue actuelle de Montemor O Velho, soit en face du cinéma et courait jusqu’aux jardins de l’hôtel du Cheval Blanc, débordant sur la pente de la rue du Pas des Pierres et la rue des Voûtes. Lorsque vous entrez dans le pressing qui fut autrefois la boulangerie Rondeau, vous êtes en plein dedans. Un ami, ayant habité une maison de la rue Montemor O Velho, m’a signalé un jour que dans son enfance, le lieu avait subi des problèmes de « fantômes » et des choses inexpliquées dans la maison. Dans les années 60, les gens qui cultivaient les jardins de ce quartier, avaient quelquefois de drôles de surprises en labourant ; quelques tibias et morceaux de crânes voisinant allègrement sous les rangs de carottes…

     

    Ce cimetière fut à nouveau désaffecté en 1922 et je me permets de vous raconter une anecdote que vous relirez sûrement avec plaisir avant d’aller vous coucher. En effet, mon grand-père participa au démantèlement de ce cimetière. Il tomba un moment donné sur un cercueil en bon état. Il l’ouvrit et y trouva le corps momifié d’un jeune homme décédé plusieurs décennies auparavant. Le but de son travail étant de ramasser les ossements, il se trouva bien embêté devant ce cadavre. Après quelques secondes de réflexion, il donna un grand coup de pioche dans le corps et tout le visage du défunt tomba en poussière. Il put donc reprendre sa tâche de collecte des ossements afin de les transférer dans le nouveau cimetière.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Illustration : les catacombes du couvent des capucins de Palerme. Blog « Maman raconte ».

     

    Voici donc dans les grandes lignes, l’histoire des trois cimetières de Cerizay, sauf que je vous en annonçais quatre dans le titre de l’article…

    Ca suit là-bas dans le fond ?

    Eh oui, quatre, car nous avons oublié Beauchêne. Si l’on en croit Dom Victor Bonneau dans son « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », non dépourvue d’erreurs, la tradition locale aurait été unanime sur la présence d’un cimetière à Beauchêne, en partant de la chapelle, vers le village du Petit-Parthenet, juste à droite de l’angle du chemin qui monte vers la Bernelière. C'est-à-dire, juste en face du chevet de la petite chapelle de la Petite-Eglise (3). Cette affirmation pencherait pour la thèse d’une paroisse indépendante à Beauchêne dans des temps anciens. Ce cimetière se situait sur la parcelle N° 262 du cadastre de 1809 (3 P 51/4).

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     Une maison a été construite sur son emplacement depuis bien longtemps, et celle-ci possède une cave… Ceux qui l’ont bâtie, avaient-ils découvert des choses inattendues ?

    L'emplacement supposé du cimetière de Beauchêne, tout près de la chapelle de la Petite-Eglise :

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    Peut-être dans ce jardin...

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    Pour finir, abordons le mystère d’une sépulture dont l’emplacement ne fut jamais clairement établi.

    Catherine-Henriette de Lambert serait peut-être née au Change, en Périgord en 1691 (pas de registre pour cette année). Elle est la fille de Henri de Lambert lieutenant au Roi de la citadelle de Saintes. Alors qu’elle n’a que 21 ans, elle épouse en 1712, un homme de 49 ans son aîné : Etienne de la Taste. Comme il fallait s’y attendre en pareil cas, la jeune femme se retrouve veuve très rapidement, si rapidement que le drame survient le 13 mai 1714. Se complaisant alors dans une vie entreprenante, elle deviendra une femme puissante et respectée (4). A noter que l’Armorial Général de France, la dit mariée le 1er septembre 1703, soit à l’âge de 12 ans, ce qui me paraît assez peu crédible (5). Son mari, Etienne de la Taste avait été aide-major des quatre compagnies du Roi (6), maréchal de camp en 1702.

    Le 10 avril 1758 depuis le château de Vezins, en Anjou (7), notre Catherine-Henriette de Lambert, veuve de La Taste, fait graver une plaque de marbre noir pour fondation de messes dans la chapelle de Beauchêne en Cerizay, conjointement avec Anne des Granges de Surgères de Puiguion, veuve de Pierre de la Court de Fonteniou et Henriette-Elisabeth des Granges de Surgères, cette dernière veuve du marquis de Lescure, grand-père du général vendéen (8). Cette plaque, d’abord cachée sous les boiseries du chœur est de nouveau visible à notre époque, à droite en entrant dans la chapelle. Trois années plus tôt, Catherine-Henriette avait fait fonder des messes à Paris, le 28 juillet 1755, à l’étude de maître Martel, notaire.

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    Le 8 novembre 1763 (9), Catherine-Henriette décède en la paroisse de Cerizay, diocèse de la Rochelle (10). On ne sait aujourd’hui où elle fut inhumée exactement. L’auteur de la généalogie de la maison de La Taste émet l’idée qu’elle put être enterrée sous la première église de Cerizay, ou dans le cimetière, c’est-à-dire, le second que nous avons vu plus haut, démantelé en 1922, auquel cas, ses derniers restes reposeraient sous la croix hosannière du troisième cimetière, celui d’aujourd’hui.

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    Peut-être aussi au château de Puy-Guyon, mais où ? Au fond du sinistre « trou de la guillotine », ou plus près des anciens jardins à la française, en direction du bourg, vers l’Est, débouchant sur l’Allée des Tilleuls ? En 1903, il existait encore trois petites pièces du château de Puy-Guyon où elle aurait demeuré. La dernière tour de Puy-Guyon s’est écroulée en 1914, dans l’indifférence générale… Ce même auteur cité plus haut signale qu’elle aurait tout aussi bien être inhumée dans la chapelle de Beauchêne. Celle-ci possède des cavités, à n’en point douter, notamment devant le tabernacle, où l’on s’agenouille, mais aussi, plus en retrait, quelque part non loin de la statue de Sainte-Thérèse…

    Le cimetière de Beauchêne, qui n’apparaît plus sur le cadastre de 1809 était situé sur une parcelle ayant appartenu à la maison de Puy-Guyon. Serait-il possible qu’il ait pu accueillir le corps de Catherine-Henriette ou était-il déjà disparu depuis longtemps ?

    A suivre…

    RL

    Avril 2018

     

     

     

     

    Notes :

    (1)  Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946), in Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1913, 3ème série, tome 2, p 500. 

    (2)  De falun, dépôt sédimentaire marin du Cénozoïque. 

    (3)  Dom Victor Bonneau, « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », 1893, p.26.

    (4)  « Le Pavillon de l’Octroi à Moricq ». Nos Trois Branches, site Internet de l’association de généalogie des Maupillier. Lien ici. 

    (5)  « Armorial Général de France », volume 4, registre second, seconde partie, « de Lambert »,  Paris, Prault, 1742. p. 9. 

    (6)  « Chamlay, le Stratège secret de Louis XIV », Jean-Philippe Cénat, 2011. 

    (7)  Bulletin de la Société Historique de la Saintonge (source provenant de ma femme qui avait d’autres chats à fouetter ce soir-là). 

    (8)  « La Famille de La Taste, son origine, ses branches et leurs alliances », extrait de la lettre généalogique de M. de la Taste à ses enfants, Grande imprimerie de Blois, Emmanuel Rivière, ingénieur des arts et manufactures,1903. A noter que Catherine-Henriette avait acheté à Louis Puichaud, marchand, et sa femme, une maison à Beauchêne, ainsi que les borderies de la Chèvrie et de l'Héronnière (ce dernier lieu inconnu) les 18 et 29 juillet 1763. Offre de retrait lignager de la part de Jehanne-Louise Belhoir et de ses frères, Pierre et Jean-François. AD85, justices inférieures d'Ancien Régime, B 248.

    (9)  Absence de registre à Cerizay pour cette période aux AD79. 

    (10)         On sait qu’après Maillezais, Cerizay dépendit de l’évêché de La Rochelle à partir de 1648. 

     

     


  • Commentaires

    2
    AQUAE44
    Samedi 7 Avril à 23:32

    Très intéressant ! On aimerait avoir une représentation de l'église. 

    Le petit Ankou Empire est adorable...

    Merci

    1
    Olivo
    Samedi 7 Avril à 23:10

    EXCELLENT TRAVAIL Richard !!!

    Je connaissais assez bien Cerizay , il y a ... une 40 aines d'années !!!

     

     

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