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    La colère de Marigny ?

     

     

     Il y a déjà longtemps que nous avions évoqué la sépulture de soldats républicains, tombés après un accrochage avec les hommes du général vendéen Marigny, près de Beauchêne en Cerizay (cliquer ici). Le 10 mai 2014, en collaboration avec l'association des "Brigands du Bocage", nous avions organisé une journée à la mémoire du général Marigny et nous étions passés à cet endroit qui vit la mort d'une vingtaine de soldats bleus.

     

     Cet épisode est raconté par feu l'historien Constant Vaillant dans le tome 1er de sa monographie consacrée à la petite ville de Cerizay, qui oublie cependant un autre événement que nous retrouvons dans une autre monographie, exclusivement dédiée à Beauchêne, de la plume du RP Dom Victor Bonneau : "Histoire du pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen", Impr. de E. Grimaud 1893.

     

     L'auteur nous raconte que le grand-père de M. de Lisle (maire de Cerizay et conseiller général au moment de la parution de l'ouvrage du RP Bonneau), nommé Guerry aurait "vu sa famille jetée dans le doué de la ferme de la Vieille-Cour".

     

     On retrouvera le lien de parenté effectif entre ce monsieur Guerry et monsieur de Lisle en cliquant ici (lien).

     

     A l'heure où nous écrivons cet article, il est impossible de vérifier si cette tradition repose sur des faits réels et les registres de pratiquement tous les villages du Cerizéen relatifs à la période révolutionnaire sont absents aux archives départementales... En revanche nous pouvons avoir une approche du terrain tel qu'il était, en 1809, soit quinze ans seulement après les faits supposés, grâce au cadastre napoléonien.

     

     Le lieu où la vingtaine de républicains fut enterrée après son accrochage avec les hommes de Marigny. On voit le mur de la forge sur notre gauche, disparaissant dans la haie. Les soldats bleus seraient enterrés derrière, dans le champ. J'ai connu le bâtiment de cette ancienne forge debout jusque au début des années 80. Les maisons à l'arrière plan sont celles du village de "la Vieille-Cour" où la noyade de la famille Guerry aurait eu lieu.

     

    La colère de Marigny ?

     

     Le cadastre napoléonien ne mentionne pas la forge mais on voit nettement les bâtiments de la Vieille-Cour en ruine (colorisés en jaune).

     

    La colère de Marigny ?

     Sur le développement C, on peut se rendre compte que la ferme voisine de "La Rigautière", touchant de près la Vieille-Cour est aux trois-quarts en ruine.

     

    La colère de Marigny ?

     

    La colère de Marigny ?

     

    La Vieille-Cour et quelques bâtiments pris depuis la route. Y avait-il un doué (lavoir) au centre du village ? Est-il possible que cet assassinat ait été le phénomène déclencheur à l'origine du  massacre de soldats républicains en représailles ? La colonne infernale de Grignon est passée par ici le 25 janvier 1794. Marigny n'est revenu d'Outre-Loire qu'en mars. Les faits se seraient-ils déroulés en 1793, voir après le retour de Marigny ?

     

    La colère de Marigny ?

     

    La colère de Marigny ?


    Dans l'état actuel des choses, nous ne pouvons en dire plus et nous reviendrons certainement plus tard sur cet article afin de le compléter. En attendant, et avant de conclure, nous livrons quelques autres petits détails sur Beauchêne à proprement parler.

     La chapelle de Beauchêne en 1809 : on voit que la forme a singulièrement changée. On sait que la maison du chapelain se trouvait en face de l'édifice. Est-ce elle qui est représentée en avant de celui-ci ?  

    On sait par ailleurs que lors d'une réfection de la toiture en 1949, les ouvriers trouvèrent des morceaux de bois brûlés tombés sur les voûtes. Ceci étant probablement le souvenir du passage de la colonne infernale de Grignon.

     

     

    La colère de Marigny ?

     

     Un cimetière aurait existé à l'emplacement de cette maison, en face de la chapelle de la "Petite-Eglise".

     

     

    La colère de Marigny ?

     

     Il ne figure pas sur le cadastre, car probablement détruit depuis longtemps mais son emplacement correspond à la parcelle n° 262, non loin d'un chêne aujourd'hui disparu qui aurait accueilli la statue de la Vierge au cours des sombres heures révolutionnaires....

     

    La colère de Marigny ?

     

     

    Nous en venons à présent à parler d'un autre fait assez étrange concernant la Vieille-Cour : il y avait en cet endroit les réunions d'une secte "d'idolâtres". Ces "doux-dingues" comme on dirait de nos jours, rendaient culte à une sorte de gourou d'Airvault en qui ils voyaient l'incarnation du Christ ou du moins d'un messie quelconque. Ils auront la malchance d'être pris par les soldats de Grignon.

     

     Voici la lettre que celui-ci adresse à Turreau le 25 janvier 1794 :

     

     "Le patriotisme que j'ai trouvé à Cerizais, une garde nationale fort bien établie, ayant passé la revue d'un commissaire, cela fait que je n'ai pas cru devoir le brûler (1) D'ailleurs j'y ai trouvé beaucoup de subsistances. Toutes les métairies, bourgs et villages qui avoisinent, vont passer aux flammes dans cette journée.

     J'oubliais de te dire que l'on m'a arrêté une dizaine de fanatiques qui se nomment eux-mêmes idolâtres ; ces sortes d'idolâtres n'ont jamais voulu prendre les armes ni pour un parti, ni pour l'autre. Pour ne pas s'être décidés à un parti, ils iront au quartier-général.

     Ma colonne de gauche a l'ordre d'en faire autant sur les flancs, et de ne faire de grâce à qui que ce soit. Elle est à Montigny."

     

     On se doute bien que dans le langage de Grignon ,"aller au quartier-général" signifiait être fusillé ou sabré...

     

     

     RL

    Novembre 2014

     

     

     

     

     

    (1) selon une tradition, une couturière de la ville lui aurait offert un bouquet de fleurs, ce qui aurait contribué à la clémence de Grignon envers les habitants. Je me permets personnellement de douter de cet épisode un peu "à l'eau de rose".

     

     

        Nous revenons sur cet article avec quelques précisions sur la "secte d’idolâtres qui siégeait à la Vieille-Cour :

     

     LA RELIGION DE MERCERON

     

       Un conscrit de Cerizay s'était refusé à paraître devant le Conseil de révision, se disant de la religion de Merceron, dont les sectaires se croyaient inspirés de Dieu et avaient pour principe de n'obéir à personne. M. Tribert, sous-préfet de Bressuire, fut invité en conséquence à faire un rapport au baron Dupin, préfet des Deux-Sèvres sur cette religion de Merceron dite aussi secte des Idolâtres. L'original, en existe aux archives départementales, série V Dissidence, rubrique fausse, vu que cette folie nouvelle resta complètement étrangère aux non concordataires. Il a été reproduit cependant par feu le R. P. Benoni Drochon dans la Petite Eglise (Paris, Maison de la Bonne Presse 1894, pp. 129-130).

     

     Bressuire, 9 octobre 1811.

     

    MONSIEUR LE BARON,

     

       La secte sur laquelle vous m'avez fait l'honneur de me demander des renseignements n'existe que dans le canton de Cerizay et prit naissance au commencement de la Révolution. Elle ne comprit jamais plus d'une centaine d'individus qui se rassemblaient à la métairie de la Vieille Cour, commune de Cerizay. Ils qualifiaient de Dieu un homme d'Airvault, venu, leur disait-il, pour les sauver ; reconnaissant pour la Vierge une femme que le hasard avait amenée dans cette contrée.

     

       Un nommé Merceron, de Cirières, embrassa chaudement cette erreur et fut connu pour chef de la secte qui prit aussi le nom de Merceron. Ils ne voulaient écouter aucun prêtre, ni assister à l'église. Parfois ils se réunissaient autour d'un arbre, se prosternaient le visage en terre et restaient très longtemps dans cette posture, sans que personne ne pût les en sortir, ne voulant pas, disaient-ils, interrompre la conversation qu'ils avaient avec Dieu. Ils n'ont pris aucune part à la guerre. La mort leur paraissait le plus grand bien, parce qu'ils comptaient ressusciter après très peu de temps et revenir ensuite pour être toujours heureux. Ils sont restés longtemps dans ces erreurs, mais presque tous en rougissent à présent. Ils sont pourtant de ceux qui ne fréquentent pas les églises. Merceron, fort âgé, fait le métier de guérisseur de pourceaux. Il ne reçoit point d'argent pour son salaire, s'il n'est à l'effigie des Bourbons ; c'est un travers d'esprit qui le rend ridicule. Cette manie ne peut devenir contagieuse.

     

    Agréez ...

     

    Signé : TRIBERT (1)

     

       Aucun autre renseignement ne nous est parvenu, et, sans doute, serait-il impossible de savoir aujourd'hui quelle fut l'origine de cette singulière secte restée inconnue, même dans les Deux-Sèvres, partout ailleurs qu'à Cerizay.

        Voilà des adorateurs réunis autour d'un arbre ; les dissidents, d'autre part, lorsqu'ils n'eurent plus de prêtres, baptisaient sur la pierre du foyer ; faut-il, dans ces deux circonstances, croire à un retour à des rites antiques ?

     

     LÉO DESAIVRE

     

     (1) Pierre-Louis Tribert, plus tard conseiller général et député, père du sénateur.

     

    Revue des Traditions Populaires

    26e Année - Tome XXVI - n° 7 - Juillet 1911

     

     Comme de nombreux articles de "Chemins secrets", celui-ci reste ouvert et fera probablement l'objet de compléments dans l'avenir.

    Article connexe ici.

     

     

     RL

     Décembre 2014

     


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    Souvenirs à Cerizay…

     

    Il y aurait beaucoup à dire sur Cerizay, la « Ville aux deux légendes » du Moyen Age et qui sera au moment des Guerres de Vendée au cœur de bien des événements, notamment avec Lescure et Marigny. Le 18 décembre 1793, pendant que la Grande Armée est en « Virée de Galerne », à la nuit tombée, Charette en personne tombe sur 200 républicains cantonnés dans la ville. Leur commandant est sabré en voulant rallier sa troupe. Très peu de républicains s’en sortiront.

    C’est encore à Cerizay, que sera conduit « mystérieusement », le 26 mars 1795, l’adjudant-général Beker, en vue d’une entrevue avec Stofflet (Savary, tome IV, p. 413 et sq.). Un ancien relais de poste, construit en 1752, toujours debout actuellement malgré l’incendie de la ville par les allemands le 25 août 1944, pourrait bien avoir des choses à nous raconter, surtout au vu des découvertes qui y furent faites il y a déjà plusieurs années et dont nous reparlerons plus tard… Ce n’est cependant qu’une hypothèse et l’endroit pouvait tout aussi bien se situer dans le vieux quartier de la Jetterie ou dans l’une des maisons qui bordaient l’ancienne église. Le bourg n’avait absolument pas du tout la même physionomie qu’aujourd’hui. L’ancienne église, orientée à l’Est (l’actuelle étant orientée au Nord), était contiguë au fameux « Château aux sept tours » déjà en ruine au moment des Guerres de Vendée, comme l’atteste un rapport républicain lors de « l’affaire de Cirières » de septembre 1799. Nous n’oublions pas non plus le fameux Vrignault qui fit grand bruit à Cerizay à la même époque.

     

    Nous publions à suivre, afin d’aiguiser la curiosité de nos lecteurs, quelques images de lieux, sur lesquels nous reviendrons prochainement…

     

    RL

    Lundi de la Pentecôte 2013

     

    Photographie représentant avant 1890 (année de sa destruction), l’ancienne église romane de Cerizay. On y distingue au premier plan, l’abbé Charruyer.

     

    Souvenirs à Cerizay....

     

    Gravure de Thomas Drake, Album Vendéen, 1856, présentant une vue sinistre des ruines du donjon de Cerizay.

     

    Souvenirs à Cerizay....

     Les ruines du château en 1809 sur le cadastre :

    Souvenirs à Cerizay....

    Le même endroit aujourd’hui. Des fondations du château se trouvent toujours dans les sous-sols de l’actuel bureau de Poste.

     

    Souvenirs à Cerizay....

     


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    Quelques notes sur Vrignault, ancien porte-étendard de Marigny...

     

     

         Après les horreurs des deux premières guerres, la situation en Vendée n’est guère enviable en ces années 1798-1799. La République ne cesse de pousser les anciens combattants à la rébellion dans un malheureux pays où tout reste à reconstruire. Les vexations se multiplient dans le Bressuirais comme ailleurs et les esprits commencent à s’échauffer sérieusement. Pour citer l’exemple de Cerizay, puisque l’on va être à même de parler de cette ville tout à l’heure, il faut savoir qu’en vertu d’un arrêté du « directoire exécutif «  du 23 nivôse an VI (12 janvier 1798), il est enjoint aux fonctionnaires publics de jurer « haine à la royauté et à l’anarchie, fidélité et attachement à la constitution de l’an III ». Le juge de paix Béliard fera bon nombre de récriminations contre ses différents assesseurs qui refusent de prêter ce serment et de célébrer, le 9 pluviôse (28 janvier) la « juste punition du dernier des rois des Français ». (1). Il eût été plus judicieux, s’il l’on voulait attirer discrètement et sans douleur les populations du Bressuirais dans le giron du Directoire, d’éviter ce genre d’absurdité idéologique.

    Dans le courant du mois de messidor an VI (juin-juillet 1798) des émissaires circulent, appelant les anciens de la Grande Guerre à reprendre les armes. On signale la présence de l’un de ces perturbateurs à la Grande-Mothe (2) au commandant de Bressuire le 9 messidor (mercredi 27 juin 1798). Nonobstant des débuts prometteurs, la révolte prend très difficilement, les populations épuisées par la guerre sont dans l’expectative. Pourtant les prêtres sont toujours victimes de la fermeture des édifices religieux et du zèle démocratique. Dès le début d’avril 1799, plusieurs bandes royalistes sillonnent  le secteur de Châtillon. Au mois de juin un dénommé Vrignault, originaire de Courlay (3), ancien porte-étendard de Marigny en 1794, parcourt tout le Bressuirais, semant la terreur chez les patriotes. Il semble que son identité soit assez mal établie : tantôt il est nommé « Vrignaud », tantôt « Vergnieau », et ce, même dans les papiers officiels (4). Cela peut peut-être s’expliquer du fait que « Vrignaud » pouvait se prononcer « Veurgniau » en patois poitevin. Notre homme se heurte violemment au gardes nationales de Bressuire et de Moncoutant le 17 prairial an VII (5 juin 1799) à la Laimière, (5) près de Courlay.

    Le combat est inégal et les royalistes sont en fuite. L’administration départementale, très fière de sa facile victoire, fera grand bruit de l’événement et glorifiera les gardes nationaux de Bressuire et de Moncoutant dans une proclamation datée du 29 prairial (17 juin). En outre, on conseillera vivement aux municipalités de détruire les Brigands, tout en les avertissant qu’elles seraient responsables des délits commis sur leur territoire ! Pour ajouter un peu de piquant à l’affaire, on appelle les habitants à la dénonciation  comme de bien entendu. 

     

     Suite à une rapide enquête on procédera à diverses arrestations et quatorze suspects seront traduits devant la commission militaire de la Rochelle. Le 19 prairial (7 juin), une poignée de royalistes est arrêtée à Vernoux-en-Gâtine, près de l’Absie. Dans le lot se trouve un Louis Vergnau, âgé de 23 ans, né à « Vernou », laboureur, qui déclare à son interrogatoire (6) « ne point s’être servi d’armes contre les républicains ». Ce n’est point notre homme, malgré l’homonymie, car Louis Vergnau déclare comme d’autres de ses camarades qu’il a vu « une femme montée derrière un homme à cheval qu’on lui a dit s’appeler Vergniaud et son épouse (sic) »  Voilà donc quelque chose de bien intéressant, surtout lorsque l’on sait ce qui s’était passé à Breuil-Chaussée le 17 prairial. Après des recherches infructueuses au bourg, les républicains découvrent à « la Potonière »  un « chouan blessé à la cuisse ». La fermière proteste contre l’arrestation de ce malheureux qui a la fièvre. La chose serait peut-être passée inaperçue si dans le « bois de la Métairie », on avait découvert une prétendue servante. Voyons un peu ce qu’en disent les autorités républicaines. Il s’agit du Procès-verbal de l’expédition à « Clazais » (Clazay, bien entendu) d’un détachement du cantonnement de Bressuire, « réuni à des habitants de la même commune » :

     « elle n’a point été reconnue en cette qualité par les métayers, et voyant que nous nous disposions à l’emmener et pensant que la vue de la vérité pourrait lui mériter des égards de notre part, nous a avoué qu’elle était la femme de ce fameux Vergnaud, connu pour porter la terreur dans les cantons qu’il parcourt, de ce Vergnaud assassin, échappé de prison, qui à l’honneur d’être adjudant-général de sa Majesté-très-chrétienne, Louis 18. Nous l’avons réunie à celui qui avait si mal défendu les intérêts de la couronne en se faisant larder les fesses (le chouan blessé) , et les avons conduits à Bressuire ».(7)

     

    Malgré tout cela notre Vergniaud, (ou Vrignault, ou Vrignaud, comme vous voudrez) court toujours la campagne car le voilà qui débarque à Cerizay à la mi-août. Affolées, les autorités locales s’attendent à la venue « d’une forte troupe de brigands ». La garde nationale se met en marche, renforcée de trente hommes de Moncoutant. Une drôle de surprise les attend, pour preuve la lettre de 27 thermidor an VII ( 14 août 1799) de l’administration municipale de Cerizay (8) :

    « le nombre de ces coquins se réduisait à trois, dont Vrignaud. Un paysan avait saisi l’un d’eux et en aurait fait bonne justice, si au lieu d’être secondé comme il devait s’y attendre, on ne lui eut crié : point de bruit, point de mal… »

    La population de Cerizay que l’on a toujours dit très républicaine ne devait pas l’être autant que l’on pense, puisque deux jours plus tard, le capitaine de gendarmerie Hossard écrira au « citoyen Tuffet fils, commissaire central à Niort », que ces habitants « ne sont pas dans les bons principes, puisqu’ils ont aufert (sic) à boire au coquin de Vergnieau et à ses deux accolites (sic), au lieu de les arrêter puisqu’ils étaient en force ». Voyez le document original qui suit dans ces pages (9). Une autre missive (toujours de l’administration municipale de Cerizay) datée quant à elle du 3° jour complémentaire (21 septembre) nous raconte : « ...Nous vous prévenons que hier au soir on troubla le souper du fameux Vrignaud, chef des brigands, et de plusieurs de ses complices. Il aurait été très facile de le prendre... » Pas aussi facile qu’on le dit, pour preuve la suite de notre récit. (10)

     

    L’aventure n’est pas terminée pour autant puisque le 28 vendémiaire An VIII (20 octobre 1799), Lusset, d’Adilly et Thomazeau, d’Amailloux proposent de « procurer un rencontre avec Vrignault », afin de le capturer bien entendu (11). De plus, une lettre du général de brigade Dufresse à l’administration du département datée du 26 brumaire (17 novembre) nous annonce : « J’ai fait fouiller les bois d’Amailloux, je n’ai rien trouvé, et il paraît qu’il n’y a plus rien dans le département que monsieur Vrignault et ses complices, qui continuent leurs excès… » (12). Une chose est cependant certaine : Vrignault n’a pas été fusillé de suite après l’affaire de Courlay comme on le croit la plupart du temps. Selon F. Augris (13), notre homme aurait été capturé et fusillé à Yzernay, à une date, semble-t-il inconnue (en 1799). En fait c’est à Châtillon que l’aventure semble se terminer pour lui . Le lieutenant de gendarmerie de ce lieu écrit au capitaine commandant à Niort le 21 messidor An VIII ( 10 juillet 1800) que les brigands sont très bien équipés, ils ont de l’argent, des pistolets et des chevaux volés aux gendarmes. Il le sait pour les avoir rencontré à Moulins, près de Châtillon : « Leur chef monte le superbe cheval du lieutenant de Chollet (sic) ».  On nous a assuré que Vergnaud avait passé hier vers le Bois-aux-Chèvres blessé d’un coup de balle au genou, il avait un beau cheval gris pommelé... On a répandu aujourd’hui au marché ici que Vergnaud blessé avait voulu aller se faire panser dans une maison où on avait fait des difficultés de le recevoir, qu’une patrouille survenue l’avait arrêté ». (14)

     

    On accuse bien souvent, à tort ou à raison d’ailleurs, Vrignault d’être à la tête d’une véritable troupe de bandits et d’être, à ce titre, poursuivi aussi bien par les Bleus que par les Blancs. Il faut bien noter toutefois que ce ne fut pas le cas à Cerizay où il fut protégé par la population, dans une ville qui passe pour avoir été assez républicaine. S’il est prouvé que notre homme a commis des fautes, je ne compte pas le disculper. Mais avouez qu’à côté des « faux-chouans », véritables sbires gouvernementaux destinés à jeter l’opprobre sur les royalistes en commettant toutes sortes d’infamies, et à côté bien sûr des sinistres soudards de la Convention et de Turreau, notre homme fait bien pâle figure… Il est certes facile de chercher à comparer 1799 avec 1793, et de voir dans la « troisième guerre de Vendée » une suite de « brigandages » plus ou moins ratés. Il n’en demeure pas moins vrai que ce sont eux qui amèneront le concordat, et ce, bien après la ruine totale de la Vendée.

    Pour le reste, qui peut se targuer de dire qu’il aurait mieux agi que Vrignault devant les faces goguenardes des agents du Directoire ?

     

     

     

    RL

     Mars 2004-Mars 2012

     

     Une mise à jour de cet article sera bientôt faite. Celui-ci comportant des erreurs et ne mentionnant pas la date de naissance de Pierre Vrigniau le 29 mai 1774 à Bouillé-Saint-Paul.

     

    Notes :

     

    (1)  La liste est assez édifiante. On y retrouve quantité de noms intéressants pour les communes avoisinant Cerizay.           ADDS, L 366, An VI, An VIII, justice de paix à Cerizay. On pourrait ajouter si nécessaire, afin de montrer la tolérance du moment, qu’un certain Baudry, de Cerizay, refuse de s’acquitter d’une amende de 1 000 F pour ne pas avoir lutté efficacement contre les Brigands. Les autorités vont même jusqu’à stipuler qu’il a largement les moyens de payer ! ! ! ADDS L 15.

    (2)  Entre Neuvy-Bouin et la Chapelle-Saint-Laurent, carte Michelin N° 67, pli 17, Nord-Est.

    (3)  Un autre Vrignault, aurait été le premier à avoir tué un gendarme au combat de Rorthais en août 1792 ; s’agit-il du même ? celui-là était métayer à la Ronde, commune du canton de Cerizay, touchant néanmoins de près Moncoutant. Voyez Louis Fruchard, « Les quatre guerres à Châtillon », 1992, op. cit. p. 97, qui se réfère probablement à Muret, tome 1er , op. cit.p. 38, à  Crétineau-Joly, édition de 1895, tome 1er, op. cit. p. 26, à l’abbé Deniau (le curé du Voide), tome 1er, op. cit. P 221,  et à   F. de Chabot : « Un canton du Bocage Vendéen », op. cit.  p. 27.

    (4)  Crétineau-Joly, tome II, 1895, op.cit. p. 537, écrit « Vrigneaux ».

    (5)  Sur la Route de Bressuire à Fontenay, carte Michelin N° 67, pli 16, Nord-Est  ; les rapports officiels font état de « 30 à 40 brigands ». Bélisaire Ledain qui voit les choses en grand nous dit : «  Sur les 80 royalistes qui composaient sa troupe, 15 sont tués et 3 faits prisonniers », « Histoire de la ville de Bressuire », op. cit. p. 476 & 477.

    (6)  ADDS, L 137. Tout en faisant simple et concis on notera la liste des ces « gars » :

     

    1.   Pierre Groleau, 18 ans, qui avoue que la « femme Vrignaud témoignait en quelque sorte de plus d’acharnement que personne. »

    2.   René Groleau, 20 ans, nous dit que « la femme Vrignaud faisait apercevoir au chef des Brigands ceux qui voulaient s’échapper » (il s’agit d’éventuels déserteurs).

    3.   Jacques Michoneau, 21 ans, nous assure qu’elle « recommandait aux traîneurs d’avancer. »

    4.   Louis Vergnaud, 23 ans, dont le témoignage est reporté dans notre texte.

    5.   André Jeffard, 21 ans (borgne).

    6.   Jean Ancelin, 20 ans.

    7.   Alexis Guillot, 22 ans.

    8.   Jean Gendreau, 24 ans.

    9.   Jean Pilet, 64 ans, qui se défend bien d’avoir participé à quoi que ce soit, bien que l’on ait déjà cherché à arrêter son fils.

    10.Jean Mimeau, 20 ans.

     

    Il va sans dire que l’orthographe des noms et l’âge sont sujets à caution. Il diffèrent d’ailleurs dans différents rapports concernant les mêmes personnes.

     

    (7)  ADDS, ibid.

    (8)  ADDS, L 158. Cette lettre mise en corrélation avec celle de Hossard que nous voyons plus loin (ADDS, 9 F 1) met en évidence la confusion de patronymes. « Vrignaud » et « Vergneau » sont bien un seul et même personnage. Ces noms de famille, très répandus en Vendée furent d’ailleurs portés par une quantité impressionnante de combattants.

    (9)  ADDS, 9F1 (liasse concernant divers événements de l’époque). On notera au passage les trois magnifiques points qui ornent la signature du capitaine Hossard ; franc-maçonnerie, quand tu nous tiens…

    (10)     ADDS L  158.

    (11) Procès-verbal des séances secrètes de l’administration départementale, séance du 28 vendémiaire An VIII, ADDS, L 137.

    (12)     ADDS L 137.

    (13) F. Augris, « Vendéens et républicains dans la guerre de Vendée », op. cit. tome II.

     

    (14)     ADDS L 137.

      

    Un personnage méconnu....

      

     

     

     Un personnage méconnu....

     

     

     

     

     


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