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    Les quatre cimetières de Cerizay…

     

     

    Nous voici à nouveau à Cerizay pour de nouvelles énigmes. Je dis bien énigmes car, dans cette petite ville que je pense pourtant connaître sur le bout des doigts, le passé lointain a laissé un grand nombre de mystères. Pour ce volet, je vous propose de nous intéresser aux différents cimetières qui ont pu exister sur le territoire de la paroisse. La petite cité de Cerizay existait dès l’époque mérovingienne et peut-être même dès l’époque gallo-romaine. On la trouve nommée « Seresiacum » en 1172 sur le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, dont la paroisse dépendait, puis « Cerezyum » en 1236, « Ceresey » en 1292, puis « Serizay » en 1716, avec toutefois une appellation plus habituelle de « Cerisay » en 1487, par le Roi de France lui-même, comme nous l’avons vu ici.

    L’église primitive de Cerizay fut sans doute la chapelle de son château, agrandie au XV° siècle, avec son clocher court et posé sur le milieu de l’édifice. Orientée à l’Est, en direction de l’actuel cabinet des dentistes et du magasin « Carrefour Contact », nous n’avons d’autre représentation d’elle que son dessin sur le cadastre de 1809 et une photo datée d’avant 1890, sur laquelle figure l’abbé Charruyer.

    Sur le cadastre de 1809 des AD79 (3 P 51/6) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Datée probablement du début du XII° siècle pour le gros de l’ouvrage, il fallait curieusement descendre quelques marches pour pénétrer dans le sanctuaire dont la décoration assez pauvre consistait en des chapiteaux ornés de modillons grimaçants et autres bestiaires infernaux typiques du début des années 1200. On retrouve d’ailleurs ces mêmes têtes sur l’église de Beauchêne, pour une construction de même époque.

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Le malheur voulut que pour construire l’église actuelle en 1890, on démolit ce petit joyau médiéval et on sait quels furent les débats de l’époque entre ceux qui voulaient que le chevet fut classé et la commission départementale des monuments historique qui refusa, sous prétexte que la municipalité souhaitait la création d’une rue latérale (celle qui rejoint la Poste actuellement) et que cela entraînerait le paiement d’une indemnité à l’entreprise de construction qui devait utiliser les pierres de l’ancien édifice pour la construction du nouveau. Cependant à l’occasion de la démolition de la pauvre église romane, on eut quelques surprises. Si l’on ne trouva point le cœur de l’un des membres de la maison Maillé-Brezé, mort à la bataille de Coutras le 20 octobre 1587 et qui était censé reposer quelque part dans le chœur, on découvrit néanmoins derrière l’autel, un petit trésor en monnaies à l’effigie des Rois Louis XIII et Louis XIV. Ce fut aussi la découverte de plusieurs sarcophages en pierre coquillière, cette roche faite de fossiles et plus facile à travailler que le granit de notre bon vieux Bocage, et qu’on allait chercher dans le pays de Doué-la-Fontaine à l’époque mérovingienne. Parallèlement, plusieurs autres sépultures de cette époque avaient déjà été découvertes sur la commune et notamment dans le bourg. On trouva même dans l’une de ces sépultures, plusieurs cabochons de pierres précieuses et une plaque portant quatre poissons dont les têtes étaient réunies autour d’une croix. Quelque chose frappa les archéologues lors de leur découverte à Cerizay : les sarcophages semblaient avoir été réutilisés et on en trouva un qui contenait des ossements repoussés vers le pied tandis que l’on avait placé un autre corps vers la tête. Une séparation en mortier de chaux et de sable, séparait les deux corps ne laissant qu’environ 35 cms pour les ossements entassés du premier défunt (1). Il faut dire que la pierre coquillière avait un important pouvoir de dessiccation, soit le fait de dessécher d’elle-même ainsi que les corps qu’elle contenait. Une fois qu’il ne restait plus que les os, on pouvait ainsi réutiliser le sarcophage à peu de frais. Le tout était recouvert, dans le cas de Cerizay (et aussi de Loudun, notamment), d’un couvercle en calcaire « falunier » (2).

    Venons-en à présent au premier cimetière de la paroisse. Possiblement établi à l’Ouest de l’ancienne église, soit dans la grande cour du presbytère actuel, il semble difficile qu’il le fut du côté Nord, en direction du château, ou si vous préférez de la Poste et de l’actuelle « Place de la Forge ». La logique, en pareil cas, nous enseigne qu’il a probablement existé au Sud de l’ancienne église, soit sur la grande place actuelle, menant au parvis de l’église moderne sur laquelle, un incessant ballet de voitures vient de nos jours, se stationner.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Ce cimetière ne suffisant probablement plus, on en établit un nouveau, en face de ce qui fut le relais de poste au XVIII° siècle et que nous voyons ici sur le cadastre de 1809 (même cote que la feuille précédente) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    On notera le soin d’un fonctionnaire de l’Empire, à représenter le cimetière sur le cadastre avec une certaine dose d’originalité...

    Pour ceux qui ont du mal à le situer, je dirai qu’il était entre la rue actuelle de Montemor O Velho, soit en face du cinéma et courait jusqu’aux jardins de l’hôtel du Cheval Blanc, débordant sur la pente de la rue du Pas des Pierres et la rue des Voûtes. Lorsque vous entrez dans le pressing qui fut autrefois la boulangerie Rondeau, vous êtes en plein dedans. Un ami, ayant habité une maison de la rue Montemor O Velho, m’a signalé un jour que dans son enfance, le lieu avait subi des problèmes de « fantômes » et des choses inexpliquées dans la maison. Dans les années 60, les gens qui cultivaient les jardins de ce quartier, avaient quelquefois de drôles de surprises en labourant ; quelques tibias et morceaux de crânes voisinant allègrement sous les rangs de carottes…

     

    Ce cimetière fut à nouveau désaffecté en 1922 et je me permets de vous raconter une anecdote que vous relirez sûrement avec plaisir avant d’aller vous coucher. En effet, mon grand-père participa au démantèlement de ce cimetière. Il tomba un moment donné sur un cercueil en bon état. Il l’ouvrit et y trouva le corps momifié d’un jeune homme décédé plusieurs décennies auparavant. Le but de son travail étant de ramasser les ossements, il se trouva bien embêté devant ce cadavre. Après quelques secondes de réflexion, il donna un grand coup de pioche dans le corps et tout le visage du défunt tomba en poussière. Il put donc reprendre sa tâche de collecte des ossements afin de les transférer dans le nouveau cimetière.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Illustration : les catacombes du couvent des capucins de Palerme. Blog « Maman raconte ».

     

    Voici donc dans les grandes lignes, l’histoire des trois cimetières de Cerizay, sauf que je vous en annonçais quatre dans le titre de l’article…

    Ca suit là-bas dans le fond ?

    Eh oui, quatre, car nous avons oublié Beauchêne. Si l’on en croit Dom Victor Bonneau dans son « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », non dépourvue d’erreurs, la tradition locale aurait été unanime sur la présence d’un cimetière à Beauchêne, en partant de la chapelle, vers le village du Petit-Parthenet, juste à droite de l’angle du chemin qui monte vers la Bernelière. C'est-à-dire, juste en face du chevet de la petite chapelle de la Petite-Eglise (3). Cette affirmation pencherait pour la thèse d’une paroisse indépendante à Beauchêne dans des temps anciens. Ce cimetière se situait sur la parcelle N° 262 du cadastre de 1809 (3 P 51/4).

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     Une maison a été construite sur son emplacement depuis bien longtemps, et celle-ci possède une cave… Ceux qui l’ont bâtie, avaient-ils découvert des choses inattendues ?

    L'emplacement supposé du cimetière de Beauchêne, tout près de la chapelle de la Petite-Eglise :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Peut-être dans ce jardin...

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Pour finir, abordons le mystère d’une sépulture dont l’emplacement ne fut jamais clairement établi.

    Catherine-Henriette de Lambert serait peut-être née au Change, en Périgord en 1691 (pas de registre pour cette année). Elle est la fille de Henri de Lambert lieutenant au Roi de la citadelle de Saintes. Alors qu’elle n’a que 21 ans, elle épouse en 1712, un homme de 49 ans son aîné : Etienne de la Taste. Comme il fallait s’y attendre en pareil cas, la jeune femme se retrouve veuve très rapidement, si rapidement que le drame survient le 13 mai 1714. Se complaisant alors dans une vie entreprenante, elle deviendra une femme puissante et respectée (4). A noter que l’Armorial Général de France, la dit mariée le 1er septembre 1703, soit à l’âge de 12 ans, ce qui me paraît assez peu crédible (5). Son mari, Etienne de la Taste avait été aide-major des quatre compagnies du Roi (6), maréchal de camp en 1702.

    Le 10 avril 1758 depuis le château de Vezins, en Anjou (7), notre Catherine-Henriette de Lambert, veuve de La Taste, fait graver une plaque de marbre noir pour fondation de messes dans la chapelle de Beauchêne en Cerizay, conjointement avec Anne des Granges de Surgères de Puiguion, veuve de Pierre de la Court de Fonteniou et Henriette-Elisabeth des Granges de Surgères, cette dernière veuve du marquis de Lescure, grand-père du général vendéen (8). Cette plaque, d’abord cachée sous les boiseries du chœur est de nouveau visible à notre époque, à droite en entrant dans la chapelle. Trois années plus tôt, Catherine-Henriette avait fait fonder des messes à Paris, le 28 juillet 1755, à l’étude de maître Martel, notaire.

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Le 8 novembre 1763 (9), Catherine-Henriette décède en la paroisse de Cerizay, diocèse de la Rochelle (10). On ne sait aujourd’hui où elle fut inhumée exactement. L’auteur de la généalogie de la maison de La Taste émet l’idée qu’elle put être enterrée sous la première église de Cerizay, ou dans le cimetière, c’est-à-dire, le second que nous avons vu plus haut, démantelé en 1922, auquel cas, ses derniers restes reposeraient sous la croix hosannière du troisième cimetière, celui d’aujourd’hui.

    Les quatre cimetières de Cerizay.... 

     

    Peut-être aussi au château de Puy-Guyon, mais où ? Au fond du sinistre « trou de la guillotine », ou plus près des anciens jardins à la française, en direction du bourg, vers l’Est, débouchant sur l’Allée des Tilleuls ? En 1903, il existait encore trois petites pièces du château de Puy-Guyon où elle aurait demeuré. La dernière tour de Puy-Guyon s’est écroulée en 1914, dans l’indifférence générale… Ce même auteur cité plus haut signale qu’elle aurait tout aussi bien être inhumée dans la chapelle de Beauchêne. Celle-ci possède des cavités, à n’en point douter, notamment devant le tabernacle, où l’on s’agenouille, mais aussi, plus en retrait, quelque part non loin de la statue de Sainte-Thérèse…

    Le cimetière de Beauchêne, qui n’apparaît plus sur le cadastre de 1809 était situé sur une parcelle ayant appartenu à la maison de Puy-Guyon. Serait-il possible qu’il ait pu accueillir le corps de Catherine-Henriette ou était-il déjà disparu depuis longtemps ?

    A suivre…

    RL

    Avril 2018

     

     

     

     

    Notes :

    (1)  Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946), in Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1913, 3ème série, tome 2, p 500. 

    (2)  De falun, dépôt sédimentaire marin du Cénozoïque. 

    (3)  Dom Victor Bonneau, « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », 1893, p.26.

    (4)  « Le Pavillon de l’Octroi à Moricq ». Nos Trois Branches, site Internet de l’association de généalogie des Maupillier. Lien ici. 

    (5)  « Armorial Général de France », volume 4, registre second, seconde partie, « de Lambert »,  Paris, Prault, 1742. p. 9. 

    (6)  « Chamlay, le Stratège secret de Louis XIV », Jean-Philippe Cénat, 2011. 

    (7)  Bulletin de la Société Historique de la Saintonge (source provenant de ma femme qui avait d’autres chats à fouetter ce soir-là). 

    (8)  « La Famille de La Taste, son origine, ses branches et leurs alliances », extrait de la lettre généalogique de M. de la Taste à ses enfants, Grande imprimerie de Blois, Emmanuel Rivière, ingénieur des arts et manufactures,1903. A noter que Catherine-Henriette avait acheté à Louis Puichaud, marchand, et sa femme, une maison à Beauchêne, ainsi que les borderies de la Chèvrie et de l'Héronnière (ce dernier lieu inconnu) les 18 et 29 juillet 1763. Offre de retrait lignager de la part de Jehanne-Louise Belhoir et de ses frères, Pierre et Jean-François. AD85, justices inférieures d'Ancien Régime, B 248.

    (9)  Absence de registre à Cerizay pour cette période aux AD79. 

    (10)  On sait qu’après Maillezais, Cerizay dépendit de l’évêché de La Rochelle à partir de 1648. 

     

     


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    Etablissement des foires et marchés de la Flocellière, Cerisay et Saint-Paul, en 1487…

     

     

    Le texte qui va suivre est un peu inhabituel et s’avère le prélude à une petite étude sur l’histoire ancienne de Cerizay. Lorsque l’on habite un endroit depuis l’âge de 2 ans, autant en connaître au maximum l’histoire et Dieu sait si la petite cité a encore de beaux mystères à faire connaître, outre ses deux célèbres légendes de Beauchêne et de la Gourre d’Or, qui lui valurent son surnom de « Ville aux deux légendes ». Nous ne savons quasiment rien du Cerizay médiéval, village regroupé autour de son château et de son église romane, ni des caves et souterrains qui sillonnaient le sous-sol des quartiers de la Jetterie et du Prieuré ou de la rue des Voûtes. La ville eut beaucoup à souffrir des guerres et incendies au cours des siècles et si curieusement (peut-être pas si étrange que cela...), Grignon refusa de la brûler le 25 janvier 1794, ce sont les Allemands qui s’en chargeront le 25 août 1944 avec un incendie général visible de très loin et  qui entraina des chutes de cendres à plus de 20 kms alentour (témoignage entre autres, en 1988, de M. M. Bouillaud †, de la Ronde, près de Moncoutant).

    Nous verrons tout cela en temps et en heure et pour l’instant, je vous propose ce texte de Louis de la Boutetière (1829-1881) qui intéressera probablement les habitants de la Flocellière et de Saint-Paul-en-Pareds, car c’est aussi à eux que s’adresse cet article (1).

     

    A suivre…

     

    RL

    Vendredi Saint, 2018

     

     

            Le château de Cerizay en 1856 (gravure de Thomas Drake) :

    Cerizay, 1487....

      

     

    « La Flocellière a eu longtemps pour seigneurs les membres de la vieille famille de Surgères. Mre Louis Vialart, prêtre, prieur de Montournais, a publié en 1717, une histoire généalogique de cette maison, avec pièces justificatives, extraites en partie des Archives de la Flocellière. Mais cet auteur, exclusivement préoccupé du point de vue généalogique, laissa de côté bien des pièces du riche trésor qu’il avait a sa disposition. Heureusement, le savant bénédictin Dom Fonteneau vint au milieu du siècle dernier, corrigea, sur un exemplaire que possède la Bibliothèque de Poitiers, les fautes de lecture ou d’impression très nombreuses dans l’ouvrage de Vialart, et ne manqua pas de copier les pièces intéressantes dont celui-ci n’avait pas usé, de telle sorte que l’on pourrait, chose rare aujourd’hui, reconstituer à peu près complètement les Archives de la Flocellière. Nous empruntons aux copies de Dom Fonteneau les lettres-patentes en vertu desquelles des foires et marchés furent établis, en 1487, dans ce bourg et dans ceux de Cerisay et Saint-Paul (Dom Fonteneau, t. VIII, p.239).

    Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, savoir faisons à tous présens et à venir, Nous avoir receue l’humble supplication de notre amé et feal chevalier Jacques de Surgières, seigneur de la Flocellière, de Cerizay et de Saint Paoul, contenant que ès-dits lieux de la Flocellière, Cerizay et de Saint Paoul qui sont assis en notre pays de Poictou il a de beaulx chasteaulx forts et asses bonnes grosses bourgades où il a tous drois de justice, haute, moyenne et basse, lesquels lieux sont situés en grans passages, en bons pays et fertiles, y conservent et frequentent plusieurs marchands ; mais à l’occasion des guerres, qui par cy devant ont eu cours en notre royaume, ils ont été et sont grandement depopulés et desgastés. Et à cette cause le suppliant, desirant faire valloir et augmenter les dits lieux, terres et seigneuries, pour le bien de ses sujets et de toute la chose publique du pays, Nous a humblement supplié et requiz que notre plaisir fut y créer foires et marchés et sur ce lui impartir nostre grâce et liberalité. Pourquoi Nous, ces choses considérées, inclinans liberallement à la supplication et requeste du dit chevalier suppliant, pour les causes et consideracions à ce Nous mouvans, avons ès-dits lieux de la Flocellière, Cerisay et Saint Paoul et en chacun d’eux créé, estably et ordonné de notre grâce espécial, plaine puissance et autorité royal, les marchés et foires en la manière qui sensuit. C’est à savoir au dit lieu de la Flocellière un marché chaque sepmaine au jour du jeudi et deux foires par chacun an, la première le 29 d’aoust et l’autre le 23 janvier, et au dit lieu de Cerizay marché le mercredi et foires le 17 janvier et le 22 d’aoust, et au dit lieu de Saint Paoul le marché le mardi et foires le 25 janvier et le jour des Octaves Notre Dame mi-aoust, pour y est redores en avant perpetuellement tenus, entretenus et continués, en iceux estre vendu, trocqué, acheté, delivré et distribué toute manière de denrées et marchandises licites et honnestes, à telz et semblables droiz, preeminences, privilleges, franchises et libertez que ès autres marchés et foires du pays d’environ.

    Si donnons en mandement, etc... (le reste du protocole. V. au Recueil des Ordonnances).

    Donné aux Montils-lès-Tours (2), au mois de mars l’an de grâce 1487 et de notre regne le 5e. »

     

    Cerizay, 1487....

     

    Notes :

    (1)  Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée, 1875, 2ème série, volume 5, p. 31 à 33. Document consultable sur le site des AD85 en cote BIB PC 16/10 (il faut chercher un petit peu, je sais…).

    (2)  Ancien nom du château du Plessis-les-Tours.


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    Le château de Puy-Guyon (3° partie)…

     

    Après la seconde partie déjà vue ici, voici le dernier volet sur Puy-Guyon  que tout le monde attend, avec bien entendu le souterrain ! Avant que de présenter quelques photos, lisons la description qu’en a faite le docteur Boismoreau de Saint-Mesmin en 1914. Pour ceux qui s’intéressent aux souterrains, on retrouvera un autre travail de ce chercheur ici.

    ***

     

    « Découverte et description du Souterrain-refuge de Puy-Guillon, près Cerisay (Deux-Sèvres)

    Dr Boismoreau, Saint-Mesmin-le-Vieux (Vendée)

    Bulletin de la Société préhistorique de France/Année 1914/Volume 11/Numéro 2 /pp. 119-123.

    Généralités. – A quelques centaines de mètres après le bourg de Cerisay, chef-lieu de canton des Deux-Sèvres, en suivant la grande route de Bressuire aux Sables-d’Olonne, on remarque, sur la droite, au sommet d’une côte assez dure, une superbe allée de vieux tilleuls.

    Si l’on s’engage dans cette allée, longue et large, on arrive sur un point culminant qui domine l’horizon et forme un véritable retranchement. On distingue les ruines d’un vieux mur de clôture, qui domine une vallée assez profonde au fond de laquelle coule un ruisseau. De ce côté l’attaque armée était, jadis, très difficile. Sur cette même hauteur, mais un peu plus à l’Ouest, on distingue les ruines d’un très vieux château. Les ruines, aujourd’hui, sont démolies, sans respect pour de curieuses sculptures qui dominaient les mâchicoulis. Ce n’est qu’un amas de pierres, envahies par les ronces !

    C’est la demeure des seigneurs de Puy-Guillon (1). De très intéressantes recherches seraient à faire sur ces ruines. Le point où elles s’élèvent constitue un poste de défense naturelle, arrangé par l’homme. Camp gaulois, très probablement. Peut-être des recherches attentives permetteraient-elles de trouver des silex et haches de Néolithiques, car l’endroit est merveilleusement situé pour se défendre – Le souterrain ou grotte, que nous allons étudier, a été creusé à une date certainement fort ancienne. Ce fut, sans doute, le premier refuge humain de ces lieux, à moins que des cabanes ne l’aient précédé.

    Quoiqu’il en soit le souterrain a précédé toute construction de pierres, et demeure, intact, au milieu des ruines.

    Découverte. – Ce souterrain est connu dans toute la région ; mais nous ne croyons pas qu’il ait été étudié. Nous ne pouvons pas dire que nous l’avons découvert ; mais nous pensons être le premier à le signaler. Peu de visiteurs s’y risquent maintenant, bien qu’on puisse le visiter en toute sécurité, car la voûte est très solide et durera des siècles ! Il est, en effet, creusé dans un chaple granitique très dur, comme celui de l’Oudrière, qui lui ressemble beaucoup ; aucun éboulis ne s’y manifeste (2).

    Nous l’avons visité pour la première fois en 1912. Nous l’avons montré, au cours de nos excursions préhistoriques, à M. de la Dr Marcel Baudouin, qui nous a engagé à publier nos notes à ce sujet.

    Sa description sera du reste assez sommaire.

    Topographie.- Il est absolument inutile d’insister sur ces points. La ferme de Puy Guillon, construite avec les matériaux de l’ancien château, est connue ; le chemin qui y conduit s’abouche à la grande route. L’allée des tilleuls est un excellent repère ; elle est unique dans le pays.

    On n’a qu’à se diriger vers les ruines, situé, situées dans la cour même de la métairie, au nord-ouest.

    Le terrain est essentiellement granitique ; l’altitude assez élevée par rapport à la vallée voisine.

    Description du souterrain-refuge.- I. Entrée. – a) Porte. – Si nous pénétrons dans les ruines, nous entrons dans une grande pièce où se trouve une magnifique cheminée romane, vouée à l’impitoyable massue du casseur de pierres. Ces ruines sont exposées au soleil couchant ; vers le Nord, le terrain s’élève et forme une petite colline. A l’opposé de la cheminée romane, on remarque un mur épais constituant une aile du château. Dans ce mur, au niveau du sol, on remarque une très curieuse porte romane : c’est l’entrée du souterrain (Fig 1).

    Passons dans les gravats, les briques brisées, les ronces, les épines et arrivons près d’elle. Elle est formée par deux pieds droits en granite et une voûte, de granit également, affectant la forme classique du style roman. Les pierres sont bien taillées et réunies par un excellent mortier. La voûte est intacte ; elle est un peu surbaissée. La largeur de la porte est de 0m90. La hauteur atteint un mètre.

    Cette entrée de souterrain est à signaler. Il convient de la rapprocher de celle de la grotte cachette ou souterrain de la Brunetière, à la Roche-sur-Yon (Vendée), qui lui ressemble point pour point (3).

    En arrière de la porte, on remarque l’emplacement de gonds aujourd’hui disparus.

    b) Couloir maçonné. – Cette porte, passée on pénètre dans un couloir voûté avec des pierres et muré sur ses côtés. Ce couloir a 3m50 de longueur et 1m50 de largeur. A gauche, en entrant, existe une petite niche, maçonnée, à un mètre de la porte, dans le mur, à un mètre du niveau du sol. Cette niche fait 0m70 sur 0m70. Elle atteint un mètre de profondeur (4).

    Le sol du couloir va en descendant ; la pente fait bien 25/100. Au bout d’un mètre on peut se relever et se tenir franchement debout.

    Le couloir est droit et presque dans l’axe de la porte.

    c) Escalier. – Après ce couloir, on remarque, de suite, un escalier. Il fait 4 mètres de longueur, 1m80 de largeur, 1m50 de hauteur, au début, en bas, il atteint 2 mètres.

    On compte sept marches taillées dans une granulite très dure. Ces marches sont assez irrégulières, quoique bien creusées.

    L’escalier dévie vers le Nord et n’est plus dans l’axe du corridor. Les parois sont taillées dans la granulite, la voûte est romane, de grande dimension.

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Fig. 1. –Plan schématique du souterrain de Puy-Guillon (D.S.). – Echelle : 5/1000. – légende : P. Porte romane ; - C. Couloir maçonné et voûté de pierres ; - E, Escalier ; - D, Diverticule ; - Ch. Chambre : - T, Trou dit acoustique ou d’air ; - N, Niche ; - M, Mur du château.

    II. Souterrain proprement dit. – La dernière marche descendue nous sommes dans le refuge. C’est une vaste chambre, irrégulièrement ronde, faisant 7 mètres de long, sur 3m50 de large, dimensions prises dans les plus grands axes. A gauche, cette chambre est flanquée d’un diverticule que nous étudierons tout d’abord (Fig 1).

    A 0m50 du sol, dans la paroi latérale, on remarque un orifice rond, faisant 1m10 de diamètre, épais de 0m40 à peu près. Cet orifice franchi on tombe dans une chambre ronde, de 1m10 de hauteur et de 1m70 de diamètre. La même se trouve, dans les mêmes dispositions, aux souterrains de l’Oudrière et de la Haute-Fosse. C’est un poste de sentinelle (Fig. 1 ; D).

    Sortons du repaire D ; nous pénétrons dans la grande chambre, qui est très vaste et fait 1m60 de hauteur. La voûte est hardie et fort solide, plutôt romane. Dans les parois rien de particulier, sauf une prise d’air ou un trou acoustique au fond. Il est difficile de se prononcer.

    Le plans que nous donnons (Fig. 1) permet de se rendre compte de la disposition exacte du souterrain ; nous n’insistons pas davantage.

    Généralités.- La longueur totale est de 17 mètres. La partie la moins large est la porte de l’orifice du diverticule ; la plus large est dans la grande chambre. Le souterrain est suffisamment haut pour qu’on puisse se tenir debout, sauf à l’entrée et dans le diverticule.

    La capacité est assez considérable et un nombre relativement assez grand de personnes peuvent y séjourner, une vingtaine par exemple, au maximum.

    Le souterrain a très certainement été creusé à la tige-pointe comme la plupart des refuges du bocage ; l’escalier avec l’aide d’autres instruments.

    Le sol est extrêmement résistant et le tout d’une grande solidité. Le chaple est presque aussi dur que du rocher.

    Fouilles. – Aucune fouille n’est possible ; il n’y a pas d’éboulis ; le souterrain est presque dans le même état qu’au début.

    Date de fondation. – La porte est romane ; le couloir aussi ; pas de doute à ce sujet !

    Mais le souterrain proprement dit est bien plus ancien ! Ce n’est qu’après coup que ces constructions de pierres sont venues se joindre au refuge et en modifier l’entrée primitive. Il y a eu là une série indéniable d’utilisations successives ; le cas est fréquent en l’espèce.

    L’escalier lui-même a pu être fait après coup. En tous les cas, il a dû remplacer une pente assez forte et ne semble pas avoir été uniquement creusé, avec les mêmes outils qui ont servi à forer le refuge.

    Les traces de tige-pointe ne sont pas nettes du tout.

    L’escalier et la porte sont sans doute de la même époque, c’est-à-dire du XI° au XII° siècle probablement.

    Mais le fond du refuge est bien plus vieux. Le diverticule de gauche est une preuve, car il n’a aucun rôle, si l’escalier large et haut existait au début. Cet escalier a dû être fait, en élargissant le conduit du côté droit. L’examen de la voûte semble plaider en faveur de cette hypothèse.

    Le souterrain proprement dit a tous les caractères habituels des vieux souterrains du pays, bien que plus petit, avec son poste de sentinelle et son trou acoustique. C’est une grotte artificielle, dissimulée, construite sur une hauteur pour surveiller la vallée ; c’est un poste d’observation, qui a précédé toute construction de pierres.

    Un souterrain est voisin, celui de Montboisé, que nous avons étudié et fouillé (4). Nous avons pu le dater d’une façon presque certaine, trouvailles en mains, du V° ou VI° siècle. Le souterrain du Puy-Guillon, sans doute, est la même époque, sauf sa première partie. »

     

    Notes :

    (1)  Nous avons eu dans les mains un ouvrage concernant la Vierge Miraculeuse de Beauchêne, bourg voisin du vieux Château de Puy-Guillon. Il y avait des notes intéressantes sur les seigneurs de Puy-Guillon, dont la famille, depuis longtemps, ne possède plus le château ni les terres.

    (2)  Le souterrain de l’Oudrière est dans la commune de Saint-Mesmin, en Vendée ; nous le publierons plus tard.

    (3)  Dr Marcel Baudouin. – La Grotte cachette ou souterrain de la Brunetière, à la Roche-sur-Yon (Vendée). – Malines, 1911, 13 p., 18 fig.

    (4)  A la Haute-Fosse, on remarquait, à l’entrée, une niche pareille (Cf. Dr Boismoreau et L. Rousseau. Découverte, étude et description du souterrain-refuge de la haute-Fosse, commune de Mouillerons-en-Pareds (Vendée). – Bulletin de la société préhistorique française, 1912).

     

    ***

     

    C’était là, l’ultime étape de notre visite de Puy-Guyon. Il aura d’abord fallu couper la végétation qui obstruait en partie l’entrée du souterrain puis, marcher sur une corniche de terre longeant l’ancienne muraille du château. L’entrée est là, trou noir béant. Le porche s'est effondré en 2012, suite à des infiltrations d'eau.

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Reste de l’entrée en plein cintre, tombé dans la végétation.

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Il faudrait créer un moule pour remonter les voussoirs, chantier qui ne serait probablement pas simple et sûrement pas l’œuvre d’un homme seul.

    Deux cavités carrées encadrent l’entrée principale à l’extérieur

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Une fois dans l’entrée, on remarque une niche sur la gauche dont la position est curieuse. Il s’agit visiblement d’une archère mais bouchée, elle ne donne qu’à l’intérieur de la muraille. Que peut-il y avoir à l’intérieur de cette muraille ? Se peut-il qu’il y ait des pièces murées ? La chose laisse un peu rêveur…

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Traces des gonds et de la fermeture d’une ancienne porte :

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Nous descendons à présent une pente abrupte et l’escalier décrit par le docteur Boismoreau est plutôt sommaire. Il n’y a plus guère de traces de marches que sur les côtés et il faut descendre prudemment, de peur de faire tout le parcours sur les fesses.

     Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

     

    Il faut allumer rapidement les lampes spéléo pour découvrir la niche à gauche au bas de l’escalier. Ici, un homme pouvait se cacher et trucider à son aise ce qui se présentait.

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Nous arrivons rapidement au fond du boyau. Les travaux de creusement semblent s’être arrêtés brutalement. Contrairement à la description du docteur Boismoreau, on ne tient plus debout aujourd’hui dans la salle. Je fais 1.80 m et je devais courber la tête. Beaucoup de poussière de remblais jonche le sol, à travers diverses pierres.

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Une chauve-souris nous tient compagnie :

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Il faut à présent remonter vers la lumière du jour et reprendre l’escalier taillé à même la roche :

    Le château de Puy-Guyon (3° partie)....

    Ainsi s’achève cette petite aventure à Puy-Guyon. Afin d’éloigner toute tentative de curieux plus ou moins bien intentionnés, voleurs de pierres, chasseurs de trésor et illuminés en tout genre, je tiens à signaler que le lieu est privé et fermé au public.

     

    RL

    Décembre 2017

      

     

     


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    Le château de Puy-Guyon (2° partie)…

     

     

    Suite à la parution de la première partie concernant Puy-Guyon ici, nous étions partis hier, en petit comité pour une visite privée avec M. Nauleau, le propriétaire des lieux qui nous servit de guide.

    Il y avait 35 ans que je n’avais pas franchi ce porche d’entrée et peu de choses m’ont semblé changées.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Le propriétaire commença à nous parler de la cour sous laquelle se trouvent encore des pavés, aujourd’hui recouverts de remblais et de la boue habituelle en cette saison dans une exploitation agricole. Première apparition, le mur côté Est du domaine, qui comporte encore les traces des fenêtres du logis qu’a connu Lescure. A ce mur est adossé un hangar, qui mine de rien en permet la préservation des pluies venues de l’Ouest.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    La promenade démarre alors sur ce qui était probablement une allée cavalière au temps d’avant les Guerres de Vendée.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    L’endroit est particulièrement vallonné avec un dénivelé de 30 mètres entre le sommet de la butte à notre droite et le ravin vers la rivière en contrebas, sur notre gauche. Il apparaît clairement que le talus sur notre droite n’est autre qu’une ancienne motte féodale. Cela saute aux yeux immédiatement, laissant supposer la probable présence d’un système de défense en bois aux alentours de l’An Mil. Un curieux trou maçonné de pierres dans le talus nous est signalé par le propriétaire. Il pourrait être un conduit d’aération du fameux souterrain que dont nous ferons la visite dans la 3° partie de cet article.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Poursuivant notre chemin, nous arrivons à un ravin, où repose la carcasse de la 2 CV d’un habitant du lieu que bon nombre de Cerizéens ont connu dans les années 70. Ce n’est pas de la 2 CV que je vais vous parler (même si les vieilles voitures ne me laissent jamais indifférent comme vous le savez), mais du « Trou de la Guillotine ». Au témoignage de M. Nauleau, le lieu porte ce nom de génération en génération, sans que l’on ait la moindre explication sur cette appellation sinistre. Westermann ou Grignon, qui ont incendié le château les 7 octobre 1793 et 25 janvier 1794, auraient-ils commis ici quelque exaction qui aurait marqué les mémoires ? On ne le sait.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    A noter qu’en face de nous, se trouve le « Bois-Frotté », donnant sur la route de Montravers. Ce lieu était réputé pour être un vrai coupe-gorge pour les bleus et des « Chouans » y auraient tendus des embuscades. Les gens ne savent plus trop mais certains sont persuadés que le nom de « Frotté », serait lié à ces épisodes. Le souci est que Louis de Frotté, le chef chouan de Normandie n’a jamais mis les pieds ici. Mais qu’importe après tout : de légendes ou d’histoires de grand-mères, il y a souvent un fond de vrai et en ce mois de décembre froid et brumeux, les lieux apparaissent bien chargés et empreints de quelque chose qui provient des tréfonds du passé. Aux prémices de la tombée du soir, on imagine facilement quelques chapeaux rabalets glissant discrètement derrières les troncs d’arbres.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Toujours sur le domaine de Puy-Guyon, apparaît un étang abandonné, très ancien selon le propriétaire. Celui-ci n’apparaît pas sur le cadastre de 1809 et s’avère inutilisable de nos jours, les ragondins en ayant détruit la chaussée.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Devant nous, la motte féodale. Un chevreuil que nous n’avons pas eu le temps de photographier y grimpa rapidement et avec agilité le temps de notre visite.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    La chaussée de l’étang, côté Ouest. On imagine avec un peu de peine, les couples d’amoureux, à pied ou à cheval, pressés par la fraîcheur d’un soir d’été, de regagner à regret le château… A la manière des romans de l’ami Armand Bérart…

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Paysage d’évocation :

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Nous remontons à présent le coteau en direction de ce qui fut probablement un petit jardin à la française.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    M. Nauleau nous raconte alors une anecdote des plus singulières survenue dans les années 70 : les paysans de Puy-Guyon ont entrepris une année de cultiver de l’avoine à cet endroit (parcelle N° 404 du cadastre napoléonien). Arrivé à maturation, les céréales se sont mises à créer de curieux dessins dans le champ. Certains plants poussaient plus haut que d’autres en dessinant des losanges et autres formes géométriques. Le lieu étant clos par des restes de murailles que l’on devine à peine dans les haies, il en fut conclu que là se trouvait un jardin d’agrément dans le goût du XVII° siècle. Louis-Marie de Lescure et sa célèbre épouse, s’y sont-ils promenés, comme ils le faisaient au château de Clisson en Boismé sous la célèbre charmille ?

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

     

    Vestige de poteau délimitant l’entrée du jardin :

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    C’est là, sur cette parcelle qu’il se situait.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Après un crapahutage le long d’une pente très abrupte : la bergerie comme l’appellent, tous ceux de mes amis de ma génération qui connaissent Cerizay comme leur poche :

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Il s’agit d’une salle souterraine, dont la voûte parait ancienne, bien que consolidée avec du ciment plus ou moins récemment. Son aspect, largement modifié, fait immédiatement penser à un cercueil, dont la porte jadis solide, ravagée par la rouille, laisse dubitatif sur l’idée d’y entrer.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Dans la salle : une cheminée, les traces d’un lustre à bougeoir dont un ami se souvient.

     

    Ici vécut jusqu’en 1924, un rempailleur de chaises…

     

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

     

    Un coup d’œil sur  « l’Allée des Tilleuls » :

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Il n’y a plus de tilleuls depuis bien longtemps et nous repartons vers le château. Aucun fantôme ne nous suit :

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Quelques pierres de Puy-Guyon :

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    Carrelage de la cour.

    Le château de Puy-Guyon (2° partie)....

    M. Nauleau nous raconte encore une anecdote : lors de travaux, on trouva sous le poulailler actuel et à sa proximité, sous quelques centimètres de terre une couche de carrelage rouge… couverte de plusieurs centimètres de cendres ! Cet endroit correspond avec la partie que l’on peu voir sur le cadastre de 1809, comme étant ruinée. M. Nauleau, raconte encore que lors de travaux en contrebas, afin de construire une fosse à lisier, des canalisations de forme carrée sont apparues. Peut-être qu’il s’agissait là des eaux d’évacuations des cuisines du château. En tout cas cela correspond  très bien avec la vue cadastrale des bâtiments en ruine du cadastre de 1809.

    A suivre ici.

     

    RL

    Décembre 2017

     

     


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    Cinq prisonnières à Cerizay…

     

     

    Sur mes 48 ans d’existence, en voilà 46 que je vis à Cerizay. Je pensais tout savoir de la petite ville « aux deux légendes ». Eh bien non, j’en apprends encore. Et puis je dois vous avouer que ce soir, je vais prendre du plaisir à vous parler de chez moi, une nouvelle fois. Pas d’inquiétude, je n’oublie pas les autres régions de Vendée Militaire et le tour de la vôtre viendra. Au hasard des correspondances conservées aux archives militaires de Vincennes, je suis retombé il y a déjà plusieurs jours sur cette correspondance du général Vimeux du jeudi 7 août 1794 (1) qui fut par ailleurs exploitée par La Maraîchine normande ici :

     

    « Au Quartier général de Fontenay le Peuple le 20 thermidor l’an 2ème de la République française une et indivisible.

     

    VIMEUX, Général en chef,

    Aux citoyens composans le Comité de Salut public de la Convention nationalle.

    Citoyens représentans,

    Je m’empresse de vous faire passer l’interrogatoire que le Comité de surveillance de cette commune a reçu de cinq femmes qui étoient restées prisonnières chez les brigands et qui se sont rendües à la suite d’une colonne commandée par le général Beaupuy que j’avois chargé d’une expédition sur Cérizay où les brigans formoient un rassemblement. Comme il est possible que les déclarations de ces femmes ayent quelque connexité avec la conspiration dont la liberté a été menacée et que vous avez si heureusement déjouée, je ne balance pas à vous donner connaissance directement du procès verbal auquel elles ont donné lieu, et qui vient de me parvenir dans l’instant.

    Comptez, je vous prie, citoyens représentans, sur mon zèle et mon dévouement entier aux intérês de la République.

     

    Salut et Fraternité

    Vimeux »

     

    ***

     

    « Aujourd’huy dix huit thermidor l’an 2ème de la république francaise une et indivisible (5 août 1794), les citoyennes Gautreneau femme Payneau, Payneau femme Belliard juge de paix de Cerizay, la Charrier femme Baudry boullanger de Cerizay, Marie Metayer femme Chasserieau de Cerizay, Rose Carteau femme de Louche, maçon, et Marie Neveu veuve Robin aussy de Cerizay touttes prisonnières des brigands dans le bourg de Cerizay, et délivré par la force armée le 16 de ce mois (3 août 1794) ont déclarés avoir entendus dire plusieurs fois aux chefs des brigands qui sont les nommés Richard de Cirières, Beaurepaire le jeune, le nommé Tessier de Courlay, Stophelet, Charrette, Sapinneau de la Gaubretière qui leur donnoit pour la dernière fois le conseil de faire rentrer leurs maris qui étoient réfugiés parmi les patriottes, car sous quinze jours la convention et la république entière n’extisteroient plus ; les susdittes ont déclarées que les brigands connaissaient par des émissaires touttes les forces et démarches de nos troupes, quelles ont pour exemple le dernier mouvement qu’on à fait sur Cerizay le 16. La veille le comité des rebelles reçût une lettre qui annonçaient l’arrivée de nos troupes, et de suitte les brigands se mirent en devoir d’évacquer ce qu’ils avoient de plus précieux : demande faitte aux déclarante si les brigands étoient en force, elles ont estimées qu’il pouvoient être neuf à dix mille hommes au total, divisés dans ce moment sur divers points : demandé ou il faisoient leur rassemblement pour venir attaquer la Chataigneraye, ont déclarés qu’ils le faisoient le plus souvent à Cerizay :

    Interrogé si les brigands avoient moissonnés, ont déclarés qu’ils avoient ramassés le plus de bariques qu’il avoient pûs, les avoient remplis de grains pour les cacher dans leurs souterains. Leurs répaires en hyver sont dans les champs de genet, et la, sans crainte d’être aperçûs, ils sçavent quand la troupe passe, et échappent ainsy à la poursuite.

    Que les répaires sont

    1° La Patellière commune de Combrand à trois quarts de lieu de Cerizay dans les bois, et les *** (illisible).

    2° La Marminière, commune de Mêmin environnés de Bois à trois quart de lieues, entre Cerizay, Memin (Saint-Mesmin, qui porta aussi le nom de Beauvallon-sur-Sèvre, NDLR) et Montravers.

    3° Dans les bois de la Grande Boissière à deux lieues de Cerizay, trois quarts de lieues de Chatillon.

    4° La Brunnière commune de la Pommeraye à deux lieues de Cerizay entre Cerizay et Pouzauges.

    5° enfin dans les bois qui environnent Cerizay.

    Lecture faite de la présente déclaration on dit contenir vérité et y persister ce ont signées, hors ceux qui ont déclarées ne le sçavoir. Signées au registre, Gautronneau Madelaine, Charrier, *** (illisible), Payneau, Marie Métayer.

    Pour copie conforme ./.

    Guery aîné Contantin »

     

     

    La date du 3 août 1794 est celle du combat de Noirlieu et les Vendéens sont en bien mauvaise posture.

    Le 4 (août), Bonnaire, écrit à Vimeux depuis La Châtaigneraie (2) :

    « Les deux colonnes du camp de Fontenay, aux ordres de l’adjudant-général Travot, et du pont Charon, aux ordres de l’adjudant-général Saint-Sauveur, ont exécuté hier le mouvement qui leur était ordonné sur Pouzauge et Cerizais. L’ennemi réuni en grand nombre a été attaqué à Cerizais, et à perdu près de quinze cents hommes. Le général Beaupuy, qui a dirigé l’attaque en personne, peut rendre un compte satisfaisant de la troupe. »

    A la même date, on trouve dans le « 5° tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest »  (3)

    « Grignon lui mande (à Vimeux) qu’il a battu complètement les brigands hier à Noirlieu, tué environ 200 hommes et pris beaucoup de bestiaux – projet de se concerter avec lui pour se porter sur La Fougereuse. » (4)

    Toujours le même jour (5) :

    « Au général divisionnaire Grignon

    Du 17 thermidor (4 août 1794)

    J’ai reçu mon camarade ta lettre du 17 du courant, qui m’annonce tes succès sur Noirlieu. Je t’observe que l’adjudant général Bernardel n’avoit pas suivi l’indication que tu as faite au général Legros et qu’il se fut porté ainsi qu’il en avoit d’ordre du chef de l’état-major sur Chanteloup et Courlay et que de ton côté tu eusses attaqué Noirlieu . Les brigands se seroient réfugiés sur Cerizay ou une colonne les attendoit, ce qui auroit rendu nos succès plus complets. Partout tu vois combien il est essentiel de ne point changer les dispositions générales qui sont arrêtées. Cependant j’aplaudis à ta marche qui a été parfaitement conduite. L’adjudant général Bardon réclame d’être employé dans cette qualité, tu vérifiras s’il a été nomé adjudant général et alors il n’y a point de difficulté, et tu dois l’employer et le reconnaître en cet égard.

    Salut et fraternité signé Vimeux. »

     

    ***

     

    Du lendemain :

    « Au citoyen Bo représentant du peuple à Nantes et près l’armée.

    Citoyen représentant tu étois informé que deux colonnes partaient de la Chateigneraye et du camp de Chiché devoient se porter sur Cerizay où il avoit un rassemblement de brigands. Cette expédition en ce lieu eu effet. Les brigands attaqués sur plusieurs points ont fui partout en abandonnant une quantité de bestiaux que l'on porte à 600 têtes et 900 moutons avec mulets et chevaux, le général Beaupuy qui commandoit une colonne a ramené 400 têtes de bétail épars. Les brigands ont perdu dans cette sortie et sur tous les points environ 900 hommes. Ainsi tu vois que cette expédition n’est pas sans fruit. Vive la république, il a été pris un drapeau sur les scélérats.

    Salut et fraternité et fraternité signé Vimeux. »

     

    Quelques notes sur les femmes « libérées » par les républicains :

    L’une d’elles est l’épouse de François-Louis Béliard, juge de paix et farouche républicain qui décèdera à Cerizay le 8 mars 1806. Magdelaine Charrier, est la femme de Pierre-Gabriel Baudry. Elle décèdera au bourg de Cerizay le 3 décembre 1821, âgée de 66 ans. Rose Carteau est la femme de Joseph Delouche, maçon, décédé au bourg de Cerizay à l’âge de 65 ans, le 20 septembre 1820. Je n’ai pas cherché une éventuelle parenté avec Adrien-Joseph Delouche, maire de Bressuire et qui sera pris dans les événements de 1792.

    Abordons pour terminer, les lieux cités (hormis les bois – tout le monde sachant à quoi ressemble un bois).

    La Pastelière de Combrand : ce magnifique petit château du XVI° siècle a servi d’hôpital pour les Vendéens. Il sera épargné par les destructions et la colonne infernale de Grignon n’y passa pas.

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

    Les Marmenières de Saint-Mesmin, tout près de la Sèvre. On sait que M. Garnier des Marmenières avait été fusillé par les républicains à Bressuire en février 1794. Son épouse disparaîtra dans les prisons de Thouars :

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

    La Brunière de La Pommeraie-sur-Sèvre :

    Ce manoir était l’habitation d’un officier de l’Armée du Centre, Sicard de la Brunière, inspecteur général de la division de Pouzauges dont " La Maraîchine normande" nous raconte la curieuse histoire ici.

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

     L’histoire de Cerizay est encore loin d’être terminée. A suivre…

     

    RL

    Novembre 2017

     

     

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/10-12, v. 1 à 4.

    (2)  Savary, tome IV, p. 65.

    (3)  SHD B 5/10-1, v. 19/26.

    (4)  On sait que Grignon arrive par la droite avec 800 hommes.

    (5)  SHD B 5/81 v. 55/129. 


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