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    Morannes, département de Maine-et-Loire, le 26 Floréal de l'an 7, 

    les chouans règlent leurs comptes...

     

     

                

     Assassinat de Thomas Millière.... Les Affiches d'Angers du mois de Prairial de l'an 7 nous informent d'un fait divers ayant défrayé la chronique en cette année 1799. Il s'agit de l'assassinat de Thomas Millière, Commissaire du Pouvoir Exécutif à Morannes, qui s'était particulièrement distingué par une férocité incroyable envers les chouans.

      Thomas Millière (article de la Maraîchine normande en lien) est né le 28 février 1741 à Notre-Dame-du-Pé en Anjou, actuellement dans le département de la Sarthe. Il est le fils de Louis Millière, menuisier-tonnelier et de Marie Riverain.

    Assassinat de Thomas Millière....

     

     

     

     

     

     

      Il épouse Marie-Françoise Le Maire née vers 1744 en la paroisse Saint-Sulpice de la ville de Paris, fille d'Adrien Le Maire et de Marie Emerÿ, décédée à Morannes le 9 janvier 1810 à l'âge de 66 ans.

      Ouvrier boulanger puis colporteur, et comme cela a souvent été le cas pour les minables dans toutes les révolutions, la Révolution dite française a favorisé son ascension. Il est devenu l'un des pires agents de la République : un monstre, ami de Carrier, spécialiste des noyades...

      Il est assassiné à Morannes par le Royaliste René Guittet, le 15 mai 1799 (26 floréal de l'an 7).

     

      Voici l'acte de décès de Thomas Millière :

     

     « Aujourd'hui vingt sept floréal* l'an sept de la République Française, une et indivisible sur les neuf heures du matin, par devant moy Louis le Blanc agent municipal de la commune de Morannes, chef-lieu de canton département de Maine et Loire ; sont comparus en la maison commune les citoyens- Pierre Millière, marchand, âgé de soixante trois ans et Pierre Millière âgé de trente ans, demeurant tous deux place de la Fraternité de cette commune de Morannes ; qui m'ont déclaré que Thomas Millière, Commissaire du Pouvoir Exécutif de cette commune, fils de Louis Millière ; menuisier et de Marie Rivrain, mary de Françoise-Marie Le Maire, âgé de cinquante six ans, est décédé d'hier sur le midy en sa maison sise grande rue de cette commune de Morannes d'après cette déclaration que les témoins m'ont certifié conforme à la vérité, je me suis assuré du décès de Thomas Millière de cette commune et en ai dressé le présent acte que les témoins Pierre Millière, frère du défunt et Pierre Millière neveu du défunt ont déclaré savoir signer et ont signé avec moy, Fait à la maison commune de Morannes les jour mois et an que dessus». 

     

    ont signé : Pierre Millière – Pierre Millière et Le Blanc, maire. 

    * 27 floréal an 7 = 16 mai 1799. 

     

      Puis l'article des Affiches d'Angers du 4 Prairial an 7 de la République :

     

      « La guerre de la Vendée et celle des chouans ont malheureusement laissé le souvenir d'une multitude de crimes inconnus jusqu'au moment où ils ont été commis. Mais il en est peu qui égalent l'horreur de celui dont Morannes vient d'être témoin.

    Assassinat de Thomas Millière....

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

        

      Le 26 floréal, cinq hommes revêtu d'habits d'uniforme se présentèrent vers midi, chez le citoyen Millière, Commissaire du Directoire près l'administration municipale de Morannes ; ils se dirent porteur d'une lettre à son adresse ; son importance exigeait de prendre des précautions pour qu'elle lui fut remise. Le cit. Millière les fit entrer, prend la lettre, brise le cachet, veut lire ; mais les assassins lèvent sur lui autant de poignards et l'en frappent à plusieurs reprises. L'épouse du malheureux Millière jête un cri, se précipite au milieu d'eux, veut arriver à son mari ; elle est également frappée et tombe sur son corps inanimé.

      Les brigands satisfaits, puisqu'il leur faut des hommes pour victimes, se retirent tranquillement et disparaissent.

      Bientôt la citoyenne Millière laisse échapper quelques cris de douleur. Les voisins entrent ; il aperçoivent deux époux couverts de blessures et baignés dans leur sang : la surprise, l'indignation, tout les fait frissonner …..... Ils s'empressent de donner leurs soins à la citoyenne Millière, qui avait reçu deux coups de poignard ; son marie en avait reçu neuf. A côté de lui était une lettre dans laquelle on le prévenait qu'on allait lui parler pour la première et la dernière fois ; On lit dans le post-sciptum :

    ''Moi qui ne parle pas, je te mets l'ame en bas''. Pour signature un poignard figuré à la main.

      La République perd dans le citoyen Millière un homme qui remplissait les devoirs de sa place avec l'impartialité et l'exactitude qu'elle commande. 

      Il est à observer que, depuis quelque tems, les brigands ont apporté quelques modifications dans leur conduite à l'égard des militaires qui tombent en leurs mains. Ils les dépouillent entièrement, et les renvoyent. Puis travestis en républicains, ils parviennent quelquefois à tromper la surveillance. Maintenant on les suit de près ; les mesures adoptées par l'administration centrale, bien secondées, auront le triple avantage de rappeler dans les familles ceux que la violence chouanique en a enlevés, de rendre tous les bras à l'agriculture, et faire jouir encore une fois nos contrées d'une paix heureuse ».

    Assassinat de Thomas Millière....

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      Quel brave homme ce Millière...  Ah ! Les salauds de chouans ! Sauf que voici ''l'ambiance générale du secteur'' et le véritable portrait du bonhomme en 1799 évoqués par Monsieur l'Abbé Deniau... En définitive, Millière est un démon. Il fut un homme de main du sinistre Carrier et participa aux noyades de Nantes.

     

      « Les autorités incarcérèrent les personnes qui passaient pour favoriser les chouans et surtout celles qu'ils crurent donner asile aux déserteurs et aux conscrits de la levée qui venait d'être décrétée en pays républicains ; ces incarcérations firent passer un grand nombre de réfractaires dans la Vendée et exaltèrent les têtes ; les gendarmes qui poursuivaient les réfractaires furent accueillis en beaucoup d'endroits, à coups de fusil ; des bandes armées enlevèrent des caisses publiques, des fonctionnaires furent maltraités et des réfugiés menacés.

      Les gendarmes usèrent de représailles ; ils incarcérèrent de nouveau des prêtres et en assassinèrent même quelques uns ; leurs cruautés rendirent l'agitation générale.

      En Bretagne et dans le Maine, des représailles non moins terribles s'exécutaient aussi très fréquemment ; la haine des partis y était encore plus vive qu'en Vendée. Certains personnages républicains y avaient poussé la vengeance jusqu'aux dernières limites. Millière, commissaire du pouvoir exécutif à Morannes, s'était surtout distingué par une férocité incroyable envers les chouans.

      Malgré les diverses pacifications qui eurent lieu, il avait continué à dénoncer non seulement ceux qui avaient pris les armes, mais aussi leurs parents, leurs amis, leurs sœur, jusqu'aux blessés et aux suspects qui se tenaient cachés. 

      A Daumeray, il avait fait massacrer par les soldats bleus plusieurs jeunes gens dans les bras de leurs mères, et il avait présidé à la mort de plus de quatre vingt habitants de cette paroisse. Les chouans, poussé à bout par ses cruelles exécutions jurèrent enfin sa perte. Guittet, dit Saint-Martin, qui commandait le canton de Morannes, fut chargé de lui infliger le châtiment mérité par tant d'atrocités. Mais il était difficile d'approcher du féroce révolutionnaire ; Millière ne sortait jamais de Morannes, il s'y faisait garder par une escorte de quatre cent hommes, et pour prévenir toute surprise, il avait fait élever des barricades dans toutes les rues. Malgré toutes ces difficultés, le 15 mai 1799, Saint-Martin, accompagné de quatre de ses soldats, parut à l'entrée dudit bourg, à onze heures et demie du matin, au moment où les soldats bleus prenaient leur repas ; il a fait prendre à ses quatre hommes des uniformes républicains, et lui même a revêtu celui d'un sergent. Le fusil au bras droit et tenant à la main un billet cacheté, Saint-Martin se présenta à la garde comme une ordonnance du général commandant la division, et demanda la demeure du citoyen Commissaire. Il y parvint sans exciter le moindre soupçon. Il frappe. La citoyenne Millière le reçoit. Saint-Martin lui dit : '' Une ordonnance du général pour le Commissaire du Directoire.'' Cette femme veut la porter elle-même. Le chouan déclare qu'il a l'ordre de la remettre en mains propres. Après de nouvelles hésitations de la citoyenne Millière, Saint-Martin triomphe de cette méfiance instinctive. Il laisse au bas de l'escalier ses quatre Royalistes, auxquels il a recommandé de fermer aussitôt la porte d'entrée et d'ouvrir celle qui donne sur le jardin pour se ménager une retraite. Arrivé dans la chambre où le Commissaire avait signé tant d'arrêts de mort, le Chouan passe rapidement son arme à gauche et remet à Millière le prétendu billet du général. Millière prend le papier. Au même instant  Saint-Martin tire un poignard qu'il a caché dans la manche de son habit, et il frappe au cœur le Révolutionnaire qui roule à ses pieds sans pousser un gémissement.

      ''A la vue de son mari expirant, la citoyenne Millière se jette sur Saint-Martin et appelle au secours. Le Royaliste cherche à se débarrasser de cette douleur dont l'éclat peut le perdre. Une lutte s'engage ; la femme est blessée à l'épaule et renversée. Saint-Martin descend rapidement l'escalier ; mais ses soldats effrayés du rassemblement que les cris de la citoyenne Millière ont provoqué, apprennent à leur chef qu'il leur a été impossible de s'assurer de l'issue du jardin. '' Eh bien ! Dit-il, risquons le tout pour le tout, j'ai fait un acte méritoire, payons d'audace.'' Il ouvre lui-même la porte de la rue, où la garnison et les habitants sont agglomérés ; et sortant de cette maison à la tête de ses quatre volontaires, la baïonnette en avant  : ''Place, s'écrit-il d'une voix éclatante, je viens de tuer le chien enragé : rentrez tous chez vous et laissez-moi passer : Je suis Saint-Martin''.

     

      '' A ces mots, la foule s'écarte, le peuple est interdit, les fantassins ne font aucun mouvement. L'audacieux sang-froid de cet homme, dont le nom a si souvent retenti à leurs oreilles, les fait tous pâlir de stupeur. Saint-Martin traverse au pas de charge le bourg de Morannes et les rangs pressés des Républicains sans qu'aucun coup de fusil soit tiré, sans qu'aucune parole de malédiction ou qu'un cri de vengeance vienne inquiéter sa marche''.

      Ces meurtres et d'autres plus ou moins semblables ne firent qu'envenimer avec le temps la haine réciproque qui existait entre les deux partis. Les gazettes et après elles les historiens révolutionnaires n'ont pas manqué de mettre à la charge des chefs royalistes toutes ces énormités. L'opinion égarée s'en révolta, mais on voit quelle en était la source etc...... »

     

      Sources: Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés. Les Affiches d'Angers – numéro 122, prairial 1799 – vue n°3/31 Quartidi 4 prairial an 7 de la République – Commune de Morannes – Acte de décès n°54, vue n° 275/461 Thomas Millière - Décès année 1810 de Marie-Françoise Le Maire – Histoire de la Guerre de la Vendée, Abbé Deniau, Siraudeau Editeur, Tome 5 - pages n°787,788,789- Archives départementales de la Sarthe, tous droits réservés, commune de Notre-Dame-du-Pé, vue n°300/312, 28 février 1741. - Photo de l'auteur. 

                                                              

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets. 


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    Tout ça pour un arbre !

     

     

                

     Tout ça pour un arbre ! Finissons-en avec l'historique de l'arbre de la Fraternité d'Angers et partageons ensemble les cérémonies et le discours du maire en ce 24 février 1793, jour solennel de la première plantation du chêne sacré... avant qu'il ne soit abattu par l'intrépide cavalière Vendéenne : Renée Bordereau abattit ''l'arbre sacré'' à coups de sabre au soir du 17 juin 1793, juste avant l'arrivée de l'armée vendéenne dans la capitale angevine (Mémoires de Renée Bordereau, dite Langevin… 1814, p. 13)

     

      Mais avant de parcourir la presse de l'époque et les discours de circonstance, il me semble opportun de rappeler l'état de la France d'aujourd'hui et de mesurer le peu d'espace de liberté que nous laisse cette République.

      A l'époque, comme vous le verrez, la plantation de ''l'arbre'' réunissait une foule immense de gens crédules, de peureux et de niais. Aujourd'hui, lors de la plantation des arbres de la Laïcité, nous ne rencontrons plus que les visages ronds des Francs-Maçons dans un dernier carré de laïcards sectaires et de libres penseurs ; c'est à dire peu de monde, mais il en reste encore....

      Il me paraît intéressant de porter à votre connaissance le bilan de tout cela, dont voici  la facture : Lorsque nous refaisons l'addition des pertes dues à la Révolution et à cette première République et au monstre qu'elle a enfanté : l'Empire, cela représente 400 000 morts pour les guerres jusqu'à 1800, un million pour l'Empire, 600 000 pour les guerres intestines, le génocide Vendéen et l'échafaud pour mémoire. Voilà nos deux millions de morts. Sans compter l'abaissement de la France qui était la première puissance au monde grâce à son rôle chrétien et civilisateur, sans oublier la discorde installée depuis plus de deux siècles dans le peuple français. Les ennemis de la France divisent pour régner sur notre pays.

      Donc à la lecture de ce magnifique discours du maire d'Angers, vous en pleurerez d'émotion tellement c'est beau ! Ce bel arbre de la Fraternité, planté sur la superbe place du Ralliement où l'on guillotinait à tour de bras ceux qui pensaient autrement... En ce qui concerne les ''actions généreuses'' évoquées, ce furent en définitive : le génocide vendéen, les noyades, les fusillades, les incendies, les viols, les pillages, les vols, les femmes et les enfants brûlés dans les fours chauffés à blanc par les Colonnes Infernales des généraux républicains Turreau et Amey dont les noms figurent sur l'Arc de Triomphe, voilà la vérité !

      En 2017, l'arbre de la Laïcité d'Angers détruit pour la quatrième fois, faut-il s'en étonner ? Les fruits de l'arbre seraient-ils devenus amers ?

     

      Voici le n° 33 des Affiches d'Angers ou Moniteur du Département de Maine-et-Loire du mercredi 27 février 1793, l'an deuxième de la République Française, vue n° 32/36.

                                       

    MUNICIPALITE D'ANGERS

    Fête Civique

     

      «  Nous ne pouvons passer sous silence l'auguste cérémonie qui a eu lieu dimanche dernier, 24 du présent ; pour la plantation de l'arbre de la Fraternité : Il ne doit pas nous suffire d'avoir planté cet arbre sacré, et d'avoir fait autour de lui le serment d'une union invincible ; il faut que tous nos frères du département partagent les émotions délicieuses dont nous avons été pénétrés ; il faut que le serment solennel que nous avons proféré, retentisse dans toutes les bouches, et se grave dans tous les cœurs en caractères impérissables. O nos frères, ô nos amis, qui habitez les campagnes et les cités voisines que n'avez-vous été témoins de la scène attendrissante que nous avons offerte ? Oh ! Comme vos cœurs simples et vertueux eussent été doucement affectés, en voyant vos concitoyens confondus par l'amitié et dans les plus doux épanchements de l'ivresse et du cœur ! Des nuages dont le travail et la peine chargent hélas  ! Trop tôt vos fronts, auroient fait place au sourire de la joie  ; et vos plaisirs eussent encore ajouté aux nôtres, mais consolez-vous, tous les ans nous célébrerons l'anniversaire de cette mémorable journée ; tous les ans vous viendrez avec nous autour de l'arbre chéri jurer fraternité à vos concitoyens.

      Ah  ! Malheur à l'âme froide et glacée que cette idée n'émeut et ne transporte pas, elle n'est pas faite pour vivre dans une république.

      La république est une grande et nombreuse famille dont tous les enfants doivent être étroitement unis ; et le républicanisme n'est autre chose que la pratique des vertus, dont la fraternité est la base.

      Dimanche dernier, l'arbre de la Fraternité fut planté sur la nouvelle et superbe place du Ralliement, au milieu d'un concours innombrables de citoyens de tout âge et de tout sexe. Les corps administratifs et judiciaires assistoient, à cette fête civique. La garde nationale d'Angers, des Ponts-de-Cé et de plusieurs paroisses voisines, les vétérans et invalides, la gendarmerie et environ 1200 hommes de cavalerie présentoient le coup d'oeil le plus flatteur et le plus imposant. Au centre étoit un groupe de laboureurs, de ces hommes à la simplicité desquels l'orgueil des villes insulta trop long-temps ; de ces hommes que nous estimions encore dans nos écrits, mais que par une bizarrerie inconcevable nous couvrions des mépris le plus révoltants. Les instruments aratoires dont ils étoient porteurs, retraçoient à l'homme les bienfaits précieux de l'agriculture et l'ami de l'égalité a joui dans le silence de son cœur, en voyant la pelle et le hoyau contraster avec l'éclat des armes.

      Les Autrichiens qui ont notre ville pour prison, témoins de cette fête magnifique, n'ont pu s'empêcher de prendre part à l'alégresse commune ; leurs armes que le despotisme peut avoir flétries, mais qu'il n'a pas tout à fait dégradées se sont électrisées au feu divin dont tout, autour d'eux étoit embrasé et pour la première fois elles ont connu ces doux transports que le patriotisme seul sait inspirer. Alors vous les auriez-vus par un mouvement spontané, offrir de se réunir aux groupes qui dansoient autour de l'arbre de la Fraternité, faire éclater dans leurs yeux l'ivresse la plus touchante.

      Autrichiens, ô nos amis, si jamais les monstres que l'on nomme rois, et qui tiennent dans leurs mains vos destinées, vous forçoient à marcher contre nous, parlez, égorgeriez-vous vos frères ?.... Non, vous leur ouvririez vos bras et vos cœurs, vous vous joindriez à eux pour écraser vos tyrans* et consommiez le bonheur de monde.

     

    *Nous retrouvons dans ce passage l'idée maçonnique de la République Universelle ayant pour objectif la destruction de tous les états Chrétiens et l'anéantissement des Rois ou Empereurs.

     

      Après cette scène attendrissante et vraiment unique, l'hymne des Marseillais a été chantée, un écho immense l'a porté dans toute la ville et elle a produit son effet accoutumé.

      Puis le citoyen Berger, maire a prononcé un discours que l'abondance des matières nous force à renvoyer au numéro prochain ».

      Et voici la teneur du soliloque publié dans le numéro 34 des Affiches d'Angers, le premier mars 1793... 10 jours avant le soulèvement de la Vendée...

     

    Tout ça pour un arbre !

     

    CITOYENS,

     

     

      « Le peuple français vient de donner un grand exemple aux nations, en changeant sa constitution ; il vient enfin de rompre ses derniers fers, pour vivre à jamais en liberté. La monarchie n'est plus, la tête du despote est tombée, le peuple a reconquis ses droits naturels et imprescriptibles... Il est souverain.

      C'est cet heureux événement que nous célébrons aujourd'hui. C'est à la république naissante que nous venons rendre hommage ; c'est à la France régénérée  que nous venons féliciter.

      Joignez-vous donc aux magistrats du peuple, braves citoyens et vous aimables citoyennes ; que nos cœurs s'épanchent maintenant sans crainte et célèbrent dans ce jour mémorable le triomphe de la liberté sur l'esclavage le plus dur. Que vos concerts mélodieux fassent ralentir les airs de chants d'alégresse  ; qu'ensuite vos pieds agiles et légers frappent la terre en cadence au son des instruments et annoncent votre bonheur ; qu'enfin vos sentiments unis et confondus n'ayant plus pour principal objet dans leurs affections que l'amour de la patrie et de la fraternité.

      Oh ! Amour de la république, vertu sublime, sentiment intérieur qui, échauffant les âmes de ton feu divin, les remplis de force et de courage, et les portes à des actions généreuses et héroïques, étend toi des frontières où tu as établi ton empire avec tant de gloire, et viens répandre dans l'intérieur de la France ton heureuse influence : Viens, qu'à ta voix toute dissention cesse, toute opinion contraire s'assimile et se réunisse ; que tous les vœux enfin n'aient pour but que le bonheur général. L'esprit de discorde et de trouble ; l'anarchie, le fanatisme ont régné trop longtemps : tout doit enfin céder à ta voix ainsi qu'à celle de la raison et de la philosophie.

      Pénétrés de cette divine flamme crions tous à l'envie, chers citoyens : Vive la Patrie, Vive la République     !

      N'oublions jamais que la Liberté et l'Egalité en sont les bases solides et invariables ; et que sans elles, point de bonheur. Mais ne confondons point la liberté avec l'indépendance ; toute association politique a ses loix ; la liberté consiste a pouvoir faire ce qu'elles permettent et à n'être pas contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.

      Soyons donc tous soumis aux loix, et bientôt nous jouirons tous de cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté de sa personne et de sa propriété ; en un mot, nous serons libres.

      N'oublions pas non plus, que sans l'Egalité, plus de République, c'est une vérité incontestable, que chaque citoyen borne donc son ambition à voir ses frères heureux ; que la simplicité de nos mœurs, le mépris des richesses, l'amour d'une salutaire médiocrité ; fruit de la frugalité nous distinguent  ; que le désir d'amasser soit enfin circonscrit par l'attention que demande le seul nécessaire pour soi, pour sa famille, et répandons le superflu pour les besoins de la patrie. Mais sur-tout citoyens, ne perdons pas de vue que nous naissons tous enfants de la patrie ; qu'en naissant nous contractons envers elle une dette immense. Si elle nous assure repos et sûreté ; nous devons lui rendre tous les services dont nous serons capables. Levons-nous donc ; pourquoi tarder à nous armer ? Des despotes coalisés la menacent de toute part de l'invasion et veulent nous charger de nouveaux fers ; leur nombre est considérable, leur valeur est connue...

      Mais que pourra cette cohorte de tyrans avec ses phalanges d'esclaves contre le courage de frères, de citoyens armés pour la liberté. Soyons unis frères et amis, leurs efforts seront vains, de notre union résultera notre force, et plus elle sera intime plus nous devons espérer le triomphal succès.

      C'est pour célébrer cette union, c’est sous ces heureux auspices que nous faisons aujourd'hui une offrande simple à la Patrie.

      Le chêne, ornement de nos forêts, emblème de la force et de l'immortalité, nous a paru spécialement digne de remplir l'expression de nos vœux et de figurer dans cette cité sous la dénomination d'arbre sacré de la Fraternité.

      Comme il va prospérer, cet arbre, sur la terre de la Liberté ! Comme il va élever sa tête glorieuse au-dessus des autres arbres ! Comme il va se couvrir de branches qui demeureront fixées au tronc pour ne jamais s'en séparer : Puisse-t-il chaque jour en croître de nouvelles : Puissent-telles toutes ensemble s'entrelasser de l'union la plus immédiate et la plus indissoluble : Puissent enfin, les branches plus fortes soutenir et garantir  ; d'impressions funestes, les rameaux naissants, faibles et tendres, qui serviront un jour à entretenir sa pérennité et sa gloire. O frères et amis, quel ombrage agréable, ses branches étendues et multipliées, préparent à vos heureux enfants !

      C'est là qu'ils viendront goûter la paix et le bonheur, trésors inestimables que vous leur aurez procuré des bienfaits de la Liberté et de l'Egalité  ; c'est là, que sous son feuillage épais, en jouant au milieu de vous, ils réciteront dans leurs chants les généreux sacrifices, les combats, les victoires de nos héros ; votre ardeur pour la Liberté, votre confiance et leur propre félicité, qui en aura été le prix.

      Bientôt vous mêmes, ô citoyens ; vous éprouverez les bienfaits de son ombre, bientôt à vos propres jouissances réunissant celle-ci douce de récompenser la vertu, vous conduirez en triomphe les jeunes conquérants de la Liberté sous ses branches épaisses que vos mains à l'envi auront courbées pour eux en couronnes civiques ».

     

     

       Allocution imbuvable, c'est du Jean-Louis Debré avant l'heure ! 

      Ce qu'il y a de certain, c'est que l'arbre de la Laïcité d'Angers n'est pas près de donner de l'ombre ni des couronnes civiques  !

     

        

     Sources: Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés. Les Affiches d'Angers – numéro 33 et n° 34, vues n° 32/36 et vue n° 34, 35 et 36 - Le coût de la Révolution Française de René Sédillot, Vérités et Légendes de chez Perrin – 1987. Photo: Vendéens et Chouans du 21.9.2013, ''Le chêne de la Révolution tombe pour Charette''.

     

     

     

                       Xavier Paquereau pour Chemins Secrets. 


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    La liberté d'expression vue par la presse républicaine nantaise en l'an IV. 

                

     

    Liberté d'expression en 1796....Rien n'a vraiment changé depuis deux cent vingt quatre ans, la presse aux ordres des Loges, la désinformation, la caporalisation des esprits, le terrorisme intellectuel... La guillotine n'existe plus, elle a été remplacée par le lavage de cerveau télévisuel.

      Voici un extrait de la Feuille Nantaise n°149 – Nonidi – 29 Pluviôse l'an quatrième de la République Française (jeudi 18 février 1796). A Nantes – de l'imprimerie de Brun aîné, Imprimeur-Libraire – place de l'Egalité. Les royalistes sont interdits de toute expression, la guillotine est là pour leur couper la parole...

     

             

    ANNONCES LITTERAIRES, L'ANTI -ROYALISTE, PROSPECTUS.

     

      «  La France est république et tout français n'est pas républicain. Les patriotes ont été vainqueurs et les chouans n'ont pas été vaincus ! Où chercher la cause de la décadence de la liberté, de la prolongation du règne sanglant de ses ennemis ? Dans la mort de l'esprit public.

      Où trouver le concours de moyens qui assurent le triomphe de la révolution et mettent les républicains en jouissance des fruits de leur victoire ? Dans la résurrection de l'esprit public.

      Tenir sans cesse le peuple en éveil contre les royalistes ; nous attacher à leurs pas, suivre les fils de leurs conjurations ; signaler leurs nobles protecteurs ; dénoncer leurs vils protégés ; prêcher la réforme des abus ; la régénération des mœurs, l'exécution des loix ; assiéger le fanatisme jusques dans son antre cadavéreux ; poursuivre l'agiotage jusque dans ses tripots, activer la renaissance de l'amour de la patrie ; appeler la confiance sur le gouvernement ; lui montrer la ligne de ses devoirs ; s'il en dévioit jamais ; enfin tout faire pour la république, tout contre le royalisme : Voilà pour les principes de notre journal.

      Notre journal, imprimé sur feuille in 4° beau papier et beau caractère, paroîtra tous les jours à compter du 16 Pluviôse : l'abonnement coûtera par trimestre 375 livres, franc de port pour toute la république, et 24 livres en numéraire, par année, pour l'étranger  : Voilà pour le prix.

      Républicains, nous vous invitons à nous adresser des notes ; elles trouveront place dans notre journal.

      Royalistes, gardez-vous d'en envoyer, elle ne saliront jamais nos pages. »

     

      « On adressera la correspondances et les abonnements chez les citoyens Vales et Lemaire, directeurs du journal, rue de Chartres n°472.

      A Nantes, chez Victor Mangin, Rédacteur de la Feuille nantaise, rue de la Fosse, n°20.

      A Nantes – de l'Imprimerie de Brun Aîné, imprimeur Libraire ; place de l'Egalité. »

     

     Sources: Archives Départementales de la Loire Atlantique, tous droits réservés. Information locale – la feuille Nantaise vue n°2 du 18.2.1796. Photo : Conseil dans l'Espérance du Roi.

                                                                            

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets. 

     

                                            


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  • La Grotte de Lourdes de Nueil-les-Aubiers

    et le souvenir du massacre de la Fontaine Amère…

     

     

    Lors de notre dernière sortie au Pont-Paillat, nous avions eu la chance d’avoir avec nous M. Gauffreteau, de Nueil-les-Aubiers, qui connaissait bien l’histoire du massacre de la Fontaine Amère. Fouillant ses souvenirs, ce dernier nous a rappelé que des recherches avaient été effectuées sur place et que des ossements avaient été découverts. Ceux-ci furent transférés au début des années soixante près de la Grotte de Notre-Dame de Lourdes. Nous nous sommes rendus sur place cet après-midi, bravant une météo des plus hostiles, mais qui nous offrit cependant un petit répit pour la prise de quelques photos du lieu. Paix aux cendres des malheureuses victimes de la Fontaine Amère.

     

    RL

    Mars 2017

     

    La grotte de Lourdes en images :

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     

    Un monument tout ce qu’il y a de plus vendéen pour les martyrs, quoiqu'un peu trop sobre peut-être...

    Ici reposent tout ou partie des ossements de : 

    Paineau Louis, sabotier, 36 ans,  

    Paineau Marie-Anne Bouet, femme 39 ans, 

    Paineau Marie-Anne, 10 ans, 

    Paineau Marie, 8 ans, 

    Paineau Jean-Baptiste, 6 ans, 

    Paineau Jeanne-Françoise, veuve, 24 ans, 

            Ménard Marie-Anne, domestique, 29 ans.

     

        Rivière Marie-Anne, 5 ans.

     

     

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....

     Souvenirs du massacre de la Fontaine Amère....


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       En pluviôse de l'an II,  Plantation d'un arbre de la Liberté à Angers...

              

     

     

    Le 21 février 2017, l'arbre de la Laïcité d'Angers est détruit pour la quatrième fois...

     

      On se demande parfois qui peut bien assister et être intéressé par ces plantations d'arbres, en 1794 comme en 2017 ? L'arbre choisi est en général un chêne qui, bien évidemment, produit des glands, le hasard n'existe pas en la matière...

      Qui donc, hier comme aujourd'hui, est capable de supporter les discours inaudibles, creux et mensongers des élus de la République dont voici un exemple :

     

     «   Proclamation du conseil-général de la commune d'Angers, sur la plantation de l'arbre de la Liberté, dans la place de la commune.

     

     

    REPUBLICAINS, FRERES ET AMIS,

     

     

      Vous l'avez donc réellement éprouvé, la Montagne à sauvé la Patrie ! Au joug honteux du despotisme et de l'arbitraire va succéder, en dépit des tyrans et de leurs esclaves, l'empire heureux de la vraie philosophie et des loix. Au dedans, les desseins des traîtres sont déjoués ; leurs hordes odieuses sont terrassées de toute part*. Au dehors, les phalanges des rois tremblent et disparaissent à l'aspect du fier républicain, du soldat Français qui se bat pour ses loix et pour sa liberté. De la persévérance ! Une attitude constamment fière ! Et la douce Liberté couronne de simples guirlandes, d'ornements champêtres, de tous les attributs du bonheur, les fronts généreux des guerriers qui auront assuré ses triomphes.

      Républicains ! Élevons-lui, élevons à l'objet de nos vœux un monument digne de ses bienfaits ; plantons un arbre de la Liberté ; sur la place de la Commune, plantons un arbre emblème de l'union qui naît si essentiellement entre des frères enfans de la même patrie, nourris d'un même suc, concourant librement au bonheur commun. Plantons un chêne, image de la force qui résulte de cette alliance, image aussi de l'immoralité qui caractérise l'empire de la raison.

      Qu'il vous en souvienne, frères et amis, déjà nos cours avoient, sous de moins heureux auspices, élevé un pareil monument dans ses murs. Ciel ! Un ver impur l'a piqué ! La hache infâme des brigands a déshonoré la tige ! Ah ! Les satellites des despotes étoient-ils faits pour en goûter le prix ? Mais la vengeance nationale a lavé cet outrage ; la valeur française a fait mordre la poussière aux farouches ennemis de notre Liberté. Vous-mêmes, citoyens, vous avez baigné de leur sang ces murs que leur présence avoit souillés. Savourez aujourd'hui les douceurs du triomphe ; qu'il soit encore, cet arbre heureux, l'emblème de vos trophées.

      Républicains de tous les âges, de toutes les professions, union, force, vigilance ! Vous apporterez ces vertus à cette fête guerrière. Près de la Déesse des ris et des plaisirs, Mars quitta rarement son armure.

      Et vous immortelles républicaines, vous, dont le courage dans les plus grands dangers a si bien prouvé le doux intérêt que vous inspiroient des guerriers au milieu des combats, des guerriers armés pour vous, pour le pays, pour le soutien de leurs droits ; venez faire le plus bel ornement de nos plaisirs purs, venez répandre l'aimable gaîté sur nos jours de fête, le français fut toujours digne de voler des plaisirs à la victoire ; et avec vous, sur-tout, nos vertus militaires ne peuvent s'enrichir de votre énergie  ».

     

    * Les armées Catholiques et Royales sont comparées à des hordes et des traîtres.

     

     

    Sources: Archives Départementales du Maine-et-Loire, tous droits réservés - Numéro 22 des Affiches d'Angers, ou Moniteur du Département de Maine-et-Loire du duodi 22 pluviôse de l'an 2 de la République Française, une et indivisible ; et de l'ère vulgaire, le lundi 10 février 1794. Photo : Les Marquis pour la France - MPF.

     

                                                          

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     

     

    Arbre de la liberté à Angers....

     


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