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    Turreau et sa correspondance…

     

    Les documents que nous présentons ce soir sont connus de la plupart des passionnés de l’histoire des Guerres de Vendée. J’ai jugé bon d’y revenir afin notamment d’éclaircir certains faits et tenter de déterminer les culpabilités.

    Turreau est nommé à la tête de l’Armée de l’Ouest le 27 novembre 1793 mais il traîne les pieds et préférait sans doute sa précédente affectation à l’armée des Pyrénées Orientales, quoiqu’il y passa son temps à se plaindre et à dénigrer d’autres généraux. En attendant, c’est Marceau qui va assurer l’intérim. Turreau qui est arrivé à Angers le 14 décembre, sans le prévenir, tarde encore à prendre son poste durant quelques jours. Ce n’est que le 26, une fois l’armée vendéenne écrasée à Savenay, qu’il va assurer pleinement son affectation. (1)

    Le 25 décembre 1793, Turreau demande une première fois au Comité de Salut Public « s’il approuve le plan qu’il a conçu de traverser la Vendée sur douze colonnes pour assurer l’anéantissement total des rebelles. » (2)

    Pas de réponse mais Lazare Carnot le recadre le 13 janvier 1794 et lui rappelle de se hâter « d’exterminer le dernier des brigands » (3).

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « 24 nivose 2ème année de la république une et indivisible

    Le Comité de salut public au général en chef Turreau à Angers. Envoyé par courrier extraordinaire.

    Nous avons reçu, citoyen général, ta lettre du 22 datée d’Angers par laquelle tu nous propose tes observations sur le retour que nous avions ordonnée de plusieurs bataillons de la Charente.

    Le commité ne s’est déterminé à cette mesure que par des considérations de la plus haute importance et tu n’aurois pas du te permettre de suspendre au mépris de la loi l’exécution de cet arrêté car ce sont les infractions de ce genre qui ont occasionné la plupart des revers qui ont affligé la république. Ton armée est considérable, tu n’as plus qu’un très petit noyau d’ennemis à combattre et tu parois vouloir cantonner une partie de tes troupes. Il sembleroit d’après cela que les bataillons de la Charente qui au rapport des députés de ce département sont dans le dénument le plus absolu sans armes, presque désorganisés et qui ne font point partie de la réquisition prescrite par la loi du 23 aout ne te sont pas absolument nécessaires et qu’il seroit indispensable pour en tirer parti à l’ouverture de la campagne prochaine de les laisser aller chez eux se vetir et s’organiser. Cependant, sur tes observations, nous nous décidons à suspendre l’exécution de notre arrêté. Hâte toi du moins d’exterminer le dernier des brigands. »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Pas de signature sur le billet mais on reconnaît facilement l’écriture et les nombreuses ratures de Carnot. Nul de besoin d’être paléographe pour voir qui a écrit cette lettre.

    Le 16 janvier 1794, Turreau relance le Comité de Salut Public avec une lettre restée célèbre dans l’histoire (4) :

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « 27 nivose an 2ond

    Copie de la lettre adressée aux représentants du peuple en date du 27 nivose l’an 2 de la République par le général en chef Turreau

     

    Citoiens représentants

    Lorsque j’ai désiré de vous voir réunis près de moi, je nai point prétendu avoir recours a votre auttorité pour aucuns des détails militaires, mais j’ai voulu que vous déterminiez d’une manière précise la conduite que je devais tenir dans la Vendée a l’égard des personnes et des propriétés… Mon intention est bien de tout incendier, de ne réserver que les points nécessaires a établir les cantonnements propices a l’annéantissement des rebelles mais cette grande mesure doit être prescrite par vous ; je ne suis que l’agent passif des volontés du corps législatif que vous pouvez représenter dans cette partie.

    Vous devez également prononcer d’avance sur le sort des femmes et enfans que je rencontrerai dans ce païs révolté. S’il faut les passer tous au fil de l’épée, je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette a couvert ma responsabilité. Je suis loin de présumer que vous vous ussiez exposer a se compromettre celui qui jusqu’ici n’a cessé de bien servir la cause de la liberté. Quand a la réorganisation des auttorités constituées n’importe par qui elle soit effectuée, il est urgent qu’elle s’opère pour ainsi dire derrière mes colonnes. Leur marche sera courte, en huit jours la Vendée doit être battue, tous les rebelles pressés entre moi, Haxo et Dutrui ; et si j’avais adopté une autre marche, j’aurais manqué mon but… Je suis faché que les mouvements de troupes que le citoïen Carrier a ordonnés ayant retardé ma promenade militaire.

    Daignez citoïens représentants, me répondre d’une manière précise ; sans quoi je serais forcé d’attendre pour agir les ordres du Comité de Salut public.

    J’ai eu soin de démentir les mensonges impudents de ceux qui ont prétendu et osé dire à la barre de la Convention nationalle que la Vendée était entièrement détruite

    Pour copie conforme

    Le général en chef

    Turreau »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Ne recevant toujours pas de réponse dudit comité, le 24 janvier il engage sa tête et annonce qu’il a démarré son plan. Les colonnes ont en effet démarré le 21 janvier, pour l’anniversaire de la mort du Roi (5).

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « Turreau, général en chef de l’Armée de l’Ouest, aux législateurs composants le Comité de salut public

    Citoyens représentants

    J’ai commencé l’exécution du plan que j’avois conçu de traverser la Vendée sur douze colonnes, Haxo que j’ai prévenu de ce mouvement a divisé ses forces en huit parties qui marchent a ma rencontre et qui viendront bientôt aboutir a mes deux extrémités, ce qui reste de rebelles ainsi cernés, je croix pas qu’il puisse en échapper, c’est du moins le moyen le plus sure de parvenir a leur parfait anéantissement ; mes colonnes de droite et de gauche aux ordres des généraux Debar, Duval, Grignon, Bouqueret, Cordeliers et Moulins ont déjà fait des merveilles, pas un rebelle n’a échappe a leur recherches, une quantité considérable de grains a été découverte et des ordres aussitôt donnés pour les faire filer sur les derrières, ce surcroit de subistances qu’on ne peut encore calculer offre a l’armée que je commande de très grandes ressources ; j’espère avoir aussi bientôt a vous offrir une collection assez intéressante de vases sacrés, d’ornements d’églises, et autres effets d’or et d’argent que l’on a trouvés très soigneusement cachés ; j’ai recommandé qu’on étende une surveillance particulière sur les armes et les recherches qu’on a faittes a cet égard ont déjà eu quelques succès, enfin, si mes intentions sont bien secondées il n’existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni subsistances, ni armes, ni habitants que ceux qui cachés dans le fond des forets auront échappé aux plus scrupuleuses perquisitions. Car, citoyens représentants, je dois vous observer que je désespère de pouvoir incendier les forêts, et si vous n’adoptez la mesure indispensable et unique que je vais vous proposer, elle serviront long tems d’azile impénétrable a un grand nombre de ces coquins : il faut que tout ce qui existe de bois de haute futaye dans la Vendée soit abattu ; on, en peut faire la vente par l’adjudication a charge de vider le pays dans un tems déterminé, cette contrée ainsi découverte, la liberté des routes sera bientôt rétablie, et nos ennemis anéantis jusqu’au dernier… Je vous invite, citoyens représentants a vous occuper au plutôt (sic) de l’arrêté a rendre a cet égard, de la réorganisation des autorités constituées, des indemnités a ceux dont les habitations sont incendiées, a charge pour eux d’aller habiter une autre contrée, il faut qu’elle soit évacuée en entier par les hommes mesme qu’on croit révolutionnaires, et qui peut estre n’ont que le masque du patriotisme : vous serez sans doutte étonnés de ce qu’il existe encore a faire pour terminer une guerre que depuis trop long temps ou vous a présentée comme une chimère. Je sais combien il est défavorable pour moi d’avoir a combattre des ennemis dont on s’acharne a nier l’existance, mais je ne consulte poinr ma gloire ; l’intérêt public voila mon guide, quand j’aurai fait a ma patrie, dans le grade que j’occupe, le sacrifice de touttes mes facultés, je serai trop heureux, dut on prononcer sur ma conduitte un jugement défavorable.

    Encore un de pris dans nos filets, un nommé Dutréant capitaine d’un corps de cavallerie. Ce rebelles sera demain fusillé par mes odres conjointement avec Mr Mesleux ; notaire royal et apostolique de la paroisse de Jallais dont le fils étoit trésorier de l’armée catholique, et qui lui mesme avoit coopéré de tout son pouvoir aux succès de ses saintes armes, ils ont reconnu avoir fait partie des rebelles.

    Voila, citoyens représentants, la troisième lettre que je vous écris sans obtenir de réponse, je vous prie de vouloir bien me dire si vous approuvez mes dispositions et m’instruire par un courrier extraordinaire des nouvelles mesures que vous adopterez afin que je m’y conforme aussitôt.

    Salut et Fraternité

    Le général en chef

    Turreau

     

    Je ne puis que vous donner ici l’extrait de mes idées sur les opérations a faire dans la Vendée, j’attends les représentants du peuple qu’il est indispensable d’envoyer pour leur en communiquer tous les détails. »

     

    Arrêtons-nous un instant sur les noms des généraux de colonnes « agissantes » dites « bandes infernales » par les Vendéens, puis « Colonnes Infernales » par l’historiographie générale, même si Poirier de Beauvais estimait qu’elles étaient déjà qualifiées de ce terme par les républicains eux-mêmes (6). J’ai noté en gras un nom qui apparaît selon moi comme « Debar ». Savary, qui reproduit cette lettre ne met que la première lettre du nom des généraux.

     

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Il prétexte ainsi : « En réfléchissant à l’impérieuse loi de la subordination militaire, j’ai pensé qu’il convenait de taire les noms des généraux chargés d’exécuter des ordres barbares. Leur correspondance sera indiquée par le numéro des colonnes. Je m’y suis déterminé surtout, parce que quelques-uns d’entre eux, conservés à l’armée, en changeant de chef, ont changé de langage, de principes et de conduite. Aveugle destinée de l’homme réduit à l’état purement passif !..... » (7)

    On pourrait répondre au feu Savary qu’un homme reste un homme, certes, mais que celui qui accepte des ordres pareils et qui, de surcroît les exécute avec plaisir, ne mérite pas la protection de l’anonymat. Le pourtant supposé modéré Camille Desmoulins, voyait dans les Vendéens « des animaux à face humaine » : on peut supposer que ces généraux avaient la même opinion. Pour autant, leurs noms sont connus depuis le formidable travail de Savary. Savary, qui faute de pouvoir interpréter ce « Debar », avait un placé un « B… » à la place de ce nom. Alain Gérard, y voyait en 2013 le nom logique de « Bonnaire » (8).

    On continue l’aventure et le 31 janvier 1794, Turreau écrit ceci (9) :

    Turreau et sa correspondance....

     

     

    « Liberté Fraternité Egalité

    La république ou la mort

    ________

    Au quartier général a Chollet le douze pluviose l’an deux de la république une et indivisible.

    Le général en chef de l’armée de l’Ouest

    Aux citoyens composants le Comité de Salut Public.

    Citoyens représentants

     

    J’espérois il y a huit jours pouvoir sous peu disposer d’un certain nombre de troupes pour une autre armée, je l’atendois d’après les données de différents officiers généraux sur la foiblesse. Des moyens et des ressources de nos ennemis…. La guerre de la vendée étoit disoit on finie, les brigands anéantis sur la rive droite de la Loire ; le corps commandé par Charet entièrement dispersé ; Westermann après avoir détrui jusqu’au dernier de quatre-vingt mille combattants avoit du terminer ses exploits par la mort de la Rochejaclin ; j’étois loin cependant de croire a tant de victoires, les mesures que j’ai résolu de prendre étoient la preuve de ma juste incrédulité.

    Les renseignements que j’ai pris n’ont fait que justifier mes pressentiments et je suis faché d’estre obligé d’accuser du mensonge le plus impudent ceux qui ont osé vous tromper ainsi.

    Quant a moi je dois la vérité de vous dire qu’il existe encore des rassemblements nombreux a le teste des quels sont La Rochejaclin, Stoffler et Charet ; ce dernier qui n’a été que légèrement blessé a l’épaule commande, dit on une horde de trois mille hommes assez mal armés. Croyez que si l’on retiroit les forces que me sont nécessaires pour executer le plan que j’ai conçu, cette guerre renoistroit au printems, et le projet des chefs étoit bien d’employer l’hiver a se reposer.

    Sous se rapport je suis loin de craindre que ces rassemblements se joignent et forment une masse imposante, alors je serois sure de les trouver de les battre et de les écraser…. Mais au contraire disséminés comme ils le sont il est infiniment difficile de les poursuivre encore plus de les atteindre.p Par la connoissance parfaitte que ces coquins ont du pays ils échappent a la surveillance la plus active, se cachent au fons des forets, filent imperceptiblement entre les colonnes et viennent inquiéter nos derrières : changés en voleurs de grand chemins, les routes étant interceptées la correspondance devient infiniment difficile.

    J’ai pris touttes les précautions nécessaires pour qu’ils ne puissent obtenir le plus léger succès, il faut craindre de redonner du courage a leur parti.

    J’ai deffendu qu’on place aucuns postes écartés faciles a battre partiellement…. J’ai renvoyé sur mes derrières tous les canons, je n’en ai laissé qu’aux postes capables d’en assurer la conservation.

    Nos colonnes continuent toujours leur marche, j’ai fait passer au fil de la bayonnette tous les rebelles épars qui n’attendoient que le nouveau signal de la rebellion, on a incendié les métayries, les villages, les bourgs, elles étoient remplies de pain qu’on paroit cuire a l’avance pour sustanter a son passage l’armée catholique (et l’on disoit qu’ils étoient dénués de tout tandis qu’ils n’eussent manqué de rien sans les mesures que j’ai prises). On ne peut concevoir l’immensité des grains et fourages qu’on a trouvés dans ces métayries et cachés dans les bois, j’ai donné les ordres les plus précis pour que tout soit enlevé de ce maudit pays et porté dans les magasins de la république. Il en est parti ce matin un convoi tenant plus d’une lieue et demie, je puis vous attester que les ressources qu’offrent ces découvertes sont incalculables ; elles seroient encore plus considérables si les préposés aux subsistances et commissaires du district avoient mis plus d’activité dans leurs opérations.

    Haxo vient a ma rencontre sur plusieurs colonnes, il connoit mes dispositions, les seconde parfaitement, et j’ai lieu d’espérer qu’enfin tous les corps de rebelles seront dissous, encore plus par l’impossibilité de subsister que par la force des armes.

    Il résulte de ces détails qu’il m’est impossible de disposer aussitôt d’autant de troupes que je l’avois pensé.

    Malgré les trois brigades que j’ai envoyées a Rossignol il me demande encore 4.000 hommes pour une expédition importante, je ne puis accéder a sa demande, je ne connois rien de plus important que le plan qui doit terminer la guerre de la Vendée…. Elle n’est point finie cette guerre malheureuse, je vous l’avois bien dit qu’il existoit encore de grands coups a porter.

    Gardez vous surtout ; citoyens représentants, de croire que je puisse chercher a prolonger le pouvoir dont vous m’avez investi, l’intérêt public est mon unique but et si tout autre que moi peu estre plus habile au poste que j’occupe je renoncerai sans peinne a un grade que j’ai point demandé et dont je n’ai jamais plus senti les désagréments qu’aujourd’hui.

    L’éloignement des représentants du peuple en est une des principales causes… J’ai été contraint dans une opération aussi importante de tout prendre sur ma responsabilité, je n’ai pas mesme pas eu l’avantage de recevoir votre approbation, et je compromettois la réussite de mon projet si j’attendois, pour agir que je l’eusse obtenue…. Cruelle alternative...

     

    Turreau et sa correspondance....

    Mais qu’importe j’ai fait ce que j’ai cru devoir faire, ma conscience n’a rien a se reprocher et je ne doutte point que vous rendiez justice a la pureté de mes intentions.

    Au moins, citoyens représentants, répondez a cette depesche, faittes vous représenter mes précédentes lettres, jugez de ma position, de celle du genre d’ennemis que j’ai a poursuivre, et donnez-moi les conseils dont j’ai le plus pressent besoin.

    Je commence a reunir une grande quantité d’arganterie, je me dispose a vous l’adresser avec la liste des officiers qui m’ont remis généreusement ces divers objets.

    J’apprend a l’instant que la blessure de Charet l’a forcé a rester caché dans une métayrie, je vais tout faire pour le découvrir.

    Salut et fraternité

    Le général en chef

    Turreau »

     

    La même lettre à quelques détails près est envoyée au ministre Bouchotte le même jour de cholet (10). Turreau va donc encore attendre jusqu’au 6 février 1794 pour se voir répondre ceci par Carnot (11) :

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    « Paris 18 pluviose 2e année

    Envoyé avec un arrêté au citoyen Turreau général en chef de l’armée de l’Ouest.

    Le Comité de Salut Public de l’armée à l’armée de l’Ouest.

    Tu te plains, citoyen général, de n’a voir pas reçu du Comité une approbation formelle de tes mesures. Elles lui paraissent bonnes et tes intentions pures ; mais éloigné du théâtre de tes opérations, il attend les grands résultats pour prononcer dans une matière sur laquelle on l’a déjà trompé tant de fois aussi bien que la Convention nationale. Les intentions du Comité on du t’être transmises par le ministre de la guerre, nous nous plaignons nous-mêmes de recevoir trop rarement de tes nouvelles. Extermine les brigands jusqu’au dernier voilà ton devoir. Nous te prescrirons surtout de ne pas laisser une seule arme à feu dans les départements qui ont participé à la révolte et qui pourraient s’en servir encore. Armes en les soldats de la liberté. Nous regarderons comme traîtres tous les généraux, tous les individus qui songeraient au repos avant que la destruction des rebelles soit entièrement consommée. Encore une fois recueille toutes les armes et fait passer ici sans délai toutes celles qui ont besoin de réparation. Nous t’envoyons un arrêté qui nous parait propre à seconder tes vues.

    Carnot »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    On connaît l’arrêté en question (12) dont l’article III stipule :

    « Les ennemis seront poursuivis sans relâche jusqu'à leur entière destruction. Les généraux que ne mettraient pas dans cette expédition toute l’activité possible, seront dénoncés comme ennemis de la patrie... »

    Le 9 février, Turreau renvoie une longue lettre au Comité de Salut Public où il écrit  (13) :

    « J’ai reçu avec plaisir l’approbation que vous avez donnée aux mesures que j’ai prises. Rien ne pourra altérer mon attachement à la cause sacrée que j’ai résolu de défendre jusqu’à la mort… »

     

    Turreau et sa correspondance....

     

    Comme on le voit et malgré une idée tenace qui fait de Robespierre le bourreau de la Vendée, c’est bien Lazare Carnot, « Le Grand Carnot », « L'Organisateur de la Victoire », qui se fait l’organe du Comité de Salut Public en tant que délégué aux armées. Si l’exalté Bertrand Barrère de Vieuzac est l’auteur du rapport du 1er août 1793 et de la « loi d'extermination » du 1er octobre 1793 contre la Vendée que l’on connait, c’est bien Carnot qui en sera l’exécutant en allant plus loin que les préconisations originales puisqu’il fait abstraction des femmes et des enfants. On connaît sa lettre du 25 juillet 1794, donc bien après le système de colonnes de Turreau, qui préconise, à deux jours de la chute de Robespierre, de n’épargner strictement personne, ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards. C’est lui-même qui l’écrit sans laisser planer le moindre doute sur ses intentions. Cette lettre a été publiée sur ce blog, ici.

    Point question de me faire l’avocat du Diable et je n’ai aucune sympathie pour le psychopathe Robespierre mais il faut être juste et se borner aux faits. Je crois au passage qu’il est bien pire de découvrir la culpabilité de Carnot, ce grand héros de la république, et c’est peut-être aussi pour cela que les historiens marxisants, voire les nostalgiques de la Terreur, le laissent accuser, afin de pouvoir facilement le disculper par les faits, en omettant bien entendu de parler des véritables coupables…

    RL

    Février 2018

     

     

    Notes :

    (1) Sur Turreau, on lira ses « Mémoires et correspondance », par Michel Chatry, Editions du Choletais, 1992.

    (2) SHD B 5/7-89, v. 4/11. Bulletin analytique qui renvoie vers un registre de correspondance du 30 janvier curieusement introuvable…

    (3) Archives Nationales, AF II 202-17, v. 10 /12.

    (4) SHD B 5/8-20, v. 2 et 3.

    (5) SHD B 5/8-27, v.1 à 3, bulletin analytique compris.

    (6) Op.cit. p. 239.

    (7) Op.cit. Tome III, p. 45.

    (8) Savary, Tome III, p. 74. A. Gérard, “Les Archives de l’Extermination”, CVRH, 2013, p. 326.

    (9) SHD B 5/8-31, v. 4 à 7/10, bulletin analytique compris.

    (10)               Savary, tome III, p. 109 et 110.

    (11)               Ibid. p. 151. AN, AF II 280-3, v. 13 et 14/7.

    (12)               Savary, ibid, p. 152.

    (13)               SHD B 5/8-39, v. 9 à 12. Savary, Tome III, p. 170.

     

     


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  •                      

    La vérité sort de la Loire... 

    Trois prêtres noyés refont surface... 

                                    

     

    Trois pêtres noyés en Loire....Aujourd'hui, certains révisionnistes pensent que l'ampleur des massacres et des sévices de Jean-Baptiste Carrier a donné lieu à des exagérations et relève du conte de fée. On va même jusqu'à douter des moyens mis en œuvres pour les accomplir. On doute de la construction de bateaux ''spéciaux'' équipés de trappes... On doute des mariages républicains consistant à attacher nus, un homme et une femme ou un prêtre et une religieuse avant de les jeter à l'eau ; tout comme on doute des orgies organisées par Carrier dans des galiotes ou autres lieux, ON DOUTE...

     

    Par contre, ce qui ne fait aucun doute, c'est qu'hier et plus encore aujourd'hui, comme quoi il existe un bon côté de la répression, on voit enfin le visage de ceux ''qui tiennent le manche'', qui cogne sur qui. On voit les vrais tyrans et les vrais protecteurs, les vrais collabos et les vrais résistants. Il n'existe plus de zone grise, plus de demi-mesure... Les vendéens se sont levés contre les agents de l'anti-France de l'époque (ce sont les mêmes aujourd'hui), et ils sont restés debout pour l'éternité. Alors, demain : ''mourir debout ou vivre à genoux'' ?

     

    Trois pêtres noyés en Loire....

     

    Le 29 Frimaire de l'an deux, le citoyen Favrot, lieutenant des douanes découvre trois cadavres de prêtres flottant sur l'eau près de Chantenay et de Saint-Herblain.

    Voici les déclarations faites devant le juge de paix dont l'orthographe est très approximative...

    « Aujourd'huy 19 9bre 1793, la 2ème de la République françoise a été inhumé les corps de trois hommes mencionnés dans le procès verbal mencionné cy-après.

    Le 29 primaire (frimaire) de l'an deuxième de la République françoise devant nous Joseph Mocquard juge de payx du canton de Chantenay, St Herblain et encore district de Nantes ; sur la réquisition qui m'a été faite par le citoyen favrot lieutenant des douanes de la République établie à Rochemorice paroisse de Chantenay ; lequel nous a dit qu'étant a faire ses observations ordinaire sur les bords du rivage, il aurait apperssu trois cadavres flotant sur leaux, sçavoir deux sur lepré la maronnière paroisse de Saint-Herblain et l'autre à la queue de lisle pabise du dit Chantenay et a conseillé de venir nous en donner le présant avis et a signé sa présante déclaration favrot.

    Sur quoi nous juge de payx susdit accompaigné de Jean Gouy asseseur ayant fait appeler Julien Jeaunay offier municipal de la paroisse de Chantenay et André Garaux notable, nous nous serions transporté tous de compaignie sur les lieux ou nous avons trouvé les cadavres en question ; et après les avoir examiné nous avon remarqué qu'il y en a un costumé en capucin ayant la robe et cordon âgé d'environ, soixante et quinze ans et un autre a son costé ayant aussi costume de prestre qui nous a paru avoir le poignet croche de la main droite et dont la dite main nous a paru périe ; les deux derniers a chacun d'eux une mauvaise veste, culotte et bas noirs, après les avoir examinés entre nous n'ayant point de chirurgien n'avoir conu aucun coup ny blessures qui peut leurs avoir occassionné la mort*, n’étant venu personne réclamer les dits cadavres, nous les avons délaissé a Claude Alain ; qui est nommé pour ramassé les cadavres noyés qui san est chargés pour les faire transporter aux lieux ou on dépose ordinairemant les cadavre noyés pour y rester jusqua ce quil en soit autremant ordonez ; et le dit Garau a déclaré ne sçavoir signer. Le tout quoi nous avons fait dressé, le présant procès verbal, que nous avons signé ; mocquard juge de payx, jeaunay officier municipal, jean gouy asseseur, jean bretonnière asseseur un mot rayé, mocquart retouche, et costumé retouche.

    Vérification faite sur les lieux de tout quoi nous avons dressé le présant acte de décès sur les registres a le destiné sous notre seing. »

    signé Louis Viaud officier public.

     

    *Nous verrons par la suite qu'un des prêtres a été sabré. 

     

    «Aujourd'hui, le 2ème du mois de frimer de l'an 2ème de la République françoise a été inhumé les corps des trois hommes mencionnée dans le procès verbal cy join ;

    Le 2ème jour du mois de frimaire de l'an 2ème de la République françoise une et indivisible.

    Nous jean gouy, jean Bretonnière fous deux accesseurs du juge de pay canton de Chantenay, St erblin et Indre fesant par ordre du juge de pay aurions eu en avis qu'une barge à nous inconnue auroit mis à terre, trois cadavre noyé sur le bord du pré commun fesant partie du pré paboise paroisse de Chantenay, nous accesseurs sur le dit et soussigné, ayant avec nous le citoyen favrot lieutenant des douanes de la République nous nous serions transporté tous de compaignie sur le lieu ou nous avons trouvé les dit trois cadavres en question, et après les avoir examiné nous avons remarqué qu'ils tétoits tous les trois costumés de prestre, âgé tous trois denviron soixante et  dix a douze ans, tous trois très proches des uns et des autres dont un avait une espèce roclore* grise, veste culote et bas noir, un autre un roclaure* (*soutane, bure) brune, veste et culotte et bas noire, après les avoir bien examiné et nayant point de chirurgien, nous avons remarqué quun avoit reçu un coup de sabre sur le dessus de la tête et les deux autres aucune blessure, qui peut leur avoir occasioné la mort. - Les dits accesseurs ont fait visiter leur poche, et ont trouvé de mauvais papiers pouris quon a pa pu lire, a la réserve d'un assignat de cinq livres, un de 15 l, une carte de 5 sols, six cartes de 20 sols le tout pouris comme vase, sans en pouvoir tirer partis du tout, 16 sols neufs diverses monois, 3 pièces dun sol le reste en sols marqués de 6 liars de tout quoi nous avons délibéré, nous accesseurs fesant pour le juge de pay que la dite monois seroit donnée au personnes qui les conduiroient au bourg de Chantenay pour leur faire donner la sépulture, sur quoi nous susdits accesseurs et soussigné que dessus, certifions le présent procès verbal sincère et véritable en tout son coutume et avons envoyé chercher un tombraud pour les envoyer conduire de suite au bourg du dit Chantenay et avons signé j gouy asseseur jean Bretonnière assesseur, favrot, ajouté en dessous du procès verbal   : deux paires de souliers données au conducteur du tombereau.

      Vérification faite sur les lieux, de tout quoi nous avons dressé ce présent acte sur le registre a ce destiné sous notre seing. »

    signé Louis Viaud, officier public.

    Trois pêtres noyés en Loire....

     

    Quel sabir ! Nous avons là un digne représentant de la république...

     

    Sources : Archives de Chantenay – tous droits réservés- décès 1793, cote 2Z291 Chantenay/Loire, vues 8 et 9/37. -Crédit Photo : Patrimoine Maritime fluvial – Gabare la Montjeannaise.- Wikipédia, Jean-Baptiste Carrier, portrait pris sur le vif lors de son procès de Vivant Delon, coll.part.

                                                  

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Jean-Baptiste Fleurieau, Recteur de la Paroisse de Saint Jean, 

    noyé en Loire dans la nuit du 16 au 17 novembre 1793.

     

                       

                                     

    L'abbé Fleurieau, noyé à Nantes....Jean-Baptiste Fleuriau-Fleurieau est né le 1er décembre 1714 en la paroisse Sainte-Croix de Nantes, il est le fils de Jean Fleurieau, huissier à la Chambre des Comptes de Bretagne ''Prévost des Monnoyeurs'' et de Jacquette Baudouin, mariés à Nantes le 17 février 1714 à Sainte-Croix.

    Devenu prêtre, il est recteur de la paroisse Saint-Jean de 1767 à 1790. En 1792 il est emprisonné à la communauté des Carmélites, puis transféré aux Petits Capucins, conduit sur la galiote hollandaise et jeté en Loire avec quatre vingt neuf autres prêtres âgés.

     

    « Afin de manifester plus à l'aise sa rage sanguinaire, Carrier qui avait transporté son club, le 16 novembre (26 Brumaire), de l'église de Saint-Vincent à l'église Sainte-Croix, au centre de la ville, monte dans la chaire et s'écrie :          

    '' Citoyens montagnards, cette journée servirait encore, s'il en était besoin à dissiper les brouillards fétides du despotisme des prêtres et des rois. Mais la morale est vengée, et le peuple se rit des jongleries des uns, des ci-devant usurpations des autres. Citoyens, le trône des tyrans n'est plus, et les assemblées patriotiques remplacent ce troupeau d'imbéciles que conduisait la calotte.......'' 

    Dix jours auparavant, quatre vingt dix prêtres nantais environ qui n'avaient pas été déportés à cause de leur grand âge, furent condamnés à être noyés en Loire. Après leur avoir fait subir des mauvais traitements de tout genre à la communauté de Saint-Clément, à la maison des Carmélites et aux Petits Capucins où ils furent successivement incarcérés, on les transféra sur le navire hollandais La Gloire. Dans la nuit du 16 au 17 novembre (26 et 27 brumaire), Fouquet, Lamberty, conformément aux ordres de Carrier, se rendent à bord de la Gloire, ancrée entre la Sécherie et Trentemoult, et la dirigent sur Chantenay. Le canonnier Wailly qui est en faction sur la Samaritaine veut s'opposer à sa sortie du port. Fouquet et Lamberty le menacent de le couper en morceaux et lui montrent l'écrit suivant :

    ''Permis au citoyens Fouquet et Lamberty de laisser passer partout où besoin sera avec un gabareau chargé de Brigands, sans que personne puisse les interrompre ni troubler dans ce transport'' signé Carrier. Certifié véritable ; David-Vaugeois. 

    Rendus à l'île de Cheviré, et au moment où les malheureux prêtres s'y attendaient le moins, Fouquet et Lamberty les font jeter à l'eau...     » 

     

    L'abbé Fleurieau, noyé à Nantes....

     

    Le 22 Prairial de l'an 8, (11 juin 1800), le décès de l'abbé Fleuriau est légalisé.

    « Le vingt deux prairial an huit de la République française une et indivisible à dix heures du matin, moi, Jean-Adrien Barbier, officier public ai transcrit littérallement le procès-verbal dont la teneur suit :

     

    ''L'an huit de la République française une et indivisible, ce jour quatre Floréal, devant nous Claude-Charles Lemer le juge de paix du troisième arrondissement de la commune de Nantes, ayant avec nous, Jean-Baptiste-Augustin Herbert notre greffier étant au greffe, est comparu le citoyen Pierre-Marie-Georges Legouais, rentier, demeurant en cette commune place du Pilory, numéro trois, lequel a dit que Jean-Baptiste Fleurieau ex-recteur de la ci-devant paroisse de Saint-Jean, en Saint Pierre de cette ville, son oncle par alliance a été du nombre des prêtres qui ont été noyés à Nantes au mois de novembre 1793 (vieux stile), qu'il a intérêt de faire constater le fait pour suppléer à l'acte de décès du dit Fleurieau qui ne fut point formalisé, non plus que celui des autres victimes à cet époque où la fureur révolutionnaire ne connaissait ni loi, ni principes, en conséquence m'a amené devant nous quatre témoins dont il nous requiert de recevoir les déclarations, pour en dresser acte de notoriété à l'endroit sont comparus les citoyens Claude-Séraphin Hochon, âgé de cinquante quatre ans, marchand droguiste demeurant Haute Grande Rue numéro cinquante cinq – Louis Davy dit des Châteaux, âgé de cinquante cinq ans, anciens tailleur d'habits, demeurant place du Pilory numéro trois, Pierre-Jean-Claire Cox aîné marchand fripier, âgé de quarante huit ans, demeurant rue des Chapeliers numéro trois, et Nicolas Mayracq âgé de quarante neuf ans, marchand de toile, demeurant place du Change, desquels ayant pris serment de dire vérité, ce qu'ils ont promis et juré chacun la main droite levée, séparément ; ils nous ont déclaré et affirmé avoir parfaitement connu le dit Jean-Baptiste Fleurieau, qu'ils ont pleine connaissance qu'en l'an mil sept cent quatre vingt douze, il fut détenu avec d'autres prêtres à la communauté des Carmélites de cette ville, qu'il fut transféré quelque temps après avec ses confrères au couvent des Petites Capucines de l'Hermitage près Nantes, d'où il fut conduit sur la fatale galliote hollandaise ; on le fit périr dans les flots avec ses compagnons d'infortune, au commencement du mois de novembre mil sept cent quatre vingt treize (vieux stile). Ce qui est un fait de notoriété publique, qu'il était âgé d'environ quatre vingt ans, de tout quoi, nous juge de paix susdit avons rapporté le présent acte de notoriété pour valoir et servir de ce que de raison, arrêté sous les seings de tous les comparants, celui de notre greffier et le nôtre lesdits jour et an la minute est signée Legouais, N Meyracq, Cox aîné, Hochon, Davy, Lemerle juge de paix et Herbert Greffier.''

      Enregistré à Nantes le quatre Floréal an huit, reçu un franc dix centimes, folio cent trente trois, verso signé – Bertrand et à l'expédition Herbert greffier.

    Fait en la maison commune de Nantes, sous mon seing, les dits jour et an.   »

    Signé Barbier.

     

    Sources:     

    -Archives de la ville de Nantes – tous droits réservés- décès an 8, 1ère  

     Section, cote 1E236 – vue n°17/24 

    -Archives de Nantes, paroisse Sainte-Croix, baptêmes, mariages. 

    -Histoire de la Guerre de la Vendée Abbé Deniau, tome III, pages 

     478,479,480 – Siraudeau-Editeur. 

    -Crédit Photo:  Patrimoine Maritime fluvial – Gabare la Montjeannaise.- Wikipédia, Jean-Baptiste Carrier, portrait pris sur le vif lors de son procès de Vivant Delon, coll.parti.

                                                 

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Le martyrologe de Saint-Amand-sur-Sèvre…

     

    La colonne infernale de Jean-Alexandre Caffin, adjoint de Jean-Pierre Boucret passe à Saint-Amand-sur-Sèvre le 25 janvier 1794. Les personnes que nous citons ci-dessous n’ont évidemment pas toutes été tuées à cette date. On sait en outre que la population passe de 1 220 habitants en 1790 à 767 en 1800.

    Nous reprenons la liste figurant dans l’ouvrage de Françoise de Chabot « Un Canton du Bocage Vendéen…, 1891 », faute de pouvoir trouver les actes originaux qui pour les communes des Deux-Sèvres, concernées par les Guerres de Vendée sont la plupart du temps inexistants…

    RL

    Janvier 2018

     

    Liste de ceux qui sont morts les armes à la main ou qui ont été massacrés par les Républicains

    entre 1793 et 1800.

     

     

    Registre paroissial de Saint-Amand pour l’année 1794,

    « coté et paraphé » par l’abbé Bernier.

     

     

    1.   Gonor René, tailleur, 56 ans, « tué le 15 janvier, pour cause de religion, par les Républicains de la    garnison de Mallièvre ».

    2.   Poirier Etienne, journalier, 42 ans, id.

    3.   Ligonnière Pierre, 32 ans, id.

    4.   Bodin Jacques, journalier 32 ans, id.

    5.   Mota René, tisserand, 36 ans, id.

    6.   Ripeau Pierre, journalier, 52 ans, id.

    7.   Charbonneau Pierre, id., 41 ans, id.

    8.   Souchet Pierre, tuilier, 22 ans, id.

    9.   Baubrieaud François, tisserand, 38 ans, id. N° 9 de la liste de Montravers.

    10.        Saulet Louis, journalier, « le 15 janvier, a été fusillé pour cause de la religion, et n’est mort qu’un mois après ses blessures ».

    11.        Le Boiteux Pierre, homme de confiance de M. de Vasselot, 46 ans, tué pour cause de sa religion et enterré entre la Pommeraie et Montravers.

    12.        Brebion Thérèse, veuve Tisseau, de la Lande, 34 ans, tuée le 25 janvier par l’armée de Grignon, pour cause de sa religion, et a été enterrée près du Deffend.

    13.        Vendée (Vandé ?) Jacquette, veuve Puau, de la Lande, 31 ans, id.

    Le martyrologe de Saint-Amand-sur-Sèvre....

    Le martyrologe de Saint-Amand-sur-Sèvre....

    14.        Simoneau Charles, journalier, id.

    15.        Bruneau Marie, veuve Cailleau, de la Lande, 40 ans, id.

    16.        Puau Jean, bordier du Rochet, 55 ans, id.

    17.        Puau Marie-Jeanne Remond femme, id.

    18.        Turpeau Jean, bordier, 31 ans, id.

    Le martyrologe de Saint-Amand-sur-Sèvre....

    Le martyrologe de Saint-Amand-sur-Sèvre....

    19.        Faverot Jean, 23 ans, « le 25 janvier, a été tué pour cause de sa religion par la troupe de Grignon, près du Rochet, et à été enterré dans le même lieu ». 

     

    Le martyrologe de Saint-Amand-sur-Sèvre....

     

     

    20.        Gauchard Louis, 18 ans, id., enterré près la Gaudrandière.

    21.        Gauchard René, métayer, 55 ans, id., id.

    22.        Gauchard Louis, 25 ans, id., id. 

     

    Le martyrologe de Saint-Amand-sur-Sèvre....

     

    23.        Albert Joseph, domestique, 24 ans, « le 3 janvier, a été tué à Bressuire pour cause de sa religion ».

    24.        Puaude (Puaud ?) Marie, de la Giraudière, 30 ans, « le 6 mars, est morte de ses blessures ».

    25.        Moricet Louis, 38 ans, id., le 13 mars.

    26.        Palueau François, domestique, 50 ans, id., le 26 mars.

    27.        Jadeau René, bordier, 32 ans, mort de ses blessures aux Aubiers, le 12 avril.

    28.        Soulard François, domestique, 19 ans, est resté au combat de la Châtaigneraie, le 8 mai ; il n’y a pas de témoins de sa mort, elle est seulement probable.

    29.        Deveau Jean, id.

    30.        Graubau Mathurin, domestique, id.

    31.        Huvelin, resté à la bataille de Chemillé, 10 mai.

    32.        Chupin, a été tué le 8 mai à la Châtaigneraie.

    33.        Guillet Alexis, est resté à la bataille de Chemillé ; des témoins ont déclaré l’avoir entendu rendre le dernier soupir.

    34.        Baré Joseph-Armand, 20 ans, id., id.

    35.        Gabard Jean-Mathurin, du Pons, 16 ans ; des témoins affirment l’avoir vu sabrer près Chemillé, le 10 mai.

    36.        Gabard Mathurin du Pons, 21 ans, mort de ses blessures, le 10 juillet.

    37.        Palardi (Pallard ?) Pierre, 57 ans, « brutalement tué d’un coup de fusil dans l’exercice de la place de commissaire royal ».

    38.        Brosseau Marie, « le 16 août, a été mise à mort à Cerizay, la grande Marion, qu’on dit être native de la paroisse de Saint-Michel, et depuis plus de dix ans domestique sur cette paroisse. »

    39.        Soulard Mathurin, 58 ans, tué à Secondigné (Secondigny). 

     

     « N.B. Plusieurs actes sont transposés ou imparfaits, parce que je n’ai pu, dans la persécution, les faire à heure et à temps, je les ai recueillis au milieu des déroutes et des combats.

    Cependant j’ai copié sur des feuilles volantes les noms, les dates fort exactement, et j’ai toujours appelé des témoins dignes de foi, et quand j’en ai manqué, je n’ai mis dans les actes que ce qui est de notoriété publique… ma connaissance ».

    Signé Feuille.

     

    Registre paroissial pour 1795 et 1796, signé

    par Le François, relig. carm. Prêtre à Saint-Amand.

     

     

    40.        Gaufreteau Alexandre, voiturier, 57 ans ; le 27 décembre 1793, «  a été tué pour sa religion et ensuite porté dans le cimetière des cette paroisse. »  Certifié par Le François, relig. carm. Prêtre à Saint-Amand.

     

    Listes générales des individus condamnés par jugements ou mis hors la loi par décrets, et dont les bien ont été déclarés confisqués au profit de la république, an II et III.

     

    Liste III.

     

     

    41.        Albert François, brigand de la Vendée, commission militaire Savenay, 3 nivôse (23 décembre).

    42.        Chucheteur (en fait Guicheteau) François, id., id., 4 nivôse (24 décembre).

    43.        Gabard Pierre, id., id., id.

    44.        Gabard Jean, id., id., 6 nivôse (26 décembre).

    45.        Pohut Louis, id., id., 5 nivôse (25 décembre).

     

    Liste IV.

     

    46.        Benetreau Louis, Brigand de la Vendée, commission militaire Nantes, 15 nivôse (4 janvier).  

    47.        Bonnet Pierre, id., id., 16 nivôse (5 janvier).

    48.        Charrier Mathurin, id., id., 17 nivôse (6 janvier).  

    49.        Grolor Pierre, id., id., 12 nivôse (1er janvier).  

    50.        Moreau Guillaume, id., id., 14 nivôse (3 janvier).

     

    Etat des veuves et des orphelins de Vendéens tués dans les armées Royales.

     

     

    51.        Barret Jacques, né en 1766, tué à Noirmoutier.

    52.        Croix Mathurin, né en 1759, tué à Luçon, 1793.

    53.        Berteau René, né en 1752, tué à Bressuire, 3 janvier 1794.

    54.        Guérin J.-B., né en 1766, tué à Fontenay, 23 janvier 1794.

    55.        Grimaud Jean, né en 1758, tué à la Flocellière, 26 janvier 1794, lors de l’incendie du pays.

    56.        Robelin Jacques, né en 1766, tué à Luçon, 1793.

    57.        Bacle François, né en 1766, tué à la Châtaigneraie, 1793.

    58.        Brillanceau Pierre, né en 1756, tué en août 1793.

    59.        Gaborit Pierre, né en 1756, tué à Cerizay, 3 février 1794.

    60.        Rousseau Pierre, fusillé pendant la guerre.

    61.        Rochais père, tué au Moulin aux Chèvres.

    62.        Sarrazin, massacré.

    63.        Sarrazin (femme), massacrée.

    64.        Rabau, mort les armes à la main.

    65.        Favereau père, tué Outre-Loire.

    66.        Daguisé père, massacré dans la guerre.

    67.        Durand, tué.

    68.        Gatard, mort les armes à la main.

    69.        Albert, id.

    70.        Soulard, id.

    71.        Chauveau, mort Outre-Loire.

    72.        Métais, père, tué à Martigné.

    73.        Coutant, mort pendant la guerre.

    74.        Coutant frère, id.

    75.        Coutant frère, id.

     

     

    Archives du tribunal de Nantes, commission Bignon.

     

    76.        Goloré Pierre, 40 ans, condamné le 1er janvier 1794.

    77.        Jaufrier François, 27 ans, condamné le 6 janvier.

     

     

         Le Souvenir Vendéen a complété depuis cette liste qui sera dévoilée lors de la sortie du 17 février prochain. 

     

      


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  •                                       

    Le 5 février 1794, Jeanne Bondu, 7 ans, 

    est laissée pour morte au massacre de Gesté.

     

     

     

    Jeanne Bondu, rescapée du massacre de Gesté....Le mercredi 5 février 1794, « Dans l'après-midi, le général Cordellier surgit à l'improviste dans le bourg de Gesté. Il amène des prisonniers récoltés au cours de route depuis Montrevault. Il arrête les quelques personnes trouvées sur place à réparer leurs demeures. Dans la soirée, Cordellier ordonne de conduire les trois cents prisonniers au château du Plessis où le feu est mis. A la lueur de ce brasier, les prisonniers sont massacrés dans une allée du parc. Puis il poursuit son chemin vers Montfaucon-sur-Moine... »

     

    Jeanne Bondu est née le 20 décembre 1779 à Pont-Saint-Martin, elle est la fille de Jean Bondu, Tuilier et de Marie Bernard. Elle s'est mariée le 22 juin 1807 à Gesté avec Joseph Durand*, tisserand, né le 12 décembre 1772 à Gesté.

     

    *Combattant vendéen, grièvement blessé, fera l'objet du prochain billet. 

     

    Jeanne Bondu, rescapée du massacre de Gesté....

     

    Elle dépose une demande de pension le 28 juin 1825.

     

    « Jeanne Bondu, femme Durand, tisserand à Gesté – arrondissement de Beaupréau, âgée de 47 ans »

    A son Excellence, Monseigneur, Secrétaire d' Etat au département de la Guerre.

    Monseigneur,

     

    Au mois de février 1795 (février 1794), une colonne républicaine passant par Gesté, commit un massacre horrible sur les vieillards, les femmes et les enfants. Je fus du nombre de ces innocentes victimes, quoique dans un âge tendre, je n'avois que sept ans ; je fus, dis-je impitoyablement sabrée, mutilée et laissée pour morte sur le carreau. Les cicatrices qui couvrent mon corps atteste irréfragablement la véracité du fait.

    Par suite de mes blessures, je ressens souvent des douleurs les plus vives qui m'ôtent l'usage du travail.

    Je suis sans fortune ni aucune ressource ; j'ai cinq enfants tous en bas âge, et un autre que je porte dans mon sein, l'état de mon mari est loin de subvenir à nos premiers besoins ; il faut donc le dire, mes pauvres petits enfants sont réduis à implorer les secours humains d'âmes charitables ; ces petits malheureux vont aux portes, tendent la main et m'apportent le pain qui les nourrit ; dans cet état d'infortune aussi triste que déplorable ; qu'il me soit permis Monseigneur, de vous supplier de jeter un regard de pitié sur une misérable famille plongée dans la plus profonde indigence, et surtout de lui faire avoir de l'inépuisable bonté de notre Monarque bien aimé, les secours qu'elle a droit d'en attendre, ce sera une œuvre de charité qui accroitroit le nombre de vos bienfaits, oui Monseigneur votre cœur sensible, généreux, vous porte à soulager le malheur et adoucir le sort des victimes du sol vendéen.

    J'en suis une aussi ai-je des droits à votre sollicitude paternelle ; avec cette douce espérance je ne cesserai d'invoquer l'éternel pour la bénédiction de vos jours.

    Je suis avec un profond respect, Monseigneur de votre Excellence, la plus dévouée et la plus humble de vos servantes

           Gesté, le 28 juin 1825. » Ne signe.

     

    Certificat des officiers de santé :

     

    « Nous soussignés, officiers de santé à Gesté, arrondissement de Beaupréau, département de Maine-et-Loire, certifions que Jeanne Bondu, femme Durand de cette commune a sur la tête trois cicatrices dont une longue de trois pouces* et adhérante dans toute cette étendue à l'occipital, d'où la dite Durand nous a dit qu'il était sortie des fragments d'os et une autre cicatrice sur la partie postérieure du cou. »

     

    Gesté le 28 juin 1825 signé : les chirurgiens.

     

    *Environ 8cm de longueur.

     

    Nota   : Durand Pierre* de Saint Aubin est marqué pour avoir une pension, mérite, vue la gravité de ses blessures, plus de 50 francs. 

    J'ai vu ses blessures au pied, à la tête et au genou.

    *Joseph. 

     

    Jeanne Bondu, rescapée du massacre de Gesté....

    Sources:     

    - Archives Départementales du Maine et Loire tous droits réservés Dossiers Vendéens 1M9/67.- Etat civil de la commune de Gesté. 

    - Itinéraires de la Vendée Militaire- Journal de la Guerre des Géants 1793-1801 par P.Doré-Graslin – Editions Garnier 1979. 

    -Photo : Les charniers du Mans de Vendéens et Chouans. 

                                                            

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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