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    Pierre Proust, maire de Joué-Etiau...

     

     

         

       
    Pierre Proust, maire de Joué-Etiau....« Proust, ce cruel maire de Joué-Etiau qui fit égorger un si grand nombre d'honnêtes gens de sa commune, et qui vécu jusqu'en 1803, a fait une mort des plus effrayantes. Près d'expirer, il entra dans une telle fureur qu'on fut obligé de le lier par les quatre membres ; il rendait le sang par la bouche, le nez et les yeux. Tous ceux qui l'approchaient ne pouvaient s'empêcher de frissonner d'horreur. L'abbé Daniau, prêtre réfugié à Etiau, vînt lui offrir les consolations de son ministère. Le moribond le repoussa. Le prêtre, pour le faire réfléchir  au terrible avenir qui l'attendait, lui parle tantôt des rigueurs du jugement de Dieu et des flammes de l'enfer, et tantôt du pardon que Notre-Seigneur offre au pécheur repentant. Proust à ces représentations, entre dans des excès de rage et pousse des hurlements. Le prêtre désolé l'abandonne. « Tel on a vécu, dit-il, tel on mourra. Ce misérable rend le sang des innocents. »

     

    Quand Proust eût rendu le dernier soupir, un des ses amis, Pirard, de la Gallonière, dans un complet état d'ivresse, le fit porter sur les marches de l'autel de Joué, et près de son cadavre balbutia quelques mots d'éloge à son adresse. Au cimetière, en jetant une pelletée de terre sur son cercueil, il s'écria : « C'était pourtant un bon citoyen ! » Proust méritait un tel panégyriste. Le bruit courut que son enterrement n'avait été qu'un simulacre, que le diable l'avait emporté, et qu'à la place de son corps on avait mis une bûche dans le cercueil. Ce qui est certain, c'est que sa tombe ne s'affaissa que bien longtemps après la sépulture. Cette légende prouve combien l'opinion publique abhorrait sa mémoire.

    Proust avait un frère à Yzernay, aussi bon royaliste et aussi bon chrétien qu'il était lui-même fougueux révolutionnaire et impie déclaré. C'est une nouvelle preuve que les guerres civiles jettent les plus profondes divisions dans les meilleures familles. »

     

      Le diable l'a certainement emporté car l'acte de décès de Pierre Proust n'a pas été retrouvé à Joué-Etiau pour l'année 1803, ni pour l'année 1801 où il serait mort le 4 prairial an 9 (24 mai 1801). Le décès a été constaté par un acte de notoriété le 8 décembre 1810 (acte de mariage de Adélaïde Proust du 1er avril 1813 à Joué, vue n°82/391) libellé comme suit : «...fille majeure de défunt Pierre Prou cordonnier décédé en la commune de Joué le vingt quatre may mil huit cent un, comme il est constaté par acte de notoriété en date du huit décembre mil huit cent dix en forme enregistrée à Saumur par Lieutau* qui a signé... »

     

    * Louis-Urbain Lieutaud est receveur de l'enregistrement et des actes judiciaires, conservateur des hypothèques à Saumur. 

     

      Pierre Proust-Prou est né le 4 décembre 1755 à Yzernay. Il est le fils de Pierre Proust-Prou, bordier-cordonnier à la Baraudière et de Marie Rochereau. Il se marie le 30 janvier 1775 à Joué-Etiau (vue n°123/148) avec Marie-Thérèse Bellouineau-Blouineau, décédée à Vihiers le 22 janvier 1824 à l'âge de 74 ans. De cette union sont issus :

     

    1° Pierre-Marie Proust, né le 11 mars 1776 à Joué-Etiau.

    2° Jacques-René Proust, né le 30 décembre 1777 à Joué-Etiau.

    3° Marie-Thérèse-Elisabeth-Renée Proust, née le 23 janvier 1780 à Joué-Etiau. († le 10 janvier 1782)

    4°Véronique-Joséphine Proust, née le 2 février 1782 à Joué-Etiau.

    5° Marie-Anne Jeanne Proust, né le 27 janvier 1784 à Joué-Etiau.

    6° Adélaïde-Marie Proust, née le 1 mars 1785 à Joué-Etiau.

    7° Constance-Jeanne Proust, née le 10 avril 1787 àJoué-Etiau.

    8° Pierre-Michel Proust, né le 24 mai 1789 à Joué-Etiau.

     

    Pierre Proust, maire de Joué-Etiau....

     

    Sources: Histoire de la Guerre de la Vendée de Monsieur l'abbé Deniau TOME VI, pages 144-145 - Siraudeau éditeur à Angers. Registres de l'état civil de la commune de Joué-Etiau, Vihiers et Yzernay – Signature de Proust vue 137/142 registre des décès de l'an 8 - Photo de l'auteur. 

                                                                   

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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    La sépulture du « Gué aux Canes »…

     

     

    Il y a quelques jours, le blog de « La Maraîchine normande » nous rappelait l’assassinat par les vendéens du curé constitutionnel de Saint-Aubin-de-Baubigné, le 20 juillet 1793. Voir l’article ici. Ironie du sort, le même jour était célébré dans l’église de Châtillon-sur-Sèvre, un office pour les vendéens tués au combat. Si le curé Delafargue s’était sans doute trompé de voie, il n’en demeure pas moins que l’on doit le respect à sa mémoire, et plus particulièrement en tant que prêtre. C’est ainsi qu’aujourd’hui, nous nous sommes rendus au « Gué aux Canes », sur l’ancien chemin de Châtillon à Nueil, aux limites des paroisses de Saint-Jouin, Rorthais et Saint-Aubin.

    Le chemin existe toujours pour partie et nous nous y sommes rendus par la route de Rorthais à Saint-Aubin.

    Situation sur l’IGN avec une croix bleue qui marque l'emplacement approximatif de la sépulture :

    La sépulture du curé Lafargue....

     

    Croix à l’entrée du chemin :

    La sépulture du curé Lafargue....

    La sépulture du curé Lafargue....

    En route :

    La sépulture du curé Lafargue....

    La sépulture du curé Lafargue....

    Le ruisseau et le lieu de sépulture possible du curé Delafargue :

    La sépulture du curé Lafargue....

    Malgré tout, ce curé ne méritait-il pas une prière ?

    La sépulture du curé Lafargue....

     

    Sauf quelques fous, qui se préoccupera d’un lieu tel que celui-ci ?

     

    RL

    Mai 2017

     

     


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    Jean Joly de Gonnord... 

         

      Tel on a vécu, tel on mourra !

     

     

    Jean Joly, de Gonnord....« Dieu enverra des châtiments terribles sur les misérables qui se couvrirent dans la Vendée de sang et d'ignominie. La plupart ont été constamment repoussés de la société des honnêtes gens, et ont traîné pendant le reste de leur vie une existence sombre, farouche et maudite ; beaucoup parmi ces scélérats sont morts en désespérés, et les témoins de leurs derniers moments en ont été glacés d'épouvante. »

     

    En ce 23 janvier 1794, la Colonne Infernale de Crouzat encercle le village de Gonnord près de Vihiers et massacre deux cents habitants à l'extrémité du bourg sur la route de la Salle-de-Vihiers. Cordelier écrit : « Mon adjoint Crouzat, commandant la seconde colonne a tué hier au seul bourg de Gonnord trois cent dix brigands : vieillards, femmes et enfants, mis vivants dans le fossé. Dans ce moment quarante métairies éclairent la campagne ».

     

    Dans ces basses besognes, les soldats républicains sont aidés par les révolutionnaires locaux, voici le portrait d'un scélérat de Gonnord décrit par Monsieur l'Abbé Deniau :

     

    « Le maçon Joly, qui, à Gonnord lors du massacre de deux cents vieillards, femmes et enfants assommait, avec sa tranche à brasser le mortier, les enfants qui cherchaient à sortir du fossé profond où ils avaient été jetés, vécut jusqu'en 1843 ; tombé dans la misère et sérieusement malade, il fut recueilli dans l'hôpital de Gonnord. Comme la mort approchait, une religieuse l'exhorta à se convertir. Depuis la Révolution il s'était constamment tenu à l'écart des pratiques religieuses, menait une vie sombre et farouche, et était redouté des braves gens  ; Il refusa d'entendre la religieuse. Quand elle eut tourné les talons, il se leva tout en fureur, et alla briser un Christ qui était au dessus de la porte d'entrée de la salle. En revenant à son lit il fut frappé d'apoplexie ».

     

    Si la Vendée vénère ses martyrs, il faut aussi immortaliser les noms de ses bourreaux, c'est faire œuvre de ''salubrité publique''.

     

    Entre 1825 et 1845, il n'existe qu'un seul personnage répondant au nom de Joly décédé à l'hospice de Gonnord, il s'agit de Jean Joly, charpentier et non pas maçon, voici son acte de décès :

     

    « L'an mil huit cent trente six, le 18 juin à quatre heures du soir, devant nous Michel-Victor Prieur, maire officier de l'état civil de la commune de Gonnord, canton de Thouarcé arrondissement d'Angers, département de Maine et Loire soussigné :

     

    Sont comparus Jean Morisseau, tailleur de pierre, âgé de cinquante ans, voisin du défunt ci-après nommé et René Jousselin aussi tailleur de pierre, âgé de trente trois ans demeurant tous les deux au bourg de Gonnord. 

      Les quels nous ont déclaré que Jean Joly, ancien charpentier époux de Anne Maugin en seconde noce, âgé de quatre vingt deux ans, né en cette commune est décédé le jour d'avant-hier à six heures du soir à l'hospice de Gonnord, fils de feu Claude Joly et de Mathurine Hammelin. 

    De quoi nous avons dressé le présent acte que les comparants ont signé avec nous de ce enquis après lecture. »

     

    signé Morisseau – René Jousselin – Prieur maire. 

     

    Jean Joly est né le 30 septembre 1754 à Gonnord, il est le fils de Claude Joly, charpentier et de Mathurine Hamelin. Il se marie le 15 septembre 1788 à Gonnord,  avec Renée Chauveau, fille de François Chauveau, journalier et de Renée Legeais.

    Domicilié à Gonnord, il y exerce la profession de charpentier. De cette union est issu :

     

     

    1° Jean-Victor Joly, né le 2 août 1790 à Gonnord et décédé en ce lieu le 5 mars 1792.

     

      Renée Chauveau décède le 9 mars 1827 à Gonnord. Le 26 juin 1828, âgé de 74 ans, il épouse Anne Maugin âgée de 38 ans, originaire de Brigné-sur-Layon.

     

     

    Sources: Histoire de la Guerre de la Vendée de Monsieur l'abbé Deniau TOME VI, pages 144-145 - Siraudeau éditeur à Angers. Registres de l'état civil de la commune de Gonnord et de Brigné-sur-Layon - Photo de l'auteur et de Vendéens et Chouans pour le calvaire de Gonnord –

     

    Plus de précisions ici et ici.

     

     

                                                            

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Jeudi de l'Ascension, 9 mai 1793... 

         

       

     

    Jeudi de l'Ascension 1793....Le Jeudi 20 Floréal, les Vendéens viennent de prendre la ville de Thouars.

    Voici l'extrait d'une lettre du colonel Boisard écrite de Montreuil-Bellay, aux Administrateurs de la ville de Saumur. (Du bulletin en date du 10 mai 1793, l'an second de la République Française.)

     

    « Montreuil, 9 mai, l'an second de la République, sept heures du matin.

     

    Citoyens Administrateurs,

     

    Les rapports que me font à l'instant les différentes patrouilles que j'ai poussées du côté de l'ennemi, se réunissent tous à assurer que les rebelles ont pris hier la route de Parthenay. Une femme connue pour bonne patriote, vient d'arriver ; elle étoit hier à Thouars ; elle rapporte avoir vu des convois de vivres, des charrettes chargées de malades, et une grande partie des révoltés, tant en infanterie qu'en cavalerie, descendre le long du château de Thouars, pour prendre la route de Parthenay ; on croit que les ennemis se porteront de suite sur Niort.

      Les patrouilles, que j'ai envoyées, à la Motte-Bourbon, ont remonté la rive gauche de la Dive et n'ont absolument rien découvert.

     

      P.S – J'ouvre ma lettre pour vous informer qu'à l'instant j'apprends de bonne part que les révoltés sont partis pour Pathenay et Niort ; que, hier, ils ont fait filer des vivres et bagages ; qu'on leur a compté 60 charrettes chargées, qu'ils emmènent tous leurs canons, et qu'avant de quitter la ville, ils avoient sommé les habitants de la garder. »

      Puis l'extrait d'une lettre du général Leigonyer qui se trouve à Doué-la-Fontaine.

     

      « Doué, le 10 mai 1793.

     

      Suivant le rapport d'un citoyen digne de foi, l'ennemi a évacué Thouars hier à neuf heures du marin, sortant par la porte Saint jean, prenant la direction de Parthenay, au nombre de 20 à 25 mille hommes, tous armés de fusils, de piques et trente pièces de canons, emmenant avec lui les munitions de guerre et de bouche. Il a envoyé 7 à 8 pièces de canons à la Fougereuse où il a un corps de mille à douze cents hommes. Il n'a fait subir aucun maltraitement aux marseillois, à l'exception de deux ou trois qui vouloient s'évader.

      Les administrateurs du district de Thouars ont obtenu la liberté, à la charge de cesser leurs fonctions. Les chefs connus sont : les ci-devant marqui de Lescure, la Roche-Jacquelin, Bonchamps, l'Augrenière, Delbée, Baudry, de Brochin, un abbé appelé La Rivière, de Bouillé-Loretz, occupe un grade supérieur dans cette armée. »

     

     

      Sources: Archives Départementale du Maine et loire – les Affiches d'Angers n° 75 du samedi 11 mai 1793 – l'an deuxième de la République Française ( vue n°13 et 14/37) - Photo de l'auteur, fresques de l'église de Chanzeaux.

     

                                                                    

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 

                 

     

     

     


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    1794, Saint-Etienne-de-Corcouée en pays de Retz...... 

     

         

     

     

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....Dans toute guerre civile, il existe de braves gens... C'est pour cela que la Vendée est ''une terre de martyrs et de genêts en fleurs''.

     

    « Un meunier de Saint-Etienne-de-Corcoué avait embrassé le parti de la Révolution ; en 1794, il se fit guide des colonnes infernales et participa à leurs meurtres et à leurs pillages, souvent lui-même massacrait de sa propre main les paysans les plus riches pour s'approprier leur argent. Sa soif de sang et de rapine était si insatiable, que chaque jour il se lançait à la recherche de nouvelles victimes. Le soir venu, il s'enfermait dans sa maison et mettait tout son bonheur à compter, à la lueur d'une chandelle de résine, les écus qu'il avait volés. Il allait ensuite les entasser dans un lieu secret connu de lui seul. Un jour, il avait conduit une colonne incendiaire chez sa belle sœur pour la faire égorger avec ses filles. '' Elles ne pourront faire connaître, se disait-il à lui même, comment je suis devenu riche''. Mais un instant auparavant une autre colonne les avait emmenées à Saint-Jean-de-Corcoué, où elles furent incarcérées dans une chapelle. Furieux d'avoir manqué son projet, il se rend en hâte chez le commandant de Saint-Etienne-de-Corcoué et lui demande à exécuter lui-même les prisonnières. Le commandant recule d'horreur à sa proposition et refuse de lui livrer les prisonnières. L'infâme meunier menace de le dénoncer. ''Quand on tue des Royalistes, dit-il, on n'assassine pas, on purge la France de ses ennemis''. Pour toute réponse, l'officier indigné lui tourne le dos. Le meunier se rend à Villeneuve, où se trouve le général, pour se plaindre de son subordonné. '' Les prisonnières, lui dit-il, sont en possession de correspondances royalistes, et on ne veut pas que je les saisisse.'' Le général lui donne l'ordre de massacrer ses parentes et de leur arracher leurs papiers. Transporté de joie, il arrive au galop à Saint-Etienne, et exige du commandant l'exécution de l'ordre qu'il vient d'obtenir. L'officier qui par humanité voulait sauver les femmes prisonnières, lui répond qu'il ira lui-même leur retirer des mains les correspondances qu'elles possèdent ; il ne les trouva nanties que de livres de piété et de chapelets. ''Voilà, dit le commandant au dénonciateur, les séditieuses correspondances que vous suspectiez. - C'est assez pour mériter la mort, s'écrie le misérable meunier, sans délai il faut exécuter l'ordre que j'ai apporté.'' Le commandant ne trouvant plus de prétexte pour refuser, monte à cheval pour n'être pas témoin du massacre des malheureuses femmes, auquel il ne peut s'opposer. Le féroce meunier, libre alors de ses allures, s'arme d'un sabre, de pistolets, de poignards et court à la chapelle où sont en prières sa belle sœur, ses nièces et d'autres femmes. Et afin d'être plus libre dans ses mouvements, il quitte sa veste, relève les manches de sa chemise et se précipite avec fureur sur les victimes qu'il sabre, qu'il taillade et qu'il mutile. Bientôt le sang coule à grands flots sur le carreau. Un enfant, qui venait pour visiter sa mère, est témoin de cette scène affreuse ; il s'enfuit saisi d'effroi et va raconter ce qu'il a vu. L'assassin n'est pas aussi ému ; après avoir arraché le dernier soupir aux prisonnières, il va se laver au ruisseau voisin, et rentre tranquillement dans sa maison. Il s'était déjà couvert de tant de crimes qu'une aussi monstrueuse scélératesse ne lui faisait plus d'impression. Cependant il était un objet d'horreur pour tous les habitants. Tous ses vols l'avaient rendu riche. A la paix il fit de nombreuses acquisitions, mais plus il acquérait de biens, plus il excitait l'animadversion publique.

    Aux Cent Jours, les soldats de M. de Goulaine* passant chez lui, voulurent profiter de l'occasion pour débarrasser le pays d'un pareil monstre. M. de Goulaine s'y opposa ; il consentit seulement à ce qu'on lui administrât une bonne volée de coups de plat de sabre. Les paysans, malgré ses cris, n'y firent pas défaut. Il eut encore d'autres fâcheux contre-temps.

     

      *Monsieur Charles, Benjamin, Marie de Goulaine était chevalier de Saint-Louis, maréchal de camp, domicilié au château de la Grange-Barbâtre, né à la Grolle et décédé le 8 octobre 1821 à Saint-Etienne-de-Corcoué, à l'âge de 76 ans. 

     

     

      Plus tard, le misérable meunier tomba dans un état affreux de souffrances. On l'entendait mugir et hurler, les souvenirs du sang innocent qu'il avait versé, venaient s'ajouter à ses douleurs physiques. Dans ses accès de fureur, il criait : '' ayez pitié de moi ! '' D'autres fois il disait : '' Tuez-moi donc comme je vous tuais, achevez-moi, achevez-moi.'' Un jour, sa femme épouvantée court chercher un prêtre. ''Que venez-vous faire ici ?'' dit le moribond en apercevant ce prêtre ; et il s'emporte contre sa femme qui l'a introduit près de son lit ; '' Tu cries sans cesse, reprit cette femme : Les voilà ! Les voilà ! Ils viennent me chercher pour m'entraîner dans l'enfer ! Qui peut t'arracher de l'enfer, si ce n'est un prêtre ?'' Le prêtre cherche à calmer cet homme désespéré et lui parle des miséricordes de Dieu et de sa mère qui est au ciel. « Ah ! ma mère ! Elle a été égorgée dans la forêt de Roche-Servière et j'assistais à ce massacre ! Il n'y a plus de pardon pour moi ! Je ressens déjà les tourments des démons.'' Le prêtre l'exhorte à espérer malgré ses crimes et à offrir à Dieu ses souffrances pour leur expiation. '' Mais, reprend le malade, toutes ces femmes, tous ces petits enfants que j'ai massacrés, ne crient-ils pas vengeance contre moi ?'' Dans son accès de délire, il se relève, étend ses bras comme pour repousser la vision qui se présente devant lui, ses cheveux gris se hérissent sur sa tête, la sueur qui inonde son visage et la frayeur qui contracte ses traits le rendent hideux à voir. Le prêtre lui présente le crucifix, et à force d'exhortations l'amène enfin à se confesser. L'agitation dès lors cesse, bientôt le repentir succède au désespoir. Il appelle près de lui les enfants de ceux qu'il a égorgés et les supplie de lui pardonner, puis, faisant un effort suprême, il se traîne à leurs genoux et les conjure de le fouler sous leurs pieds pour se venger de ses forfaits. Cette attitude émeut ceux qui l'entourent ; vaincus par ses regrets qui paraissent sincères, ils le suivent à l'église où le bon prêtre les engage à prier pour le converti. Ce meunier vécut encore plusieurs années. Sa conduite devînt assez régulière, il allait à la messe, faisait l'aumône aux pauvres. Mais avec le temps sa première ferveur s'attiédit, l'amour de l'argent le fit de nouveau travailler le dimanche. Or, un dimanche, sa femme ne le voyant pas revenir à l'heure du dîner (midi à l'époque, le souper étant le repas du soir), est inquiète, elle court au moulin pour savoir ce qu'il est devenu. Elle le trouve baigné dans son sang : l'aile de son moulin qu'un coup de vent subit venait de mettre en mouvement lui avait fracassé la tête.

    Sa mort fut regardée, dans tout le pays, comme une juste punition du ciel ».

    Le lieu du massacre sur le cadastre de 1839 : 

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

    Et sur la vue aérienne Géoportail :

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

     

     

    La tradition orale de Saint-Etienne-de-Corcoué ne semble pas avoir laissé le nom du meunier ainsi que les noms des victimes du massacre de la Chapelle de Saint-Jean-de-Corcoué.  Et Monsieur l'Abbé Deniau, par discrétion, a fourni quand même assez d'éléments permettant une identification assez sûre du meurtrier. 

    Il s'agit donc aujourd'hui, d'essayer de retrouver un meunier ayant conduit une colonne incendiaire chez sa belle sœur et ses filles dans le but de les égorger. Celles-ci étant détenues dans la chapelle de Saint-Jean-de-Corcoué, il obtient des républicains ''le feu vert'' pour les massacrer. Devenu riche par ses vols et ses massacres, il fait des acquisitions à la paix. 

    Encore vivant aux Cent-Jours (1815), Monsieur de Goulaine* lui fait administrer une volée de coups de plat de sabre par ses soldats.  

    Ce meunier décède un dimanche matin, quelques années après la Restauration à Saint-Etienne-de-Corcoué, tué par une aile de son moulin.... Le moulin se trouve à une certaine distance de son domicile, puisqu'on l'attend pour le repas du midi et que sa femme inquiète court vers le moulin et le trouve mort :'' baigné dans son sang''.

     

    En parcourant les actes de décès de 1815 à 1825, deux meuniers décèdent un dimanche matin.

    Le premier : Charles Bretagne, décède le dimanche 11 février 1816 à 9 heures du matin à son domicile au moulin à eau de la Forchetière.

    L'année 1816 semble assez proche des événements des Cent-Jours et Monsieur l'abbé Deniau nous dit que ce meunier a vécu plusieurs années après ces événements. De plus, un témoin présent lors du contrat de mariage de sa fille, Marie Bretagne, qui épouse le 8 juin 1809 à St Etienne-de-Corcoué, Jean Bossis, farinier ; est un ancien officier vendéen : Mr Augustin-Joseph Mornet-Dutemple*. Cet élément élimine de fait notre farinier; un officier royaliste ne pouvant se compromettre avec la famille d'un assassin.

     

    *Augustin-Joseph Mornet-Dutemple est né à la Benate le 10 janvier 1774, est décédé à la Gautrie à Saint-Etienne-de-Corcoué le 1er Janvier 1830, ancien capitaine de la paroisse de Saint-Etienne, Chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, avait reçu une épée de récompense en 1824 ; commandant de la Garde nationale, il avait épousé Marie-Modeste Hervouët. (vue n°1/10 décès année 1830) 

     

    Par contre, le personnage que nous allons découvrir maintenant est beaucoup plus intéressant, son parcours et surtout sa mort ''collent'' avec le récit de Monsieur l'Abbé Deniau, à un détail près : la mère du meunier, Jeanne Bouanchaud, n'a pas été tuée dans la forêt de Rocheservière, mais est décédée le 27 février 1787 à la Paquetière à Saint-Etienne-de-Corcoué.

     

    Jean-Baptiste  Gaillard est né le 29 août 1752 à Saint-Etienne-de-Corcoué (vue n°3/12 année 1752). Il est le fils de Jean Gaillard, farinier († 12.6.1787) et de Jeanne Bouanchaud, mariés à St-Etienne-de-Corcoué le 6 septembre 1751. Il se marie le 24 février 1778 à Saint-Etienne (vue n°2/15 -1778) avec Marie-Anne Delomeau, fille d'Etienne Delomeau et de Marie-Anne Beziau de la paroisse de Legé. Il exerce le métier de meunier et est domicilié  au village de la Normandière en 1796. De cette union sont issus :

     

    1° Jean-Baptiste Gaillard, né le 10 janvier 1779 à St Etienne-de-Corcoué et décédé le 14 janvier.

    2° Marie Gaillard, née le 27 avril 1780 à St Etienne-de-Corcoué.

    3° Jean-Baptiste Gaillard, né le 25 mai 1785 à St Etienne-de-Corcoué.

    4° Rosalie-Pélagie Gaillard, née 9 janvier 1788 à St Etienne-de-Corcoué.

    5° Anonyme Gaillard, né le 16 août 1796 et décédé le 17 au village de la Normandière à St Etienne de Corcoué.

     

    Le 17 août 1796 décès de Marie-Anne Delomeau au village de la Normandière, âgée de 36 ans et son enfant âgé d'un jour, baptisé et inhumé avec sa mère le 18. (vue n°21/29, année 1796).

    Veuf, Jean-Baptiste Gaillard épousera Jeanne Michaud. En 1824, ce couple est domicilié à la Boulangerie à St Etienne-de-Corcoué.

     

    Voici donc l'acte de décès de Jean-Baptiste Gaillard, en consultant la table des décès, nous remarquons une marque (un point) près de son nom ; comme si quelqu'un de la mairie avait voulu se rappeler de ce meunier ? (acte n°22, vue n°5/10 du 22 août 1824) :

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

     

     

    «L'an mil huit cent vingt quatre, vingt deux août, huit heures du soir. Devant nous Aimé-Fidèle Menu, maire officier de l'état civil de la commune de Saint-Etienne-de-Corcoué, canton de Legé, quatrième arrondissement du département de la Loire Inférieure, sont comparus Jean-Baptiste Gaillard âgé de trente neuf ans, meunier, demeurant au Marché-Bachelier et Jean Gris âgé de trente neuf ans, meunier, demeurant au bourg, les deux commune du dit Saint-Etienne ; le premier fils et le deuxième gendre du décédé ci-après nommé ; lesquels nous ont déclaré que Jean-Baptiste Gaillard, né en cette commune, âgé de soixante quatorze ans (72 en réalité), meunier, demeurant en cette commune à la Boulangerie veuf en première noce de Marie-Anne Delhommeau époux en seconde noce de Jeanne Michaud, fils des feu Jean et de Jeanne Bouanchaud, est décédé ce jour, à midi et demi en cette commune à son moulin, près Favet ; les comparants ont signé avec nous après lecture ».

     

    signé : Jean-Baptiste Gaillard – Jean Gris – A.F Menu, Maire.

     

      Nous sommes le dimanche 22 août 1824, ce meunier est bien attendu pour le dîner à midi, son épouse, Jeanne Michaud , inquiète* nous dit l'abbé Deniau, part de la Boulangerie et court vers le moulin à vent de Favet et découvre son mari mort à midi et demi, c'est le temps qu'il faut pour parcourir la distance entre la Boulangerie et le moulin Favet. L'abbé Deniau nous dit que sa femme le trouve la tête fracassée par l'aile de son moulin mise en mouvement par un coup de vent subit : le vent ou un règlement de compte ???

      * Si l'épouse de Jean-Baptiste Gaillard est inquiète, c'est que connaissant le passé de son mari, elle s'attend à quelques ''mauvais coups'', non ? 

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

     

     

    Au sujet des victimes de la chapelle de Saint-Jean-de-Corcoué ? Ce n'est pas Marie Braud épouse de Louis-Joseph Gaillard, qui se sont mariés le 7 février 1786 à St Etienne, puisque le 31 mai 1798 elle déclare avoir donné naissance à Julie Gaillard le 8 avril 1794 (naissance posthume).

    Peut-être Marie Jeanne Mignen qui a épousé Charles-Prudent Gaillard, boulanger, le 28 octobre 1788 ? Ou alors faut-il chercher du côté de Marie-Anne Delomeau-Delhomeau, première épouse de Jean-Baptiste Gaillard, originaire de Legé  ??

     

    Sources: Histoire de la Guerre de la Vendée de Monsieur l'abbé Deniau TOME VI, pages 148,149,150 - Siraudeau éditeur à Angers. Archives départementales de la Loire Atlantique, St Etienne-de-Corcoué, St Jean-de-Corcoué, - cadastre de 1839 B3 section du bourg st Jean-de-Corcoué ; cadastre 1840 - E1- Coins (section des) St Etienne-de-Corcoué- Tables alphabétiques des successions et absences 1825-1831 vue n°48/118- Jean-Baptiste Gaillard - Photo de l'auteur. 

                                                              

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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