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    Le camp de Montorgueil (2° partie)…

     

     

    Voici quelques années que ce blog vous raconte la « petite histoire », celle de chez vous, celle de chez moi, de tel combattant, de tel combat ou de tel lieu méconnu. Si l’engouement pour la période des Guerres de Vendée a le vent en poupe depuis ces derniers temps, il ne faut pas négliger en sus des horreurs qui ont levé le cœur de bien des gens, une part bien plus agréable de rêve et de mystères. La nature humaine aime les énigmes, les choses cachées et c’est pourquoi je vous propose ce soir, une suite, qui ne sera sûrement pas la dernière, à un article commencé en 2012, ici.

    Si des raisons personnelles et géographiques me poussent du côté de Marigny, je voue un grand respect à Charette et à son attachement sans faille, jusqu’à la dernière minute, à son idéal.

    Essayons donc de rêver un peu ce soir, la lanterne posée sur le bureau, avec le vent qui caresse tranquillement les volets. Je ne porte aucun jugement de valeur sur ce qui vous allez découvrir à présent, de la plume de Didier Audinot, qui a emporté bon nombre de ses sources avec lui dans sa tombe en 2011. Gageons qu’il a probablement « enrubanné » certains faits pour vendre ses livres, mais ce n’est pas le premier ni le dernier à pratiquer de la sorte. D’autres plus célèbres ont fait de même sans que cela n’inquiète outre-mesure… Nous allons simplement essayer de faire le tri entre ce qui est possible, probable ou invérifiable.

    Didier Audinot a parlé assez succinctement de Montorgueil et de la possibilité d’y trouver le trésor de Charette dans son ouvrage « Trésors enfouis des Guerres de Vendée et de la Chouannerie », L’Etrave, 2002, p. 52 et sq. Cet ouvrage est connu, l’est beaucoup moins son article sur le même thème, paru dans « Historia » N° 471, mars 1986 (1).

    En voici quelques extraits :

     

    « Des chercheurs, des écrivains, ont beaucoup épilogué sur le devenir de ce trésor de guerre. Valentin Roussière (voir Historia N° 386, de janvier 1979), le voyait caché en forêt de Grasla, tout comme Robert Charroux, lui aussi chercheur de trésors. La piste est fausse, car si Charette établit bien là un camp, destiné à abriter les victimes sans foyer de cette guerre, il n’y fit que de brefs passages (2). Dans aucun mémoire de l’époque, dans aucune étude sérieuse concernant le général, on ne trouve trace de cette histoire de trésor de la forêt de grasla, qui pourrait provenir, simplement , de traditions locales déformées. On dit que cet or fut caché sous un tas de fumier par Charette, puis récupéré après la guerre par son trésorier. Cachette précaire pour un trésor d’une telle importance. Rien ne rend plausible cette hypothèse venue d’on ne sait-où. D’autres prétendent que Charette se délesta, au cours d’une course, en coupant les lanières  retenant les tonnelets, et en laissant choir ceux-ci dans la boue d’un chemin creux. Là aussi, aucune précision ne pourrait accréditer cette thèse. C’est donc bien à Montorgueil que Charette cacha, alors qu’il était encore dans une relative sécurité, tout ou partie de son or, tout comme il l’avait fait de son matériel excédentaire quelques semaines plus tôt. »

    Arrêtons-nous quelques instants. Didier Audinot a bien travaillé mais  n’a pas lu ma note N° 2. Et vous, l’avez-vous lue ? Charette était un homme d’une intelligence remarquable et n’aurait sûrement pas caché son trésor de guerre en un seul endroit…

    Poursuivons le récit du chasseur de trésor :

    « Arrivés à cette conclusion, trois membres de l’équipe de recherche trésoraire « Hermès », se sont rendu sur place, après un abondant échange de renseignements, de courriers, avec les habitants de Montorgueil (on verra plus loin que les habitants du hameau de Montorgueil n’en savaient pas plus que ça, NDLR).

    Pour une chasse aux trésors, un matériel extrêmement sophistiqué, dont une partie avait été importée pour la circonstance, avait été mis en action. Quatre détecteurs terrestres, des plus performants, dont un prototype, avaient été engagés dans la course au trésor. Deux équipements complets de plongée avaient été amenés sur place pour la fouille du puits, un très bon radiesthésiste (il ne faut rien laisser au hasard), avait été sollicité avec ses Dowsers, sortes de baguettes de sourciers très modernes.

    Sur place, deux choses étonnent le chercheur au premier contact. Alors que Charette a passé là près de deux mois, accompagnés de centaines de soldats, ce qui représente un bouleversement total du rythme de vie d’une population qui à l’époque, devait regrouper une cinquantaine  d’âmes, rien ou pas grand-chose, ne trahit cette période dans la mémoire des habitants, c’est à peine si quelque traditions ont percé le cheminement de la mémoire collective.

    Quelques uns, comme Monsieur Alain Riché, Auguste Gaillet, passionnés de l’histoire du village, nous ont révélé quelques éléments transmis par la tradition populaire, éléments capitaux en matière de recherche trésoraire. Sur les côteau de Montorgueil on peut voir, taillé dans le roc, un « fauteuil de Charette », où la légende prétend que le général s’installait quelques fois. Il s’agit en effet d’un poste de guet, où l’on ne se trouve ni assis ni debout, et qui permet de surveiller la vallée. Il y a encore quelques années, on y voyait la place d’éperons ménagée dans la pierre. Sur ces coteaux, on sait aussi, sans plus de précision, que se trouve la tombe d’un officier de Charette … ce ne peut être évidemment que Pajot.

    Nous avons du reste tenté, sans succès, d’identifier l’emplacement précis de sa tombe, en détection des variations de champs magnétiques qu’elle ne pouvait manquer de susciter.

    Nous avions pour nous épauler une population très accueillante, curieuse du sens, et du résultat de nos recherches, terriblement hospitalière et attachante, mais dénuée de toute mémoire concernant cette sombre période des guerres de Vendée, alors qu’ailleurs, en d’autres villages, nous avons rencontré des souvenirs tellement frais qu’ils en étaient anecdotiques.

    Le village lui-même, bien que constitué par une grande partie, de maisons survivantes de cette ténébreuse époque, avait subi quelques remaniements qui ne permettaient pas de retrouver trace du quartier général de Charette. Du reste, à ce sujet, aucun des habitants ne put nous donner de renseignements précis.»

    Photo de l'article de Didier Audinot, illustrant les ruines de bâtiments ayant servis d'écuries pour les officiers des Charette :

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

     

    « A voir et parcourir l’actuel village, on se rend compte que le trésor de Charette ne peut se trouver qu’en un endroit bien précis, que seule la logique permet de déterminer.

    A Montorgueil, les caves anciennes sont à fleur de sol. On atteint facilement la pierre, une sorte de granit très solide. Le trésor qui repose encore là ne peut donc se trouver que dans une maison, au sein d’une cache maçonnée, ou encore, dans un souterrain. A même la terre, nos quadrillages électromagnétiques, n’avaient rien donné. Les maisons non plus, sondées en partie par les habitants eux-mêmes, à l’aide de détecteurs de poche dont nous nous étions munis, ne donnèrent rien de plus. Il fallait chercher ailleurs. C’est à ce moment qu’intervient la radiesthésie.

    D’autres suppositions nous avaient amené, au début des recherches entreprises à Montorgueil, à tenter de repérer d’anciens souterrains. Là où la tradition les situait, il ne pouvait y en avoir, tant la roche affleurait le sol. En revanche, sur les indications d’un cultivateur dont la roue d’un tracteur s’était, quatre années auparavant, enfoncée dans un trou suspect, nous avons pu, seulement en quelques heures de travail, déboucher, en plein champ, l’entrée d’un souterrain refuge inviolé depuis sans doute des siècles. Là aucune indication ne nous permit de dater ses différentes périodes d’utilisation. Vraisemblablement creusé au haut-Moyen Age, il avait peut-être été réutilisé pendant les Guerres de Vendée.

    Ravis de redécouvrir inopinément ce fragment inviolé de leur histoire, les habitants de Montorgueil visitèrent les uns après les autres ce souterrain, dont l’entrée fut ensuite soigneusement rebouchée. De trésor, point, pas plus que de témoignages valables de l’existence d’autres souterrains, qui nous auraient permis d’y voir une cachette possible pour le trésor de Charette.

    De la forteresse qui fut autrefois bâtie au centre de la ville, plus de souvenirs dans la mémoire collective. Rien ne laisse supposer cependant d’après les mémoires de témoins des dernières campagnes de Charette, que cette forteresse ait encore été debout en 1795. Le général y aurait forcément, en ce cas installé son quartier général, et ne se serait pas donné la peine, comme en témoignent de nombreuse traces, de faire fortifier le village.

    Arrivé sur place après nous, le radiesthésiste qui devait travailler sur cette affaire n’avait donc eu aucun contact avec les habitants. Dès ses premières minutes de recherche, son Dowser se mit à indiquer, avec affolement, une direction précise. De tous les points du village, dans le cadre d’une recherche basée uniquement sur l’or, le même épicentre revenait, attractif, révélant une importante concentration de métal jaune. Marchant, Dowser en main, le chercheur nous conduisit directement en plein champ, sur une hauteur, là où se trouvait la source de cette importante variation de champs magnétique causée par de l’or enfoui dans une masse de terre.

    Le signal était prodigieux. Des détections électromagnétiques, réalisées avec des détecteurs, donnèrent quelques signaux localisés qui prouvaient que là, à quelques dizaines de mètres du centre du village, se trouvait « quelque chose ». Ce qui nous apprirent après coup, les habitants du village, nous rendit perplexes.

     A l’endroit où notre Dowser nous avait amenés, se trouvaient jadis les restes d’un ancien moulin, évidemment contemporain des événements qui nous intéressaient.

    Les ruines de ce moulin avaient été déblayées au lendemain de la seconde guerre mondiale, laissant place à une parcelle cultivée. Or, un certain nombre de traditions prétendent que Charette , légèrement éloigné de ses troupes, de ses parcs et de ses écuries situées dans le village, avait établi là son quartier général, donc entreposait son or, très vraisemblablement, près de lui, dans cet ancien moulin.

    Autrefois, deux citernes d’eau très profondes, taillées dans la pierre et dans la terre (elles avaient environ 7 mètres de profondeur), alimentaient constamment le moulin à eau. Jamais ces citernes ne se tarirent ; elle furent remplies de gravats, donc bouchées, en même temps que le moulin fut rasé.

    C’est là, à une profondeur importante, elle aussi voisine de sept mètres, que les appareils de dowsing avaient repéré l’or de Charette. Les détecteurs électroniques, eux, ne permirent pas de déceler quoique ce soit : leurs profondeurs d’investigation s’arrêtent à deux mètres cinquante pour les plus performants. C’est là que l’équipe Hermès souhaite entreprendre dès que la saison sera favorable et avec la collaboration du propriétaire du terrain, des déblaiements importants car vraisemblablement, l’or y a été noyé.

    Au cours des recherches, des monnaies isolées ont été découvertes, perdues ou cachées là au cours des guerres de Vendée. Elles témoignent de l’ampleur du désastre que fut cette guerre dans la région, et aussi du nombre important de petits magots qu’il convient encore d’y chercher, dans les champs le plus souvent, car les paysans savaient qu’en cas de bataille, leur maison serait automatiquement incendiée. C’est sans doute le même réflexe qui poussa Charette à cacher son or, non pas dans une maçonnerie, une maison, mais dans les fosses perpétuellement emplies de près de 7 mètres de hauteur d’eau. Peut-on rêver meilleure cachette à une telle époque.

    Didier Audinot »

     

     ***

     

    Nous avions déjà évoqué le trésor de Charette à plusieurs reprises, ici et .

    Une chose est sûre, et que Didier Audinot souligne dans son enquête, Charette disposait encore d’une forte somme d’argent dans les dernières semaines de sa vie car il en prête à Constant de Suzannet le 6 janvier 1796, depuis Montorgueil (3) :

    « Je reconnais avoir reçu du général Charette la somme de 1 595 louis d’or que je promets de lui remettre dès qu’il me les demandera.

    Au camp de Montorgueil, le 6 janvier 1796

    Constant de Suzannet »

     

    ***

     

     

    Le 20 février, à La Bégaudière de Saint-Denis-La-Chevasse, après avoir annoncé son intention de continuer la guerre à ses hommes (on connait la fameuse tirade de ce jour « tant qu’une roue restera, la charrette roulera ! »), Charette rentre à Montorgueil ; ce sont les derniers moments qu’il y passera. Il y écrira à Stofflet la missive suivante (4) :

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    « Copie de la lettre trouvée sur Stofflet lors de son arrestation

    1et ventôse an 4

    De Montorgueil 20 février 1796

    Général

    J’ai l’honneur de vous addresser ci-joint l’extrait des propositions que vient de me faire la République de passer à l’étranger : ma réponse n’exprime que bien foiblement encore mon inviolable attachement à la cause glorieuse pour la quelle nous combattons.

    Je vous prie de donner a l’un et a l’autre, ainsi qu’a ma déclaration, toute la publicité dont elles sont susceptibles, par la voye même de l’impression qu’il est possible.

    Je suis avec un sincère attachement

    Votre très humble et très obéissant serviteur

    Signé Le Chevalier Charrette.

    Pour copie certifiées conforme a l’original

    L’état-major général

    Le général de division, chef de l’état-major général de l’armée des côtes de l’océan. ./.

    Hedouville »

     

    ***

     

    Le lendemain 21 février, Charette retourne à la Bégaudière et y perd ses deux porte-manteaux chargés de sa correspondance dans le combat qui y aura lieu. Le 15 ventôse an 4, samedi 5 mars 1796, le Directoire en accuse réception à Hoche (5).

    Au vu de ces données militaires, on peut penser que tout n’a pas été découvert du trésor de Charette. La découverte de la cache de Grasla en 2004 n’était certainement qu’une petite partie de la caisse du général, tout comme celle de Chavagnes-en-Paillers et de bien d’autres, dont il paraît évident que la plupart ont été retrouvées depuis déjà longtemps et que personne ne s’en est vanté. En ce sens, Didier Audinot avait probablement raison sur le fond. Maintenant, analysons un peu la forme. Prenez une bonne lanterne, des bottes, et descendons dans les sous-sols de la petite histoire.

    Passons sur le trésor possiblement caché dans une maison particulière, qui ne semble pas une très bonne idée. C’était bien trop risqué, entre les probables témoins et les propriétaires qu’on aurait pu interroger ou forcer à découvrir leur secret. La forteresse supposée où Charette aurait pu séjourner devait n’être plus qu’un vague souvenir en 1795. Montorgueil est mentionné comme simple hameau sur la carte de Cassini. J’ai dû employer un logiciel personnel pour plus de visibilité, la définition proposée par Géoportail étant certes en couleur mais difficilement lisible.

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    Le plan cadastral du village en 1836 est bien trop récent pour nous apprendre quelque chose…

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    … Et à comparer avec la vue aérienne, on a un peu de mal à se repérer :

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    Vous l’avez compris, le village a été remanié plusieurs fois. Gardons en mémoire cependant ces vues, car elles seront plus parlantes dans le troisième volet que Chemins secrets consacrera à Montorgueil (eh oui, c’est loin d’être terminé)…

    Quelques mots sur les méthodes de détection employées par Didier Audinot et son équipe. Je connais mal la détection de métaux mais, il me semble peu probable de découvrir quoique ce soit avec ces appareils au vu de la configuration du village, dans un enchevêtrement d’habitations, de chemins goudronnés, de granit affleurant et d’exploitations agricoles modernisées. Quant aux appareils de dowsing, ils sont largement réputés pour être des « pièges à couillon », ne consistant guère qu’en un boîtier qui fait « bip bip » (voire surtout rien du tout), vendu quelquefois 8 000 € (si si, vous avez bien lu) à des gens pourvus d’un quotient intellectuel de sauterelle. Je pense qu’à ce tarif, un bon vieux sourcier, avec ses baguettes de noisetier, est largement plus fiable.

    Didier Audinot nous parle d’un ancien moulin déblayé après la Seconde Guerre Mondiale, à quelques dizaines de mètres du centre du village. Point de trace de celui-ci sur le terrain. Il existe bien un moulin à eau sur la Vie, mais en contrebas du village, au pied du coteau et qui ne peut correspondre avec un endroit où Charette aurait séjourné et caché un trésor, à moins d’être suicidaire.

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    Cherchons un peu les moulins autour de Montorgueil et Bingo ! Un moulin apparaît très clairement au point marqué à 62 mètres d'altitude sur la carte d’état-major de 1820.

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    Celui-ci n’est déjà plus présent sur le cadastre de 1836. Il se situait à l'emplacement des croix rouges :

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    Cet emplacement correspond bien à la description faite plus haut par Didier Audinot, mais il y a un hic… S’il y a un bien un point d’eau un peu plus loin au Nord-Ouest, sur une hauteur ce qui peu surprendre, vu le cours de la rivière en contrebas (largement modifié à cet endroit depuis 222 ans….), on peut douter que l'eau ait pu aller jusqu'au moulin. Marquage bleu indiquant le point d'eau en haut du plan : 

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

    Le point d'eau existe toujours :

    Le camp de Montorgueil (2° partie)....

     

    Je vous disais qu’il y a un hic, mais c'est plutôt deux en fait car ce moulin est bien à vent et non à eau. De là, la théorie des citernes vues plus haut, qui l’auraient alimenté, me paraît des plus fumeuses. Pour alimenter un moulin à eau, il faut un courant, et une fontaine, fut-elle de sept mètres de profondeur, ne pourra y parvenir sans mouvement, à moins d’un courant souterrain qui se serait jeté dans la Vie ; mais dans ce cas, pourquoi la carte d’état-major nous parle d’un moulin à vent ? J’imagine mal la complexité du mécanisme qui aurait pu unir les deux fonctions.

    Concernant le souterrain cité, découvert puis rebouché, nous n’avons aucune indication sur son orientation ni sur la longueur explorée. Quant à la profondeur de sept mètres supposée, elle reste à démontrer, même si on sait que le coteau plonge très bas vers la rivière. A la défense du regretté Didier Audinot, on sait aujourd’hui que sa théorie d’enfouissement de trésor dans le fond d’un point d’eau tient la route, puisqu’on en a eu la preuve en 2004 à Grasla. Le dernier des trésors de Charette se trouve pourtant dans ce village, à n’en point douter. Sa volonté était certainement que jamais la république ne puisse mettre la main dessus, et en cela, même si j’en savais plus, je crois que je garderai le secret…

    RL

    Novembre 2017

     

    Notes :

    (1)  Pour ceux qui veulent lire l’article en entier, on le retrouve ici. Merci au passage à M. Wingel, de me l’avoir procuré, il y a déjà de cela une quinzaine d’années…

    (2)  Là, c’est Didier Audinot qui se trompe, mais il ne savait pas que l’on trouverait une partie du trésor de Charette en forêt de Grasla en 2004. Nous en avons déjà parlé ici.

    (3)  Chassin, «Les Pacifications », tome II, p. 268, repris par Bittard des Portes, op. cit. p. 561.

    (4)  SHD B 5 35/87, v. 3/9, reprise par Savary, tome VI, p. 185 & 186.

    (5)  SHD 5/36-12, v.1/19 (bulletin analytique).

     

     

     


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    Et s’il n’y avait qu’en Vendée !

     

    Les nouveaux noms des communes de Vendée par Grégoire Moreau sur RCF :


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  • Votre serviteur et « La Maraîchine normande » dans le Courrier de l’Ouest du 26/11/2017 (cliquer sur les images pour les agrandir) : 

    Chemins secrets dans la presse....

    Chemins secrets dans la presse....


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    Cinq prisonnières à Cerizay…

     

     

    Sur mes 48 ans d’existence, en voilà 46 que je vis à Cerizay. Je pensais tout savoir de la petite ville « aux deux légendes ». Eh bien non, j’en apprends encore. Et puis je dois vous avouer que ce soir, je vais prendre du plaisir à vous parler de chez moi, une nouvelle fois. Pas d’inquiétude, je n’oublie pas les autres régions de Vendée Militaire et le tour de la vôtre viendra. Au hasard des correspondances conservées aux archives militaires de Vincennes, je suis retombé il y a déjà plusieurs jours sur cette correspondance du général Vimeux du jeudi 7 août 1794 (1) qui fut par ailleurs exploitée par La Maraîchine normande ici :

     

    « Au Quartier général de Fontenay le Peuple le 20 thermidor l’an 2ème de la République française une et indivisible.

     

    VIMEUX, Général en chef,

    Aux citoyens composans le Comité de Salut public de la Convention nationalle.

    Citoyens représentans,

    Je m’empresse de vous faire passer l’interrogatoire que le Comité de surveillance de cette commune a reçu de cinq femmes qui étoient restées prisonnières chez les brigands et qui se sont rendües à la suite d’une colonne commandée par le général Beaupuy que j’avois chargé d’une expédition sur Cérizay où les brigans formoient un rassemblement. Comme il est possible que les déclarations de ces femmes ayent quelque connexité avec la conspiration dont la liberté a été menacée et que vous avez si heureusement déjouée, je ne balance pas à vous donner connaissance directement du procès verbal auquel elles ont donné lieu, et qui vient de me parvenir dans l’instant.

    Comptez, je vous prie, citoyens représentans, sur mon zèle et mon dévouement entier aux intérês de la République.

     

    Salut et Fraternité

    Vimeux »

     

    ***

     

    « Aujourd’huy dix huit thermidor l’an 2ème de la république francaise une et indivisible (5 août 1794), les citoyennes Gautreneau femme Payneau, Payneau femme Belliard juge de paix de Cerizay, la Charrier femme Baudry boullanger de Cerizay, Marie Metayer femme Chasserieau de Cerizay, Rose Carteau femme de Louche, maçon, et Marie Neveu veuve Robin aussy de Cerizay touttes prisonnières des brigands dans le bourg de Cerizay, et délivré par la force armée le 16 de ce mois (3 août 1794) ont déclarés avoir entendus dire plusieurs fois aux chefs des brigands qui sont les nommés Richard de Cirières, Beaurepaire le jeune, le nommé Tessier de Courlay, Stophelet, Charrette, Sapinneau de la Gaubretière qui leur donnoit pour la dernière fois le conseil de faire rentrer leurs maris qui étoient réfugiés parmi les patriottes, car sous quinze jours la convention et la république entière n’extisteroient plus ; les susdittes ont déclarées que les brigands connaissaient par des émissaires touttes les forces et démarches de nos troupes, quelles ont pour exemple le dernier mouvement qu’on à fait sur Cerizay le 16. La veille le comité des rebelles reçût une lettre qui annonçaient l’arrivée de nos troupes, et de suitte les brigands se mirent en devoir d’évacquer ce qu’ils avoient de plus précieux : demande faitte aux déclarante si les brigands étoient en force, elles ont estimées qu’il pouvoient être neuf à dix mille hommes au total, divisés dans ce moment sur divers points : demandé ou il faisoient leur rassemblement pour venir attaquer la Chataigneraye, ont déclarés qu’ils le faisoient le plus souvent à Cerizay :

    Interrogé si les brigands avoient moissonnés, ont déclarés qu’ils avoient ramassés le plus de bariques qu’il avoient pûs, les avoient remplis de grains pour les cacher dans leurs souterains. Leurs répaires en hyver sont dans les champs de genet, et la, sans crainte d’être aperçûs, ils sçavent quand la troupe passe, et échappent ainsy à la poursuite.

    Que les répaires sont

    1° La Patellière commune de Combrand à trois quarts de lieu de Cerizay dans les bois, et les *** (illisible).

    2° La Marminière, commune de Mêmin environnés de Bois à trois quart de lieues, entre Cerizay, Memin (Saint-Mesmin, qui porta aussi le nom de Beauvallon-sur-Sèvre, NDLR) et Montravers.

    3° Dans les bois de la Grande Boissière à deux lieues de Cerizay, trois quarts de lieues de Chatillon.

    4° La Brunnière commune de la Pommeraye à deux lieues de Cerizay entre Cerizay et Pouzauges.

    5° enfin dans les bois qui environnent Cerizay.

    Lecture faite de la présente déclaration on dit contenir vérité et y persister ce ont signées, hors ceux qui ont déclarées ne le sçavoir. Signées au registre, Gautronneau Madelaine, Charrier, *** (illisible), Payneau, Marie Métayer.

    Pour copie conforme ./.

    Guery aîné Contantin »

     

     

    La date du 3 août 1794 est celle du combat de Noirlieu et les Vendéens sont en bien mauvaise posture.

    Le 4 (août), Bonnaire, écrit à Vimeux depuis La Châtaigneraie (2) :

    « Les deux colonnes du camp de Fontenay, aux ordres de l’adjudant-général Travot, et du pont Charon, aux ordres de l’adjudant-général Saint-Sauveur, ont exécuté hier le mouvement qui leur était ordonné sur Pouzauge et Cerizais. L’ennemi réuni en grand nombre a été attaqué à Cerizais, et à perdu près de quinze cents hommes. Le général Beaupuy, qui a dirigé l’attaque en personne, peut rendre un compte satisfaisant de la troupe. »

    A la même date, on trouve dans le « 5° tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest »  (3)

    « Grignon lui mande (à Vimeux) qu’il a battu complètement les brigands hier à Noirlieu, tué environ 200 hommes et pris beaucoup de bestiaux – projet de se concerter avec lui pour se porter sur La Fougereuse. » (4)

    Toujours le même jour (5) :

    « Au général divisionnaire Grignon

    Du 17 thermidor (4 août 1794)

    J’ai reçu mon camarade ta lettre du 17 du courant, qui m’annonce tes succès sur Noirlieu. Je t’observe que l’adjudant général Bernardel n’avoit pas suivi l’indication que tu as faite au général Legros et qu’il se fut porté ainsi qu’il en avoit d’ordre du chef de l’état-major sur Chanteloup et Courlay et que de ton côté tu eusses attaqué Noirlieu . Les brigands se seroient réfugiés sur Cerizay ou une colonne les attendoit, ce qui auroit rendu nos succès plus complets. Partout tu vois combien il est essentiel de ne point changer les dispositions générales qui sont arrêtées. Cependant j’aplaudis à ta marche qui a été parfaitement conduite. L’adjudant général Bardon réclame d’être employé dans cette qualité, tu vérifiras s’il a été nomé adjudant général et alors il n’y a point de difficulté, et tu dois l’employer et le reconnaître en cet égard.

    Salut et fraternité signé Vimeux. »

     

    ***

     

    Du lendemain :

    « Au citoyen Bo représentant du peuple à Nantes et près l’armée.

    Citoyen représentant tu étois informé que deux colonnes partaient de la Chateigneraye et du camp de Chiché devoient se porter sur Cerizay où il avoit un rassemblement de brigands. Cette expédition en ce lieu eu effet. Les brigands attaqués sur plusieurs points ont fui partout en abandonnant une quantité de bestiaux qu’l on porte à 600 têtes et 900 moutons avec mulets et chevaux, le général Beaupuy qui commandoit une colonne a ramené 400 têtes de bétail épars. Les brigands ont perdu dans cette sortie et sur tous les points environ 900 hommes. Ainsi tu vois que cette expédition n’est pas sans fruit. Vive la république, il a été pris un drapeau sur les scélérats.

    Salut et fraternité et fraternité signé Vimeux. »

     

    Quelques notes sur les femmes « libérées » par les républicains :

    L’une d’elles est l’épouse de François-Louis Béliard, juge de paix et farouche républicain qui décèdera à Cerizay le 8 mars 1806. Magdelaine Charrier, est la femme de Pierre-Gabriel Baudry. Elle décèdera au bourg de Cerizay le 3 décembre 1821, âgée de 66 ans. Rose Carteau est la femme de Joseph Delouche, maçon, décédé au bourg de Cerizay à l’âge de 65 ans, le 20 septembre 1820. Je n’ai pas cherché une éventuelle parenté avec Adrien-Joseph Delouche, maire de Bressuire et qui sera pris dans les événements de 1792.

    Abordons pour terminer, les lieux cités (hormis les bois – tout le monde sachant à quoi ressemble un bois).

    La Pastelière de Combrand : ce magnifique petit château du XVI° siècle aurait servi d’hôpital pour les Vendéens. Il sera épargné par les destructions et la colonne infernale de Grignon n’y passa pas.

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

    Les Marmenières de Saint-Mesmin, tout près de la Sèvre. On sait que M. Garnier des Marmenières avait été fusillé par les républicains à Bressuire en février 1794. Son épouse disparaîtra dans les prisons de Thouars :

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

    La Brunière de La Pommeraie-sur-Sèvre :

    Ce manoir était l’habitation d’un officier de l’Armée du Centre, Sicard de la Brunière, inspecteur général de la division de Pouzauges dont " La Maraîchine normande" nous raconte la curieuse histoire ici.

    Cinq prisonnières à Cerizay....

    Cinq prisonnières à Cerizay....

     

     L’histoire de Cerizay est encore loin d’être terminée. A suivre…

     

    RL

    Novembre 2017

     

     

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/10-12, v. 1 à 4.

    (2)  Savary, tome IV, p. 65.

    (3)  SHD B 5/10-1, v. 19/26.

    (4)  On sait que Grignon arrive par la droite avec 800 hommes.

    (5)  SHD B 5/81 v. 55/129. 


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    Se barbouiller de sang et faire le mort...

     

     

    La Plaine est une paroisse située à 12 kilomètres de Vihiers en Anjou, elle fait partie du territoire du général Stofflet.

     

     « Au moment de la Révolution, le curé, Joseph Huau refuse le serment et quitte la paroisse en novembre 1791. On le dit déporté en Espagne, mais son nom ne figure pas sur la liste d'embarquement ; il reprendra ses fonctions en 1802. Un des vicaires P. Baudriau, se cache dans la paroisse durant toute la Révolution, et l'autre P. Abélard, trouve refuge à Saint-André-de-la-Marche.

    La guerre de Vendée allait recruter de nombreux soldats dans la commune, le bourg sera à plusieurs reprises saccagé et incendié.

    Lors de la signature du Concordat, la moitié des habitants adhérera à la Petite Eglise. Encore en 1872, le schisme comptera de nombreux membres sur la paroisse.

    Lors du soulèvement de 1832 se manifestera une agitation légitimiste, le maire nommé par le gouvernement de juillet sera malmené. »

     

    Voilà pour l'ambiance locale...

     

    En 1793, au hameau des Places sur cette commune, une femme sauvera ses deux fillettes du massacre en les barbouillant de sang pour qu'on les croie déjà tuées.

    En effet, « une dame Dutour, y demeurant, voyant approcher des soldats républicains, couvrit de sang ses deux fillettes et leur ordonna de simuler la mort. Grâce à ce stratagème elles échappèrent au massacre. L'une d'elle épousa Mr Cochard et fit bâtir un oratoire pour remercier la Vierge de sa protection. En 1893 celui-ci allait faire place à une petite chapelle, surmontée d'un clocheton, dédiée à la Sainte-Famille. Il a été restauré en 1983 ; trois cents membres de la famille Cochard s'y réunissent à cette occasion, le 14 juillet. (Inv des chapelles). »

     

    Voilà pour la tradition orale.

    La chapelle des Places....

     

    Le dépouillement des archives est une autre chose et la réalité est peut être différente, mais le fond de vérité est toujours présent.

     

    Françoise-Rose Buffard est née le 17 février 1746 à Vezins. Elle est la fille de maître Jacques Buffard, marchand et de Jeanne-Philippe Dubois. Le 16 octobre 1767 elle épouse à Vezins René Dutour, marchand, né en 1720 à La Plaine, fils de Jean Dutour, marchand et de Jeanne Besnard, il est plus âgé que sa femme, vingt six années les séparent. Ce couple s'installe au hameau des Places, paroisse de La Plaine. De cette union sont issus :

     

    1° René Dutour, né le 5 septembre 1768 à La Plaine. (vue 245/302).

    2° Rose Dutour, née le 17 novembre 1771 à la Plaine. (vue 281/302).

    3° Adélaïde Dutour, née le 19 février 1773 à La Plaine. (vue 4/231).

    4°Alexis Dutour, né le 2 juillet 1774 à La Plaine. (vue n°19/231).

    5° François Dutour, né le 12 mars 1776 à La Plaine. (vue 40/231).

    6° Joseph-René Dutour, né le 5 mai 1779 à La Plaine. (vue 76/231).

     

    De 1779 à 1784 aucun enfant n'apparaît au foyer des Dutour. René Dutour est-il malade ? Il meurt le 6 novembre 1784 au hameau des Places, il est âgé de soixante quatre ans.

    Nous constatons qu'effectivement deux filles sont nées de ce mariage : Rose et Adélaïde. En 1793, Rose est âgée de 22 ans et Adélaïde de 20 ans, ce ne sont plus des fillettes mais des jeunes femmes. C'est donc pour leur éviter les pires outrages, que leur mère leur a conseillé de se couvrir de sang et de faire les mortes à la vue des Bleus. Madame Dutour s'est certainement aussi couverte le visage de sang et s'est transformée en cadavre...… cet excellent réflexe leur a sauvé la vie.

    D'autre part ces jeunes femmes n'ont pas épousé de Monsieur Cochard. Rose a épousé Mathurin Vaillant et Adélaïde, Jean Tremblaye maréchal ferrant à Saint-Pierre-des-Echaubrognes. Par contre François Dutour, demeurant au hameau des Places a épousé Perrine Cochard. Peut-être sont-ils les bâtisseurs de la chapelle ???

     

    Trois cents descendants de cette famille se réunissent chaque année le 14 juillet devant la chapelle.... Invitons-nous pour en savoir plus !

    La chapelle des Places....

     

    Françoise-Rose Buffard est décédée le 21 septembre 1818 à cinq heures du matin aux Places à l'âge de 72 ans ½. (Acte 16, vue 93/168).

         

    La chapelle des Places....

     

    Sources : Archives Départementales du Maine et Loire tous droits réservés. Registres état civil de La Plaine et Vezins - Célestin Port, Dictionnaire Historique, Géographique et biographique de Maine-et-Loire tome III, pages 198,199,200 –  Cadastre La Plaine 1838 tableau assemblage Les Places - Photo: www.petit patrimoine.com.   

     

                                                         

     

     Xavier Paquereau pour Chemins-Secrets 


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