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    Juillet 1794, la colonne de Huché…

     

     

    Afin de compléter un peu l’étude de la colonne de Huché en juillet 1794, je vous propose la publication d’une lettre écrite par quatre républicains de Sainte-Cécile et des Essarts. Cette lettre fut publiée en son temps par l’historien Jacques Crétineau-Joly, qui l’avait reprise de Savary (1). En consultant l’original qui suit, vous pourrez comparer avec la version de Savary qui, nous le savons, n’avait pas le souci de l’exactitude comme priorité. D’autres plus près de nous ont fait de même et je me permets une nouvelle fois de marteler, que seule la consultation des sources originales peut permettre de comprendre les faits et ainsi ôter les doutes initiés par des littératures périmées. Ceci dit, je bavarde, mais vous pourrez également vous faire une idée du curieux parcours en boucle de la colonne sur une carte.

    Le 10 juillet, Ferrand reçoit l’ordre de Vimeux de fouiller la Forêt de Grasla où « l’on dit que Charrette fait fabriquer de la poudre et qu’il a du canon » (2). On connait son rapport et ses découvertes à Grasla et il serait un peu long de les rappeler ici  (3). Le 14, un plan est proposé par le représentant Bô. Huché prendra le commandement d’une colonne et aura Ferrand comme subordonné, ce dernier à la tête de 3 600 hommes. Nous sommes loin de la masse des 104 000 hommes du système de Turreau mais les faits valent le détour.

    Voici son rapport de cette sortie (4) :

     

    « Le général Huché, au représentant du peuple Bo. (Nantes.)

     

    Je m'empresse de te rendre le compte suivant de l'expédition que je viens de faire contre les brigands.

    Le 16, quatre colonnes ont été mises en mouvement, la première commandée par le général Ferrand, sous mes ordres, est sortie de Montaigu le 17, et a pris poste à Roche-Servière.

    La seconde, de la garnison de Machecoul, commandée par l'adjudant-général Aubertin, s'est rendue le 16 à Fréligné.

    La troisième, venant de Challans, commandée par l'adjudant-général Chadau, s'est réunie à celle de Machecoul à Fréligné.

    La quatrième, aux ordres de l'adjudant-général Levasseur, partie du camp de la Roullière, a fait sa jonction à Legé, le 17 à cinq heures du soir, avec les deux colonnes de Machecoul et de Challans.

    Le poste de Legé, occupé par les brigands, a été emporté par les colonnes d'Aubertin et de Chadau, et l'armée de Charette, évaluée à trois mille hommes, infanterie et cavalerie, a été attaquée à six heures du soir, à un quart de lieue de Legé, sur la gauche de la route de Palluau ; le combat a duré jusqu'à la nuit, et les brigands ont été mis en déroute, avec perte de soixante à quatre-vingts hommes restés sur le champ de bataille. Nous avons perdu de notre côté deux officiers, et nous avons eu quinze blessés.

    Le 18, la colonne de Ferrand et celles réunies à Legé ont marché sur la Besillière, où l'on croyait Charette établi. On n'y a rencontré aucune résistance. A deux heures après midi, la troupe de Legé est restée en observation pendant que la colonne de Ferrand se portait au grand et petit Luc.

    Le 19, je me suis dirigé avec Ferrand sur Belleville, en passant par Saint-Denis : les forges de Charette ont été détruites ; un repas splendide préparé au château de Boulogne, dans la forêt de Dompierre, des habits brodés et galonnés, des barriques de vin et d'eau-de-vie, voilà ce que nous avons trouvé.

    Le 20, nous avons pris position au moulin de Palluau. L'avant-garde a surpris au Poiré les brigands qui prenaient la fuite, abandonnant vingt-neuf voitures attelées de quatre boeufs, et chargées de blé, farines, armes de toute espèce, moules à balles, ballots contenant des effets en tout genre.

    Charette a pris la route de la Roche-sur-Yon. J'ai cessé de le poursuivre faute de vivres, et j'ai donné l'ordre aux trois colonnes de Machecoul, Challans et la Roullière de rentrer à leurs postes. J'ai en même temps ordonné à Ferrand d'aller bivouaquer aux landes de Bouaine, et de prendre poste le lendemain pour deux jours à Aigrefeuille. La colonne était suivie de cinq cents têtes de bestiaux superbes ; avec du soin, les agens de la commission civile auraient pu en enlever plus de quatre mille.

     

    Résumé. L'armée de Charette, forte d'environ trois mille hommes, mises deux fois en déroute ; vingt-neuf voitures prises ; châteaux, moulins,  fours, incendiés et détruits ; plus de trois cents individus des deux sexes trouvés çà et là, portant des preuves de conviction de leur brigandage, tués ; découverte faite par l'adjudant-général Content, aux environs de Saint-Philbert, d'un magasin de salpêtre gardé avec soin par les brigands qu'il a débusqués, détruit faute de voitures pour l'enlever (*). »

     

    (*) Savary écrit en note : « Le général Huché ne rendit aucun compte de cette expédition au général Vimeux. Sa conduite donna lieu à des plaintes graves. »

     

    La version de Ferrand est un peu plus modérée (5) :

     

    « Du 23 : le général Ferrand, au général Vimeux. (Luçon.)

     

    Le 17, la colonne partit de Montaigu à cinq heures du soir, sous les ordres du général Huché, passa par Vieille-Vigne, et arriva sur les dix heures à Roche-Servière. L’avant-garde rencontra à l’entrée du village une forte patrouille de brigands qui fut repoussée avec perte de huit hommes, et la colonne établit son bivouac à une lieue au delà.

    Le 18, elle se mit en marche à trois heures du matin, et arriva sur les cinq heures à la Besillière. Tout annonçait que les brigands en sortaient. Un homme très-malade, qui n’avait pu suivre, nous dit que Charrette en était parti la veille, et que sa troupe s’était retirée deux heures avant notre arrivée. Nous prîmes une position militaire. Les adjudans-généraux Chadau, Aubertin et Levasseur vinrent nous visiter, et nous apprirent qu’ils avaient eu la veille une affaire dans laquelle ils avaient battu Charette. De là, nous allâmes bivouaquer dans les plaines du Luc.

    Le 19, après avoir fait fouiller les villages du grand et du petit Luc, la colonne se porta sur Belleville, une des maisons de plaisance de Charrette, où tout nous prouva, ce que nous dirent plusieurs personnes, qu’une demi-heure avant notre arrivée les brigands y étaient encore en assez grand nombre. On y trouva eau-de-vie, pain, vin, viande, une pharmacie complète et beaucoup de linge. Nous visitâmes Saligny et Saint-Denis où l’on trouva plusieurs barriques d’eau-de-vie, des fosses remplies de cuir, quelques armes réparées et à réparer. La colonne se porta ensuite sur Boulogne dont le château fut fouillé sur-le-champ. Il renfermait des provisions immenses en tout genre, eau-de-vie et vin en barriques, quinze cents bouteilles de vin de Bordeaux et d’Espagne, quantité d’habits, vestes, linge de table et de lit, etc., et soixante matelas. On nous dit qu’il y avait un hôpital dans ce château. Notre bivouac fut établi à cinq cents toises de là.

    Le 20, après avoir fait fouiller les environs à une lieue et demie, la colonne se mit en marche à une heure après-midi, et se dirigea sur le Poiré. Nous en étions à près de cinq cents toises, lorsque nous eûmes connaissance d’une troupe de brigands qui suivaient la route de la Roche-sur-Yon. L’avant-garde se mit à leur poursuite, et sur deux cents dont pouvait être composée cette troupe, quatre-vingt-dix périrent : vingt voitures qu’ils escortaient restèrent en notre pouvoir. Chacune d’elles était attelée de quatre bœufs et chargée de blé. On y trouva dix-sept caisses en cuivre, quelques sabres, de mauvais fusils, quatre ou cinq quintaux de balles : quatre-vingts femmes et enfans étaient sur ces voitures. La colonne traversa  le Poiré, et arriva à minuit au moulin de Palluau où elle bivouaqua.

    Le 21, un convoi de pain, parti de Challans, était arrivé à quatre heures du matin, et la distribution en fut faite pour un jour. On en donna une livre à chaque femme et enfant pris sur les voitures ; on renvoya dans leurs foyers les femmes qui parurent le désirer, et cinq à six se rendirent à Challans avec le convoi.

    A cette époque, des douleurs très-aigües m’ont forcé, d’après les ordres du général Huché, à quitter la colonne dont j’ai remis le commandement à l’adjudant-général Spithal qui a dû aller bivouaquer à trois lieues de Palluau, pour se rendre le 22 au camp de la Roullière et y attendre de nouveaux ordres. Le général Huché est parti de suite pour Nantes. 

     

    Observations. Je pense que, politiquement, la guerre de la Vendée n’est plus d’aucun danger pour la république ; mais la nature du pays, les forêts, les haies qui le couvrent, tout me fait craindre qu’elle ne se prolonge encore long-temps, d’autant plus que les brigands, qui connaissent parfaitement tous les sentiers de ce labyrinthe, échapperont, tant qu’ils le voudront aux colonnes agissantes.

    Une grande partie des moulins qui avaient été brûlés dans l’intérieur du Bocage, est rétablie et en état de moudre. La récolte se faisait partout, elle est presque achevée. On bat le blé à mesure qu’on le récolte. "

     

    Voici donc enfin le document promis plus haut et qui annonce les excès auxquels s’est livrée la soldatesque républicaine (6) :

     

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

     

    « Copie d’une déclaration faite par les citoyens maires et officiers nationaux des communes de Cécile et des Essarts en date du 7 thermidor, envoyée aux Jacobins de Paris par les membres du Comité de Surveillance de la Société Populaire épurée de Fontenay le Peuple, département Vengé :

     

    7 thermidor  l’an deuxième de la République françoise une et indivisible.

     

    Société des amis de la liberté et de l’égalité,

    Séante aux ci-devants jacobins Saint-Honoré

    A Paris

     

    Nous soussignés Louis Motay maire de la commune de Cécile, Jacques Durand, Pierre Vinet officiers municipaux de la dite commune et Jacques Pinochon maire de la commune des Essarts et fournisseur des bois de construction pour la marine de la République ; sommes partis du camp du Pont Charon, en qualité de guides avec la colonne commandée par le général Ferrant, le 22 messidor a dix heures du soir (10 juillet 1794). Nous nous sommes portés a Cécile (Sainte-Cécile), nous avons trouvé au village du Pont Charrault un poste de Brigands d’environ 200 hommes, qui après peu de résistance prirent la fuite, une vingtaine ont été tués. Du pont Charraud, nous nous sommes portés aux Essarts ou nous n’avons trouvé personne, nous en sommes partis pour aller dans la lande de la Chauvinière, ou nous avons campé et passé la nuit.

    La Chauvinière, au Nord-Ouest des Essarts, sur le cadastre de 1825 (AD85, 3 P 084 AC 013) :

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le 24 nous nous sommes portés à Chauché, de la à la forêt de Grâla, ou nous avons trouvé différents ornements d’église, et plusieurs individus des deux sexes, dont deux nous ont déclaré que l’ex curé de Chavagne, et un autre inconnu célébroient habituellement la messe. Les personnes arrêtées ont été renvoyées après avoir reçu des proclamations avec invitation de rentrer dans l’ordre et de s’occuper de leurs travaux domestiques. De la foret de Grâla nous nous sommes portés sur les Brousis (les Brouzils) et de la dans les landes de Coprais ou nous avons bivouaqué la nuit entière.

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Les landes de Corprais sur le cadastre de 1838 des Brouzils (AD85, TA, 3 P 038 CE 001) :

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le 25 nous sommes passés à Georges (Saint-Georges de Montaigu), et de la a Montaigû, ou nous sommes resté trois jours.

    Le 28 a quatre heures du soir, nous sommes partis de Montaigu avec la colonne qui nous a paru passer aux ordres du général Huchet qui s’est placé a la tête de l’avant-garde. Nous nous sommes portés sur Vieille Vigne, et de la à Roche Servière. Nous avons remarqué sur notre passage une vingtaine d’individus des deux sexes pris a leur ouvrage, et tués sur le chemin, sans comprendre ceux que les tirailleurs tuoient a droite et a gauche au mépris des proclamations dont nous étions porteurs, et sans doute par les ordres du général Huchet, car ayant observé au général ferrant avec le quel nous étions partis du Pont Charon que la proclamation des agens de la commission d’agriculture et des arts invitoit a respecter les personnes qui n’étoient pas armées, et que celle du général en chef, en faisoit un devoir aux soldats, le général Ferrant nous avoit répondu que cela étoit vray, que nous avions du remarqué que la colonne s’étoit bien comportée tant qu’elle avoit été sous ses ordres, qu’il voyoit bien que cela alloit se passer fort mal, mais qu’il ne pouvoit l’empecher n’étant plus commandant. De Roche Servière nous nous sommes portés dans la lande près ledit bourg, ou nous arrivames a onze heures du soir, notre avant-garde y fut attaquée par les Brigands, huit d’entr’eux furent tués, n’ayant pour poursuivre le reste a cause de la nuit, nous bivouaquames dans la lande.

    Le 29 a quatre heures du matin, nous levames le camp, et allames au village de la Besillière, commune de Leger, ou nous espérions trouver Charrette, qui effectivement n’en étoit sorty que deux heures auparavant. La nous apperçumes la colonne républicaine qui venoit de Challans. Nous réstames dans le village de la Bésillière quatre a cinq heures, et tous les hommes et femmes même trouvés sans armes dans les champs, occupés de leur ouvrages, et dans leurs maisons furent égorgés et fusillés, le village fut entièrement incendié, deux pièces de terre ensemencées de froment furent incendiées après avoir servi a camper l’armée. De la nous nous portames au Grand luc, et allames bivouaquer dans les landes qui avoisinent le bourg (Boisjarry ?). Un seul homme fut rencontré fuyant avec sa femme, montée sur un cheval chargé de deux pochées d’effets. Le mary et la femme furent tués.

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le 30, nous avons quitté la lande du Grand Luc, et nous sommes portés au bourg de Saligny, ou nous n’avons trouvé personne. De la nous avont été dans les landes des Jouinaux, ou nous avons fait halte au village voisin du bourg de Saligny (plusieurs mots rayés) incendié, et plusieurs moutons ont été brulés dans leurs toits. Nous avons entendu tirer a droite et a gauche dans les champs, et plusieurs individus ont surement été victimes des coups que nous avons entendus. Des landes des Jouineaux nous nous sommes portés au bourg de Denis la Chevasse ou nous n’avons trouvé personne. La colonne sortie du bourg, le général Huchet donna ordre a l’arrière garde de retourner sur ses pas de bruler le bourg, et a l’instant le bourg et les métayeries qui l’entourent devinrent la proye des flames.

    Les landes de Jouineaux de nos jours : 

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

    Le premier thermidor nous avons été camper dans les landes de la Marquière (MACAIRIERE ou d’après le cadastre MAQUERIERE, au Nord de Boulogne) près Boulogne. Plusieurs cultivateurs trouvés sans armes, les uns en chemises, les autres en gillet, presque tous à leurs travaux, on été amenés au général Huchet et fusillés sur le champ par ses ordres. Le général Ferrand témoin de ces massacres ayant voulu faire des observations au général Huchet et les empecher, ce dernier lui répondit, je le veux moy ; nous observèrent cependant que d’après cela plusieurs femmes et deux hommes seulement furent épargnés.

    Le deux nous sommes partis de la lande de la Marquière et avont été au Poiré passant par le village de l’Orsière, nous y avons vu un homme et une femme tués dans leur maison, la femme sous la table et l’homme dans son foyer. Sur les observations que nous fimes au général Ferrant que des abominations avoient été commises, le général Ferrand me répondit a moi Motay ; ne me parlé pas de cela j’en ay la tête cassée, vous savés que je ne commende plus ; le même jour nous nous sommes portés au Poiré sous la Roche, et dans notre chemin nous avons rencontré les Brigands au nombre de quatre a cinq cents qui ont paru voulloir attaquer notre avant-garde, mais ayant vu notre avant-garde s’avancer sur eux et notre colonne rangée en bataille ils prirent la fuite, et laissèrent après eux vingt cinq voitures chargées de grains, farines et effets : deux cents au moins de ceux qui escortoient la voiture ont été tués ; soixante quatre femmes et enfants trouvés dans un village près le Poiré ont été conduits a Palluau et la mis en liberté par le général Fêrrand qui leur a fait délivrer l’étape.

    Le 3 nous avons quitté l’armée a Palluau, nous nous sommes rendus à Luçon avec le général Ferrand, passant par Challans et les Sables, nous avons remarqué depuis Montaigu jusqu’à Palluau que le pillage a été horriblement commis, et le bétail partout enlevé par l’armée commendée par Huchet. Les quels faits nous affirmons sincères et véritables. A Hermine sur Smagne (Sainte-Hermine) le sept thermidor l’an 2ème de la République françoise une et indivisible, et avons signé ;

    Signé a l’original Pinochon, Pierre Vinet, Durand, Motay : et pour copie conforme les membres du Comité de Surveillance de la Société Populaire épurée de Fontenay le Peuple ; signé, Perreault, Tillier, et Durand… »

    Juillet 1794, la colonne de Huché....

     

    Il n’aura échappé à personne que la frange de la population vendéenne qui a cessé de se battre n’a aucun gage de tranquillité. Nous l’avons déjà vu avec d’autres témoignages ; les exactions vont durer, non seulement toute l’année 1794 mais continueront, certes avec moins de crimes de sang, mais le pillage systématique durant l’année 1795. En effet, la république de Paris, aussi perruquée et poudrée qu’elle soit, est incapable de sustenter, faute de moyens et d’une réelle volonté de discipline, ses armées déguenillées et habituées depuis longtemps aux comportements les plus immondes. Une chose saute aux yeux dans chacun de ses rapports : l’importance de l’agriculture. Peu importe les horreurs commises sur les non-combattants et les gens paisibles, patriotes ou royalistes, l’administration voit le souci des récoltes qui ne peuvent être faites normalement pour alimenter, non pas les paysans eux-mêmes, mais les villes. Ces villes d’où la bourgeoisie mit la révolution en branle pour prendre la place de la noblesse. Jadis « esclaves » des « seigneurs » comme se plaisaient à le dire les révolutionnaires, les Vendéens auront tenté de ne pas l’être de la bourgeoisie…

    RL

    Juin 2018

     

     

    Notes :

    (1)  « Histoire de la Vendée Militaire », édition de 1895,  tome II, p. 282 à 284. Savary, tome IV, p. 40 à 42. J’avais repris cette missive dans mon article sur la Bésilière d’août 2013, ici.

    (2)  Savary, tome IV, p. 20.

    (3)  Voir son rapport du 16 juillet selon Savary, ibid, p. 32. Rapport qui date en fait du 25 juillet et dont on trouve la version originale, un peu différente des « arrangements » de Savary en SHD, B 5/9-96, v. 10 à 14/14, bulletin analytique compris. Toujours faire attention à Savary qui « bricolait » les correspondances à sa guise.

    (4)  Ibid. p. 36 à 38.

    (5)  Ibid. p. 38 à 40.

    (6) Archives militaires de Vincennes. SHD B 5/9-95, v. 15 et 16/16. Egalement en B 5/9-98, v. 4 à 7/19.

     

     


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    Un gendarme franc-maçon dénonce les excès des Colonnes Infernales…

     

     

                                      

      « Dieu se rit de ceux qui maudissent les conséquences des causes qu'ils chérissent. » Bossuet.

     

     

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....Voici un courrier rédigé entre le 4 et le 14 Germinal de l'an 2 (24 mars et 3 avril 1794) par le gendarme Faurès.

     

    « Rapport de Faurès, gendarme National de la commune de Xantes (Saintes) ; créé vice-président de la Commission Militaire à Fontenai le Peuple, par Lequinio Représentant du Peuple.

    En peu de mots, voici mon opinion sur la guerre de la Vendée, et sur la non destruction des Rebelles.

    Depuis environ cinq mois, personne n'ignore que ce malheureux pays ayant été le théâtre de la plus atroce des guerres ; Depuis l'an dernier les patriotes de l'un et l'autre sexe des communes insurgées furent obligés de se réfugier soit dans les Sables, soit à Luçon, soit à Fontenay le Peuple, afin d'éviter la rage des Brigands, où la juste fureur des patriotes des différentes colonnes. Depuis plusieurs mois les cités que je viens de nommer étaient surchargées de tous ces malheureux frères réfugiés qui n'avaient commis d'autres crimes que celui d'être d'un pays où s'étaient coalisés une troupe de scélérats.

    Depuis un certain tems, les succès des armées patriotes se fortifiant de plus en plus ; nous étions sur le point de voir finir cette horrible guerre ; Déjà le pays commençait à se découvrir ; les habitans, ou pour mieux dire, les autorités constituées avaient envoyé leurs frères, les municipalités même à retourner dans leurs communes, afin de faire rentrer dans le devoir les personnes égarées ou de livrer les coupables à la justice nationale ; tous ces ordres avaient été suivis ; Différentes Commissions Militaires établies par Lequinio, Représentant du peuple près l'Armée de l'Ouest, ne s'occupaient qu'à faire tomber sous le glaive des lois la tête des coupables ou a relaxer les innocents. Dans ce moment là même, le département, les districts, toutes les différentes communes, les généraux travaillaient de concert pour la destruction totale des Brigands ; Charrete qui était la terreur de tous n'avait plus avec lui qu'environ trois mille hommes, qui n'auraient pas tardé à recevoir le châtiment dus à leurs crimes ; Lorsque tout à coup une armée Révolutionnaire est venue dans la Vendée, pour disait-on achever la ruine de ces hordes d'esclaves, dont elle devaient exterminer jusqu'au dernier, mais les généraux de cette armée, ont-ils exécuté le projet  ? Non, au contraire, loin de se battre, ils ont été battus ; au lieu de respecter les propriétés, ils ont pillé, volé, saccagé de toutes parts indistinctement. Ils se sont divisés en douze colonnes, la chose est simple. Une armée entière passant dans un petit village, ne ferait aucun butin, au lieu que, partagée en douze colonnes, elle pouvait beaucoup mieux piller, voler, s'enrichir des biens, je ne dis pas des Brigands, mais de ceux des vrais patriotes qui pour l'intérêt général étaient retournés à leurs postes.

    Lorsque les portefeuilles étaient bien pleins, on n'avait plus le désir de se battre, dans la crainte de les perdre, et les soldats demandaient des billets d'hôpitaux. Les généraux ont fait pire encore ; ils mettaient en réquisition les charretes des communes, enlevaient ce qu'il y avait de meilleur dans les maisons des patriotes et fésaient traîner à leur suite et permettaient à ces malheureux d'emporter le reste pour avoir le plaisir barbare d'incendier leurs maisons, après cet embrasement, ils n'étaient pas plutôt rendus au milieu de la colonne que les volontaires suivant l'exemple des généraux prenaient le reste, tiraient les hommes, violaient les femmes et les filles et les poignardaient ensuite... 

    Ils ont fait plus ; ils ont immolé une municipalité entière revêtue de l'écharpe tricolore. Dans un petit village habité par environ 50 bons patriotes qui avaient toujours résisté à l'oppression Brigantine, on apprend que des frères d'arme viennent porter secours aux patriotes et les venger de tous les maux qu'ils avaient soufferts ; on leur prépare un banquet civique fraternel ; la colonne arrive, leur donne l'accolade, mange les vivres de ces malheureux, et aussitôt après le repas, ô barbarie inouïe ! Ils les emmènent dans un cimetière, et là on les poignarde les uns après les autres. Comment s'étonner après tant d'horreurs, que cette guerre désastreuse dure encore ; n'en soyés pas surpris ; et apprenés que Charette, connaissant les mouvements et les désordre de cette armée a saisi cet instant favorable ; pour capter la confiance des malheureux habitans des campagnes réduits au désespoir. On leur fit croire que s'ils se rangeaient parmi les patriotes, ils éprouveraient le même sort que s'ils restaient chez eux, c'est à dire qu'ils seraient tous sacrifiés – Eh bien ! Croiriés-vous que ce monstre avec un pareil langage, s'est fait en quinze jours de tems, un parti de 15 à 20 mille hommes au moins.

    Que c'est avec ces mêmes hommes qu'il a battu à diverses fois cette armée révolutionnaire endormie dans le crime, succombant sous le poids du pillage et de la débauche et cela d'après l'exemple des généraux* qui ne tarderont pas vraisemblablement à payer de leurs têtes les forfaits qu'ils ont commis en abusant des pouvoirs qu'on leur avait confié. 

     

    Signé : FAURES – gendarme National. »

     

    * Pas un seul de ces généraux débauchés n'a été inquiété. 

     

    Mais qui est ce Gendarme Faurès, arrivé dans les bagages du Représentant du Peuple Lequinio*, à Fontenay-le-Peuple en 1793 ?

    Nous savons qu'il a été nommé vice-Président de la Commission Militaire de Fontenay par Lequinio*. En réalité, il est capitaine commandant le bataillon de Saintes.

    Les archives nationales concernant la Légion d'Honneur vont me fournir les noms de deux frères originaires de Saintes en Charente-Inférieure : Michel-Antoine Faures, Commissaire rapporteur près les Tribunaux de la marine et Pierre-Hyacinthe Faurès dit de Bonnegens, officier d'artillerie de marine. La lecture de son dossier nous informe qu'il est entré dans la garde nationale de Saintes, le 15 mars 1792 ; blessé en Vendée le 16 juillet 1793, capitaine le 19 juillet et entré en gendarmerie le 20 novembre 1793, voici notre homme.

     

    *Lequinio : Avocat – Député de la Convention -régicide, se consacre avec zèle à la déchristianisation de la Charente-Inférieure à Rochefort. Il est à Fontenay le 10 décembre 1793, le jour même il abat un prisonnier d'un coup de pistolet. 

      

    Le 11 décembre, il forme une Commission Militaire où Faurès est désigné comme vice-Président, qui du 12 décembre au 31 mars 1794 juge 332 prisonniers et en condamne à mort 192 qui sont fusillés dans les 24 heures. 

     

    Issu d'une famille de francs-maçons, Pierre-Hyacinthe Faurès est né le 16 mars 1772 à Saintes. Il est le fils de Jean Faurès, écrivain de la marine, propriétaire, marchand, initié en 1773 dans la loge maçonnique ''L'Aimable Concorde'' de Rochefort et de Laurence Loyé.

    Le gendarme et les colonnes infernales....

     

    Il épouse le 25 janvier 1795 à Saintes, Elisabeth-Denise de Bonnegens, née le 2 janvier 1777 à Saint-Jean-d'Angely, fille de Charles III Guillaume de Bonnegens, officier de marine, reçu en la loge maçonnique de Bedford, co-fondateur en 1764 de la loge maçonnique ''L'Egalité'' de Saint-Jean-d'Angély et de Denise Bonnin de la Chesnaye. Il a accolé le nom de sa femme ''Bonnegens''** à son nom pour le distinguer de ses deux frères également au service de la marine (sources Généanet).

     

    **Bonnegens : famille où l'on rencontre des prévôts de la Maréchaussée à Saint-Jean-d'Angély   : Pierre de Bonnegens, Jean de Bonnegens en 1689. 

     

    Au moment de la Révolution, il est expert de la loge maçonnique ''L'Aimable Concorde'' de Rochefort.

       

    Etats des services de Pierre-Hyacinthe Faurès de Bonnegens. 

     

    1° Entré au service comme volontaire dans la marine le 11 octobre 1786, jusqu'au 15 mars 1792.

    2° Entré dans la Garde Nationale soldée le 15 mars 1792, jusqu'au 19 février 1793.

    3° Capitaine du bataillon de Saintes le 19 juillet 1793. 

    Entré dans la Gendarmerie le 20 novembre 1793. 

    5° Passé dans la Marine, aspirant de 1ère classe le 24 octobre 1795.

    6° Passé lieutenant en 2° dans la 5ème1/2 brigade d'artillerie de marine, le 10 août 1796.

    7° Lieutenant en premier le 21 janvier 1801.

    8° Capitaine en second le 20 juin 1803.

    9° Capitaine Commandant le 3 mars 1809.

    10°Chevalier de la Légion d'Honneur le 24 juin 1813.

    11°Retraité le 27 septembre 1814.

     

    Pas un mot sur son activité révolutionnaire comme Vice-Président de la Commission Militaire de Fontenay-le-Peuple... en 1793 et 1794. Il fait simplement 3 campagnes en Vendée où il reçoit une blessure le 16 juillet 1793.

     

    Campagnes sur mer : 

     

    Embarqué sur la Seine, du 10 janvier 1787 au 31 octobre 1787.

    Embarqué sur La Fille Unique, du 13 octobre 1788 au 4 juin 1791.

    Embarqué sur la Bombarde Le Sphinx, du 22 octobre 1797 au 4 décembre 1797.

    Embarqué sur la Vénus, du 12 août 1798 au 23 avril 1798.

    Embarqué sur le Jemmapes, du 2 juillet 1805 au 3 mars 1806.

    Embarqué sur le Suffren, du 23 mars 1807 au 14 janvier 1809.

     

    Campagnes sur Terre : 

     

    Armée de la Vendée............ 3 campagnes. 

    Armée d'Italie.....................   du 23 septembre 1800 au 22 mars 1802.

    Grande Armée d'Allemagne   du 17 mars 1813 au 10 mai 1813.

    Armée de France.................  du 27 mars 1814 au 1er mai 1814.

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....

    Blessures : 

    A reçu une blessure en Vendée le 13 juillet 1793. 

    Blessé par un boulet à la bataille de Lutzen, le 2 mai 1813 – au gros orteil du pied droit, s'est trouvé à la bataille de Paris.

     

     ''Cet officier ayant été obligé d'ajouter à son nom celui de Madame son épouse pour le distinguer de deux autres frères également au service''...

     

    Et, le 11 décembre 1816, il prête serment au Roi...

     

    « Je jure d'être fidèle au Roi à l'honneur et à la patrie, de révéler à l'instant tout ce qui venir à ma connaissance et qui serait contraire au service de sa Majesté et au bien de l'Etat ; de ne prendre aucun service et de ne recevoir aucune pension ni traitement d'un prince étranger, sans le consentement exprès de sa Majesté – d'observer les lois, ordonnances, règlements, et généralement faire tout ce qui est de devoir d'un brave chevalier de la Légion d'Honneur. 

     

    à Charente, le 11 décembre 1816.

    signé : P.H Faurès de Bonnegens.

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....

     

    Pierre-Hyacinthe de Bonnegens est décédé à Paris le 24 juin 1849.

     

    Sources :     

    Archives Nationales, tous droits réservés. Les Représentants du Peuple – AN, D III 353-12, vues 7 et 8/8. 

    Archives Nationales, tous droits réservés - Base LEONORE - dossier n°LH/943/31- Notice n°L0943031.-copie de son acte de naissance, vue n°2/10 – serment au Roi, vue n°3/10 – certificat de services vue 9/10. 

    Lequinio : Wikipédia. 

    Généanet : Pierre-Hyacinthe de Bonnegens. 

    Photo de l'auteur. Pistolet de gendarmerie dit modèle 1770 de Maréchaussée  de la période révolutionnaire. 

                                                  

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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                           La Vendée en pluviôse et ventôse de l'an II...

     

     

                                      


    La Vendée en pluviôse et ventôse de l'an II....Lettre du conventionnel Le Cointre fournissant au Tribunal révolutionnaire des extraits de lettres sur les massacres et destructions de la guerre de Vendée – pièce 31- : le fer, le feu, le sang, le vol et le viol...

     

    « Le Cointre de Versailles député de la Convention Nationale, Aux Président et Accusateur Public du Tribunal Révolutionnaire.

    Extraits des lettres du Citoyen Loyret au Citoyen Le Cointre Représentant du Peuple du département de Seine et Oise.

     

    De Nantes le 20 nivôse il m'écrivit :

     

    '' On continue ici à fusiller et noyer hommes et femmes des rebelles qu'on a ramassés depuis leur défaite''.

     

    Le 7 pluviôse il me manda de Chollet :

     

    ''De Nantes nous n'avons eu de séjour qu'ici (30 lieues) depuis Douai (Doué), tout n'offre aux regards que dévastations et ruines, excepté deux ou trois villages qui ont été conservés. Nous devons partir aujourd'hui d'ici pour continuer l'opération que nous avons commencée. Chollet où nous sommes est à moitié détruit. Le feu à consumé une grande partie des maisons ; et la ville n'offre plus que le spectacle de la misère et de l'infortune''.

     

    Le 8 ventôse, ce même citoyen me manda ici :

     

    '' Quant à nos opérations dans la Vendée, elles se réduisent à ceci  : incendier, piller, violer et massacrer. Tout ce pays ci n'offre que ruines et partout où nous avons passé, nous avons brûlé tout ce qui ne l'était pas. Quant au viol, il n'a plus été ordonné, mais il a été toléré et souffert, et c'est à peu près de même ; le pillage n'a pas été ordonné non plus, mais il a été entièrement autorisé et tout a été pillé. Quant au massacre il s'est étendu assés généralement sur tous les hommes qui se sont trouvés dans les villages où nous avons passé, surtout dans plusieurs cantons, on n'a épargné ni femmes, ni filles, ni enfants ; il s'est passé des scènes assez difficiles à exprimer.

    La Vendée en pluviôse et ventôse de l'an II....

     

    La troupe ne manque point de fatigues soit ignorance ou malveillance, l'armée du Nord a fait jusqu'à ce jour bien des courses inutiles.

    Je crois que si au lieu de nous amuser à brûler les villages, à piller, à tuer des gens sans armes, des femmes, on nous eut fait marcher contre les noyaux d'armées qui existoient encore, la guerre de Vendée seroit terminée. Au lieu que voyant le traitement qu'éprouvoient leurs semblables tout ce qui étoit resté ou revenu dans leurs villages sont allés pour éviter la mort ou plutôt pour prolonger leur vie de quelques jours ; se jetter par mi les brigands. Il me semble enfin qu'on s'y est pris comme si on eut craint que la guerre ne se termine trop promptement''. 

     

    Enfin le 24 ventôse ; il me fit part de l'affaire du 14 du même mois, il attribue l'échec que nos troupes ont reçu :

     

    1° A l'impéritie et à la timidité du commandant dont il ne dit pas le nom.

    2° A ce que le plus grand nombre de cartouches n'étaient pas de calibre, la balle à nud (nue) ne pouvant entrer dans le canon du fusil, il dit qu'il garde quatre de ces balles pour échantillon.

    Il parle avec éloge de la bravoure et de la bonne conduite du général Grignon qui, empêche la défaite totale de ce corps avancé, au devant duquel il vient ; ce qui n'empêche pas que nos troupes furent obligées d'évacuer Chollet ainsi que les habitants qui se retirèrent à Nantes.»

     

      «  Pour copie par extrait conforme aux originaux, restez en main, et dont dans les reçu, j'ai donné également extrait au Comité de Salut Public.

    Paris le 27 vendémiaire de l'an 3 de la République une et indivisible.   

    Signé Le Cointre »

     

     

    Sources:     

    Archives Nationales, tous droits réservés. - W472, procès de Jean-Antoine Vial, ancien maire de Chalonnes - AN W472-8 - Angers, vues 24 et 25. 

     

     

                                                 

     

     X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette…

     

    Le temps qui menaçait d’orage ne nous a pas empêchés de mener à bien une sortie prévue depuis déjà plusieurs semaines. Le rendez-vous était fixé près du porche de l’ancienne église de Belleville-sur-Vie qui vit, dit-on le massacre de l’abbé Servant vers le mois de septembre 1793. Après un café-brioche offert par Jacqueline, nous nous rendîmes devant les restes de l’église pour évoquer quelques traits de la vie du prêtre, qui selon les travaux de Nadine, a probablement eu une autre fin, tout aussi barbare que celle qui est racontée habituellement.

     

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Une petite balade dans le bourg s’imposait. Devant le mess des officiers de Charette…

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Au « Palais Royal », construit pour accueillir Louis XVII…

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Et enfin devant le quartier-général de Charette…

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Nous quittâmes Belleville pour le village voisin de Saligny, plus précisément au « Pont-Caillaud » dit aussi « Pont-Caillou », lieu de la sépulture de Prudent de la Roberie, tué au combat des Landes de Boisjarry le 25 novembre 1795. La plupart des historiens ayant raconté qu’il avait été enterré à la Morinière de Saligny, ce lieu est totalement méconnu dans l’historiographie vendéenne. Et pourtant, il fut également le théâtre du massacre de deux prêtres : les abbés Jagueneau et Payraudeau, vicaire du Bourg-sous-la-Roche et curé de Saligny.

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    C’est non loin d’ici, sur une aire de pique-nique, que nous débutâmes l’apéritif et le repas. Repas marqué par les délicieuses tartes de Marie-Laure qui fêtait son anniversaire ce jour.

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    La chaleur commençait à devenir écrasante et nous devions penser au covoiturage pour nous rendre au hameau de Montorgueil, qui fut le dernier camp de Charette. Le temps manquait pour évoquer tous les événements survenus à Montorgueil mais je choisis de faire rêver un peu mon auditoire, au milieu de ce village haut en couleur et en mystères, dont les maisons typiques ne laissent personne indifférent. Les écuries de l’état-major de Charette, que l’on ne peut que deviner, le « fauteuil » de pierre où Charette haranguait ses hommes, caché, quelque part dans la végétation du coteau et bien entendu, des histoires de trésor et de souterrain, sans oublier la sépulture de François Pajot, tué la veille de Noël 1795 et enterré le soir même quelque part sous nos pas, au pied d’un pommier disparu depuis bien longtemps.

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

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    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    L’air devenait de plus en plus lourd en prenant la route du Poiré-sur-Vie aux Lucs-sur-Boulogne. C’était là, notre ultime visite, non loin du château de Pont-de-Vie : le château de la Métairie, lieu de résidence des sœurs Vaz de Mello, qui furent, comme on le sait, guillotinées à Nantes le 19 décembre 1793. Le propriétaire, monsieur Christian Gensollen nous accueillit avec une grande gentillesse. Il nous raconta comment il était venu « se perdre » ici et quelques tranches de la vie de ce château, hélas en bien mauvais état, faute de temps et d’un budget pharaonique pour ses réparations.

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

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    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Il était temps de repartir et quelques gouttes d’eau commençaient à tomber ça et là.

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Un nouveau café clôtura la sortie, en même temps qu’une distribution de livres de la part de Michel qui n’a pas échappée à Bruno ni à Angélique…

    Les Amis du Pont-Paillat dans les pas de Charette....

    Hormis la traditionnelle sortie du 14 juillet, deux rendez-vous sont déjà donnés à l’automne, l’un sous la houlette de Pierre et l’autre par Bruno.

    A très bientôt !

     

    RL

    Juin 2018

     

     


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    Legé, Falleron, Froidfond, la Garnache et autres lieux dans l’horreur…

     

     

    A voir les statistiques de fréquentation de Chemins secrets, les horreurs et abominations des colonnes infernales ont une certaine cote auprès des lecteurs. Ce n’est pourtant pas par voyeurisme que je vous propose ce très long article ce soir, mais bien par souci de transparence, en y adjoignant les correspondances et dénonciations trouvées aux archives militaires côté républicain. Mon souci sera de placer sous vos yeux des écrits, plutôt que de creuses insignifiances ampoulées, répétant à l’envi « reconnaissance du Génocide Vendéen » comme il en est la mode du moment. Si pour ma part, il n’y a aucun doute sur les intentions du Comité de Salut Public et de la Convention, je préfère me garder d’intervenir dans un débat aujourd’hui appuyé par des politiques, souvent ignorants des faits, dans un camp comme dans l’autre, et qui plus est, guidés par des plumes peu scrupuleuses sur les sources… dans un camp comme dans l’autre également…

    Le politique, par essence est toujours destiné à être minoritaire, tandis que la reconnaissance d’un génocide est, par principe, destinée à la non-reproduction de celui-ci. Pour qui sait réfléchir un tant soit peu, ces deux éléments sont profondément antinomiques… Mais venons-en à la documentation et intéressons-nous un peu au pays de Charette, où se commirent tant de choses. Je ne vais pas détailler ici les combats qui ont eu lieu dans le pays de Legé et aux alentours, faute de pouvoir ni de vouloir, je vous l’accorde, y passer plusieurs nuits. En revanche, en y passant quelques heures de travail, quand d’autres se pavanent sur du vide et des resucées, on peut encore trouver des documents qui n’ont pas ou peu été exploités.

     

    Le 6 février 1794, les Vendéens ont pris Legé et Lucas de la Championnière raconte dans ses mémoires (1) :

    « Les républicains cantonnés à Legé avaient massacré tous les habitants d’alentour : les cadavres des femmes et des enfants, rangés dans tous les villages avec une symétrie barbare dont les sauvages n’eussent pas été capables, semblaient crier vengeance à leurs parens qui leur survivaient. Nous nous précipitâmes dans Legé malgré la défense de la garnison et le feu de deux pièces de canon. Cette fois nous avions attaqué par le chemin de Roche-Servière ; nous fûmes bientôt maîtres de la place, l’ennemi se sauvant par la route de Nantes se trouva pressé entre deux ruisseaux qui dans l’hiver forment des torrents, presque tous furent massacrés : à peine s’en sauva-t-il 60 de 800 qu’ils étaient…

    … Les cadavres d’hommes et d’animaux et des charognes de toute espèce faisaient de Legé un endroit infect où nous jugeâmes qu’on ne pouvait rester longtemps sans danger ; nous emmenâmes l’artillerie et toute la prise à la Benate… »

    Trois jours plus tard, Duquesnoy semble avoir trouvé les cadavres de la garnison de Legé massacrés par les Vendéens, puisqu’il écrit les lignes suivantes à Turreau le 9 février (2) :

     « Au bivouac à une lieue en avant de Legé, sur la route de Nantes, 11 heures du soir.

    J’ai marché sur Legé, en m’éclairant beaucoup sur mes flancs ; j’ai brûlé toutes les maisons et tué tout ce que j’ai rencontré sur ma route ; à une demi-lieue de Legé, j’ai aperçu les brigands qui étaient en position sur les hauteurs qui dominent la ville, j’ai pressé ma marche et l’ennemi est parti comme un éclair. Je l’ai poursuivi tant que le jour a duré sans pouvoir l’atteindre. Je resterai à Saint-Etienne sur la grande route, pour attendre du pain dont je manque, et tes ordres, sans lesquels je ne puis pas continuer ma marche.

    Il eut été impossible de tenir le poste de Legé, car trois ou quatre cents cadavres dans le village et les environs empoisonnent l’air. Ce qui m’a très-affligé, c’est que tous ces morts étaient revêtus de l’habit national.

    Je te préviens que le pays n’offre plus aucune ressource pour mes troupes ; depuis vingt-quatre heures, nous n’avons pu trouver une livre de foin, tout est brûlé, les vivres manquent de toutes part... »

    De Legé à La Garnache, Huché sème la mort....

     

    Nous avions déjà vu ici (note N° 9) les dénonciations de la Société Populaire de Nantes, en particulier contre Dusquesnoy et son passage à Palluau et Legé. Abordons à présent et si vous le voulez bien, une très longue litanie de dénonciations de républicains qui ont eu l’avantage de pouvoir raconter ce qu’ils ont vu, ce que la plupart des Vendéens n’ont pu faire. Il s’agit cette fois d’aborder la seconde période terroriste celle dont on ne parle qu’à demi-mots, tant les historiens ont préféré le sensationnel des colonnes infernales proprement dites, en omettant que si Turreau n’est plus aux commandes, les exactions continuent.

    Voici donc les rapports, concernant les sorties du général Huché entre le 16 et le 20 juillet 1794 (3) :

     

    « Liberté Egalité ou la Mort

    Challans le 6 thermidor l’an 2e de la République française une et indivisible

    Pilley agent de la Commission d’agriculture et des arts au citoyen Vinet notaire public à Fontenay le Peuple

    Je profite de l’occasion du citoyen Sicot votre concitoyen par (pour) m’entretenir un instant avec toi et pour te dire que depuis vingt jours que je suis a Challans je nay su avoir un instant pour t’écrire plustôt. Se qui ya contribué ces la maladie de mon collègue au retour d’un voyage qu’il a fait a Nantes il à resté dix jours malade ici et ne pouvant lui administrer les secours que sa maladie exigeoit je lay décidé a se rendre aux Sables pour se faire traiter.

    Je vais t’apprendre des faits que te feront gémir et qui révoltent. Le trois de ce mois (5) une colonne est partie de Challans, une autre de Machecoul et une troisième de Montaigu. La première commandée par Chadot adjudant général, la seconde par le même adjudant général, et celle de Montaigu par Huchet. Cette dernière par les ordres de son commandant se rendant de Montaigu à Leger a fusillé, sabré des hommes femmes et enfants trouvés dans leurs maisons et dans leurs champs au raport même que ce général s’est dit chef de brigands en parlant a cest malheureux pour les tromper, et en tirer des aveux qui lui donnassent un prétexte pour les faire fusillér.

    La collonne qui étoit partie de Challans n’avoit fait aucun mal se rendant, mais il plut a Huchet qui commandoit ces trois collonnes a Leger d’adjoindre le 3e bataillon des Vosges, lors du retour à Challans en lui donnant les ordres de tué le long de la route hommes femmes et enfans, ce qui à été exécuté.

    Dans ce moment j’apprends que Huchet à tué dans une maison des hommes et des femmes de se propre main.

    Je t’invite mon ami de voir Ingrand représentant du peuple qui est a Fontenay et de le presser de se rendre de suite a Challans pour faire cesser le désordre dans une partie de notre armée que le scélérat Huchet y à introduit, ce dernier ne respire que sang et carnage vol et rapine enfin c’est un monstre de nature.

    On fait autant d’éloge de Ferrand que l’on à de raison de vouer Huchet à l’éxécration.

    Tu dois voir par le tableau que je te fais de ce scélérat l’effet que celat doit produire si le représentant ne prend un parti pour arrêter cet infame bruleur de métairie, enfin convaincu de tous les crimes.

    Malheureusement il n’est pas le seul il paroist qu’il y en a d’autres qui pensent a peu près comme lui et qui agissent d’une autre manière en laissant pillier et voller tout que leur convient, enfin l’indiscipline est a son comble.

    Salut et fraternité

    Signé a l’original Pilley

    Pour copie conforme a Fontenau le Peuple le 9 thermidor l’an 2e de la République une et indivisible ./.

    Perreau

    Durand »

     

    Le 22 juillet, le général Boussard s’étonne de la conduite de Huché (4) :

    « Aux représentants du peuple composant le Comité de Salut public de la Convention

    Au Quartier-Général, a Challans département Vengé le 4 thermidor l’an 2 de la République Française, une, indivisible et impérissable.

     

    Représentans

    Vos arrêtés des 2 et 16 prairial dernier, les lettres du représentant Ingrand, ont fixé l         a manière de faire la guerre dans la Vendée, parraport à ce que l’armée de l’ouest doit traiter comme rebelle. Sans me permettre de faire aucune réflexion sur les motifs du Comité non seulement j’obéissois, mais encore dans plusieurs points non prévus, je tachois d’agir selon l’esprit de ce que vous avez ordonné. Les moissons étoient mon ordre du jour.

    Sévère pour guérir la partie de l’armée qui m’est confiée de l’immoralité profonde où celle de l’ouest est généralement plongée, je commençois à voir que je ne traduisois pas en vain au tribunal militaire, lorsqu’une expédition qui eut lieu le 28 messidor dernier (16 juillet 1794) dérengeat furieusement mes projets de réforme.

    Une colonne sous les ordres du général divisionnaire Huchet sortie de Montaigû pour se porter à la Bizilière près Leger fit encore la guerre en pillant brûlant et égorgeant. Une autre colonne sous les ordres de l’adjudant général Chadau sortie de Challan ou je commande et qui concouroit à cette expédition fut un peu trop le témoin de cette conduite puisque quelques soldats passés de la colonne d’Huchet dans celle de Chadau lui en donneront les mauvais exemples, ce qui fut rectifié autant qu’il fut possible par l’adjudant général Chadau.

    Je ne puis croire, représentans, qu’Huchet aye reçu des ordres contraires à vos arrêtés, cependant je le connais bon partriote et ne sais à quoi attribuer cette conduite de sa part.

    Enfin, représentans, je ne vois que vous pour rendre à l’unité d’action et de principe les généraux qui ont à terminer la singulière guerre de la Vendée.

    Le général de brigade

    Boussard »

     

    Passons à présent aux dénonciations recueillies par les administrateurs du district de Challans. Je vous préviens, c’est très long mais c’est à lire jusqu’au bout (6) :

     

    « Déclarations recueillies par les administrateurs du district de Challans desquelles il résulte que le général Huchet

    A commandé le pillage. (V. N° 1,2,3,8.11)

    A fait mettre le feu dans plusieurs villages. (V N° 2,3)

    A ordonné et commis lui-même plusieurs assassinats. (V N°) 2,3,4,5,6,8,9.10.11.)

    Moyens insidieux qu’il a employés pour trouver des gens ennemis de la république. (V N) 5.)

    Général Huché,

    District de Challans

    Horreurs commises par le général Huché dans ce district. »

    ***

    « N°1

    Le quatre thermidor l’an deuxième de la république française une et indivisible est comparu à l’administration du district de Challans département de la Vendée, le citoyen Christophe Morineau agriculteur demeurant à la Hinchère de cette commune, lequel a dit que jounéllement il passe et repasse chez luy au moins cinquante volontaires qu’on luy à raporté etre du quatrième bataillon de la charante inférieure, que quelques uns dont armés de fusils et d’autres de sabres, qu’ils ne cessent de pillér, mangér et emportér leurs subsistances et celles de sa famille au nombre de neuf. Et tout ce qui leur fait plaisir, qu’ils onts emportés a Marie Charon sa nièce et sa voisine une jupe qui était la seulle qu’elle avait pour changér au besoin, que dépuis quélques jours ils ont pris et eomportés une chemise chez le citoyen Papon son autre voisin, que ce jour ils onts frapés la femme dudit Papon d’une télle force qu’elle a été renversée par terre ; que outre ces désordres ils onts menacé le déclarant de le tuér et l’on accablés d’injures, que dimanche dérnier les dits volontaires étant a mangér les fruits du jardin du nommé Fédéau aussy son voisin, qui les menaca de venir s’ne plaindre au général et qu’alors ils le prirent sous prétexte de le conduire en prison et l’ayant amené assez loins dans le chemin ils le laisserent ; qu’enfin chaque jour produit de nouveaux ravages ils cueillent les fruits des arbres a maturité ou non et non contant d’avoir gasté et gaspillé les dits fruits ils coupent les branches des arbres avec leurs sabres brisent et emportent les clotures des champs et font des dégats de touttes espèces et en tout genre, ajoutant ne pouvoir connaitre individuellement les dits volontaires dont souvant une partie d’eux sont en véste ou gillet. Déclarant faire la présente déclaration pour invitér  l’administration à employér tout ce qui sera en son pouvoir pour pour le faire jouir des loix et proclamations qui ordonnent la protéction des pérsonnes et des propriéttés.

    Ajoutant que s’il n’est aporté un prompt remède à ses véxations il luy sera impossible de faire sa récolte et qu’il sera forcé pour se méttre en sureté de se réfugiér une seconde fois auprès de la ditte administration ne pouvant travaillér aux récoltes sous les coups journalliérs de la persécution. Lecture faitte il a persisté et déclaré de sçavoir signér ; le minutte est signée Cormier pour le président. »

     

    ***

     

    « N°2

    Le quatre thermidor 2ème de la république française une et indivisible.

    Est comparu a l’administration du district de Challans département de la Vendée le citoyen Pierre Betis laboureur demurant a la Chenelière commune de la Garnache et qu’il a dit que s’étant trouvé chez lui le jour d’hier lorsque la colonne de force armée commandée par le citoyen Chadau adjudant général retournant de Legé où elle s’était portée dans cette place, beaucoup de volontaires entrèrent chez lui, qu’ils menacèrent de tuer tous les individus qui y étaient, mais que sur ce qu’il leur observe qu’il était arrivé la veille d’avec eux de l’armée et qu’il ne l’avait quitté que pour cause d’indisposition, leur ayant montré la sommation qui atéstait qu’il était encore au service de la république, ils se contentèrent de boire tout le lait qui se trouva chez lui et a quelque distance de là il entendit beaucoup de coups de fusils et que ce matin il a appris par ses voisins que cette force armée avait tué bien des citoyens et notamment le nommé Jean Baudet demeurant a la Butte et le nommé Giraudet domestique de Vrignaud cultivateur demeurant a l’Epinassière, les deux communes de la Garnache. Que ces deux citoyens sortaient depuis deux jours de travailler aux charrois de l’armée où ils avaient pris une parfaitte connaissance des proclamations des agens de la commission d’agriculture et des arts qui rappelle le peuple a l’obéissance a la loi et qui promet protection et respect aux personnes et aux propriétés, raisons qui loin des les engager a se soustraire à la vüe de la colonne les avait déterminé a rester a leurs occupations agricoles.

    Ajoute encore le déclarant avoir oüi dire par ses voisins que la même colonne avait tué une jeune fille appellée Martin au village du Péaud en la ditte commune, que pendant toute la traversée que la ditte colonne fit sur les communes de Falleron et Froidfond il entendit un nombre considérable de coups de fusil, vit une fumée considérable qui annonçait des incendies du côté du hameau de la Chauvière dans la ditte commune de Froidfond.

    Qui est tout ce qu’il a déclaré savoir et affort affirmer partout ou besoin sera et ne savoir signer.

    Signé Cormier administrateur. »

     

    Le dit jour quatre thermidor est comparu l’administration du district de Challans département de la Vendée le citoyen Jean Brochet cultivateur demeurant a la Raincinière commune de la Garnache, lequel a déclaré avoir les mêmes connaissance que celles contenües dans la déclaration de Pierre Belis de l’autre part et les tenoi du citoyen Etienne jolly cultivateur son voisin et ajoûte que plusieurs volontaires des détachement don est quéstion passant chez lui ont enlevé un demy boisseau de farine la seule ressource du moment pour la subsistance de sa famille qui est tout ce qu’il a déclaré et a déclaré ne savoir signer. Signé Cormier administrateur. »

     

    ***

    « N° 3

    Le quatre thermidor deuxième année de la république française une et indivisible, ont comparus à l’administration du district de Challans sur les dix heures du matin Marie Anne Pinson veuve en première noces de Mathurin Cantin et en secondes noces de Jean Loüis Pillet, et Anne Cantin sa fille demeurant au village de Logerie, commune de Froidfond dans le territoire de ce district.

    Les quélles ont dit que le dit Jean Loüis Pillet, se rendant en cétte commune vers la fin de février ou au commencement de mars dernier, venant en cette commune pour y faire ses affaires suivant son usage eût le malheur d’estre rencontré par un détachement de la force armée au devant de la quélle il s’avança pour faire reconnaitre qu’il n’estait pas un brigand, que néanmoins sans l’entendre il fut fusillé et mis à mort avec Jacques Chesnéau reconnus patriottes par leurs concitoyens.

    Que quélques temps après l’incendie fut mise dans tous les logements de ce même canton et que leurs batiments sittués à la Chauvière commune de Falleron et leurs étables et fourages quélles contenoient audit lieu de Logerie furent la proye des flames, qu’ensuitte un autre détachement enleva tous leurs bestiaux d’une borderie qui leur appartenait audit lieu de la Chauvière désquéls il ne s’en sauva qu’une petite vache et un veau d’un an qu’elle avoient recueillis et conservés jusq’au jour d’hier.

    Que le dit jout d’hiér environ les cinq a six heures du soir, une colonne de force armée revenant du costé de Legé vérs cette place faisait feu et flame de toute parts ; qu’elles en furent d’autant plus étonnées qu’elles avoient connaissance des proclamations des agens de la commission des arts et d’agriculture, qui rappelloientles citoyéns égarés, elles hésiterent beaucoup à sortir de leurs maison, mais s’estant aperçües que cette colonne tuait, massacrait et incendiait tout ce qu’elle trouvait sur son passage, elles s’enfuirent du passage de cette troupe pour évitér la mort. Qu’à peine furent t-elles écartées de la routte cette colonne passa et leur enleva trois vaches à lait qui servoient à leurs subsistances. Que des volontaires entrèrent chéz elle et en enlevèrent une couéte de lit, une autre couéte d’enfant, une douzaine de grands draps, une potée de beurre pesant treize a quatorze livres, deux serviettes d’étoupes.

    Que cette même troupe passant le village de la Chauvière y incéndia deux maisons, une grange et une étable à bestiaux qui leur apartenoient, qu’il y avait dans laditte grange dés gérbes de bléds, d’autre bléds dans l’aire que ses collons étoient à battre, et qu’il y avait aussy le lin de cette récolte, qu’elles avoient dans les dittes maisons trois arches au grenier a bléds et autres meubles, et que tout se mobilliér des dits collons y estoient aussy et qui furent dans un instant réduits en céndres,  àjoutent qu’elles avoient dans laditte maison un sac plain de farine ( ?) qui à esté enlevée ou brulée.

    Qu’elles onts aussy connaissance que les nommés Duranteau, Guyochét et sa femme dudit village de Logerie furent tués par la même colonne. Que Pierre Rondeau et sa mère furent également mis à mort, que tous étoient tant dans leur maison que dans leurs champs. Que le nommé Ledoux du dit village de la Chavière fut également tué en conduisant ses bestiaux au paturage. Seigneuret et sa femme du village de l’Enchaizière même commune de Froidfond furent aussy tués dans leur maison. Qu’elle ont aussy oüy dire par le nommé Daviau dudit village de Logerie que la femme du nommé Bareteau du village de Moque Sourit même commune avait paréillement esté tuée.

    Obsérvant qu’il leur à été raporté que des cavaliérs déffendoient de touttes leurs forces à l’infanterie de tirés aucun coups de fusil et de faire aucun mal ny domage, mais que le feu continuait également ; et ont déclarés ne sçavoir écrire ny signér signé à la minutte Cormier pour président. »

     

    La Logerie et la Chauvière sur le cadastre de 1832 (AD 85, 3 P 095 CE 001) :

    De Legé à La Garnache, Huché sème la mort....

     

    De Legé à La Garnache, Huché sème la mort....

     

    De Legé à La Garnache, Huché sème la mort....

    « Ajoutent les déclarants que Jean loüis Daviau et sa sœur dudit village de Logerie leursonts raportés que laditte colonne cy dessus désignée enleverent de leur maison leux faux forges et marteaux ; et onts comme dessus declarés ne sçavoir signér. Signé a la minutte Cormier pour le président.

    A egallement comparu cedit jour quatre thermidor Pierre Pelletier laboueur demeurant à la Briscotière (mot « parroisse » rayé) commune de Froidfond lequel a dit avoir oüy dire que laditte colonne avait tué le jour d’hiér revenant de Lege icy beaucoup de mondes dans les communes de Falleron et Froidfond, qu’il était caché pour evitter la mort mais qu’il entendit partir au moins mille coups de fusils. Qui est tout ce qu’il a dit sçavoir et ne sçavoir signéer ; signé à la minutte Cormier pour le président »

    ***

     

    « Le dit jour quatre thermidor deuxième année de la république française une et indivisible a comparu à l’administration du district de Challans département de la Vendée, sur les dix à onze heures du matin le citoyen Aymé Dupont de la commune de Falleron, reffugié dans cette place, lequel a dit qu’il y ) quélques jours étant dans la commune de la Garnache une colonne sortant de cette ditte place pour marcher du costé de Legé, il fut requis pour sérvir de guide, ce qu’il accépta avec plaisir pour être utille à sa patrie, qu’il y à remply ses obligations le plus somputeusement (sic) qu’il luy à été possible. Que laditte colonne de force armée étant partie le jour d’hiér dudit Legé pour rentrér en cette place, il y réntra avec elle. Il obsérva que des compagnies de tirailleurs passoient à droite et à gauche de la colonne, au travérs des champs, que dans la commune de Falleron ils tirèrent quelques coups de fusils sans qu’il ayt sçu sur qui et pourquoy ils tiroient. Mais qu’entrés dans la commune de Froidfond les dits tirailleurs firent un feur considérable tant qu’ils furent sur laditte commune et jusqu’à la cidevant commanderie de Coudrie, que les dits tirailleurs incendièrent des batiménts en divérs endroits sur leur passage et mirent lesidttes communes dans la plus affreuse désolation, qu’il à oüy dire que les dits tirailleurs avoient tués bien du monde mais qu’il ne la pas vü parce qu’il conduisait en revenant de sa mission deux bœufs et une charrette et suivait le corps de la colonne. Observe cepéndant avoir vû passant par le hameau de la Blanchardière commune de Froidfond, des volontaires sortant de chéz la nommée Brossard emportoient des pacquéts de fil. Que cette malheureuse femme pleurait en disant qu’elle n’estait jamais sortie de chez elle et qu’il était bien douloureux d’estre pillée par des républiquains, à quoy les dits volontaires répondoient que cela leur était égal et la couvroient d’injures et de menaces. Observe que c’estoient des trainards à la quêue de la colonne.

    Observe le déclarant que par icy la commandrie de Courdrie celluy qui commandait la colonne et dont il ygnore le nom, fit laissér par les volontaires tous leurs pillages même deux poches plaines de laine que les volontaires avoient jettés dans la charétte qu’il conduisait, les quéls efféts resterent dans le chemin. Qui est tout ce que ledit comparant à déclaré sçavoir. Et ne sçavoir signér. La minutte est signée Cormier pour le président. »

     

    ***

    « Le dit jour que dessus François Barraud de la commune de la Garnache à dit que hiér soir sur les six heures et demies plusieurs volontaires dont l’un portait épaulette rouges s’arrêtèrent trois d’entre eux à boire un coup. S’entretenoient en se reposant des massacres qui avoient été commis par leur colonne. Et l’un d’eux raporta qu’une jeune fille agée de quatorze a quinze ans avait été tuée par leurs camarades après qu’ils eurent jouy d’elle en revenant de Legé. Et blamoient beaucoup cette conduitte infame et abominable qui est tout ce qu’il à dit sçavoir. Et ne sçavoir signér. La minutte est signée Cormier pour le président. »

    ***

    « N° 4

     Le cinq thermidor deuxième année de la République française une et indivisible a comparu a l’administration du district de Challans département de la Vendée la citoyenne Blanchard veuve Louis le Laidain cultivateur demeurante a la Bourière commune de Froidefond laquelle à déclaré que le deux de ce mois une colonne de force armée venant du coté de Legé vers cette place elle a connaissance qu’un certain nombre qu’elle ne peut apprécier de volontaires s’étaient séparés de la colonne et parcouraient les vilages et les campagnes, que passant par le vilage de Logerie commune dudit Froidefond. Ils y tirèrent à coups de fusils le nommé Guiochet et sa femme, qu’ensuite passant par le vilage de Léraudière même commune ils tuèrent aussi le nommé Rondeau et sa mère qui étaient dans leur maison occupés a boulanger du pain pour leur famille qu’ensuite ils furent au village du Peaud commune de la Garnache. Ils y tuèrent le nommé Bodet cultivateur lequel était en permanence en cette place au service de l’armée il y avait deux jours, qu’il tuèrent aussy la fille de sa sœur agée de dix huit ans, que passant aussy au vilage de l’Enchaizière commune dudit Froidefons il tuèrent dans leur propre maison le nommé François Seigneuret et sa femme lesquels étaient l’un et l’autre malade ajoute que les dits volontaires ne cessaient pas de tirer des coups de fusils de toute parts. Observe encore que les dits volontaires entrèrent et chéz elle qu’ils y burent de l’eau et du lait mais qu’ils ne luy firent ny mal ny insultte si ce n’est que ceux la ou atres de laditte colonne conduisirent vers cette place trois petites vaches qui étaient au pacage et qu’elle est venue réclamer auprès de nous, qu’elle a aussy ouy dire par la nommée Blanchard de la Chauvière commune dudit Froidefond que les dits volontaires avaient fait bruler des logements au dit village qui est tout ce qu’elle à dit et déclaré savoir. Lecture faitte elle a dit que sa déclaration contient vérité et ne savoir signer. Singé Cormier ad°. 

    Pour copie conforme

    Ganachaud »

     

    ***

     

    « N°5

     

     Le cinq thermidor l’an deuxième de la république française une et indivisible s’est présenté devant nous agent de le commission d’agriculture des arts le citoyen Tousset volontaire de la septième compagnie du troisième bataillon des Vosges lequel a déclaré avoir vü sur la route de Montaigu à Vieillevigne, une jeune fille et un garçon aux quels le général Huchet comandant la colonne dont il faisait partie dit qu’il était brigand, pour sçavoir d’eux ce qu’ils étoient. A l’instant arriva un vieillard qui était le père de ces deux individus, qui dit qu’il était patriote et l’avait toujours été, qu’au même moment, sa fille luy dit, non vous n’été point patriotte mais aristocratte, que le général dit à trois hussards de les gardés, et qu’il restât aussi quélques volontaires avec eux et le reste de la troupe partit. Qu’à l’instant le déclarant vit 8 hussards, frapée à coup de sabre cés malheureux. Et comme l’un d’eux fuyait, il vit un autre hussard qui courrat après et le tua. Que lés autres individus furent tués par dés hussards et volontaires qu’il ne connait pas. Que seullement il à reconnu le nommé Laurént, volontaire de la huitième vompagnie de son bataillon qui en acheva un à coup de bayonnéttes, que est tout ce qu’il à dit sçavoir et à déclaré ne sçavoir signéer. Signé Pilleu agént »

     

    ***

    « 2e pièce

    Nous soussignés Jean babtiste André Claudél capitaine au troisième bataillon des Vosges. Jean-Pierre Rovel sous lieutenant audit bataillon et Bernard Pierson capitaine au même bataillon ; déclarons avoir vû sur les routtes de Montaigu à Viéillevigne, plusieurs individus qui venoient d’estre tués par la colone commandée par le général Huchet, avoir vû le général faire acroire à une jeune fille et à son frère, qu’il était chéf des brigands, pour leurs faire dire qu’ils étoient bons royalistes et attachés à leur religion, qu’un instant après le père de cés deux individus étant venus, il avait commencé par dire au général qu’il était bon citoyén et qu’il l’avait toujours été, qu’alors sa fille le prit par le bras en disant à son père, non vous néte pas citoyén, mais bon aristocratte. Alors le viéillard interdit, dit comme sa fille. Qu’un instant après le général fit partir la troupe qui l’entourait et fit réstéer trois hussard pour les gardér,. Il part luy même, quelques volontaires restèrent et nous ont raportés qu’on avait finy par les tuées à coups de sabre.

    Nous avons paréillement apris que des soldats de la même colonne avoient tué dans une maison, vingt à vongt cinq pérsonnes malades des séxes. A Challans le cinq thermidor l’an deuxième de la république une et indivisible. Signé Rovel sous lieutenant, Claudél capitaine et Pierson capitaine.

    Je déclare de plus, que dés soldats de ma compagnie m’ont déclaré que le général Huchet avait retourné et avait demandé si la femme était tués, signé Piérson.

    Du cinq thérmidor, deuxième année républiquaine, nous soussignés après avoir esté requis de nous portés au district de Challans, pour informés sur les faits qui se sont passés dans notre colonne venant de Legé, l’agént m’a requis de dire ce qui si était passé.

    Parti de Legé vers les midy pour nous réndre à Challans, nous avons enténdu tirés plusieurs coups de fusils, de droite et de gauche, plusieurs ont murmuré en disant qu’il y avait dont deux lois et que l’on ne devait pas tirés dans la partie que nous étions alors, vû qu’il devait y avoir béaucoup de monde rentré dans leurs foyérs. Il nous à esté répondu par dés volontaires qui passoient, que le général Huchét en avait donné l’ordre avant de partir et de ne ménagér ny hommes ny femmes, ni enfants. Ce que nous déclarons, à Challans ce cinq thermidor deuxième année de la république. Signé Pelissier capitaine comandant au dixième bataillon de la Meurthe, Géndre adjudant major de la Meurthe.

    Le quatrième thermidor me réndant aux halles pour affaire, j’énténdis un volontaire dire à son camarade qu’il avait manqué un bon coup dans sa tournée. Sur la demande qu’il luy fit de que c’était il répondit qu’il avait trouvé un paysan caché dans un puit, que l’ayant conduit au général ou au capitaine croyant pas bien entendu lequél c’était dés deux, il luy veut donné cinquante louis, que (illisible) s’il entendu qu’il avait pareille somme. Il (illisible) bien expédié dans l’endroit, lequél volontaire je ne pourai reconnaitre a présent, aténdu qu’il passoient assez vite d’un poste et moy de l’autre. A Challans, ce dix thermirod l’an deuxième de la république française signé C Rivière.

    Pour copie conforme

    Pilley »

     

    ***

    « N°6

    Aujourd’huy six thermidor l’an 2e de la République une et indivisible deux heures de relévé.

    Devant nous Gervais Laidain maire, et Augustin Renou agent national. Ont comparu Marie Gelion demeurante à la Sorelière, et Marguerite Chevalier veuve Pierre Choneau et Marguerite Gauvrit femme de Jacques Cereleron du village du Péaud, commune de la Garnache, lesquelles nous ont déclaré savoir laditte Gelion que le deux de ce mois elle étoit chez elle lorsquelle aprirent le feù que les troupes de la république mettoient aux villages de la Blanchardière, la Chauvière et autres endroits de la commune deFroidefond, ce qui lefraya et la fit se retirer dans une pièce de terre voisine de la maison. Les troupes arrivèrent peù de temps après chez elle, prirent dans sa maison des draps de lits, des coiffes et autres linges. La torup passée elle rentra chez elle, et le lendemain elle alla chez le citoyen Claude Doux de la Chauvière ancien maire agé de plus de soixante ans, où elle a vu la grange brulés dans laquelle s’étoit consummé des coetes de lit, du foin et autres éfféts, et ou le dit Doux a été thué.

    Ajoute que la fille du même Doux luy a dit que la femme de Pierre Rondeau luy avoit raporté que son mary avoit été massacré par la même troupe qui luy avoit coupé les doigts, tiré les yeux, sans luy laisser figure humaine.

    Et la ditte Chevalier, et Gauvrit, ont déclaré avoir connsoissance que Claude Doux de la Chavière avoit été thué par les torupes de la république, étant après ses bestiaux, le nommé Guyocher et sa femme étoient a couper leurs bleds. Jacques Duranteau agé de plus de soixante ans, tous ces derniers du village de Logerie, aussi commune de Froidefond, Pierre Rondeau et la Guiochet veuve Rondeau sa mère du village de l’Héraudière ditte commune. Comme aussi avoir connoissance que la plus grande portée de maison du village du Pontreau commune de la Garnache avoient été pillée par la même troupe.

    De quelle déclaration nous dits maire et agent national nous avons donné acte pour valoir ce que de raison, les comparantes ont déclarés ne savoir signer et nous sommes soussignés

    Renou agent national

    Laidain maire »

     

    ***

     

    « N° 7 (7)

    Le sixième jour de thermidor 2ème de la république une et indivisible a comparu le citoyen Jacques le Moine commandant du huitième bataillon du Calvados lequel a déclaré que Huchet général de division agissant dans ce département commandant a Collet lorsque l’armée a évacué la ditte place n’a pas pris les précautions nécessaires pour faire enlever les effets des citoyens qui pouvaient rester au dit Choller en disant toujours aux volontaires qu’il allait les faire fusiller. Le dit le Moine partant en colonne avec lui, étant a Vû on lui fit faire deux lieues et demy avec son bataillon la nuit pour rejoindre la colonne qu’il commandait qu’une heure après mon arrivée et la troupe bien fatiguée je reçus un ordre du général en chef Thureau pour me rendre a la colonne de Grignon au château de Vû. Que mon capitaine de grenadiers vint trouver pour aller représenter au général en chef la fatigue de la troupe. Je lui répondis qu’il n’y avait pas de représentation a faire l’orsqu’on était commandant. Il fallait marcher que cependant a sa sollicitation, j’y fus. Je représentai au général Thureau que le bataillon se plaisait a la colonne du général Huchet et demandait a y rester où ces généraux m’ont dit qu’il était un lâche, qu’il avait peur des brigands et qu’ils allait le faire mettre en arrestation où ils ont exigé voyant qu’îl n’y avait pas de faits d’envoyer chercher les officiers, tous-officiers, bas-officiers et volontaires pour juger si j’étais bon soldat et dans le cas de me battre contre l’ennemi, ils ont répondu que oüi et qu’ils n’en voulaient pas avoir d’autres et qu’alors je fus renvoyé en liberté et laissé partir avec mon bataillon ce que j’atteste sincère et véritable et a signé. Signé Moine. Pour copie conforme.

    Pilley »

     

    ***

     

    « N° 8

    Le six thermidor deuxième année de la République française une et indivisible.

    Est comparu à l’administration du district de Challans département de la Vendée le citoyen Pierre Pillet meusnier demeurant à la Sorlière commune de la Garnache ; lequél a dit que le trois de ce mois estant avec un journallier à coupér du bléd près de sa demeure, une colonne de force armée venant du costé de Legé vers cette place, les cavalliérs qui marchoient en avant luy dirent de se retirér parce qu’il courait d’estre écrasé, qu’il se retira dans un autre champ ou il se coucha par terre avec le nommé Burgaud, que deux volontaires ou soldats à luy inconnus rencontrèrent ledit Burgaud couché a peu de distance de luy, l’emmenèrent à la colonne après l’avoir foüillé et ôté son porte feuille, qu’éstant à la ditte colonne il se plaignit d’avoir esté vollé et désigna les individus aux quéls le commendant fit rendre ledit porte feuille, qu’ils entrèrent chez luy et y prirent une bouteille de tabac, un bonnet de laine, un drap de lit neuf et autres menus efféts, burent et mangèrent son pain et autres subsistances.

    Ajoute que des volontaires ou soldats de laditte colonne avoient passé chez le nommé Baudét au Péaud commune de la Garnache, qu’ils y avoient bus et mangés, qu’il leur avait montré une sommation de pérmanance pour leur prouvéer que dépuis deux jours il sortait du service de l’armée, que néanmoins ils le fusillèrent en sortant de sa maison, qu’ils tuèrent aussy le nommé Giraudet domestique du nommé Vrignaud cultivateur à l’Epinassière même commune agé d’environ quinze ans, qu’ils avoient également bus et mangés chez François Seigneureut cultivateur à l’Enchaizière commune de Froidfon et qu’ensuitte ils tuerent ces deux malheureux, qu’ils tuèrent encore au village de Lalogerie deux citoyens apellés Violleau surnommés Riéts et au village de la Chauvière le citoyen Le Doux et guiochet, ces deux derniers de la commune de Froidfond, que dépuis cet evénement les habitants des dittes communes sont tellement effrayés qu’ils n’osent travailléer a leur recoltes ni y paraitre craignant à chaque instant que ces scènes affligeants ne se renouvéllent, qui est tout ce qu’il a dit sçavoir. Lecture faitte il à persisté, et nous l’avons invittés d’allér dans les dittes communes rassuréer les habitants et leur dire que ceux qui ont commis ces excès seront punis suivant la rigueur des loix et qu’il est deffendu aux armées de faire ny mal ny préjudicier aux habitants rentrés dans le devoir. La minutte est signée Cormier pour le président.

    Pour coppie conforme

    Cormier

    Ganachaud »

     

    L'Enchaizière sur l'IGN Géoportail :

    De Legé à La Garnache, Huché sème la mort....

     

    ***

     

    « N° 9

    Le six thermidor deuxième année de la république française une et indivisible étant comparus à l’administration du district de Challans département de la Vendée, Jean Maudét cultivateur demeurant au Péaud et François Vrignaud aussi cultivateur demeurant les deux commune de la Garnache, les quéls ont dit sçavoir ledit Jean Maudét, que le deux de ce mois une colonne de force armée passant près de chéz luy en tirailleurs, l’un d’eux arrivant le premier, voulut tirés un coup de fusil sur les petits enfants des comparants, que son fils ainé si oposa en luy disant qu’il n’était pas un brigand et que pour le prouvér il le priait d’entrér chez luy, que là, il luy montrerait une sommation qui luy prouverait que dépuis deux jours, il arrivait de pérmanance à la suitte de l’armée mais que ce brutal cassa la tête à son fils d’un coup de fusil à bout touchant, qu’ensuitte une troupe d’autres volontaires arrivèrent chéz luy mangèrent tout son pain, ... (illisible) laitage et tout ce qu’ils trouvèrent, pillèrent et emportèrent et... (illisible), mouchoirs, bonnets, chapeaux, chemises, laine et dix livres en... (illisible), qui estait tout ce qu’il avait, et qu’en sortant à peu de distance il apérçurent sa nièce a coupér du bléd dans son champ et la tuèrent.

    Ledit Vrignaud à dit qu’une troupe de volontaires entrèrent chez luy, que l’un d’eux voulut le tuér, mais qu’un autre moins inhumain l’arrêta et l’empêcha d’exécuter son dessein, qu’ils burent et mangèrent touttes ses subistances et emportèrent un pot de… (illisible, beurre ?) pesant environ vingt livres, son linge, véteménts et tout ce qui luy estait utille, le liassant et sa famille avec qui les couvrait en l’accablant de menaces mais que trois cavaliérs arrivèrent et les emmenèrent en lés blamant d’éstre entrés dans cette maison pour y pillés, qu’alors ils avoient couru.  Son domestique qu’ils avoient trouvés à la garde de ses bestiaux, lequel ne se rendit que dans la nuit très avancée. Ce qui fit trois à plusieurs personnes qu’ils l’avoient tu é parce qu’il tiroient de touttes parts.

    Qui est tout ce qu’ils ont dit sçavoir et atesté véritable. Et déclarés ne sçavoir signér. Signé Cormier administrateur.

    Pour copie conforme

    Cormier Ganachaud »

     

    Le Péault et l'Espinassière sur l'IGN Géoportail : 

    De Legé à La Garnache, Huché sème la mort....

     

     

    ***

     

    « N° 10

    Aujourd’hui sixième jour du mois de thermidor 2e année de la république française une et indivisible s’est présenté à l’administration du district de Challans département de la Vendée le citoyen Pierre Blanconnier de la commune de Salertaine pour y faire sa déclaration sur certains faits que sont a sa connaissance.

    Il expose en conséquence qu’ayant été demandé par le général Ferran qui commande dans l’armée de l’Ouest pour servir de guide a la division de ce général il y a été pendant quinze jours, qu’il a parcouru avec lui différents pays, que cette colonne arriva a Montaigu ou elle se joignit a celle du général Huchet ; que les deux colonnes partirent ensemble de Montaigu, qu’a environ une lieue de cet endroit il vit le général Huchet qui parla a deux hommes ayant des chevaux gris que étoient a couper du blé dans un champ près d’une maison qu’il en tua un de sa propre main, et l’autre le fut a l’instant par ses soldats, qu’en continuant la même route non loin de là il vit encore d’autres hommes que l’on amenoit sur le bord du chemin ou on les tuoit a coups de fusils et de sabres, qu’arrivés dans la paroisse du Poiré district de la Roche sur Yon il vit le général Huchet enlever dans une maison ou il se trouva deux femmes et un homme, qu’ayant demandé a cette femme si elle avoit vu le brigand Charrette passer par son village. Dans la nuit, lui répondit-elle et dans la matinée il a passé et des gens de sa troupe, qu’a l’instant le général Huchet tua cette femme qui étoit jeune et que l’homme qui étoit caché dans un lit fut également tué, que c’est tout ce qu’il a vu par lui-même mais quila sçus que dans la route on tuoit hommes et femmes qu’il est certain que plus de cinq cent personnes ont été tuées dans les champs, et dans leurs maisons pendant qu’il a été guide, et après que la colonne de Ferran eu joint celle de Huchet la quelle déclaration contient vérité y ajoutant que dans une lande entre Montaigu et le Poiré il vit cinq hommes que l’on tuoit en présence du général Huchet qui l’ordonnoit et il a déclaré ne savoir signer. Faitte et reçuë le dit jour et an que dessus. Signé Merland agent national.

    Pour copie conforme

    Cormier

    Ganachaud »

     

    Nous n’en avons pourtant pas pour autant fini avec Huché. A suivre...

    RL

    Juin 2018

     

     

    Notes :

    (1)  Op. Cit. p. 73 à 75.

    (2)  Savary, tome III, p. 175.

    (3)  Archives Militaires de Vincennes : SHD B 5/9-94, v. 2 et 3/14.

    (4)  21 juillet 1794.On sait que cette date est erronée et nous le verrons plus loin. La date du 28 messidor (16 juillet) est confirmée par le tableau des opérations de l’armée de l’Ouest in B 5/10-1, v. 10/26.

    (5)  Ibid., B 5/9-92, v. 7 et 8/10.

    (6)  B 5/9-95, v. 1 à 14/16.

    (7)  Cette missive concerne bien évidemment la période des colonnes infernales à proprement parler. Je l’ai inséré d’après l’ordre trouvé dans le fonds concerné.


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