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    Détails d’horreur à Venansault…

     

     

    Le dossier des archives militaires que je vous propose de découvrir ce soir a souvent été repris pour certaines de ces pièces dans plusieurs ouvrages abordant les colonnes infernales. La meilleure méthode pour permettre au lecteur de se faire une idée étant de présenter les sources originales, je vous laisse découvrir les documents les plus marquants de cette liasse. Il s’agit de dépositions reçues par le comité de surveillance de la société populaire des Sables entre le 9 février et le 4 avril 1794 (1).

     

    « 14 Février 1794

    Du 26 pluviose l’an 2e de la République française

    Je déclare au comité de surveillance qu’arrivant à la Roche Sur Yon le 18 de ce mois, j’apperçus dans un champ voisin de la ville, un grand nombres de cadavres qu’on enterroit, que m’étant informé d’ou provenoit cette mortalité l’on me dit que c’étoit des hommes fusillés par les ordres des généraux de l’armée àlors en cantonnement à Roche, ditte l’armée du Nord, que dans ce nombre l’on avoit à regréter la perte de quarante républicains de la Ferrière qui se gardoient eux-mêmes de l’agrément et à la connoissance du général  Dutreuil (Dutruy ?) et de son adjudant Dufour lesquels ayant été trouvés sous les armes par laditte armée du Nord avoient été arrêtés comme suspects de former l’avant-garde de l’armée des Rébélles. Que lors de leurs arrestation ils avoient innutillement réclamé la protection de l’adjudant Dufour qui savoit leur dispositions, que ce dernier avoit réfusé de les reconnoitre et souffert qu’ils fussent fusillés au moment ou les habitans de la Roche alloient rentrer et rendre à ces malheureux la justice qui leur étoit duë ; j’ai vu sur ces événements malheureux tous les bons citoyens consternés et je dénonce pour que le comité en recherche la malveillance.

    Signé Gourdon 

    Pour coppie conforme

    Rouvière »

     

    ***

     

    « 14 février 1794

    Aujourd’huy vingt six pluviose l’an 2ème de la République françoise une et indivisible s’est présenté la citoyenne Chaillot de cette commune laquelle à déclaré qu’un volontaire à elle inconnue dinant chés elle il y à environ huit jours se plaignoit de participer aux cruautés qu’on exerçoit dans l’armée, et autres traits sur les quels il sondait son imagination, il lui dit que le jour qu’on mit le feu à Venansault il vit tuer sept femmes, seulles trouvées dans la ditte commune que l’une d’elle tenoit son nourisson dans ses bras et qu’on eut le rafinement de barbarie de percer du même coup de sabre la mère et l’enfant. Ce qui révolta plus encore le volontaire est que cette ynfâme action reçue des applaudissements du commandant.

    Aux Sables les jour et an que ci-dessus, signé la Chaillot

    Pour coppie conforme

    Rouvière »

     

    ***

     

    Venansault et ses deux cimetières sur le cadastre de 1810 (AD85, 3P 300 AD 015) :

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

     

     

    Le citoyen Gourdon revient sur sa précédente déclaration et écarte Dufour du carnage :

     

    « 16 février 1794

    En interprétant ma déclaration du 26 de ce mois qui est au numéro deux du présent registre, je déclare par la présente, que depuis que je l’ai fait, il m’a été rapporté par le citoyen Frappier, adjoint des adjudants généraux que le citoyen Dufour n’étoit pas présent à la prise des habitans de la Ferrière n’y à leur masacre par l’armée du Nord que par conséquent il n’avoit pu empêcher ces orreurs de se commetre : et comme je n’ai rapporté que des ouis dire contre Dufour, dans la crainte d’induire le comité en erreur, je lui fait encore le rapport de cellui cy, n’ayant vu dans ma dénonciation que de conduire le comité à la recherche de la vérité et de donner des impressions désavantageuses contre ceux qui ne seroient pas les autheurs et complices de forfaits aussi condamnables et malheureusement trop vrais.

    Aux Sables le 28 pluviose l’an 2e de la république française.

    Signé Gourdon

    Pour coppie conforme

    Rouvière

     

     ***

     

    « 23 février 1794

    Aujourd’huy cinq ventose l’an 2ème de la république françoise et une et indivisible, je soussigné Charrier gendarme de la brigade de Palluaud, déclare qu’en suivant l’armée dont je fais partie j’ai vu entre Venanseaux et Aisenay, à l’époque on l’armée du Nord est allée de la Roche à Aisenay, au moins cent personnes toutes femmes et enfants massacrées et couppées par morceaux dans le nombre étoit un enfant qui palpitoit encore auprès de sa mère que pendant le temps j’ai été en campagne j’ai vu incendier des grains, des fourrages et nombres de maisons appartenant à des patriotes.

    Fait aux Sables le 5 ventose , signé Charrier

    Pour coppie conforme

    Rouvière »

     

    ***

     

     

     

     

    « 5 mars 1794

    Aujourd’huy le 15 ventose l’an 2ème de la république françoise une et indivisible, je soussigné déclare au comité de surveillance de la Société Populaire des Sables que Rougier commandant la force armée à la Roche sur Yon, le 12 du présent mois, me commenda en ma qualité de préposé aux subsistances de faire boulanger toute la nuit, que le feu ne seroit mis dans le quartier des subsistances que quand l’armée évacuroit la Roche ; mais qu’au contraire le dit quartier à été incendié au point du jour et le premier ; que dans ce désastre il a brulé dans le four deux cent vint rations, et environ deux cens autres rations qui se trouvoient cuites ; trente quinteaux de farine et environ six à sept cent boisseaux de son et une demi sicée ( ?) d’eau de vie ; j’ajoute qu’il étoit très possible de sauver à la république le pain et la farine en agissant avec moins de précipitations qu’on à fait surtout n’ayant point d’ennemis sur les bras.

    Aux Sables le jour mois et an que dessus, signé Larat préposé aux subsistances militaires

    Pour coppie conforme

    Rouvière »

     

     

    ***

     

    « 4 avril 1794

         Aujourd’hui 15 germinal l’an 2ème de la république françoise,  je soussigné déclare que les citoyens Clavaud, Sicard et Limousins, tous les trois officiers au 44ème bataillon de la Charente m’ont dit qu’ils avoient vu un ordre signé Thuraud pour déclarer la ville des Sables en état de rébellion, de faire passer la garnison des Sables à la Chaume dans le fort St Nicolas et ensuite bruler la ville, mais que Dutruy qui étoir nanty de l’ordre avoit dit qu’il ne le metroit pas à exécution parce qu’il ne vouloit pas, pour quelques mauvais sujets, faire éprouver aux bons patriotes de cette ville les horreurs dans pareille mesure. Signé Ausanet

    Pour coppie conforme

    Rouvière »

     

    ***

     

    Les déclarations concernant Venansault ont souvent été reprises dans plusieurs ouvrages. Celle du gendarme Charrier est relativement connue mais l’on situe trop souvent ce massacre de personnes découpées en morceaux au seul village de Venansault alors qu’il est bien précisé « entre Venansault et Aizenay ».

     

    Anciens chemins entre Venansault et Aizenay sur la carte d'état-major Géoportail : 

    Détails d'horreur à Venansault....

     

     

    Comme nous allons le voir, Duquesnoy qui succède à Bonnaire, en raison de l’ivrognerie de ce dernier, ne s’entend guère avec Turreau, pourtant il exécute ce qu’on lui demande. Remontons donc le temps de quelques jours :

     

    « Ordre du jour du 3 au 4 février (Montaigu) (2)

    Demain 4, la division du Nord se mettra en marche à deux heures du matin.

    Le général divisionnaire Duquesnoy recevra les instructions du général en chef sur la route qu’il devra tenir. Le chef de l’état-major de ladite division règlera l’ordre de marche de la colonne.

    Le général en chef a vu avec indignation la conduite qu’a tenue la division du Nord ; le pillage, le vol et l’insubordination à laquelle elle se livre. Il annonce pour la dernière fois qu’à la première plainte qu’il recevra, il sera forcé de prendre des mesures vigoureuses qui répugnent à son caractère, et qu’il rendra compte au comité de salut public et au ministre de la guerre de cette conduite peu conforme aux principes qui caractérisent les vrais républicains.

    Le général en chef ordonne aux officiers généraux, chefs de corps et officiers d’employer tous les moyens pour faire cesser ce désordre affreux ; il les prévient qu’il les rendra responsables personnellement de l’insouciance criminelle qu’ils apporteront à l’exécution de cet ordre.

    Le général divisionnaire chef de l’état-major général.

    Signé, Robert »

     

    ***

     

     Du 5 février : le général Dusquesnoy (La Roche-sur-Yon), à Turreau. (3)

     

    « Parti de Montaigu le 4 au matin, je n’ai pu arriver à Saint-Fulgent qu’à midi. Je me disposais à aller attaquer les brigands à Chauché, lorsque j’ai reçu une lettre de l’adjudant-général Dufour, qui m’apprenait qu’il avait trouvé l’ennemi aux Essarts, qu’il y était en force, et qu’il serait obligé de se rendre à Chantonnay puisqu’il ne pouvait passer pour se rendre à la Roche-sur-Yon. Je réfléchissais sur ce mouvement de l’ennemi et sur les moyens de l’attaquer, lorsque je reçus une nouvelle lettre de Dufour qui me conjurait de marcher sur la Roche-sur-Yon où l’ennemi se portait en très grande force et chasserait probablement les troupes peu nombreuses qui tenaient ce poste. Alors je n’hésitai plus, je mis ma troupe en marche et j’arrivai à huit heures du soir devant les Essarts, après avoir fouillé tous les villages à droite et à gauche de la route, à une demi-lieue de distance.

    Comme il était très nuit, je ne crus pas prudent de faire entrer ma troupe aux Essarts ; j’établis un bivouac, et j’appris bientôt par un espion que l’ennemi était parti une heure avant mon arrivée.

    Le lendemain je partis de bonne heure pour la Roche-sur-Yon, et je brûlai et tuai comme la veille. En arrivant à la Ferrière, on me dit que l’ennemi y était, je n’y trouvai que vingt-cinq des leurs qui étaient restés après le départ de leur bande. Je me rendis à la Roche-sur-Yon que la garnison avait évacuée, crainte d’être enveloppée, après avoir rompu le pont que je fis rétablir. J’entrai dans la ville qui ressemblait à un désert : j’y trouvai cependant Dufour qui venait d’y entrer par les derrières avec quelques dragons, mais qui était suivi de douze cents hommes qu’il amenait de Chantonnay.

    J’ai appris par mon espion, par les gens de la Ferrière et par Dufour, qu’à ferrière, Charette, la Rochejaquelein, Joly et Stofflet avaient fait leur jonction et qu’ils composaient une force de dix à douze mille hommes (4). Ils se sont jetés sur la droite de Ferrière en allant à la Roche-sur-Yon, pays chéri de Charrette. Dans ces circonstances, j’ai cru ne devoir pas agir sans te consulter ; car si, comme cela paraît vraisemblable, les trois bandes sont ensemble, on pourrait prendre de plus grands moyens et employer plusieurs colonnes ; car je ne puis aujourd’hui diviser la mienne : alors je ne pourrai pas les forcer à se battre, et s’ils m’attendaient, leur nombre pourrait l’emporter sur la valeur des soldats et sur la fermeté du général. Pèse ces circonstances, et éclaire-moi sur mes mouvemens ultérieurs. Je compte beaucoup sur tes lumières militaires et tes connaissances du genre de cette guerre dans laquelle je suis tout neuf ; ainsi j’attends ta réponse. »

     

    ***

     

    Et Dufour qui jette de l’huile sur le feu le 6 février (5) et écrivant à Haxo depuis la Roche-sur-Yon :

     

    « Les postes d’Aizenay et Palluau, qui s’étaient repliés, sont, je pense réoccupés en ce moment.

    Dusquesnoy est encore ici avec toute sa division. Je n’ai pu le déterminer à marcher sur l’ennemi et sur deux colonnes. Il condamne hautement les dispositions du général en chef ; il dit que s’il a un échec, ce sera tant pis pour ce général, et moi je dis : tant pis pour la république.

    Je fais deux expéditions aujourd’hui, je brûle Mouilleron-le-Captif et Venansault. »

     

    ***

     

    Le bourg de Mouilleron-le-Captif sur le cadastre de 1808 (AD85, AP 155 AD 002) :

    Détails d'horreur à Venansault....

     

     

     

    Turreau répond assez sèchement à Duquesnoy, depuis Nantes, le 8 février  (6):

    « Je reçois mon cher camarade, ta lettre écrite de la Roche-sur-Yon, le 5 de ce mois ; je suis surpris que tu me demandes ce que tu dois faire ; d’après l’ordre que je t’ai donné, il faut poursuivre l’ennemi sans relâche, jusqu’à ce que tu l’atteignes ; ce sont les circonstances qui t’indiqueront la marche que tu dois tenir ; poursuis l’ennemi vivement et ne me demande pas ce qu’il faut faire.

    Je pars pour Angers ; le 11 je serai à Saumur où mon quartier-général restera jusqu’à nouvel ordre, tu dois établir ta correspondance par Chollet. Agis, et rends-moi compte plus souvent de tes opérations ! »

     

    ***

     

    Duquesnoy ne se démonte pas et répond à Turreau, depuis Palluau, le 9 février (7) :

    « J’ai reçu ce matin à une heure, général, les deux lettres que tu m’as adressées. Je réponds à la première que, loin de laisser des armes dans les communes, j’y ai brûlé et incendié toutes les maisons, et égorgé tous les habitans que j’y ai trouvés, ainsi ce n’est point à moi que ce reproche s’adresse.

    Dans la seconde, tu te plains de n’avoir pas reçu de mes nouvelles ; j’en suis surpris, car je t’ai écrit de la Roche-sur-Yon. Je t’envoie copie de ma lettre (5 février).

    Les subsistances que je devais recevoir des Sables et de Challans, m’ont absolument manqué, ce qui m’a singulièrement gêné dans mes opérations.

    Je me suis mis hier matin en marche sur Aizenay où je croyais encore trouver des troupes mais je n’y vis que de vieilles femmes qui n’avaient pu se sauver ; là, j’appris que les brigands s’étaient jetés sur Legé, qu’ils avaient pris beaucoup de munitions et deux pièces de canon ; je résolus de marcher de suite, quoiqu’il fût déjà nuit sur Palluau où je ne trouvai point de troupe à mon arrivée ; je fus contraint d’y passer la nuit pour attendre du pain qui venait des Sables et dont j’avais le plus pressant besoin ; il vient d’arriver, mais en petite quantité ; il est neuf heures du matin, je vais partir de suite pour Legé où tu pourras m’adresser des courriers.

    Je ne conçois pas pourquoi t’appesantis sans cesse sur la prétendue indiscipline de ma division ; quoique mes soldats n’obéissent pas en esclaves, ils sont pourtant plus subordonnés que dans des autres divisions de l’armée de l’Ouest.

    A la Roche, les troupes qui y sont revenues, faisaient un feu de file continuel sur les volailles ; les soldats insultaient les officiers, et les officiers manquaient aux généraux avec impudeur. J’ai été forcé d’en punir sévèrement.

    Il est vrai que moi et les officiers généraux de ma division avons souvent dit que l’incendie et le pillage contrariaient la discipline que nos efforts maintenaient dans nos troupes ; mais, comme c’était un mal nécessaire, nous avons, je crois, porté le fer et la flamme aussi loin sur les autres troupes, et nous ne nous attendions pas à ce que tu en ferais un crime à un officier (le chef d’état-major) à qui nous avons toujours reconnu le triple caractère de valeur, républicanisme et amour de la discipline. Si on a des reproches à faire sur la discipline d’une armée, c’est aux généraux seuls à qui on doit s’adresser, les adjudans-généraux sont sous leurs ordres.

    Depuis que je suis de retour, j’ai lieu d’être satisfait de la discipline que j’ai établie dans ma division. »

     

    ***

     

    C’est sans doute le 6 février qu’eut lieu le drame de l’abbaye des Fontenelles, en Saint-André-d’Ornay. Cette malheureuse abbaye, dotée d’une sinistre légende et qui fut terriblement éprouvée en 1240 par les Anglais et les razzias et massacres huguenots de 1562 avait connu dans ses murs le jeune Bulkeley dont l’oncle, Pierre de Mornac était prieur. (8)

    Lorsque la colonne infernale arrive dans ce coin reculé, à l’Ouest de la Roche-sur-Yon, petit village central de la Vendée départementale, un détachement s’attaque à l’abbaye, on prend le prieur Mornac, on lui tranche le nez et les oreilles et on le laisse doucement agoniser dans les bâtiments en flamme. Des paysans des alentours accourent pour éteindre l’incendie et porter le pauvre prieur dans l’abbatiale, où il meurt, comme on pouvait malheureusement s’y attendre.

    De qui accuser ces actes ? Duquesnoy ? Pas sûr. Dufour, possible, mais pas certain…

     L'abbaye des Fontenelles sur le cadastre de Saint-André d'Ornay en 1809 (AD85 , AMRY 1G02sao 4Fi381) :

    Détails d'horreur à Venansault....

     

    En vue aérienne Géoportail :

    Détails d'horreur à Venansault.... 

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault.... 

    Détails d'horreur à Venansault.... 

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

    Détails d'horreur à Venansault....

     

    Le 25 messidor an 2 (17 juillet 1794), Delaage annoncera à Vimeux que sur la droite de Venansault, il n’a vu « qu’un poste de 15 cavaliers brigands, qu’un seul a été pris avec son cheval » et « que les campagnes sont couvertes d’habitans qui travaillent paisiblement »… (9)

    Ainsi, un semblant de calme, à cette mi-juillet, tandis que les raids du général Huché ravagent le pays un peu plus au Nord, entre Les Lucs et Palluau…

     

    RL

    Mars 2018

     

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/8-105.

    (2)  Savary, tome III, p. 142.

    (3)  Ibid. p. 148.

    (4)  Savary, écrit en note : « La Rochejaquelein n’existait plus, et Stofflet était à la tête des rassemblemens dans la haute Vendée ».

    (5)  Ibid, p.150.

    (6)  Ibid, p.164.

    (7)  Ibid, p.174.

    (8)  On sait que l’abbé, le chanoine du Fresne, était exilé en Espagne en 1791. Il ne restait plus à cette époque que le prieur de Mornac et deux moines du nom de Denonceau (massacré à Noirmoutier) et Carle (ce dernier passera également en Espagne). « Les Archives de Guy de Raigniac… », tome IX, p. 233.

    (9)  SHD B 5/9-82, bulletin analytique, v. 10/13.

     

     


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    Vols et rapines autour des Sables d’Olonne

    De par les armées de la république…

     

     

    Les vols et rapines ont déjà été abordés sur ce blog ici et ce soir, nous allons revenir sur ce thème avec le comportement de la soldatesque républicaine autour des Sables d’Olonne. Le temps des colonnes infernales est révolu depuis déjà plus d’un an mais la mentalité des hommes n’a guère changé en cet été 1795. Moins d’horreurs, certes, mais la population civile locale ne s’y trompe pas et s’attend au pire. En effet, les exactions se multiplient contre les paysans demeurés fidèles à la république, de la part… de la république, ce qui risque évidemment de pousser ces malheureux dans les bras… de Charette.

    Les correspondances entre les administrateurs du district des Sables et le comité de salut public, mettent bien en évidence ce gros risque. On notera au passage, que si l’armée de Charette n’hésite pas à se servir chez l’habitant, les faits n’ont aucune commune mesure avec ce qui est reproché à une armée de soudards qui n’ont que trop l’habitude de terroriser la population pour la violenter et la voler, ainsi les « célèbres valeurs de la république », etc…

    Le juge de paix Sourrouille, qui contresigne la plupart des pièces qui suivent a été l’objet d’une surprenante anecdote racontée ici par ma femme.

    Si les méthodes des soldats républicains et de leurs sous-officiers sont telles, il faut bien reconnaître à leur défense, que la raison en incombe en grande partie à la république elle-même, incapable de nourrir ces hommes, pour ainsi dire laissés sans commandement, aux mains de généraux alcooliques notoires ou du moins totalement inaptes aux missions qui leur sont assignées, notamment par des nominations plus politiques que des compétences réelles. La bourgeoisie citadine canalise et spécule sur les maigres ressources existantes, « à Paris », la viande se fait rare depuis le début de la Guerre de Vendée, cette région fournissant abondamment les marchés avant la révolution, et les « braves défenseurs de la liberté », ne sont évidemment pas prioritaires vis-à-vis des perruques poudrées des clubs et « sectes » de l’époque.

    Pour autant, si l’armée révolutionnaire manque de vivres et de souliers, comme le rappelait sans cesse Grignon dans sa correspondance un an auparavant, on ne voit pas trop l’intérêt de voler des chemises de femme, comme nous le verrons plus loin et je doute que le travestissement « transgenre » par des moustachus avinés, ait été trop à l’ordre du jour sous la première république… On notera en outre, toujours les théories complotistes éculées pour tenter d’expliquer l’inexplicable aux yeux des révolutionnaires. Avant la Grande Terreur, on invoquait des complots venant de la droite, après Thermidor, il viennent curieusement de la gauche… Toujours-est-il qu’à la vue de ce qui va suivre, je laisserai le lecteur se faire une idée par lui-même, du véritable bordel (osons le mot, car il n’y en a pas d’autre) qui règne en Vendée quatre années après les premières insurrections de 1791, sans parler de l’état de misère dans lequel le reste de la France est plongé, confronté aux guerres, à l’arbitraire, aux idéologies et aux esprits de parti venant de Paris.

    Faites-donc autant de révolutions que vous voudrez, moi je me mets à la pêche à la ligne…

    RL

    Mars 2018

     

     

    Source : SHD B 5/12-3 (liasse intégrale).

     

     

    « Les Sables le 16 thermidor l’an 3e de la république françoise une et indivisible.

    3 août 1795 (en marge).

     

    A la section de l’Ouest

    Le 25 thermidor.

    L’administration du district des Sables

    Aux représentants du peuple composant le comité de salut public de la convention nationale.

    Citoyens représentants,

    Il nous est pénible de nous voir obligés de vous informer que les véxations des troupes républicaines envers les habitans des campagnes se renouvellent depuis quinze jours d’une manière d’autant plus effrayante que les chefs ne peuvent en arrêter le cours ni en réprimer les auteurs. Nous trahirions nos devoirs et nos consciances en gardant le silence sur des faits qui compromettent également les intérêts de la république et la sureté de nos administrés. Les pièces jointes à nôtre lettre contiennent la preuve des faits.

    Si le cultivateur paisible et toujours resté fidelle à la patrie ne peut jouir de la sureté que les lois lui garantissent, si incessament en butte à la fureur des rebelles, il est encore vollé et maltraité par ceux auxquels ces mêmes lois ont confiés l’honorable employ de le protéger et de le défendre, si après avoir bravé toute l’année l’intempérie des saisons, pour fertiliser un champ dont le produit doit nourrir plusieurs familles, il se voit enlever la modique portion de ce produit destiné à sa subsistance et celle de ses enfans, quels résultats pouvons nous attendre des mesures sages et bienfaisantes prises par la convention pour le rétablissement de l’ordre et de la paix dans cet infortuné pays !

    Nous ne devons pas nous le dissimuler, citoyens représentants, si des mesures fermes et sévères ne sont promptement prises pour contenir dans leurs devoirs les soldats qui se livrent à tant d’excès, nous craignons que les cultivateurs poussés au désespoir n’abandonnent encore leur domicile, alors, privée de récolte de la petite portion de notre territoire, qui n’est pas au pouvoir des rebelles, il ne nous restera aucune ressource pour alimenter l’armée et nos concitoyens. Nous sommes aussi resserrés qu’il y a un an, et nous avons beaucoup moins de ressources. Les rebelles sont maitres de tout le pays, la lisière étroite de la côte exceptée, cette partie accessible et toujours restée fidelle n’est pas exempte des incursions nocturnes des rébelles qui enlèvent bestiaux, denrées, même les hommes dont ils grossissent leurs troupes.

    L’inaction dans laquelle on tient les troupes peut bien être l’une des causes des désordres quelle exerce ; mais il en est de plus graves qui tiennent au projet profondément médité de rallumer les feux de la guerre civile, en lui donnant pour alliment le désespoir auquel, on veut réduire les cultivateurs. L’espérience de trois ans de malheur fait pour nous une vérité, de ce qui ne peut paroître d’abord qu’une assertion. Il y a deux ans le soldat pillait et maltraitait les laboureurs paisibles, qui cultivoient et récoltoient pour lui, cette tactique machiavéliste n’eut pas tout le succès que l’on s’en étoit promis, parce que des hommes auxquels quelques lumières et surtout un long exercice des vertus publiques et privées avoient mérités l’estime de la confiance, déjouèrent ces manœuvres par leurs conseils, mais bientôt on joignit le viol et le meurtre au pillage, alors on commença à jouir des fruits du crime, la fureur du désespoir arma l’époux, le fils et le frère, qui avoient à venger la mort d’un père et le déshonneur d’une épouse et d’une mère. L’armée des rébelles se grossit de tous hommes qu’on avoit rendus forcenés et avides de sang.

    Enhardis par ces horribles succès et craignant sans doute que ces hommes ne conçussent la douce espérance d’être rappellés dans leurs foyers par la justice et l’humanité on chercha à leur ôter toute idée de retour. L’incendie des chaumières fut ordonné et exécuté. Telle à été, en précis, la conduite tenüe sous nos yeux et dont les résultats ont été la ruine d’une des plus riches portions de la république. Le même esprit semble depuis quinze jours diriger un grand nombre de soldats ; nous ne craignons pas les mêmes suites, parce que Robespierre, Carrier et leurs complices ne sont plus ; nous sommes plein de confiance dans la convention et c’est cette confiance qui nous fait un devoir de vous faire connoître nos maux, et vous inviter au nom de la justice et de l’humanité à y apporter promptement remède.

    Depuis quelque tems les désertions sont fréquentes parmi nos troupes, la garnison toute entière de Mareuil sur le Lais a passé aux rebelles pendant la nuit, après avoir massacré plusieurs habitans qui reposoient sous foi des ses armes.

    Qu’ils ont été adroitement perfides les chefs vendéens, qu’ils ont sçu habilement profiter de la sécurité qu’ont inspiré les apparences d’un repentir vrai et d’une soumission franche garantie, disoient ils, par l’honneur. Leurs satellites se sont mêlés parmi nos soldats, en se serrant contre leur sein ils y ont versé le poison de leurs crimes, ils ont étalés à leurs yeux l’or, devoit les corrompre, ils ont employé et éguisé les poignards le tems qui leur étoit accordé pour reconnoître et faire oublier leurs crimes ou leurs erreurs.

    Presque bloqué par mer et par terre, il n’est plus possible de faire entrer de subistances dans cette place sans qu’une force imposante n’accompagne les convois. La destruction des émigrés dans le Morbihan doit permettre d’envoyer dans la Vendée assés de troupes pour finir en peu de tems les troubles qui la dévorent. Il est tems citoyens représentants d’éteindre les feux d’une guerre aussi désastreuse qui a servi et qui sert encore de point d’appui à tous les leviers mis en jeu par les ennemis de la chose publique ; mais il n’y a pas un moment à perdre, Charrette a des forces, elles s’acroissent chaque jour par les recrutements forcés. Pour réduire les rebelles vendéens il faut une bonne armée, une          armée bien disciplinée et convaincuë de cette vérité que l’homme armé par le souverain, doit respecter et protéger la personne et l’asile du citoyen  paisible et soumis aux lois et qu’il ne doit combattre que celui qui s’oppose à l’exécution de la volonté générale.

    Nous ne pouvons douter que plusieurs émigrés son débarqués sur nos côtes mal gardées. Ils ont joint Charette dans le dessein sans doute, de combiner ses mouvements de manière à les faire coincider avec ceux du Morbihan. Leurs projets ont échoué, mais ils peuvent encore se venger cruellement si l’on ne se hâte de les repousser avec vigueur.

    Salut et vive la république 

    Lamier pr : df

    Gillaizeau fils »

     

    ***

     

    « Copie de la lettre des officiers municipeaux de la commune de Brétignolles du 4 messidor an 3° aux administrateurs du district des Sables ;

    Citoyens,

     

    Le pillage et tous les excès sont donc encore à l’ordre du jour dans notre malheureux payis. Les malveillants qui occupent les postes de la Gachère et Saint Martin, fâchés sans doutte que tous les cultivateurs ne soyent pas insurgés, parcoure notre commune et tachent par toutes sortes de vexations et de pillage de les contraindre à abandonner leurs foyers, et ce qu’il y à de plus orrible c’est que ce pillage parrait organisé. Des officiers commandants des patrouilles de nuit ont donné l’exemple et encouragé les vollontaires, on à entendu dire courages chasseurs, frappez a mort, pendant que ces chasseurs étoient à dépouiller des malheureuses femmes qu’ils avoient fait mettre à genoux pour les égorger ; enfin nous ne scaurions vous détailler touttes les horreurs qui se commettent. Les cultivateurs pour ramasser leur récolte sont obligé d’avoir quelqu’un en sentinelle, et qu’ils apperçoivent les patrouilles de Saint Martin, ils se vont cacher sans quoy ils seroient dépouillés, et peutestre massacrés, car ils en sont journellement menassés depuis que le détachement du cent dixième à abandonné ce poste. Les habitans sont obligés de coucher dans les buissons pour se soustraire aux patrouilles qui se sont *** (illisible), beaucoup de vollontaire *** le pain que la république leur donne et dévorent la subsistance des cultivateurs. En un mot citoyens le mal est à son comble, et nous craignons que les malheureux habitans de Brétignolle, qui jusqu’à présent ont résisité aux insinuations et aux menaces des brigands, puisqu’on en compte pas quatre de la commune parmy eux ; ne soyent obligés pour se soustraire aux vexations qu’ils éprouvent d’abandonner leur domicilles et nous devons craindre les suittes de leur désespoir ; le commandant de la place du port fidelle en a dû instruire les général Duclouseau (Desclozeaux) ; avertissés l’en de votre côté qu’il prene des mesures pour réprimer ces brigandages, dont nous serons obligés d’instruire le Commité de Salut public ;

    Quand les mal veillants voullurent insurger toutes la partie de la Vendée qui étoit restée dans le devoir, ils pratiquèrent les mêmes maneuvres qu’on pratique aujourd’huy, que le temps passé nous instruise ; salut et fraternité, les officiers municipeaux de Brétignolle. Signé Tibaudeau officier municipal, Nobiron officier municipal, et Renaud fils, officier municipal. Six mots rayés rejetés.

    Pour copie conforme

    Sourrouille »

     

    La gachère : 

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

     

     

    ***

     

    « Copie de la lettre du citoyen Duroussy administrateur du district des Sables a ses collègues en date du 16 thermidor 3e année républicaine (3 août 1795)

     

    Citoyens collègues

     

    L’évacuation du poste de Talmont il y a environ quinze mois entraina celle de la majorité des métayers des cette commune pour se soustraire à la mort disaient ils de la part des troupes de la République. Nous trouvâmes les moyens de les faire revenir chez eux en protégent leurs rentrées de chez les brigands qui ne les virent pas partir d’un bon oeuil. Tout était rentré dans l’ordre autant qu’on pouvoit le désirer dans un paÿ ou les rébelles ne cêssent d’être jour et nuit. Nous sommes encore à la veille de voir les campagnes évacuées : plsieurs métayers ont déjà abandonnés leurs métairies ; une voie unanime se fait entendre pour tout abandonner. Jugez des inconvénients et même des malheurs qui pouroient s’en suivre, puisqu’ils ny aurait plus les ressources, déjà trop faibles pour les approvisionnements en tout jenre, je vais vous en déduire les principalles causes, c’est à vous, citoyens, d’en chercher le remède.

    Depuis environ un mois une partie des troupes de la République, dans quelques cantonnements que ce soit, parcourent les campagnes a une et deux lieues de distance des deux côtés de la route souvant à main armée en pillant et maltraitant les habitans et les menassant d’une mort prochaine. Une partie des troupes qui ont sortient des sables et de Pierre Levée pour aller au devant du convois qui étoit à Luçon : ont pillés la presque totalité des maisons, jusque sur le bord de la côte et à près d’une lieue dans le bocage, ont en outre maltraité plusieurs habitans, du nombre desquels sont les citoyens Aujard réfugiés à Jard, Trotin métayé au Pay (près de la Guignardière), une servente de la Michelière ont été laissés pour morts et le sont réellement ; Nicolezeau de la Salle ne tardera pas dit on a subir le même sort, enfin les troupes ne font pas une sortie qu’elles ne ravagent tout. Le citoyen Pied peut vous rendre compte des plaintes et maltraitements que plusieurs métayers sont venus faire le jour ou nous avons été chercher du bois à la Tizouière, le même jour douze à quinze bouhiers (même chose qu’un bouvier) n’ont pu satisfaire aux sommations, par ce que toutes leur subsistances tant le pain que farine leurs avaient été enlevés en totalité, les femmes ont été dépouillées des mouchoirs qu’elles avaient sur leurs cols, la majeure partie de leurs nippes ainsi que celles des homme sont été pillés, les portefeuilles n’ont pas été oubliés. Si les troupes ne prenaient que quelques morceau de pain, du bois et de la paille, l’on ne scaurait guère les blamer parce qu’il manque souvent, surtout des deux premiers articles, mais rien n’échape a ceux d’entrelle qui se livrent au pillage, pas même les veaux et les moutons, ils disent publiquement qu’ils veulent tout tuer sans exception, quelques exemples s’en suivent, jugez de la position de ceux qui abitent ces malheureuses contrées.

     

    Le Pay : 

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

     

    Les brigands de leur côté font beaucoup de mal, ils ont dans la nuit du 13 au 14 de ce mois enlevé avec une force majeure et environ trois cent chevaux et mulets, des marais de la Guitière six cent boisseaux de sel (soit environ 7.75 tonnes d’aujourd’hui) au moin, une forte embuscade était sur la grande route qui a attaqué le convois, plusieurs autres embuscades environnaient les villages, une nombreuse cavalerie protégeoit l’enlèvement et tout leur a réussi à merveille. Mobuée a été reconnu pour l’un des chefs de brigands, l’on a dit qu’il n’atendoit le convois de Luçon que le lendemain et qu’ils avaient 1800 hommes pour l’ataquer ; dans la quantité de sel enlevé il y en a environ 500 boisseaux du marais Boisgrolland appartenant pour une portion à la République et colouée par le citoyen Veillon, tant que les chemins qui communiquent aux villages d’Ilaude, les Courpes, la Guitière et le Port ont été coupés, les brigands n’avaient fait aucun enlèvemens, parce qu’il ne restait qu’un seul chemin pour tous les villages ; l’on a été obligé d’ouvrir différents passages pour l’intérest de l’agriculture, il seroit peut être essentiel de les reboucher pour prévenir les mêmes inconvénients sur les récoltes puisqu’ils ont enlevé dans presque toute les métairies de la Guignardière la moitié des bleds en gerbe et environ deux tonneaux de battu qui étoit serré (rangé) à la Grignonière commune d’Avrillé.

    J’ai pensé citoyens que vous avez déjà été instruits de ces différends faits par les municipalités. J’ai cru que dans mon particulier je devais le faire ainsy a fin de vous mettre à même de chercher le remède à tant de maux. Signé H. Duroussy.

    Pour copie conforme

    Sourouille

     

    Gillaizeau fils »

     

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

    Logis de l’abbé, abbaye de Bois-Grolland. Crédit photo : Landry. 

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

     

    ***

     

    Dans notre dossier, suit un extrait du registre des délibérations de la commune de Curzon, du 9 thermidor, 3e année républicaine (27 juillet 1795). Dans un long état de situation, on apprend que les Vendéens ont pris 91 pièces de bétail, principalement des chevaux, aux habitants de la commune, le tout pour la somme de 583 600 livres.

    Puis c’est le retour aux dénonciations contre les excès des troupes républicaines :

    « Extrait de registres des délibérations du directoire du district des Sables

    Aujourd’huy sept thermidor l’an 3e de la République, est comparu le citoyen François Renaud juge de paix du canton de Landevieille, réfugié dans la commune des Sables, lequel à déposé la lettre qu’il vient de recevoir en notre présence de la citoyenne Renaud Maldenée sa brue dont extrait suit

    Mon cher père je vous écris ces deux mots a la hâte car nous ne pouvons habiter la maison longtems la garde qui est a Saint Martin désole le pays ne laisse pas un morceau de pain, je crois bien que si cela ne change point cela ne fera rien de bon, ils mettent les maisons au pillage (vous sçavez bien que les attroupés vinrent la semaine dernière qui firent grand domage, ils emmenèrent la petite jument). Si cette garde n’est point changée, je crois que le monde sera obligé d’abandonner car tous les jours tout le monde ne couche point chez eux, nous ny couchons même pas. Nous vous prions de nous faire sçavoir quel parti nous prendrons et a signé le dit citoyen Renaud. Signé Renaud

    Pour copie conforme

    Sourouille

    Gilaizeau fils »

     

    ***

    « Extrait du registre des déclarations du directoire du district des Sables

     

    Aujourd’huy six thermidor l’an 3e de la République française est comparu le citoyen Jean-Louis Frichard, lequel à déclaré que résident depuis quelque tems dans la commune de Martin Brem, lieu de son domicile, plusieurs habitans des communes de Brétignolle, Nicolas Brem et Martin Brem lui ont fait les plaintes les plus amères, du pillage, des véxations et mauvais traitement qu’ils éprouvent journelement de la part de la troupe cantonnée au dit lieu de Martin, que ces malheureux sont au désespoir, et plusieurs ont témoigné que, s’il n’est promptement apporté remède à tant de maux, en envoyant ailleurs une troupe qui ne respecte ny les personnes ny les propriétés, que son devoir est de protéger et défendre, ils abandonneraient leurs domiciles.

    Le citoyen Rafin, du village de la Rigorfière avait déjà pris le parti de fuir avec sa femme et ce conjointement en son exécution si le déclarant n’eut engagé et sollicité ce laboureur a rester chez lui en lui promettant qu’il emploirait tous ses soins auprès des autorités constituées pour obtenir le changement de cette troupe et la répréssion des excès auxquels elle se livre envers des hommes qui sont restés fidèles à leur patrie. Lecture faite le déclarant à persisté et s’est soussigné signé J.L. Frichard

    Pour copie conforme

    Sourouille

    Gillaizeau fils »

     

    Vols et rapines autour des Sables d'Olonne....

     

    ***

    « Le Gyvre 29 messidor 3e année de la République (17 juillet 1795)

    Copie de la lettre du citoyen Porchier aux administrateurs du district des Sables

     

    Citoyens,

    Si vous saviez quelques remèdes aux maux que souffrent les malheureux de nos campagnes de la part de nos troupes, on n’a jamais vu un tel débordement de pillage et de vols, il ne reste presque plus de moutons et de veaux malgré la rigueur des loix qui les punit et les efforts que font les officiers pour l’en empêcher, ils vont de nuit dans les champs dans les parcs jusqu’à enfoncer les portes des maisons  pour emporter ce que le malheureux à, et ils sont dans un tel état qu’ils ne scavent de quel côté tourner la tête. Les ouvrages sont la partie restée particulièrement la récolte des foins sur les métairies de la Brunière qui allait être finie, mais l’enlèvement des ces foins qui s’est fait par une dilapidation sans borne fait que le restant à faucher est abandonné par le cultivateur et les terres qui sont donc sans clotures les bestiaux que l’on est forcé de laisser divaguer finissent de le perdre. Je vous préviens qu’infailliblement à la toussin il y aura une partie des métairies sans colons la plus part ayant été pillés de ce qu’ils pouvaient avoir, n’ayant pu faire de bleds à la toussin dernière raport aux mêmes circonstances, s’étant efforcés de faire des bleds tardifs qu’ils avaient renfermés par des haies mortes. Ces haies viennent d’être brulées par la troupe et leurs bleds tardifs par conséquent qui est à l’abandon à été mangé par les bestiaux de manière qu’ils sont tellement abatu et qu’ils n’ont pas la force n’y le courage de lever et labourer au sillon de terre et la terre en général ne va être qu’un champ gâté. Les brigands de l’autre côté ne les arselles pas moins qui vollent et pillent également que notre troupe  encore quelque chose de pire parce qu’ils assassinent impunément et ils paroissent toujours en force suivant les raports qui m’en ont été faits tant à St Vincent qu’au Champ St Père et même à Némi ou ils ont aussi un poste. Dieu veuille que cela puisse bien tôt que le pillage et l’assassin fasse bien tôt plasse à la probité et à la vertu ce sera pour nous un beaujour.

    Salut et fraternité vive la république

    Signé Porchier

    Pour copie conforme…

     

    ***

     

    « Extrait du régistre des déclarations du district des Sables

     

    Aujourd’hui sept thermidor an 3 de la république, est comparu le 1er Charles Chaillot métayer demeurant à la Chaupière (?) commune de la Chapelle Achard, lequel a déclaré que dans la nuit du 6 au 7 enivron sur le minuit, plusieurs volontaires qu’il a porté au nombre de vingt, qu’il présume être du bataillon de Cassel cantonné à la Grève se sont présentés à sa porte et lui ont dit : ouvre nous, nous ne te ferons aucun mal. Le déclarant leur a de suite ouvert et ils se sont jettés sur lui, en lui demandant son portefeuille. Le déclarant craignant pour sa vie n’a fait aucune résistance et leur a donné tout ce qu’ils demandaient, et s’est ensuite sauvé, de peur que n’ayant plus rien, il lui fut fait un mauvais parti. A la pointe du jour, le déclarant est retourné chez lui ou il a trouvé sa femme qui avait reçu un coup de bayonnette fort avant dans la cuisse, son beau-frère, un autre qui lui avait effleuré la peau, et sa mère qui avait été maltraitée à coup de plats de sabres et de bourrades de fusils.

    Sont comparus au même instant le citoyen Jean Letard et Pierre Rouffeau métayers en la même commune, qui ont déclaré avoir vu la femme, la mère et le beau-frère du 1er Charles Chaillot dans l’état exposé ci-dessus. Lecture faitte aux déclarants de leurs dépositions, il y ont persisté et déclaré ne savoir signer.

    Ajoute le 1er Charles Chaillot qu’il a remarqué parmi les volontaires un d’eux qui avait des galons sur la manche d’habit.

    Pour coppie conforme

    Sourrouille

    Delange fils »

     

    ***

    « Extrait du régistre des déclarations du directoire du district des Sables

     

    Le seize thermidor 3e année de la République française sont comparus au Directoire les citoyens Renée Reillet et Jean Batiste Pellirati, fermiers demeuran en la commune de Talmont, district des Sables, lesquels ont déclaré que les rebelles en grand nombre se rendirent dans la nuit du 11 au 12 thermidor aux métairies de Beaulieu, la Chouolière, la Grignonière et autres circonvoisines, en enlevèrent le blé au nom du Roi, firent de grandes menaces aux colons et laissèrent la sommation dont ci-apèrs copie est transcritte et qui a été remise au citoyen Reillet pour s’en servir au besoins.

    De par le Roi.

    Coichaud de beaulieu est sommé de nous donner la part de blé qui appartient à son maitre sans faute sous peine d’être puni sévèrement. Fait à St Vincent le 29 juillet 1795. Signé Guignard.

    Les déclarans ont ajouté que les rebelles commettaient de tous cotés beaucoup de vols et ont signé. Signé Reillet, Pelliraty ./ :

    Pour coppie conforme

    Sourrouille

    Jolly »

     

    ***

     

    « Extrait du registre des déclarations faittes au district des Sables

     

    Aujourd’huy traize thermidor l’an 3ème de la République  française une et indivisible. Est comparu le citoyen Joseph Artaud laboureur demeurant au village de la Trévillière, commune de Brétignolle ; lequel à déclaré que des soldats de la troupe républicaine, cantonnée à St Marti de Brem se sont portés chez Jacques Renaudeau métayer à la Parray dite commune de Brétignole, ont enfoncé une fenêtre et volés tout ce qu’ils ont voulus en nipes et autres effets.

    Que chez René Chaillou, métayer à Trévillière, ils ont brisés ses meubles et enlevés jsuqu’aus courrois du joug des bœufs.

    Que chez la veuve Michon fermière à Brandeau en la même commune, ils ont emporté tous ses effets et lon fait mettre à genoux avec ses filles en les menaçant de les tuer.

    Qu’ils ont également pillés chez le citoyen renaud juge de paix réfugié aux Sables.

    Qu’ils ont commis les mêmes excès chez le citoyen Richard et la citoyenne Catherine Poitevin.

    Que partout où ils trouvent les portes fermées ils les brisent pour voler.

    Ajoute le déclarant que ces colontaires vont dans les champs attaquer les moissonneurs, enlever leur portefeuille et prennent aux femmes les coëffes et mouchoirs qui les couvrent.

    Qu’il lui a été rapporté que des soldats de la même troupe étant allées chez Jacques Nobiron, cultivateur à la Chalonnière dite commune de Brétignolle, et après l’avoir pillé ont désabillés Généreuse Bourmaud sa brue, et l’on mise toute nüe, lecture à lui faite de sa déclaration à dit quelle contient vérité à dit ne sçavoir signer. Aprouvé, un mot rayé nul.

    Pour coppie conforme

    Sourrouille

    Bruhard »

    ***

     

    « Extrait du registre des déclarations du directoire du district des Sables

     

    Aujourd’hui quatorze thermidor l’an 3e de la république française une et indivisible sont comparus les citoyens Simon et Louis Orseau métayers au village des Champs en la commune d’Avrillé, lesquels ont déclarés que hier ils étoient aux charrois pour le service de la république, que de retour chez eux la femme de Louis Orseau leur dit que dans le jour leur maison n’avoit cessé d’être pleine de volontaires qui ont mangé leur pain, leurs autres provisions et enlevés les nipes et effets qui leur font plaisir ; qu’environ une heure après leur arrivée une vingtaine de volontaires sont encore venus chez eux pour y exercer la même conduite, qu’il ont voulu vainement s’y opposer et ont été forcés de laisser faire, effrayes par leurs menaces, que sur les neuf heures du soior, ils entendirent du bruit du côté des patys ou leur bestiaux étoient, qu’ils se doutèrent bien qu’on vouloit leur voler, mais qu’ils n’osèrent pas y aller, dans la crainte d’être tué ; qu’effectivement ce matin, il leur manquoit neuf pièces de bétail dont six vaches à lait, une taure d’un an passé et deux veaux qui entroient dans leurs trois ans, que venant ici pour les réclamer, ils ont trouvés un des veaux sur la route et ont reconnu l’autre dans le parc de l’Armée.

    Ajouent les déclarants qu’il leur a été rapporté par plusieurs personnes notament par le maire d’Avrillé que le citoyen Aujard avoit été rencontré hier par la troupe républicaine, que le dit Aujard étoit occupé a faire charger du  foin pour le service et avoit été égorge par la dite troupe, qui est tout ce qu’ils ont déclarés, et lecture à eux faite de leur déclaration, ils ont persistés et décalrés ne sçavoir signer.

    Pour coppie conforme

    Sourrouille

    Caillé

     

    ***

     

    « Aujourd’hui quatorze thermidor an 3e de la république française une et indivisible sont comparus Charles L’Hommeau métayer à la Loubretière commune de Talmont et Anne Basier sa femme, lesquels ont déclarés que ce matin sept à huit volontaires faisant partie des la torupe qui escortoit le convois arrivé aujourd’hui sont venus à leur maison éloignée de la grande route d’une grande portée de fusils à balle, lui ont pris quinze cent francs en assignats et douze livres en argent monnoyé, plusieurs nipes servants à leur personnes, trois moutons, et les courrois de leurs bœufs que la dite Anne Basier voulant leur représenter qu’ils ne devoient pas ainsi le voler, a reçu des coups de crosse de fusils.

    Ajoutent les déclarants que cinq à six volontaires de ceux qui ont été chercher le dit convois se présentèrent hier chez eux et leur prirent également cinq livres et d’autres effets, lecture à eux faite de leur déclaration, il y ont persisté et déclarés ne sçavoir signer

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Caillé »

     

    ***

    Extrait du registre des déclarations du directoire du district des Sables

     

    Aujourd’hui dix thermidor l’an 3e de la république française et indivisible est comparu Charles Goupil laboureur demeurant à Laubrai commune de Brétignolle, lequel a déclaré que le vingt neuf messidor dernier, les rébelles s’étant portés en grand nombre dans la commune de brétignolle ou ils commirent plusieurs vols, deux des dits rebelles furent prendre le cheval du déclarant qui étoit au pacage dans une de ses pièces de terre près le dit lieu l’Aubrais, ou Jacques Goupil son jeune frère le gardoit, qu’étant à travailler près le bien ou fut commis le dit vol et dans la compagnie de Victor renaud, l’un et l’autre virent les dits rébelles prendre et emmener le dit cheval, qu’ils  les reconnurent pour être les nommés Rafin et Gravouil de St Martin de Brem, que le lendemain les troupes républicaines ayant attaqués les dits rébelles à la Savarière et à Roche Guillaume leur reprirent plusieurs des chevaux qu’ils avoient volés, ou du moins lui en a-t-on fait le rappor, qu’il seroit en conséquence venu dans cette commune pour sçavoir si le sien n’y auroit point été amené, mais qu’il n’a pu l’y rencontrer. Ajoute que son dit cheval est de poil bai brin, de la taille de quatre pieds et d’age de sept ans, qu’il valoit au moins mille livres, laquelle déclaration il a dit sincère ét véritable et déclaré ne sçavoir signer.

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Caillé »

     

    ***

    « Est aussi comparu Paul Papier laboureur demeurant au dit lieu de L’Aubrais lequel déclare qu’il a parfaite connoissance de l’incursion des rébelles dans la commune de Brétignolle et qu’il tient de tous les voisins que les dits Rafin et Gravouil ont volé le cheval du dit Goupil, qu’il atteste être de la valeur que lui donne le dit Goupil, et a déclaré ne sçavoir signer.

    Pour copie conforme

    Caillé »

    ***

     

    « Extrait du registre des déclarations de faittes au district des Sables

     

    Aujourd’hui huit thermidor l’an 3ème de la République française une et indivisible.

    A comparu le citoyen Jacque Epaus de la commune de Girouard réfugié dans celle des Sables, lequel à déclaré que le nommé Augibaud un de ses colons dans la ditte commune de Girourard est venu le voir aujourd’hui et lui a dit que vendredi dernier 6 messidor, Charrette étoit parti avec vingt mille hommes d’infanterie et six cent hommes de cavallerie pour aller au secours des émigrés descendus à Quiberon. Que son fils qui étoit cavalier dans la cavallerie rebelle lui avoit assuré et que son fils n’étoit point du nombre des cavalliers partant parce qu’il avoir fait tout son possible pour s’en dispenser et qu’il avoit réussi. Qui est tout ce qu’il à dit scavoir. Signé Epaud.

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Bruhard »

     

    ***

    « Extrait du registre des déclarations faitte au district des Sables

     

    Aujourd’huy 14 thermidor l’an 3ème de la République française une et indivisible. Est comparu le citoyen Henry Couechard métayer à Beaulieu commune d’Avrillé lequel à déclaré que hier sur les dix heures du soir il entendit du bruit venant du côté du maty ou étoient ses bestiaux qu’il se douta bien qu’on étoit à les lui voler, mais qu’il n’osa aller à leur secours dans la crainte d’être tué qu’effectivement ce matin il a trouvé six bœufs de manque et qu’il est venu de suite aux Sables pour les réclamer, et qu’il a vu cinq de ces bœufs dans le parce de l’armée. Lecture à lui faite de sa déclaration à dit quelle contient vérité et à déclaré ne sçavoir signer.

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Bruhard »

     

    ***

    « Extrait du registre des délibérations du directoire du district des Sables

     

    Aujourd’hui dix messidor l’an 3e de la république française une et indivisible. Sont comparus Jean Boucherau et Philippe Bouchereau fariniers demeurant séparément au moulin de la Chabossière commune de la Chapelle Achard, lesquels ont dit, que la nuit dernière, environ minuit ils ont été excédés de coup et leur famille par sept particuliers qui étoient habillés en volontaires, armés les uns de sabres, les autres de fusils et bayonnettes qu’étant arrivés à la porte de Jean Bouchereau et n’ayant pu la forcer ils ont montés sur le toit de la maison et l’ayant découvert ils se sont intorduits dans icelle ou ils ont souillés les lites et meubles après avoir forcé l’ouverture, qu’ils lui ont pris vingt et une livre en numéraire et environ deux cent livres en assignats, qu’ils lui ont en outre emporté la majeure partie de son linge parmi lequel se trouve deux chemises d’homme et une de femme de toile neuve n’ayant encore pas été portée, que jusqu’à ce que le dit Jean Bouchereau ait eu livré son peu de numéraire, ils n’ont cesser de le frapper, son épouse et l’un de ses enfants à coups de plat de sabre dont les marques se connoissent, comme en effet il les a montré ; qu’après le vol de Jean Bouchereau, ils ont été chez Philippe Bouchereau ou ils ont forcé la porte d’entrée, qu’ils ont tellement menacé et frappé le dit Philippe qu’il lui à donné toutes ses clefs pour sauver sa vie qui étoit en danger, qu’ils lui ont pris deux mouchoirs, une cinture composée de trois mouchoirs un gillet de molleton, une paire de soulier, neufs livres en numéraire et sept cent livres environ d’assignat, après les quels vols ils se sont retirés prenant leur chemin par le travers des landes à aller vers Vairé, lecture à eux faitte de leur déclaration ils y ont persisté et déclaré ne scavoir signer.

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Bruhard »

     

    ***

    « Extrait du registre des déclarations du directoire du district des Sables

     

    Aujourd’hui neuf thermidor l’an 3e de la république française une et indivisible ont comparus François Pateau métayer au Giraudet commune de la Chapelle-Achard, Jean Richard métayer aux noües, commune de l’Isle d’Olonne, Jacques Guilbaud métayer à la Charolière commune de la Chapelle Achard et Pierre Roux métayer au Pont Chartran commune de Ste Foy, lesquels ont déclarés, sçavoir le dit François Pateau que la nuit dernière, environ douze volontaires se sont portés chés lui, ou après avoir pillé tout ce qu’ils ont voulu, ils se sont mi à battre à coups de crosse de fusils, sa femme et sa belle sœur, et ont donné un coup de bayonnette dans la joue d’un de ses journaliers qui est un vieillard d’environ soixante dix ans, et qui lui craignant qu’ils attentassent à sa vie, ou lui donassent quelques mauvais coups, s’est sauvé dans les champs ; Jean Richard a déclaré que ces mêmes volontaires se sont ensuite portés chés lui ou il y ont volés et emportés tout ce qu’ils ont voulu, et les dits Guilbaud et Roux ont attesté avoir vu la femme et le belle sœur de françois Pateau retenues au lit par les coups qu’elles ont reçus, également que le coup de bayonnette donné au journalier du dit Pateau. Ajoute le nommé Richard que ce matin il a trouvé sur le chemin qui conduit de chés lui au poste de la Grève des effets qu’il a reconnu être de ceux qui lui avoient été volés, la nuit. Lecture à eux faite de la présente déclaration, il y ont persistés, et déclarés ne sçavoir signer.

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Caillé »

     

    ***

     

    « Copie de la lettre du citoyen Parchier fermier de la terre du Givre appartenant à la république, du 19 messidor l’an 3e de la république française aux citoyens administrateurs du district des Sables

    Citoyens,

    J’ai a vous prévenir de ce que j’avois prévu par la dernière pétition que je vous ai présenté au sujet de la troupe qui devoit camper au Givre ; je vous observe que tous mes soins et toutes mes attentions ainsi que celles des officiers qui commandent, n’ont rien pu opérer sur l’indiscipline du soldat depuis la dernière attaque à St Vincent jusqu’à ce jour on ne peut rien voir de plus désolent pour les malheureux qui avoisinent le camp et notre poste, on pille et vole comme on avoit ci devant fait, on ne peut  sauver ni veaux, ni moutons, la troupe mange tout ; tous les prés étoient fauchés et les foins bons a serrer, la troupe a tout emporté, tant pour se coucher que pour les chevaux, personne n’a pourvu à ces subsistances et il n’y encore eu aucun préposé à ce sujet ; je suis porté à croire que la nécessité ou s’est trovuée et se trouve à chaque instant le soldat sans pain, sans viandes et fourrages ni de paille pour se coucher, l’a porté a bien des excès qu’il ne feroit peut-être pas, s’il avoit ses besoins, il ne laisse ni pain ni farine chés le malheureux ce qui le met aux abois et en engagera beaucoup a passer chés nos ennemis, tant qu’a la terre de la Brunière, elle est dans un état le plus désolent par la dévastation. Les métairies sont sans foin, sans veaux d’élevés et sans moutons, les métayers sans pain et tout prêt à évacuer, si même dans ce moment quelques uns ne l’ont déjà fait. Les champs sont a l’abandon et les bestiaux vaquent dans les bleds et partout ; par tout ce que je vous dis, jugés de mon état, mon civisme me portera toujours à tenir tant que je pourrai pour le bien général de la terre, mais il ne me sera pas aisé de tenir longtemps et vous pouvés compter qu’à la toussaint tous les métayers écartés de leurs métairies ne pouront se conserver de foin pour reprends les bestiaux qui leur restent ou qui pourront leur rester, parce que tant d’une part que d’autre le pillage n’est pas fini.

    J’apprend dans ce moment par un citoyen qui vient de Luçon que les brigands sont entrés à Mareuil de ce matin sans un coup tirer. Les habitants se sont portés sur Luçon, il semble que tout concourt à notre perte, ils fait également le rapport qu’à Luçon il y a beaucoup de grains et farines, il se trouve en ce moment sans troupes, je ne sçais si ces provision sont également pour nos ennemis, je vous invite d’en faire part au citoyen représentant.

    Signé Porchier

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Caillé »

     

    ***

     

    « Extrait du registre des déclarations faites au district des Sables

     

    Aujourd’hui huit thermidor l’an 3ème de la République  française une et indivisible.

    Est comparu le citoyen Pierre Barbeau métayer aux Arpens commune de Talmont le quel à déclaré que le jour d’hier sa fille qui garde ses moutons étant de retour a la maison, lui à dit que des volontaires lui avaient enlevés deux moutons, qu’elle lui à dit aussi qu’une de ses camarades, lui avoit rapporté quelle les avoit vu en prendre sept dans le toit du nommé Chaillou métayer à la Galotte son voisin ; et que les volontaires les ont tué sur les lieux ou ils ont laissés la peau et les intestins, qui est tout ce qu’il à déclaré, scavoir et lecture à lui faite de se déclaration, il y a persisté et s’est soussigné. Signé au registre Pierre Barbeau.

    Pour copie conforme

    Sourrouille

    Bruhard »

     

     


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    Les Amis du Pont-Paillat… au Pont-Paillat...

    Edition 2018…

     

    Cette sortie désormais institutionnalisée à chaque fin d’hiver a vu encore un gros succès avec plus de 30 personnes, dont quelques nouvelles têtes : Jean-Philippe, déjà connu dans le petit milieu des chercheurs du pays bressuirais et Marie-Laure qui débute dans la connaissance des Guerres de Vendée.

    Une fois tout le monde arrivé à la Croix de Bel-Air, Jacqueline servit son traditionnel café-brioche et nous débutâmes notre marche habituelle en direction du Pont-Paillat. Le chemin était boueux à souhait, mais peut-être pas autant que dans certaines éditions précédentes. Je rappelai en passant devant la ferme de la Chagnelaie, le martyre du vieillard Pierre Souchelot, brûlé vif dans son lit et brossai les grandes lignes des batailles de juillet et octobre 1793, accompagné de Nicolas qui nous raconta l’anecdote fameuse de la petite « Marie-Théotiste », âgée de 3 ans et qui manqua de mourir sur ce chemin, de par un peu trop de curiosité…

     

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

     

    Pont-Paillat, sortie 2018.... 

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

     

    Il fallut, comme à l’habitude, refaire le chemin inverse, avantd’aller nous restaurer au pied du mémorial du Bois des Chèvres. Adile avait déposé là une quantité impressionnante de victuailles et n’avait pas lésiné avec sa générosité habituelle. Le repas se clôtura avec le gâteau d’anniversaire de Paola, qui fêtait ses 11 ans. Il était temps de partir pour la grotte de Lourdes de Nueil et de se recueillir auprès du monument où reposent les ossements des massacrés de la « Fontaine-Amère ». M. Gauffreteau, qui connait bien cette sinistre histoire, nous y attendait et nous raconta l’exhumation des restes des martyrs dans les années 50 et leur transfert sous le monument. Un Salve Regina fut chanté devant la grotte de la Vierge avant de repartir vers nos voitures.

     

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

     

    Notre étape suivante nous éloignait un peu du pays de Nueil et des Aubiers pour nous retrouver au cimetière de Beaulieu-sous-Bressuire, devant la tombe du curé Jottreau, massacré le 26 avril 1793 et dont bien des passionnés ne connaissent pas l’existence. Nous y déposâmes quelques modestes fleurs, à l’image de ce que fut ce modeste confesseur de la foi, péri à la manière d’un saint.

     

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

     

    La longue file de voitures passa ensuite à Bressuire, pour se rendre au dernier des deux moulins de Cornet, encore subsistant. Jean-Philippe et Nicolas y évoquèrent à tour de rôle l’insurrection de 1792 et sa triste fin, dans le sang et les larmes ; cette révolte qui était pourtant le prélude de ce qui allait devenir « la Grande Guerre », quelques mois plus tard.

     

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

     

    Le dernier café de Jacqueline termina la journée, avant que chacun ne rentre chez soi, la tête pleine des images et des bruits des années terribles qui sont à l’origine de notre passion commune.

     

    Pont-Paillat, sortie 2018....

    Pont-Paillat, sortie 2018....

     

    Les uns repartaient tout près d’ici, d’autres remontaient sur Nantes, Angers, Doué-la-Fontaine, Poitiers, Angoulême, Paris… Si je tiens à remercier tout le monde et en particulier les nouveaux, c’est aussi une joie de voir la jeunesse, les moins de 30 ans notamment, qui n’hésitent pas à nous suivre et à s’impliquer dans de nombreux projets que l’on n’a nul besoin de leur inspirer. Est-il utile de rappeler que ce sont eux qui demain porteront la flamme vacillante mais toujours pérenne de la mémoire ?

    RL

    Mars 2018

     

    PS : les nombreuses photos et vidéos de la journée sont visibles sur le groupe Facebook dédié et le bulletin bimestriel des APP (environ 40 pages) vous sera adressé sur votre boîte mail en fin de mois.

    Le compte-rendu de Nicolas est ici.

     

     


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    Le 15 avril 1792, des troubles éclatent 

    à Varennes-sous-Montsoreau, le 11ème de cavalerie intervient...

     

     

                                     

    Varennes-sous-Montsoreau, avril 1792....Les autorités républicaines du département de Maine-et-Loire ont-elles dissimulé la réalité des faits au Ministre de l'Intérieur ?

     

    Le 15 avril 1792, une partie de la population d'une petite commune de l'Est du Maine-et-Loire, Varennes-sous-Montsoreau, s'insurgent au sujet de l'enlèvement des bancs de l'église.... Des troubles assez graves pour motiver l'intervention du 11ème régiment de cavalerie, du Commissaire du District de Saumur, des gendarmes et de la garde nationale.

    En effet, le maire échappe de peu au lynchage, ''ayant décidé l'enlèvement des bancs de l'église, un cri général s'éleva et les bancs furent brisés en un instant.'' ''La municipalité prend peur des suites dangereuses d'une pareille insurrection.''

    Cet événement préfigurant l'insurrection de 1793 a donné lieu à un échange de courriers entre les autorités républicaines du département et le Ministre de l'Intérieur. Y aurait-il eu un mort au 11ème de cavalerie au cours de cette intervention ?

     

    Varennes-sous-Montsoreau, avril 1792....

    Varennes-sous-Montsoreau, avril 1792....

     

    Voici les faits vus à travers les différents courriers échangés et la découverte d'un acte de décès daté du 16 avril 1792 à Varennes-sous-Montsoreau...

     

    « Département de Maine et Loire – 20 pièces – Correspondance et pièces relatives aux émeutes, violence et excès commis dans divers lieux du Département courant 1792 – Archives de la République. »

     

    Angers, 19 avril 1792 – l'an 4 de la Liberté

    Monsieur,

     

    Un Commissaire du District de Saumur fut envoyé le 15 du courant à Varennes sous Monsoreau, à l'effet d'entendre les réclamations de la municipalité et de plusieurs habitants sur le projet de destruction des bancs de l'église, l'insurrection qui y eut lieu à cette occasion nécessita le Commissaire de requérir la force armée qui s'y transporta sur le champ.

    Le Directoire prévenue de cet événement par un extraordinaire vient de prendre un arrêté portant qu'un détachement de quinze maîtres du 11ème régiment de cavalerie y séjournera jusqu'à ce que la paix et la tranquilité y soient parfaitement rétablies. Je m'empresse de vous en faire passer expédition en vous observant que le commissaire, la municipalité et les administrateurs du District ont su par leur conduite et leur fermeté, mériter la reconnaissance de tous les bons citoyens.

    Le Procureur Général syndic du département de Mayenne et Loire. 

    signé Bousset  

     

    Mr Roland Ministre de l'Intérieur. »

     

     « Du Registre des arrêtés du Directoire du Département de Mayenne et Loire a été extrait ce qui suit : Séance du 19 avril 1792,l'an 4 de la Liberté.

                                     __________________

     

    « Vu la délibération du Conseil Général de la Commune de Varennes sous Monsoreau, en datte du cinq de ce mois, relative à l'enlèvement projetté des bancs placés dans l'église paroisialle du même lieu :

    L'arrêté du sept du dit mois pris par l'administration du département, portant renvoi au District de Saumur à l'effet par lui de nommer un de ses membres en qualité de commissaire pour se transporter à Varennes, et y dresser procès verbal des dires respectifs, tant de la municipalité, des officiers de Fabrique que des concessionnaires des bancs dont ils s'agit pour icelui rapporté être ensuite statué ce qu'il appartiendrait.

    L'arrêté pris par le Directoire du District de Saumur le onze suivant, portant nomination de la personne de M Raymond pour Commissaire.

    Le procès-verbal par lui rédigé en présence de la municipalité en datte du quinze, du quel il résulte qu'étant dans l'église de Varennes pour remplir l'objet de sa commission, il s'éleva un cri général pour l'enlèvement des dits bancs, qui furent brisés dans un seul instant.

    Que le maire ayant été menacé de perdre la vie, le Commissaire voyant que ses exhortations et celles de la municipalité étaient absolument impuissantes pour ramener le calme et la tranquilité publique et craignant en même temps qu'il résulta des suittes dangereuses d'une pareille insurrection, prit le parti d'en instruire les Administrateurs du District. 

    L'arrêté pris le même jour par l'administration du District portant qu'il serait de suite envoyé à Varennes une force armée suffisante pour en imposer aux insurgents et y rétablir l'ordre et la tranquilité, en exécution du quel un détachement de cent hommes de la Garde Nationale de Saumur, de quinze maîtres du 11e régiment de cavalerie et trois gendarmes nationaux, ont été requis de partir sur le champ pour se rendre à Varennes, ce qu'ils ont fait.

    Vu les procès-verbaux rédigés par la municipalité et par le juge de paix, des quels il résulte, que des mandats d'arrêts ont été donnés contre les auteurs des troubles, que plusieurs ont été arrêtés, que le détachement du 11e régiment est resté à Varennes sur la réquisition du Commissaire, qui a jugé que son séjour devenait indispensable pour y protéger les personnes et les propriétés des membres de la municipalité contre les entreprises que menaçaient faire les principaux auteurs et instigateurs de l'insurrection qui ont échappés aux poursuites et vigilence de la force armée.

    Tout considéré et mûrement examiné, oui sur ce le procureur général syndic, le Directoire du département en approuvant la conduite ferme et courageuse qu'ont tenu le Commissaire et la municipalité de Varennes, ainsi que les mesures sages prises par le District pour faire respecter la loi et les autorités constituées.

    Arrête que le détachement du 11e régiment cavalerie restera à Varennes jusqu'à ce que l'ordre et la tranquilité y soeint entièrement rétablis, s'en rapportant à la prudence des administrateurs du district pour déterminer l'époque a laquelle ils jugeront qu'ils soit nécessaire de faire rentrer dans son quartier  ; qu'il lui sera fourni par la municipalité les étapes et rations d'usage dont le payement ainsi que les frais des gardes et gendarmes nationaux seront et demeureront à la charge des habitants de la commune, sauf par eux, à les faire supporter aux auteurs et instigateurs de l'insurrection dont il s'agit.

    Arrête en outre que deux expéditions des présents seront adressés, l'une au Ministre de la Guerre et l'autre au Ministre de l'Intérieur.

    Fait en Directoire à Angers le dit jour dix neuf avril mil sept cent quatre vingt douze. »

    signé : Les membres du Directoire.

     

     

     Et Paris répond  :

     

    « Paris, le 27 avril 1792, Mrs du Directoire du département de Mayenne et Loire – à Angers.

     

    J'ai rendu compte au roi, Messieurs, de l'arrêté que vous avez pris le 19 de ce mois, pour ordonner que le détachement du 11e régiment de cavalerie resteroit à Varennes sous Montsoreau jusqu'à ce que le calme y fut parfaittement rétabli : S. Mté a approuvé la sagesse des mesures que vous avez prises et a vu avec plaisir le témoignage que vous – illisible - de la conduite et de la fermeté des administrateurs du District de Saumur, de la municipalité de cette ville et du Commissaire que le District y avoit envoyé ; elle espère que vous ne tarderez pas à l'instruire du retour durable de la paix et de la tranquilitté dans la ville de Varennes sous Montsoreau. »

     

    signé L.M.D.L

     

    Et puis... le 16 avril 1792, le lendemain de l'insurrection, le décès de Pierre Mala, cavalier au 11e régiment de cavalerie... mort des suites des émeutes ou simple coïncidence ?

     

    « Le seize avril mil sept cent quatre vingt douze a été enterré dans le cimetière de ce lieu par nous curé soussigné, le corps de Pierre Mala, Brigadier dans le onzième régiment de cavalerie, décédé d'hier ; la sépulture faite en présence des sieurs Nicolas ''Hofferronner'' dit Rilaheim maréchal des logis du dit régiment de Mr le juge de paix de – illisible - de la municipalité de cette paroisse – des notables d'un détachement du susdit régiment joint au détachement de la garde nationale de Saumur et de la Gendarmerie aussi Nationale de Saumur et de plusieurs autres lesquels ont tous déclaré ne scavoir signer de ce enquis fors les soussignés. »

     

    Signé : Rilaheim Commandant et autres.

     

    Pour conclure : nous nous sommes transporté à Varennes-sur-Loire afin de constater la présence des bancs dans l'église, comme vous le verrez sur les clichés, ceux-ci ont été remplacés depuis...

     

     

    Sources: 

    - Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés.  ANF7-3682/1-7 sous série F – Police générale. - vues n°2,3,4,5/5. 

    - Archives Départementales du Maine-et-Loire, tous droits réservés- registre des décès de 1792 Varennes-sur-Loire.(vue n°334/357- décès Varennes sur Loire) 

    - Photos: De l'auteur. 

                                             

         

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 

     

    Varennes-sous-Montsoreau, avril 1792....

    Varennes-sous-Montsoreau, avril 1792....

    Varennes-sous-Montsoreau, avril 1792....


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    Les blessures des demandeurs de pensions vendéens...

     

              

                                     

    Les blessés vendéens....Première question : comment peut-on survivre à des blessures aussi horribles ? Les crânes enfoncés par des coups de crosses, des balles restées dans les chairs, des plaies qui suppurent en permanence, « rendant » des éclat d'os, de tissus....

    Cette question reste sans réponse.

     

    En général le blessé vendéen reste où il est tombé, car il est très difficile de s'écarter du lieu du combat par ses propres moyens. Ces malheureux doivent donc attendre que la bataille s'éteigne pour espérer un secours.

    Souvent après « le choc », s'il est victorieux, les combattants de chaque paroisse récupèrent leurs compagnons et les transportent chez eux où ils sont remis à la famille. Ils sont alors soignés par le « chirurgien » local, des religieuses, où par la personne de la paroisse qui en connaît plus long que les autres sur l'usage des plantes et du bistouri de fortune... la sage-femme, la bonne du curé etc... Pour les grands blessés, la Vendée dispose d'hôpitaux comme à Saint-Laurent-sur-Sèvre où des médecins-chirurgiens, des religieuses dévouées s'affairent autour des blessés.

    Lorsque le combat est perdu, les Républicains pillent, déshabillent et achèvent les blessés qui restent à l'endroit où la mort les a fauché. Il arrive parfois que des « mal tués » échappent à ces nouvelles blessures, quand des âmes charitables vendéennes procèdent à leur ensevelissement.

     

    Une blessure reçue par balle à Châtillon, à Cholet ou à Coron en 1793 doit avoir le même aspect que celle reçue à Wagram les 5 et 6 juillet 1809.

      Je ne peux donc résister au plaisir de vous raconter l'histoire d'un patient « hors série », celle du commandant de Lenthonnye, tirée de l'ouvrage de (Marcel Baldet, « La vie quotidienne dans les armées de Napoléon » Librairie Hachette, 1964 – pages 169,170, 171 et réalisé par la Société Nouvelle FIRMIN-DIDOT- Mesnil-sur-l'Estrée en décembre 2001).

     

    Blessé au bras, il a été recueilli au quartier général de l'Empereur, après un rapide examen et un pansement de sa blessure...

     

    « Un valet de chambre de l'Empereur me réveilla pour me prévenir que je perdait tout mon sang ; en effet, le lit sur lequel j'étais tout habillé, était inondé, ainsi que mon pantalon qui était traversé. Bien vite les braves gens se mirent à l'oeuvre, on défit mon appareil et ils mirent sur l'entrée et la sortie de la balle une pièce de cinq francs tamponnée avec de la charpie. Après avoir bien attaché le tout, je revins sur mon lit jusqu'au départ des prisonniers. 

    Mon canonnier vint me prévenir, je fus mis sur mon cheval, et nous gagnâmes Paris, non sans souffrir horriblement. 

    Je fus débarqué à l'hôtel Richelieu : je connaissais le chef de l'hôtel, qui me reçut on ne peut mieux. Ma blessure étant grave, il me conseilla d'entrer au Val-de-Grâce, me disant que j'y serais beaucoup mieux soigné. Ayant donné tout mon argent à mes camarades et n'ayant que six napoléons, je ne pouvais prendre d'autre parti : mon hôte m'y conduisit en voiture. 

    Depuis six jours je n'avais pas été pensé ; lorsque le docteur Lacroix défit mes compresses, ma blessure me fit peur, la peau était jaune. Les deux pièces de cent sous étaient presque recouvertes par la chair qui avait crû par-dessus. Le vert-de-gris s'y était mis, les poux aussi, c'était une odeur affreuse. Pour sortir les deux pièces, il fallu faire des incisions. Le docteur Lacroix fut étonné de ma blessure ; il donna l'ordre de faire un bain de guimauve et puis de bien la recouvrir avec des compresses de vin. On me faisait avaler quatre fois par jour une potion qui me relevait l'estomac et les forces.

     

    Au bout de cinq jours à quatre heures du soir, je vis arriver une trentaine de carabins, le premier portant une boîte assez grande où tous les instruments nécessaires pour une opération se trouvaient réunis. Maître Lacroix avec un grand tablier, vint me demander mon pouls et me dit qu'on allait me couper le bras ; « Docteur, lui répondis-je, avec sévérité, si vos jeunes gens ne voient d'autre opération que la mienne, je vous jure qu'ils n'en verrons de la vie ! » Ce pauvre homme se mit dans une colère épouvantable ; il me fit observer que la gangrène était dans ma blessure, que ma mort était inévitable si je ne souffrais point qu'on me fit l'amputation. « Docteur lui dis-je,  je préfère mourir avec mes deux bras que de vivre avec un » Avec un air très en colère, ce bon docteur me répliqua : « Qu'êtes vous venu faire ici si vous ne voulez pas qu'on vous soigne ? - Y mourir, docteur, mais non me faire amputer. Ne savez-vous pas, docteur que je n'ai que vingt cinq ans, que j'ai été nommé chef de bataillon sur le champ de bataille ? Que m'importe de vivre si je ne peux plus servir ! Mes observations ne firent que l'aigrir ; il eût la bêtise de me dire : « Prenez garde que je ne vous fasse attacher. »' 

      Ma musette était près de la tête de mon lit, mon canonnier me la donna. Il y avait deux pistolets. J'en pris un, et avec un air des plus en colère, je répondis à ce brave homme : « Je vous défie de me faire attacher : le premier qui avancerait, je le mettrait à bas ! - Eh bien, me dit alors le docteur, puisque vous voulez mourir, mourez ! Aucuns soins ne vous seront donnés.- C'est ce que nous verrons, le ministre n'est pas loin ! » 

    Les carabins me quittèrent et furent entourer le lit du numéro 27, qui avait la même blessure que moi ; c'était un capitaine de la Garde. Dans un clin d'oeil son bras droit fut par terre. Ce malheureux paraissait très satisfait de l'opération. Que de larmes n'a-t-il pas versées depuis ! 

    Le docteur Lacroix tint parole. Il passait tous les jours mon numéro 14 sans m'adresser un mot. Cependant, par les soins que me prodiguait en-dessous un aide-major, j'eus la conviction qu'il avait donné des ordres ; plus tard il me dit que deux fois par jour il se faisait rendre compte de ma blessure. »

     

      Deux fois par jour, on lui mettait le bras dans un bain de guimauve pendant deux heures, ensuite, un grand cataplasme de graines de lin de l'épaule au poignet, après avoir fermé à la charpie les deux orifices. Sa main toute noire et enflée, était enveloppée dans une compresse de vin de kina. Peu à peu, l'enflure disparaît et les doigts commencent à obéir. Au bout de vingt jours, sa figure « était revenue » ... 

     

    « Le docteur ne put s'empêcher de demander de mes nouvelles. Je sortis mon bras du lit, et remuais bien mes doigts. « Docteur, voici le bras que vous vouliez couper ». Il devint très rouge et me dit : «  La nature a fait un miracle pour vous, sur cent, pas un n'en serait guéri ». Il me fit défaire le bras et ordonna qu'on me brûlât avec la pierre infernale des chairs qui repoussaient trop vite. 

     

      Trente sept mois il portera le bras en écharpe, jusqu'au jour où un gros morceau de drap en sorti. Larrey, pour s'assurer que les os n'étaient pas fêlés avait tourné et retourné son doigt dans la plaie*, et de la sorte entraîné des parcelles de tissus de mon habit... »

     

    Le premier travail du chirurgien est de sonder la plaie pour juger de l'état de l'os : os fracturé  = amputation. 

     

    Nota : François Rivereau, un de mes ancêtres, a reçu une balle dans la jambe droite au combat de Beaupréau en avril 1793. Le projectile s'est arrêté sur le tibia et a été extrait par l'orifice d'entrée, avec une pince... Il en gardera en souvenir, une tumeur... 

    Les blessés vendéens....

     

     

    Sources: 

    - Marcel Baldet, ''La vie quotidienne dans les armées de Napoléon'' Librairie Hachette, 1964 – pages 169,170, 171 et réalisé par la Société Nouvelle FIRMIN-DIDOT- Mesnil-sur-l'Estrée en décembre 2001)     

    - Photos: De l'auteur, et du Blog Armae , reconstitution Historique  : Traiter une blessure par balle en 1815. 

                                             

         

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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