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    Les mystères du château du Bas-Plessis…

     

    Parlons un peu de ces nombreuses énigmes et trésors enfouis sur le territoire de la Vendée Militaire.

    Il en va ainsi des alentours des villages de Chaudron-en-Mauges connu pour la célèbre bataille que livrèrent Stofflet, Charette et Sapinaud de la Rairie contre le général républicain Dusirat le 24 avril 1794. Le pays, exsangue et ravagé par la barbarie des colonnes infernales trouve encore le moyen d’écraser la troupe des soudards républicains quelque part autour de ce fameux moulin à vent connu de tous les amateurs d’histoire vendéenne. Le moulin est toujours là, ruiné,  mais accompagné d’un obélisque commémorant les événements, surmonté d’un boulet provenant du champ de bataille. Ce champ de bataille qui appartient en vérité au village voisin de Botz-en-Mauges mais se situe juste à la porte du château du Bas-Plessis de Chaudron-en-Mauges dont nous allons parler.

    L’étang du château recèlerait dans ses fonds vaseux le célèbre canon la « Marie-Jeanne », abandonnée car la pièce était fêlée au moment du passage de la Loire en octobre 1793. De nombreux canons ainsi que des fusils et de l’argenterie auraient été enfouis dans les bois des environs. C’est ainsi que Henri du Verdier de la Sorinière guillotiné à Saumur le 25 octobre 1793, avouera dans son interrogatoire du 19 du même mois,  avoir enfoui canons fusils et « 100 à 150 kilos d’argenterie d’église ».(1) Didier Audinot, le célèbre chasseur de trésor nous indique avoir sondé le fond de cet étang en 1983 . Son détecteur y trouve une énorme masse de métal fortement envasée. " Marie-Jeanne " doit peser dans les deux tonnes selon M. Audinot ( 2,5 tonnes en réalité, un attelage de six chevaux était nécessaire pour la déplacer) et elle restera là…. Cependant un ami, monsieur Guy Wingel, (2) spécialiste en chouannerie et originaire du Maine-et-loire, m’affirme que la partie de l’étang où fut jetée « Marie-Jeanne » est aujourd’hui comblée et ornée de platanes, ce qui nous ferait rechercher « Marie-Jeanne » sous quatre mètres de terre. En effet, aux dires de certains anciens du village, interrogés par ses soins,  une partie de la douve se trouvait au ras de la route actuelle avant que celle-ci ne bifurque sur la droite, faisant le tour de la propriété. C’est là, que les vendéens pressés, auraient jeté le canon, tout au bord de la route. A cet emplacement, on trouve les platanes datant vraisemblablement d’un bon siècle environ.  En recherchant le cadastre du Bas-Plessis, on ne trouve aucun changement sur la position de l’étang. Le cadastre trouvé aux archives du Maine-et-Loire date de 1833, donc 40 ans après les faits…. Eh oui, le Bas-Plessis fut incendié par les républicains et reconstruit en 1833… Date du cadastre, justement… Un nouveau parc est créé en 1869, d’où nos fameux platanes…

    Pour compléter le tableau des énigmes, il faut dire que Renée Bordereau, la célèbre cavalière vendéenne, voit quant à elle Marie-Jeanne jetée dans la Loire et bien d’autres histoires pensent nous apprendre que le canon basculé dans l’étang ne serait pas Marie-Jeanne mais l’autre pièce célèbre de l’armée vendéenne : « Le Missionnaire ». Voici une lettre écrite par le marquis de Villoutreys (Revue du Bas-Poitou, 3° livraison, p. 399 et 400)

     

    « Monsieur,

     

    J'ai le vif regret d'être dans l'incapacité de satisfaire pleinement votre légitime curiosité à l'égard du Missionnaire. Voici tout ce que je sais, qui se réduit à bien peu de chose :

     Un vieux soldat de la Vendée, qui avait été attaché à la personne de Lescure, raconta à mon grand-père, rentrant au Plessis à son retour de l'Emigration, qu'après la bataille de Cholet et pendant la déroute vers Saint-Florent de l'armée Vendéenne, Bonchamps craignant de voir le Missionnaire tomber aux mains des Républicains, donna l'ordre de le jeter pendant la nuit, et sans ébruiter la nouvelle, de crainte d'accroître le découragement des Vendéens, dans l'étang du Plessis, qui est fort profondément encaissé entre deux collines.

     

    Le même Vendéen avait encore raconté à mon grand-père, qu'en 1794 les Bleus qui tenaient alors garnison au Plessis, s'étaient certain jour amusés par manière de passe-temps à hisser à force de bras au sommet d'une des collines qui dominent l'étang un carrosse laissé dans les remises du château, lors du départ pour l'Emigration ; puis, à un moment donné, coupant le câble qui le retenait, s'étaient fort réjouis en le voyant dégringoler le long de cette montagne russe improvisée et disparaître sous l'eau dans une culbute finale.

     

     En 1873, j'ai mis l'étang à sec et j'ai retrouvé le carrosse aux trois quarts enlisé dans la vase ; mais je n'ai pas trouvé (et ne pouvais pas retrouver sans des travaux aussi considérables que dispendieux) le Missionnaire qui par son poids s'est enfoncé à une grande profondeur dans le sol tourbeux et marécageux qui forme le fond de l'étang, où à quarante pieds  (ce qui ferait plus de 12 mètres NDLR) on ne rencontre pas le solide.

     

     La seule chose donc qui demeure certaine, dans la double allégation apportée à mon grand-père, c'est que la preuve de l'exactitude de l'une, a été faite, ce qui donne du poids à la probabilité de la véracité du témoin pour l'autre ; mais c'est tout.

     

    Veuillez agréer ...

     

    Le Marquis de Villoutreys »

     

     Nous voici donc bien avancés…

     

      Autre chose à présent : Lescure s’apprêtant à vivre des souffrances épouvantables, une balle lui ayant traversé le crâne le 15 octobre 1793 à la Tremblaye près de Cholet se prépare lui-aussi à traverser la Loire. Il agonisera ainsi pendant des jours, souffrant de douleurs et de fièvres insupportables jusqu’à la fin de son calvaire au hameau de la Pellerine non loin de Fougères, où une croix plantée dans la campagne marque l’emplacement de son dernier soupir, râlant à la mort, la tête brisée. Au moment du passage de la Loire, Lescure est transporté sur un brancard et ses soldats lui font passer la nuit dans l’entrée d’un souterrain aux pieds de l’une des vieilles tours bordant l’étang de ce même château du Bas-Plessis. L’ancêtre du marquis de Villoutreys actuel (3) voit alors deux officiers vendéens, s’enfoncer dans le souterrain avec une mystérieuse boîte. Ils reviennent quelques instants plus tard les mains vides. Didier Audinot, là encore, tentera se pénétrer dans le souterrain avec l’accord du propriétaire du château. Hélas, le souterrain est effondré et muni d’une pelle et d’un seau, ce sera peine perdue pour effectuer un dégagement.

    Les secrets du château du Bas-Plessis resteront sans doute encore longtemps inviolés…

    RL

    Mars 2012

     

     

    Notes :

    (1) Didier Audinot, « Trésors enfouis des Guerres de Vendée et de la Chouannerie », Editions de l’Etrave, Beauvoir-sur-Mer, 2002, op.cit., p.66 et 102. En ce qui concerne les « minutes de l’interrogatoire » de Henri du Verdier de la Sorinière, nous avons consulté le document conservé aux archives du S.H.A.T de Vincennes et s’il est question de passages de la Loire de plusieurs canons, il n’est nullement question d’un quelconque enfouissement (SHD B 5/7-19, voir son jugement en B 1/329-13). Sans doute existe-t-il d’autres documents car Octave Desmé de Chavigny, dans son « Histoire de Saumur pendant la Révolution », 1892  (p. 270), cite le comité révolutionnaire d’Angers qui parle d’une « suite d’interrogats » de du Verdier de la Sorinière faits par Bourbotte et Choudieu, conservés au registre de la Cour d’Appel d’Angers…  Série U ?

    (2) Un grand merci à cet historien amateur, très discret, mais redoutable d’efficacité concernant les villages des bords de Loire.

    (3) Lequel ? A ma connaissance la famille de Villoutreys avait émigré en 1790…

      

      

      Les mystères du château du Bas-Plessis....

     Les mystères du château du Bas-Plessis....

     

               Photos faites par mes soins en 2006. Ce serait dans la tour de gauche que Lescure aurait séjourné.

     

    Les mystères du château du Bas-Plessis....

          Photo faite par M. Wingel, nous montrant les platanes…

     

         Ci-dessous, extraits d'un interrogatoire de Henri du Verdier de la Sorinière...

     

    Les mystères du château du Bas-Plessis....

    Les mystères du château du Bas-Plessis....

     


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  • La mort en face....

    "Les Chouans", tableau de M. de Gironde.


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  • Le mot de l’homme à la lanterne….

     

    Tout d’abord pour remercier « Bernie » de ses nombreux commentaires de ce soir, mais aussi pour remercier tous ceux qui visitent régulièrement mon modeste travail qui commentent ou non, qui me connaissent personnellement ou non. Comme dit par ailleurs, ce blog n’a  aucune prétention autre que d’afficher des faits, mais aussi pousser la curiosité sur des lieux oubliés du tourisme de masse ou cachés au plus profond de cette campagne que j’aime tant.

    Je conçois que certaines de mes publications puissent entraîner de vives réactions de révolte et c’est bien naturel devant l’indicible horreur de ce que furent les « colonnes infernales » et le négationnisme qui continue de plus belle vis-à-vis de ma région. Région qui n’est pas la seule à avoir subi « les grands progrès de la révolution de 1789 ». La vallée du Rhône, la Bretagne, le pays Sancerrois, Toulon et tous ces gens, souvent les plus pauvres, qui ont été massacrés dans des délires d’horreur… Cependant, je crois utile de dire, qu’une fois un peu de recul pris, une fois que l’on sait, que l’on a compris, il est une chose nécessaire avant tout autre, c’est celle de rester digne. Ayant une amie juive dans mon entourage immédiat, et qui on le comprend aisément, milite elle aussi de toutes ses forces pour « la reconnaissance du génocide vendéen », on en apprend un peu plus sur la manière d’aborder l’histoire. Je ne cherche en aucun cas la haine ou la stigmatisation de telle ou telle catégorie ou groupe. En revanche, exposer la vérité crue, sans commentaire superflu, voilà qui me semble bien plus efficace que d’inutiles pugilats verbaux où les opinions et les cultures se heurtent stupidement, frontalement, sans jamais apporter quoique ce soit à la connaissance. Je suis né dans ce pays, j’y vis, j’y travaille et j’espère y mourir auprès de ces vieux « châgnes cracos » (chênes creux en français académique). Pour le reste, et pour ceux qui m’imaginent en vieil aristocrate rigide, sachez que je vis comme tout le monde, que j’écoute du rock, que je fais de la moto et me passionne pour les voitures de sport et de collection. Ca ne vous semble pas anormal j’espère ? Mais par dessus tout, bien avant les archives, ce sont ces lieux de paix que sont les chemins de l’Ouest, ces vitraux éclatant de lumière, ces chants d’oiseaux du printemps, brisant le lourd silence des morts et des villages rayés de la carte. Ah que Bernie et quelques autres auraient été surpris en Vendée cet hiver…. La neige… le froid qui mord le corps, le hululement des chouettes et ce vent qui à lui seul raconte tant de choses….

     

    RL

    Mars 2012


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  • La mémoire....


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    Quelques notes sur Vrignault, ancien porte-étendard de Marigny...

     

     

         Après les horreurs des deux premières guerres, la situation en Vendée n’est guère enviable en ces années 1798-1799. La République ne cesse de pousser les anciens combattants à la rébellion dans un malheureux pays où tout reste à reconstruire. Les vexations se multiplient dans le Bressuirais comme ailleurs et les esprits commencent à s’échauffer sérieusement. Pour citer l’exemple de Cerizay, puisque l’on va être à même de parler de cette ville tout à l’heure, il faut savoir qu’en vertu d’un arrêté du « directoire exécutif «  du 23 nivôse an VI (12 janvier 1798), il est enjoint aux fonctionnaires publics de jurer « haine à la royauté et à l’anarchie, fidélité et attachement à la constitution de l’an III ». Le juge de paix Béliard fera bon nombre de récriminations contre ses différents assesseurs qui refusent de prêter ce serment et de célébrer, le 9 pluviôse (28 janvier) la « juste punition du dernier des rois des Français ». (1). Il eût été plus judicieux, s’il l’on voulait attirer discrètement et sans douleur les populations du Bressuirais dans le giron du Directoire, d’éviter ce genre d’absurdité idéologique.

    Dans le courant du mois de messidor an VI (juin-juillet 1798) des émissaires circulent, appelant les anciens de la Grande Guerre à reprendre les armes. On signale la présence de l’un de ces perturbateurs à la Grande-Mothe (2) au commandant de Bressuire le 9 messidor (mercredi 27 juin 1798). Nonobstant des débuts prometteurs, la révolte prend très difficilement, les populations épuisées par la guerre sont dans l’expectative. Pourtant les prêtres sont toujours victimes de la fermeture des édifices religieux et du zèle démocratique. Dès le début d’avril 1799, plusieurs bandes royalistes sillonnent  le secteur de Châtillon. Au mois de juin un dénommé Vrignault, originaire de Courlay (3), ancien porte-étendard de Marigny en 1794, parcourt tout le Bressuirais, semant la terreur chez les patriotes. Il semble que son identité soit assez mal établie : tantôt il est nommé « Vrignaud », tantôt « Vergnieau », et ce, même dans les papiers officiels (4). Cela peut peut-être s’expliquer du fait que « Vrignaud » pouvait se prononcer « Veurgniau » en patois poitevin. Notre homme se heurte violemment au gardes nationales de Bressuire et de Moncoutant le 17 prairial an VII (5 juin 1799) à la Laimière, (5) près de Courlay.

    Le combat est inégal et les royalistes sont en fuite. L’administration départementale, très fière de sa facile victoire, fera grand bruit de l’événement et glorifiera les gardes nationaux de Bressuire et de Moncoutant dans une proclamation datée du 29 prairial (17 juin). En outre, on conseillera vivement aux municipalités de détruire les Brigands, tout en les avertissant qu’elles seraient responsables des délits commis sur leur territoire ! Pour ajouter un peu de piquant à l’affaire, on appelle les habitants à la dénonciation  comme de bien entendu. 

     

     Suite à une rapide enquête on procédera à diverses arrestations et quatorze suspects seront traduits devant la commission militaire de la Rochelle. Le 19 prairial (7 juin), une poignée de royalistes est arrêtée à Vernoux-en-Gâtine, près de l’Absie. Dans le lot se trouve un Louis Vergnau, âgé de 23 ans, né à « Vernou », laboureur, qui déclare à son interrogatoire (6) « ne point s’être servi d’armes contre les républicains ». Ce n’est point notre homme, malgré l’homonymie, car Louis Vergnau déclare comme d’autres de ses camarades qu’il a vu « une femme montée derrière un homme à cheval qu’on lui a dit s’appeler Vergniaud et son épouse (sic) »  Voilà donc quelque chose de bien intéressant, surtout lorsque l’on sait ce qui s’était passé à Breuil-Chaussée le 17 prairial. Après des recherches infructueuses au bourg, les républicains découvrent à « la Potonière »  un « chouan blessé à la cuisse ». La fermière proteste contre l’arrestation de ce malheureux qui a la fièvre. La chose serait peut-être passée inaperçue si dans le « bois de la Métairie », on avait découvert une prétendue servante. Voyons un peu ce qu’en disent les autorités républicaines. Il s’agit du Procès-verbal de l’expédition à « Clazais » (Clazay, bien entendu) d’un détachement du cantonnement de Bressuire, « réuni à des habitants de la même commune » :

     « elle n’a point été reconnue en cette qualité par les métayers, et voyant que nous nous disposions à l’emmener et pensant que la vue de la vérité pourrait lui mériter des égards de notre part, nous a avoué qu’elle était la femme de ce fameux Vergnaud, connu pour porter la terreur dans les cantons qu’il parcourt, de ce Vergnaud assassin, échappé de prison, qui à l’honneur d’être adjudant-général de sa Majesté-très-chrétienne, Louis 18. Nous l’avons réunie à celui qui avait si mal défendu les intérêts de la couronne en se faisant larder les fesses (le chouan blessé) , et les avons conduits à Bressuire ».(7)

     

    Malgré tout cela notre Vergniaud, (ou Vrignault, ou Vrignaud, comme vous voudrez) court toujours la campagne car le voilà qui débarque à Cerizay à la mi-août. Affolées, les autorités locales s’attendent à la venue « d’une forte troupe de brigands ». La garde nationale se met en marche, renforcée de trente hommes de Moncoutant. Une drôle de surprise les attend, pour preuve la lettre de 27 thermidor an VII ( 14 août 1799) de l’administration municipale de Cerizay (8) :

    « le nombre de ces coquins se réduisait à trois, dont Vrignaud. Un paysan avait saisi l’un d’eux et en aurait fait bonne justice, si au lieu d’être secondé comme il devait s’y attendre, on ne lui eut crié : point de bruit, point de mal… »

    La population de Cerizay que l’on a toujours dit très républicaine ne devait pas l’être autant que l’on pense, puisque deux jours plus tard, le capitaine de gendarmerie Hossard écrira au « citoyen Tuffet fils, commissaire central à Niort », que ces habitants « ne sont pas dans les bons principes, puisqu’ils ont aufert (sic) à boire au coquin de Vergnieau et à ses deux accolites (sic), au lieu de les arrêter puisqu’ils étaient en force ». Voyez le document original qui suit dans ces pages (9). Une autre missive (toujours de l’administration municipale de Cerizay) datée quant à elle du 3° jour complémentaire (21 septembre) nous raconte : « ...Nous vous prévenons que hier au soir on troubla le souper du fameux Vrignaud, chef des brigands, et de plusieurs de ses complices. Il aurait été très facile de le prendre... » Pas aussi facile qu’on le dit, pour preuve la suite de notre récit. (10)

     

    L’aventure n’est pas terminée pour autant puisque le 28 vendémiaire An VIII (20 octobre 1799), Lusset, d’Adilly et Thomazeau, d’Amailloux proposent de « procurer un rencontre avec Vrignault », afin de le capturer bien entendu (11). De plus, une lettre du général de brigade Dufresse à l’administration du département datée du 26 brumaire (17 novembre) nous annonce : « J’ai fait fouiller les bois d’Amailloux, je n’ai rien trouvé, et il paraît qu’il n’y a plus rien dans le département que monsieur Vrignault et ses complices, qui continuent leurs excès… » (12). Une chose est cependant certaine : Vrignault n’a pas été fusillé de suite après l’affaire de Courlay comme on le croit la plupart du temps. Selon F. Augris (13), notre homme aurait été capturé et fusillé à Yzernay, à une date, semble-t-il inconnue (en 1799). En fait c’est à Châtillon que l’aventure semble se terminer pour lui . Le lieutenant de gendarmerie de ce lieu écrit au capitaine commandant à Niort le 21 messidor An VIII ( 10 juillet 1800) que les brigands sont très bien équipés, ils ont de l’argent, des pistolets et des chevaux volés aux gendarmes. Il le sait pour les avoir rencontré à Moulins, près de Châtillon : « Leur chef monte le superbe cheval du lieutenant de Chollet (sic) ».  On nous a assuré que Vergnaud avait passé hier vers le Bois-aux-Chèvres blessé d’un coup de balle au genou, il avait un beau cheval gris pommelé... On a répandu aujourd’hui au marché ici que Vergnaud blessé avait voulu aller se faire panser dans une maison où on avait fait des difficultés de le recevoir, qu’une patrouille survenue l’avait arrêté ». (14)

     

    On accuse bien souvent, à tort ou à raison d’ailleurs, Vrignault d’être à la tête d’une véritable troupe de bandits et d’être, à ce titre, poursuivi aussi bien par les Bleus que par les Blancs. Il faut bien noter toutefois que ce ne fut pas le cas à Cerizay où il fut protégé par la population, dans une ville qui passe pour avoir été assez républicaine. S’il est prouvé que notre homme a commis des fautes, je ne compte pas le disculper. Mais avouez qu’à côté des « faux-chouans », véritables sbires gouvernementaux destinés à jeter l’opprobre sur les royalistes en commettant toutes sortes d’infamies, et à côté bien sûr des sinistres soudards de la Convention et de Turreau, notre homme fait bien pâle figure… Il est certes facile de chercher à comparer 1799 avec 1793, et de voir dans la « troisième guerre de Vendée » une suite de « brigandages » plus ou moins ratés. Il n’en demeure pas moins vrai que ce sont eux qui amèneront le concordat, et ce, bien après la ruine totale de la Vendée.

    Pour le reste, qui peut se targuer de dire qu’il aurait mieux agi que Vrignault devant les faces goguenardes des agents du Directoire ?

     

     

     

    RL

     Mars 2004-Mars 2012

     

     Une mise à jour de cet article sera bientôt faite. Celui-ci comportant des erreurs et ne mentionnant pas la date de naissance de Pierre Vrigniau le 29 mai 1774 à Bouillé-Saint-Paul.

     

    Notes :

     

    (1)  La liste est assez édifiante. On y retrouve quantité de noms intéressants pour les communes avoisinant Cerizay.           ADDS, L 366, An VI, An VIII, justice de paix à Cerizay. On pourrait ajouter si nécessaire, afin de montrer la tolérance du moment, qu’un certain Baudry, de Cerizay, refuse de s’acquitter d’une amende de 1 000 F pour ne pas avoir lutté efficacement contre les Brigands. Les autorités vont même jusqu’à stipuler qu’il a largement les moyens de payer ! ! ! ADDS L 15.

    (2)  Entre Neuvy-Bouin et la Chapelle-Saint-Laurent, carte Michelin N° 67, pli 17, Nord-Est.

    (3)  Un autre Vrignault, aurait été le premier à avoir tué un gendarme au combat de Rorthais en août 1792 ; s’agit-il du même ? celui-là était métayer à la Ronde, commune du canton de Cerizay, touchant néanmoins de près Moncoutant. Voyez Louis Fruchard, « Les quatre guerres à Châtillon », 1992, op. cit. p. 97, qui se réfère probablement à Muret, tome 1er , op. cit.p. 38, à  Crétineau-Joly, édition de 1895, tome 1er, op. cit. p. 26, à l’abbé Deniau (le curé du Voide), tome 1er, op. cit. P 221,  et à   F. de Chabot : « Un canton du Bocage Vendéen », op. cit.  p. 27.

    (4)  Crétineau-Joly, tome II, 1895, op.cit. p. 537, écrit « Vrigneaux ».

    (5)  Sur la Route de Bressuire à Fontenay, carte Michelin N° 67, pli 16, Nord-Est  ; les rapports officiels font état de « 30 à 40 brigands ». Bélisaire Ledain qui voit les choses en grand nous dit : «  Sur les 80 royalistes qui composaient sa troupe, 15 sont tués et 3 faits prisonniers », « Histoire de la ville de Bressuire », op. cit. p. 476 & 477.

    (6)  ADDS, L 137. Tout en faisant simple et concis on notera la liste des ces « gars » :

     

    1.   Pierre Groleau, 18 ans, qui avoue que la « femme Vrignaud témoignait en quelque sorte de plus d’acharnement que personne. »

    2.   René Groleau, 20 ans, nous dit que « la femme Vrignaud faisait apercevoir au chef des Brigands ceux qui voulaient s’échapper » (il s’agit d’éventuels déserteurs).

    3.   Jacques Michoneau, 21 ans, nous assure qu’elle « recommandait aux traîneurs d’avancer. »

    4.   Louis Vergnaud, 23 ans, dont le témoignage est reporté dans notre texte.

    5.   André Jeffard, 21 ans (borgne).

    6.   Jean Ancelin, 20 ans.

    7.   Alexis Guillot, 22 ans.

    8.   Jean Gendreau, 24 ans.

    9.   Jean Pilet, 64 ans, qui se défend bien d’avoir participé à quoi que ce soit, bien que l’on ait déjà cherché à arrêter son fils.

    10.Jean Mimeau, 20 ans.

     

    Il va sans dire que l’orthographe des noms et l’âge sont sujets à caution. Il diffèrent d’ailleurs dans différents rapports concernant les mêmes personnes.

     

    (7)  ADDS, ibid.

    (8)  ADDS, L 158. Cette lettre mise en corrélation avec celle de Hossard que nous voyons plus loin (ADDS, 9 F 1) met en évidence la confusion de patronymes. « Vrignaud » et « Vergneau » sont bien un seul et même personnage. Ces noms de famille, très répandus en Vendée furent d’ailleurs portés par une quantité impressionnante de combattants.

    (9)  ADDS, 9F1 (liasse concernant divers événements de l’époque). On notera au passage les trois magnifiques points qui ornent la signature du capitaine Hossard ; franc-maçonnerie, quand tu nous tiens…

    (10)     ADDS L  158.

    (11) Procès-verbal des séances secrètes de l’administration départementale, séance du 28 vendémiaire An VIII, ADDS, L 137.

    (12)     ADDS L 137.

    (13) F. Augris, « Vendéens et républicains dans la guerre de Vendée », op. cit. tome II.

     

    (14)     ADDS L 137.

      

    Un personnage méconnu....

      

     

     

     Un personnage méconnu....

     

     

     

     

     


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