• La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    4ème partie 

    De Saint-André-sur-Sèvre à Saint-Mesmin-le-Vieux…

     

     

    3ème partie ici.

     

    Lachenay vient de laisser Saint-André-sur-Sèvre en flammes, après avoir probablement tué 65 personnes près du ruisseau des Colons (aujourd’hui nommé ruisseau de « Bonne Mort », du nom du moulin en amont). Il prend la direction de Saint-Mesmin à la sortie de Saint-André et brûle la ferme de la Foye.

    Il est très probable que ce soit dès ce lieu que l’un de ses détachements part vers le Nord-Ouest. Ce dernier brûle la Justinière (nommée Jousselinière sur le Cadastre), puis Lavaud avant de filer par ce qui est aujourd’hui un chemin de terre, en direction de la Maison-Neuve, non construite à l’époque, puis de l’Ouche-Neuve, qui est incendiée. Il est difficile de dire si la Ferlandière, le Sourdis, l’Aubrière, la Belle-Feuille (Belle-Fille en français) et le Rémi sont incendiés mais cela semble très probable avant que ce détachement n'arrive à Saint-Mesmin-la-Ville (1). Si les ruines indiquées sur le cadastre ci-après correspondent aux incendies, on peut en conclure que le hameau fut entièrement dévasté.

    En bleu, le parcours du gros de la colonne de Lachenay. En violet, le parcours de son détachement :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le chemin pris par le détachement de Lachenay, venant de la Justinière, en direction de l’Aubrière et de Saint-Mesmin-la-Ville :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le lieu en vidéo. Passant depuis des années sur cette route, à moto comme en voiture, juste dans l’idée de me promener, j’ai mis un peu de temps à comprendre pourquoi j’avais toujours une impression bizarre en passant ici.

     

    Arrêtons-nous à présent quelques instants sur le récit de Henri Proust, propriétaire du château de Saint-Mesmin-la-Ville, ce château du XIV° siècle, devenu de nos jours une attraction touristique majeure dans la région (2) :

    « ... Il était cependant habité pendant la guerre de Vendée par une personne de la famille (Vasselot, NDLR), une vieille demoiselle, suivant les récits que nous ont faits, il y a bien des années, quelques habitants du pays, contemporains de la Révolution. Elle y fut tuée lors du passage des colonnes infernales. Saint-Mesmin fut une des premières étapes de celle commandée par Grignon. Le 27 janvier 1794, un détachement, sous les ordres de Brisset, incendia le château (3). La grosse tour seule et une partie des communs furent brûlés. Les soldats eux-mêmes éteignirent le feu, sur le contrordre donné de conserver les bâtiments nons encore atteints qui faisaient de vastes logements faciles à défendre au besoin. »

    Ce qui reste du hameau de Saint-Mesmin-la-Ville sur le cadastre de 1809 des AD79 (3 P 238/2). Les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine, 15 ans après les faits :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    On note sans difficulté une chapelle ruinée sur le cadastre. Voici ce qu’il en reste aujourd’hui (propriété privée) :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Le château fort de nos jours :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

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    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    On sait que ce château verra la fameuse affaire du siège de 1796, lorsque 42 Vendéens tiendront devant 1 500 républicains du 20 au 23 février. A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai aucune idée de qui peut être ce « Brisset » qui commandait la colonne qui incendia Saint-Mesmin-la-Ville et tua la vieille demoiselle de Vasselot. A la fin de janvier 1794, les ruisseaux sont en crue, nous en l'avons déjà vu. Il semble pourtant que les troupes républicaines aient réussi à passer le Sevreau aussi bien du côté du bourg de Saint-Mesmin que de Saint-Mesmin-la-Ville. C’est sans doute lorsque le détachement qui arrive de ce dernier lieu prend le chemin du bourg que le voiturier Renaudeau est tué. Sa femme, portant un enfant à la mamelle est violée et ses chevaux volés. Renaudeau se rendait à la municipalité depuis chez lui, au moulin de Robineau.

    Le lieu supposé de la mort du voiturier Renaudeau, marqué d'une croix bleue :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Pendant ce temps, Lachenay continue d’avancer vers le bourg de Saint-Mesmin en passant par l’ancien prieuré des Noues, puis le Chiron qui ne sont pas en ruines sur le cadastre, mais près desquels il ne faisait sûrement pas bon se trouver au soir du 26 janvier 1794...         Barrion, signale que l’armée incendiaire était arrivée par la route de la Forêt-sur-Sèvre, ce qui prouve donc que Lachenay arrive bien par le chemin de la Mantruère (4). Peut-être est-ce ce qui a fait dire à Gabriel de Fontaines, concernant le massacre du Pont des Colons près de Saint-André, que les républicains arrivaient de la Forêt-sur-Sèvre. Ce qui est illogique, Saint-André se trouvant entre la Forêt et Saint-Mesmin. Nous avons là un indice qui porte à confirmer leur arrivée plutôt depuis le Gué de l’Epine, Gabriel de Fontaines ayant peut-être compris que les Bleus arrivaient du bourg de la Forêt alors qu’ils arrivaient à Saint-Mesmin, par « le chemin  de la Forêt ». Le cadastre de 1840 des AD85, datant de 1840, il est trop récent pour y voir des ruines datant d’un possible incendie.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    C’est par ce chemin que la colonne de Lachenay arrive, depuis la Mantruère, rejoignant le chemin de Montournais à Saint-Mesmin :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    Au rapport de Barrion, peu de métairies sont brûlées sur Saint-Mesmin, mais plusieurs paysans sont égorgés. Certains soldats font évader les habitants du bourg avant que le feu n’y soit mis. Cependant un vieillard de 92 ans, ainsi que sa femme et son domestique, sont hachés à coup de sabre.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

    L'église de Saint-Mesmin de nos jours (où votre serviteur fut baptisé en 1969) : 

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 4ème partie....

     

    Militairement parlant, la division en deux parties de la colonne de Lachenay avait pour but de prendre le bourg de Saint-Mesmin en tenaille par le Sud et l’Est à la fois. Ce fut fait, mais sans résultat sur les troupes vendéennes, qui de toute manière, sont encore au-delà de la Loire à cette époque. Il ne s'agit donc bien que de tuer des non-combattants. Seules trois maisons resteront debout dans le bourg.

    C’est la fin de cette série d’articles sur la colonne Grignon/Lachenay. Lachenay qui poursuivra sa route en direction de Pouzauges, suivant un parcours dont j’ai parlé ici.

    Dieu seul sait combien de morts…

    RL

    Février 2019

     

     

     

     

    Notes :

     

    (1)  J’ai cité « Saint-Mesmin-le-Vieux » dans le titre de l’article afin de distinguer la commune et paroisse de Saint-Mesmin de « Saint-Mesmin-la-Ville », connu pour son château du XIV° siècle et qui est aujourd’hui un hameau dépendant de Saint-André-sur-Sèvre. Saint-Mesmin se trouve en Vendée, et Saint-André-sur-Sèvre dans les Deux-Sèvres. Je sais, c’est compliqué pour ceux qui ne sont pas d’ici…

    (2)  « Le château de Saint-Mesmin-la-Ville à Saint-André-sur-Sèvre (Deux-Sèvres) avec notices rédigées par M. Henri Proust, vice-président de la Société de Statistiques des Deux-Sèvres », in « Paysages et Monuments du Poitou, photographiés par Jules Robuchon, lauréat de la Société Française d’Archéologie depuis 1864, membre de la Société des Antiquaires de l’Ouest », soixante-dix-huitième et soixante-dix-neuvième livraisons, Paris, Motteroz, 1888, p. 5 et 6. Un très grand merci au passage à Caroline Torres-Frometa, la responsable du château, qui m’a aimablement communiqué cet ouvrage introuvable. Comme quoi, l’entraide entre passionnés d’histoire locale, même sur des périodes différentes, ne peut qu’être productive.

    (3)  Plutôt le 26 car c’est au soir de ce jour que Lachenay arrive à Saint-Mesmin, tandis que la municipalité est prévenue que le feu sera mis au bourg le lendemain 27.

    (4)  La Mantruère, dépendante de la commune de Montournais. On sait que le territoire de Montournais s’étend jusqu’à la rivière du Sevreau, à deux pas du bourg de Saint-Mesmin et de sa gare (lieux que je connais bien et pour cause !). Le dernier village de Montournais étant Fonteneau.

     


  • Commentaires

    5
    Dimanche 13 Octobre à 17:32

    « Françoise Bonneau âgée de 22 ans, fille de feu Louis Bonneau décédé par l'effet de la guerre il y a 15 ans ou environ (donc vers 1794) ainsi que me l'affirment les témoins ci-après nommés… » 
    Pas évident à trouver étant donné l'absence de registres pour cette période…

    4
    guy jacob
    Dimanche 13 Octobre à 16:56
    D’accord avec vous marinette Vrignaud.. un très bon livre que jaquette blanchard, meunière au Pin, même si pour moi, 2 passages très dur entre les décès de tous ses bébés, jeunes enfants, et l’arrivée dramatique de la dysenterie. Du coup, je relative en peu notre époque actuelle.
    Bonne journée Madame
    3
    Dimanche 13 Octobre à 16:38

    Bonjour,

    Je vais vous mettre en relation avec un ami qui a travaillé sur la généalogie de Marie Millasseau. Pour le livre sur Jaquette Blanchard, je l'ai mais ne l'ai pas encore lu. Je connais bien son auteure qui est du Pin.

    Amicalement,

    Richard Lueil

    2
    vrignaud
    Dimanche 13 Octobre à 15:42

    bonjour,

    j'ai lu avec beaucoup d’intérêt toute la partie des guerres de vendée sur saint mesmin et saint André sur Sèvre, berceau de famille aussi bien paternel que maternel,de mon coté vrignaud pour la plupart né a saint andré sur sèvre ,a ma cinquième génération sur l'acte de mariage de mes aïeuls bonneau françoise mariée avec vrignaud jean-baptiste il est noté sur leur acte de mariage en 1809 a saint andré-sur-sèvre que le père bonneau époux de marie millasseau est décédé des suite de guerre,il est stipulé a peu près 15 années je n'ai rien trouvé, je pense que je suis passée a coté, si vous pouviez me donner des pistes ce serait avec plaisir

     

    tout ma famille tourne autour de montournais "village de fonteneau,saint mesmin, saint andré-sur-sèvre et le pin ou j'ai eu la bonne surprise de trouver un livre récemment sur l’histoire de mes ancetres "jacquette blanchard" peut être en avez vous entendu parler(magnifique livre sur l'histoire de cette famille et de la vie avant la révolution et après

    cordialement

    marinette vrignaud

     

      • Dimanche 13 Octobre à 18:48

        Vous avez reçu un mail de M. Bruno Griffon de Pleineville avec des informations. Bonne fin de journée à vous.

        RL

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