• Un champ des martyrs à Chauché ?

    Un champ des martyrs à Chauché ?

     

     

    C'est sur conseil de notre ami Nicolas qui avait lancé un sujet sur le forum "le Chêne et le Hibou" que nous sommes allés sur place cet après-midi.

    Nous citons le texte de l'abbé Charpentier dans "Cent ans après, souvenirs et épisodes de la Vendée Militaire", 1900.

     

    "A peu de distance du logis de la Giroulière habité par la famille de Tinguy, au village de la Girardière - paroisse de Chauché -, un prêtre se tenait caché dans la maison de Rose Loiseau, fille de François Cougnon (...) et soit dans la maison même, soit dans une grange voisine, soit dans un petit bois, appelé « bois de l'Anguiller », séparé du village par un simple buisson, le prêtre célébrait le Saint-Sacrifice. Une simple table couverte d’une nappe, un crucifix entre deux chandeliers en bois comme on en trouve dans les fermes, faisaient toute l'ornementation de ces pauvres sanctuaires. Quand on croyait les bleus bien loin et qu'on s'imaginait avoir le temps de mieux faire, des branches repliées au-dessus de l'autel improvisé, des draps bien blancs et semés de fleurs, des bouquets odorants formaient le « Paradis » où se disait la messe. C’était bien, en effet, un vrai paradis pour ces fidèles qui venaient puiser là, dans la prière, la force de lutter et de souffrir. Que ces « paradis » ont vu couler de larmes et entendu de gémissements ! Larmes des épouses et des mères dont les maris et les enfants étaient à la bataille, tandis qu'elles pressaient dans leurs bras les plus petits ! Gémissements des jeunes filles épouvantées des terribles histoires racontées sur la férocité des bleus ! Pendant les offices, les vieillards disséminés dans les « quéreux » (carrefours) ou sur les « trétas » (petit amas de terre), montaient la garde. A la moindre alerte, le prêtre rentrait dans sa cachette ou reprenait son déguisement ; le « paradis » disparaissait et le troupeau des fidèles s'enfuyait de tous côtés. Que de fois, le village de la Girardière et le bois de l'Anguiller furent témoins de ces spectacles et de ces alertes !

    Pour préparer ces cérémonies religieuses dont les âmes étaient si avides et avaient tant besoin, tout le monde s'empressait ; mais dans le village, une jeune fille d'environ vingt ans, nommée Rose Herbreteau en était surtout chargée. « Elle avait la réputation d'être une belle fille ; mais si elle avait une grande beauté, elle avait une âme plus grande encore. » Dans les bonnes circonstances, elle aimait à demander aux femmes leurs « mouchoirs blancs » de mariage pour orner son « paradis » et sa parure de première communion soigneusement conservée garnissait l'humble table de l'autel.

    Or, un matin, de grand matin, dans le bois de l'Anguiller, le « paradis » de Rose est dressé : elle lui a donné tout ce qu'elle avait de plus beau. Au pied de l'autel où le prêtre est assis, les personnes en âge de se confesser sont venues recevoir le pardon de leurs péchés et se préparent à recevoir dans leur cœur le Dieu qui fait les martyrs. Quelle sincérité et quel repentir dans ces confessions ! Quelle ferveur et quelle piété dans ces communions qui pour beaucoup seront les dernières ! Le Saint-Sacrifice est à peine achevé que retentit le cri toujours effrayant : « Aux bleus ! Aux bleus ! » Une patrouille se montrait en effet venant à travers les champs, du côté de Sainte-Florence. Le prêtre emporte à la hâte les vases sacrés et les ornements sacerdotaux, et cette petite assemblée de femmes, de jeunes filles et d'enfants se disperse avec épouvante. Rose Herbreteau est seule restée ; elle le croit, du moins ; mais quelqu'un caché sous un épais massif de houx devait être le témoin de son holocauste. Sans trop s'émouvoir, elle continue son action de grâce, et puis, chargée de tout mettre en ordre elle veut placer en lieu sûr tout ce qu'elle pourra sauver de son cher « paradis ».

    Pourtant, elle entend déjà, dans le bois, les soldats qui poursuivent les fugitifs ; quelques coups de feu éclatent ça et là mêlés aux cris des victimes atteintes ou aux blasphèmes des assassins : ces derniers ne tarderont pas à l'apercevoir. Soudain Rose se souvient, sans doute, des dangers que peut courir sa vertu, au milieu de ces hordes sauvages qui ne respectent rien. Le crucifix est encore là sur la table nue qui, tout à l'heure, servait d'autel. Rose lui jette un regard suppliant. Il semble lui tendre les bras, à elle, la pauvre jeune fille ! Elle lui tend les siens : sa résolution est prise. Avec les épingles qu'elle vient de détacher de la nappe d'autel, avec ses ongles, elle se laboure la figure. Le sang coule de son front et de ses joues. Elle ramasse de la terre, s'en frotte le visage qui bientôt est couvert d'une boue sanglante... A genoux devant le crucifix, elle attend maintenant avec courage, la tête dans les mains. Les bleus sont près d'elle ; ils lui relèvent brutalement la tête et reculent devant le masque hideux qui remplace les traits de Rose. Ils comprennent, les misérables, que c'est une victime qui a voulu leur échapper. Comme ils vont se venger ! Tandis que les uns la saisissent et la traînent par les cheveux, les autres la déchirent avec la pointe de leurs baïonnettes. A quelques centaines de pas du bois de l'Anguiller, se trouve le « trêt-de-l'Abrou » (monticule de l'abreuvoir). C'est là que Rose Herbreteau subit son martyre et qu'on retrouve son corps mutilé. "

     

    Le bois de l'Anguiller:

     

     

    Un champ des martyrs à Chauché ?

     

    La ferme du même nom, toute proche:

     

     

    Un champ des martyrs à Chauché ?

     

    Le coin de champ, nommé sur l'IGN, "La Grande Fosse", tout près de l'autoroute...

     

    Un champ des martyrs à Chauché ?

     

    L'énigme reste entière mais nous nous y remettrons mon cher Nicolas. 

     

     

    RL

    Février 2014


  • Commentaires

    1
    Marcel Bluteau
    Lundi 14 Novembre 2016 à 22:47
    Je viens d'envoyer le texte du livre de l'abbé Charpentier à un descendant de Rose HERBRETEAU. J'ai moi-même le livre.
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