• La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

     

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie…

     

     

    Le 26 décembre 1793, Commaire écrit depuis Saumur à François-Xavier Audouin, adjoint du ministre de la guerre pour lui parler de diverses affaires de la guerre. Vers la fin de sa missive, il annonce (1) :

    « J’ai fait filler par Chollet environ 1500 hommes commandés par le général Caffin et autres troupes qui réunies feront tous ce qui dépendra deux pour exterminer le reste de cette race impure. J’ai donné des ordres pour empêcher qu’ils trouvent aucune subsistance. Les ordres les plus formels sont aussy donnés pour qu’on épargne rien et qu’on ne laisse rien au pouvoir des brigands fuyards sous peine d’être regardés comme traitres à la patrie ; tu peux être sûre que je ne négligeray rien pour accélérer leur perte, enfin mon amy je crois qu’il ne faut plus qu’une chasse et nous serons purgés de cette horde détestable. »

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

    S’en suit un éloge sur le républicanisme de Grignon frais émoulu au grade général de brigade.

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

    Quelques jours plus tard, le 17 janvier 1794, Turreau annonce son plan de campagne. Pour la 3ème colonne, les ordres sont les suivants (2) :

    « Le général Boucret dont la brigade doit être réunie à Chollet, la divisera en deux colonnes, et fera le mouvement ci-après :

    1ère colonne. De Chollet, à Châtillon, aux Epesses.

    2ème colonne. De Chollet, à Maulévrier, Saint-Laurent. »

     

    Malheureusement, à partir de cet instant, nous n’avons plus, à quelques exceptions près, que les extraits de correspondance publiés par Savary pour suivre à la trace le binôme Boucret-Caffin (3). Partis de Cholet, au centre du territoire insurgé, les deux généraux ont pris la direction du Sud-Est, l’un vers la Tessoualle, l’autre vers Maulévrier. Pour ceux qui connaissent mal le secteur, je vous invite à suivre le déroulement des opérations sur une carte.

     De Boucret à Turreau le 21 janvier 1794 :

    « La Tessouale

    Je t’envoie quantité  de voitures chargées de grains. J’en ai encore à faire enlerver une plus grande quantité. Je suis bivouaqué à la Tessouale : demain, je bivouaquerai à Moulins, et suivrai mon opération. »

    De son côté, Caffin qui se rend à Maulévrier, à dû passer par un ancien chemin, aujourd’hui disparu et noyé dans l’agglomération choletaise pour arriver par Mazières-en-Mauges, la grande route de Cholet à Maulévrier n’existant pas en 1794. Cette possibilité, tracée en orange sur le cadastre de 1811 des AD49 (cote 3 P 4/104/1) :

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

    Un élément qui abonde dans ce sens : l’église du village de Mazières, encore en ruine sur le cadastre de 1811 (AD49, 3 P 4/203/7).

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

    Caffin reconnait n’avoir quasiment rien incendié sur son parcours, par contre massacres, vols et pillage ont été bon train. Il s’en exprime ainsi à la même date que son collègue depuis Maulévrier.

    « Point de métairies, bourgs et villages sur la droite et sur la gauche à une lieue de Maulévrier, où je suis, qui n’aient été visités. Partout on y rencontre des grains et fourrages en quantité. Ne trouvant pas suffisamment de charrettes pour en faire l’enlèvement, je n’ai pu incendier. Je fais charger ici tous les grains, foins et subsistances qui, je crois, seront évacués demain. Je n’attends que ce moment pour incendier tout : en attendant, je purge le pays de tout ce qu’il peut y avoir de gens suspects, sans en ménager aucun.

    J’ai envoyé au village de Chanbreville, sur la gauche de Maulévrier, un détachement de cent hommes, avec l’ordre d’incendier tout ce qui pouvait l’être, selon tes ordres, ce que l’on a pu mettre à exécution, rapport à la grande quantité de grains et fourrages qui s’y trouvent, ne pouvant les faire enlever par défaut de charrettes.

    Ainsi, j’attends tes ordres pour savoir si je marcherai demain, avant que toutes ces subsistances ne soient enlevées et que le pays ne soit purgé. Je t’observe que ma destination n’est que pour Saint-Laurent et que je n’en suis éloigné que de trois lieues. »

    Petit problème avec le village de « Chanbreville » qui n’existe pas aux alentours de Maulévrier. Le seul « Chambreville » connu dans la région se situe à Saint-Sylvain-d’Anjou, très loin de Maulévrier. Il y a une ferme près de Saint-Aubin-de-Baubigné nommée "Chaudeville" mais trop loin de Maulévrier. Serait-ce possible qu'il s'agisse de la Crilloire ? On sait que le vieux château du lieu fut incendié en 1794 et apparaît totalement en ruine sur le cadastre de 1810.

    Pendant ce temps, Boucret, qui bivouaquait à la Tessoualle, vient d’incendier le village et se dirige vers le Sud-Est.

    En regardant le cadastre de 1812 de Loublande (5) on s’aperçoit que le village de la Petite Ecurie est largement en ruine. Cependant les maisons de la Grande Ecurie ne semblent pas avoir été touchées.

    AD79, 3 P 168/3 :

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    Peut-être là qu’il faut situer l’anecdote suivante qui permettrait de comprendre pourquoi la Grande-Ecurie n’a pas brûlée (6) :

    « Un garde national qui, au cours d’un combat, avait eu la vie sauve grâce au fermier de la Grande-Ecurie, Vincent Ayraut, s’empressa de le prévenir du passage des incendiaires. Le cultivateur, usant d’un audacieux subterfuge, mit le feu à un hangar proche de sa maison et alla se cacher, avec sa femme et ses enfants, dans un champ de genêts, sans oublier d’y conduire aussi son cheptel. La colonne, apercevant la fumée, pensa qu’une autre bande était déjà passée par là et continua sa route. »

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

    Parallèlement, une tradition locale nous amène à penser qu’un massacre aurait eu lieu aux Rinfillières, le célèbre village de Claire Ferchaud, en bas du coteau, dans le « Pré de la Marne ». Les Rinfillières dépendaient du Puy-Saint-Bonnet (rattaché à Cholet en 1973) mais très proche de Loublande.

    Comme il fallait s’y attendre, les fermes de l’autre côté du chemin de la Tessoualle à Moulins semblent avoir subi des dégâts plus ou moins importants. C’est le cas des Hauts-Arcis (les Bas-Arcis n’existent pas encore), de la Pommeraie, la Podinière et la Sablière. Le château de la Coudraie-Noyers ne semble pas avoir subi trop de dégâts mais deux bâtiments à l’arrière de l’étang sont totalement ruinés. On sait néanmoins que ce château a perdu une partie de sa charpente sur son aile droite, la toiture ayant été abaissée. Est-ce consécutif à un incendie ? Ruines également aux villages de la Plaine et de la Voie, tandis que le moulin à vent de la Voie (toujours visible de nos jours depuis la voie express) semble intact, ou plus sûrement reconstruit. Idem pour le moulin à eau.

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie.... 

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

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    La route de l’époque menant de la Tessoualle à Châtillon suit ensuite approximativement un morceau du tracé de l’actuelle voie rapide, laissant le bourg de Moulins sur la droite et par lequel on accède par un autre chemin, toujours existant. La Grande Guinefolle (la Petite Guinefolle n’existe pas encore) et les Sanjus (nommé « Dessanjeux » à l’époque) sont la proie des flammes.

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

     

    Voici ce qu’écrit Boucret à Turreau le 22 janvier 1794, une fois arrivé à Moulins :

    « Je n’ai rien de nouveau sur la position de l’ennemi. Le pays que je parcours est suffisamment fourni de vivres pour la troupe. Je trouve dans toutes les métairies quantité de pain cuit. Je n’ai besoin que de voitures pour faire charger les grains. Sois tranquille sur ma marche, et sois persuadé que je ne me laisserai pas surprendre : je serai demain à Saint-Jouin ou Châtillon. »

    Bien entendu, Moulins est incendié dès le lendemain. Sur ces dates, on a la confirmation des brûlements par le journal du gendarme corrézien Graviche qui nous dit ceci (4) :

    « Le 20, ordre de se tenir prêt pour le lendemain pour aller incendier.

    Le 22, incendie de la Tessoune (la Tessoualle), etc… 

    Le 23, incendie du bourg de Moulin et parti pour Châtillon. »

    Comme nous venons de le voir, une partie de la colonne de Boucret est passé à Moulins pour brûler le bourg, tandis qu’un détachement à dû filer directement en direction de Saint-Jouin-sous-Châtillon.

    Aperçu du parcours de la colonne de Boucret dans le détail sur les cartes IGN de géoportail :

    La colonne infernale Boucret/Caffin, 1ère partie....

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    A suivre ici

    RL

    Juin 2019

     

     

    Notes :

    (1)  SHD, B 5/7-90, v. 8 et 9/15.

    (2)  Savary, tome III, op. cit., p. 42 et 43.

    (3)  Ibid, à suivre dans l’ouvrage.

    (4)  Ma femme a publié le journal de Léonard Graviche ici.

    (5)  Loublande est une commune créée en 1862 par détachement d’une partie du territoire de Saint-Pierre-des-Echaubrognes.

    (6)  Témoignage familial, repris par Maurice Poignat in « Le Pays du Bocage », 1984, p. 197.

     

     

     

     

     


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