• L'énigme de l'abbé Jottreau....

     

    L’énigme de l'abbé Jottreau…

     

     

    On ne sait pratiquement rien du malheureux curé Jottreau de Beaulieu-sous-Bressuire, duquel j’ai déjà parlé à plusieurs reprises dans ces pages, du moins pour en rappeler la sépulture toujours existante. C’est très probablement le 26 avril 1793 que le bourg de Beaulieu-sous-Bressuire est incendié par le 10ème bataillon du Var, dit « bataillon de Marseillais » (1), et que le curé Jottreau est fusillé en présence de la garde nationale de Bressuire. Il avait refusé le serment et dit des messes au château de la Dubrie, eté emprisonné à Poitiers, puis libéré. Le 23 janvier 1794, Beaulieu-sous-Bressuire verra passer l’horreur une seconde fois comme on le sait. Voir ici.

    Mais revenons à l’abbé Jottreau. Nous n’avons sur lui aucune information sinon un patronyme très commun dans la région, y compris à Brétignolles, village voisin de Beaulieu, où un Jean-Jacques Jottreau combattit dans les armées vendéennes. Pas de prénom ni de date de naissance. Même la date de sa mort n’est que supposée.

    Tombe de l’abbé Jottreau dans le cimetière de Beaulieu-sous-Bressuire :

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    C’est probablement dans l’ancien cimetière qu’il fut tout d’abord enterré.

    Ici, sur le cadastre de 1811, marqué d’une croix rouge (AD79, 3 P 24/3).

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    La croix de la tombe vue plus haut semble indiquer un monument de la seconde moitié du XIX° siècle. A quelle date le cimetière fut-il changé de place ?

    Nous ne savons rien de l’abbé Jottreau et aucun registre n’est disponible avant 1795 et ceux tenus par le prêtre Le Mauviel dont on connaît l’histoire liée à la Petite-Eglise. Ces registres nous auraient été utiles car voilà un prêtre du nom de Jottreau que l’on retrouve vicaire pendant un court laps de temps à Saint-Maurice-des-Noues en Vendée. D’après les registres, ce vicaire tint son ministère entre le 24 avril et le 23 novembre 1761.

    Voici sa signature dans les registres de Saint-Maurice-des-Noues (2)

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

    De Saint-Maurice-des-Noues, nous voilà faisant un bond à Montravers, village bien connu des amateurs de Guerres de Vendée, et que nous avons étudié à plusieurs reprises. Dans sa très utile monographie parue en 1910, l’abbé Gabilly, nous signale un abbé Jottreau, curé de « Mautravers » entre 1763 et 1771 (2). Depuis combien de temps cet abbé Jottreau était-il curé de Montravers (« Mautravers » selon l’orthographe de l’époque) ? Là, nous avons un problème, car deux années de registres manquent pour Montravers : les années 1761 et 1762. Voyez-vous où je veux en venir ? Eh oui ! Un Jottreau vicaire disparaît de Saint-Maurice-des-Noues en 1761 et un curé de ce même nom apparaît à Montravers en 1763… sachant qu’il pouvait être là dès 1761.

    A voir sa signature dans les registres de Montravers, nul doute que nous avons à la même personne (3) !

    L'énigme de l'abbé Jottreau....

     

    On trouve trace de sa signature du 12 janvier 1763 pour le baptême de Louise Grolleau, de la Tallerie, jusqu’au 30 avril 1771 pour le baptême d’Adélaïde Marie Jeanne Barrion, fille de Maître Alexandre Marie Barrion, notaire et procureur et damoiselle Marie-Jeanne Morna, son épouse. Le parrain sera Pierre-Marie Durand, docteur en médecine de la faculté de « Monpellier » et la marraine Jeanne Rousse (4).

    L’abbé Gabilly, qui a sûrement emmené bien des secrets dans sa tombe en 1924, pense que cet abbé Jottreau aurait pu quitter sa paroisse pour des raisons de santé. Il faudra attendre une année pour que Montravers retrouve un prêtre avec l’abbé Charles Violleau, que vous connaissez déjà. Si mon hypothèse est la bonne et que cet abbé Jottreau ayant desservi Saint-Maurice-des-Noues et Montravers, est le même que celui qui fut massacré à Beaulieu-sous-Bressuire, il devait avoir une soixantaine d’années s'il a été vicaire en 1761. Bien entendu, rien ne lie ce prêtre au martyr de Beaulieu-sous-Bressuire de manière formelle, mais cet article est appelé à évoluer car j’ai peut-être une nouvelle piste pour sortir ce curé martyr de l’oubli…

    A suivre…

     

    RL

    Nuit de Noël 2019

    Compléments ici

     

     

       Notes :

    (1)   Voir la très sérieuse étude de l’ami Pierre Périeau sur ce blog, sur la bataille de Thouars, ici.

    (2)   AD85, AD2E251/1.

    (3)   AD79, 1 MI EC 309 R842, v. 26/78.

    (4)   Abbé Jules Gabilly, « Histoire d’une paroisse du Bas-Poitou, Montravers du XII° au XX° siècle », 1910, reprint Hérault, Maulévrier, 1989, p. 233.


  • Commentaires

    4
    michel chatry
    Dimanche 24 Mai à 10:20

    Quand les "Marseillais" sont-ils arrivés à Bressuire ? D'après la marquise (édition CVRH) c'est (p.143) après la bataille des Aubiers. Il n'est pas question, dans tous les récits qu'on a des batailles de Cheffois ou des Aubiers, de présence de Marseillais ou de Varois.

    Pour moi, Edmond Poupé est allé chercher l'alinéa 2 de sa p. 400 dans les pages de "la Vendée patriote" de Chassin, dont il donne d'ailleurs les pages de référence en note 2. Je n'ai pas, hélas,  mon Chassin à Paris pour vérifier ses sources. Mon hypothèse actuelle est qu'il a pris la liberté d'avancer de quelques jours l'arrivée du 10ème bataillon du Var à Bressuire.

    3
    Mercredi 25 Décembre 2019 à 11:34

    Petit détail : à quelle phrase renvoie la note 4 ?

      • Mercredi 25 Décembre 2019 à 11:57

        C'est rectifié pour la date et la note.

    2
    Mercredi 25 Décembre 2019 à 11:18

    Je m'interroge sur l'implication du 10e bataillon du Var dans la mort de l'abbé Jottreau notée ci-dessus à la date du 26 mai 1793. Pour en savoir plus, j'ai lu le livre d'Edmond Poupé, Le 10e bataillon du Var : 1793–an V (1904), pour suivre les déplacements de cette troupe.

    Arrivés à Poitiers le 2 avril 1793, les volontaires varois furent placés sous le commandement du général Quétineau. Le 10 avril, ils repoussèrent des insurgés à Cheffois, puis Quétineau se dirigea vers Les Aubiers, où il fut défait le 13. Les Bleus battirent alors en retraite vers Bressuire, « où les Varois massacrèrent 14 prisonniers » (Chassin, La Vendée patriote, t. Ier, pp. 267 et 288). 

    Le 2 mai, Quétineau évacua Bressuire pour se replier sur Thouars. On connaît la suite avec la grande bataille du 5 mai. Or, après cette défaite retentissante pour les Bleus, E. Poupé écrit que les prisonniers libérés par les Vendéens regagnèrent Toulon (ils y arrivèrent le 4 juin), à l'exception de certains volontaires commandés par Guidal, qui se rendirent à Angoulême le 12 mai, contre l'avis du représentant Auguis. Sous la pression des autorités charentaises, ces volontaires varois prirent la route de La Rochelle, reçurent le renfort de recrues provenant de la levée des 300.000 hommes, puis furent intégrés à la division des Sables commandée par le général Boulard.

    On retrouve ensuite ce bataillon au camp de la Roullière, au sud de Nantes, en juin 1794. Un an après, il partit pour Vannes combattre les Chouans.

    D'après ces déplacements, les Varois n'ont pu passer à Beaulieu-sous-Bressuire, et tuer l'abbé Jottreau, qu'entre leur défaite aux Aubiers le 13 avril 1793 et leur départ de Bressuire pour Thouars le 2 mai suivant.

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