• La bataille de Thouars....

     

    La bataille de Thouars…

     

     

     

    La prise de la ville de Thouars le 5 mai 1793 a ceci de remarquable, qu’elle rassemble pour la première fois tous les grands généraux de 1793 à l’exception de Charette.

    On peut également la situer dans ce que l’on peut qualifier du temps des victoires, car jusqu’à la blessure de Cathelineau le 29 juin suivant, les Vendéens n’ont pas connu de défaite significative.

    Stratégiquement cette attaque se justifiera par le fait qu’elle repousse les armées républicaines du cœur du pays insurgé, et qu’à défaut de couper les communications de l’ennemi elle les complique sérieusement car la ville est située sur l’axe Nantes Poitiers et sur un axe nord sud de Paris à Bordeaux. Cette absence de défaite s’expliquant aussi en partie par la valeur militaire quasi nulle des troupes que la gueuse envoie pour mater l’insurrection, troupes qui nous le verrons montrent plus de célérité dans le meurtre et la rapine que dans le choc ( voir par exemple ce que disait le général Boulard commandant le secteur des Sables à propos des fameux « chasseurs du Midi »).

    Face aux combattants de Dieu et du Roi, la république oppose moins de trois mille hommes (information fournie par le général les commandant Pierre Quétineau) issus des unités suivantes : 10ème bataillon des volontaires du Var - aux ordres de Jean-Pierre Peux, il est à noter que ce bataillon s’est souvent présenté comme « marseillais » ce qualificatif donné parfois également aux chasseurs du midi trouvait son origine dans le bataillon des fédérés de Marseille meurtriers des défenseurs du palais des Tuilleries).

     

    -5ème bataillon de volontaires de la Nièvre.

    -1er bataillon du 84ème régiment d’infanterie ex Régiment  de Rohan (les compagnies de grenadiers étant à l’armée de Mayence).

    -3ème bataillon des Volontaires des Deux-Sèvres

    -Une unité de chasseurs de Tours (au moins 128 soldats d’apèrs les AN W338-2).

    -Gendarmerie de Niort (aux ordres du capitaine Piet  SHD B5/5-2).

    -Compagnie franche de cavalerie bourgeoise et infanterie de Saint Jean d’Angély (aux ordres du capitaine Rivière selon Pierre-Augustin Rayé).

    -Diverses unités de la garde nationale venant des villes de Mirebeau, Airvault (aux ordres du capitaine Jean Roy), Richelieu, Couhé, Loudun, Chatellerault, Bressuire et Thouars

    -Quelques soldats issus des chasseurs du midi (au maximum une compagnie).

    -Au niveau de l’artillerie on peut estimer le nombre de pièces présentes coté bleu à une dizaine, et très certainement des pièces de campagne des calibres  4, 8 et 12 livres, mais pas d’artillerie de siège.

     

    Du coté blanc, la plupart des paroisses soulevées enverront des hommes, des toutes premières comme Saint-Florent-le-Vieil ou Chanzeaux, aux dernières comme Saint Aubin de Baubigné. Pour le matériel il sera celui qu’on connaitra tout le long du conflit outils transformés, armes de chasse et de prise.

    Le "Pont des Chouans", vu par Drake (Album Vendéen, 1856) :

    La bataille de Thouars....

     

    Une fois les forces antagonistes présentées replaçons nous dans le contexte de ce début du mois de mai 1793, les troupes du général Quétineau envoyées mater les rebelles du bocage bressuirais n’ont essuyé que des défaites, leur première survenant le 13 avril lorsque pour son premier combat Henri de la Rochejaquelein les chasse du bourg des Aubiers.

    A la fin de ce même mois nous retrouverons ces hommes à Bressuire dont une partie, des hommes du 10ème du Var, ira avec la garde nationale locale incendier le bourg de Beaulieu le 26 avril, pour refus de tirer au sort,et à cette occasion se rendra coupable de plusieurs assassinats dont celui de l’abbé Jottreau. Il est à noter que lors de leur séjour dans le Bressuirais, les varois se signalèrent par leur vigueur criminelle, le bourg de Saint-Sauveur ayant de peu échappé au sort funeste de Beaulieu. Le 1er mai Quétineau fut avertit que des troupes de Brigands avançaient vers lui , ces colonnes rassemblant environ 20 000 hommes, n’ayant dans ses rangs qu’un nombre de soldats que nous pouvons situer selon ses dires entre 3 et 4000 hommes il prit la décision, Bressuire étant peu défendable, de se porter sur Thouars qui de par sa situation et ses fortifications se prêtait mieux à la défense.

    Pour terminer avec l’épisode Quétineau à Bressuire, il convient de lui reconnaître quelques mérites, et plus particulièrement d’avoir feint d’ignorer la présence de certains prisonniers de haut rang qui pour l’une de ses personnes nous transmettra des Mémoires qu’on ne présente plus, et qui pour d’autres ne tarderont pas à se faire remarquer par leur courage, leur piété, leur emportement parfois. Donc merci à Pierre Quétineau sans qui Monsieur de Lescure, son épouse son beau père et Monsieur de Marigny n’auraient laissé qu’une trace infime dans l’horreur que fut la révolution.

    La route directe de Bressuire à Thouars étant déjà occupée par les blancs il fut décidé que le trajet se ferait par la route de Faye l’Abbesse ; trajet que ne fut pas de tout repos puisque une partie des soldats à l’initiative de plusieurs varois dont le capitaine Maximin-Joseph Guidal, dont on reparlera en 1812 avec le général Malet, prendra la direction d’Airvault et Poitiers. 

    Quétineau arrivé à Thouars ne mettra pas immédiatement la ville en état de défense, ce qui montre comme le dit Tallien, soit sa trahison soit son impéritie, ici on privilégiera le deuxième terme car la suite nous montrera que ce général pas forcément le plus compétent, était un honnête homme.

     

    La décision de poursuivre les bleus à Thouars sera prise par les Vendéens lors d’un conseil tenu à Bressuire le 3 mai et l’attaque sera décidée pour le 5. Quétineau averti le 4 au soir de cette attaque prochaine par une de ses patrouilles ayant fait des prisonniers fit mettre la ville en état de défense selon les possibilités que ses maigres effectifs lui laissaient. Il dépêcha plusieurs courriers entre au général Leygonnier de Doué pour demander des secours qui ne vinrent jamais. Le comportement de la garde nationale thouarsaise lors des combats des moulins de Cornet en août 1792, ayant été sanguinaire, la peur de représailles méritées, se fit sentir dans toute la ville d’autant plus que circulait une rumeur sur une exécution militaire de Bressuire.

    Disposant comme il le dit lui-même de moins de trois mille hommes, Quétineau en gardera un millier intra muros qui couvriront les parties sud de la ville au niveau du bac de Saint Jacques du château et du Pont neuf, improprement appelé maintenant « Pont des Chouans ». Il disposera le reste de ses troupes sur trois points tout d’abord le Pont de Vrines (pont le plus proche de la ville hormis le pont neuf) qu’il fera bloquer par une charrette, du fumier et quelques troncs d’arbre, ou il positionnera ce qui lui reste du 10ème du Var soit une grosse centaine d’hommes et le 5ème de la Nièvre (effectifs inconnus) avec au moins un canon et trois au maximum.

    Au gué au Riche il disposera deux compagnies de gardes nationaux (Couhé et Airvault) et la cavalerie de Saint Jean d’Angély (selon Pierre –Augustin Rayé qui y servait). Le reste de ses hommes se verra positionné près d’un moulin permettant de barrer la route de Vrines à Thouars, qu’une plaque signale comme le « PC » du général  ce qui à mon avis est faux puisque rien ne le signale comme tel sauf la dite plaque. On trouvera donc sur ce point le 3ème des volontaires des Deux Sevres, la gendarmerie de Niort (qui d’ailleurs détalera très vite), les quelques chasseurs du Midi, sans doute le 1er bataillon du 84ème et quelques gardes nationaux.

    De leur coté les armées blanches s’avançaient sur aux moins deux colonnes une vers le nord de la cité (pont de Vrines, gué au Riche) ou on trouvera à sa tête Louis de Lescure, Henri de la Rochejaquelein, Charles de Bonchamps, René Forest et l’autre vers l’ouest et le sud avec Jacques Cathelineau, Jean-Nicolas Stofflet, Maurice d’Elbée, Monsieur de Marigny et le Marquis de Donnissan (bac de Saint Jacques et pont neuf).

    La bataille de Thouars....

    Nous savons que les soldats de La Rochejaquelein et Lescure seront vus sur les hauteurs de Ligron en face de Vrines au lever du jour aux environs de 5 h 30. A l’époque les deux hauteurs se faisant face sont couvertes de vignes, souvenir perpétré par entre autres, l’actuelle rue des petites vignes coté Vrines. Comme  nous l’avons déjà vu le pont d’une largeur comprise entre 2,40 et 3 mètres était bloqué par une barricade de fortune et dans son axe couvert par une pièce de campagne (la présence de deux pièces supplémentaires est probable et logique mais pas avérée de façon certaine), Les combats sur ce point dureront toute la matinée les positions républicaines étant solides mais tenues par des militaires sans expérience, comme le dit un volontaire nivernais, qui signale également l’empressement des officiers commandants à se camoufler derrière les arbres présents sur place.

    D’après de nombreux mémorialistes comme la Marquise de la Rochejaquelein ou d’historiens comme l’abbé Deniau, le Marquis de Lescure encore inconnu de la plupart des paysans ne parviendra  à faire avancer les troupes uniquement que lorsque René Forest et Monsieur Henri revenus d’avoir approvisionné les troupes en poudre lui emboiteront le pas sur le pont et repousseront les bleus sur les hauteurs vers le moulin.

    L’arrivée de Bonchamps pose plus de questions. En effet selon les sources consultées on évoque une marche directe vers le Gué au Riche où le marquis voyant la situation  bloquée au pont de Vrines décida de se porter. Il est connu que Charles de Bonchamps éprouvait les plus vives difficultés à ne pas se jeter en première ligne et je ne l’imagine pas rester sur les hauteurs de Ligron plusieurs heures  sans tenter de forcer le passage.

    Pour ma part, je pense que  le marquis de Bonchamps est arrivé sur le secteur  bien après, et s’est porté directement sur le gué, car celui-ci est connu depuis fort longtemps, la tradition locale le présentant comme une ancienne voie romaine.

    L’attaque menée sur ce point  se fera sans artillerie mais avec le concours de la cavalerie de Dommaigné, rencontrera une vive résistance venues des compagnies de la garde nationale de Couhé et d’Airvault, la cavalerie de Saint-Jean d’Angély  ayant vite pris la direction de Loudun.

    La bataille de Thouars....

     

    L’attaque sur le pont neuf démarrera elle avec plusieurs heures de retard, la Marquise de La Rochejaquelein indique dans ses mémoires que l’attaque devait démarrer deux heures après l’attaque du pont de Vrines, soit environ à 7 h, mais qu’au vu du mauvais état des routes l’attaque se verra retardée de 5 heures et ne débutera qu’aux environs de midi dans les moments ou le pont de Vrines est pris. De son promontoire Quétineau observant les mouvements de l’armée royale,enverra en renfort sur ce point les chasseurs du Midi dont il dispose et qui vont parcourir la demi lieue qui les sépare du gué en passant par ce qui est sans doute l’actuel chemin des Haut Coteaux.

    Sur un axe parallèle longeant le Thouet et desservant le moulin d’Enterré 2 000 hommes commandés par Forest se portent sur les flancs des défenseurs du gué et sur les renforts dont six seulement en réchapperont.

    A ce propos l’abbé Deniau indique que si les chasseurs du midi ont été proprement anéantis, cela viendrait de la confusion faite entre tous les gens du sud ayant un accent et les Marseillais coupables d’avoir attaqué les Tuilleries donc la famille royale, d’où un combat sans pitié.

    A partir de ce moment là, il n’est plus question de Bonchamps dans cette journée, exception faite de la nuit sur laquelle nous reviendrons. Il semble logique que les troupes du Marquis se soient positionnées ensuite sur les axes allant vers Doué et Saumur pour parer à une éventuelle attaque venue de l’une de ces deux villes, les royalistes n’étant certainement pas au fait de la fin de non recevoir envoyée par Leygonnier.

    Une fois le pont pris et les troupes de Forest parties vers le gué au riche, les troupes stationnées au moulin renforcées des restes des bataillons du Var et de la Nièvre s’opposeront au gros des forces de Lescure et La Rochejaquelein mais ne tiendront que le temps nécessaire aux Vendéens de faire passer le Thouet à leur artillerie, une fois celle-ci mise en place, ce sera pour les bleus une débandade qui pour certains ira bien au delà des murs de la ville, notamment pour la cavalerie.

    A partir de ce moment là on peut considérer que les jeux sont faits, car au vu de la disproportion des forces en présences et de l’état général des murailles de la ville qui n’ont bénéficié d’aucune amélioration et ne sont donc plus adaptées aux armes de l’époque, d’autant que dans certaines parties, des fenêtres percées et hâtivement rebouchées sont autant de passages possibles. La seule chance des assiégés étant le faible calibre des pièces vendéennes  qui ne pourront pas entamer les murs de la cité.

    C’est à ce moment que Monsieur Henri lance un assaut sur les murailles de la porte de Paris, et c’est sur ce secteur qu’aura lieu le fameux épisode de la fusillade grimpé sur les épaules de Toussaint Texier.

    Illustration : AD85.

    La bataille de Thouars....

     

    A cet instant ce sera pour les bleus un effondrement total car sous les défenses du pont neuf ils vont tomber sous les coups des canons de Marigny et les chasseurs de Tours situés en surplomb au niveau de l’orangerie (voir la gravure de Drake représentant ce fait) ne pourront empêcher les troupes présentes sur ce point d’accéder à la ville en passant par les jardins du château et par la porte Maillot (celle située à l’aplomb de la chapelle, et détruite depuis) pour arriver sur l’église Saint Médard.

    On pourra remarquer que jusqu’à cet instant il n’a pas encore été question des rôles de Cathelineau, d’Elbée et Stofflet, la plupart des auteurs les situent au niveau du bac reliant Thouars à Saint Jacques de Thouars, Bourniseaux lui parle de plusieurs salves d’artillerie destinées  plus à opérer une diversion qu’une réelle attaque, car on peut légitimement penser qu’un assaut de ce coté  était voué à l’échec tant que les portes de villes n’avaient pas été ouvertes. Le Thouet n’est pas le Rhin et Thouars n’est pas Nimègue, je ne pense pas que les Vendéens disposaient de barques en nombre conséquent comme les américains en avaient en 44, et encore moins que Quétineau aussi mauvais militaire qu’il soit ait laissé le bac coté Saint Jacques de façon à faciliter le passage aux assaillants. Il me parait plus logique une fois le pont neuf pris l’essentiel des troupes présentes à Saint Jacques aient accédées à la ville par le dit pont neuf, Quétineau ayant fait couper la chaussée du moulin du vicomte qui donnait un accès direct dans la ville.

    Dans les derniers moments du combat les varois se distinguèrent une fois de plus en détruisant un drapeau blanc qui allait être porté au devant des assaillants, prenant ainsi le risque de voir la ville détruite et sa population passée par les armes comme il était souvent le cas lorsque les villes étaient prises d’assaut.

    Le district de la ville décida de capituler et chargea Redon de Puy Jourdain de porter la capitulation, qui fut reçue par D’Elbée et Cathelineau. Je me permettrai de citer au passage Napoléon, cité lui-même par l’abbé Deniau : « Quoi que la ville fut réellement prise d’assaut , la capitulation fut observée . Ce qui est remarquable c’est qu’aucune vengeance ne fut exercée ».

    Mis à part quelques caves de vidées, des documents administratifs et tout ce qui symbolisait la raie publique brulés et un arbre de la liberté arraché aucune exaction ne sera commise.Les prisonniers, environ 3000, se verront enfermés quelques jours dans la cour du château et à quelques exceptions près, seront tous libérés. Il y eu au moins une évasion, celle du commandant des varois Peux et une tentative d’un autre varois qui se soldera par la mort de ce dernier.

    Cette journée verra à l’exception de Stoffet les généraux présents faire preuve d’une grande mansuétude à l’égard de Quétineau, particulièrement le Marquis de Lescure, qui on peut le dire, lui devait la vie, ainsi que tout ceux avec qui il était détenu.

    Bonchamps lui proposa même de partager sa chambre pour garantir sa sécurité. Ce que ses hommes n’apprécièrent guère puisque l’un deux s’y glissa pour protéger son chef d’un éventuel attentat. Il fut proposé à Quétineau de rejoindre la Grande Armée Catholique et Royale, mais celui-ci fidèle à ses valeurs préféra rejoindre le camp des siens persuadé que son honnêteté saurai l’exonérer de tout châtiment.

    Hélas et pour son malheur, il était ami de Dumouriez, qui lui était passé à l’ennemi, et avait fait de lui le parrain de l’un de ses enfants. C’est sans doute plus cette amitié, que ses pauvres talents militaires conjugués à de mauvais troupes, qui lui valurent de monter à l’échafaud, car de biens plus mauvais que lui comme Santerre, pour avoir ramassé des roustes bien plus cuisantes et en plus grand nombre, se virent traverser somme toute tranquillement la Terreur. On sera à même de lire dans les archives combien tous les protagonistes de la bataille le chargent, notamment Peux commandant du 10ème du Var. Comme quoi la gueuse porte bien son nom…

     

    Pierre Périeau pour Chemins secrets

    Décembre 2018

     

     

         Cotes d’archives relatives à la bataille de Thouars :

     

         -SHD B5/4-29

         -SHD B8/4-16

         -SHD B5/4-16

         -SHD B5/4-38

         -SHD B5/5-2

         -AN W 338-2

     

    -          http://sehri.forumactif.com/

    -          http://j.moulon.free.fr/pages/revolution3.html on trouvera sur ce site un historique du 10ème du Var

    -          https://revolutionsehrivolontaires.wordpress.com/

    -          https://revolutionsehri.wordpress.com/

     

         Divers :

    -Histoire de Thouars par Hugues Imbert

    -Mémoires de la Marquise de la Rochejaquelein

    -Histoire de la Guerre de la Vendée par l’abbé Felix DENIAU

    -Vendéens et républicains dans la guerre de Vendée par Frédéric Augris

    -Histoire des guerres de la Vendée et des Chouans par Bourniseaux.

     

     


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