• Westermann et la Guerre de Vendée....

     

    Westermann et la Guerre de Vendée…

     

     

     

    Ces observations de Westermann s’avèreront d’un piètre intérêt stratégique mais on peut y observer les prémices de la politique de terre brûlée qui sera mise en œuvre quelques mois plus tard par Turreau. D’autre part, on aura une idée de l’opinion que le « Boucher de la Vendée » se faisait des bataillons parisiens.

     

    Source : SHD B 5/6-5.

     

    RL

    Octobre 2017

     

    Westermann et la Guerre de Vendée....

     

     

    OBSERVATIONS SUR LA GUERRE DE VENDÉE PAR LE GÉNÉRAL WESTERMANN

     

    3 août 1793 an Ier (Date de réception)

     

    Les ennemis de la Vendée sont un amas de déserteurs de toutes les puissances de l'Europe, parmi lesquels se trouvent beaucoup de déserteurs français, des prêtres émigrés, gardes-chasses, braconniers, contrebandiers et employés ci-devant dans la gabelle, tous bien déterminés et se battant avec beaucoup de courage. Les restes de cette espèce de gens peut se monter à 10.000 hommes bien armés, des gentilshommes mécontents sont les chefs et conduisent la troupe, ils connaissent parfaitement bien le pays qui n'ont que rochers, forêts et chemins couverts. Au moment où ils forment le projet d'une grande attaque, le tocsin sonne partout, et par ordre du Conseil Supérieur du Roi Louis 17 qui s'est formé à Châtillon, tous les habitans, sans distinction d'âge, sont obligés de marcher, armés de faux, de piques, de fourches et de batons, ceu qui ne veullent pas aller de bon gré, y [sont] contraints à coups de batons, le paysan est obligé de porter chaque foi avec lui ses vivres pour quatre jours, et tout est commandé au nom du Roi ; les prêtres ont mis tout en oeuvre pour égarer le peuple absolument fanatic, le sistème des rebeles [rebelles]  est de rétablir l'ancien régime qu'ils mettent en vigeur (vigueur) dans le pays qu'ils occupent.

    Le plan du Général Biron était de cerner l'armée contrerévolutionnaire et de marcher en ligne pour la pousser dans la mort, rien de mieux combiné dans la supposition qu'il eut une armée de soldats aguerris, qui scussent résister à toute attaque, allors ce plan pourrait s'exécuter avec succès, mais avec les troupes actuellement dans la Vendée, presque toutes de nouvelle levée non organisée, dont une grande partie ne s'est vendue qu'à prix d'argent, et ramassées au coin des rues de Paris, qui en partie sont des domestiques d'émigrés et de grandes maisons ne respirant qu'après l'ancien régime, tous ces personnages, au lieu de deffendre la cause de la République, ne cherchant que l'occasion de se faire prendre par l'ennemy pour retrouver leurs maîtres, ou pour se faire tondre, et être renvoyés tranquillement chez eux, en gardant les sommes qu'ils ont extorqués.

    Il faut encore observer que contradictoirement à la loi, tous les bataillons partis de Paris qui devaient être formés et encadrés qu'à Orléans, se sont organisés à Paris, ont nommé leurs chefs et leurs officiers, parmi ceux qui s'étaient aussi vendus à prix d'argent ; aucun de ces officiers n'a servi, ne conçoit ny commandement, ny discipline, tous donnent aux soldats l'exemple de l'ignorance, de l'insubordination et de la lâcheté ; je dis donc qu'avec une pareille troupe le plan du Général Biron, non seulement ne peut s'exécuter avec succès, mais il est certain que nous serions battus par échelons ; l'ennemy nous attaquerait par un point et serait sûr de nous vaincre, il se porterait ensuite sur un autre point et nous batterait encore et dans peu notre armée serait écrasée.

    Dans cette position, il faut donc renoncer au plan de cerner et de marcher en lignes, il faut au contraire réunir toute la force et marcher en masse sur l'ennemy ; cette marche a un double avantage ; elle en impose à l'ennemy et elle est encourageante pour les poltrons qui se voyant réunis beaucoup ensemble, prendront courage et suivront les braves ; elle est encore imposante pour les paysans de la Vendée qui voyant une grande armée réunie, ne se rengerait plus sous le drapeau blanc, ils verront que leur perte serait certaine et ils ne craindront plus les menaces des chefs des rebelles.

    L'élite de l'armée comprendra l'avant-garde qui ne sera éloignée du corps de l'armée que deux demie lieue pour être soutenue au premier coup de canon ; beaucoup de tiralieurs [tirailleurs] précéderont les colonnes et borderont les deux côtés des chemins ; pour éclairer la marche, deux pièces de canon et un escadron de Cavallerie suivant chaque colonnes, l'artillerie aura ordre de tirer sur les fuyards, et la Cavallerie de les charger, ces dispositions seront publiques et seront mises à l'ordre.

    Comme le paysan de la Vendée est égaré, il faut le ramener et le faire retirer dans ses foyers par des procédés, il faut deffendre le pillage sous peine de mort et de l'exécution à l'instant ; pour faire connaître aux habitans de la Vendée les intentions pures de la Convention, il faut faire afficher partout dans les villes et villages, hameaux et forêt des proclamations dans le sens de celles que j'ai faites à Châtillon et dont je joins un exemplaire.

    Dans chaque commune où l'armée de la République passera, elle prendra des otages avec notiffication que si aucun habitant de cette commune s'avisait de se ranger sous le drapeau des ennemis, les otages en répondront sur leur tête, et qu'à l'instant, la commune sera livrée au pillage et aux fers.

    Les généraux d'armée seront autorisés à donner les exemples de terreur au peuple rebelle qu'ils croiront  convenables pour dessiller les yeux du paysan, et le faire rentrer dans son devoir, soit en brullant le chef-lieu des rebelles, les possessions des chefs, soit en livrant à la mort les paysans les plus obstinés.

    En commençant la marche, le tocsin sonnera partout et chaque commune fournira un petit contingent, moitié armé, et moitié pour servir de pioniers. Dans chaque commune où les fonctions des corps administratifs auront cessées, ils seront réintégrés, ainsi que les ministres du culte.

    Il sera proclamé un manifeste au nom des soldats composants l'armée de la République par lequel il sera déclaré à l'armée prétendue Catholique et Royale, que ne pouvant les regarder que comme des brigands dévastateurs rebelles aux loix divines et civiles, ils ne feront grâce à quiconque sera prix les armes à la main, ou qui, sera convaincu d'avoir marché contre l'armée de la République ; qu'aucun prisonnier ne sera fait ; et qu'en revanche, ils n'accepteront (?) point grâce s'ils avaient le malheur de tomber entre leurs mains.

    Comme cette guere ne peut être que de peu de durée, il sera annoncé d'avance que forcé par les circonstances, les fatigues du soldat seront incalculables, qu'il s'agit de brusquer la marche de l'armée que pour réussir dans l'exécution du plan d'attaque, il est essentiel que le soldat ne soit cantonné nulle part qu'il marche au contraire toujours en bivouaquant dans un pays où à chaque instant, il pourrait être surpris par l'ennemy dans les cantonnements.

     

    Le Général de Brigade

    Westermann.

     

     

     

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