• Un Chouan tué à Genneteil....

     

    Sur les chemins de Galerne... 

    Un chouan assassiné à Genneteil en 1815 

     

     

     

     

    Dans son recueil des traditions et légendes du Baugeois, Baptiste-Camille Fraysse nous livre une drôle d’histoire qui se racontait le soir à la veillée, auprès du feu, dans les chaumières isolées…

     

      « Baptiste, dit Camille Fraysse est né à Gramat dans le Lot en 1866. Il suit son père employé dans les chemins de fer. Il fait de solides études au lycée de Vendôme et est reçu premier au concours d’entrée à l’Ecole des Arts et Métiers. Mais il ne devient pas ingénieur et ne réalisa pas le rêve de ses parents. Il s’engage dans les Zouaves et part en Algérie. A son retour il retrouve ses parents à Baugé et épouse Magdelaine Montprofit, de vieille famille bourgeoise. D’abord clerc d’avoué, puis secrétaire à la sous-préfecture de Baugé, il obtint un poste de percepteur.

    B.C Fraysse fut nommé percepteur d’abord dans le Noyantais, au poste de Chigné, puis à Jarzé jusqu’à la guerre de 1914-1918 ; il terminera sa carrière à Beaufort-en-Vallée où il prit sa retraite et devînt l’adjoint du maire de Beaufort. 

    Si son caractère pouvait paraître parfois rigide, on admirait en lui droiture, intégrité morale et désintéressement. 

    N’ayant jamais pris un jour de vacances au cours de sa carrière, B.C Fraysse profita de ses multiples contacts professionnels ou amicaux, pour s’informer, noter, comparer. Les fruits de ce travail méthodique et patient furent communiqués aux chercheurs des Arts et Traditions Populaires, puis assemblées dans un livre qui, publié en 1906, valut à son auteur les Palmes académiques. » 

     

    Auverse – En 1798-1830, des bandes de malfaiteurs, sous la conduite de l’un d’eux qui s’intitulait leur chef, parcouraient dit-on les campagnes, terrorisant la population, pillant et maltraitant les fermiers, dont il violaient le domicile la nuit. En certains endroits on appelait ces bandits des « Brûleurs de pieds », et dans d’autres des « Chouans ». Le chef de la bande, qui opérait dans la partie orientale du Baugeois, était natif d’Auverse et portait le nom de Bruno ou Bruneau. Il fut tué sur le territoire de la commune de Genneteil, auprès de la ferme de Malvoisine, par le maire de la localité, un nommé Violette. » 

    En souvenir de ce fait, les habitants d’Auverse portent depuis le nom de « Chouans ». 

     

    Un Chouan tué à Genneteil.... 

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Ce fait divers a dû laisser des traces dans les registres d’état civil de Genneteil, d’Auverse ou de Noyant… Il devient alors très intéressant de connaître la vérité, sur ce qui est devenu une légende, où les Royalistes sont présentés par les républicains sous un très mauvais jour. Nous verrons que les assassins ne sont pas ceux que l’on croit.

    Le général Henry-René Bernard de la Frégeolière nous dit que l’un de ses officiers, un capitaine, nommé Bruneau de Noyant (et non pas d’Auverse) a été assassiné pendant les Cent Jours à Genneteil. Nous obtenons ainsi le nom de l’assassin, qui a priori, ne fera l’objet d’aucune poursuite.

    Violette, qui n’était pas maire de Genneteil, seulement un tisserand du bourg, mais s’agit-il de Violette ?

     

    Voici ce que raconte le général Bernard de la Frégeolière dans ses Mémoires à la page 237 :

     

    « Des officiers de M. de la Noüe durent se cacher, un capitaine fut arrêté, un autre, nommé Bruneau, assassiné dans les circonstances suivantes : 

    Irrité de voir les chefs royalistes échapper à ses colonnes, le sous-préfet Lofficial* eut recours à la corruption pour assouvir sa rage et gagna deux jeunes gens : il les envoya offrir leurs services au capitaine Bruneau, qui les reçut sans défiance. Ces jeunes gens se montraient très zélés et remplis d’égards pour leur chef. Huit jour après leur arrivée, en passant dans la commune de Genneteil, l’un d’eux, voyant le moment favorable, dit à Bruneau : 

    « Mon capitaine, vous avez l’air fatigué, donnez-moi votre carabine, je vais la porter. » 

    Le capitaine le remercie et ne lui donne son arme qu’après les plus vives instances ; le scélérat fait une centaine de pas, toujours à côté de lui, s’arrête, et le tire dans le dos à bout portant ! Le malheureux capitaine tombe mort. Le camarade de l’assassin s’empare de ses pistolets, et, après avoir retourné le cadavre, les décharge sur sa poitrine ; tous deux le lardent de coups de baïonnette, le laissent sur place, et vont recevoir des mains du sous-préfet le salaire promis. Celui-ci ne se contenta point de leur déclaration et voulu voir le mort : il les renvoya donc, accompagnés de la garde nationale, chercher la victime. Ils la chargèrent dans une charrette, sur le dos, la tête pendante, toutes ses blessures à découvert, et c’est dans cette position qu’il fut conduit chez le sous-préfet. 

    Une fois rassasié de la vue du cadavre, M. Lofficial voulut que la ville de Baugé le contemplât à son tour. Ces cannibales le promenèrent dans les grandes et petites rues aux cris « de Vive l’Empereur ! Mort aux Chouans ! » et lorsqu’ils en furent ennuyés, ils le prirent par les quatre membres et le jetèrent dans le cimetière par-dessus le mur. 

    Je dois dire à la louange des habitants, qu’ils eurent horreur d’un tel spectacle, que loin de partager la joie de Lofficial et de ses adhérents, ils s’enfermaient dans leurs maisons, maudissant l’auteur d’une pareille cruauté. Je dois dire encore que les deux assassins étaient domestiques chez M. Quincé, prêtre constitutionnel, qui avait autour de lui quatre enfants, fruits de ses débauches, et que c’est de ce renégat que s’est servi le sous-préfet pour faire commettre ce crime épouvantable. » 

     

    * Juge à Baugé sous le premier Empire, ce fougueux Bonapartiste fut décoré par le Gouvernement de Juillet. (Journal de Maine-et-Loire, 28 janvier 1835). 

     

    Le capitaine Louis-Joseph-Antoine Bruneau est né en 1776 à Noyant (registre manquant). Il est le fils d’un notaire royal, Louis Bruneau et de dame Anne-Louise Claveau. Célibataire, âgé de 39 ans, il fut tué près de la métairie de Malvoisine à Genneteil, sur le chemin de La Flèche à Noyant, le 12 juin 1815 à 11 heures du matin.

    Le maire de la commune s’est bien gardé de relater les causes de la mort de cet officier royaliste, ayant certainement reçu des ordres du sous-préfet Lofficial…

     

      « acte de décès n°5 – décès de Louis Joseph Antoine Bruneau. »

    « Le treizième jour de juin mil huit cent quinze sur les huit heures du matin.

    Par devant nous Joseph Baudry, maire et officier de l’état civil de la commune de Geneteil au deuxième arrondissement de Maine et Loire soussigné - 

    Sont comparus les Sieurs Julien Le Bouc, propriétaire, adjoint au maire et Guillaume Pierre Cullerier, cultivateur, non parents du défunt demeurant commune de Geneteil, lesquels nous ont déclarés que le jour d’hier sur les onze heures du matin dans cette commune est décédé le Sieur Louis Joseph Antoine Bruneau, garçon, né à Noyant, âgé d’environ trente neuf ans, fils de défunt Louis Bruneau et de Dame……… Claveau sa femme ; le défunt était domicilié de la commune de Noyant, et ont les déclarants avec nous signé le présent acte, après que lecture leur en a été faite. 

    Signé : Le Bouc – Cullerier – Baudry. » 

     

    C’est quand même un peu bref pour un assassinat, non ?

     

    Maintenant attardons-nous sur le prêtre constitutionnel Quincé et ses deux domestiques devenus assassins...

    Dans le secteur de Baugé, en 1815, il n’existe qu’un seul prêtre constitutionnel, il s’agit d’Urbain Quincé, domicilié rue Saint-Jacques à La Flèche, s’agit-il du débauché dont nous parle Bernard de la Frégeolière ? Peut-être ? Mes recherches n’ont apporté aucune preuve de sa culpabilité.

     

    Urbain Quincé est né à Clefs près de Baugé, le 29 juin 1754, d’un père meunier, Urbain Quincé, et de Marguerite Chevreux. Voici ce que nous disent les archives Diocésaines sur ce prêtre renégat.

    « - Vicaire de Parçay sous Rillé du 19 mai 1781 au 18 octobre 1784. 

    - Vicaire de Gizeux du 9 mars 1785 au 26 mai 1786. 

    - Chapelain à Gizeux où il était titulaire des chapelles St Martin et St René. 

    - Vicaire à Seiches le 29 juin 1790. 

    - Sermenté le 30 janvier 1791 et eut des démêlés avec son curé, ce qui força ce 

      dernier P.R Lhéritier à prêter serment. 

    - Nommé curé constitutionnel de Tiercé, il signe son premier acte le 3 avril 

      1791. 

    - Le 25 octobre 1792, il fut élu officier public de Tiercé. Il exerça cette fonction 

      jusqu’au 6 Frimaire an III. 26 novembre 1794. 

    - Abdiqua ses fonctions de prêtre (Arch nationales F19 875). 

    - En juin 1795 à la Flèche où il n’exerce pas le culte. 

    - Le 4 Ventôse an V – 22 février 1797, il demeurait rue de la République à la Flèche, et il déclare un décès.

    - A la Flèche avec une pension de curé en 1817. 

    - Enquête : Sarthe 1802 – La Flèche - Quincé, instituteur volontaire, des talents, sage, de bonne meurs – on ignore s’il est dans l’intention de reprendre du service. » 

     

    « Sage et de bonnes mœurs », ce n’est pas l’écho que nous en avons de Bernard de la Frégéolière, qui nous parle d’un luxurieux, père de quatre enfants fruits de ses débauches.

    Urbain Quincé décède à La Flèche le 29 novembre 1836 (vue n°164/411) dans sa 83ème année, il est dit propriétaire. Son héritière fut sa « domestique », Marie Duffay, Defay ou Buffay (Table des successions et absences).

     

    Nous n’avons pu identifier ses deux domestiques de 1815, les recensements ayant été détruits conformément à la loi de l’époque.

     

    « Acte de décès n°148 -décès de Urbain Quincé âgé de 83 ans. » 

    « L’an 1836, le 9 novembre à une heure de l’après midi. Par devant nous Joseph Papigny, premier adjoint au maire, remplissant les fonctions d’officier de l’état civil de la commune de la Flèche, département de la Sarthe. Ont comparus les Sieurs François Aubinet, perruquier, âgé de cinquante deux ans et Victor Jus, rentier, âgé de soixante six ans, tous deux domiciliés à la Flèche. Lesquels nous ont déclaré que Urbain Quincé, propriétaire, domicilié en cette ville, né à Clefs (Maine et Loire) âgé de quatre vingt trois ans, fils de feus Urbain Quincé et de Marguerite Chevreux son épouse, est décédé ce jourd’hui à huit heures du matin en sa maison sise rue Saint Jacques. Et ont les comparants après lecture, signé le présent acte avec nous.  

    Signé : Papigny, Auvinet, Jus. » 

     

    Nous allions oublier Violette : Charles Vigor-Violette-de-Boisroger est né à Genneteil le 4 avril 1767, il se marie le 7 janvier 1794 avec Marie Baulin et exerce la profession de tisserand au bourg de Genneteil. Il n’a jamais été maire et décède dans cette même commune le 15 janvier 1843.  

    En 1815 il est donc marié, âgé de 48 ans, et père de famille, il n’est pas domestique chez le prêtre constitutionnel M. Quincé. Mis hors de cause par le témoignage du général Bernard de la Frégeolière, qui désigne les deux jeunes domestiques de Quincé.

    Les légendes ne livrent pas toujours le vrai nom des assassins.

     

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

    Un Chouan tué à Genneteil....

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    Un Chouan tué à Genneteil....

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    Sources : 

     

    . Archives Départementales du Maine-et-Loire, tous droits réservés- Registres paroissiaux et d’état civil de Genneteil, Noyant, Auverse.

    . Archives Départementales du Maine-et-Loire, tous droits réservés- Cadastre Napoléonien  de 1837 - 3P4/156/16 Genneteil D2 de Parnay et tableau d’assemblage 3P4/156/1 Genneteil. La métairie de Malvoisine. 

    . Archives Départementales de la Sarthe, tous droits réservés - Registres d’état civil de La Flèche - table des succession et absences vue 122/150. 

    . Archives Diocésaines – Diocèse d’Angers. 

    . C.Fraysse - LE FOLK-LORE du Baugeois -Recueil de Légendes, Traditions, Croyances et Superstitions Populaires. - Imprimerie Baugeoise R.Dangin – 14 bis rue Lofficial, Baugé (M-et L)- 1906. page 66. 

    . Mémoires du Général Bernard de la Frégeolière – Emigration Chouannerie – Librairie des Bibliophiles, Rue Saint Honoré PARIS – M DCCC LXXXI- pages 127, pages 237, 238, 239, pour les circonstances de l’assassinat.   

    . Photo de l’auteur: Eglise Saint-Martin-de-Tours de Genneteil XIIe siècle – la métairie de Malvoisine, les lieux de l’assassinat. 

                                         

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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