• Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

    Un chaudron, un carnage et un mariage...

     

     

    Encore une anecdote qui nous vient des Lucs-sur-Boulogne. L'histoire est terrible et nous donnons les deux versions, récemment exposées par Alain Gérard dans son ouvrage : "Vendée, les archives de l'extermination".

     

    Nous citons la première version d'après la tradition rapportée le 20 novembre 1945 par Laurence Bonneau, née en 1892, se disant l'arrière-arrière-petite-fille de Jean-Baptiste Simonneau de la Bugelière et rescapé des 19 membres de la famille Simonneau de la Bugelière et de la Moricière, massacrés le 28 février 1794.

     

    "Les Bleus ayant été signalés, la famille s'était réfugiée dans le gîte [bois-taillis] du Laveau, entre Vilgary (Vilgay) et la Bregelière (la Bugelière), non loin du moulin Maillard. On avait faim, et les femmes faisaient de la bouillie dans un chaudron, mais on fut trahi par la fumée. Dix, ayant pris la direction de Champ-Dolent, furent tués par les Bleus dans le petit bois de l'Ercis, qui maintenant est transformé en champ [...] Jean-Baptiste, 19 ans, se sauvant dans une autre direction, s'en alla se cacher dans la gîte du Court-Bâton, entre la Fossière et le Chef du Pont. Il rencontra là une femme et sa fille, les Bossard, de la Grolle en Rocheservière, qui auraient vu périr leur famille sous les coups des Bleus. Tous les trois se racontant leurs malheurs, Jean-Baptiste manifesta à la jeune femme Bossard et à sa fille Marie, son projet de monter au Petit-Luc, puis de se diriger vers la Vivantière où il espérait trouver la mort en combattant contre les Bleus. La femme l'en détourna : "Nous unirons les misères des deux familles", dit-elle. De fait, quelques temps après, Jean-Baptiste Simonneau épousa la jeune Marie Bossard. Ils sont nos aïeux ... "

     

    Voici à présent la seconde version  rapportée le 28 février 1992, par Anne-Marie, transmise par la soeur de sa grand-tante, descendants de Jean-Baptiste Simonneau. Recueillie en 1992 par Michel Gautier, Laurent Gautier et Bruno Guérin. In Michel Gautier, "La croix des Simonneau", La Vendée autrement dite. 1993, 155 p. p. 14-15.

     

    "Ils étaient tous dans le bois d'Ercis ou d'Arcy. Quand ils ont entendu les Bleus qui arrivaient, ils se sont tous regroupés : il y aurait une famille à la Moricière, ceux de la Moricière sont venus à la Bugelière et ils se sont cachés dans ce bois. Il fallait bien faire bouillir la marmite, pour donner à manger à tout le monde. Je ne sais pas si c'était de la bouillie. Et la fumée les a vendus. Le fesiant dau feù dans la jhite (ils faisaient du feu dans le bois-taillis). Et à ce moment-là, il y a même un boulet de canon, d'après ce que j'ai entendu dire, qui a fait éclater la marmite. Y avait plus de bouillie. Comme ils en avaient plus besoin, les pauvres ! .. Ils ont été tués. Le boulet de canon qui a fait éclater la marmite, y en avait-il un ? Y en avait-il deux ? D'après la légende, maintenant je vous dis pas que c'est la stricte vérité, hein. Voilà ce que j'ai entendu dire. Et puis y en a un qui était donc caché, et puis quand il est revenu, qu'il a vu tout ce massacre, toute cette famille massacrée, lui, il est parti pour se jeter à l'eau, dans le bas de la rivière, dans la Boulogne. Et là, il a rencontré cette Françoise Petit. Puis elle lui a dit : "Où vas-tu ?" Et puis il a dit : "Je m'en vais me noyer, toute ma famille a été tuée, je m'en vais me jeter à l'eau." Puis elle lui a dit, çà je l'ai toujours entendu dire : "Un chrétien ne se détruit jamais". Et à ce moment-là, elle l'a détourné. Ont-ils vécu ensemble ! J'en sais rien, c'était pas la mode à ce moment-là. Mais elle venait de Vieillevigne, et ils se sont mariés et ils ont eu six filles, un mort à la naissance et le dernier, Louis-Pierre, dont je suis une descendante par mon arrière-grand-mère."

     

    La seconde version est certainement la plus proche de la vérité car Jean Simoneau a bien épousé Françoise Petit le 20 thermidor an VI ( mardi 7 août 1798). Cette officialisation fait suite à un mariage religieux le mardi 10 février 1795...

     

    Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

    Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

    En 1949, une croix fut élevée à la Bugelière en mémoire de :

     

    Jean Simoneau, 70 ans

    Jeanne Malidin, son épouse, 68 ans

    Perrine, leur fille, 23 ans

    Jean, leur fils, 40 ans

    Jeanne Fort, épouse de Jean Simoneau, 45 ans

    Marie, leur fille, 19 ans

    Joseph, leur fils, 5 ans

    Jacques, leur fils, 18 mois

    Marie-Anne Magaud, épouse Simoneau, 26 ans

    Perrine, sa fille, 6 mois

    Pierre Simoneau, 41 ans

    Jeanne Simoneau, son épouse, 37 ans

    Marie-Anne, leur fille, 19 ans

    Perrine, leur fille, 14 ans

    Jean, leur fils, 5 ans

    Pierre, leur fils, 6 mois

    Jeanne Simoneau, épouse Martin, 27 ans

    Véronique sa fille, 1 an.

     

    Noms donnés par les parents rescapés du massacre.

     

    Erreur de date du bulletin paroissial (AD85). Il s'agit bien entendu de 1794.

    Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

     

    Cette croix fut déplacée en 1979 au village du Puy, très proche. Il est à regretter qu'elle ne soit pas restée à son lieu initial. Si un lecteur de "Chemins secrets" peut nous apporter des précisions sur cet endroit, qu'il n'hésite pas à nous contacter.

     

    Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

    La croix aujourd'hui :

     

    Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

    Erreur sur la plaque : il s'agit bien du 28 février, et non du 8.

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    Le chemin sur lequel Jean-Baptiste Simoneau a rencontré sa future femme.

    Sur l'IGN :

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    Sur le cadastre de 1837 :

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    Sur le terrain :

     

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    La Boulogne...

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    Près des ruines du moulin du Landais, non loin de la Bugelière, probablement témoin de bien des choses...

     

    Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

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    Un chaudron, un carnage et un mariage....

     

    Paix éternelle aux victimes...

     

    RL

    Juillet 2015

     


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