• Un Bleu, le commandant Simmer....

     

     Le commandant François Simmer,  

     officier ''bleu'' tué à l'affaire de Trémont

     le 4 juin 1793.

     

     

    Un Bleu, le commandant Simmer....Etant descendant de ''Blancs'', il n'est pas dans mes habitudes de parler des ''gens'' du camp d'en face ni de les plaindre, parce qu'ils représentent ceux qui ont massacré mes ancêtres et qui, aujourd'hui sont mes adversaires politiques : les Républicains.

     Mais avec le temps les esprits s'apaisent, sans pour cela oublier, ou céder du terrain à ces idées folles sorties des loges... En effet, aujourd'hui ''le monde est plein d'idées chrétiennes devenues folles'', contre lesquelles il faut lutter sans cesse. Par exemple : pour rendre plus facile le pardon des péchés on dit qu'il n'y a pas de péchés. Donc du ''Bleu'' seulement de temps en temps, à petite dose... car il faut bien parler de tout le monde...

     

    Parfois l'Histoire nous fait un clin d'oeil et il existe des destins qui relèvent en ce qui me concerne de la Providence et pour d'autres du hasard.

    Dans un simple acte de décès très imprécis, enregistré à Concourson-sur-Layon le 5 juin 1793 mettant en scène trois officiers ''bleus'' et l'officier public de la commune, nous avons réussi à retrouver l'un deux ; chevalier de la Légion d'Honneur et retraité à Verdun en 1817 ; voici donc l'acte de décès en question :

     

    «  Aujourd'hui cinq juin l'an ….. de la République française une et indivisible à deux heures du soir par devant moy Claude Petit officier Public membre du conseil Général de la commune de Concourson département de Maine et Loire, élu le vingt troisième jour de décembre mil sept cent quatre vingt douze pour recevoir les actes destinés à constater les naissances, les mariages, les décès des citoyens sont comparus en la maison commune François Quenard âgé de vingt huit ans Capitaine et Pierre Terrade Lieutenant au quatrièsme bataillon de la Charente, âgé de vingt quatre ans. Lesquels François Quenard et Pierre Terade m'ont déclaré que François Simmer leur Commandant avait été tué à l'affaire de Trémont hier à dix heures du matin et tout apporté en cette municipalité ; d'après cette déclaration, et en ay dressé le présent acte que François Quenard et Pierre Terrade ont signé avec moi sur autre registre -illisible- . Deux mot raturé nul et quatre mots interligne approuvés.

    Fait en la maison commune de Concourson les jour mois et ans cy-dessus »

     

    signé Claude Petit Officier Public.

     

    Un Bleu, le commandant Simmer....

     

     

    Le 5 juin 1793, Concourson est encore aux mains des Républicain et les deux officiers ''Bleus'' viennent déclarer le décès de leur Commandant : François Simmer.

    François Simmer est le commandant du 14e bataillon de la Charente et non du 4e. Il est dit tué en Vendée en 1793 dans le (Dictionnaire de Bardin), voilà pour le tué. Pierre Terrade le lieutenant, quant à lui, est ''inconnu au bataillon'', nous n'avons obtenu aucun renseignement le concernant.

    Il en est autrement de François Quenard, rescapé des guerres de Vendée et de l'Empire, nous le retrouvons comme Sous-Inspecteur aux Revues en retraite à Verdun en 1817.

    L'Inspecteur aux Revues « est chargé de l'organisation, embrigadement, incorporation, levée, licenciement et comptabilité des corps militaires, de la tenue des contrôles et de la formation des revues ». « Les Inspecteur aux Revues sont choisis parmi les officiers généraux et supérieurs dignes par leur talent, leur zèle et leur moralité ».

    Sa carrière mérite d'être contée car ce militaire a traversé bien des périls.

     

    François Quenard est né à Pithiviers le 26 janvier 1765 (aujourd'hui département du Loiret), paroisse St Salomon, il est le fils d'André Quénard et de Jeanne Ducoulumier.

     

    Un Bleu, le commandant Simmer....

     

    En 1792 il s'engage comme soldat dans une compagnie Franche du département du Loiret. Il est capitaine le 12 septembre 1792 et incorporé au 14e Bataillon de la Charente le 17 septembre 1792.

    Chef de Bataillon au 64e régiment d'infanterie de ligne le 2 prairial an 5. Nommé sous-inspecteur aux revues le 15 janvier 1807.

    A l'Armée du Nord a fait les campagnes de 1792 et 1793.

    A l'Armée des Côtes de l'Océan celles des ans 2, 3 et 4 .

    A l'Armée d'Italie celles des ans 5, 6 et 7.

    A l'Armée de l'Ouest celle de l'an 8.

    A l'Armée de l'Océan celles des ans 12 et 13.

    A la Grande Armée celles de 1805, 1807, 1808, 1809, 1810, 1811.

     

    Récapitulation des services et campagnes : 20 ans de services, 17 campagnes, 13 campagnes après les 5 premières et une campagne pour la prise d'Ulm en l'an 14. Retraité le 25 avril 1811 à Hambourg. - s'est retiré à Verdun (département de la Meuse) le 19 octobre 1816 - décédé le 21 février 1827.

    A été fait chevalier de la Légion d'Honneur le 14 juin 1804. (promotion du 25 prairial an 12). Le 26 messidor (15 juillet 1804) a lieu en la chapelle des Invalides la toute première remise de Légion d'Honneur par Napoléon Bonaparte aux officiers méritants au cours d'une fastueuse cérémonie officielle, la première de l'Empire. François Quenard fait donc partie des premiers récipiendaires.

    Pour terminer, un mot quand même sur l'affaire de Trémont du 4 juin 1793...

    l'Abbé Deniau nous dit que le 7 juin c'est la bataille à Concourson. Mais il est probable que le 4 juin, avant de ''décrocher'' vers les Rochettes, un accrochage ait eu lieu au ''Pont de Trémont'' situé entre Vihiers et Concourson, et que c'est en ce lieu qu'a été tué le Commandant Simmer.

    Au vu de l'acte de décès du commandant Simmer, les dates et horaires sont très chronologiques : le 4 juin les ennemis se testent au ''Pont de Trémont'' entre Vihiers et Concourson avec combats d'avant garde. Le 5 juin à 2 heures du soir, enregistrement du décès au combat du commandant Simmer. Pendant ce temps le général républicain Leygonier échelonne ses troupes sur Saint-Georges-Châtelaison, Concourson, les Verchers. Le 7 juin par une pluie battante, le 14e bataillon de la Charente est en place aux Rochettes.

     

    Un Bleu, le commandant Simmer....

     

    En effet, après sa victoire de Vihiers, l'Armée Catholique et Royale fonce sur Saumur le général Leygonier « plaçait aux Rochettes le 14e bataillon des Charentes et 50 hussards, à Concourson le 3e bataillon de Paris et aux Verchers le 13e bataillon de la République, la légion de la Fraternité et 100 hussards. Le nombre de toutes ces troupes s'élevait à 6000 hommes ». « Les Vendéens débouchent entre le bois de Vaillée et les Rochettes se forment en pelotons abordent résolument les coteaux des Rochettes s'emparent des canons à l'arme blanche et rejettent dans Concourson tous leurs défenseurs» . Les Républicains sont écrasés, la route de Saumur est libre !

     

    Sources : Dictionnaire de Bardin ''Dictionnaire de l'Armée de Terre'' paru en 1841 – Archives Départementales du Maine et Loire commune de Concourson années 1793-1794 - tous droits réservés - Archives Nationales, Base de données Léonore  - Archives Départementales du Loiret – tous droits réservés.- Histoire de la Guerre de la Vendée Abbé Deniau Tome II p164,165. -Photo de l'auteur.

     

    Xavier Paquereau pour Chemins secrets


  • Commentaires

    6
    Xavier
    Lundi 4 Janvier 2016 à 13:46

    Je vous remercie Pierre, vous avez apporté des précisions très utiles sur ce qui s'est passé à Concourson à cette époque à la municipalité et concernant le Commandant Simmer.

    Je m'étais juste ''appuyé'' sur le décès de Simmer pour retracer le parcours militaire du capitaine François Quenard et c'est très sympathique d'avoir apporté toutes ces précisions, Merci. Et bonne année à vous aussi.

    5
    Dimanche 3 Janvier 2016 à 16:26

    Je pense que Pierre a voulu dire 1793 à la fin de son commentaire et qu'en fait un acte de 1793 se trouve dans le registre de 1792.

    4
    Xavier
    Dimanche 3 Janvier 2016 à 14:36

    L'acte de décès du commandant Simmer n'a pas pu ''s'envoler'' en juin 1792 puisqu'il ne s'est rien passé à Trémont ni à Concourson à cette époque. Et l'officier public dans cet écrit nous parle bien du 7 juin 1793.

    Claude Petit a bien enregistré le décès le 5 juin 1793 à deux heures de l'après midi. Le 7 juin il était en train de délivrer un ''extrait de l'acte de décès'' certainement pour les autorités militaires, ce sont deux actes administratifs bien distincts. Donc le Commandant Simmer à bien été tué le 4 juin à 10 heures du matin à Trémont et non pas le sept. Mais le débat reste ouvert.

    Mais bien faire la différence entre un acte de décès inscrit sur les registres d'état civil et un extrait d'acte de décès enregistré sur papier libre à destination d'une autorité civile ou militaire.

      • Pierre
        Lundi 4 Janvier 2016 à 02:23

        Un peu compliqué, c’est vrai. Et je suis allé un peu vite en besogne. Et maintenant, je vous dois quelques explications à la suite de mon erreur d’année ! Dans cette affaire, il y a un texte du 5 juin qui vient après un texte du 7 juin. Un curé jureur qui a fui, et un registre qui  a disparu… Cela fait beaucoup de fausses pistes possibles.

        Si vous en êtes d’accord, je crois qu’il faut décrypter le texte du 5 juin ainsi : « Lesquels françois quenard et pierre terrade mont déclaré que françois simmer leur commandant avait été tué à l’affaire de trémont hier à dix heures du matin et lont apporté en cette municipalité, d’après cette déclaration je me suis sur le champ assuré du décés dudit simmer ; et jen ay dressé le présent acte que françois quenard et pierre terrade ont signé avec moy sur autre registre cassé par lennemy ».

        Le texte du 7 juin, qui a été transcrit ultérieurement en juillet par Petit sur le registre des naissances, renforce l’idée que le corps du commandant Simmer avait été amené à la municipalité : « du commandant simmer tué à l’affaire de trémont et que l’on avait transporté dans cette commune. »

        Le registre 1792 de Concourson contient aussi les actes de 1793 et des années suivantes. Le registre municipal 1792 des baptêmes mariages et sépultures de Concourson, paraphé par le District de Vihiers, est tenu par Claude Petit, le curé desservant de Concourson, jusqu’au 13 décembre 1792 et comporte seulement 5 doubles pages au titre de 1792. Il est clos le 24 décembre 1792 par la municipalité qui confirme que le citoyen curé lui a remis tous les registres. La veille 23 décembre, le citoyen curé Petit a été élu membre du conseil de la commune pour dresser les actes.

        Ce même registre de 1792 est ensuite paraphé page 6 par le district de Vihiers et programmé pour les seules naissances de 1793 sur 10 doubles feuillets à venir. C’est toujours Claude Petit qui signe curé et officier public début janvier 1793 et qui inscrit 13 naissances jusqu’au 22 mai 1793.

        A la lumière de ces indices, retour en arrière donc pour tenter de refaire la chronologie.

        Début juin 1793, les événements se précisent sur l’axe Cholet Saumur. Dès le 3 juin, des groupes importants de Vendéens qui marchent vers Saumur débordent un peu partout les quelques Bleus que Leygonnier peut leur opposer.

        Dans la panique ambiante, il n’y a plus de mariage à Concourson depuis le 5 février, plus de naissance depuis le 22 mai et plus de décès depuis le 23 mai.

        Le 4 juin à 10 heures du matin, le commandant bleu Simmer est tué à Trémont par les Vendéens.

        Le 5 juin à 14 heures, François Quenard et Pierre Terrade, capitaine et lieutenant du 14ème bataillon de Charente, amènent le corps de leur commandant François Simmer à la municipalité de Concourson pour faire la déclaration du décès auprès de Claude Petit qui l’enregistre sur le registre des décès de Concourson après avoir constaté la mort. Les deux patauds signent.

        Le 7 juin, Claude Petit est à la chambre commune de Concourson avec François Quenard et Pierre Terrade du 14ème bataillon de Charente qui sont revenus demander un extrait du décès de leur commandant. A 10 heures 30, les Vendéens apparaissent sur la colline des Rochettes et descendent vers Concourson pour y passer le Layon. Les deux soldats s’affolent, le desservant jureur aussi. Avant de prendre la fuite avec la population patriote, il met les registres des naissances et des mariages en lieu sûr, mais laisse sur la table de la municipalité le registre des décès arrêté depuis le 23 mai.

        Les Vendéens « lacèrent » le registre des décès, celui que Claude Petit appelle « autre registre cassé par l’ennemi », où lui-même a enregistré l’acte de François Simmer et où les deux militaires ont signé.

        Claude Petit revient début juillet et reprend les registres où il recopie les notes qu’il a prises sur papier libre plus faciles à transporter que des gros livres reliés. Avant d’inscrire en direct deux actes de naissance le 24 juillet 1793, il en profite pour expliquer sa panique du 7 juin 1793 sur le registre des naissances 1792/1793 qu’il avait arrêté le 22 mai :

        « Le septième jour de juin mil sept cent quatre vingt treize an second de la République une et indivisible, les Rebelles de la vendée ont paru tout à coup sur la hauteur du village des Rochettes, sur les dix heures et demie du matin comme j’étais après délivrer lextrait de décès du commandant simmer tué à l’affaire de trémont et que l’on avait transporté dans cette commune. Ils ont lacérés les Registres de decés qui étaient sur la table avec les formules danregistrement que nous n’eumes pas le temps de cacher avec les Registres de naissance mariages et affiches de mariage ayant apeine eû le temps de nous sauver. Pendant mon absence les naissances qui sont survenues, ainsi que les decés, je les ai recherchés avec le plus d’exactitude que j’ai pû et les ai inscrites cidessous, excepté les actes de decés que j’ai mis à part sur papier libre, jusques à ce que j’en aye d’autres pour les transcrires. Claude Petit officier public. »

        Voilà mes déductions. Je reste à votre disposition. Cordialement. Pierre

         Et bonne année !

        Mon courriel perso : pldbray@wanadoo.fr

    3
    Pierre
    Dimanche 3 Janvier 2016 à 10:41

    et pardon pour retranscrit !

    2
    Pierre
    Dimanche 3 Janvier 2016 à 10:21

    Sur le registre naissances mariages sépultures 1792 de Concourson, on trouve aussi cela à la page 9, entre deux naissances :

     

    Le septième jour de juin mil sept cent quatre vingt treize an second de la République une et indivisible, les Rebelles de la vendée ont paru tout à coup sur la hauteur du village des Rochettes, sur les dix heures et demie du matin comme j’étais après délivrer lextrait de décès du commandant simmer tué à l’affaire de trémont et que l’on avait transporté dans cette commune. Ils ont lacérés les Registres de decés qui étaient sur la table avec les formules danregistrement que nous n’eumes pas le temps de cacher avec les Registres de naissance mariages et affiches de mariage ayant apeine eû le temps de nous sauver. Pendant mon absence les naissances qui sont survenues, ainsi que les decés, je les ai recherchés avec le plus d’exactitude que j’ai pû et les ai inscrites cidessous, excepté les actes de decés que j’ai mis à part sur papier libre, jusques à ce que j’en aye d’autres pour les transcrires. Claude Petit officier public

     

    On pourrait donc en déduire que l’acte de décès du commandant François Simmer s’est « envolé » ce 7 juin 1792 dans la panique mais que Claude Petit l’a consciencieusement retranscris de mémoire dans le supplément en page 32 avec quelques autres décès.

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