• Tout ça pour un arbre !

     

                                                            

    Tout ça pour un arbre !

     

     

                

     Tout ça pour un arbre ! Finissons-en avec l'historique de l'arbre de la Fraternité d'Angers et partageons ensemble les cérémonies et le discours du maire en ce 24 février 1793, jour solennel de la première plantation du chêne sacré... avant qu'il ne soit abattu par l'intrépide cavalière Vendéenne : Renée Bordereau abattit ''l'arbre sacré'' à coups de sabre au soir du 17 juin 1793, juste avant l'arrivée de l'armée vendéenne dans la capitale angevine (Mémoires de Renée Bordereau, dite Langevin… 1814, p. 13)

     

      Mais avant de parcourir la presse de l'époque et les discours de circonstance, il me semble opportun de rappeler l'état de la France d'aujourd'hui et de mesurer le peu d'espace de liberté que nous laisse cette République.

      A l'époque, comme vous le verrez, la plantation de ''l'arbre'' réunissait une foule immense de gens crédules, de peureux et de niais. Aujourd'hui, lors de la plantation des arbres de la Laïcité, nous ne rencontrons plus que les visages ronds des Francs-Maçons dans un dernier carré de laïcards sectaires et de libres penseurs ; c'est à dire peu de monde, mais il en reste encore....

      Il me paraît intéressant de porter à votre connaissance le bilan de tout cela, dont voici  la facture : Lorsque nous refaisons l'addition des pertes dues à la Révolution et à cette première République et au monstre qu'elle a enfanté : l'Empire, cela représente 400 000 morts pour les guerres jusqu'à 1800, un million pour l'Empire, 600 000 pour les guerres intestines, le génocide Vendéen et l'échafaud pour mémoire. Voilà nos deux millions de morts. Sans compter l'abaissement de la France qui était la première puissance au monde grâce à son rôle chrétien et civilisateur, sans oublier la discorde installée depuis plus de deux siècles dans le peuple français. Les ennemis de la France divisent pour régner sur notre pays.

      Donc à la lecture de ce magnifique discours du maire d'Angers, vous en pleurerez d'émotion tellement c'est beau ! Ce bel arbre de la Fraternité, planté sur la superbe place du Ralliement où l'on guillotinait à tour de bras ceux qui pensaient autrement... En ce qui concerne les ''actions généreuses'' évoquées, ce furent en définitive : le génocide vendéen, les noyades, les fusillades, les incendies, les viols, les pillages, les vols, les femmes et les enfants brûlés dans les fours chauffés à blanc par les Colonnes Infernales des généraux républicains Turreau et Amey dont les noms figurent sur l'Arc de Triomphe, voilà la vérité !

      En 2017, l'arbre de la Laïcité d'Angers détruit pour la quatrième fois, faut-il s'en étonner ? Les fruits de l'arbre seraient-ils devenus amers ?

     

      Voici le n° 33 des Affiches d'Angers ou Moniteur du Département de Maine-et-Loire du mercredi 27 février 1793, l'an deuxième de la République Française, vue n° 32/36.

                                       

    MUNICIPALITE D'ANGERS

    Fête Civique

     

      «  Nous ne pouvons passer sous silence l'auguste cérémonie qui a eu lieu dimanche dernier, 24 du présent ; pour la plantation de l'arbre de la Fraternité : Il ne doit pas nous suffire d'avoir planté cet arbre sacré, et d'avoir fait autour de lui le serment d'une union invincible ; il faut que tous nos frères du département partagent les émotions délicieuses dont nous avons été pénétrés ; il faut que le serment solennel que nous avons proféré, retentisse dans toutes les bouches, et se grave dans tous les cœurs en caractères impérissables. O nos frères, ô nos amis, qui habitez les campagnes et les cités voisines que n'avez-vous été témoins de la scène attendrissante que nous avons offerte ? Oh ! Comme vos cœurs simples et vertueux eussent été doucement affectés, en voyant vos concitoyens confondus par l'amitié et dans les plus doux épanchements de l'ivresse et du cœur ! Des nuages dont le travail et la peine chargent hélas  ! Trop tôt vos fronts, auroient fait place au sourire de la joie  ; et vos plaisirs eussent encore ajouté aux nôtres, mais consolez-vous, tous les ans nous célébrerons l'anniversaire de cette mémorable journée ; tous les ans vous viendrez avec nous autour de l'arbre chéri jurer fraternité à vos concitoyens.

      Ah  ! Malheur à l'âme froide et glacée que cette idée n'émeut et ne transporte pas, elle n'est pas faite pour vivre dans une république.

      La république est une grande et nombreuse famille dont tous les enfants doivent être étroitement unis ; et le républicanisme n'est autre chose que la pratique des vertus, dont la fraternité est la base.

      Dimanche dernier, l'arbre de la Fraternité fut planté sur la nouvelle et superbe place du Ralliement, au milieu d'un concours innombrables de citoyens de tout âge et de tout sexe. Les corps administratifs et judiciaires assistoient, à cette fête civique. La garde nationale d'Angers, des Ponts-de-Cé et de plusieurs paroisses voisines, les vétérans et invalides, la gendarmerie et environ 1200 hommes de cavalerie présentoient le coup d'oeil le plus flatteur et le plus imposant. Au centre étoit un groupe de laboureurs, de ces hommes à la simplicité desquels l'orgueil des villes insulta trop long-temps ; de ces hommes que nous estimions encore dans nos écrits, mais que par une bizarrerie inconcevable nous couvrions des mépris le plus révoltants. Les instruments aratoires dont ils étoient porteurs, retraçoient à l'homme les bienfaits précieux de l'agriculture et l'ami de l'égalité a joui dans le silence de son cœur, en voyant la pelle et le hoyau contraster avec l'éclat des armes.

      Les Autrichiens qui ont notre ville pour prison, témoins de cette fête magnifique, n'ont pu s'empêcher de prendre part à l'alégresse commune ; leurs armes que le despotisme peut avoir flétries, mais qu'il n'a pas tout à fait dégradées se sont électrisées au feu divin dont tout, autour d'eux étoit embrasé et pour la première fois elles ont connu ces doux transports que le patriotisme seul sait inspirer. Alors vous les auriez-vus par un mouvement spontané, offrir de se réunir aux groupes qui dansoient autour de l'arbre de la Fraternité, faire éclater dans leurs yeux l'ivresse la plus touchante.

      Autrichiens, ô nos amis, si jamais les monstres que l'on nomme rois, et qui tiennent dans leurs mains vos destinées, vous forçoient à marcher contre nous, parlez, égorgeriez-vous vos frères ?.... Non, vous leur ouvririez vos bras et vos cœurs, vous vous joindriez à eux pour écraser vos tyrans* et consommiez le bonheur de monde.

     

    *Nous retrouvons dans ce passage l'idée maçonnique de la République Universelle ayant pour objectif la destruction de tous les états Chrétiens et l'anéantissement des Rois ou Empereurs.

     

      Après cette scène attendrissante et vraiment unique, l'hymne des Marseillais a été chantée, un écho immense l'a porté dans toute la ville et elle a produit son effet accoutumé.

      Puis le citoyen Berger, maire a prononcé un discours que l'abondance des matières nous force à renvoyer au numéro prochain ».

      Et voici la teneur du soliloque publié dans le numéro 34 des Affiches d'Angers, le premier mars 1793... 10 jours avant le soulèvement de la Vendée...

     

    Tout ça pour un arbre !

     

    CITOYENS,

     

     

      « Le peuple français vient de donner un grand exemple aux nations, en changeant sa constitution ; il vient enfin de rompre ses derniers fers, pour vivre à jamais en liberté. La monarchie n'est plus, la tête du despote est tombée, le peuple a reconquis ses droits naturels et imprescriptibles... Il est souverain.

      C'est cet heureux événement que nous célébrons aujourd'hui. C'est à la république naissante que nous venons rendre hommage ; c'est à la France régénérée  que nous venons féliciter.

      Joignez-vous donc aux magistrats du peuple, braves citoyens et vous aimables citoyennes ; que nos cœurs s'épanchent maintenant sans crainte et célèbrent dans ce jour mémorable le triomphe de la liberté sur l'esclavage le plus dur. Que vos concerts mélodieux fassent ralentir les airs de chants d'alégresse  ; qu'ensuite vos pieds agiles et légers frappent la terre en cadence au son des instruments et annoncent votre bonheur ; qu'enfin vos sentiments unis et confondus n'ayant plus pour principal objet dans leurs affections que l'amour de la patrie et de la fraternité.

      Oh ! Amour de la république, vertu sublime, sentiment intérieur qui, échauffant les âmes de ton feu divin, les remplis de force et de courage, et les portes à des actions généreuses et héroïques, étend toi des frontières où tu as établi ton empire avec tant de gloire, et viens répandre dans l'intérieur de la France ton heureuse influence : Viens, qu'à ta voix toute dissention cesse, toute opinion contraire s'assimile et se réunisse ; que tous les vœux enfin n'aient pour but que le bonheur général. L'esprit de discorde et de trouble ; l'anarchie, le fanatisme ont régné trop longtemps : tout doit enfin céder à ta voix ainsi qu'à celle de la raison et de la philosophie.

      Pénétrés de cette divine flamme crions tous à l'envie, chers citoyens : Vive la Patrie, Vive la République     !

      N'oublions jamais que la Liberté et l'Egalité en sont les bases solides et invariables ; et que sans elles, point de bonheur. Mais ne confondons point la liberté avec l'indépendance ; toute association politique a ses loix ; la liberté consiste a pouvoir faire ce qu'elles permettent et à n'être pas contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.

      Soyons donc tous soumis aux loix, et bientôt nous jouirons tous de cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté de sa personne et de sa propriété ; en un mot, nous serons libres.

      N'oublions pas non plus, que sans l'Egalité, plus de République, c'est une vérité incontestable, que chaque citoyen borne donc son ambition à voir ses frères heureux ; que la simplicité de nos mœurs, le mépris des richesses, l'amour d'une salutaire médiocrité ; fruit de la frugalité nous distinguent  ; que le désir d'amasser soit enfin circonscrit par l'attention que demande le seul nécessaire pour soi, pour sa famille, et répandons le superflu pour les besoins de la patrie. Mais sur-tout citoyens, ne perdons pas de vue que nous naissons tous enfants de la patrie ; qu'en naissant nous contractons envers elle une dette immense. Si elle nous assure repos et sûreté ; nous devons lui rendre tous les services dont nous serons capables. Levons-nous donc ; pourquoi tarder à nous armer ? Des despotes coalisés la menacent de toute part de l'invasion et veulent nous charger de nouveaux fers ; leur nombre est considérable, leur valeur est connue...

      Mais que pourra cette cohorte de tyrans avec ses phalanges d'esclaves contre le courage de frères, de citoyens armés pour la liberté. Soyons unis frères et amis, leurs efforts seront vains, de notre union résultera notre force, et plus elle sera intime plus nous devons espérer le triomphal succès.

      C'est pour célébrer cette union, c’est sous ces heureux auspices que nous faisons aujourd'hui une offrande simple à la Patrie.

      Le chêne, ornement de nos forêts, emblème de la force et de l'immortalité, nous a paru spécialement digne de remplir l'expression de nos vœux et de figurer dans cette cité sous la dénomination d'arbre sacré de la Fraternité.

      Comme il va prospérer, cet arbre, sur la terre de la Liberté ! Comme il va élever sa tête glorieuse au-dessus des autres arbres ! Comme il va se couvrir de branches qui demeureront fixées au tronc pour ne jamais s'en séparer : Puisse-t-il chaque jour en croître de nouvelles : Puissent-telles toutes ensemble s'entrelasser de l'union la plus immédiate et la plus indissoluble : Puissent enfin, les branches plus fortes soutenir et garantir  ; d'impressions funestes, les rameaux naissants, faibles et tendres, qui serviront un jour à entretenir sa pérennité et sa gloire. O frères et amis, quel ombrage agréable, ses branches étendues et multipliées, préparent à vos heureux enfants !

      C'est là qu'ils viendront goûter la paix et le bonheur, trésors inestimables que vous leur aurez procuré des bienfaits de la Liberté et de l'Egalité  ; c'est là, que sous son feuillage épais, en jouant au milieu de vous, ils réciteront dans leurs chants les généreux sacrifices, les combats, les victoires de nos héros ; votre ardeur pour la Liberté, votre confiance et leur propre félicité, qui en aura été le prix.

      Bientôt vous mêmes, ô citoyens ; vous éprouverez les bienfaits de son ombre, bientôt à vos propres jouissances réunissant celle-ci douce de récompenser la vertu, vous conduirez en triomphe les jeunes conquérants de la Liberté sous ses branches épaisses que vos mains à l'envi auront courbées pour eux en couronnes civiques ».

     

     

       Allocution imbuvable, c'est du Jean-Louis Debré avant l'heure ! 

      Ce qu'il y a de certain, c'est que l'arbre de la Laïcité d'Angers n'est pas près de donner de l'ombre ni des couronnes civiques  !

     

        

     Sources: Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés. Les Affiches d'Angers – numéro 33 et n° 34, vues n° 32/36 et vue n° 34, 35 et 36 - Le coût de la Révolution Française de René Sédillot, Vérités et Légendes de chez Perrin – 1987. Photo: Vendéens et Chouans du 21.9.2013, ''Le chêne de la Révolution tombe pour Charette''.

     

     

     

                       Xavier Paquereau pour Chemins Secrets. 


  • Commentaires

    1
    jacques
    Mercredi 8 Mars à 21:21
    j'aime bien le terme "auguste cérémonie" ... qu'ils étaient pompeux en ce temps là !
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