• Tallud-Sainte-Gemme....

     

     

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    Saint-Laurent du Tallud

     

     

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    Tallud-Sainte-Gemme est un village de 406 habitants né de la réunion en 1827 des paroisses de Sainte-Gemme-des-Bruyères et du Tallud-sur-Maine. Il ne reste rien de la paroisse "Saint-Laurent du Tallud", juste un lieu-dit avec son chemin menant à l’ancien château des Bruyères. Les colonnes infernales sont passées tout près d’ici puisque dans la « feuille de route » des colonnes de Prévignaud et Dalliac qui partent de Saint-Maixent, il est prévu qu’elles arrivent à la Caillère et au Tallud à la fin janvier 1794 (le 28 de ce mois, le château de Saint-Sulpice-en-Pareds est en flammes). Le 2 février, Prévignaud mettra  le feu au village de la Vendrie…

     

    Le dictionnaire de Cavoleau (Statistique ou description générale du département de la Vendée, réédition de 1844) indique, 591 habitants, 114 maisons, 4 moulins, un pays de bois et de landes…

     

     

    Tallud-Sainte-Gemme....

     

    Lavoir caché...

     

     

     

     Trois ans plus tard, nous complétons cet article que nous avions laissé en suspens. Nous aurions pu nous contenter de n'y ajouter que les descriptions des églises ou parler des faits à l'époque révolutionnaire. Nous avons préféré laisser l'intégralité des informations sans en rien retrancher afin que le lecteur puisse y glaner les informations qu'il jugera utile, y compris sur des châteaux et lieu-dits attenant aux deux villages. La source de chaque texte est citée à la fin de ce dernier.

     

     RL

    Octobre 2014

     

     

     

    LE TALLUD-SAINTE-GEMME

     

     

     

    LE PALIGNY a donné au Poitou ses quatre derniers grands sénéchaux, messieurs Beufvier, marquis des Palignys (on a écrit d'abord les Palleniers, puis les Palliniers, les Paligniers, les Palignys et le Paligny. Les grands sénéchaux signaient d'abord des Palliniers, puis des Palignys. Le peuple n'a pas cessé de dire les Palleniers.)

     

    La charge de Grand Sénéchal fut, pendant plusieurs siècles, la première dignité de la province ; elle donnait à la fois le commandement des armées, et la direction de la justice et des finances. La trop grande importance de cette position présentait des dangers ; les usurpations des grands officiers de la Couronne avaient amené le démembrement de l'empire de Charlemagne ; ducs et comtes s'étaient rendus héréditaires et indépendants dans leurs gouvernements. La leçon ne fut point perdue ; aussi les rois s'appliquèrent-ils à amoindrir l'importance des grands sénéchaux, en leur enlevant d'abord le maniement des finances, puis le commandement militaire par l'établissement des gouverneurs, ne leur laissant que le droit de convoquer, assembler et conduire le ban et arrière ban de la noblesse, d'en faire la "montre" et revue, comme signe de leur ancien pouvoir. La justice se rendait dans toute la province en leur nom ; mais c'était encore par une fiction honorifique, car, comme ils étaient plus hommes de guerre que jurisconsultes et que, d'ailleurs, ils ne pouvaient être choisis parmi les "légistes", ou les gens de "robe longue", ils l'exerçaient par leurs lieutenants, avec la prérogative de l'intitulé et du prononcé de toutes les sentences en leurs noms, titres et qualités.

     

    Voici l'intitulé d'une sentence rendue sous le second sénéchal de la famille Beufvier :

     

    "Alexis Beufvier, chevalier, marquis des Palliniers, seigneur des Bredurières (le château des Bredurières était situé commune des Moutiers-sur-le-Lay), la Bouanchère (cette terre était venue aux Beufvier par Anne du Chaffault, mère de Séraphin), la Jollandrie, de Ry et autres places, conseiller du roi en tous ses conseils, grand sénéchal du Poitou, gouverneur et capitaine du château de Poitiers (le titre de Capitaine du château était purement honorifique aussi, car le château, bien qu'il en restât encore quelques tours, avait été détruit par les Ligueurs de Poitiers, en 1589), à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut ; - Savoir faisons qu'en l'audience demandée, etc."

     

    C'est la formule réservée aujourd'hui au chef de l'Etat.

     

    La liste de ces grands officiers, dressée par le chevalier Beufvier, en 1780, et complétée, en 1830, par M. Filleau, remonte à l'année 1127, et contient les plus grands noms de l'histoire. Ce sont, au XIIIe siècle, Aimery, vicomte de Thouars, le célèbre Savary de Mauléon, Hardouin de Maillé, Geoffroi de Rancon, Saint-Venant, Philippe de Beaumanoir ; au XIVe, les Anglais Guillaume Felton, James Audley, le sage et vaillant Chandos, Thomas Perey, pour le prince de Galles ; puis après, Vivonne, Rouault, Brézé, Beaumont, d'Estissac, Philippe de Comynes, d'Amboise, Rochechouart, La Trémouille.

     

    Après Georges de la Trémouille, seigneur de Royan, baron d'Olonne, d'Apremont, etc., quatre autres membres de cette illustre famille ont occupé les fonctions de grand sénéchal du milieu du XVIe siècle à 1697.

     

    A cette dernière époque, Séraphin Beufvier en fut pourvu par Louis XIV, "d'après la connaissance, est-il dit dans les lettres de nomination, de la conduite, fidélité et affection à notre service dudit etc." Il avait fait avec distinction les campagnes de Flandre et de Hollande. Il laissa ses charges à Alexis, son fils, dès 1715. Celui-ci les céda à son fils Marc-Antoine, qui mourut le 27 mars 1789. Anastase-Alexis-Eulalie Beufvier, marquis des Palignys, de Ry, etc., les exerça à son tour en vertu de la résignation que Marc-Antoine, son père, lui en fit le 7 mars 1769.

     

    Ainsi cette famille a rempli avec une grande distinction, pendant près de cent ans, et par quatre générations successives, les fonctions éminentes de grand sénéchal de Poitou et de capitaine du château de Poitiers.

     

    Anastase-Alexis présida, le 16 mars 1789, les trois ordres de la province réunis à Poitiers pour l'élection des députés aux Etats-Généraux ; il présida ensuite l'ordre de la noblesse. C'était un usage dans les Etats-Généraux que la noblesse et le clergé se couvrissent même devant le roi, tandis que le tiers-état restait la tête nue. Leur dernière réunion remontait à 1614. Mais, depuis, le tiers-état avait grandi sous la haute impulsion littéraire et philosophique du XVIIIème siècle. Il arrivait peu disposé à se soumettre à un cérémonial en désaccord avec les progrès du temps, avec les convenances d'une société nouvelle, et qui humiliait son amour-propre. D'une autre part, les exaltés de la noblesse ne voulaient rien céder de leurs antiques privilèges, et ne lui épargnaient aucune des blessures de l'étiquette, genre d'offense que le coeur de l'homme pardonne le moins. Dans cette lutte imprudente et sans profit, prélude des grandes scènes qui allaient se dérouler à Versailles, ils ne voyaient pas quels périls ils provoquaient, et pourtant la révolution menaçante était sous ce coup de chapeau. Pendant les jours qui précédèrent la séance d'ouverture, les esprits, déjà divisés par bien d'autres questions, s'étaient échauffés de part et d'autre ; tout faisait présager une assemblée orageuse. Le marquis des Palignys se tira de ces difficultés en homme d'esprit. Jallet, curé de Cherigné, un des assistants, a donné de ces circonstances un récit frappant :

     

    "Notre assemblée a commencé ses opérations avant-hier, écrivait-il le 18 mars à ses amis ; c'était un fort beau spectacle : il y avait plus de 2,000 personnes. M. le sénéchal ouvrit la séance par un discours qui fut fort applaudi ; c'est un homme de la plus belle figure. Il avait la robe noire, l'épée au côté, la grande cravate et un chapeau rond, orné d'un très gros panache noir. Le lieutenant-général parla ensuite, et après lui le procureur du roi. Le tout se passa avec beaucoup de décence.

     

    A l'arrivée de M. de Paligny, on cria : Bas les chapeaux ! Tout le monde se découvrit, excepté une dixaine de gentilshommes qui ne voulurent point ôter les leurs. Comme cela faisait du murmure, le sénéchal mit son chapeau, et dit : Tout le monde peut se couvrir. Aussitôt on battit des mains, on cria bravo ! et l'on se couvrit ..."

     

    Le Paligny devait hommage à la haute justice de la Mothe-Saint-Germain, en Tillay. Ce n'était point une habitation importante ; Séraphin Beufvier l'abandonna tout-à-fait vers 1700, pour le château des Bredurières. La maison moderne date de 1819.

      

    Une voie romaine, que nous croyons celle de Poitiers à Nantes, passait à peu de distance, au-dessus du village des Abbayes.

     

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     LA GRIGNONNIERE disparaît dans un pli de terrain, entre deux petits étangs, sur un fond plein de sources. L'oeil d'abord attiré par sa tourelle en tuiles plates où les années ont posé leur cachet de lichens, est bien désenchanté lorsque l'on pénètre dans les salles, basses, mal éclairées, sans goût, la plupart inachevées, où tout est vermoulu, où tout penche vers sa ruine.

     

    La Grignonnière devait son existence et son nom aux Grignon, qui la possédaient à la fin du XIVème siècle et au commencement du suivant ; elle portait son hommage au Sgr de Réaumur. Elle entra dans la famille Béjarry par le mariage de Renée de Plouer avec Jacques Béjarry, seigneur de la Roche-Gueffier, la Guesmenière, le Petit-Châtelier, vers 1750. Son fils, François Béjarry, était gouverneur de la ville de Juliers aux Pays-Bas, vers 1630. M. Beauchet-Filleau en a conclu à tort qu'il avait émigré pour ses opinions religieuses, car c'est du roi de France qu'il tenait ce commandement.

     

    La famille Béjarry s'est fait une place honorable dans les guerres de religion et de la Vendée. Nous remettons à en parler au moment où nous en serons à la Roche-Louherie (com. de Saint-Vincent-Fort-du-Lay), le principal fief de la famille.

     

    Le chemin de Sainte-Gemme nous mène près du PLESSIS-L'AMIRAL, autrefois Plessis-Vincendeau. Ce nom lui vient de Jacques Chrestier-l'Amiral qui y faisait sa demeure en 1640. Le Plessis relevait de la Fosse (com. de Mouilleron). La maison fut brûlée dans les guerres de la Vendée ; elle a été reconstruite vers 1834.

     

    Jacques-Auguste de la Douëspe, sieur de la Biffardière, l'habitait alternativement avec la Biffardière (com. et près du Boupère), avant la révolution. Il avait d'abord accueilli les nouveaux principes, comme une conséquence des théories sociales qui occupaient alors les esprits même dans les classes élevées de la société. Mais les excès de la République n'avaient pas tardé à changer ses dispositions. Homme paisible, d'ailleurs, et inoffensif, il passait pour avoir une grande fortune et beaucoup d'écus. C'était un avantage qui rendait suspect ; être suspect c'était être digne de la mort, et la prison en était le chemin infaillible.

     

    Il fut arrêté comme prévenu d'être un des chefs des révoltés, et conduit en prison à Fontenay d'où il s'échappa le tridi, 3 frimaire an II (23 nov. 1793). Le Conseil Général du département fut vivement ému de voir lui échapper un prisonnier si dangereux. Il publia immédiatement une proclamation rappelant que "la peine de mort était la peine prononcée contre ceux qui favorisaient l'évasion des prisonniers ou qui les recelaient ; que la sûreté publique et l'intérêt de la société exigeaient également que cet homme subit la peine due au crime dont il allait être convaincu".

     

    Les prisons de Fontenay regorgeaient de détenus voués à la mort comme "suspects". Entassés dans des salles trop étroites pour les contenir, privés d'air, en proie aux maladies et manquant de tout, leur position était affreuse. Que pouvaient-ils craindre de plus ? Aussi les menaces redoutables du Conseil Général n'arrêtaient point les évasions. Le même jour, 3 frimaire, 22 personnes s'échappèrent à la fois.

     

    Cependant la proclamation produisit un effet funeste pour la Biffardière. Des gens du pays, ses voisins, l'arrêtèrent aux environs de la Grignonnière où il se tenait caché, et malgré les offres considérables qu'il leur fit, le conduisirent le 9 à Fontenay. Le tribunal criminel le jugea le 11 ; le 12 il était guillotiné.

     

    Le Conseil Général décida que "les noms des vertueux citoyens qui ont servi la République en livrant à la vengeance des lois l'un des conspirateurs contre la patrie, en résistant à l'appât de sommes considérables offertes avec instances par La Douëspe pour obtenir sa liberté, seraient inscrits au procès-verbal".

     

    La condamnation emportait la confiscation des biens au profit de la République ; le Conseil envoya des commissaires pour saisir les sommes considérables en or et son argenterie que la Biffardière avait cachées à la Rocardière.

     

     

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    SAINTE-GEMME-DES-BRUYERES

     

     

     

    L'église se réduit à une nef unique, séparée du choeur par deux arcades supportant une coupole d'arête au-dessus de laquelle est le clocher. L'édifice à 24m50 de longueur sur une largeur qui varie de 4m65 à 5m50. La nef est couverte d'un plafond en planches ; le choeur, d'un plafond en plâtre ; le chevet est plat. A l'extérieur comme à l'intérieur, nous ne trouvons rien à remarquer, point de modillons, point de tour pour le clocher, mais seulement deux espèces de cônes en maçonnerie, entre lesquels est suspendue la cloche que rien ne recouvre. C'est le seul exemple d'une semblable disposition. Peut-être y eut-il autrefois un clocher-arcade ; mais l'inspection des murs ne nous permet point de croire qu'il y eut un clocher massif semblable à ceux du pays (NDLR : ce clocher a bien changé depuis).

     

    La voûte du clocher et le choeur sont du XVème siècle ; la nef est une réparation postérieure aux guerres de religion.

     

    Le curé avait le titre de prieur.

     

    Au mois de mai 1564, les curés de Sainte-Gemme et du Tallud firent leur déclaration de cessation de l'exercice du culte, comme tous les autres curés de la contrée.

     

    Cette commune, portait un joli nom : Sainte-Gemme-des-Bruyères. Son mariage avec le Tallud l'en a dépouillée. L'arbuste lui-même qui le lui donna, humble proscrit de l'agriculture, disparaît de ses collines. Bientôt, sur ce sol préféré des bruyères, on n'en trouvera plus d'autres que celles qui croissent dans les serres du Paligny.

     

    C'était en foulant leur tapis onduleux, par des chemins cent fois détournés, dans la solitude d'une campagne agreste comme un paysage de Bretagne, que l'on parvenait au petit manoir de LA BRUYERE. Rien de plus étrange que cette habitation. Walter-Scott n'a rien décrit de plus propre à recevoir une scène du moyen-âge.

     

    Ses murs noircis par le temps dominent sur une vallée inclinée vers le nord. Les constructions, ensemble de toutes les époques, difficiles à préciser, sont ajoutées l'une à l'autre, sans ordre, sans harmonie, sans qu'aucune pièce soit de plein pied avec une autre. Le pavillon carré, situé sur la cour, porte une tourelle de brique en encorbellement, et sur chaque face un moucharaby simulé. On trouvait au haut de ce pavillon "une chambre laquelle est pour la défense de la maison ; en laquelle il y a huit ouvertures de pierre de taille pour y mettre huit quanons, et comme l'on monte en ladite chambre, il y a une tourette faite en queue de lampe, en laquelle il y a neuf meurtrières pour mettre des mousquets ... Plus, à l'entrée de ladite maison, il y a une porte de bois avec une porte de fer par derrière" (tiré d'un inventaire du XVIe siècle).

     

    Attenant à celui-ci, un autre pavillon donne sur le ravin ; le corps du logis vient à la suite et s'appuie sur deux grosses tourelles rondes, basses, sans ornement, qui le flanquent à l'est. Ces deux tours nous paraissent ce qu'il y a de plus ancien ; nous pensons qu'on ne peut les attribuer qu'au XIVème siècle. Le reste nous semble de différentes années du commencement du XVIème siècle ; mais les appartements ont été revêtus de boiseries moulurées, vers la fin du XVIIème siècle par René Thomas des Houhes probablement. Enfin, plus tard, on a remplacé plusieurs des anciennes croisées par des fenêtres modernes.

     

    Cette seigneurie relevait de Bazoges à qui elle devait foi, "hommage-lige, cheval de service et devoir de rachat à mutation d'homme". Elle avait tous les privilèges appartenant aux petites seigneuries : droit de fuie, droit de garenne et d'étang.

     

    En 1394, elle était habitée par Jean de la Bruyère (on disait jadis Bruère) ; après lui, par Jean et ensuite par René de la Bruyère. La fille de celui-ci, la porta, vers 1500, dans la maison de Crunes ; elle vint aux Nouhes par le mariage de Rachel de Crunes avec Isaac des Nouhes, Sgr du Pally et de Beaumont, le 4 janvier 1615. La branche de la Cacaudière, dite d'abord de la Normandelière, descend du 3e fils de ce mariage. - Elle appartint à Gabriel des Nouhes de Beaumont, abbé des Fontenelles ; et après lui, à René-Thomas des Nouhes, Sgr de Beaumont, du Pally, lieutenant de vaisseau, qui l'habitait de 1700 à 1710. Celui-ci l'abandonna ensuite pour habiter le Pally (com. de Chantonnay). Le mariage de sa fille avec Louis-Jacob de l'Espinay, fit tomber la Bruyère dans la famille de l'Espinay qui l'a vendue aux Maignen, le 12 septembre 1790.

     

    La tempête révolutionnaire avait balayé la constitution de l'ancienne monarchie ; des institutions nouvelles appelèrent des hommes nouveaux. Les frères Maignen (on prononce Magnan), par leur instruction et leur capacité se trouvèrent des premiers désignés au choix du pays. Ils commencèrent leur carrière politique en entrant d'abord au district de la Châtaigneraye ; l'élection ensuite en porta un, François, à la Convention, et l'autre à l'administration du département où il resta jusqu'à la création des préfectures.

     

    François Maignen n'était pas orateur, aussi son rôle à la Convention fut sans éclat ; mais c'était un homme énergique, convaincu, inspirant la confiance par sa probité ; capable d'ailleurs, et destiné à l'une des deux chambres de l'Empire, le Sénat ou le Corps législatif, si la mort ne l'eut frappé encore jeune. Il est mort le 15 priairial an IV (3 juin 1796), étant membre du Conseil des Anciens au Corps Législatif. Il avait voté la mort de Louis XVI, entraîné par cette conviction qui maîtrisa un moment bien des consciences, à savoir que la mort du roi était nécessaire pour le salut de la République.

     

    Maignen ne pouvait nourrir contre ce prince la haine violente de la Montagne ; plusieurs de ses lettres montrent au contraire quelle estime il avait pour ses vertus. En juillet 1789, Monsieur, comte d'Artois, et Madame avaient signé au contrat de son cousin Maignen, placé dans une position élevée à Paris. Le 2 janvier 1792, il écrivait à un ami : "Notre bon roi a paralysé nos décrets ; il ne voit pas qu'on le trompe. Les méchants auront beau faire, la constitution se maintiendra". Et après : "Tout ce que l'on débite sur le roi est faux ; il veut la constitution, c'est son intérêt qu'il perdrait, si on lui faisait envisager un autre qu'il évitera. Il emploie la douceur inutilement envers les mécontens".

     

    Nous reviendrons plus tard sur le rôle politique de Maignen. Cependant nous croyons devoir, dès maintenant, publier une lettre inédite de lui, destinée à jeter un nouveau jour sur le procès du général Turreau dont on n'a pas craint d'écrire en ces derniers temps non pas la réhabilitation mais le panégyrique (Moniteur Universel de 1853). Après le 13 vendémiaire, une amnistie avait ouvert la porte des prisons à tous les généraux arrêtés pour les mêmes causes que Turreau ; mais, ce général persistant à demander des juges, fut traduit devant un conseil de guerre. Le Directoire, en lutte alors avec les partis contre-révolutionnaire, n'avait plus intérêt à proscrire les derniers instruments du Comité de salut public ; Turreau fut acquitté. C'était un acte politique ; on feint de ne pas le comprendre et le chef des colonnes infernales amnistié reçoit la couronne civique. Cette insulte à l'humanité et à l'histoire, nous la relevons. Le jugement avait été pour la forme ; les contemporains ne s'y sont pas trompés, et la lettre de Maignen va en devenir une preuve irrécusable, elle est datée du 18 nivôse an IV.

     

    "L'Official et Chapelain ont été appelés pour déposer ainsi que moi. L'Official a été assez lâche pour ne rien dire de toutes les vérités qu'il avait recueillies dans sa mission. Des collègues qui étaient présents à la déclaration de Chapelain m'assurent qu'elle est très-exactement insérée dans les journaux. Je lui ai fait mainte fois reproche de sa lâcheté ; il m'a dit qu'il craignait de s'exposer, qu'on avait défiguré ce qu'il avait dit, qu'on voulait le perdre, enfin il a été fou jusqu'à vouloir s'ôter la vie. Il est un peu plus tranquille maintenant, et j'espère que son dérangement sera de peu de durée.

     

    Quant à moi, il y a apparence que l'on me redoutait. Le 27, l'ordre de me présenter au tribunal pour déposer fut expédié ; il ne me fut remis par le gendarme que le 29, et Turreau fut acquitté le 28. Je n'étais pas le témoin des crimes attribués à ce général, mais j'eusse dit à ces juges débonnaires : comment voulez-vous connaître la vérité dans cette information, si vous ne prenez un autre moyen ? Vous appelez ceux qui n'ont rien vu, et ceux qui peuvent parler avec conviction vous les écartez ? Avez-vous d'abord par devers vous toutes les pièces produites contre cet homme à l'ancien Comité de salut public ? Les administrateurs, les réfugiés et les habitans paisibles de ces malheureux pays, les avez-vous appelés ? On a cru plus prudent de passer sur tout cela et plus favorable de déclarer que ces faits étaient faux et calomnieux. Notre Directoire est entouré de gens qui l'abusent beaucoup sur la Vendée, au point que l'on me dit sans cesse que je suis chez un homme trompé".

     

     

     

    LE TALLUD-SUR-MAINE

     

    La petite église du Tallud autrefois paroisse, dressait, il n'y a pas très longtemps encore, son petit clocher en forme de balcon en charpente. Elle est tombée faute d'entretien, étant devenue propriété particulière. Ce n'était qu'une petite chapelle de 16m85 de long sur 5m de large, mur compris, divisée par une arcade sans style, éclairée dans le chevet par une fenêtre que partageait un meneau formant des dessins bien sculptés, dans le goût du XVème siècle, actuellement brisés. Le chevet était plat. Au midi, le presbytère s'appuyait à l'église ; le cimetière était au nord.

     

    La paroisse était sous l'invocation de S. Laurent.

     

    Nous mentionnerons encore pour compléter le tableau des petites seigneuries féodales, la Pelletrie, la Riottière, qui fut aux Ranfray, la Maison-Neuve, pauvre village qui eut aussi sa maison noble, et le Pin. Quoique deux Béjarry aient pris la qualité, l'un de Sgr de la Rocardière, l'autre de Sgr de Sainte-Gemme, ni l'une ni l'autre de ces localités n'eut le titre de seigneurie.

     

    L. AUDÉ

     Annuaire départemental de la Société d'émulation de la Vendée

     1856 - 1ère série, vol. 2

     

     Le lecteur pourra se rendre compte de ce qui reste aujourd'hui avec la photo en début d'article, l'emplacement de l'église étant le bâtiment doté d'une niche statuaire. Ci-dessous, l'église Saint-Laurent du Tallud sur le cadastre de 1824. Il s'agit du bâtiment signalé en ruine par la couleur jaune.

     

    Tallud-Sainte-Gemme....

     

     En outre, voici ce que l'on trouve dans le Bulletin de la Société d'archéologie et de la Statistique de... la Drôme !

     

    Tallud-Sainte-Gemme....

     

     

     Quelques prêtres des deux paroisses :

     

     1765-1784 - J.M. Tocqué de la Thybeauderie, prieur-curé du Tallud.

     1786-1787 - 1789-1790 - Grignon, curé du Tallud.

     1789-1790 - Givault, curé de Ste-Gemme.

     

     Acte de naissance du curé Grignon :

     

    Tallud-Sainte-Gemme....

     

    Jean-Louis Grignon, curé du Tallud baptisé à Sigournay, le 21 janvier 1753, fils de Louis Grignon et de Louise Chartier, déporté.

    Embarquement du 11 septembre 1792 sur le brick Marie-Gabrielle.

     

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     Le Tallud Sainte-Gemme (canton de Pouzauges)

     

    Divers auteurs signalent des souterrains sans les repérer. Toutefois les renseignements obtenus permettent, à défaut de localisation précise de donner un aperçu de leur importance.

     

    L'un siège dans les propriétés de M. le Baron du Fougerais. La découverte, presque toujours, a été fortuite, le couloir de l'entrée accidentelle est si étroit qu'on ne peut s'y glisser qu'à plat ventre. Il conduit par une pente assez rapide à 3 ou 4 mètres sous terre. Puis le souterrain s'élève peu à peu à hauteur d'homme et se divise en petites chambres rondes et en galeries voûtées d'une longueur totale de 24 mètres. Plusieurs de ces boyaux remontent vers la surface du sol en suivant des directions diverses. Le souterrain est creusé dans une espèce d'argile jaune, les traces de tige-pointe y sont très nettes.

     

    Bulletin de la Société préhistorique de France, 1921 (T18, A18, N°9)

     

     ***

     

     Avant la révolution de 1789, le territoire actuel du Tallud-Sainte-Gemme était divisé en deux paroisses : Ste-Gemme des Bruyères et le tallud. A quelle époques ces paroisses ont-elles été fondées ? Aucun document ne permet de le savoir. Il semble que notre petite patrie a été habitée de très bonne heure.

     

    Aux environs de la Gâchère, on a retrouvé une hache de pierre. Dans le bois de la Grignonnière, il existe encore un tumulus : petite élévation de terre sur laquelle on périt les guerriers et leurs armes. Dans un champ de la Gâchère encore, il y avait, il y a quelques années, des vestiges de construction gallo-romaine. Tout cela prouve que le pays de Ste Gemme a été occupé par des hommes dans les temps les plus reculés.

     

    L'existence de plusieurs souterrains démontre outre la présence de populations à l'époque des invasions barbares. Au 5e ou 10e siècle, la France fut envahie par les Barbares et les Normands qui venaient du Nord. Leur passage était souvent accompagné de pillages et de massacres ; aussi les hommes creusaient des souterrains pour s'y réfugier dès qu'il y avait danger pour leur vie. A Ste Gemme, on connaît l'existence de plusieurs souterrains : à la Gâchère, à la Grignonnière, et tout près du bourg dans un champ situé près du chemin qui conduisait autrefois à la Pouzinière. Il est à croire que les deux paroisses furent fondées à cette époque, car les historiens croient que le christianisme était répandu dans toutes les parties de la France au 10e siècle.

     

    Le premier document écrit dans lequel il est question du Tallud, est du 16e siècle. C'est un manuscrit de Luçon écrit en 1533. D'après ce manuscrit, l'église du Tallud était desservie alors par quatre prêtres-religieux. Elle faisait partie de l'archiprêtré de Pareds, où il y avait alors une église et un curé-archiprêtre.

     

    C'est à cette époque que le protestantisme commença à se répandre chez nous. Beaucoup de catholiques se laissèrent entraîner à l'erreur, la majorité resta cependant fidèle à sa religion, mais les protestants furent les plus forts. Plus riches que les catholiques, ils organisaient des bandes armées et réussirent à fermer la plupart des églises du bocage. Les prêtres furent obligés de se cacher ou de quitter leurs paroisses.

     

    C'est en l'année 1562 qu'éclatèrent les guerres de religion entre protestants et catholiques. Pendant plus de trente ans notre contrée fut livrée au brigandage. L'Evêque de Luçon, Mgr Tiercelin, ayant voulu visiter son diocèse en fut empêché par les protestants. Le 4 mai 1564, le curé de St-Germain l'Aiguillier déclare à son évêque qu'il ne peut pas dire la messe dans son église qui est à peu près détruite ; les protestants de sa paroisse et ceux de Mouilleron ont déclaré qu'ils le tueraient s'ils administraient les sacrements : on lui permit seulement de baptiser les enfants. A Mouilleron, les protestants s'emparent de l'église, y font leur prêche, jouissent des biens de la paroisse et empêchent le curé d'exercer son ministère. A Ste Gemme et au Tallud, les protestants exigent la fermeture des églises et les curés des deux paroisses sont obligés d'aller résider ailleurs : leur vie est menacée. La situation est la même aux Redoux où il y avait alors une paroisse : le curé avait dû fuir, à Chavagnes, à Pouzauges, à Monsireigne, à Tillay, où l'église fut entièrement démolie par les protestants, à St-Michel, au Boupère, à St-Vincent, au Puybelliard, à Bournezeau, à Mouchamps, à la Jaudonnière - Partout dans notre région, les protestants sont les maîtres quoique moins nombreux que les catholiques. Cela s'explique du fait que les hautes classes de la société embrassaient en grand nombre le protestantisme et par leur influence, entraînaient une partie du peuple.

     

    Le 24 août 1572, eut lieu le massacre de la Saint-Barthélémy. Notre pays ne semble pas en avoir souffert. Les historiens du temps n'en parlent pas. Mais ce crime abominable amena une guerre civile encore plus affreuse, les assassinats se multiplient de tous côtés. Le 3 février 1583, un certain nombre de brigands furent tués à Réaumur ; d'autres faits prisonniers furent pendus à Bazoges. On fit à ce sujet une complainte qui fut longtemps célèbre avec le titre suivant : Les trente voleurs de Bazoges.

     

    Jusqu'en l'année 1598, notre pays fut livré au brigandage. Les habitants vivaient dans la terreur, leur vie était sans cesse menacée. Les troubles cessèrent enfin lorsque Henri IV signa l'Edit de Nantes (13 avril 1598).

     

    L'Histoire ne nous donne pas d'indications précises sur les premiers hommes qui habitaient notre pays. Installés à la lisière des bois et aux bords des cours d'eau, ils logeaient dans des grottes ou des abris naturels, vivaient de pêche et de chasse, se servaient d'hameçons en os, de flèches et de couteaux en silex taillé.

     

    A ces populations primitives succédèrent, croit-on, les Hères et les Ligures qui furent plutôt pasteurs et agriculteurs. Ils se servirent d'abord d'instruments en pierre polie, puis d'outils de cuivre ou de bronze. On leur attribue les monuments appelés mégalithiques parce qu'ils étaient faits de grosses pierres comme les menhirs et les dolmens, consacrés probablement au culte des morts.

     

    C'est vers le 6e siècle avant Jésus-Christ que les Gaulois envahirent notre pays. Ils croyaient à la vie future et ensevelissaient avec soin leurs morts. Ils rendaient un culte au tonnerre, aux arbres, aux sources. Leurs prêtres, appelés druides, étaient aussi des savants, des juges et des chefs politiques.

     

    En l'an 58 avant Jésus-Christ, la Gaule fut envahie par les Romains qui s'en emparèrent après une guerre de huit années. Alors commença l'époque gallo-romaine qui dura environ 500 ans, jusqu'aux invasions des barbares. Dans une bulletin du 6 février, je disais que notre paroisse dût être habitée dans ces temps très reculés et j'en donnais pour preuve l'existence d'une hache en pierre, d'un tumulus, de souterrains. Divers renseignement me sont parvenus depuis un mois qui confirment cette opinion. Plusieurs haches ou silex taillés ont été trouvés aux environs de la Gâchère et de la Boutanière : en particulier une hache à boutons du poids de 285 grammes qui se trouve au musée de Nantes. Les hommes ne connaissaient pas alors le bronze, ni le fer : ils se servaient d'instruments très primitifs en pierre, plus tard, ils réussirent l'alliage du cuivre et de l'étain et formèrent ainsi le bronze, enfin ils fabriquèrent des instruments de fer. Sur notre territoire, on n'a pas trouvé d'instruments de bronze et de fer, mais la découverte de plusieurs haches de pierre prouve que certains points de notre territoire furent occupés dès les temps les plus anciens.

     

    Nous avons vu que même avant l'arrivée des Gaulois, notre pays fut habité par des populations primitives appelées Hères ou Ligures. Nous en avons pour preuve la découverte de plusieurs haches en pierre dont les hommes, dépourvus de tout autre instrument, se servaient pour la chasse et leurs différents besoins. Des vestiges, qui ont disparu aujourd'hui mais dont les savants attestent l'existence, confirment ce que nous avons dit : en particulier, il y avait jadis un dolmen dans le champ des Trois-Pierres, situé près de la Jaudonnière. Un menhir existait au lieu dit la Garne (section B du cadastre n° 167). Le tumulus de la Grignonnière remonte peut-être aussi à cette époque.

     

    De l'époque des Gaulois il n'en reste rien, sauf peut-être un souterrain découvert auprès du chemin qui va du Plessis à l'Izardière, à 200 mètres à peu près du Plessis. M. du Fougerais explora lui-même ce souterrain vers 1860 ; il se composait de plusieurs chambres et galeries de 24 mètres de longueur. Le couloir d'accès était si étroit qu'on ne pouvait s'y glisser qu'à plat ventre. Le souterrain était creusé dans l'argile jaune, en 1887, on voyait encore les traces des coups de pic. On ne trouva malheureusement aucun objet dans l'intérieur.

     

    Un autre souterrain fut mis à jour en 1907, dans le champ des Trois-Pierres dont il a été question plus haut. Il se composait d'un couloir de 16 mètres de long, on ne put avancer plus loin à cause des éboulements qui se produisirent là aussi, on ne trouva aucun objet. On ne peut donc pas savoir de manière certaine à quelle époque ont été creusés ces souterrains. Il est très possible qu'ils ne remontent qu'aux invasions barbares, entre le 6e et le 9e siècles avant (erratum ?)Jésus-Christ.

     

    L'époque gallo-romaine qui dura 500 ans nous a, au contraire, laissé des vestiges certains. Une voie, autrement dite une route construite par les Romains, passait à peu de distance de la Gâchère et des Ahaies : c'était, croit-on, la voie allant du Nantes à Poitiers. On a retrouvé, sur le bord de cette voie, des constructions qui datent sans aucun doute de cette époque, notamment près de la Gâchère et des Ahaies. Près de ce dernier village, en 1914, une statuette en marbre blanc fut trouvée : elle est de cette époque. Des fragments de poteries gallo-romaines ont été découverts dernièrement à la Gâcherie.

     

    E. Bourasseau

    Bulletin paroissial - 1938

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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