• Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

     

    1794, Saint-Etienne-de-Corcouée en pays de Retz...... 

     

         

     

     

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....Dans toute guerre civile, il existe de braves gens... C'est pour cela que la Vendée est ''une terre de martyrs et de genêts en fleurs''.

     

    « Un meunier de Saint-Etienne-de-Corcoué avait embrassé le parti de la Révolution ; en 1794, il se fit guide des colonnes infernales et participa à leurs meurtres et à leurs pillages, souvent lui-même massacrait de sa propre main les paysans les plus riches pour s'approprier leur argent. Sa soif de sang et de rapine était si insatiable, que chaque jour il se lançait à la recherche de nouvelles victimes. Le soir venu, il s'enfermait dans sa maison et mettait tout son bonheur à compter, à la lueur d'une chandelle de résine, les écus qu'il avait volés. Il allait ensuite les entasser dans un lieu secret connu de lui seul. Un jour, il avait conduit une colonne incendiaire chez sa belle sœur pour la faire égorger avec ses filles. '' Elles ne pourront faire connaître, se disait-il à lui même, comment je suis devenu riche''. Mais un instant auparavant une autre colonne les avait emmenées à Saint-Jean-de-Corcoué, où elles furent incarcérées dans une chapelle. Furieux d'avoir manqué son projet, il se rend en hâte chez le commandant de Saint-Etienne-de-Corcoué et lui demande à exécuter lui-même les prisonnières. Le commandant recule d'horreur à sa proposition et refuse de lui livrer les prisonnières. L'infâme meunier menace de le dénoncer. ''Quand on tue des Royalistes, dit-il, on n'assassine pas, on purge la France de ses ennemis''. Pour toute réponse, l'officier indigné lui tourne le dos. Le meunier se rend à Villeneuve, où se trouve le général, pour se plaindre de son subordonné. '' Les prisonnières, lui dit-il, sont en possession de correspondances royalistes, et on ne veut pas que je les saisisse.'' Le général lui donne l'ordre de massacrer ses parentes et de leur arracher leurs papiers. Transporté de joie, il arrive au galop à Saint-Etienne, et exige du commandant l'exécution de l'ordre qu'il vient d'obtenir. L'officier qui par humanité voulait sauver les femmes prisonnières, lui répond qu'il ira lui-même leur retirer des mains les correspondances qu'elles possèdent ; il ne les trouva nanties que de livres de piété et de chapelets. ''Voilà, dit le commandant au dénonciateur, les séditieuses correspondances que vous suspectiez. - C'est assez pour mériter la mort, s'écrie le misérable meunier, sans délai il faut exécuter l'ordre que j'ai apporté.'' Le commandant ne trouvant plus de prétexte pour refuser, monte à cheval pour n'être pas témoin du massacre des malheureuses femmes, auquel il ne peut s'opposer. Le féroce meunier, libre alors de ses allures, s'arme d'un sabre, de pistolets, de poignards et court à la chapelle où sont en prières sa belle sœur, ses nièces et d'autres femmes. Et afin d'être plus libre dans ses mouvements, il quitte sa veste, relève les manches de sa chemise et se précipite avec fureur sur les victimes qu'il sabre, qu'il taillade et qu'il mutile. Bientôt le sang coule à grands flots sur le carreau. Un enfant, qui venait pour visiter sa mère, est témoin de cette scène affreuse ; il s'enfuit saisi d'effroi et va raconter ce qu'il a vu. L'assassin n'est pas aussi ému ; après avoir arraché le dernier soupir aux prisonnières, il va se laver au ruisseau voisin, et rentre tranquillement dans sa maison. Il s'était déjà couvert de tant de crimes qu'une aussi monstrueuse scélératesse ne lui faisait plus d'impression. Cependant il était un objet d'horreur pour tous les habitants. Tous ses vols l'avaient rendu riche. A la paix il fit de nombreuses acquisitions, mais plus il acquérait de biens, plus il excitait l'animadversion publique.

    Aux Cent Jours, les soldats de M. de Goulaine* passant chez lui, voulurent profiter de l'occasion pour débarrasser le pays d'un pareil monstre. M. de Goulaine s'y opposa ; il consentit seulement à ce qu'on lui administrât une bonne volée de coups de plat de sabre. Les paysans, malgré ses cris, n'y firent pas défaut. Il eut encore d'autres fâcheux contre-temps.

     

      *Monsieur Charles, Benjamin, Marie de Goulaine était chevalier de Saint-Louis, maréchal de camp, domicilié au château de la Grange-Barbâtre, né à la Grolle et décédé le 8 octobre 1821 à Saint-Etienne-de-Corcoué, à l'âge de 76 ans. 

     

     

      Plus tard, le misérable meunier tomba dans un état affreux de souffrances. On l'entendait mugir et hurler, les souvenirs du sang innocent qu'il avait versé, venaient s'ajouter à ses douleurs physiques. Dans ses accès de fureur, il criait : '' ayez pitié de moi ! '' D'autres fois il disait : '' Tuez-moi donc comme je vous tuais, achevez-moi, achevez-moi.'' Un jour, sa femme épouvantée court chercher un prêtre. ''Que venez-vous faire ici ?'' dit le moribond en apercevant ce prêtre ; et il s'emporte contre sa femme qui l'a introduit près de son lit ; '' Tu cries sans cesse, reprit cette femme : Les voilà ! Les voilà ! Ils viennent me chercher pour m'entraîner dans l'enfer ! Qui peut t'arracher de l'enfer, si ce n'est un prêtre ?'' Le prêtre cherche à calmer cet homme désespéré et lui parle des miséricordes de Dieu et de sa mère qui est au ciel. « Ah ! ma mère ! Elle a été égorgée dans la forêt de Roche-Servière et j'assistais à ce massacre ! Il n'y a plus de pardon pour moi ! Je ressens déjà les tourments des démons.'' Le prêtre l'exhorte à espérer malgré ses crimes et à offrir à Dieu ses souffrances pour leur expiation. '' Mais, reprend le malade, toutes ces femmes, tous ces petits enfants que j'ai massacrés, ne crient-ils pas vengeance contre moi ?'' Dans son accès de délire, il se relève, étend ses bras comme pour repousser la vision qui se présente devant lui, ses cheveux gris se hérissent sur sa tête, la sueur qui inonde son visage et la frayeur qui contracte ses traits le rendent hideux à voir. Le prêtre lui présente le crucifix, et à force d'exhortations l'amène enfin à se confesser. L'agitation dès lors cesse, bientôt le repentir succède au désespoir. Il appelle près de lui les enfants de ceux qu'il a égorgés et les supplie de lui pardonner, puis, faisant un effort suprême, il se traîne à leurs genoux et les conjure de le fouler sous leurs pieds pour se venger de ses forfaits. Cette attitude émeut ceux qui l'entourent ; vaincus par ses regrets qui paraissent sincères, ils le suivent à l'église où le bon prêtre les engage à prier pour le converti. Ce meunier vécut encore plusieurs années. Sa conduite devînt assez régulière, il allait à la messe, faisait l'aumône aux pauvres. Mais avec le temps sa première ferveur s'attiédit, l'amour de l'argent le fit de nouveau travailler le dimanche. Or, un dimanche, sa femme ne le voyant pas revenir à l'heure du dîner (midi à l'époque, le souper étant le repas du soir), est inquiète, elle court au moulin pour savoir ce qu'il est devenu. Elle le trouve baigné dans son sang : l'aile de son moulin qu'un coup de vent subit venait de mettre en mouvement lui avait fracassé la tête.

    Sa mort fut regardée, dans tout le pays, comme une juste punition du ciel ».

    Le lieu du massacre sur le cadastre de 1839 : 

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

    Et sur la vue aérienne Géoportail :

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

     

     

    La tradition orale de Saint-Etienne-de-Corcoué ne semble pas avoir laissé le nom du meunier ainsi que les noms des victimes du massacre de la Chapelle de Saint-Jean-de-Corcoué.  Et Monsieur l'Abbé Deniau, par discrétion, a fourni quand même assez d'éléments permettant une identification assez sûre du meurtrier. 

    Il s'agit donc aujourd'hui, d'essayer de retrouver un meunier ayant conduit une colonne incendiaire chez sa belle sœur et ses filles dans le but de les égorger. Celles-ci étant détenues dans la chapelle de Saint-Jean-de-Corcoué, il obtient des républicains ''le feu vert'' pour les massacrer. Devenu riche par ses vols et ses massacres, il fait des acquisitions à la paix. 

    Encore vivant aux Cent-Jours (1815), Monsieur de Goulaine* lui fait administrer une volée de coups de plat de sabre par ses soldats.  

    Ce meunier décède un dimanche matin, quelques années après la Restauration à Saint-Etienne-de-Corcoué, tué par une aile de son moulin.... Le moulin se trouve à une certaine distance de son domicile, puisqu'on l'attend pour le repas du midi et que sa femme inquiète court vers le moulin et le trouve mort :'' baigné dans son sang''.

     

    En parcourant les actes de décès de 1815 à 1825, deux meuniers décèdent un dimanche matin.

    Le premier : Charles Bretagne, décède le dimanche 11 février 1816 à 9 heures du matin à son domicile au moulin à eau de la Forchetière.

    L'année 1816 semble assez proche des événements des Cent-Jours et Monsieur l'abbé Deniau nous dit que ce meunier a vécu plusieurs années après ces événements. De plus, un témoin présent lors du contrat de mariage de sa fille, Marie Bretagne, qui épouse le 8 juin 1809 à St Etienne-de-Corcoué, Jean Bossis, farinier ; est un ancien officier vendéen : Mr Augustin-Joseph Mornet-Dutemple*. Cet élément élimine de fait notre farinier; un officier royaliste ne pouvant se compromettre avec la famille d'un assassin.

     

    *Augustin-Joseph Mornet-Dutemple est né à la Benate le 10 janvier 1774, est décédé à la Gautrie à Saint-Etienne-de-Corcoué le 1er Janvier 1830, ancien capitaine de la paroisse de Saint-Etienne, Chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, avait reçu une épée de récompense en 1824 ; commandant de la Garde nationale, il avait épousé Marie-Modeste Hervouët. (vue n°1/10 décès année 1830) 

     

    Par contre, le personnage que nous allons découvrir maintenant est beaucoup plus intéressant, son parcours et surtout sa mort ''collent'' avec le récit de Monsieur l'Abbé Deniau, à un détail près : la mère du meunier, Jeanne Bouanchaud, n'a pas été tuée dans la forêt de Rocheservière, mais est décédée le 27 février 1787 à la Paquetière à Saint-Etienne-de-Corcoué.

     

    Jean-Baptiste  Gaillard est né le 29 août 1752 à Saint-Etienne-de-Corcoué (vue n°3/12 année 1752). Il est le fils de Jean Gaillard, farinier († 12.6.1787) et de Jeanne Bouanchaud, mariés à St-Etienne-de-Corcoué le 6 septembre 1751. Il se marie le 24 février 1778 à Saint-Etienne (vue n°2/15 -1778) avec Marie-Anne Delomeau, fille d'Etienne Delomeau et de Marie-Anne Beziau de la paroisse de Legé. Il exerce le métier de meunier et est domicilié  au village de la Normandière en 1796. De cette union sont issus :

     

    1° Jean-Baptiste Gaillard, né le 10 janvier 1779 à St Etienne-de-Corcoué et décédé le 14 janvier.

    2° Marie Gaillard, née le 27 avril 1780 à St Etienne-de-Corcoué.

    3° Jean-Baptiste Gaillard, né le 25 mai 1785 à St Etienne-de-Corcoué.

    4° Rosalie-Pélagie Gaillard, née 9 janvier 1788 à St Etienne-de-Corcoué.

    5° Anonyme Gaillard, né le 16 août 1796 et décédé le 17 au village de la Normandière à St Etienne de Corcoué.

     

    Le 17 août 1796 décès de Marie-Anne Delomeau au village de la Normandière, âgée de 36 ans et son enfant âgé d'un jour, baptisé et inhumé avec sa mère le 18. (vue n°21/29, année 1796).

    Veuf, Jean-Baptiste Gaillard épousera Jeanne Michaud. En 1824, ce couple est domicilié à la Boulangerie à St Etienne-de-Corcoué.

     

    Voici donc l'acte de décès de Jean-Baptiste Gaillard, en consultant la table des décès, nous remarquons une marque (un point) près de son nom ; comme si quelqu'un de la mairie avait voulu se rappeler de ce meunier ? (acte n°22, vue n°5/10 du 22 août 1824) :

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

     

     

    «L'an mil huit cent vingt quatre, vingt deux août, huit heures du soir. Devant nous Aimé-Fidèle Menu, maire officier de l'état civil de la commune de Saint-Etienne-de-Corcoué, canton de Legé, quatrième arrondissement du département de la Loire Inférieure, sont comparus Jean-Baptiste Gaillard âgé de trente neuf ans, meunier, demeurant au Marché-Bachelier et Jean Gris âgé de trente neuf ans, meunier, demeurant au bourg, les deux commune du dit Saint-Etienne ; le premier fils et le deuxième gendre du décédé ci-après nommé ; lesquels nous ont déclaré que Jean-Baptiste Gaillard, né en cette commune, âgé de soixante quatorze ans (72 en réalité), meunier, demeurant en cette commune à la Boulangerie veuf en première noce de Marie-Anne Delhommeau époux en seconde noce de Jeanne Michaud, fils des feu Jean et de Jeanne Bouanchaud, est décédé ce jour, à midi et demi en cette commune à son moulin, près Favet ; les comparants ont signé avec nous après lecture ».

     

    signé : Jean-Baptiste Gaillard – Jean Gris – A.F Menu, Maire.

     

      Nous sommes le dimanche 22 août 1824, ce meunier est bien attendu pour le dîner à midi, son épouse, Jeanne Michaud , inquiète* nous dit l'abbé Deniau, part de la Boulangerie et court vers le moulin à vent de Favet et découvre son mari mort à midi et demi, c'est le temps qu'il faut pour parcourir la distance entre la Boulangerie et le moulin Favet. L'abbé Deniau nous dit que sa femme le trouve la tête fracassée par l'aile de son moulin mise en mouvement par un coup de vent subit : le vent ou un règlement de compte ???

      * Si l'épouse de Jean-Baptiste Gaillard est inquiète, c'est que connaissant le passé de son mari, elle s'attend à quelques ''mauvais coups'', non ? 

    Saint-Etienne-de-Corcoué, 1794....

     

     

    Au sujet des victimes de la chapelle de Saint-Jean-de-Corcoué ? Ce n'est pas Marie Braud épouse de Louis-Joseph Gaillard, qui se sont mariés le 7 février 1786 à St Etienne, puisque le 31 mai 1798 elle déclare avoir donné naissance à Julie Gaillard le 8 avril 1794 (naissance posthume).

    Peut-être Marie Jeanne Mignen qui a épousé Charles-Prudent Gaillard, boulanger, le 28 octobre 1788 ? Ou alors faut-il chercher du côté de Marie-Anne Delomeau-Delhomeau, première épouse de Jean-Baptiste Gaillard, originaire de Legé  ??

     

    Sources: Histoire de la Guerre de la Vendée de Monsieur l'abbé Deniau TOME VI, pages 148,149,150 - Siraudeau éditeur à Angers. Archives départementales de la Loire Atlantique, St Etienne-de-Corcoué, St Jean-de-Corcoué, - cadastre de 1839 B3 section du bourg st Jean-de-Corcoué ; cadastre 1840 - E1- Coins (section des) St Etienne-de-Corcoué- Tables alphabétiques des successions et absences 1825-1831 vue n°48/118- Jean-Baptiste Gaillard - Photo de l'auteur. 

                                                              

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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