• Retour sur la journée du 27 février 2016....

     

    Nous faisons ici un petit retour sur la veillée des Amis du Pont-Paillat et de la Troupe des Cœurs de Chouans du 27 février dernier. En effet, Arnaud, qui nous avait promis son compte-rendu, et qui était ces derniers temps très occupé par ses études et ses diverses activités dans le milieu historique, ne nous envoie son billet qu'aujourd'hui.

     

     RL

     

     

    Les veillées du Pont-Paillat – 27 février 2016

     

     

     

    A l’occasion d’une journée consacrée à Stofflet, les amis du Pont-Paillat et les Cœurs de Chouans avaient cheminé aux confins de l’Anjou et du Poitou, sur les traces du garde-chasse lorrain, virée qui les conduisit d’abord à Maulévrier puis à la lugubre forêt de Vezins. En s’y enfonçant, chacun garda pour longtemps en mémoire, aux alentours de la chapelle expiatoire, la voix plaintive du vent dans les cimes des arbres nus, semblable à celle des massacrés qui rappelaient leur présence en épiant ces curieux promeneurs qui venaient les visiter. Une dernière étape amena la petite troupe à la croix des Ouilleries, non loin de Saint-Aubin, dressée pour marquer l’endroit où Stofflet et ses hommes taillèrent en pièce la colonne incendiaire de Grignon.

     

     Transis de froid sous les vieilles capelines qui laissaient peser sur les épaules toutes les rigueurs du frimas, les compagnons étaient pressés de trouver un refuge avant que ne tombe la nuit. Leurs pas les conduisirent au hasard d’une vieille longère, perdue au cœur du bocage vendéen, à quelques lieues de là. Poussant la lourde porte de la demeure pour venir solliciter l’hospitalité, un large feu les attendait, qui crépitait dans l’âtre de la cheminée, tandis qu’une large table leur faisait face pour souper. L’air rassuré, nos voyageurs égarés, accueillis chaleureusement par les propriétaires des lieux, franchirent le seuil de granit creusé par les ans et tirèrent de leur havresac victuailles à foison pour garnir la grande tablée devant laquelle on prit place. La lumière filtrant de la croisée attira bientôt d’autres badauds de passage pour venir participer au festin, occasion de faire plus ample connaissance en parlant du temps qui passe, après avoir rendu hommage à Stofflet, qui réunissait les invités, et signé de la pointe du couteau le pain de famille. Au milieu de la joyeuse ripaille, des rires et des conversations diverses, se faisaient entendre les dernières nouvelles du bourg courant sur le pays tandis qu’on partageait de larges parts de terrine et que les barriques de vin furent mises en perce.

     

     C’est alors qu’un visiteur impromptu vint frapper à la porte, coupant court aux discussions insouciantes. Chacun se tut, laissant planer un silence consternant, en proie à une curiosité mêlée d’effroi quant à l’identité de ce promeneur nocturne, dont on devinait au travers des vitres troubles la lueur vacillante de la lanterne. Dominant ses craintes, on se leva pour faire bon accueil au mystérieux individu qui s’avança, prenant place devant la cheminée, retirant son lourd caban de laine et son large chapeau rabalet dont les larges bords lui dissimulaient les traits du visage. L’assemblée silencieuse reconnut alors le colporteur du pays qui en incarnait la mémoire, qui invita de sa voix rauque les convives à prendre place en portant les bancs auprès du feu. Vidant son sac à nouvelles, il tint son auditoire en éveil en contant les vieilles histoires de trésors enfouis de la grande guerre et des revenants qu’on aperçoit de temps à autre à la lueur de la lune, au détour d’un obscur chemin creux ou à la croisée des chemins au carrefour des croix de mission.

     

     Plongés dans la pénombre, le feu dansant sur leur visage orangé et l’œil brillant, les compagnons se voyaient plongés dans un autre temps, revivant non sans émotion les veillées des longues soirées d’hiver que leurs anciens avaient connues, transmettant de génération en génération le souvenir des hauts faits des ancêtres de famille qui avaient pris les armes pour la défense de la cause sacrée. Glorieux ancêtres devenus avec le temps des noms aussi obscurs qu’inconnus, semblables les uns aux autres dans leur anonymat, brièvement évoqués en de rares occasions, tandis qu’ils dormaient dans la terre humide, souvent sans sépulture, du sommeil des braves. En croisant le regard captivé de la petite Aliénor qui incarnait cette malheureuse jeunesse de France qu’on privait de racines, la longue chaîne des temps semblait refaire surface, l’espace d’un soir. Puisse cette enfant dans la fleur de l’âge garder pour jamais en mémoire cette voix d’outre-tombe, qui en faisant revivre avec force le souvenir de tel massacre au détour d’un hameau, désignait les flammes terribles qui se dégageaient des bûches rougeoyantes derrière lui, semblables à ces villages et ces forêts incendiés dans un ciel rouge de feu. Jeune fille qui, malgré les années, se remémorerait toujours les frissons ressentis dans son enfance à l’évocation des revenants errants sur les lieux de leur mort pour réclamer une sépulture, la frayeur qui fut la sienne au contact soudain de la main du père Caillaud, au visage rieur, sur son épaule tandis que le hululement de quelques chouettes solitaires venaient se faire entendre pour rappeler la présence des aïeux.

     

     La veillée se prolongea ainsi jusqu’à une heure bien avancée de la nuit, ponctuée par des chants traditionnels à la lueur des bougies, jusqu’à ce que les hôtes se séparent peu à peu, le cœur lourd, pour reprendre le chemin de leurs feux, se promettant cependant de renouveler ces rencontres qui ressuscitaient les vieilles traditions oubliées qui participent de la mémoire d’un peuple.

     

    Arnaud de la Durbelière

     

    Retour sur la journée du 27 février 2016....

     

     


  • Commentaires

    1
    Christophe Guyonnaud
    Vendredi 25 Mars 2016 à 16:23

    Merci Arnaud de la Durbellière !!

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