• Repas dans les bois....

     

    REPAS DANS LES BOIS

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    Noël 1794

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    Quand le prieur eut dit ses Grâces

    Cougnon, que rien n’effarouchait,

    Lui présenta les ailes grasses

    D’un merle pris au trébuchet.

     

    Cousin François eut les deux pattes,

    Marquet, la tête et le gésier.

    Un vrai repas homéopathes :

    Beaucoup dans peu… Sur un brasier

     

    Où l’on jetait des branches mortes,

    Mijotait une soupe au lait

    Que les mères, ces femmes fortes,

    Apprêtaient pour qui le voulait.

     

    Car au seul bruit, dans le Bocage,

    Du passage des soldats bleus,

    Vers le bois, un pauvre pacage,

    On emmenait vaches et bœufs.

     

    Le lait étant une ressource,

    Ces animaux familiers,

    On les fesait boire à la source,

    On les gardait dans les halliers.

     

    On avait du moins quelque chose,

    Un lait onctueux, toujours sain,

    Pour la ruche d’enfants qui cause

    Et bourdonne comme un essaim.

     

    Quand on fesait une galette

    De la farine de blé noir,

    La noce, hélas ! était complète :

    On s’en contentait jusqu’à voir.

     

    Dans un coin, à l’abri des bises,

    Autant du moins qu’on le pouvait,

    On étendait des couettes grises,

    Avec la terre pour chevet.

     

    Les enfants y dormaient sans crainte :

    A cet âge on dort en tout lieu.

    Mais d’ennui la figure empreinte,

    Les mères causaient près du feu.

     

    Elles disaient : « Où sont nos hommes ?

    Quels sont leurs destins hasardeux ?

    Car dans ces tristes temps nous sommes

    Inquiètes de chacun d’eux ».

     

    L’abbé disait tout bas : « Courage !

    Mes pauvres sœurs, ils reviendront ! »

    Malgré ce mot d’espoir, l’orage

    Leur courbait à toutes le front.

     

    Soudain un bruit se fait entendre…

    De branches que l’on casse sec.

    Marquet pâlit : son cœur est tendre ;

    Il fuirait, s’il n’était avec

     

    Les deux bons compagnons de guerre

    Qui se lèvent tranquillement,

    Car pour fuir ils n’y songent guère,

    Et foncent dans le bois dormant.

     

    Puis, ils reviennent près de l’âtre,

    Et, se couchant tout de long,

    Ils disent : c’est un daim folâtre

    Qui veut faire aussi réveillon !

     

    Fr. de SAINT-MESMIN

     

     

    La Vendée Historique, N° 55, 5 avril 1899.

     

    Illustration prise sur ce le blog « Des contes et légendes ».

     

    Repas dans les bois....


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