• René Ferrand, pousseur de cadavres ?

     

     

     

    René Ferrant, marinier, pousseur de cadavres ?

     

     

     

     

    René Ferrand, pousseur de cadavres ?Sous la première république, les dénonciations affluent car elles sont le plus sûr moyen pour les citoyens de prouver leur patriotisme et de ce fait, de se prémunir contre une éventuelle arrestation. Cette République porte en son sein la dénonciation à travers ses Comités de Surveillance et ses Comités de Sûreté Générale, qui sont de véritables officines de délation au service de ce nouveau Régime.

    Sur une simple lettre d'un voisin malveillant, d'un jaloux, d'une connaissance qui écoute vos propos, vous pouviez être envoyé à la guillotine. Il y a toujours quelqu'un qui vous veut du bien, c'est bien connu. Encore aujourd'hui la République encourage à dénoncer ses voisins. Comment dénoncer ses voisins grâce au webà voir également, les "valeurs de la république" ici.

      Le citoyen René Ferrant, né à Tours, marinier, va en faire la terrible expérience et être envoyé devant le Tribunal révolutionnaire à Paris pour être entendu par le Président de ce tribunal. Nous ne connaissons pas le résultat du jugement. Le nom de René Ferrant n'apparaît pas dans la liste des guillotinés de cette époque.

     

      Ce qui est intéressant, c'est que cette dénonciation du 9 Brumaire de l'an 3 (30 octobre 1794) nous confirme que les républicains fusillaient, noyaient leurs opposants politiques et écorchaient leurs cadavres afin de les transformer en culottes de peau, portées par certains de leurs officiers et de leurs généraux, (Voir la peau humaine tannée du musée de Nantes) ; ou bien les transformaient en reliure cuir pour leur Constitution de 1793. (Voir l'exemplaire de cette Constitution au musée Carnavalet).

       Une culotte souple, une bibliothèque aux ouvrages reliés en peaux de royalistes, ça fait froid dans le dos, mais à l'époque chez ''les esprits Charlie'' c'était ''tendance'' !

     

      Voici la lettre, le nom et l'adresse de ce brillant patriote, délation bien inutile puisque déjà le 7 Brumaire une lettre du Président Leblois accusateur près le Tribunal Révolutionnaire à Paris, invitait le Comité d'Orléans à faire traduire le dit Ferrant dans les prisons du Tribunal Révolutionnaire.          

     

     

      « Dénonciation contre Ferrant marinier.

      Aujourd'hui neuf brumaire de l'an trois de la république Française une et indivisible sur l'invitation faitte au ci-après nommé est comparu le citoyen François Chevallier, marchand cordier demeurant à Orléans rue de la Tour Neuve près le port, section de Brutus.

      Lequel déclare avoir entendu dire au citoyen René Ferrant, qu'il avait été requis pour jeter à l'eau les citoyens qui avaient été fusillés au Ponts de Cé à Angers ; Et qu'il avoit été requis également pour repousser à l'eau les cadavres qui avaient été noyés dans ces deux endroits.

      Que de plus il avait aussi dit qu'il avait vu le chirurgien major écorcher de ces hommes pour en avoir la peau.

      Et est tout ce qu'il a dit scavoir lecture à luy faitte a dit contenir vérité fait au Comité Révolutionnaire de Surveillance au district d'Orléans les jour et mois susdits. 

                                                                      Signé  : F Chevallier. »

     

      « Prévenu d'être de complicité avec les ex membres du Comité Révolutionnaire.

    Lettre au Citoyen Leblois accusateur public près le Tribunal Révolutionnaire à Paris.

      Orléans, le 9 Brumaire l'an 3 de la République une et indivisible.

      Le Citoyen Ferrand au Citoyen Le Blois accusateur Public près le tribunal révolutionnaire à Paris.

     

    Citoyen,

      Je suis détenu depuis six jours dans la prison d'Hilaire d'Orléans sans en savoir le motif.

      Cependant on m'accuse d'avoir participé aux noyades qui ont eu lieu au Pont de Cée. Je n'en connais aucune, sinon que j'y ay été requis l'année dernier par deux officiers municipaux et le commandant de la place y étant avec mes batteaux venant d'Orléans chargés pour Nantes ; pour y pousser hors bord les corps des morts, des malheureux que l'on fusillait, ce que j'ai été obligé de faire en étant requis par les autorités constituées et au nom de la Loi.

      De ces officiers je ne connais que le citoyen Gatine pour lors officier municipal au Pont de Cée près d'Angers.

      On m'accuse de même d'avoir encore participé à celles qui ont eu lieu à Nantes ; rien de si faut puisqu'il est vray quelle se faisait dans le même temps que la fusillade du Pont de Cée ou j'étois requis. Comme je vous le dit de l'autre part c'est pourquoi je vous déclare que je n'ay eu aucune connaissance de ce fait, et personne n'est dans le cas de m'accuser d'avoir fait autre chose que ce dont j'étais forcé de faire au Pont de Cée ; sans savoir si je faisait bien ou mal ; y étant comme je le répette forcé par la municipalité et le commandant.

      Enfin cette réquisition fini j'eus main levée pour conduire mes bateaux à Nantes ; pour lesquels ils étaient destinés, et lorsque j'y fut arrivée, les noyades et fusilliades n'y avait heureusement plus lieux.

      Voilà citoyen tous les renseignements que j'ay a donner dans cette affaire.

      Il est bien malheureux pour moi de me voir retenu sans en savoir la cause en me faisant un tort considérable ayant entrepris à mon passage ce jour dernier à Amboise la conduite de huit cent pièces de vin destinées pour l'approvisionnement de Paris, pour lequel chargement j'ay déjà fait baisser trois de mes batteaux pour Amboise avec une permission du citoyen Dumas inspecteur de la navigation de l'intérieur résidant à Orléans, j'en ay encore quatre autres dans ce port qui ne peuvent partir vue mon arresttation ; en conséquence citoyen, tu voudra bien prendre en considération l'exposé cy-dessus n'étant rien que la vérité. Salut et Fraternité ; signé R.F

     

    René Ferand marinier à Bellecoste district de Tours département de Indre et Loire. 

     

      Courrier de René Ferrant au Représentant du Peuple d'Orléans.

     

      «  Au citoyen Brival Représentant du peuple à Orléans,

      Citoyen Représentant,

      Le nommé René Férand, voiturier par eau de Belle Coste sur Loire (Saint-Cyr sur Loire) district de Tours département d'Indre et Loire.

      Expose qu'il est retenu dans la prison Hilaire d'Orléans sans en savoir le motif ;

      On m'accuse d'avoir participé aux noyades du pont de Cée ; je n'en connais aucunes.

      Il est cependant vray que j'ai été requis au Pont de Cée, y étant avec mes batteaux, par deux Officiers Municipaux et le Commandant de la Place, dont un de ces officiers étoit le citoyen Gatine officier municipal le seul que je puisse nommer ignorant le nom des autres, à l'effet de pousser hors du bord de la rivière les corps morts des malheureux que l'on sacrifiait à la fusilliade, ce que j'ay été obligé de faire malgré ma sensibilité y étant requis par les authorités Constituées et au nom de la Loi ; a qui je ne pouvais refuser.

      On m'accuse encore d'avoir participé à la noyade qui cest faite à Nantes. Comment pouvait il se faire que je fus à Nantes dans ce même moment j'étais requis au pont de Cée pour faire un service aussi terrible ; ors cette réquisition fini j'eus main levée de mes batteaux par les Autorités Constituées du Pont de Cée pour conduire mes bateaux à Nantes où je suis arrivée ; Mais heureusement toutes les noyades et fusillades dont il est question étoient fini et je prouve que personne n'est dans le cas de m'inculper pour ses faits. J'ay même preuve a en donner dans ce pays et que mon dénonciateur prouve ce qu'il avance.

      J'expose actuellement que j'ay entrepris dernièrement a mon passage a Amboise la conduite de huit cent barriques de vin destinées pour l'approvisionnement de Paris, pour lequel chargement j'ay déjà fait partir trois batteaux pour charger le dit vin en partie au port d'Amboise d'après une permission du citoyen Dumas Inspecteur de la Marine de l'Intérieur résident à Orléans ; et promesse de m'en remettre un autre pour baiser mes quatre batteaux restant pour aller charger le reste du cottingent dans le dit port d'Amboise. Ces quatre batteaux restant dans le port de cette commune vüe mon arrestation.

      En conséquence Citoyen Représentant j'espère que tu prendra en considération l'exposé cy-dessus, et fera droit à une juste réclamation./. »

     

      Mais le Comité Révolutionnaire et de Surveillance du district d'Orléans ne l'entend pas de cette oreille et René Ferrant est dirigé vers le Tribunal Révolutionnaire de Paris. Prévenu d'être de complicité avec les ex-membres du Comité Révolutionnaire de Nantes, il écrit le 9 Brumaire de l'an 3 au Citoyen Leblois accusateur Public près le Tribunal Révolutionnaire à Paris. Mais le Comité se conformant à la lettre reçue le 7 Brumaire du Citoyen Leblois qui l'invitait à le faire traduire à Paris, René Ferrant est mis en route « dans les plus brefs délays » et conduit par la Gendarmerie Nationale d'Orléans à Paris.

     

      Le 18 Brumaire René Ferrant est interrogé par Pierre Forestier, juge du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris « sans aucun recours au Tribunal de Cassation ».

      « René Ferrand, âgé de 36 ans, né à Tours département d'Indre et Loire, maître de bateaux, demeurant à Tours.

    D- S'il n'a pas été requis pour conduire des détenus de Nantes à Angers par la rivière de la Loire ?

    R- Que non,

    D- S'il n'a pas participé aux noyades qui ont été exercées au Pont de Cé ?

    R- Qu'il n'y a point eu de noyades au Pont de Cé que par conséquent il n'a pas pu y participer.

    D- S'il n'a pas été requis pour jetter à l'eau les citoyens qui ont été fusillés à ce dernier endroit ?

    R- Qu'il n'a point été mis en réquisition pour cet effet, mais qu'il a été commandé par un officier municipal qui est monté dans le bateau avec lui pour repousser les cadavres qui se trouvaient sur le rivage au milieu de la rivière.

    D- S'il n'a pas de concert avec un chirurgien écorché de ces noyés pour en avoir la peau ?

    R- Que non, qu'il est bien vraye qu'un chirurgien major dont il ignore le nom en a écorché en sa présence pour en avoir la peau et la graisse mais qu'il ne l'a point aidé.

    D- S'il n'a prêté aucun secours à ceux qui ont fait les noyades et les fusillades ?

    R- Que non.

    D- S'il a un conseil ?

    R- Non, lui avons nommé le Citoyen Bouttroue.

    Lecture faite a persisté et dit ne savoir signer en conséquence avons signé.  »

    signé Josse commis greffier et Forestier Juge.

    René Ferrand, pousseur de cadavres ?

     

     

     Alors ? René Ferrant, coupable ou innocent ?

     

      Il est quand même étonnant que son nom soit déjà connu du Tribunal Révolutionnaire de Paris avant le 7 Brumaire de l'an 3 (28 octobre 1794) puisque le Président du Tribunal Leblois transmet une lettre au Comité d'Orléans à cette date. Qu'une dénonciation soit transmise au Comité d'Orléans le 9 Brumaire (30 octobre 1794). Que le nommé Ferrant précise qu'il est emprisonné depuis 6 jours, donc depuis le 3 Brumaire (24 octobre 1794). Que son transfèrement au Tribunal Révolutionnaire de Paris a été exécuté avec diligence puisque le 18 Brumaire (8 novembre 1794) il est interrogé par le Président de ce tribunal.

      Sachant que le procès de Jean-Baptiste Carrier va commencer.

      En effet, le 29 octobre 1794 la Convention forme une commission d'enquête et le 13 novembre l'Assemblée vote la levée de l'immunité parlementaire de Carrier. Le 27 novembre il est mis en accusation et condamné à mort et guillotiné le 26 Frimaire de l'an 3 (16.12.1794).

     

       René Ferrant est peut-être ce voiturier par eau, né vers 1758 à Saint-Cyr-sur-Loire, fils d'Urbain Ferrant et de Jeanne Thierry qui épouse à Saint-Cyr-sur-Loire, le 26 février 1782, (Vue n°7/19 année 1782- Saint-Cyr-sur-Loire) Françoise Soudée, (née le 15 mars 1757 à Saint-Cyr et décédée le 28 juin 1816 à Saint-Cyr, veuve de René Ferrand., marinier). Il semblerait que ce soit notre homme...

     

    Sources: Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés. - Archives de la guerre de Vendée conservées aux Archives nationales – Réf ANW71-1, Tours,Orléans et Paris 9,18 Brumaire an III- procédure engagée contre René Ferrand, accusé d'avoir participé aux noyades de Nantes. 30 ; octobre 1794 - copie de la vue n°7/9 du dossier -  Le Souvenir Chouan de Bretagne, article publié le 22 mars 2013 au sujet de Jean-Clément Martin et son révisionnisme) – Archives Départementale d'Indre et Loire tous droits réservés, commune de Saint-Cyr-Sur-Loire. Mariages 1782 et décès 1816. - Photo  : Souvenir Chouan de Bretagne, article du 22 mars 2013 Jean-Clément Martin .

     

    Article connexe sur la Maraîchine normande.


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