• Règlement de comptes avec les Chouans ?

                        

    Les accords de paix de la Jaunaye, 

    une période troublée... 

                                     

     

     


    Règlement des comptes avec les Chouans ?Malgré les accords de paix de la Jaunaye de février 1795, l'insécurité demeure, jusqu'à ce que cette ''paix'' soit rompue le 24 juin 1795.

    Des royalistes qui n'ont pas déposé les armes mènent une ''chasse aux patauds'' et les ''Bleus'' n'hésitent pas à tuer du ''Blanc''. Les règlements de comptes vont bon train où se mêlent des questions politiques, de vengeance personnelle ou de simple criminalité.

     

    Voici un fait divers qui nous plonge dans l'atmosphère de l'époque. Il s'agit d'un assassinat où il semblerait que des chouans soient impliqués. Le 14 Floréal de l'an 3 (3 mai 1795), un bourgeois de Nantes est découvert dans un bois à Carquefou, il s'agit du Sieur Jean-Julien Lemercier-Duquesnay...

    Un capitaine de gendarmerie de Nantes et son escorte sont dépêchés sur les lieux du crime afin de faire les constatations d'usage. Cette faible troupe rencontre sur son itinéraire d'importantes formations de cavaliers royalistes armés, avec lesquels les échanges verbaux sont savoureux....

    Règlement des comptes avec les Chouans ?

     

    « Le vingt huit Fructidor an trois de la République une et indivisible à midi devant moi Pierre Haudaudine, officier public élu pour constater l'état civil des citoyens, a comparu en la maison commune Jean-Julien Bernard, rentier, âgé de cinquante deux ans, demeurant section de L'Egalité ruë Nicolas, lequel pour faire constater le décès de Jean-Julien Lemercier Duquesnay, son beau-frère, agriculteur, natif de ci-devant Sainte Croix de Nantes, époux de Jeanne Marguerite Giton, âgé d'environ quarante six ans, m'a présenté le procès verbal dont la teneur suit :

     

    '' Extrait des minutes du greffe du tribunal de la police de sûreté et 'correctionnelle de la commune de Nantes. L'an troisième de la République française le quatorze Floréal, nous soussigné capitaine de la gendarmerie nationale du département de la Loire Inférieure à la résidence de Nantes, sur l'avis à nous donné par l'agent national, près le district de Nantes que le citoyen Jean-Julien Lemercier-Duquesnay avait été assassiné au bois de Bayle (le Bel) dans la commune de Carquefou, nous nous sommes fait accompagner d'un brigadier et de sept gendarmes des brigades de Nantes et assister du citoyen d'Amour, médecin de l'hospice de la Paix à Nantes, nous nous sommes transporté sur la route de Paris où nous avons rencontré à la hauteur de l'entrée de la Lande de Saint-Georges une troupe de trente jeunes gens tous armés ayant à leurs chapeaux des rubans blancs, des panaches blancs et des cocardes blanches et noires qui nous ont déclaré aller à leur assemblée et à la messe, dont un avait sous le bras une culotte noire lequel nous a dit l'avoir oté au nommé André Fillieu qui l'avait arrêté et conduit à Nantes, comme un des auteurs de l'assassinat de Jean-Julien Lemercier du Quesnay ; que cette culotte était celle de l'assassiné et qu'il la portoit à son commandant pour la lui faire voir. En continuant notre route, nous avons encore rencontré plusieurs détachements d'hommes armés portant les mêmes signes que les premiers, et qui traversoient la Lande de Saint-Georges ; enfin nous sommes arrivés environ les neuf heures et demie à la hauteur du bois de la Baïle (le Bel), et après avoir cherché dans le dit bois, nous y avons trouvé un cadavre nud n'ayant qu'une chemise et un gillet de la taille de cinq pieds deux à trois pouces ; lequel nous a paru être un homme mort depuis quelques jours âgé de trente à quarante ans. Dix hommes armés que nous avions rencontré au bout de la lande et qui nous avoient déclaré être de la commune de Doulon et aller au bois Huë près Portrie, lieu de leur assemblée pour y faire l'exercice sont entrés avec nous dans le bois, et nous ont aidé à nous procurer une charette pour conduire à Nantes le cadavre. Un homme nous a déclaré que le neveu d'un nommé Moquet qui demeure à la Jalouserie avoit vuë passer les trois assassins, et qu'il les reconnaîtroit bien. En présence des gendarmes nous avons procédé avec le citoyen d'Amour à l'examen de l'état du cadavre, et nous avons reconnut qu'il avoit trois coups de sabre derrière la tête, un coup de feu derrière l'oreil droite et le ventre criblé de chevrotines*. D'après quoi nous n'avons pu douter que le dit défunt ne fût mort de mort violente. Nous l'avons fait enlever, mettre dans une charette et conduire au cimetière de Saint Donatien, où après lui avoir apposé sur la jambe droite notre sceau ordinaire par le moyen d'une petite corde, nous l'avons fait inhumer en notre présence. Le citoyen Jean Julien Bernard, négociant à Nantes, demeurant rue Nicolas numéro quatorze, nous a déclaré avoir reconnu le cadavre pour être le corps de jean Julien Lemercier-Duquesnay son beau frère, fermier de la terre du Pavillon dans la commune de Mauves et qui demeuroit à Nantes basse grande ruë numéro trente trois ; le cadavre a été aussi reconnu par Marie Esseül, fille de confiance de la citoyenne Giton, demeurant rue Nicolas numéro quatorze pour être le corps de Julien-Jean Lemercier du Quesnay, de tout quoi avons rédigé le présent procès verbal et a signé avec nous le dit citoyen d'Amour, nous, nos brigadiers et gens d'armes, après lecture faite, la minute est signée de Vieux, capitaine, d'Amour médecin, Gérard, Jourdan, Caubi, Josset et Choppin brigadier.

     

    Pour expédition conforme à la minute pour être servie à l'agent national près la commune : signé : J Le Roux Greffier, en marge est écrit : le 14 Floréal an troisième procès verbal de reconnaissance du cadavre de Jean Julien Lemercier Duquesnay, fait en la maison commune de Nantes, sous le seing du comparant et le mien, les dits jour et an. »

     

    Signé J.J Bernard et Haudaudine.

     

    Règlement des comptes avec les Chouans ?

     

    *Chevrotines    : munition utilisée par les chouans. 

     

    Jean-Julien Lemercier Duquesnay s'est marié à Saint Nicolas de Nantes le 26 mai 1789 avec Jeanne-Marguerite Giton. Il est né le 30 octobre 1750 en la paroisse Saint-Croix de Nantes. Il est le fils de Claude Lemercier Duquesnay qualifié d'Ecuyer, Maître en Chirurgie et d’ Anne Blot (acte de mariage vue n°91).

    De cette union sont issus :

     

    1-Rose Lemercier-Duquesnay, née le 21 janvier 1791 Mauves.

    2-Sauveur-Louis Lemercier-Duquesnay, notaire à Saffré.

     

    Sources : Archives de la ville de Nantes – décès an 3, Section Union et Scévola- cote 1E88, pages 104,105/115 -Archives Départementales de Loire-Atlantique, Nantes - mariages année 1789 St Nicolas et Mauves-sur-Loire. Naissances Ste Croix 1750 - Géoportail – carte d'état major 1820-1866, Carquefou, la Jalousie, la Porterie, le Bois Hue, le bois le Bel... - Photo : de l'auteur.

     

                                                 

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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