•  

    Etat du pays de Pouzauges en 1796…

     

     

    Le texte qui va suivre va vous permettre de constater, s’il en était besoin, combien il est difficile d’arrêter une guerre civile vieille de trois années avec des mesures de pacification édictées par ceux qui l’ont provoquée. On se souvient de la célèbre phrase du député des Deux-Sèvres Louis-Prosper Lofficial, devant la Convention le 8 vendémaire de l’an III (dimanche 19 octobre 1794) (1) :

    « La terreur et l'épouvante précèdent les colonnes révolutionnaires, qui achèvent d'exaspérer les quelques Vendéens restés paisibles, et Charette peut dire, en voyant tous ces volontaires nouveaux accourir sous ses drapeaux : tel jour ma femme est accouchée de quinze mille hommes. »

    Visiblement, l’auteur de la missive qui suit est très modéré vis-à vis de la Vendée et n’hésite pas à faire de la publicité pour Willot, franc-maçon prorévolutionnaire, mais royaliste tout de même (2). C’est toujours compliqué chez les FM et on ne sait pas toujours à quel saint se vouer… J’ai respecté au mieux l’orthographe originale et souligné comme l’auteur l’a souhaité. Je n’ai pas jugé utile de surcharger la lettre avec les entourages à la plume de mots ou de paragraphes.

    Nonobstant, on comprendra aisément que les propos du sieur Leféron sont plein de bon sens, un bon sens que seul le général Bonaparte appliquera, sauf peut-être pour le concordat, mais cela est une autre histoire…

     

     

    RL

    Avril 2018 

     

    Pouzauges, 1796....

     

     « Copie de la lettre du citoyen Leféron chef de la ½ brigade des deux Sêvres,

    ________

     

    Au citoyen Cochon membre du Conseil des anciens au camp de Pouzauges le 1er Pluviose 4e année Républicaine.

    21 janvier 1796

    Citoyen représentant,

    Ajout : extrait d’une lettre adressée au directoire

    L’événement a justifié mes craintes, les chefs de l’armée ditte du centre se jouent encore de leurs promesses, à l’aide d’une paix platrée ils se ménagent les moyens de frapper des coups plus assurés.

    Pour couper le mal dans la recine, le citoyen Hoche a ordonné l’arrestation de tous ces généraux de nouvelle fabrique. Cette mesure me paroit fort sage, je n’envisage pas sous ce point de vue l’incarcération des commissaires de paroisses qui demeureront en charte privée jusqu’à l’époque ou s’opérera une remise complette des armes en attendant la quelle, les troupes vivront aux dépens du pays.

    Ce dernier moyen produira encore les meilleurs éffets pourvû qu’on en fasse point un pernicieu abus ; mais si vous enlevez les commissaires la plupart tirés de la classe précieuse des laboureurs, si vous gardez en otage le petit subdélégué dans lequel l’habitant a établi sa confiance, indiquez moi ceux qui rassembleront les paysans alarmés ?

    Désignez moi ceux qui feront rendre les fusils convoités depuis si longtemps ? Montrez moi ceux qui procureront aux militaires les comestibles qui doivent leur fournir les communes insurgées ? Comment établirez-vous une juste répartition ? Comment obtiendrez vous le contingent affecté à chaque forme ? Il faudra donc nommer de nouveaux commissaires ; mais de bonne foi qui voudra se charger d’un pareil fardeau ? Le fort qui a frappé le prédécesseur n’effrayera-t-il pas le futur titulaire ?

    Inéxorable envers les chefs j’aurois voulu épargner l’intéressant agriculuteur fatigué, obsédé de la guerre. Pour presser le désarmement, qui est à coup sûr indispensable j’aurois fait vivre les troupes aux dépens du pays. Mais enlever les commissaires est une folie caractérisée, c’est rendre inéxecutables nos demandes malgré qu’elle reposent sur la justice.

    Trompés par quelques intriguans qui veullent à tout prix ralumer les flambeaux mal éteints d’une guerre intestine, le Directoire exécutif vient d’ordonner l’enlèvement des grains et des bestiaux ! Les mangeurs d’hommes Huchet, le bruleur Grignon seroient-ils encore écoutés ? Auroient-ils en lettres de sang tracé cet ordre barbare ? Il n’est plus à en douter, on veut perpétuer nos malheurs… La paix est un fléeau pour cette engeance scélérate.

    La guerre étoit terminée lorsque Grignon la torche à la main incendie cet infortuné paÿs, fit égorger indistinctement et les royalistes et les républicains ; saisissant àlors l’arme terrible du désespoir le cultivateur, pour préserver ses jours, alla grossir la bande de Charrette.

    Sous le commandement de Villot la guerre étoit terminée puisque quatre hommes pouvoient avec sécurité parcourir le paÿs insurgé, puisque le paysans satisfait d’avoir obtenu la paix fournissoit avec empressement aux besoins de nos frères et signaloit les coquins dont il fallait purger la contrée. Quels moyens devoient donc employer les ambitions qui ne comptent pour rien les malheurs publics pourvû qu’ils servent leurs perfides projets ? Il falloit réduire au désespoir le misérable agriculteur, en exigeant l’impossible, il falloit le contraindre à abandonner sa chaumière et chercher un azile parmi les cohortes des chouans, où les débris de la horde vendéenne. (3)

    Ce plan est suivi par le successeur de Villot, il exige l’impossible en réclamant un bon fusil par chaque homme en état de porter les armes…. pourqu’on fournit ce contingent il faudroit supposer que tous habitans étoient bien armés, il faudroit supposer que, depuis peu, ils auroient acheté de nouveaux fusils, car il est notoire que lors du 1er enlèvement de bestiaux, il avoient remis quelques armes, tandis que d’un autre côté, il est constant qu’une foule d’habitans n’en ont jamais possédé. Il réduira au désespoir le malheureux laboureur en lui enlevant ses grains et ses bestiaux. Plongé dans la plus affreuse misère, il se rangera pour s’y soustraire parmi nos plus cruels ennemis.

    L’intrigue de certains individus pétris d’orgueil, dévorés d’ambition a écarté le brave Villot ; on a rassasié de dégoût les amis de l’ordre et de la discipline, on voit d’un mauvais œil les vainqeurs des Pyrénées, on trouve ridicule que des chefs permettent d’hazarder quelques réflexions dictées par l’amour du bien public, on veut enfin commander en despote, on veut pêcher dans l’eau trouble. Prévenez, citoyen représentant. Prévenez les maux qui sont prêts à fondre sur nos têtes. Je vous ai dit la vérité, toute la vérité, tirez-en un parti avantageux.

    Je suis &c.    Leféron.

    P.S. Si l’on s’obstine à nous garder dans les parages, ne pouvant prêter les mains aux iniquités qui se commettent et se commettront encore, ne pouvant favoriser le pillage qui infailliblement résultera des mesures qu’on adopte, indiquez-moi la marche à prendre pour obtenir ma démission, aux offres de servir comme volontaire dans une autre armée.

    Pour copie conforme

    Charles Leféron »

     

     

    Notes :

    (1)  Ma femme a publié cette documentation ici.

    (2)  Archives de Vincennes, SHD, B 5/34-44.

    (3)  Rappelons que le débat fait toujours rage pour les débutants, sur les notions de « Vendéens » ou de « Chouans ». On sait que les Vendéens opéraient une guerre organisée au Sud de la Loire et que les Chouans jouaient des coups de mains, quelquefois très efficaces et beaucoup plus longs dans le temps, au Nord de celle-ci, en Bretagne, dans le Maine et en Normandie. Pour qui est habitué des archives, ces distinctions s’effacent pour l’année 1799, où l’ensemble des insurgés sont appelés « Chouans ». J’ai pu constater de par de nombreuses sources originales, que les Vendéens sont nommés de la même manière que leurs frères d’armes de l’autre rive du grand fleuve dès 1795. Autant le débat pédagogique est nécessaire, autant il n’a pas lieu d’être pour ceux qui sont habitués à la consultation des sources.

      


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  •                     

    Julien Drouet de la paroisse de Vallet, lieutenant chez 

    Monsieur de Bruc de Cléray et ancien gendarme.

     

     

                                     

    Julien Drouet....Le 16  février 1816, Julien Drouet, fait partie de la liste de 16 officiers de la Loire-Inférieure recevant des gratifications en raison de leurs services dans les armées royales de la Vendée.

     

    « N°7 – Drouet, Julien, lieutenant - demeurant à Vallet – âgé de 44 ans – charpentier, peu aisé – A reçu deux coups de feu, l'un au bras droit, l'autre à la jambe droite, reçus à Granville – proposé pour une pension de 200 francs. »

    Julien Drouet est né le 5 mars 1770 à la Regrippière, près de Vallet. Il est le fils de Julien Drouet et de Marie Petiteau. D'une famille de charpentiers, il exerce ce métier au moment du soulèvement de la Vendée.

    Il sert en qualité de lieutenant chez le Chevalier de Bruc, participe à la ''Virée de Galerne'' et est blessé de deux coups de feu devant Granville. Malgré ses blessures, il repasse la Loire et continue le combat.

    Julien Drouet....

     

    Au début de l'Empire il épouse Louise Brosseau-Brosseaud, née vers 1765, fille de Louis Brosseau et de Renée Rotureau du Loroux-Bottereau, décédée le 22 juillet 1833 à Vallet (Décès n°84 -vue n°17/30).

     

    De cette union est né un fils connu :

     

    1° Julien-Louis Drouet, né le 11 mars 1808 à Vallet.

    Julien Drouet....

     

    Julien Drouet est resté très fidèle à la cause royale et à ses officiers, puisque le premier témoin apparaissant dans l'acte de naissance de son fils est «  Louis-Marie-Julien de Bruc du Clairay* » (Cléray) domicilié au château de la Noë à Vallet (vue n°7/31- année 1808 – naissances - Vallet).

     

    *Ce jeune homme est le fils de Claude-Louis-Marie de Bruc, Chevalier Seigneur de Bruc, comte de Cléray, Chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, officier de cavalerie, général de l'Armée d'Anjou (chef de la Division de Vallet) et maire de Vallet ; et de Marie Danguy de Vüe, Amazone de l'Armée Vendéenne qui a été tuée le 14 février 1794 près de Beaupréau. Il est mousquetaire en 1814 et chef de bataillon sous Suzannet en 1815. 

    Claude-Louis-Marie de Bruc est décédé le 9 juillet 1819 à Vallet (décès de Vallet, vue n°16/33) 

     

    A l'issue de sa demande de pension, Julien Drouet est incorporé dans la Gendarmerie Royale...

    Julien Drouet....

     

    Voici un extrait de son acte de décès du 22 décembre 1831 - (vue n°29/32, n°133-décès de Vallet année 1831) : « Julien Drouet, ex-Gendarme, décédé à onze heures du matin à la Regrippière âgé de soixante deux ans, époux de Louise Brosseau, fils de feu Julien Drouet et de Marie Petiteau, né à Vallet.... », témoins : François Drouet, charpentier, cinquante six ans de la Regrippière, frère du défunt, Jean Papin, époux de Rose Drouet, charpentier, quarante sept ans, beau-frère...

    Julien Drouet....

     

    Sources:     

    -Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés – (SHD XU 36-2 - gratifications accordées à 16 officiers, n°7 - Loire-Inférieure du 16 février 1816) 

    -Archives Départementales de la Loire-Atlantique, tous droits réservés-Registres d'Etat civil de Vallet, le Loroux Bottereau. 

    -Famille de Bruc - branche de Livernière. 

    -Photos: de l'auteur. 

                                                 

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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  • Communiqué de la Durbelière....


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                               En juillet 1796, du côté de Froidfond...  

     

          

                                     

    Falleron, Froidfond, 1796....Il n'y aura jamais de mots assez forts pour décrire les horreurs commises par la République dans notre malheureux pays.

      En 1796, la Vendée n'est plus qu'un immense cimetière et un amas de ruines encore fumantes, le silence fait place aux hurlements des femmes violées et éventrées, aux cris des enfants égorgés et aux crépitements des incendies. En 1796 c'est la ''pacification'', les armes se taisent, nous verrons par ces anecdotes comment la République ''pacifie'' ses adversaires politiques et ses amis patriotes...

    Nos généraux sont morts, le 25 février 1796, Stofflet est fusillé à Angers et le 29 mars 1796 Le Chevalier de Charette est fusillé à Nantes.

    La République ''pacifie'' en s'acharnant sur les survivants du génocide.

     

    Voici le récit de Pierre Pelletier, patriote, domicilié à la Briscottière-Briscotière commune de Froidfond (Vendée).

     

    « Déclaration de Pierre Pelletier (*), cultivateur à la Briscottière, commune de Froidfond.

    Vingt à trente volontaires passent chez lui le 28 Messidor an 4. (Samedi 16 juillet 1796) Ils forcent les coffres, le fouillent, lui, son oncle et son domestique ; leur prennent leur argent et tous les effets qu'ils ont sur eux ; ils volent du beurre, des mouchoirs de femme ; et tout ce qu'ils trouvent.

    Dans les maisons voisines, ils font la même chose. Un mois avant, une colonne de Machecoul leur avait enlevé sa femme et son fils, avec deux bœufs, une vache et plusieurs autres pièces de bétail. »

     

    (*) Pierre Pelletier-Peltier est originaire de Falleron, il est le fils de Mathurin Peltier et de Louise Goldreau. Il se marie le 15 février 1779 à Froidfond avec Riant Jeanne, fille de Jean Riant et de Marie Bertret. Patriote, il se réfugie à Tours où l'un de ses fils, François, meurt le 8 Prairial de l'an 2 (28 mai 1794). Voici un extrait de l'acte de décès : « François Pelletier, réfugié de la Vendée, situé en cette commune dans les batteaux de Louis Besnard et de Louis Delaunay aussi voiturier par eau est décédé François Pelletier âgé de six ans, né en la commune de Fredefond district de Chalans, fils de Pierre Pelletier et de Jeanne Riant est décédé ce jour d'hier à cinq heures du matin... » (Décès Tours, an 2, page 96).   

    Pierre Pelletier est donc de retour en Vendée en 1796... 

    Falleron, Froidfond, 1796....

     

    Commune de Froidfond – veuve Pillet.

     

    « Au commencement de mars (1796), son mari se rendant chez lui est rencontré par un détachement, comme patriote et reconnu comme tel par ses concitoyens, il s'avance pour se faire reconnaître. Sans vouloir l'entendre, on le fusille, ainsi qu'un de ses camarades, patriote comme lui. Quelque tems après, sa ferme et ses bâtiments avec leurs grains et fourrages sont incendiés. Dans une borderie qui lui appartenait, tous les bestiaux sont enlevés. Le 3 Thermidor (an 4) – jeudi 21 juillet 1796, une colonne revenant de Legé entre dans la commune, mettant tout à feu et à sang ; malgré la proclamation qui avait été publiée la veille par les agens, pour faire rentrer les habitants dans leurs possessions. Tout est volé chez la veuve jusqu'à ses provisions, plusieurs particuliers sont tués dans leurs maisons avec leurs femmes, et d'autres en rentrant chez eux.

    Pierre Peltier, cité ci-dessus, témoigne avoir entendu dire que de pareils massacres ont été commis par la même colonne dans la commune de Falleron. Pour lui, il trouva moyen de se cacher, mais il entendit tirer plus de 5000 coups de fusil. »

     

    Aimé Dupont, guide de la colonne, a vu les tirailleurs incendier deux bâtiments et tirer beaucoup sur la commune de Froidfond. Placé ensuite à la queue de la troupe pour conduire une voiture, il a vu des traîneurs emporter des effets et une femme pleurer en disant qu'il était bien affreux d'être ainsi traîtée par les Républicains. Mais ils insultèrent à ses représentations et la menacèrent.

    Cependant à la commanderie de la Coudrie, le chef de la colonne obligea tous les pillards de déposer là sur le chemin ce qu'ils avaient pris.

    Une fille de 14 ans avait été violée et tuée par d'autres scélérats de la trouppe. C'est ce que François Barraud atteste avoir entendu dire à des volontaires qui blâmaient ce crimes de leurs camarades.   »

     

                                     VIVE LA REPUBLIQUE !

     

     

    Sources:     

    - Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés - 

    sous-série F10, Agriculture – AN F10/268-4, Paris et Vendée, page 1/10. 

    - Registres état civil de Froidfond. 

    - Registres d'Etat civil de Tours, décès an 2 page 96. 

    - Photo: de l'auteur. 

                                                           

     

    X.P pour Chemins Secrets 


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  •  

    Les quatre cimetières de Cerizay…

     

     

    Nous voici à nouveau à Cerizay pour de nouvelles énigmes. Je dis bien énigmes car, dans cette petite ville que je pense pourtant connaître sur le bout des doigts, le passé lointain a laissé un grand nombre de mystères. Pour ce volet, je vous propose de nous intéresser aux différents cimetières qui ont pu exister sur le territoire de la paroisse. La petite cité de Cerizay existait dès l’époque mérovingienne et peut-être même dès l’époque gallo-romaine. On la trouve nommée « Seresiacum » en 1172 sur le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, dont la paroisse dépendait, puis « Cerezyum » en 1236, « Ceresey » en 1292, puis « Serizay » en 1716, avec toutefois une appellation plus habituelle de « Cerisay » en 1487, par le Roi de France lui-même, comme nous l’avons vu ici.

    L’église primitive de Cerizay fut sans doute la chapelle de son château, agrandie au XV° siècle, avec son clocher court et posé sur le milieu de l’édifice. Orientée à l’Est, en direction de l’actuel cabinet des dentistes et du magasin « Carrefour Contact », nous n’avons d’autre représentation d’elle que son dessin sur le cadastre de 1809 et une photo datée d’avant 1890, sur laquelle figure l’abbé Charruyer.

    Sur le cadastre de 1809 des AD79 (3 P 51/6) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Datée probablement du début du XII° siècle pour le gros de l’ouvrage, il fallait curieusement descendre quelques marches pour pénétrer dans le sanctuaire dont la décoration assez pauvre consistait en des chapiteaux ornés de modillons grimaçants et autres bestiaires infernaux typiques du début des années 1200. On retrouve d’ailleurs ces mêmes têtes sur l’église de Beauchêne, pour une construction de même époque.

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Le malheur voulut que pour construire l’église actuelle en 1890, on démolit ce petit joyau médiéval et on sait quels furent les débats de l’époque entre ceux qui voulaient que le chevet fut classé et la commission départementale des monuments historique qui refusa, sous prétexte que la municipalité souhaitait la création d’une rue latérale (celle qui rejoint la Poste actuellement) et que cela entraînerait le paiement d’une indemnité à l’entreprise de construction qui devait utiliser les pierres de l’ancien édifice pour la construction du nouveau. Cependant à l’occasion de la démolition de la pauvre église romane, on eut quelques surprises. Si l’on ne trouva point le cœur de l’un des membres de la maison Maillé-Brezé, mort à la bataille de Coutras le 20 octobre 1587 et qui était censé reposer quelque part dans le chœur, on découvrit néanmoins derrière l’autel, un petit trésor en monnaies à l’effigie des Rois Louis XIII et Louis XIV. Ce fut aussi la découverte de plusieurs sarcophages en pierre coquillière, cette roche faite de fossiles et plus facile à travailler que le granit de notre bon vieux Bocage, et qu’on allait chercher dans le pays de Doué-la-Fontaine à l’époque mérovingienne. Parallèlement, plusieurs autres sépultures de cette époque avaient déjà été découvertes sur la commune et notamment dans le bourg. On trouva même dans l’une de ces sépultures, plusieurs cabochons de pierres précieuses et une plaque portant quatre poissons dont les têtes étaient réunies autour d’une croix. Quelque chose frappa les archéologues lors de leur découverte à Cerizay : les sarcophages semblaient avoir été réutilisés et on en trouva un qui contenait des ossements repoussés vers le pied tandis que l’on avait placé un autre corps vers la tête. Une séparation en mortier de chaux et de sable, séparait les deux corps ne laissant qu’environ 35 cms pour les ossements entassés du premier défunt (1). Il faut dire que la pierre coquillière avait un important pouvoir de dessiccation, soit le fait de dessécher d’elle-même ainsi que les corps qu’elle contenait. Une fois qu’il ne restait plus que les os, on pouvait ainsi réutiliser le sarcophage à peu de frais. Le tout était recouvert, dans le cas de Cerizay (et aussi de Loudun, notamment), d’un couvercle en calcaire « falunier » (2).

    Venons-en à présent au premier cimetière de la paroisse. Possiblement établi à l’Ouest de l’ancienne église, soit dans la grande cour du presbytère actuel, il semble difficile qu’il le fut du côté Nord, en direction du château, ou si vous préférez de la Poste et de l’actuelle « Place de la Forge ». La logique, en pareil cas, nous enseigne qu’il a probablement existé au Sud de l’ancienne église, soit sur la grande place actuelle, menant au parvis de l’église moderne sur laquelle, un incessant ballet de voitures vient de nos jours, se stationner.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     

    Ce cimetière ne suffisant probablement plus, on en établit un nouveau, en face de ce qui fut le relais de poste au XVIII° siècle et que nous voyons ici sur le cadastre de 1809 (même cote que la feuille précédente) :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    On notera le soin d’un fonctionnaire de l’Empire, à représenter le cimetière sur le cadastre avec une certaine dose d’originalité...

    Pour ceux qui ont du mal à le situer, je dirai qu’il était entre la rue actuelle de Montemor O Velho, soit en face du cinéma et courait jusqu’aux jardins de l’hôtel du Cheval Blanc, débordant sur la pente de la rue du Pas des Pierres et la rue des Voûtes. Lorsque vous entrez dans le pressing qui fut autrefois la boulangerie Rondeau, vous êtes en plein dedans. Un ami, ayant habité une maison de la rue Montemor O Velho, m’a signalé un jour que dans son enfance, le lieu avait subi des problèmes de « fantômes » et des choses inexpliquées dans la maison. Dans les années 60, les gens qui cultivaient les jardins de ce quartier, avaient quelquefois de drôles de surprises en labourant ; quelques tibias et morceaux de crânes voisinant allègrement sous les rangs de carottes…

     

    Ce cimetière fut à nouveau désaffecté en 1922 et je me permets de vous raconter une anecdote que vous relirez sûrement avec plaisir avant d’aller vous coucher. En effet, mon grand-père participa au démantèlement de ce cimetière. Il tomba un moment donné sur un cercueil en bon état. Il l’ouvrit et y trouva le corps momifié d’un jeune homme décédé plusieurs décennies auparavant. Le but de son travail étant de ramasser les ossements, il se trouva bien embêté devant ce cadavre. Après quelques secondes de réflexion, il donna un grand coup de pioche dans le corps et tout le visage du défunt tomba en poussière. Il put donc reprendre sa tâche de collecte des ossements afin de les transférer dans le nouveau cimetière.

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

    Illustration : les catacombes du couvent des capucins de Palerme. Blog « Maman raconte ».

     

    Voici donc dans les grandes lignes, l’histoire des trois cimetières de Cerizay, sauf que je vous en annonçais quatre dans le titre de l’article…

    Ca suit là-bas dans le fond ?

    Eh oui, quatre, car nous avons oublié Beauchêne. Si l’on en croit Dom Victor Bonneau dans son « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », non dépourvue d’erreurs, la tradition locale aurait été unanime sur la présence d’un cimetière à Beauchêne, en partant de la chapelle, vers le village du Petit-Parthenet, juste à droite de l’angle du chemin qui monte vers la Bernelière. C'est-à-dire, juste en face du chevet de la petite chapelle de la Petite-Eglise (3). Cette affirmation pencherait pour la thèse d’une paroisse indépendante à Beauchêne dans des temps anciens. Ce cimetière se situait sur la parcelle N° 262 du cadastre de 1809 (3 P 51/4).

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     Une maison a été construite sur son emplacement depuis bien longtemps, et celle-ci possède une cave… Ceux qui l’ont bâtie, avaient-ils découvert des choses inattendues ?

    L'emplacement supposé du cimetière de Beauchêne, tout près de la chapelle de la Petite-Eglise :

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

     

    Peut-être dans ce jardin...

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Pour finir, abordons le mystère d’une sépulture dont l’emplacement ne fut jamais clairement établi.

    Catherine-Henriette de Lambert serait peut-être née au Change, en Périgord en 1691 (pas de registre pour cette année). Elle est la fille de Henri de Lambert lieutenant au Roi de la citadelle de Saintes. Alors qu’elle n’a que 21 ans, elle épouse en 1712, un homme de 49 ans son aîné : Etienne de la Taste. Comme il fallait s’y attendre en pareil cas, la jeune femme se retrouve veuve très rapidement, si rapidement que le drame survient le 13 mai 1714. Se complaisant alors dans une vie entreprenante, elle deviendra une femme puissante et respectée (4). A noter que l’Armorial Général de France, la dit mariée le 1er septembre 1703, soit à l’âge de 12 ans, ce qui me paraît assez peu crédible (5). Son mari, Etienne de la Taste avait été aide-major des quatre compagnies du Roi (6), maréchal de camp en 1702.

    Le 10 avril 1758 depuis le château de Vezins, en Anjou (7), notre Catherine-Henriette de Lambert, veuve de La Taste, fait graver une plaque de marbre noir pour fondation de messes dans la chapelle de Beauchêne en Cerizay, conjointement avec Anne des Granges de Surgères de Puiguion, veuve de Pierre de la Court de Fonteniou et Henriette-Elisabeth des Granges de Surgères, cette dernière veuve du marquis de Lescure, grand-père du général vendéen (8). Cette plaque, d’abord cachée sous les boiseries du chœur est de nouveau visible à notre époque, à droite en entrant dans la chapelle. Trois années plus tôt, Catherine-Henriette avait fait fonder des messes à Paris, le 28 juillet 1755, à l’étude de maître Martel, notaire.

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Les quatre cimetières de Cerizay....

     

    Le 8 novembre 1763 (9), Catherine-Henriette décède en la paroisse de Cerizay, diocèse de la Rochelle (10). On ne sait aujourd’hui où elle fut inhumée exactement. L’auteur de la généalogie de la maison de La Taste émet l’idée qu’elle put être enterrée sous la première église de Cerizay, ou dans le cimetière, c’est-à-dire, le second que nous avons vu plus haut, démantelé en 1922, auquel cas, ses derniers restes reposeraient sous la croix hosannière du troisième cimetière, celui d’aujourd’hui.

    Les quatre cimetières de Cerizay.... 

     

     

     

    Peut-être aussi au château de Puy-Guyon, mais où ? Au fond du sinistre « trou de la guillotine », ou plus près des anciens jardins à la française, en direction du bourg, vers l’Est, débouchant sur l’Allée des Tilleuls ? En 1903, il existait encore trois petites pièces du château de Puy-Guyon où elle aurait demeuré. La dernière tour de Puy-Guyon s’est écroulée en 1914, dans l’indifférence générale… Ce même auteur cité plus haut signale qu’elle aurait tout aussi bien être inhumée dans la chapelle de Beauchêne. Celle-ci possède des cavités, à n’en point douter, notamment devant le tabernacle, où l’on s’agenouille, mais aussi, plus en retrait, quelque part non loin de la statue de Sainte-Thérèse…

    Le cimetière de Beauchêne, qui n’apparaît plus sur le cadastre de 1809 était situé sur une parcelle ayant appartenu à la maison de Puy-Guyon. Serait-il possible qu’il ait pu accueillir le corps de Catherine-Henriette ou était-il déjà disparu depuis longtemps ?

    A suivre…

    RL

    Avril 2018

     

     

     

     

    Notes :

    (1)  Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946), in Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1913, 3ème série, tome 2, p 500. 

    (2)  De falun, dépôt sédimentaire marin du Cénozoïque. 

    (3)  Dom Victor Bonneau, « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne au Bocage Vendéen », 1893, p.26.

    (4)  « Le Pavillon de l’Octroi à Moricq ». Nos Trois Branches, site Internet de l’association de généalogie des Maupillier. Lien ici. 

    (5)  « Armorial Général de France », volume 4, registre second, seconde partie, « de Lambert »,  Paris, Prault, 1742. p. 9. 

    (6)  « Chamlay, le Stratège secret de Louis XIV », Jean-Philippe Cénat, 2011. 

    (7)  Bulletin de la Société Historique de la Saintonge (source provenant de ma femme qui avait d’autres chats à fouetter ce soir-là). 

    (8)  « La Famille de La Taste, son origine, ses branches et leurs alliances », extrait de la lettre généalogique de M. de la Taste à ses enfants, Grande imprimerie de Blois, Emmanuel Rivière, ingénieur des arts et manufactures,1903. A noter que Catherine-Henriette avait acheté à Louis Puichaud, marchand, et sa femme, une maison à Beauchêne, ainsi que les borderies de la Chèvrie et de l'Héronnière (ce dernier lieu inconnu) les 18 et 29 juillet 1763. Offre de retrait lignager de la part de Jehanne-Louise Belhoir et de ses frères, Pierre et Jean-François. AD85, justices inférieures d'Ancien Régime, B 248.

    (9)  Absence de registre à Cerizay pour cette période aux AD79. 

    (10)         On sait qu’après Maillezais, Cerizay dépendit de l’évêché de La Rochelle à partir de 1648. 

     

     


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