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    Pause estivale pour Chemins secrets...

     

    C’est au tour de votre administrateur de prendre quelques vacances après les nombreuses heures passées à mon travail « alimentaire » afin de rattraper le retard dû au « confinement » et à l’impéritie des grands (j’ai failli écrire « glands ») de ce monde. Comme chaque année, c’est vers le Massif central que mes pas vont me porter, cette fois-ci aux confins du Cantal, de l’Aveyron et de la Lozère en plein pays de l’Aubrac. Bien que l’histoire de cette région soit très différente de celle de notre chère Vendée historique, elle aussi a bien des choses à raconter.

    Une fois ces quelques jours de détente passés, il faudra se remettre à ce travail qui me passionne toujours autant et plus que jamais ; l’alimentation de ce blog, bien évidemment, avec de nouveaux lieux méconnus, des énigmes mystérieuses et les habituelles recherches historiques les plus pointilleuses possibles car plus je vieillis, plus je deviens maniaque et exigeant, pour ne pas dire plus... La fin de l’année verra peut-être, si Dieu le veut, la sortie d’un livre concernant un personnage bien connu des Guerres de Vendée avant la parution d’un troisième roman abordant un tout autre thème.

    Vous aussi, reposez-vous et apprenez à contempler les belles choses si cette période est l’occasion de vous évader et de penser à autre chose qu’à cette pitoyable société qui s’effondre de toutes parts, entre incompétences, violences, interdictions, taxes, écologie business et personnages de carnaval s’essayant au pouvoir dans tous les domaines.

    A très bientôt,

    RL

    Juillet 2020

     

    Pause estivale....


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    Le 15 Frimaire de l’an 2, 

    où se trouve l’Armée Catholique et Royale ? 

           

       

    « Les Républicains arrivèrent à Suette (près de Seiches-sur-le-Loir) au moment où les Vendéens venaient d’en sortir. Partis au matin de ce même jour, 5 décembre (15 Frimaire), les fugitifs, empêchés par la coupure du pont, de se diriger vers Durtal, envahissaient Jarzé, sur les dix heures du matin, et pénétraient à midi dans Baugé. Ils eurent la douleur, pendant le trajet, de perdre Royrand*. Traîné dans une voiture à la suite de l’armée, depuis sa blessure qu’il avait reçue à la bataille d’Entrammes, il avait été en butte à toutes les misères qu’une vie errante, depuis six semaines, pouvait lui faire éprouver. Il expira entre les bras de son fidèle ami Vaugirard : « Mon ami, lui dit-il, avant de rendre le dernier soupir, je meurs content de ne pas survivre à nos désastres, je demande pardon à Dieu de mes péchés, et j’espère tout de sa grande Miséricorde. » Ainsi mourait en vrai chrétien, comme Cathelineau, Bonchamps et Lescure, ce brave général du centre du Poitou. Il fut enterré à Baugé. »

     

    * Royrand est mort entre Suette et Baugé.

     

    « Les Poitevins furent vivement affectés de la perte de cet homme recommandable. Ils voulurent mettre à sa place M. Amédée de Béjarry, mais ce vaillant officier refusa par modestie de prendre le titre de général ; il consentit seulement à en remplir les fonctions. » 

    « Aussitôt qu’ils furent arrivés à Baugé, les généraux Vendéens s’assemblèrent en conseil chez Monsieur Georges du Chêne, pour arrêter leur plan de retraite. Ils avaient pu rallier autour d’eux vingt cinq mille hommes...» 

    « Le 6 décembre,(16 Frimaire) les Vendéens marchent à la rencontre de Westermann, l’affaire fut assez chaude entre Baugé et Echemiré. »

    (Certainement entre Petite Sainte Catherine et le ruisseau du Moulin d’Echigné.)

    L’artillerie volante des Républicains s’est postée dans un petit bois au bout d’une plaine qui entoure la ville. Poursuivi, Westermann se réfugie dans le château de Jarzé, y met le feu et se rejette sur Suette*.

     

    L’armée vendéenne passe la journée du 6 décembre à Baugé et le vendredi 7 décembre (17 Frimaire), elle quitte Baugé de grand matin et prend la route de la Flèche, par Montpollin et Clefs. 

     

    * Un mot sur le relais de poste de Suette :

     

    « En ce qui concerne la route qui relie le Mans à Angers, il faudra attendre la mise en oeuvre, en France, à partir de 1738, d’un plan général de remise à neuf des routes existantes et d’ouverture de voies nouvelles. Grâce à ces travaux, cette route deviendra ainsi « route royale », « route de poste », « route de messagerie », « route impériale », « route nationale ». 

     

     Dans ce carrefour de Suette, le deuxième axe important correspond à la route qui, par Jarzé et Baugé, permet d’atteindre Tours. Pendant bien longtemps, elle ne fut qu’un simple chemin de terre, empierré seulement par endroits.

    En 1790, sur une longueur de 26 282 toises (52km) 27 % étaient encore à l’état naturel. Et pourtant, comme l’écrivait, en 1802, le même préfet : d’abord elle évite aux voyageurs la vallée de la Loire. Ensuite elle vivifie un territoire immense qui contient de nombreuses forêts. Elle est encore très utile pour le commerce du bétail. Les travaux entrepris peu après 1800 en feront une route permettant le désenclavement du Baugeois, pour le plus grand profit de Suette. » 

     

    La mort de M. de Royrand....

    Voici ce que nous dit Amédée de Béjarry sur ces journées funestes.

     

    « Dol avait vu tomber le dernier des généraux de la première Vendée (1). Le brave Royrand avait été blessé. Il ne succomba pas. Il continua sur la paille de sa charrette, à conduire ses Poitevins qui l’aimaient et qui ne l’abandonnaient pas. Mais son commandement devint plus lointain ; son lieutenant, son aide de camp favori, en fut l’interprète. Peu à peu, ce commandement passa au lieutenant, et mon père finit par l’exercer complètement sous le nom du général, dont les forces s’épuisaient. Tant qu’il conserva la vie, il en fut ainsi dans son corps d’armée. Lorsque le pauvre général mourut à Baugé, officiers et soldats voulurent donner à mon père le titre qu’il exerçait de fait : il refusa etc... » 

     

    (1) D’après Ussault, ce ne fut pas à la grande bataille de Dol que Royrand fut blessé, mais à une affaire de nuit qui avait eu lieu avant l’autre. 

     

    Au cours de ces vacances, j’ai suivi l’itinéraire de « la charrette de Royrand » entre Suette et Baugé, sous forme d’un petit reportage photos.

    Il manquera la tombe du général au cimetière de Baugé, puisque personne n’a gardé le souvenir de son emplacement, et aucune tradition orale ne nous est parvenue… Le cimetière, lui aussi ayant peut-être changé d’emplacement.

     

    La mort de M. de Royrand....

    Un itinéraire bis ? Suette et son relais de Poste, L’Abbaye de Chaloché, les Grands Bois de Jarzé au Nord de Chaumont d’Anjou, Jarzé, Sermaise (Les Vendéens brûlent les papiers de la mairie), de Sermaise vers Baugé pour arriver à Baugé par Petite Sainte Catherine ou par le Vieil-Baugé, pour un total de 26 km environ, par de mauvais chemins. Pour une colonne qui serait passée par Sermaise ? Ce n’est qu’une supposition, la colonne principale ayant certainement emprunté le grand chemin, du relais de poste de Suette à Baugé par Jarzé et Echemiré, le nombre de kilomètres étant pratiquement identique.

    En ce qui concerne Sermaise, : peut-être aussi une incursion de la cavalerie de la Grande Armée Vendéenne, en éclairage sur son flanc droit ? Il faut savoir que la cavalerie Vendéenne, lors de ses deux passages à Baugé, a fait des reconnaissances jusqu’à Beaufort, Longué, et la Ronde, afin d’essayer de passer la Loire à Saumur. J’ai donc musardé sur l’itinéraire bis.

    Les Vendéens ont dû quitter Suette vers 7 heures du matin, il fait encore nuit en décembre, pour arriver à Baugé à midi, ce qui nous fait du 5km/h.

    Nous savons que des « Vendéens passèrent par Sermaise après l’échec d’Angers, le 12 décembre 1793, et brûlèrent les papiers de la mairie... » (Célestin Port page 392 Tome IV).

    L’emplacement de ce village, à peu près à la moitié du trajet, nous donne un aperçu de la zone de passage de la Grande Armée.

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés – cadastre Baugé - tableau d’assemblage plan Napoléonien de 1836 cl 3P4/18/1. Emplacement du cimetière près Petite Sainte Catherine.

    . Lexilogos – carte de Cassini – carte générale de France 1744. Le Chemin de Suette à Baugé.

    . Histoire de la Guerre de la Vendée de l’Abbé Deniau, Tome III, pages 322 et suivantes. Siraudeau, éditeur.

    . Amédée de Béjarry – Souvenirs Vendéens d’Yves Salmon éditeur -Janzé 1981. pages 141,142.

    . Et Fouett’ Cocher ! La poste aux chevaux de Suette près Seiches-sur-leLoir de Jacques Béguin – Cheminements 2006 – pages 16 et 17.

    . Dictionnaire Historique, Géographique et Biographique de Maine et Loire Célestin Port.Page 392.

    . Photos : de l’auteur. 

     

           Le relais de Suette, construit en 1779, au carrefour Angers-La Flèche et Suette-Baugé : 

    La mort de M. de Royrand....

         L'église de Jarzé : 

    La mort de M. de Royrand....

            Echemiré : la tombe de Jean Châtelain dit "Tranquille" :

    La mort de M. de Royrand....

         Chaumont d'Anjou, au Sud de Jarzé :

    La mort de M. de Royrand....

          Sermaise :   

    La mort de M. de Royrand.... 

    La mort de M. de Royrand....

    La mort de M. de Royrand....

          La plaine entre Sermaise et Baugé :

    La mort de M. de Royrand....

    La mort de M. de Royrand....

         Baugé : 

    La mort de M. de Royrand....

    La mort de M. de Royrand....

     

    Xavier Paquereau pour Chemins secrets


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    La Châtaigneraie, 1795, enquête autour d’une tentative de viol...

           

     

     

    La Châtaigneraie, 1795, tentative de viol....« Mauvaise pioche » pour deux soudards en goguette en quête de viols.

    En effet, deux volontaires de la première compagnie du premier bataillon de Paris s’introduisent de nuit, après avoir forcé la porte, chez deux citoyennes au lieu-dit Chatenai, commune de la Châtaigneraie. « Ils frappent la mère à coups de bayonnettes en portant tous leurs efforts pour violer la fille. »

    Manque de chance, avant de forcer la fille, ces deux lourdauds ont-ils forcé la porte de femmes patriotes, ayant une certaine influence, ou bénéficiant d’une certaine protection au niveau local ? Il y aura jugement et ils seront condamnés.

    Quant aux victimes, s’agit-il de Suzanne de Gonord-Degonord, veuve de Henry Bonnet de Fougeré, Avocat au Parlement et de sa fille Rose-Suzanne-Julie Bonnet, domiciliées à Nalliers, bourg situé entre Luçon et Fontenay et distant d’une trentaine kilomètres de la Châtaigneraie ? Nous allons tenter d’y répondre.

    Mais avant de lancer l’enquête et l’enchaînement des évènements, attardons nous sur le jugement.

     

    « Extrait du registre du greffe du Tribunal Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’ Armée de l’Ouest. 

    Au nom du peuple Français, le Tribunal Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’Ouest à rendu le jugement suivant. 

    Vû par le tribunal. L’acte d’accusation en date du vingt trois messidor de l’an troisième (11 juillet 1795) dressé par Delaunay, Officier de Police Militaire et de sûreté de la deuxième division de l’armée de l’Ouest, contre Jean Lecourte et Villard, volontaires en la première compagnie, du premier bataillon de Paris, prévenus de s’être introduits dans la nuit du douze au treize Prairial dernier, (nuit du 31 mai au 1er juin 1795) vers minuit, et après avoir forcé la porte chez les citoyennes Bonnet au lieu de Chatenai, commune de la Châtaigneraye, ayant alors chacun leur fusil et bayonnette ; d’avoir attenté a la liberté et à la sûreté de ces femmes en frappant la mère à coups de bayonnette, et en faisant touts leurs efforts pour violer la fille. 

    En outre ledit Villard, d’avoir le même soir déserté de son corps, sans y avoir reparu depuis. Signé Dubois, Jean Mollet, et Delaunay officier de Police. 

    Ensemble, la déclaration du juré de jugement portant que, Villard contumace et jean Le Courte touts les deux volontaires au premier bataillon de Paris sont convaincus de s’être introduits la nuit du douze au treize prairial dernier vers minuit, chez les citoyennes Bonnet du lieu de Chatenai, commune de la Châtaigneraye, d’avoir attenté à la liberté et à la sûreté de ces femmes en frappant la mère a coups de bayonnette de la part de Villard, en exerçant l’un et l’autre des violences graves sur la personne de la fille, et qu’ils ne sont pas excusables. 

    Le tribunal ouï l’Accusateur Militaire condamne Villard contumace et Jean Le Courte à la peine qu’il soit arrêté conformément à l’article quatorze du titre treize de la loi du trois pluviôse an deuxième dont il a été fait lecture et qui sont ainsi conçus : 

    Article 18 « Tout militaire ou tout autre individus de l’armée qui sera convaincu d’avoir attenté en quelque lieu que ce soit à la sûreté ou à la Liberté des citoyens sera puni de six mois de prison, ou s’il y a vol ou voie de fait, la peine sera de deux ans de fers et en cas d’assassinat il sera puni de mort. » 

    Art 14 « Les contumaces seront jugés dans la même forme et de la même manière sauf à recommencer la procédure dans le cas ou le prévenu seroit arrêté et traduit devant le tribunal militaire.  

    Fait et prononcé par moi Jean-Baptiste Hubert Vice-Président faisant pour la vacance du Président en l’auditoire du Tribunal Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’Armée de l’Ouest à Niort, le vingt huit fructidor an troisième de la République française une et indivisible. 

      Signé au registre Hubert Vice-Président, Allonneau et Bertrand greffier, soussignés, approuvé le renvoi en marge pour valloir. 

    Pour copie conforme. Signé : Hubert vice-président et Bertrand Greffier. » 

     

    Il s’agit de retrouver une femme et sa fille nommées Bonnet au lieu-dit « Chatenai » commune de la Châtaigneraie département de la Vendée.

    A première vue, recherche très facile, recherchons donc « Chatenai » sur le cadastre napoléonien… Pas de chance, au lieu-dit « Chatenai » il y a un château et sa grande métairie, alors les femmes Bonnet sont domiciliées au château ou à la métairie ? (voir plan cadastral qui suit).

    La Châtaigneraie, 1795, tentative de viol....

    En raison de la condamnation des deux volontaires, je verrais plutôt les femmes Bonnet habitant le château. Mais le château est la propriété de la famille Savaryde Beauregard…

    Gabriel-Benjamin Savary de Beauregard est né le 12 janvier 1748 à Fontenay et est décédé le 11 juillet 1820 à la Châtaigneraie, au château de Châtenay. Il s’est marié le 16 mai 1775 à Nalliers. C’est un ancien gendarme rouge de la garde de la Reine et il devient Avocat au Parlement.

    Maître Henry Bonnet de Fougeré est Avocat au parlement et subdélégué de Mr l’Intendant. Il s’est marié le 2 du mois de mars 1773 à Luçon avec Suzanne de Gonord et est domicilié à Nalliers.

    Il est le fils de maître Charles-Alexis-Léon Bonnet, Conseiller du Roy au Siège Royal des Eaux et Forêts de Fontenay le Comte et de feue Jeanne Porcheron. Suzanne est le fille de Maître Pierre De Gonord et de Dame Marie Dreneau.

    Les deux personnages sont donc avocats au Parlement. L'un s'est marié à Nalliers, l'autre y est domicilié, ils se connaissent forcément

     

    Le 23 décembre 1782 : Maître Henry Bonnet de Fougeré, avocat au Parlement, époux de Suzanne de Gonord, décède à l’âge de 44 ans, à Saint Martin de Nalliers et est enregistré à Mouzeuil (4km de Nalliers).

     

    De son union avec Suzanne de Gonord sont issus 5 enfants : 3 garçons et 2 filles : Je n’ai retrouvé que 3 enfants, 2 filles et 1 garçon.

    Rose-Suzanne-Julie Bonnet, née le 29 juillet 1775 à Nalliers et baptisée à Mouzeuil  (20 ans en 1795).

    2° Pie-Ive ? Bonnet, né le 29 juillet 1776 à Nalliers et baptisé à Mouzeuil, † 17 octobre 1797 à Mouzeuil.

    3° Marie-Magdeleine Bonnet, † le 21 Brumaire an 3 (11 novembre 1794) à l’âge de 17 ans à Nalliers/Mouzeuil.

     

    Le 17 février 1783 : Suzanne Degonnord, veuve de Henry Bonnet de Fougeré, vivant avocat, fait procéder à un inventaire après décès par les notaires royaux de la Châtaigneraye. « Maître Louis-Aymé Brunetière et François-Joseph Jouault de la Brosse, notaires royaux à La Châtaigneraye, se rendent au bourg de Nalliers. » et y rencontre la veuve du Sieur Henry Bonnet de Fougeré, vivant avocat en Parlement etc. Celle-ci déclare avoir cinq enfants mineurs, trois garçons et deux filles et désigne comme tuteur Alexis Bonnet de la Richardière, leur oncle paternel.

    Le 31 mai 1795 : Suzanne Bonnet, née de Gonord est veuve et n’a plus qu’une seule fille, Rose-Suzanne-Julie Bonnet âgée de 19 ans*. La situation de ces femmes correspond parfaitement aux évènements évoqués dans le procès des deux compères violeurs des armées républicaines ; bien qu’il ne soit pas précisé que la mère soit veuve. La victime des tentatives de viol serait bien Rose-Suzanne Julie Bonnet.

    Alors ? Ces deux femmes étaient-elles réfugiées auprès de la famille Savary de Beauregard à Chatenay, ce n’est pas impossible !

     

    *Rose-Suzanne-Julie Bonnet, âgée de 20 ans 5 mois a épousé le 25 ventôse an 4 (15 mars 1796), Jacques Gaillard âgé de 16 ans et 10 jours, fils de Jean Gaillard, notaire à Chantonnay. 

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Vendée. - Commissions et Tribuanux Militaires près l’armée de l’Ouest 

    . Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés, mariages Luçon année 1773 vue 11/208.  

    Décès de Mouzeuil-Saint-Martin, année 1782, vue n°68/201, décès de Henry Bonnet domicilié à  Saint-Martin de-Nalliers. Décès de Marie-Magdeleine Bonnet, vue n°127/179 an 3. 

    . Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés – Cadastre Napoléonien de 1834  – le Châtenay, la Châtaigneraie – 1ère feuille (parcelles 1-370) section A -P059/2. 

    . Archives notariales de la Vendée, tous droits réservés- Inventaire après décès du 17 février 1783 – class 3E54/43 Brunetière Louis-Aimé – notaire – Etude 3 1782-1783 – vue n°137/260. 

    . Photo : Colonnes Infernales- Vendée Novopresse info. 

     

                                                                   

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Les justifications du général Grignon (6)...

     

     

     

    5ème partie ici.

     

    « Mais, parcourons rapidement les dénonciations consignées dans l’ouvrage de Lequinio ; voyons si, comme Lequinio se plaît à l’annoncer, il ne sera sûrement pas besoin d’autres pièces, & si en effet le Tribunal Révolutionnaire y trouvera surabondamment de quoi asseoir un jugement terrible, mais juste.

    Est-il permis d’anticiper ainsi les oracles de la Justice & et de dévouer d’avance des victimes ?

    La première dénonciaton est signée Chapelain, & faite à Rochefort.

    C’est précisément de ce lieu que Lequinio écrivoit à la Convention, qu’il s’étoit porté lui-même à des violences bien moins pardonnables que celles qu’il reproche aujourd’hui avec tant d’amertume & qu’il savoit si bien justifier alors, comme nous l’expliquerons bientôt.

    Quel est ce premier dénonciateur ?

    Il cumuloit à la fois quatre places sur sa tête, ainsi qu’il en convient lui même ; il étoit Capitaine de la Garde nationale, Président de la Commission municipale de quatre Communes (19), Président du Comité de surveillance & commissaire pacificateur du District.

    Il étoit de plus autorisé, disoit-il, à créer une Garde nationale.

    Quel monstrueux assemblage !

    Chapelain ne débit que des mensonges (Voyez à la fin, pièces justificatives, extrait des dénonciations.).

    Ce qu’il y a de vrai, c’est que l’avant-garde de Grignon l’a trouvé en habit national avec un fusil, & le lui a amené comme suspect ; il avoit en effet chez plus vingt voitures & pour plus de deux cents mille livres d’effets précieux qu’il retenoit sous la garde d’une prostituée, avec laquelle il vivoit publiquement.

    Grignon lui demande d’où viennent tous ces effets ; il répond : de différens châteaux, notamment de celui de Lescure.

    Pourquoi il ne les a pas fait conduire au District ou ailleurs. J’ai, dit-il, des pouvoirs qui me dispensent de vous rendre aucun compte. Quel est tout ce monde que vous avez avec vous ? Nous nous sommes rendus. Il en désigne sept des plus coupables. Il offre de servir de guide ; Grignon accepte...

    Arrêtons-nous un instant sur le récit de Grignon : c’est la deuxième fois qu’il attribue à des ennemis imaginaires ou réels, la possession de centaines de milliers de livres. On peut se poser la question d’une certaine fascination pour l’argent. Quant aux effets qui viennent du château de Lescure, c’est proprement ridicule. Clisson en Boismé fut incendié le 2 juillet 1793 et ses 98 kg d’argenterie pillés et envoyés à la Conventions (voir ici). Boismé est à 40 km de La Flocellière où Grignon rejoint Chapelain ! Et quand bien même s’agirait-il du château de Puyguyon en Cerizay, distant de 17 km, celui-ci fut incendié une première fois le 7 octobre 1793, une seconde fois le 25 janvier 1794 par Grignon lui-même ! Il reste encore l’option de la Boulaie de Treize-Vents, où Lescure séjourna à plusieurs reprises, mais Chapelain devait parfaitement savoir que ce château appartenait à M. Sonnet d’Auzon et non au général vendéen.

    Poursuivons :

    « Ils traversent différens villages ; Charrete les avoit traversés huit à dix jours auparavant avec six mille hommes ; il n’avoit laissé que ceux qui devoient servir pour les vivres & pour les voitures, & qui n’avoient pas voulu se retirer sur les derrières ; il ne restoit donc que des brigands (20).

    Ainsi, c’est évidemment le chef d’une commune insurgée qui se plaint, ce chef que Grignon a à se reprocher d’avoir trop ménagé peut-être, qu’il auroit dû faire fusiller ; & si Grignon est coupable, c’est plutôt d’un excès d’indulgence que de sévérité. 

    Quelle fois peut-on ajouter à la seconde dénonciation de quatre particuliers, qui se disent Officiers Municipaux de la Commune du Bon-Père, commune également insurgée ? Quelle confiance dans des rébelles qui ne se plaignent que parce que leurs propriétés ont été ravagées ?

    Mais, s’écrient-ils pour en imposer davantage, on a incendié les métairies & les servitudes qui étoient auprès des châteaux, & les châteaux on subsisté ! quel phénomène !

    Sans doute les châteaux ont subsisté, mais c’est par une raison purement physique ; c’est parce qu’ils étoient de pierres & qu’ils ont mieux résisté à l’action du feu.

    La dénonciation du nommé Chauvin est le comble du délire. Comment ce vil dénonciateur ose-t-il se mettre sur les ranges ? Comment ne craint-il pas pour lui-même ? Il suffit, pour le couvrir du mépris qu’il mérite, de tracer en deux mots son histoire.

    Chauvin, fils d’un secrétaire du tyran, de l’un de ces petits ambitieux, de ces sots ennoblis pour leur argent, qui vouloient singer ce qu’on appeloir les nobles de race, & et qui étoient, pour la plupart, mille fois plus insolens & d’une morgue plus insultante que la plupart des ces derniers ; Chauvin, dont les père & mère, agens des ducs de Châtillon, étoient en arrestation, dont la tante, dénoncée par le maire de sa commune pour avoir envoyé deux domestiques parmi les brigands, avoit été enlevée pour aristocratie notoire, Chauvin enfin possédoit des domaines considérables dans l’intérieur de la Vendée. Royaliste sans pudeur, à ce que Grignon a appris depuis, il étoit lié avec tous les chefs des insurgés, Lescure, Laroche Jacquelin, de qui il espéroit par-là le respect de ses propriétés. Il voyait tout ce qu’il avoit de rébelles : Président d’ailleurs du Comité de surveillance de Bressuire, Commune insurgée & incendiée comme telle (21). Chauvin vouloit cependant trancher du patriote. Il étoit dans l’âge de la réquisition. Pour s’y soustraire, il propose à Grignon de le prendre pour secrétaire : il revient plusieurs fois à la charge ; Grignon s’obstine à refuser. Les instances redoublent au moment où Grignon entre dans cette partie du territoire ; il brûle ce qu’il peut du château de Chauvin, parce qu’il étoit le repaire des brigands ; il brûle ses métairies, parce qu’elles se trouvoient en pays insurgé.

    Quelques notes sur Chauvin et son château :

    Jean-Auguste Chauvin, né le 13 décembre 1769 à Argenton-Château et décédé le 18 février 1834 à Saint-Martin-de-Sanzay, sera, après avoir été capitaine de cavalerie, président du Comité de surveillance de Bressuire durant les Guerres de Vendée, puis administrateur du département des Deux-Sèvres et enfin, député de 1813 à 1816. LIEN NANOU. Son logis du Bois-Savary, situé à Noirterre, est évidemment bien placé pour que Chauvin soit au courant de ce qui s’est passé aux alentours, notamment le massacre de la municipalité de Saint-Aubin-du-Plain et « dans l’extrémité de la paroisse de Chambroutet », ainsi qu’il le raconte dans sa dénonciation (22). Le cadastre de 1811 ne nous indique pas de ruines au Bois-Savary. En revanche le château du Grand-Cruhé, situé deux 2,5 km au Sud-Ouest, lui semble avoir connu le passage de Grignon.

    AD79, 3 P 206/5 :

    Les justifications du général Grignon (6)....

    Les justifications du général Grignon (6)....

    Chauvin, furieux d’avoir perdu ses prières & la presque totalité de sa fortune, a ourdi, dans le fiel, cette dénonciation absurde, ridicule & perfide ; d’autant plus aveugle dans sa rage, qu’il a connu Grignon de plus près, & qu’il est plus à portée qu’un autre de rendre justice à son courage, à son intégrité & à toutes ses vertus morales & guerrières.

    Ajourd’hui même encore, Chauvin qui sent où ses principes notoires, où ses intelligences coupables peuvent le conduire & qui veut détourner le glaive qui le menace, cherche à soulever les Cantons pour susciter des dénonciations de toutes parts ; mais, qu’il tremble ! il pourroit se trouver victime de ses propres fureurs, & bien loin que Grignon puisse en rien redouter, c’est un honneur pour lui d’être inculpé par un tel homme ; c’est sa plus belle justification.

    Parlerons-nous des inculpations d’Enard, qui d’ailleurs ne reproche à Grignon que ses opérations militaires ; d’Enard, prétendu Commandant de la place de Poussanges (Pouzauges), dont la troupe étoit tous les jours ivre, & qui lui donnoit continuellement l’exemple de l’intempérance ? Un jour Grignon apprend que la troupe d’Enard est en insurrection. Un de ses soldats avait battu un membre de la Commune ; Enard le met en prison ; sa troupe le réclame & le force à l’élargir.

    Une autre fois Enard fait égorger de vrais patriotes par les brigands.

    Ailleurs, il se laisse surprendre par cent cinquante brigands des environs, mal armés. Il est presque pris au lit ; il se sauve où il peut avec sa troupe, sans tirer un coup de fusil, sans avoir mis sa troupe sous les armes. Tel est l’homme qui ose dénoncer Grignon, & qui auroit mérité de passer lui-même par une commission militaire.

    Que dire de la dénonciation du nommé Guédon, qui ne contient que des faits vagues, & dont l’auteur n’a d’autre but que de se venger de Grignon qui l’a fait désarmer, ainsi que sa garde ?

    De celle de trois particuliers de Fontenay-le-Peuple qui parlent aussi vaguement d’exécutions faites à la Meilleraie, par la colonne de Grignon, sans les attribuer personnellement à Grignon ? De la septième qui est d’une absurdité ridicule ? De la huitième qui justifie Grignon en même-temps qu’elle l’accuse ? De la neuvième qui le justifie encore & qui atteste sa sagesse & ses principes d’humanité ? Enfin, de celle de la femme Rigaudeau qui dit qu’elle a entendu dire, par un brigand, que Grignon étoit des leurs ? Répondre sérieusement à de pareilles dénonciations (voyez à la fin.), c’est leur donner un aire d’importance qu’elles ne peuvent avoir ; c’est vouloir réaliser des chimères, c’est se dégrader soi-même & se supposer coupable, quand n’a fait que son devoir. De tous les Généraux qui ont commandé l’armée de l’Ouest, quel est celui qui se peut dire à l’abri de pareilles inculpations, si l’on écoute tous les habitans qui ont souffert quelques dommages par la nécessité d’exécuter les ordres & les Décrets ?

    Et, comme si ces effets naturels du ressentiment & la vengeance dans des âmes rébelles ne suffisoient pas au patriotisme ardent de Lequinio, il termine ces diatribes par des déclamations qui lui sont propres contre les Généraux : à l’en croire, ce sont des créatures du dernier tyran ; tous sont confondus dans cette imputation odieuse.

    Il est permis, sans doute, de dire tout ce qu’on sait pour l’intérêt de la Patrie ; on le doit. Garder le silence seroit se rendre complice ; mais, on ne doit pas disposer légèrement des réputations, & il est permis aussi à celui qui est inculpé de s’indigner par le sentiment de son innoncence & de se prénétrer de la conscience de sa vertu. Grignon, créature du dernier tyran ! Sur quoi donc est fondée une imputation aussi noire ? Lui qui n’a jamais cédé qu’au voeu unanime de ses concitoyens ! Qui n’a jamais recherché de places ! Qui n’a été appelé que par leurs suffrages ! Créature du dernier tyran ! Lui qui ne s’est distingué que par son amour par amour pour son pays ! Qui en a combattu les ennemis avec tant de courage & de succès ! Il est aisé d’entasser des calomnies & d’accumuler des crimes imaginaires. Nous verrons quels témoins se présenteront, ce qu’ils déposeront, s’ils oseront préciser quelques faits. En attendant, Grignon va se défendre avec des armes suffisantes, & il saura confondre d’avance ses détracteurs.

    Grignon tire ses premiers moyens de justification des Décrets que nous avons énoncés.

    On se rappele le Décret du premier août 1793, qui ordonne une combustion générale : celui du premier Octobre, qui ne donne que vingt jours pour fini la guerre, & la Proclamation qui attend, avant la fin du mois, pour la reconnoissance nationale, tous ceux qui auront concouru pour la terminer ; celui de la fin du même mois, qui annonce l’intention bien prononcée, de la part du Gouvernement, d’exterminer tous les rébelles & de ne leur faire aucun quartier.

    Grignon devoit obéir strictement & littéralement à tous ces Décrets.

    Grignon tire ses seconds moyens de justification du brevet même de son grade. Par son grade, il devoit exécuter les ordres du Général en chef & des autres Généraux auxquels il étoit subordonné : son brevet lui permet de faire encore tout ce qu’il jugera convenable.

    Grignon rapporte non-seulement les ordres du Général en chef & des Généraux de Division, mais les ordres mêmes des Représentans du Peuple (Voyez à la fin, ordres des Représentans du Peuple & des Généraux.).

    Grignon faisoit des prisonniers.

    « Des prisonniers dans la Vendée, lui écrivoit le Représentant près l’armée de l’Ouest ! Point de quartier ; tu fais trop de prisonniers ; nos prisons en regorgent..... »

    Grignon reçoit l’ordre de les fusiller ; on les fusille donc.

    Bientôt on se lasse des les fusiller ; on propose des passer au fil de la baïonnete.

    « Les soldats s’y refusent, écrit Grignon. »

    « Les brigands, répond le Général en chef, ne valent pas la poudre que leur mort pourroit nous coûter ; mais enfin, si la fusillade paroît plus sûre & plus expéditive, je m’en raporte à ta prudence ; j’approuve d’avance ce que tu pourras faire à cet égard. »

    Il seroit trop long de rapporter ici en détail tous les ordres donnés à Grignon, tant de la part des Représentans du Peuple que de la part des Généraux & auxquels il ne pouvoit refuser d’obéir, sans être rébelle lui-même & sans violer la discipline dont le maintien assuroit l’exécution des mesures prises par la Convention nationale. Nous nous contenterons d’indiquer des résultats : toutes ces pièces prouvent que si Grignon a fait périr des rébelles, s’il a fait incendier, ces mesures lui étoient indiquées & commandées impérieusement ; toutes les pièces qu’il rapporte d’ailleurs, prouvent qu’il a fait violence à son caractère ; que ces mesures coûtoient cher à son coeur, & que bien loin de s’être comporté en barbare, il se montroit au contraire doux, humain, sensible ; que bien loin d’avoir outré les ordres, il a toujours été en-deça ; qu’il n’a jamais voulu rien prendre sur lui ; qu’il en a toujours référé au Général en chef, bien que son grade lui donnât le droit de ne consulter personne, & que le Général en chef lui-même lui ordonnât de se conduire suivant les circonstances.

    Dira-t-on que ces ordres étoient excessivement cruels ?

    Nous répondrons qu’il n’appartenoit point à Grignon de les discuter ; qu’il ne devoit que les suivre ; & si nous avions à les examiner en politique, peut-être dirions-nous que ces ordres étoient du droit de la guerre, droit affreux en lui-même : que ce n’étoit d’ailleurs qu’un droit de représailles... »

    A suivre ici

    RL

    Juillet 2020

     

    Notes :

    (19) Chapelain était maire de La Flocellière, Saint-Michel-Mont-Mercure et Châteaumur. Sa biographie est ici.

    (20) Quel belle justification !

    (21) Bressuire devait être préservée lors de la première sortie des colonnes infernales fin janvier 1794 puis sera incendiée par Grignon le 14 mars suivant.

    (22) Lequinio, op. cit., p. 65 à 68.

     

     


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    14 juillet 1793 

    Mort du général Jacques Cathelineau... 

     

     

    17 juillet 1793, mort du général Jacques Cathelineau....

     

    Source : 

    . Photos : Carte postale – Combier imprimeur Mâcon. 

                                                    

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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