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    Signaux et feux entre les camps républicains...

     

    Nous continuons notre petite étude des camps républicains, avec cette fois-ci un focus sur un élément souvent ignoré dans l’histoire des Guerres de Vendée : la communication entre les troupes.

    Du côté des Vendéens, on a beaucoup colporté l’histoire des moulins qui auraient fonctionné comme des télégraphes, signalant ainsi les attitudes à adopter pour les combattants. Tout le monde connaît ces schémas, recopiés moult fois et qui ont fini par devenir une vérité historique :

    Signaux et feux entre les camps républicains....

    Vérité historique popularisée durant la moitié du XIX° siècle par, devinez qui ? Jacques Crétineau-Joly ! Inventeur de la fausse lettre de Westermann sur la bataille de Savenay, de celle Merlin de Thionville après la libération des prisonniers de Saint-Florent-le-Vieil et encore de bien d’autres forgeries, toutes reprises en chœur depuis des décennies par des historiens plus ou moins sérieux. Cette légende sera reprise par Pitre-Chevalier. Voir sur le blog de Nicolas ici.

     C’était beau, c’était mystérieux et ça impliquait une ingéniosité des Vendéens supérieure à celle des Républicains. Hélas, trois fois hélas ! La belle légende a du plomb dans l’aile (de moulin, je sais, elle est facile...) rien qu’en regardant le paysage du Bocage d’aujourd’hui et en s’imaginant celui de 1793, bien plus touffu encore à l'époque. Evidemment, le nombre de moulins, même en ruines, n’a plus rien à voir avec ce qu’il pouvait être il y a 227 ans mais regardez au moins une carte de Cassini, d’Etat-Major ou des plans cadastraux de votre région. Considérez le vallonnement et la végétation de l’époque.

    Maintenant que vous avez vu et réfléchi, pensez-vous vraiment que les moulins pouvaient transmettre des signaux ? Il eut fallu d’abord que les moulins puissent « se voir » les uns les autres depuis assez loin ce qui est rigoureusement impossible, le Bocage Vendéen n’étant pas un pays de montagne mais de collines de faible altitude. On notera d’ailleurs qu’on ne trouve aucune mention dans les rapports républicains du fait que les moulins vendéens auraient pu servir à envoyer des signaux. Si cela avait été le cas, il n’y a aucun doute sur le fait que les républicains auraient largement partagé l’information. Ceux qui racontent par exemple que Westermann a brûlé les moulins pour ce motif n’ont visiblement pas dépouillé la correspondance militaire. Non, les moulins n’ont pas été brûlés parce qu’ils envoyaient de quelconques signaux mais bien uniquement dans le but d’affamer la population. Ce fait est souligné par Haxo dans un courrier du 8 mars 1794 à Turreau où il écrit :

    « La guerre continuelle que je fais aux moulins va leur ôter toute ressource dans ce pays. »

    Vous retrouverez cette lettre ici.

    Donc, exit la belle légende des moulins vendéens. Gardons-cela pour les spectacles destinés aux touristes et occupons-nous d’histoire.

    Mais pourtant, allez-vous me dire, le télégraphe venait d’être inventé ?

    En effet, le télégraphe à sémaphore de Claude Chappe déjà expérimenté en 1791 est testé pour la première fois de manière sérieuse le 12 juillet 1793 sur une distance de 26 kilomètres entre Ménilmontant, Ecouen et Saint-Martin-du-Tertre au nord de Paris. L’essai est concluant et le 25 juillet Chappe est désigné ingénieur du télégraphe par décret. L’idée est sensationnelle et on se demandait comment personne n’y avait pensé plus tôt. Pourtant il y a un bémol à l’invention de Chappe. Voici ce qu’en dit un rapport présenté à  la Convention dans sa séance du 1er avril 1793 par Charles-Gilbert Romme et cité par le Moniteur (1) :

    « Romme, au nom des Comités réunis d’instruction publique et de la guerre. Dans tous les temps on a senti la nécessité d’un moyen rapide et sûr de correspondre à de grandes distances. C’est surtout dans les guerres de terre et de mer qu’il importe de faire connaître rapidement les événements nombreux qui se succèdent, de transmettre des ordres, d’annoncer des secours à une ville, à un corps de troupes qui serait investi, etc. L’histoire renferme le souvenir de plusieurs procédés conçus dans ces vues ; mais la plupart ont été abandonnés comme incomplets et d’une exécution trop difficile. Plusieurs mémoires ont été présentés sur cet objet à l’Assemblée législative, et renvoyés au Comité d’instruction publique. Un seul lui a paru mériter votre attention. Le citoyen Chappe offre un moyen ingénieux d’écrire en l’air, en y déployant des caractères très peu nombreux, simples comme la ligne droite dont ils se composent, très distincts entre eux, d’une exécution rapide et sensible à de grandes distances. A cette première partie de son procédé, il joint une sténographie usitée dans les correspondances diplomatiques. Nous lui avons faits des objections ; il les avait prévues, et y répond victorieusement ; il lève toutes les difficultés que pourrait présenter le terrain sur lequel se dirigerait la ligne de correspondance ; un seul cas résiste à ses moyens ; c’est celui d’une brume fort épaisse, comme il en survient dans le nord, dans les pays aqueux, et en hiver ; mais dans ce cas fort rare, et qui résisterait également à tous les procédés connus, on aurait recours momentanément aux moyens ordinaires... »

    Le procédé de Chappe est réellement révolutionnaire et c’est le cas de le dire. Sauf, qu’il ne fonctionne pas en cas de brouillard et encore moins la nuit...

    Un souci arrive bientôt pour Chappe : ses appareils sont régulièrement détruits. Les croyances du « bas peuple » voient dans ces engins des machines infernales mais peut-être aussi et surtout des moyens de communication pour un gouvernement qui est loin de faire l’unanimité... Cependant le 15 août 1794, le télégraphe permet d’annoncer la reprise du Quesnoy et le 30, de celle de Condé-sur-l’Escaut. En une demi-heure, la Convention est prévenue de la victoire contre les Autrichiens entre 15 h 20 et 15 h 50 par 27 signaux. Mais en Vendée, point de télégraphe. La Vendée est cernée par les camps républicains au cours de l’été 1794 mais les Vendéens occupent tout le centre du territoire. Même si l’invention de Chappe avait pu s’y porter, les tours n’auraient pas manqué d’être détruites par les royalistes. Pourtant, les camps devaient nécessairement avoir des moyens de communications. Ceux-ci sont assurés la plupart du temps par des estafettes à cheval mais si vous vous souvenez de cet article, vous avez pu noter l’inquiétude du général Valentin au camp de Saint-Ouen-des-Gâts, concernant la liaison avec le camp du Pont-Charron. Le 7 septembre 1794, il écrit à Marrot (2) :

    « Nous avons examiné, Barbier et moi tout le terrein et nous n’avons pu rencontrer un endroit propice à établir des signeaux. 

    Il n’y auroit qu’un moyen suivant moi, ce seroit d’avoir des boîtes à feu et ce seroit la le signal le plus prompt si ont peu les entendre du Pont Charon. Il faudroit en faire l’essay si tu le trouves à propos. Je suis convenu avec le citoyen Barbier que nos patrouilles feroient la jonction à St Vincent Fort du Lay aujourd’hui à dix heures du matin. Tu me donneras tes ordres afin que je change l’heure, ou je la confirme. »

     

    Puis le lendemain, au même :

     

    « J’ai mandé mon camarade, au chef de brigade Deviau, que tu serais bien aise d’établir un signal près St Vincent Fort du Lay, sur les hauteurs de l’Hopitau ou à la Touche, en conséquence je le pries de faire examiner cet endroit. Demain sans doute me repondra (t-il ?) a cet sujet, je n’ai pu encore voir si je pourrois faire passer des ordonnances par Ste Pexine la Réorthe mais demain je t’en rendrai compte. » 

    Valentin veut donc établir un communication par signaux lumineux en plus des militaires d’ordonnances habituellement employés à cet effet. Bien loin des progrès apportés par les machines de Chappe, les camps républicains utilisent donc le bon vieux procédé des signaux lumineux employé depuis le Moyen-Age et bien avant encore, puisqu’on en parlait déjà dans l’Antiquité. C’est Guillaume Amontons (1663-1705) qui développa ce système. Les signaux sont répercutés de point en point par des observateurs équipés de longues vues. C’est probablement le procédé qu’emploient les camps républicains pour communiquer. Il y a peu de possibilités dans les messages mais les signaux sont visibles de nuit, ce qui est évidemment d’une importance primordiale autour d’un pays hostile, dont on ne sait jamais ni quand, ni comment les combattants vont attaquer. Quels étaient les codes employés ? Il serait intéressant de se pencher sur la question, tout comme sur celle du matériel utilisé. Quelles sont ces « boîtes à feu » mentionnées par Valentin ? Des coffrets de métal suffisamment poli pour être réfléchissants ? Dotés d’un volet occultant la lumière par intermittence ?

    Le code Morse ne sera inventé qu’en 1832 mais je ne résiste pas à vous mettre cette petite image animée pour réveiller ceux qui s’étaient endormis devant cet article. « SOS » en Morse :

     

     

    Si vous me permettez une légère digression, nous allons voir à présent où Valentin voulait voir installer ces feux. Il s’agit de l’ancienne commanderie de La Touche et le l’Hôpiteau (ce dernier lieu tirant son nom de la commanderie), lieux-dits dépendant de la Réorthe, non loin des rives du Lay. De l’autre côté, le village de Puymaufrais (3), au Sud, le gué de Poële-Feu. La Touche et l’Hôpiteau placés sur une hauteur de 57 mètres, ce qui en fait une colline au vu du faible relief du paysage en cet endroit sont respectivement à 6 km à vol d’oiseau environ de Saint-Ouen et 5 km du Pont-Charron.

    Les lieux cités sur la carte IGN de Géoportail au nord-ouest de la Réorthe. On distingue La Touche et L'Hôpiteau en haut à gauche de la carte :

    Signaux et feux entre les camps républicains....

    Le camp du Pont-Charron devait nécessairement se situer lui aussi sur une hauteur. Deux possibilités s’offrent à nous. Soit au Sud du Lay, du côté du Lion et de « L’Auberge du Pont-Charron » que l’on voit sur le cadastre napoléonien à 97 m d’altitude, soit plus sûrement, près des anciens moulins des Roches, au Sud-Est de la Tabarière, à 95 m d’altitude, moulins aujourd’hui disparus. Le sud-ouest du Pont-Charron est occupé par un bois et on a par ailleurs du mal à imaginer un camp placé dans la vallée dont les signaux auraient été masqués par la butte du Lion et le bois. Il fallait nécessairement que les signaux fussent visibles depuis la Touche. Quel était l’emplacement exact du camp de Pont-Charron ? Cela reste à découvrir.

    La carte d'Etat-Major de Géoportail autour du Pont-Charron avec les moulins de la Roche. Le carré gris symbolise une vigne !

    Signaux et feux entre les camps républicains.... 

    Tel était donc le but de ma digression et nous reprenons notre étude des signaux lumineux entre les camps car en feuilletant le tome IV de Savary, je me suis rendu compte que Valentin était loin d’être le seul à s’en préoccuper.

    En effet, en épluchant la correspondance des généraux dans le tome IV de Savary, on peut trouver plusieurs mentions de ces signaux.

    Le 27 juillet 1794, Beaupuy, chef de l’état-major écrit à Bonnaire depuis Fontenay (4) :

    « L’intention du général en chef est qu’il soit établi des signaux par le feu, sur les hauteurs de Bourneau à l’arbre du Gué. Demain à six heures du matin on en fera l’essai.

    Tu voudras bien établir de semblables signaux entre la Châtaigneraie et le camp de Chiché. Ce moyen de correspondance peut-être d’une grande utilité au besoin. Tu concerteras les mesures à prendre à cet égard avec le général Legros qui commande le camp de Chiché. » (5)

    Le 5 août, le même écrit à Guillaume  (6) :

    « Tes forces ne sont pas considérables... ; établis des signaux ; dans peu de temps on se porte mutuellement des secours. Je t’envoie un officier d’artillerie pour raccorder les feux avec Fontenay, Pont-Charron et les Sables. »

    Le 14 août, c’est Vimeux lui-même qui ordonne aux « Généraux de première, deuxième, et troisième division de l’armée, d’établir des signaux par le feu, sur les lignes de correspondance des camps. Des officiers intelligens seront envoyés pour reconnaître les hauteurs et les sites destinés à établir des feux et des postes pour les garder. Chaque signal aura deux feux. » (7)

    Pour finir, c’est encore Vimeux qui, le 25 août, présente son rapport au Comité de Salut Public, en même temps que son plan de quatorze camps retranchés. Il se dit heureux d’être déchargé du fardeau du commandement de l’Armée de l’Ouest au profit de Dumas, qui comme on le sait ne restera pas, écœuré de ce qu’il apprendra sur la Guerre de Vendée. Vimeux, donc, cite en huitième point des résultats de ses opérations le point suivant (8):

    « Des signaux ordonnés et établis dans plusieurs endroits. »

    On comprend mieux ainsi l’empressement de Valentin avec ses « boîtes à feu » entre les camps de Saint-Ouen et du Pont-Charron. Ce type de correspondance, ordonné par Vimeux était nécessaire et sans doute ce dernier avait-il entendu parler du télégraphe. Ne pouvant utiliser ce procédé en Vendée, il avait néanmoins saisi tout l’intérêt de l’établissement de signaux visuels entre les camps.

    Reste à savoir à quoi ressemblait l’appareillage utilisé et à connaître les codes utilisés.

    RL

    Avril 2020

     

    Notes :

    (1) « Procès-verbaux du Comité d’Instruction Publique de la Convention Nationale publiés et annotés par M.J. Guillaume », tome premier, 15 octobre 1792 - 2 juillet 1793, Paris, Imprimerie Nationale, M DCCC XCI (1891), p. 397.

    (2) AD85, 187 J 14.

    (3) Puymaufrais a fusionné en 1833 avec Saint-Vincent-Fort-du-Lay pour former Saint-Vincent-Puymaufrais. Les habitués de ce blog connaissent bien l’histoire du célèbre curé Desplobeins mais aussi le château de la Roche-Louerie, fief des Béjarry.

    (4) Savary, tome IV, p. 45 et 46.

    (5) Le camp intermédiaire de Largeasse, entre Chiché et La Châtaigneraie n’est pas encore établi à cette date.

    (6) Savary, tome IV, p. 66 et 67.

    (7) Ibid., p. 75.

    (8) Ibid, p. 99.

     


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    Stanislas-François Arnaud, curé de Chantonnay... 

                

     

     

    Stanislas-François Arnaud est né le 16 avril 1735 à Aizenay, il est le fils de Jacques Arnaud et de Catherine Rigalleau. Il est curé de Chantonnay pendant 26 ans, prêtre réfractaire, il émigre en Espagne et revient en Vendée durant l’hiver 1800-1801.

    Il découvre son église dévastée, privée de sa charpente et à ciel ouvert*… Pour financer la restauration, le 12 mars 1801, il appuie une proposition de la commune tendant à vendre en terreau, la bonne terre d’un jardin adjacent à la cure… et s’adresse au Préfet Merlet (la république vendant des terres volées à l’Église...).

     

    * L’église fut incendiée, mais relativement épargnée car elle servait d’entrepôt aux Bleus. 

     

    « Monsieur,  

     

    Aussitost la permission qu’a bien voulu m’accorder Mr le ministre et dont vous avé connoissance je me suis empressé de sortir de l’espagne et de rentrer dans ma paroisse. J’ay cru devoir cet empressement au milieu de l’hiver à mon Saint ministère dont l’exercice grâces à Dieu est libre ; j’ay cru ce devoir aux désirs impatients biens prononcés de mes paroissiens. Mon absence de plus de huit ans, après avoir vécus ensemble pendant 26 ans en bonne amitié, j’ose m’en glorifier, n’a fait que resserrer nôtre attachement mutuel. Grâces à Dieu nous voilà réunis, je souhaitte planter et arroser, suivant les forces de mon âge avancé, et prie avec instance le Seigneur de donner l’accroissement,  je l’espère en toute confiance. 

    Je sçavois les désastres du paÿs, je n’ignorois pas le dévastement de mon église, mais je l’avoüe, je ne la croyois pas dans un dénüement de tout, aussi complet et dans un  état aussi scandaleux. 

    Notre église autrefois par ses revenus, étoit devenue décente, elle est respectable au dehors par son bâtiment vaste, ses murailles sont excellentes, sa position avantageuse, elle ne l’étoit pas moins par son ornement intérieur. Autant elle étoit jadis propre à édifier à consoler, autant aujourd’huy elle est propre à occasionner de la peine et la tristesse la plus amère. Elle est devenue, je ne dis pas une place publique, un lieu de passage, mais je le dis en gémissant elle est devenue un cloaque d’immondices, un repaire pour tous les crimes. Je vois avec plaisir qu’on s’empresse de la fermer, mais je vois avec douleur que l’argent manque pour la couvrir. Il ne reste pas une thuile, pas une latte, pas un chevron, la dépense est considérable, les facultés pécuniaires dans la commune sont épuisées néantmoins on à fait une souscription, mais il s’en faut bien qu’elle soit suffisante mesieurs de la commune et messieurs du conseil ont cru avec votre agrément trouver un moyen efficace pour suppléer à ce qui manque pour au moins la couvrir. Il y a disent-ils adjacent à l’église et à la cure mise à la disposition de la commune un jardin passable, mais non de la grandeur marquée par le loy de 90 ou 91, on peur rendre cette terre ou terreau excellente suivant l’expérience des jardins voisins, pour faire venir du grain et seconder les mauvaises terres et le produit de ce terreau superficie de ce jardin seroit employé pour suppléer aux offres faites et pourroit suffire pour faire au moins la couverture absolument indispensable et entièrement pressée. 

    Votre zèle pour le bien public m’est trop connu pour douter de votre consentement pour la vente de cette terre ou terreau au profit de notre église. J’ose dire que ce seroit un meurtre de la laisser périr, et je ne balance pas à prononcer que ce seroit manquer un moyen sûr, et le seul capable de prouver l’union, la fraternité, je dirais même la prospérité. Il est évident que c’est dans les temples, où le peuple rassemblé s’unit dans le Seigneur, de voix, d’esprit et de coeur, que c’est là où il entend la voix de son pasteur, que c’est là ou le zèle du ministre aidé et secondé par le gouvernement, prouve pour le spirituel et pour le temporel des avantages aussi grands qu’ils sont réels. Qui ne sçait que c’est ainsy que le père commun écouté par ses enfants, leur donne des conseils salutaires, explique à chacun ses obligations la société est rendue aimable, la paix s’établie et se consolide, le pauvre est assisté, le malade est visité, l’orphelin est serré, le malheureux est soulagé, la jeunesse est instruite, le bon ordre est établi, et tous sont consolés.  

    Sans un lieu de rassemblement, tout manque voir même la tranquilité publique.  

    Je crains Monsieur, de vous ennuyer, j’aurois bien des petites observations à faire pour le rétablissement de l’ordre moral et social si dérangé. 

    Je sçais que votre vigilance est des plus active pour connoître les moyens les plus propres pour la paix, pour l’union et le bonheur public. J’espère donc que j’auray été précédé dans ce que je pourrois vous dire, je me borne à vous supplier d’octroyer nôtre demande pour la vente de la terre ou terreau du jardin adjacent à la cure, au profit et pour le besoin de nôtre église. 

      J’ai reçu la surveillance que vous avé bien voulu me faire passer pour monsieur notre maire, je vous prie d’en recevoir mes remerciements et de m’accorder la satisfaction de me croire très respectueusement,  

    Monsieur, 

    Vôtre très humble et très respectueux serviteur Arnaud curé de Chantonnay.  

     

    Chantonnay le 12 mars 1801. » 

     

    D’après le cadastre Napoléonien de 1824, l’église semble avoir retrouvé sa toiture, nous remarquons le presbytère et le jardin adjacent où le terreau a été extrait.

    Stanislas-François Arnaud, curé de Chantonnay....

    Stanislas-François Arnaud, curé de Chantonnay est décédé en ce lieu le 21 mars 1809.

     

    Stanislas-François Arnaud, curé de Chantonnay....

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de Vendée - tous droits réservés  – Correspondances du Préfet Merlet avec les ecclésiastiques – class 2NUM110/0 correspondances reçues de différents prêtres – class 2NUM/110/32-8. Vue n°5/17. 

    . Registres paroissiaux et d’état civil de la commune de Chantonnay. (Décès de l’Abbé Arnaud - vue n°28/460 – AD2E051/6 NMD 1809-1814. 

    . Dictionnaire des noms de Vendée : Stanislas-François Arnaud. 

    . Cadastre Napoléonien de Chantonnay section C du bourg 1ère feuille (parcelle 1-315 – l’église et le presbytère). 

                                            

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Le camp d’Apremont...

     

    Dans la liste des camps républicains voulus par Vimeux, figure Apremont. Pour mémoire vous pouvez en reprendre la liste non exhaustive et qui sera évolutive au cours du généralat de Vimeux dans cet article ou ci-dessous (1)

    Le camp d'Apremont....

    Bien entendu avant la décision de Vimeux, il existait déjà d’autres camps, cantonnements ou bivouacs dont la liste est longue mais qui sont quelquefois totalement méconnus, comme le camp de Pont-Chartan, entre les Sables-d’Olonne et Saint-Mathurin (2) ou celui de Beaulieu-sur-Mareuil (3) « fort de 1 200 hommes » au 5 août 1794 ou bien encore le Fenestreau en Château d’Olonne pour ne citer que ceux-ci.

    Si Apremont figure parmi les camps « officiels » voulus par le général en chef de l’Armée de l’Ouest afin de resserrer l’étau autour des « brigands », on ne trouve curieusement pas grand chose sur lui mis à part une simple mention dans le « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » (4) qui lui dénombre 200 hommes au « château d’Apremont bien fortifié ». Le château d’Apremont étant juché sur une hauteur d’où le village tire son nom, faisait en effet une place forte idéale. Il est toutefois curieux de ne plus en voir mention nulle part dans la suite des opérations et je crois plutôt qu’il s’agissait d’une simple garnison plutôt que d’un camp au sens militaire du terme.

     

    RL

    Avril 2020

     

    Détail du château d’Apremont il y a une vingtaine d’années, avec votre serviteur au bas de la première tour :

     

    Le camp d'Apremont....

     

    Notes :

    (1) SHD B5/10-1, v. 15/26.

    (2) Ibid, cité dans le 1er tableau, v. 4/26.

    (3) Ibid.

    (4) Ibid.

     

     


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    Joyeuses Fêtes de Pâques à vous tous... 

                

     

    Joyeuses Pâques....                                                       

                            X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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    Le camp de Bessay… 

     

     

    Dans la liste officielle des camps retranchés souhaités par le général Vimeux, ne figurent pas quantité de cantonnements et postes divers. Je vous présente ce soir l’un d’eux : le camp de Bessay, dans le Sud de la Vendée et qui délimite traditionnellement la limite du pays blanc et du pays bleu. 

    Situé à l’Est de Mareuil-sur-Lay et à deux kilomètres au Sud des Moutiers-sur-le-Lay, Bessay ne devait pas avoir beaucoup à craindre des incursions royalistes, très sporadiques et assez peu dangereuses dans cette région depuis les débuts de la guerre et la prise de Bessay et Corpe. Ainsi écrivait Esprit Baudry à Boulard le 26 mars 1793 (1) : 

    Le camp de Bessay....

     

    « Marans le 26 mars 1793 an  1er de la république françoise

     

    Le Citoyen Esprit Baudry

    au citoyen Boulard

     

    Je vous rend conte mon cher commandant que la municipalité de Chalié (Chaillé-sous-les-Ormeaux ?) étoit a celle dicy, que les brigands se sont emparé des paroisses de Corpe, Bessai et qu’il demande 300 hommes au passage de Maureil (Moreilles ou Mareuil ?) avec deux pièces de canon. Jatend vos ordres, pour exécuter.

     

    Le commandant de Marans

    Esprit Baudry

     

    Le pavillion blanc est (illisible) »

     

    Pas beaucoup de nouvelles de Bessay durant l’année 1793. Il y a bien eu les trois batailles de Luçon des 28 juin, 30 juillet et 14 août, mais soudain, c’est l’affolement en ce 1er août 1794 et le général Vimeux demande immédiatement du renfort au camp du Pont-Charron (2) pour le camp de Bessay. Tiens donc ! On apprend ainsi qu’il y a un camp à Bessay. S’agit-il d’un vrai camp ou d’un simple cantonnement ?

     

    Ci-dessous la lettre de Vimeux au général Guillaume (3) commandant le camp de Saint-Cyr-en-Talmondais le 1er août 1794 (4) :

    « Je reçois ta lettre, mon camarade et je donne ordre aussitôt à l’adjudant général Desriau (Pierre Vidalot du Sirat, plus connu sous le nom de Dusirat) de partir sur le champ du Pont Charron avec cinq cents hommes au camp de Bessay. Tu les renverras aussitôt que tu n’en auras plus besoin.

    Signé le général Vimeux. »

     

    A la même date, Guillaume annonce à Vimeux quelques soucis avec les Vendéens. Voici ce qu’en dit le 3ème « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » (5)

     

    « Sur les 9 heures du matin une colonne de brigands est sortie de Champ St Pierre (Le Champ-Saint-Père), s’est portée au moulin St Vincent où elle s’est mise en bataille. Leur cavalerie s’est étendue dans la plaine en deça des moulins, où elle a égorgé plusieurs moissonneurs. Elle a pris ensuite la route de Chaillé. Elle est au moins de 3 000 hommes d’infanterie et 5 à 600 de cavalerie. Selon les rapports de l’espion elle médite un coup de vive force sur un de nos points. Les brigands sont bien armés mais on leur soupçonne peu de munitions. Dans la nuit deux ordonnances ont essuyé plusieurs coups de fusils aux quatre chemins de Luçon à Fontenay. »

    Il y a donc quelques mouvement aux abords de la Plaine, néanmoins dès le 2 août Vimeux ordonne à Guillaume de faire repartir les 500 hommes du camp du Pont-Charron (6).

     

    « Du 15 thermidor

     

    Je t’ordonne mon camarade de faire partie sur le champ pour le Pont Charron les cinq cents hommes que se sont rendus cette nuit au camp de Bessay, j’en ai besoin pour une expédition importante qui va voir lieu. Tu m’accuseras la réception de cet ordre et me rendras compte de son exécution. Je te prévisn que tu demeures responsable (du) moindre retard que tu y apporterois.

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    Puis le lendemain, toujours de Vimeux (7) :

     

    «  Du 16

     

    J’ai reçu mon camarade ta lettre par laquelle tu m’annonces le départ de cinq cents hommes comme je t’en avois donné l’ordre. Je te fais passer quatre lettres pour le représentant du peuple Ingrand que tu voudras bien lui remettre s’il est arrivé à Luçon. On lui envoye jusqu’à l’endroit où on le rencontrera. Je n’ai pas besoin de te recommander de les mettre en mains sûres.

     

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    Parallèlement Vimeux écrit le 3 août cette fois au chef de bataillon Barbier qu’il peut renforcer ses troupes avec celles revenues de Bessay (8)

     

    « La colonne qui est partie l’avant dernière nuit de Pont Charron pour se rendre au camp de Bessay doit être de retour. J’ai donné ordre hier au général Guillaume qui m’en avoit demandé la garde deux jours, de la faire retourner de suite au Pont-Charron en le rendant responsable du moindre retard qu’il apporteroit. J’ai donné aussi hier ordre au général Huché de faire partir de suite pour le Pont-Charron la colonne de quatre mille hommes en station devant Ancenis au Mont Glonne,  et de lui faire prendre la route la plus courte et j’espère qu’elle y sera rendue sous huit à dix jours.

     

    Signé le général en chef Vimeux »

     

    Le 24 septembre 1794, un événement va changer la donne dans le Sud de la Vendée : la prise du camp de Moutiers-les-Mauxfaits par les hommes de Saint-Pal et de Charette (9). C’est la troisième fois qu’un camp républicain est pris par les Vendéens, depuis La Roulière et Fréligné. Il faut donc revoir l’organisation et c’est l’avis de Beaupuy, chef de l’état-major, qui écrit le rapport suivant le 1er octobre 1794 (10) :

    Le camp de Bessay....

     

    « ETAT-MAJOR GENERAL

     

    Au quartier général, à Fontenay le 10 vendémiaire

    an 2 (an 3 en réalité, l'imprimé datant de l'année précédente) de la République une et indivisible

     _______________________ 

     

    Rapport sur les actions

     qui ont eu lieu pendant

    la 1ère décade an 3e

     

     

    Le 3. L’adjudant général Marrot commandant les troupes campées en avant de Luçon écrivoit que le poste des Moutiers les Maux faits fort d’environ huit cents hommes avoit été obligé de se reployer sur Saint Cyr distant de deux lieues ; ce poste avoit été établi pour protéger l’enlèvement d’abondantes récoltes. Notre peu de forces nous avoit empêché d’y mettre un plus grand nombre de troupes ; d’après les différents rapports, il paroit que les brigands fors d’environ trois mille hommes ont attaqué ce poste sur trois colonnes, leur cavalerie dont le nombre n’est pas certain à vivement assailli notre gauche défendue par le 4e bataillon du Puy de Dôme et un détachement du 4e bataillon de la Vienne. Ces troupes ont reployé trop précipitament, ce mouvement a jetté un peu de désordre mais le 5ème bataillon de la Marne a fait la retraite avec un détachement de chasseurs à cheval des 10e et 15e régiments. Le commandant du bataillon de la Marne a eu son cheval de blessé sous lui.

    Le 5. Le général en chef de l’état major a été visiter les postes en avant de Luçon, il a jugé à propos de faire porter les troupes campées à Saint Ouen dans un site bien plus avantageux au-dessus de Bessay, ce nouveau camp est plus éclairé, beaucoup mieux défendu par la masure (?), couvre absolument Luçon a des eaux meilleures et plus à portée qu’à St Ouen, il réunit à la fois tout les avantages, tans pour le déployement qu’au cas qu’il fut employé comme offensif que pour la retraite, si on jugeoit convenable de lui faire faire un mouvement rétrograde.

     

    Le Chef de l’état

    major général de l’armée 

    Beaupuy »

     

    Faut-il donc penser que le camp primitif de Bessay avait été déplacé à Saint-Ouen, puis rétabli sur ses anciennes positions ?

    Je n’ai pas découvert à ce jour de traces indiquant que les conseils de Beaupuy ont été suivis mais je n’avais pas trouvé d’avantage de preuves de l’existence du camp de Saint-Ouen passé le mois de septembre 1794.

    Où pouvait se trouver le camp de Bessay ? Rien ne nous en indique l’emplacement avec certitude. Il est « au-dessus de Bessay » selon le rapport de Beaupuy et probablement sur une hauteur. Le point le plus haut de Bessay se trouve au Nord-Ouest du château, non loin de la route des Moutiers-sur-le-Lay. A l’emplacement de la croix rouge sur la carte IGN de Géoportail, il existait un moulin à vent dit « Moulin de la Motte » (le logis de la Motte Orson dont il dépendait se trouve sur la commune des Moutiers-sur-le-Lay). Etait-ce dans ce secteur que le camp était établi ? La « masure » dont parle Beaupuy était-elle le château ?

     

    RL

    Avril 2020

    Le camp de Bessay.... 

    Illustration : tour du château de Bessay, photo prise par mes soins il y a environ vingt ans.

    Le camp de Bessay....

     

     

     Notes :  

    (1) SHD B 5/3-23, v. 5 et 6/10, bulletin analytique compris.

    (2) Malgré le fait que j’ai déjà publié sur ce blog, il y a déjà longtemps, une partie de la correspondance du camp de Pont-Charron, je pense y revenir prochainement avec sa localisation et la suite de ce que vous avez déjà pu lire.

    (3) SHD B5/10-3, v. 5/9, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, N° 95, v. 44/129.

    (4) Le cantonnement de Saint-Cyr est connu pour avoir été la cible d’une attaque manquée de Charette le 25 septembre 1795.

    (5) SHD B 5/10-3, v. 7/9, bulletin analytique renvoyant au « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » , en B 5/10-1, 3ème tableau, p. 12, v. 9/26.

    (6) SHD B 5/10-4, v. 6/14, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, N° 101, v. 47/129.

    (7) SHD B 5/10- 5, v. 6/14, bulletin analytique renvoyant au registre déjà cité, v. 48/129.

    (8) SHD B 5/10-6, v. 1/5, bulletin analytique renvoyant toujours au même registre, v. 48/129.

    (9) Ne souhaitant pas un article trop long qui nous éloignerait de notre sujet, je vous invite à consulter la relation de cette victoire vendéenne dans les Mémoires de Lucas de la Championnière, p. 102 et/ou dans Bittard des Portes (à mon avis le meilleur ouvrage sorti à ce jour sur Charette), p. 379 et 380.

    (10) SHD B 5/10-61, v. 4 à 6/9, bulletin analytique compris.

     

     


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