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     Louis-Jacques Derboulier curé de Chartrené,

     

    prêtre réfractaire immigré à Jerzey

     

     

     

     

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....Louis-Jacques Derboulier – Derbouliez est né et a été baptisé le 9 décembre 1740 à Baugé. ''Il est le fils de Maîstre Pierre Derboulliez avocat aux sièges royaux de cette ville et de Damoiselle Marie-Louise Le Breton, le parrain a été Maîstre Jacques René Aubry sieur de la Chevallerie, Conseiller du Roi, Contrôleur au siège du grenier à sel de cette ville de Baugé et marraine, Dame Françoise de la Motte épouse de Maîstre Jean Gaultier bourgeois, tous de cette ville.''

     

     

     

    Louis-Jacques Derboulier est donc né dans une famille de notables. Son grand-père paternel, Augustin Derboulier, est docteur en médecine à Baugé en 1711 et décède à l'âge de 91 ans, le 8 octobre 1752. Son grand-père maternel, Jean Le Breton est praticien (homme de lois). Un des ses frères, François-Jean né et baptisé à Baugé le 7 juillet 1734 est également prêtre et curé réfractaire de Montpollin. Une de ses sœurs, Louise, épouse le premier mars 1756 à Baugé, René Marquet des Roches, officier d'infanterie originaire de la Flèche.

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

      En mai 1781 Louis-Jacques Derboulier est nommé curé de Chartrené. En Janvier 1791 il refuse le serment Constitutionnel et se cache chez son frère François-Jean curé de Montpollin qui refuse également de prêter le serment. Monsieur l'Abbé Derboulier a été vicaire à Genneteil du 7 janvier 1766 au 20 juin 1767, puis vicaire à Beaufort-en-Vallée du 11 décembre 1773 au 22 avril 1781. Nous perdons la trace de ce prêtre à partir du 19 juin 1791. Nous savons qu'il continua à exercer le culte clandestin dans son ancienne paroisse; traqué par les républicains, le syndic du Directoire de Baugé l'invita à cesser ces visites et il disparut. En réalité, Monsieur le curé de Chartrené est mort en émigration; il est décédé le 31 mai 1792 à Jerzey où il s'était réfugié.

     

      La paroisse de Chartrené était du Diocèse d'Angers, grand archidiaconé, archiprêtré de Bourgueil. Elle dépendait de l'Election de Baugé et fit partie en 1788 du district de Baugé.

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

      Le clergé pendant la Révolution : J.J Martin, vicaire de Chenu (Sarthe), fut élu curé Constitutionnel le 9 mai 1791. Il déposa ses lettres de prêtrise le 20 mars 1794 et se retira dans le district de la Flèche. Le curé Concordataire fut Simon-René Voileau, ancien vicaire de Cuon, qui avait également refusé le serment et déjà établi dans la paroisse en 1800.

     

      L'église Saint Maurice a été fondée vers le milieu du VIIe siècle. Cette église était le centre d'un important domaine gallo-romain qui faisait partie des domaines des Comtes d'Anjou. L'église actuelle remonte au XIIe à nef unique, le portail roman est précédé d'un ballet en charpente, La nef est lambrissée, le choeur voûté en berceau avec un autel du XVIIIe, A l'extérieur, on remarque des petites baies romanes et des modillons soutenant le corniche. La base du clocher est romane avec fenêtres d'époque.

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

    D'un charme indéniable, le village de Chartrené est l'un des plus petits d'Anjou. Les lieux ont conservé toute l'atmosphère de cette fin du XVIIIe, Il eût été navrant de ne pas suivre les pas de ce pasteur dans sa paroisse.

     

      Le presbytère et son enclos jouxtent l'église, face à celui-ci, le château des XVe et XVIe a été sauvé d'un délabrement total dans la deuxième moitié du XXe.

     

    Le presbytère et son enclos :

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

     

         Le Château :

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

    Chartrené et l'abbé Derboulier....

     

     

     

    Sources : Archives Départementales de Maine et Loire, tous droits réservés – cadastre 1836 – Archives diocésaines – Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine et Loire – Photos de l'auteur.

     

      Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     


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     René Giroust curé de Fontaine-Guérin

     

     Prêtre réfractaire noyé en Loire dans la nuit du 9 au 10 octobre 1793.

     

     

     

     

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....René Giroust est né le 2 novembre 1721 à Beaufort-en-Vallée et a été baptisé le lendemain à Notre Dame. Il est le fils de Maistre Jacques Giroust avocat et procureur au Siège Royal de cette ville et de Damoiselle Marie Coutureau. Le parrain est Mathurin Garan aussi avocat et procureur au Siège et la marraine est Damoiselle Marie Giroust.

     

     

     

     

     

    Acte de baptême et signature de René Giroust :

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     René Giroust est un arrière petit neveu de Jacques Giroust (1660-1741) Jésuite, prédicateur ordinaire du Roi Louis XIV, confesseur de la Reine et auteur de nombreux ouvrages dont les sermons publiés en 1704 par le père Bretonneau. Un frère, Pierre Giroust des Morelleries, avocat à Beaufort épouse le le 15 juillet 1748 Marie -Anne Le Motheux née le 15 novembre 1720 à Beaufort, fille d'un notaire de Fontaine-Guérin. René est présent et signe : René Giroust vicaire de Fontaine-Guérin.

     

     Il est vicaire de la paroisse de Fontaine-Guérin du 3 janvier 1746 au 12 avril 1754, desservant puis curé de Fontaine-Guérin le 4 juin 1754. Il refuse le serment et reste en fonction jusqu'au 1er juillet 1791. Célestin Port dit qu'il alla alors se réfugier à la Poulloterie en emportant les ornements et pierres d'autels de l'église et fut arrêté en ce lieu en 1793.

     

    Par ailleurs, Uzureau (A-H.192.93) dit qu'il figure sur la liste de l'arrêté du 1er février 1792, qu'il fut incarcéré au Petit Séminaire le 17 juin 1792, transféré à la Rossignolerie le 30 novembre 1792 et délivré par les Vendéens le 18 juin 1793. Quoiqu'il en soit, il fut réincarcéré en septembre 1793 à la Rossignolerie et de là il partit pour Nantes le 29 novembre 1793. Il fut noyé en Loire à la pointe d'Indret, sur les ordres de Carrier, dans la nuit du 9 au 10 décembre 1793 avec 57 autres prêtres.

     

     Quelques mots sur la ''Poulloterie'', aujourd'hui ''la Poulotrie'', lieu de refuge de René Giroust et sur le propriétaire, M. Poullot :

     

    La Poulloterie, autrefois appelée le Grand Bois Guyon ou les Froux, prit son nom de Jean-Baptiste Poullot directeur de la manufacture de Beaufort qui y avait aménagé une maison de maître avec longue avenue rejoignant la route de Fontaine-Guérin à Cuon, Il était le fils de Pierre Poullot admoniateur ( Officier chargé d'affermer les terres d'un domaine) de la ferme de Blinfey appartenant à l'abbaye de Clairvaux et de Anne Diney de Bouzancourt, fille d'un procureur fiscal en la baronnie de Cirey-en-Chatel. Il se maria avec Catherine Chesnon et sept enfants nés à Beaufort entre 1763 et 1776 naîtront de cette union.

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Ce Jean-Baptiste Poullot est directeur de la Manufacture Royale de Beaufort-en-Vallée, né à Beurville (Aube) en 1727. Il est d'abord caissier de la manufacture de toiles à voiles pour la Marine du Roi, dont il deviendra directeur en 1767. En 1764, il avait créé une pépinière de peupliers d'Italie, culture alors nouvelle et introduite en Anjou par Foullon. Il en fournissait par la batellerie toutes les paroisses riveraines de la Loire, de Saumur à Nantes. A sa propriété de la Poulloterie, il avait également implanté une culture de mûriers, Il mourut à Beaufort le 8 messidor an VII. Son portrait et celui de son épouse, d'un excellent peintre sont conservés dans sa descendance.

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     Voici donc les lieux fréquentés par Monsieur le curé Giroust avant la Révolution et l'attitude du clergé lors de cette période :

     

     L'église : La fondation de l'église Saint-Martin-de-Vertou date du XIème siècle. L'édifice est coiffé d'une flèche torse vrillée vers la gauche, contrariant les autres clochers torses du Baugeois vrillés à droite. Il se dit à Fontaine-Guérin, que la forme du clocher est due aux marques laissées par le passage de vents violents, voire même diaboliques. Il se raconte aussi que lors du mariage de sœurs jumelles avec des jumeaux, une malencontreuse inversion dans les couples se serait produite, l'église outrée, s'en serait retournée... La composition de la charpente indique un travail de compagnonnage plus qu'une légende.

     

    La façade a été restaurée en 1691 ; elle présente une porte romane, surmontée d'un mur en appareil réticulé. A l''intérieur de l'église des peintures murales ont disparue en 1848. La voûte lambrissée du XVIe siècle ornée de figures humaines, d'animaux fantastiques et d'arbres portant des armoiries a été ''massacrée''. Un restaurateur, en 1872, remplaça la peinture à la colle par de la peinture à l'huile, anéantissant ainsi l'oeuvre du XVIe.

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Fontaine-Guérin et l'abbé Giroust....

     

    Le château des Fontaines tel qu'on le découvre actuellement date des XVe, XVIIe et XVIIIe siècles. La forteresse primitive détruite pendant la guerre de cent ans était la demeure de sire Hardouin de Fontaine. Ses deux fils, Jean et Guérin ont participé en 1421 à la bataille du Vieil-Baugé, qui s'est soldée par une cuisante défaite des troupes anglaises face à la coalition franco-écossaise. Une statue de Guérin des Fontaines se dresse sur la place du village depuis 1894, mais les faits d'armes lui étant attribués sont le fait de son frère Jean. Dans le bourg on remarque quelques hôtels particuliers du XVIIe siècle.

     

     La Révolution : Fontaine-Guérin fit partie en 1790 du district de Baugé et fut chef-lieu de canton. En l'an III, fut rattaché au canton de Beaufort.

     

     Le clergé : René Giroust refusa le serment et emporta la pierre d'autel et les ornements à l'arrivée du constitutionnel. René-Mathurin Viau, né à Beaufort en 1758, d'abord vicaire à Genneteil, puis à Fontaine-Guérin (1784) refusa le serment, se cacha pendant la Révolution, M . Meilloc l'envoya à Cheffe en 1800. Curé de Fontaine-Guérin en 1802, il se retira comme prêtre habitué à Beaufort, où il mourut en 1814. Jacques Gauné, né en 1752 à Beaufort, vicaire et chapelain à Blou en 1778 prêta le serment, fut élu curé constitutionnel de Fontaine-Guérin. Abdicataire le 24 mars 1794, marié le 25 août à Marie-Reine de la Porte (née à Angers en 1762) il obtint en juillet 1802 la validation de son mariage. Il demeurait à Paris.

     

     La paroisse de Fontaine-Guérin a la particularité de posséder un Saint Guérisseur, il s'agit de Saint Julien. Ce saint a la réputation de guérir la folie.

     

    « Pour être guéri de cette affection, le malade, accompagné de neuf personnes de son sexe, doit être conduit à pied à l'église, où le cortège doit être rendu avant la messe de six heures du matin. Les personnes qui accompagnent le malade doivent conserver, pendant le trajet et la cérémonie, un mutisme entier.

     

    A l'arrivée, les gens du cortège font à l'église une neuvaine au saint. Pour cette neuvaine, chacune des personnes assistant le malade est munie d'une petite bougie allumée, et se livre à des prières jusqu'à l'extinction de la lumière. Le prêtre bénit ensuite une chemise du malade, que l'on donnera à porter à celui-ci

     

    C'est là, semble-t-il, un reste des pratiques qui avaient lieu à Fontaine-Guérin et se passaient avant la Révolution dans la chapelle Saint-Julien, aujourd'hui transformée en maison particulière. Une espèce de salle basse précédait l'édifice, où l'on attachait à un pilier, en vue de l'autel, pendant la cérémonie, les fous qu'on amenait là de loin. »

     

     

     

    Sources : Célestin Port – Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine et Loire – Archives départementales du Maine et Loire, cadastre, tous droits réservés. - Archives diocésaines – Le Folklore du Baugeois de C. Fraysse imprimerie Baugeoise R.Dangin 14 bis, rue de l'Official, Baugé – 1906. Photos de l'auteur.

     

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     

     

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    René-Jean Bourjuge, vicaire de Saint Germain du Guédéniau

     

    Prêtre réfractaire guillotiné à Angers le 16 nivôse de l'an II

     

     

     

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....René-Jean Bourjuge est né à Château-Gontier le 10 novembre 1765, il est le fils de Simon Bourjuge, Maître charpentier et de Renée Rongère, son parrain est Jean Vaillon, Maître menuisier et sa marraine Jeanne Rongère sa tante. Ses parents se sont mariés le 24 septembre 1764 à Château-Gontier. (Acte de naissance et signature de l'Abbé René-Jean Bourjuge vicaire du Guédéniau).

     

    Son attitude est autrement plus courageuse que celle de son curé. En effet, Pierre Gazeau né en 1729 à Cheviré-le-Rouge, vicaire au Guédéniau en 1768, curé en 1770 prête le serment constitutionnel et demeure en fonctions sans jamais interrompre le service du culte (bien qu'il eût livré ses lettres de prêtrise le 22 mars 1794), il mourra en fonction en 1806.

    Après avoir refusé le serment, l'Abbé Bourjuge se réfugie à Angers. Dénoncé, il est arrêté en février 1793. Détenu à la Rossignolerie (aujourd'hui le Lycée), il est délivré par les Vendéens le 18 juin 1793 en même temps que les cent vingt-cinq bons prêtres sexagénaires et infirmes qui y sont détenus depuis un ans.

    Il se réfugie au Nord de la Loire et est de nouveau arrêté à Châteaubriant en décembre 1793. De nouveau emprisonné, il est jugé et guillotiné à Angers, place du Ralliement, le Dimanche 5 janvier 1794 (16 nivôse de l'an II).

    Avant de découvrir la paroisse du Guédéniau et les lieux fréquentés par l'Abbé Bourjuge, nous signalons que la commune du Guédéniau fait partie en 1790 du district de Baugé et du canton de Mouliherne ; en l'an III du canton de Fougeré. L'église Saint Germain remonte en partie du XIIe, elle est à nef unique avec abside en hémicycle, Le Choeur est roman et date du XIIe, la voûte est en cul de four. Le vestibule d'accueil ou narthex a été ajouté au XIXe et est aujourd'hui agrémenté de roses. Un passage à gué est à l'origine du nom de la paroisse, en 1304, VADUM DANIELIS : gué du Seigneur Daniel : Gué-Deniau...

     

    Lorsque l'on entre dans l'église du Guédéniau, c'est une grande harmonie créée par les travaux du XIXe siècle. Selon la coutume, deux petits autels encadrent le Choeur : la Vierge au Sud, au Nord le Sacré-Coeur qui aurait du laisser la place à Saint Germain patron de la paroisse. On retrouve ce Saint Patron au vitrail central entre Saint Thomas d'Aquin et Saint Henry empereur, 1896, œuvres des maîtres verriers angevins FOULONNEAU – CHUTEAU.

     

    Sources : Célestin-Port - Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine et Loire.

    Archives départementales de la Mayenne .

     

    Xavier Paquereau pour Chemins secrets

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

        Le Narthex de l'église et St Germain

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

    Le clocher

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

        Le lavoir

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

     

    Guédéniau, l'abbé Bourjuge....

        Maison du XV° siècle

     

     

     


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    Pierre Rué, vicaire de Saint Germain de Bourgueil

     

    Prêtre réfractaire guillotiné à Poitiers 14 nivôse de l'an II

     

    Sa déclaration au District de Loudun

     

     

     

    Jugement de l'abbé Rué....«  Le dix-neuf frimaire, l'an deuxième de la République française, une et indivisible, a comparu au district de Loudun le citoyen Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre natif de la communauté de La Chapelle-Blanche, district de Langeais, département d'Indre et Loire, fils de Pierre Rué, boulanger et de Louise Morand, de la commune de la Chapelle-Blanche,âgé de trente neuf ans, de la taille de cinq pieds deux pouces, cheveux et sourcils châtains, les yeux bleus, nez aquilin, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et plein, barbe châtaine mêlée de gris. Lequel adit qu'à l'époque de mil sept cent quatre vingt neuf, il étoit vicaire de la paroisse de Saint-Germain de Bourgueil, canton de Bourgueil, district de Langeais, département d'Indre-et-Loire ; que, n'ayant prêté aucun des serments requis par les lois, il s'est retiré depuis le huit may mil sept cent quatre-vingt-onze jusqu'au douze août mil sept cent quatre-vingt-douze dans les districts de Langeais et Chinon, et depuis le douze août dans ce district où il s'est tenu caché jusqu'à ce jour. Qu'ayant appris qu'il existe un décret rendu par la convention nationale les vingt-neuf et trente de vendémiaire qui porte (art 10) que les ci-devant évecques, vicaires, etc..., qui n'auront pas prêté le serment prescrit par l'article 39 du décret du 24 juillet 1790, et réglé par les articles 21 et 38 de celui du 12 du même mois et par l'article 2 de la loi du 29 novembre de la même année, sont déclarés sujet à la déportation, jugés et punis comme tels, et (art 14) que les écclésiastiques mentionnés en l'article.10 qui, cachés en France, n'ont point été embarqués pour la Guianne française, seront tenus, dans la décade de la publication du présent décret, de se rendre auprès de l'administration de leurs départements respectifs qui prendront les mesures nécessaires pour leur arrestation, embarquement et déportation, et désirant obéir à cette loi, il se présente à cet effet à cette administration, dont acte, et a signé, Signé : P. Rué, prêtre.

     

    Demandé au comparant chez qui il a demeuré, chez qui il s'est retiré dans le district de Langeais.

     

    A déclaré qu'il a demeuré chez le citoyen Rué, son père, boulanger, à la Chapelle-Blanche, jusqu'à l'époque du dix-sept février mil sept cent quatre-vingt-douze, qu'à cette époque il se rendit en la commune de Chinon chez l'abbé Micheau, chez lequel il est resté jusqu'au cinq mars mil sept cent quatre-vingt-douze, que de là il se rendit dans la commune de Faye-La-Vineuse, district de Chinon, chez l'abbé Mottet, ex-chanoine dudit lieu, jusqu'au douze août mil sept cent quatre-vingt-douze, époque à laquelle il est venu en ce district.

     

    A lui demandé dans quelles maisons et chez quels citoyens il a demeuré jusqu'à ce jour.

     

    A répondu qu'il ne peut être le dénonciateur de ceux qui ont eu des bontés pour lui.

     

    A lui demandé pourquoi il a préféré de venir en ce district plutôt que de se rendre dans le département d'Indre et loire ou dans celui de la Vienne.

     

    A répondu que c'est qu'il étoit en ce district lors de la publication de la loi des 29 et 30 vendémiaire.

     

    Lecture faite au dit Rué de ses différentes réponses, a déclaré icelles contenir la vérité, ni vouloir ajouter excepté que, lors de la publication du décret du 26 Août relatif à la déportation des prêtres insermentés, il fit demander par un de ses frères, le treize septembre mil sept cent quatre-vingt-douze, à la municipalité de Faye-La-Vineuse, district de Chinon, un passeport pour se rendre au chef-lieu du district et exécuter les dispositions de la loi susdattée. Lequel passeport lui a été refusé, ainsi qu'il le justifie par une lettre sans date qu'à écrite le citoyen Guist, procureur de la commune de Faye, au citoyen Martin, habitant du dit Faye. Laquelle lettre il a représentée, et lui a été remise après avoir été paraphé et nevarietur par le citoyen Canuel et a le dit citoyen Rué signé : P,Rué, prêtre.

     

    Vu les comparutions et déclarations cy-dessus ; considérant que les réponses du dit Rué et de son refus formel à déclarer les personnes chez lesquelles il a été caché depuis le 12 août 1792, on peut en inférer qu'il est rentré sur le territoire de la République après en être sorti, et que par là il se trouverait dans l'application de l'article 5 de la loi du 29 et 30 vendémière, l'administration arrête qu'il sera consigné dans la maison d'arrêt de cette commune, pour être dès demain conduit de brigade en brigade en la maison de justice du tribunal criminel de Poitiers, auquel sera adressé copie du présent, ainsi qu'au département d'Indre et Loire, afin qu'il conoisse les personnes qui ont donné refuge au dit Rué.

     

    A Loudun, le dit jour dix-neuf frimaire, l'an 2 de la République française une et indivisible.

     

    Les administrateurs du district de Loudun. Signé :en la minutte : Canuel, Bertheault, Debreou, Tardiveau et Cabri.

     

    Pour copie conforme : Cavri (sic)

     

    Vu au district de Loudun, le 20 frimaire, l'an II de la République française une et indivisible.

     

    Canuel Ernault

     

    ( sceau du district) Par les citoyens administrateurs :

    Cavri (sic)

     

     

    Avis donné de Loudun, le 20 frimaire an II au président du tribunal criminel de Poitiers que Rué est conduit par des gendarmes dans la maison de justice de ce tribunal où on fera statuer à son égard ce qu'il appartiendra.

     

    (Archives départementales de la Vienne, Tribunal criminel. Liass

     

    Jugement du Tribunal criminel de la Vienne

     

    Sentence de Mort

     

     

    Du 14e jour de nivôse, an second de la République française.

     

    Au nom de la République française une et indivisible.

     

    Le tribunal criminel du département de la Vienne.

     

    Vu le procès-verbal de la déclaration du nommé Rué, en date du dix-neuf frimaire dernier, faite aux administrateurs du district de Loudun, et joint l'interrogatoire du dit Rué, pris sur les dits administrateurs le même jour, en bas duquel est le mandat d'arrêt prononcé contre le dit Rué par les mêmes ;

     

    Vu pareillement la lettre des membres composant la dite administration adressée au citoyen accusateur public du tribunal en date du vingt-quatre frimaire dernier

     

    Attendu qu'il résulte de la déclaration du dit Rué qu'il étoit vicaire de la cy-devant paroisse de Saint-Germain de Bourgueil, canton de Bourgueil, district de Langeais, département d'Indre et Loire, qu'il n'a pas prêté le serment prescrit par l'article trente-neuf du décret du vingt-quatre juillet mil sept cent quatre-vingt-dix et réglé par les articles vingt et un et trente-huit de celui du douze du même mois et par l'article deux de la loi du vingt-cinq novembre de la même année, ni celui de la Liberté et Egalité prescrit par les lois du quatorze août mil sept cent-quatre-vingt-douze et vingt-un avril dernier :

     

    Que, compris dans l'article six du décret des vingt-neuvième et trentième jour du premier mois de l'an second de la République, il ne s'est pas présenté dans la décade de la publication du dit décret à l'administration de son département.

     

    Que, sur le refus qu'il a fait d'énoncer le lieu de sa résidence depuis le douze du mois d'août mil sept cent quatre-vingt-douze jusqu'au dix-neuf frimaire dernier, il est fortement soupçonné d'avoir résidé avec les brigands de la Vendée.

     

    Le tribunal :

     

    Après avoir entendu l'accusateur public dans ses conditions et déclaré que le dit Rué est convaincu d'avoir été sujet à la déportation ;

     

    Ordonne, conformément à l'article cinq de la loi des vingt-neuf et trentième jour du premier mois de l'an second de la République, que Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué, natif de la commune de La Chapelle-Blanche, district de Langeais, département d'Indre et Loire, vicaire de Saint-Germain de Bourgueil des sus dits district et département, sera dans les vingt-quatre-heures livré à l'exécution des jugements criminels et mis à mort (1)

     

    (1) Le nommé Pierre Delourme, journalier, fut condamné avec lui, ce même jour)

     

    Ordonne que, conformément à l'article seize de la même loi, les biens du dit Rué sont et demeurent acqui au profit de la République.

     

    Ordonne enfin que le présent jugement sera exécuté à la diligence de l'accusateur public près le tribunal ; au surplus imprimé au nombre de cent cinquante exemplaires, affiché dans tous les chefs-lieux de district et de canton de ce département.

     

    Fait et prononcé en la salle d'audience publique du tribunal criminel du département de la Vienne par nous Pierre-Jean Planier, président, en présence du citoyen Etienne-Hilaire Morlon, juge au tribunal du district de Poitiers, Pierre-Alexis-Auguste Durand, juge au tribunal du district de Loudun, Alexis-Jean Bigommier, juge au tribunal du district de Poitiers, faisant pour le citoyen Jean-Hilaire Papillault, juge au tribunal du district de Châtellerault, détenu au lit pour cause de maladie grave, les deux premiers juges ci-dessus dénommés juges en ce tribunal pendant le présent trimestre de nivôse, en encore en présence du citoyen Joseph Molet, accusateur public, qui ont soussigné la minute du présent jugement, à Poitiers, le quatorzième jour de nivôse, seconde année de la République française une et indivisible, la première de la mort du tyran, sur l'heure de midi.

     

    (Archives du greffe de la cour d'appel de Poitiers)

     

     

    sources : Les fastes de Bourgueil ses gloires de Georges Coupard – collection dirigée par M. G Micberth – 2008 – Crédit photo – Autel de l'église Saint Germain de Bourgueil -blogue « Gardien du Passé ».

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     

    Eglise Saint-Germain de Bourgueil, gardienne du passé

     

    Jugement de l'abbé Rué....


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  • Pierre Rué, vicaire de Saint Germain de Bourgueil

     

    Prêtre réfractaire guillotiné à Poitiers 14 nivôse de l'an II

     

     

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué est né à la Chapelle Blanche, aujourd'hui la Chapelle sur Loire (Indre et Loire). Il est le fils du sieur Pierre Rué, marchand boulanger et de demoiselle Gabrielle-Louise Morand sa légitime épouse, Il est baptisé le 31 octobre 1754 et a pour parrain le sieur Jean-Louis Morand maître chirurgien, son oncle et pour marraine demoiselle Gallois, sa grand-mère, épouse de sieur Pierre Morand, maître chirurgien.

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    En 1791, il ne prête pas le serment constitutionnel. « Le clergé Angevin s'étant déclaré de façon unanime contre la constitution civile et le serment exigé par la constituante, qui, oublieuse de sa proclamation touchant la liberté de conscience, traita avec rigueur les prêtre fidèles à leur foi et les persécuta. L'abbé Rué est donc réduit à chercher asile dans les familles chrétiennes du pays après la publication de la loi de déportation. Nous aimerions connaître tous les noms de ces nobles familles pour vanter leur mérite, car en dehors des tracas que suscite la crainte, la peine de mort étant de par la loi le châtiment réservé à quiconque abritait un prêtre sous son toit.

    En décembre 1793, les persécuteurs de la Religion font rechercher les prêtres réfractaires avec promesse de récompense (cent francs par tête) pour les dénonciateurs. Craignant toujours non pas pour lui, mais pour les personnes chez qui il résidait, les suites d'une dénonciation, il obéit au décret des 29 et 30 vendémiaire, et se présenta au district de Loudun où il subit un interrogatoire. Décrété d'arrestation, il fut conduit sans retard à Poitiers, où, suivant en cela les procédés expéditifs du Tribunal révolutionnaire de Paris, le Tribunal criminel de Poitiers condamna le prêtre fidèle, coupable d'avoir rempli son ministère, selon sa conscience, à la peine de mort le 14 nivôse de l'an II, sentence qui fut exécutée dans les vingt-quatre heures (3 janvier 1794) ».

     

    Avant de suivre les pas de Monsieur L'abbé Rué vers la ''grotte'' du Moulin de Gravot où il célébra la messe ; nous devons souligner que jusqu'au jour où il quitta la paroisse Saint Germain de Bourgueil, il exerça en secret les fonctions de son ministère. «  Il consacrait et rompait le pain, catéchisait, baptisait, entendait les confessions, bénissait les unions, consolait les mourants et la nuit se rendait bénir les tombes. D'après le témoignage de personnes vénérables pendant la révolution on célébra les Saints Mystères aux Averries dans la maison occupée alors par Mr Amirault-Rigault, au Sablon chez Mr Jean Mary, et dans la maison dite « La paternelle » située dans le bas de Pavée appartenant à Mr Pierre Moisy, tisserand, surnommé ''Trividi'', au lieu-dit la Guerrière et aussi dans une grotte située non loin du Moulin de Gravot où l'on a cru reconnaître la place de l'autel et où comme au temps de la primitive église les chrétiens se rendaient en cachette dans le plus grand silence.

     

    Nous voudrions avoir plus à dire sur ce Martyr de la foi, dont la présence à Bourgueil durant les mauvais jours était pour les fidèles un puissant réconfort et dont le dernier supplice causa dans leurs rangs une profonde émotion.

     

    Disons tout de suite à la louange des habitants de Bourgueil qu'ils étaient peu enthousiastes pour les idées religieuses nouvelles et que le curé constitutionnel avait peu de succès, L'évêque intrus d'Indre et Loire n'en eut pas davantage lorsqu'il vint pour donner la confirmation : on ne voulait pas recevoir ce sacrement des mains d'un évêque schismatique et lui-même se plaignit de la froideur avec laquelle il avait été accueilli, Au point de vue civil, les habitants négligeaient de porter la cocarde et un ordre parut invitant les autorités à réprimer ''ce genre de brigandage''. Il est dit aussi que par force l'on emmenait les gens adorer la déesse raison. Ce genre de culte fondé par Chaumette, enrayé par Robespierre qui était déiste, s'était établi ici vers la mi-novembre 1793 et fut le signal d'une ardente persécution.

     

    L'abbé Rué a laissé un testament d'une piété touchante et on ne peut le lire sans en éprouver quelque émotion, Les dernières paroles de ce digne prêtre, de ce Martyr sont une preuve de l'attachement que Bourgueil avait et continue d'avoir pour ses pasteurs, en même temps que ses suprêmes conseils et ses suprêmes espoirs attestent sa grande affection pour la paroisse de Bourgueil ».

     

    Le testament de M, Pierre-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre, vicaire de Bourgueil

     

    '' Au nom du père, du fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Aujourd'hui, vingt sixième jour d'octobre mil sept cents quatre vingt treize. Craignant d'être surpris par la mort, qui dans ces jours de désolation menace plus particulièrement les prêtres qui persistent à conserver la Foi et la Communion de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, soumis à la juridiction spirituelle de ses Pasteurs légitimes et spécialement de son Chef, vicaire de Notre Seigneur Jésus-Christ en terre ; j'ai résolu de laisser par écrit mes dispositions envers Dieu, mes supérieurs, mes parents, mes amis et mes ennemis.

     

    I. Envers Dieu. Je renouvelle les promesses qu'on a fait pour moi à mon baptême et que j'ai ratifiées bien des fois dans ma vie. Je renouvelle aussi celles que j'ai fait à mon entrée dans la cléricature, de le choisir pour mon héritage et de me dévouer au service de son Eglise ; je le prie instamment de me pardonner toutes les fautes que j'ai commises dans les différents états par lesquels sa providence m'a fait passer ; celles qui pressent le plus ma conscience c'est d'avoir assisté à la fédération du 14 juillet 1790, et d'avoir publié quelques décrets injustes et impies.

    Quoique mes péchés deveraient éloigner de moi toute miséricorde, j'espère néanmoins que Dieu voudra bien avoir pitié de moi et me recevoir dans son saint Paradis, par les mérites de mon Sauveur Jésus-Christ, par l'intercession de sa Bienheureuse Mère, la très Sainte-Vierge Marie, et par celles de mes Saints Patrons et de tous les Saints. Je demande encore à Dieu quelqu'indigne que j'en sois, toutes les grâces dont j'aurai besoin pendant le reste de ma vie, et surtout celle de mourir dans son amour, en scellant de mon sang mon attachement à sa loi, si sa providence daigne mettre ma fidélité à cette épreuve.

     

    II. Envers mes supérieurs écclésiastiques. Je déclare que je veux être jusqu'à mon dernier soupir soumis à leur autorité, reconnaissant dans le Souverain Pontife la primauté d'honneur et de juridiction qui est de droit divin, et que le schisme de nos jour voudrait en vain lui ravir. Je reçois et je respecte tous les Brefs, Bulles et Constitutions qui viennent de lui et dont l'authenticité ne m'est nullement suspecte. Je renouvelle la promesse d'obéissance, de respect à mon Evêque légitime (aujourd'hui M. Couet du Viviers de l'Orris) ; en cas de vacance, au chapitre de sa cathédrale et à ses successeurs légitimes institués.

     

    III. Envers mes parents. Je désire bien sincèrement avoir la consolation d'embrasser mon cher père et ma chère mère, avant de mourir ; quelque pénible que la vie puisse être pour moi , je désire que Dieu me la prolonge jusqu'après leur décès , afin qu'ils n'ayent pas encore le chagrin que leur causeroit ma mort ; c'est bien trop de les avoir tant et si souvent contristés dans le cours de ma vie, surtout mon cher père, à qui je me reproche d'avoir quelquefois parlé durement pour lui représenter des torts que mon orgueil seul me faisait appercevoir en lui ; s'ils ont eu assez de bonté pour me pardonner à l'instant même que je les ai affligés, je me crois encore assez assuré de leur tendresse pour croire que je n'ai pas perdu leur amour ; je les en remercie et les prie de me le conserver. Il y a deux circonstances dans ma vie dont le souvenir ne m'a jamais quitté pour bien longtemps ; la première est une méchanceté noire que je me suis permise envers mon frère Honoré en le frappant bien durement lorsqu'il n'avait guère plus de quatre ou cinq ans. La bonté avec laquelle il me pardonna sur le champ fut un trait bien propre à me faire sentir la noirceur et la honte de mon procédé ; c'est aussi ce qui depuis ce tems là a souvent excité ma confusion et mon repentir. La seconde est d'avoir, par dépit et par vengeance, fait faire à pied une longue route à mon frère Brice à l'âge de quinze ans. Je les prie tous deux de ne se souvenir de ces fautes que pour être sensibles à la peine que j'en ressens, et me les pardonner . Je ne me rappelle rien de semblable à l'égard de mes autres frères et sœurs ; j'ai pu souvent les humilier par des reproches trop durs (surtout à mon frère André) ; je les prie tous de croire que je n'ai jamais été animé que du désir de leur bonheur ; si je me suis trompé dans le choix des moyens, mes motifs ont toujours été purs. Je prie Dieu qu'il leur donne des jours paisibles et qu'il les préserve des malheurs du schisme. Je les invite eux-mêmes à s'en rendre dignes, surtout les deux que j'ai tenu sur les fonts du baptême. L'amour particulier que j'ai toujours eu pour mon cher Joseph n'a jamais porté préjudice aux autres ; je désire qu'il se tienne en garde contre l'entêtement, auquel il me semble qu'il a du penchant, et le prie de ne pas s'offenser de ce petit avis, qui sera le dernier que je lui donne.

     

    IV. Envers mes amis. En commençant cet article, une foule de noms se présente à mon esprit, c'est ici une de mes peines de ne pouvoir les mettre sur le papier, je me refuse ce plaisir pour leur épargner les disgrâces qui pourraient leur arriver si mes sentiments étaient connus. Je désire qu'ils me tiennent compte de ce motif, et qu'ils suppléent eux-mêmes à mon silence forcé. Je remercie bien sincèrement ceux qui ont eu des bontés pour moi, et je prie Dieu de les en récompenser.

     

    Pauvres enfants de Bourgueil, vous surtout qui m'avez donné des marques si touchantes de votre attachement, je ne puis finir sans vous dire un mot ; mon plus grand tourment est d'être séparé de vous ; quelques multipliés que soient les sujets de mes peines, je serois heureux, si je les souffrois au milieu de vous ; quelqu'affreuse que soit la destinée qui m'attend, elle m'effraie moins que les malheurs qui vous menacent ; si vous croyez que j'aie quelques droits à votre amour et à votre reconnaissance, vous y satisferez dans la personne de vos pères et mères ; aimez-les parce que vous le devez, aimez-les encore pour me continuer votre amour, et pour m'acquitter envers eux de toutes les bontés qu'ils ont eues pour moi ; puisse l'esprit en paix, d'union et piété régner toujours parmi vous ! Puisse le schisme ne jamais vous séparer du troupeau de Jésus-Christ ! Puisse toute la paroisse conserver le Foi et en remplir les œuvres ! Voilà mes derniers vœux pour vous, ils seront dans mon cœur à l'instant ou j'expirerai et ils m'accompagneront jusque devant le trône de l'Eternel, si j'ai le bonheur d'y avoir place ; je ne crois pas vous avoir jamais enseigné autre chose que la vérité ; vous pouvez donc en toute confiance vous en tenir aux avis que je vous ai donnés.

     

    Je n'ai pas les mêmes raisons de craindre de nommer ici mon curé et mon confrère ( Monsieur Benoît, curé et Pierre Abellard vicaire, avaient refusé de prêter le serment) ; j'ai pu leur faire quelquefois de la peine, je les prie de me pardonner ; je leur doit ce témoignage que je n'ai jamais éprouvé de disgrâce de leur part si ce n'est celles que je me suis attirées par mon orgueil, ou que des intentions si pures et amicales leur ont persuadé être avantageuses pour moi. Que la providence ne les perde jamais de vue, dans quelques endroits qu'ils soient ! Qu'après leur longue peine, ils retrouvent le repos et le bonheur dont ils sont dignes ! Que leur zèle déjà si grand s'accroisse encore dans la persécution et que les brebis que le Souverain Pasteur leur a confiées en éprouvent les heureux effets ! Je voudrois bien prolonger cet article, il faut me taire ; un plus long détail pourrait nuire à tous ceux qui m'ont accueilli, je désire au moins que tous sachent ma reconnaissance, et qu'ils me sachent gré de ne les pas nommer.

     

    V. Mes ennemis... En ai-je ? Je déclare que je ne conserve de ressentiment contre aucun de ceux qui m'ont nui ou qui m'ont voulu nuire. Je pardonne tous les procédés injustes qu'on s'est permis contre moi. La calomnie ne m'a pas épargné ; je prie Dieu de pardonner à ceux qui l'on inventée comme je leur pardonne moi-même, elle me pousuivera peut-être jusqu'au trépas ; je ne la crains que parce qu'elle pourroit nuire au salut de ceux qui la feroient ou de ceux qu'elle pourroit séduire. Pour obvier à ce malheur, je ne crois point déplacé de rendre compte des motifs qui m'ont empêché de faire le serment civique. L'âme déchirée de douleur à la vue des malheurs de ma Patrie, j'aurois fait tous les sacrifices pour les arrêter ou les diminuer ; c'est dans toute la sincérité de mon cœur que j'en fait la protestation, elle ne ressemble pas à toutes ces flagorneries qui font des dupes à la journée. Si le serment n'eût eu pour objet que des choses temporelles, ou que, dans les objets spirituels, il n'eût point été contraire à la foi, j'aurois fait le sacrifice de mes opinions particulières pour suivre le désir de mes concitoyens ; mais j'ai connu très clairement que le serment n'avait point ces conditions et je me suis vu forcé de le refuser. Je ne me suis jamais un seul instant repenti de ce refus, et j'espère que Dieu me fera la grâce d'y persister jusque sous le couteau des bourreaux ; je la demande instamment et j'invite tous mes amis à la demander pour moi. Si jamais la crainte ou la foiblesse me faisoient agir contre cette résolution, je déclare d'avance que ce changement ne deveroit point ébranler le courage de ceux qui se sont maintenus dans la communion de l'Eglise Catholique ; ils deveroient me plaindre et apprendre par mon exemple à se défier d'eux mêmes, mais j'espère que Dieu me préservera d'un si grand malheur.

     

    Je déplore bien sincèrement la chute d'un grand nombre de chrétiens que le schisme a séparés de nous ; puisse Madame Bonneau, en particulier, apprendre combien la sienne m'a causé de douleur ! Je lui pardonne de tout mon cœur ce qu'elle a dit et fait contre moi ; je pardonne de même à tous ceux qui ont déposé contre moi ; je les plains et je prie Dieu de leur faire miséricorde et de les ramener à l'unité.

     

    Je ne donne rien, parce que je n'ai rien tout ce qui est à ma disposition,ne m'appartient que pour l'usage.

     

    Je prie celui ou celle qui sera porteur de mon présent testament d'en donner connaissance à mes parents et aux habitants de la paroisse de Bourgueil aussitôt qu'il aura appris mon décès ou ma sortie de France pour la déportation en pays étranger. Que le Dieu tout-puissant bénisse la France, qu'il y ramène la paix et la religion ! Que tous les Français oublient leurs divisions ! Qu'ils ne fassent tous qu'une même famille de frères ! Ce sont mes vœux et mes espérances. Je ne suis pas digne de voir de si heureux changements ; mais, si je péris avant qu'ils soient arrivés, je mourerai dans la ferme confiance qu'ils arriveront après mon décès.

     

    Fait au diocèse de P.... le 26e jour d'octobre 1793. (signé) Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre. *

     

    * Le testament olographe de Pierre Rué fut remis entre les mains de membres de sa famille, dans laquelle il resta jusqu'en 1908. Son arrière nièce Mademoiselle Lucie Sirotteau qui habitait la propriété de Monsieur E. Bienvenu, ancien hôtel de la Galère, décédée plus qu'octogénaire, le donna à Monsieur le Curé de Bourgueil ; il est maintenant conservé dans les archives paroissiales ».

     

     

    Sources : Archives Départementales d'Indre et Loire – Les fastes de Bourgueil ses gloires de Georges Coupard. Collection dirigée par M.G Micberth – MONOGRAPHIE DES VILLES ET VILLAGES DE FRANCE – 2008.

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     

    Quelques lieux fréquentés par l'abbé Rué :

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil.... 

     

    Maison ayant appartenu à François Rabelais en face du moulin Gravot. Le Moulin Gravot est invisible de la route et du chemin.

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....


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