• Pouzauges, 1796....

     

    Etat du pays de Pouzauges en 1796…

     

     

    Le texte qui va suivre va vous permettre de constater, s’il en était besoin, combien il est difficile d’arrêter une guerre civile vieille de trois années avec des mesures de pacification édictées par ceux qui l’ont provoquée. On se souvient de la célèbre phrase du député des Deux-Sèvres Louis-Prosper Lofficial, devant la Convention le 8 vendémaire de l’an III (dimanche 19 octobre 1794) (1) :

    « La terreur et l'épouvante précèdent les colonnes révolutionnaires, qui achèvent d'exaspérer les quelques Vendéens restés paisibles, et Charette peut dire, en voyant tous ces volontaires nouveaux accourir sous ses drapeaux : tel jour ma femme est accouchée de quinze mille hommes. »

    Visiblement, l’auteur de la missive qui suit est très modéré vis-à vis de la Vendée et n’hésite pas à faire de la publicité pour Willot, franc-maçon prorévolutionnaire, mais royaliste tout de même (2). C’est toujours compliqué chez les FM et on ne sait pas toujours à quel saint se vouer… J’ai respecté au mieux l’orthographe originale et souligné comme l’auteur l’a souhaité. Je n’ai pas jugé utile de surcharger la lettre avec les entourages à la plume de mots ou de paragraphes.

    Nonobstant, on comprendra aisément que les propos du sieur Leféron sont plein de bon sens, un bon sens que seul le général Bonaparte appliquera, sauf peut-être pour le concordat, mais cela est une autre histoire…

     

     

    RL

    Avril 2018 

     

    Pouzauges, 1796....

     

     « Copie de la lettre du citoyen Leféron chef de la ½ brigade des deux Sêvres,

    ________

     

    Au citoyen Cochon membre du Conseil des anciens au camp de Pouzauges le 1er Pluviose 4e année Républicaine.

    21 janvier 1796

    Citoyen représentant,

    Ajout : extrait d’une lettre adressée au directoire

    L’événement a justifié mes craintes, les chefs de l’armée ditte du centre se jouent encore de leurs promesses, à l’aide d’une paix platrée ils se ménagent les moyens de frapper des coups plus assurés.

    Pour couper le mal dans la recine, le citoyen Hoche a ordonné l’arrestation de tous ces généraux de nouvelle fabrique. Cette mesure me paroit fort sage, je n’envisage pas sous ce point de vue l’incarcération des commissaires de paroisses qui demeureront en charte privée jusqu’à l’époque ou s’opérera une remise complette des armes en attendant la quelle, les troupes vivront aux dépens du pays.

    Ce dernier moyen produira encore les meilleurs éffets pourvû qu’on en fasse point un pernicieu abus ; mais si vous enlevez les commissaires la plupart tirés de la classe précieuse des laboureurs, si vous gardez en otage le petit subdélégué dans lequel l’habitant a établi sa confiance, indiquez moi ceux qui rassembleront les paysans alarmés ?

    Désignez moi ceux qui feront rendre les fusils convoités depuis si longtemps ? Montrez moi ceux qui procureront aux militaires les comestibles qui doivent leur fournir les communes insurgées ? Comment établirez-vous une juste répartition ? Comment obtiendrez vous le contingent affecté à chaque forme ? Il faudra donc nommer de nouveaux commissaires ; mais de bonne foi qui voudra se charger d’un pareil fardeau ? Le fort qui a frappé le prédécesseur n’effrayera-t-il pas le futur titulaire ?

    Inéxorable envers les chefs j’aurois voulu épargner l’intéressant agriculuteur fatigué, obsédé de la guerre. Pour presser le désarmement, qui est à coup sûr indispensable j’aurois fait vivre les troupes aux dépens du pays. Mais enlever les commissaires est une folie caractérisée, c’est rendre inéxecutables nos demandes malgré qu’elle reposent sur la justice.

    Trompés par quelques intriguans qui veullent à tout prix ralumer les flambeaux mal éteints d’une guerre intestine, le Directoire exécutif vient d’ordonner l’enlèvement des grains et des bestiaux ! Les mangeurs d’hommes Huchet, le bruleur Grignon seroient-ils encore écoutés ? Auroient-ils en lettres de sang tracé cet ordre barbare ? Il n’est plus à en douter, on veut perpétuer nos malheurs… La paix est un fléeau pour cette engeance scélérate.

    La guerre étoit terminée lorsque Grignon la torche à la main incendie cet infortuné paÿs, fit égorger indistinctement et les royalistes et les républicains ; saisissant àlors l’arme terrible du désespoir le cultivateur, pour préserver ses jours, alla grossir la bande de Charrette.

    Sous le commandement de Villot la guerre étoit terminée puisque quatre hommes pouvoient avec sécurité parcourir le paÿs insurgé, puisque le paysans satisfait d’avoir obtenu la paix fournissoit avec empressement aux besoins de nos frères et signaloit les coquins dont il fallait purger la contrée. Quels moyens devoient donc employer les ambitions qui ne comptent pour rien les malheurs publics pourvû qu’ils servent leurs perfides projets ? Il falloit réduire au désespoir le misérable agriculteur, en exigeant l’impossible, il falloit le contraindre à abandonner sa chaumière et chercher un azile parmi les cohortes des chouans, où les débris de la horde vendéenne. (3)

    Ce plan est suivi par le successeur de Villot, il exige l’impossible en réclamant un bon fusil par chaque homme en état de porter les armes…. pourqu’on fournit ce contingent il faudroit supposer que tous habitans étoient bien armés, il faudroit supposer que, depuis peu, ils auroient acheté de nouveaux fusils, car il est notoire que lors du 1er enlèvement de bestiaux, il avoient remis quelques armes, tandis que d’un autre côté, il est constant qu’une foule d’habitans n’en ont jamais possédé. Il réduira au désespoir le malheureux laboureur en lui enlevant ses grains et ses bestiaux. Plongé dans la plus affreuse misère, il se rangera pour s’y soustraire parmi nos plus cruels ennemis.

    L’intrigue de certains individus pétris d’orgueil, dévorés d’ambition a écarté le brave Villot ; on a rassasié de dégoût les amis de l’ordre et de la discipline, on voit d’un mauvais œil les vainqeurs des Pyrénées, on trouve ridicule que des chefs permettent d’hazarder quelques réflexions dictées par l’amour du bien public, on veut enfin commander en despote, on veut pêcher dans l’eau trouble. Prévenez, citoyen représentant. Prévenez les maux qui sont prêts à fondre sur nos têtes. Je vous ai dit la vérité, toute la vérité, tirez-en un parti avantageux.

    Je suis &c.    Leféron.

    P.S. Si l’on s’obstine à nous garder dans les parages, ne pouvant prêter les mains aux iniquités qui se commettent et se commettront encore, ne pouvant favoriser le pillage qui infailliblement résultera des mesures qu’on adopte, indiquez-moi la marche à prendre pour obtenir ma démission, aux offres de servir comme volontaire dans une autre armée.

    Pour copie conforme

    Charles Leféron »

     

     

    Notes :

    (1)  Ma femme a publié cette documentation ici.

    (2)  Archives de Vincennes, SHD, B 5/34-44.

    (3)  Rappelons que le débat fait toujours rage pour les débutants, sur les notions de « Vendéens » ou de « Chouans ». On sait que les Vendéens opéraient une guerre organisée au Sud de la Loire et que les Chouans jouaient des coups de mains, quelquefois très efficaces et beaucoup plus longs dans le temps, au Nord de celle-ci, en Bretagne, dans le Maine et en Normandie. Pour qui est habitué des archives, ces distinctions s’effacent pour l’année 1799, où l’ensemble des insurgés sont appelés « Chouans ». J’ai pu constater de par de nombreuses sources originales, que les Vendéens sont nommés de la même manière que leurs frères d’armes de l’autre rive du grand fleuve dès 1795. Autant le débat pédagogique est nécessaire, autant il n’a pas lieu d’être pour ceux qui sont habitués à la consultation des sources.

      


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