• Pillage et meurtre à Adilly....

                                    

    Pillage et assassinat à la ''Billoire'' commune d'Adilly,

    (Deux-Sèvres)

    le neuf Thermidor an II  - le Dimanche 27 juillet 1794

     

     

    C'est le jour où prend fin la dictature de Maximilien de Robespierre, c'est la fin de la Terreur, mais pas pour tout le monde..... La République exsangue cherche l'apaisement et commence à réprimer les excès de la troupe sur le territoire de la Vendée Militaire.

    Certains militaires ont beaucoup de mal à ''rentrer dans le rang'' et ne peuvent se débarrasser de leurs mauvaises habitudes de pillages, vols, tueries, etc... Dans l'affaire qui va suivre nous pourrons imaginer ce qu'était le climat en Vendée lorsque le pays était couvert de troupes avides de pillages, de vols, de viols, d'incendies et de destructions au début de 1794 avec les Colonnes Infernales.... Dans le cas présent, il s'agit juste d'un petit détachement de Chasseurs à Cheval regagnant le camp de Chiché en toute tranquillité, qui soudain, sous l'impulsion d'un officier véreux, décide de piller un moulin puis d'attaquer, de tuer et de voler des gens sans défense à la métairie de la ''Billoire'' commune d'Adilly dans les Deux Sèvres. Cet officier sera déclaré ''excusable'' lors du jugement...

     

    Voici l'extrait des registres du Greffe du Tribunal Militaire provisoire près l'Armée de l'Ouest :

    « Au nom du peuple français, le Tribunal militaire provisoire près l'armée de l'Ouest a rendu le jugement suivant :

    Vu par le Tribunal, l'acte d'accusation dressé par la Citoyen Pierre Galland Officier de Police de Sûreté Juge militaire de l'Armée de l'Ouest en date du 3 de ce mois contre Albert Villers capitaine au régiment des chasseurs à cheval de la Montagne en station au camp de Chiché, et les nommés Joriat, Mazuer et Belin chasseurs à cheval au même régiment ; prévenus soit comme auteurs principaux, soit comme complices ; d'avoir attenté à la sûreté et à la liberté des citoyens avec menaces, violences, vols, pillages, voies de fait et assassinat lors que le neuf ou dix Thermidor dernier ; le dit capitaine Villers se trouvant à Parthenay, lesdits Joriat, Mazuer et Belin, Joubert et plusieurs autres de leurs camarades entendus et dénommés comme témoins dans la dite procédure, revenant du dépôt de Maixent pour se rendre au dit camp de Chiché, se rangèrent sous le commandement du dit capitaine à Parthenay sans d'autres ordres que de ce dernier , qui lui même n'en avait reçu aucun pour cela ». (Ce qui sous-entend, qu'habituellement les officiers recevaient des ordres de leurs généraux pour tuer, voler etc ; qui eux mêmes recevaient les ordres de la Convention, c'est à dire du Gouvernement : ''les petits bouts de papiers'' découverts par Monsieur Reynald Sécher)

    On sent bien là que le commandement se décharge de toute responsabilité sur le Capitaine et n'assume pas...

      «  que là, il leur ordonna de l'attendre pour partir ensemble à cinq heures du soir ; qu'avant de partir il leur distribua une bouteille d'eau de vie ; qu'au lieu de suivre directement le chemin de Chiché et de se rendre au camp ils s'en détournèrent à gauche (la préméditation de l'officier est flagrante, il a pour objectif d'effectuer un mauvais coup) pour tuer et piller d'abord dans un moulin, ce que le capitaine Villers appeloit faire des ''onguents'' ; qu'il dit pour cela à son prétendu détachement ; ''qui m'aime me suive'' qu'arrivant à un hameau il fit prendre par les Chasseurs de sa compagnie une jument rouge avec son poulain, qu'avant d'entrer dans une grande ferme le dit capitaine Villers, comme pour donner le signal du meurtre et du pillage, tira le premier un coup de carabine, les dits Joriat et Mazuer y entrèrent les premiers y commirent mille horreurs, poursuivirent des malheureuses femmes et filles les chargèrent et coururent sus comme sus des ennemis hors la loi ; une des ces femmes fut assassinée par le dit Joriat, qui lui arracha ses bagues des doigts après l'avoir tuée, Mazuer participoit aussi à ses horreurs ; ils furent trouvés ensemble par le dit Villers et leurs autres camarades, à fouiller partout cette malheureuse victime de leur scélératesse ; Villers y applaudissant descendit de cheval, il entra dans la maison, monta au grenier, d'où descendant il se laissa tomber dans l'escalier, il ordonna aux Chasseurs d'entrer, de fouiller comme lui dans cette ferme, et malgré les représentations de quelques uns d'entr'eux qu'ils voulaient se rendre au camp, il leur ordonna encore de le suivre partout en leur disant de ne point avoir peur et qu'ils ne risquaient rien ».

    signé : Loizillon Capitaine, Pérard, Saviton, J. Bonfils aîné et Galland Officier de Police Militaire , ensemble la déclaration du Juré de Jugement portant :

    Que Albert Villers est convaincu d'avoir contribué indirectement à l'assassinat commis le neuf Thermidor à la métairie de la ''Billoire'' commune d'Adilly sur la personne d'une femme, mais qu'il est excusable.

     Que Joriat est convaincu d'avoir commis le dit assassinat et qu'il n'est pas excusable.

    Que Mazuer et Belin ne sont pas convaincus d'avoir commis le dit assassinat.

    Que Belin absent est convaincu d'être rentré ledit jour neuf thermidor sabre et pistolet en main chés les nommés Branchu et la veuve Blais et de les avoir forcé à lui donner les assignats qu'ils pouvaient avoir et qu'il n'est pas excusable.

    Le tribunal vu l'accusateur militaire condamne Joriat à la peine de mort, conformément à l'article dix huit de la section trois de la loi du douze may de l'année dernière dont-il à fait lecture et qui est ainsi conçu :

    ''Tout militaire ou tout autre individu de l'armée qui sera convaincu d'avoir attenté en quelque lieu que ce soit, à la sûreté ou à la liberté des citoyens ; sera puni de six mois de prison ; s'il y a eu vol ou voie de fait, la peine sera de deux année de fer, et en cas d'assassinat, il sera puni de mort''.

    Condamne Belin à la peine de deux années de fer conformément à l'article dix huit de la même loi ci-dessus référé dont il a aussi été donné lecture comme dit est, sauf à recommencer une nouvelle instruction de procédure en cas  que ledit Belin soit de nouveau capturé.

    Condamne Albert Villers à un mois de prison par forme de discipline 

    militaire conformément à l'article quinze dudit tx  de la loi cidessus référée dont-il a été fait lecture et ainsi conçû ; et le Juré déclare que l'accusé est excusable, le tribunal a prononcé la peine de discipline résultante du procès porté devant lui.

    Déclare Mazuer acquité de l'accusation contre lui portée ordonne qu'il sera sur le champ mis en liberté. Le tribunal ouï de nouveau l'accusateur militaire qui a requis qu'il soit sursis à l'exécution du jugement dudit Joriat jusqu'à ce que le tribunal ait reçû réponse de la lettre écrite à l'accusateur militaire du second arrondissement de l'armée de l'ouest, le tribunal y faisant droit et surcis à l'exécution du jugement dudit Joriat jusqu'à ce que le tribunal it reçû réponse de la lettre écrite à la commission du mouvement des armées en date du vingt de ce mois.

    Fait et prononcé par nous Michel Jean Chauvin Président, Pierre Palustre, Pierre Guignet, Luctière, juges en l'auditoire du tribunal criminel lieu désigné, pour le tribunal militaire à Niort le 23 Fructidor an

    second de la République Françoise Une et Indivisible ».

    Signé au registre :Chauvin,Palustre,Guignet, Luctière, Allonneau et Bereaud Greffier soussigné ».

               

    Pour copie conforme à l'original signé Bereaud.

     

    Quant aux peines prononcées, chacun est libre de se faire sa propre opinion comme on dit...

    Il aurait été souhaitable d'immortaliser le nom de la femme assassinée et dépouillée à la ''Billoire'' par le Chasseur à Cheval Joriat, mais les registres des décès de 1794 sont absents et les recherches plus ''fines'' n'ont rien apporté. Par contre, nous savons que René Cousin et Catherine Cousin, frère et sœur, fermiers du logis de la ''Billouère'' sont parrain et marraine de René Gendron Journalier, le 2 janvier 1792. Que le 9 novembre 1792 est né au logis de la ''Billouère'' : ''Jeanne Cousin, fille de François Cousin demeurant au logis de la ''Billouère'' et de Catherine Morteau ; parrain, Pierre Russeil cousin germain et marraine Catherine Cousin, tante de la baptisée''. Que le 11 germinal de l'an VIII (31 mars 1799) François Renaudeau, métayer à la ''Billoire'' âgé de trente ans et Catherine Cousin son épouse âgée de 27 ans sont présents à la naissance de François Merle (p23-archives de la commune d'Adilly).  François Renaudeau est décédé à la ''Billoire''le 27 juin 1820 à l'âge de 56 ans et Catherine Cousin, le 9 avril 1817 à Adilly ; ce sont les seuls témoins de cette sinistre affaire.

     

     Nous pourrions nous étonner, en guise de conclusion, que les ''donneurs d'ordres'' (ici le Capitaine Villers) sont souvent excusables en République et que l'exemple vient de haut. L'exemple parfait c'est Turreau et ses Colonnes Infernales. Le 19 janvier 1794 il présente à la Convention un plan d'extermination des Vendéens, il  est donc responsable de la mort des 160 000 personnes tuées en quatre mois. L'auteur de ce plan criminel a été ambassadeur sous l'Empire, Grand Officier de la Légion d'Honneur en 1804, apparaît sur la liste des bénéficiaires de la Croix de Saint-Louis sous Louis XVIII et le comble, son nom est gravé sous l'Arc de Triomphe de l' Etoile...

     

    Maintenant dans cette affaire, un problème se pose au sujet de l'itinéraire : quel itinéraire a suivi le détachement de Chasseurs à Cheval en ce Dimanche 27 juillet 1794 ?

      Deux itinéraires sont possibles et vous sont proposés, parce que sur ces itinéraires se trouvent des moulins :

     

    L'itinéraire n°1Arrivés au ''Pont Bonneau'', aujourd'hui le (D19), le  chemin de Saint-Germain à Parthenay, les cavaliers empruntent cette voie et rencontrent à droite, sur une hauteur, le moulin à vent ''d'Adilly'' qu'ils pillent, visible du chemin dans un virage avant une légère descente. Ce moulin existe encore aujourd'hui mais est ruiné. Ils poursuivent cette route en laissant le carrefour Adilly à gauche (1km) et Lageon à droite (7km) et chevauchent jusqu'au carrefour qui mène au hameau de ''Tramblaye'' (aujourd'hui ''le Tremblay''situé sur la droite) mais ce hameau n'est pas visible du chemin. Il remontent jusqu'au hameau, volent la jument rouge et son poulain, et c'est peut-être là qu'ils volent le citoyen Branchu et la veuve Blais et les ''soulagent'' de leur assignats... Ensuite, ils redescendent sur le (D19) et poursuivent jusqu'à la ''Billouère'' située sur leur droite, où ils pillent et assassinent.

    L'itinéraire N° 1 marqué en bleu sur l'IGN et le cadastre de 1834 :

    Le moulin d'Adilly, dit des "Quatre-Vents" aujourd'hui :

     

    Le Tremblay :

     

    La Billoire ou "Billouère", lieu du meurtre :

     

     

    L'itinéraire n°2Arrivés au ''Pont Sunay'',  ils suivent le chemin de la ''Grande Chintre'' ou chemin de Bressuire à Parthenay, ils rencontrent également sur leur droite un moulin à vent situé dans une pièce appelée ''Le Champ du Bois'', qu'ils pillent. Ce moulin n'existe plus aujourd'hui. Puis le détachement de cavaliers arrive au carrefour du hameau de ''la ''Tramblaye'' visible du chemin sur leur droite ; à gauche ce chemin rejoint le (D19).

    L'itinéraire N° 2 marqué en rouge sur l'IGN et le cadastre de 1834. Le second moulin est marqué d'une croix.

     

    Les deux itinéraires sont pratiquement parallèles. Pour ma part, je retiendrais l'itinéraire numéro 2  en raison de la visibilité du village du ''Tramblay'' par les cavaliers, ce qui n'est pas le cas à partir du (D19). Mais un gros doute subsiste quant au moulin pillé, car juste avant d'arriver au ''Pont de Sunay'' existe aussi un moulin à vent situé sur la droite dans une pièce appelée le ''Grand Champ du Moulin'' (aujourd'hui disparu)...... et plus haut sur la droite, à la bonde de l'étang de ''Sunay'', un moulin à eau.  Je laisse donc votre imagination faire le reste...

     

    Sources : Archives Départementales de la Vendée – SHD B1/329.8-9 septembre 1794- Archives Départementales des Deux-Sèvres, commune  d'Adilly.  – Crédit photos sur place : Angélique B. 

     

    Xavier Paquereau pour Chemins secrets

     

     


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