• Pierre Magne, soldat républicain....

     

    Un jugement d’une grande clémence... 

     

     

     

    Pierre Magne, soldat républicain....Pierre Magne-Magnes additionne à lui seul, les qualités du soldat républicain des Colonnes Infernales : assassin, voleur, violeur, déserteur avec tentative d’assassinat envers ses supérieurs et il en applique les méthodes dès l’année 1793, un précurseur en quelque sorte.

    Un cas parmi tant d’autres, car ce sont tous les hommes des Colonnes Infernales qui auraient dû être condamnés.

    Vous constaterez la mansuétude avec laquelle la justice militaire va expédier cette affaire, seulement quatre années de fers pour l’assassinat d’un couple, et d’un habitant sortant de chez lui, le vol d’une montre, le viol d’une femme, une désertion avec violences envers ses supérieurs…

    Que vous soyez républicains ou royalistes, la justice de la République maçonnique sera blanche ou noire. Les dérives et les errements des jugements sont encore plus criants avec les démocrates de compétition, que sous l’ancien Régime.Voici la copie de ce jugement à Nantes le 21 Messidor an 3 de la République (9 juillet 1795).

     

    « Jugement rendu par le Tribunal-Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’Armée de l’Ouest ; qui sur la déclaration du Juré, condamne le nommé Pierre Magne, Volontaire au deuxième Bataillon du 109e. Régiment d’Infanterie à la peine de quatre années de fers. 

    AU NOM DE LA LOI . Nantes le 21 Messidor, troisième année Républicaine.

     

    Le Substitut de l’accusateur du Tribunal-Criminel Militaire du second arrondissement de l’Armée de l’Ouest ; 

    Aux Citoyens juges et Jurés composant ledit Tribunal.  

     

    CITOYENS, 

     

    Le nommé Pierre Magne fusilier au 109e Régiment, présent devant vous, est un de ces hommes qui ont souillé leurs mains de tous les forfaits. 

    Assassinats, meurtre, viol, vol sont les crimes pour lesquels il a été décrété d’accusation et traduit devant vous. 

    L’exposé de sa conduite affligera vos âmes et vous fera frémir d’horreur. 

       

    Magne le 17 octobre 1793 (vieux style), faisant route de Montaigu à Mortagne avec quelques hommes de son régiment, rencontra un homme et une femme qui conduisoient du vin : semblable à ces monstres qui ont causé tant de ravages dans le malheureux pays de la Vendée il sacrifia ces deux habitants des campagnes à sa fureur sanguinaire ; après avoir commis ce crime horrible , il eut la barbare et révoltante de placer ces deux victimes de sa rage dans la posture la plus indécente.  

    Dans la nuit du 18 au 19 du même mois et de la même année, Magne marchant avec son régiment, profite d’un moment  de halte pour s’échapper dans la campagne. Il viola l’asile d’une femme infortunée, la maltraita impitoyablement, lui vola sa montre, et malgré les cris de cette nouvelle victime de sa férocité, il satisfit une passion honteuse et brutale.  

    Quelques temps après, Magne semblable à un tigre altéré de sang et qui ravage tout sur son passage, assassina un autre habitant des campagnes qui sortoit de sa demeure. 

    Tant de crimes portèrent sans doute les remords et la terreur dans l’ame de Magne, il s’apperçut qu’il alloit être dénoncé, et il déserta de son Régiment. 

    Effectivement, peu de temps après, le citoyen Delaunay, l’un de ses supérieurs, le dénonça et le fit traduire devant à un Tribunal militaire qui siégeoit au Château. Ce Tribunal sans doute voulant acquérir toutes les preuves des forfaits énormes commis par Magne, tarda de le mettre en jugement ; pendant ce temps Magne trouva le temps de s’évader de sa prison. Des ordres furent donnés pour que Magne fut arrêté par-tout où on le trouveroit. 

    Le 20 Brumaire an deuxième (10 novembre 1793) le Quartier-Maître et trois sergents-majors qu’il reconnu très bien, le rencontrèrent sur la route de Nantes à Ancenis ; et en vertu des ordres qui leur avoient été donnés, ils se mirent en devoir de l’arrêter. Magne en cette occasion donna des marques de la rébellion la plus complète ; non seulement il se refusa d’obéir aux ordres qui lui furent intimés par ses supérieurs, non seulement il les menaça, mais encore il tira sur eux un coup de pistolet qui heureusement n’atteignit personne : fâché sans doute de n’avoir pu ainsi échapper aux poursuites de ses Officiers, il essaya d’en tirer un deuxième ; mais il fut désarmé aussitôt et reconduit en prison de nouveau. 

    Depuis lors, Magne a été interrogé plusieurs fois, l’impossibilité d’appeler les témoins a été cause qu’il n’a pu être mis en jugement plutôt. 

    Une série de questions leur a été adressée, et à laquelle la plupart d’entre-eux ont répondu conformément à la loi du 18 Prairial an deuxième, dont la lecture va vous être faite. 

    J’accuse en conséquence des faits que je vous ai rapportés plus haut, Pierre Magne, soldat au 109e Régiment d’assassinats, de viol, de vol, de désertion dans l’intérieur de la République ; je l’accuse en outre de rébellion envers ses supérieurs, de menaces et voies de fait envers eux, et je requiers qu’il soit jugé conformément aux loix, signé AUDE. 

     

    Vue la déclaration au juri portant qu’il y a lieu à accusation contre le nommé Pierre Magne âgé d’environ 25 ans, laboureur, natif de Canet département de l’Hérault , et actuellement volontaire au 2e bataillon du 109e Régiment d’infanterie ; 

    Vu aussi l’acte d’accusation dressé par le citoyen Aude Substitut de l’Accusateur Militaire, duquel il résulte que le dit Magne est accusé : 

    1° d’avoir, le 17 octobre 1793 (vieux style), faisant route de Montaigu à Mortagne, dans la Vendée, avec quelques volontaires de son Bataillon, assassiné un homme et une femme conduisant une voiture chargée de vin ; 

    2° d’être dans la nuit du 18 au 19 du même mois et de la même année, entré chez une citoyenne demeurant à une lieu et demie de Beaupréau, de lui avoir pris sa montre, et de l’avoir ensuite violée ; 

    3° d’avoir, quelque temps après, assassiné sur la route de  Beaupréau à Saint-Florent  un citoyen paisible sortant de sa demeure ; 

    4° d’avoir en outre, se doutant sûrement bien, qu’il alloit être dénoncé pour tous les crimes qu’il avoit commis, déserté du 109e Régiment d’infanterie pour entrer  dans le corps des Chasseurs de Cassel ; 

    5° d’avoir donné enfin, le vingt Brumaire an deuxième, les marques de la rébellion la plus complète, en tirant près les barrières de cette commune un coup de pistolet sur les citoyens Hubert, Reignier, Hellé et Thiéry, Sergents-Major de son bataillon, chargés de l’arrêter ; après avoir fait donner lecture aux jurés de la loi  du 18 Prairial dernier, des questions adressées aux témoins, des réponses à elles faites par l’accusé, tant sur les questions que sur les réponses ; lui avoir fait subir un nouvel interrogatoire ; avoir entendu le Substitut de l’Accusateur Militaire, l’accusé ainsi que son Conseil  dans ses moyens de défenses, et les deux déclarations du juré portant :

    La première : «  la déclaration du juré est qu’il peut procéder à la délibération  sur l’affaire de Pierre Magne d’après les dépositions écrites des témoins dont il a entendu lecture, et qu’il regarde comme inutile de les entendre oralement. 

      Nantes, le 21 Messidor, troisième année républicaine. 

     

                                    Signé Guillet, Chef du Juré. » 

     

    La deuxième : « Qu’il est constant, que le 17 octobre 1793 (vieux style), il a été assassiné par un Volontaire sur la route de Montaigu à Mortagne, un homme et une femme conduisant une charrette ; mais qu’il n’est pas constant que Pierre Magne, Volontaire au 109e, soit l’auteur de cet assassinat. » 

    « Qu’il est constant que, le 19 du même mois, ledit Pierre Magne est entré chez une citoyenne demeurant à une lieu et demie de Beaupréau et qu’il lui a volé sa montre. » 

    « Qu’il est constant qu’il lui a levé sa jupe, mais qu’il n’est pas constant qu’il l’ai violée. » 

    « Qu’il est constant que, peu de jours après, il a été tué un paysan d’un coup de fusil, au moment où ce particulier sortoit de chez lui, mais qu’il n’est pas constant que ce soit ledit Pierre Magne qui ait commis ce délit. » 

    « Qu’il est constant qu’il a quitté son Régiment, mais qu’il n’est pas constant qu’il a eu l’intention de déserter. »  

    « Qu’il est constant que, le 20 Brumaire an deuxième, ledit Magne, se trouvant sur la route de Paris près les barrières, s’est révolté contre les citoyens Hubert, Regnier, Hellé et Thièry, Sergents du 109e chargés de l’arrêter, et qu’il a tiré contre eux un pistolet. » 

    « Qu’il est constant qu’il est l’auteur du vol de la montre d’une citoyenne, à une lieu et demie de Beaupréau, qu’il lui a levé ses jupes, qu’il s’est révolté contre les citoyens Hubert, Regnier, Hellé et Thièry, sergents du 109e Régiment, et qu’il a commis ces délits avec des intentions criminelles. » 

    « Qu’il n’est pas excusable. » 

     

    Nantes, le 21 Messidor, troisième année républicaine. 

     

                                                                     

    Signé Guillet Chef du Juré » 

     

    « Le Tribunal, après avoir entendu le Substitut de l’Accusateur Militaire, pour l’application des articles XVIII, section III du vol, du code pénal militaire du 12 mai 1793 (vieux style) ; Ier et II de la IV section du titre premier des délits particuliers contre le respect et l’obéissance dus à la loi et à l’autorité des pouvoirs constitués, pour la faire exécuter, du décret du 16 septembre 1791 (vieux style), ainsi conçus : 

    Article XVIII. « Tout militaire ou tout autre individu de l’armée, qui sera convaincu d’avoir attenté an quelque lieu que ce soit à la sûreté ou à la liberté des citoyens, sera puni de six mois de prison ; et s’il y a vol ou voie de fait, la peine sera de deux ans de fers, et en cas d’assassinat il sera puni de mort. » 

    Article I « Lorsqu’un ou plusieurs agents préposé, soit à l’exécution d’une loi, soit à la perception d’une contribution légalement établie, soit à l’exécution d’un jugement, mandat, d’une ordonnance de justice ou de police, lorsque tout dépositaire quelconque de la force publique agissant légalement dans l’ordre de ses fonctions aura prononcé cette formule : obéissance à la loi. 

    Quiconque opposera des violences et voie de fait sera coupable du crime d’offense à la loi, et sera puni de deux années de détention. » 

    Article II. « Si ladite résistance est opposée avec armes, la peine sera de quatre années de fers. » 

    Faisant droit aux conclusions dudit Substitut de l’Accusateur Militaire, et considérant que Magne, lors du fait de rébellion dont il est convaincu, ne comptoit plus à son corps, et que les militaires qui l’ont arrêté ne pouvoient être considérés que comme des agents chargés au nom de la loi, de son arrestation, et non comme ses supérieurs ; et en conséquence de l’article XVIII titre XIII du jugement, et de l’exécution du décret du 3 Pluviose l’an deuxième, ainsi conçu : 

     

    « Dans les cas non prévus par les loix pénales militaires, les Tribunaux criminels et de police Correctionnelle Militaire appliqueront les peines énoncées dans les loix pénales ordinaires, lorsque ce délit s’y trouvera classé. » 

    Condamne, conformément aux articles ci-dessus relatés, Pierre Magne Volontaire au deuxième bataillon du cent neuvième Régiment d’Infanterie, à la peine de quatre années de fers, ordonne qu’il sera de suite transféré en la prison du Bouffai de cette ville. 

    Ordonne en outre qu’à la diligence du Substitut de l’Accusateur Militaire le présent Jugement sera imprimé en deux cents exemplaires, affiché par tout ou besoin sera, et envoyé au Conseil d’administration du corps du condamné. » 

     

    Fait en l’audience publique, les mois jour et an que dessus, où présidoit Papin ; présent Aude, Substitut de l’Accusateur Militaire, qui ont signé, ainsi signé au registre : Papin, Aude et Berthet, Greffier. 

    Pour copie conforme au registre : Berthet Greffier. » 

     

    Pierre Magne, soldat républicain....

     

    Pierre Magnes est peut-être le fils de Jacques Magnes, laboureur, et de Marguerite Bouisson, mariés à Canet dans l’Hérault, le 28 avril 1761.

    Il serait né le 24 septembre 1772 à Canet. En 1795 on nous dit qu’il est laboureur et âgé d’environ 25 ans (en réalité : 23 ans.)

    Pierre Magne, soldat républicain....

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés. - Commissions et Tribunaux Militaires class B1/338 – Commissions Militaires de Nantes et Ancenis (sept 1794-déc 1795) class SHD B1/338/9 

    . Archives départementales de l’Hérault tous droits réservés – acte de Baptême de Pierre Magnes, année 1772 paroisse de Canet - vue n°7/136. 

    . Généanet – famille Magnes- arbre de Didier Castanié. 

    . Photo : Les Colonnes Infernales de : Vendée Novopress-Info. 

     

                                                                   

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


  • Commentaires

    1
    Ld49
    Dimanche 14 Juin à 10:17
    La republique etait tendre avec ses soldats
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