• Perrine Dugué....

                                                            

    Perrine Dugué, victime des Chouans ou d'un hussard ? 

     

     

     

     


    Perrine Dugué....Un nouvel éclairage nous est apporté sur cette affaire par Monsieur Chanteloup, instituteur à Thorigné-en-Charnie dans les monographies des communes de la Mayenne en 1899.

      En effet, il existe deux versions des faits : une version politique dans laquelle Perrine Dugué aurait été sabrée par des chouans ayant trouvé dans ses chaussures des correspondances républicaines et une version plus sordide dans laquelle un hussard républicain aurait voulu abuser d'elle et devant sa résistance l'aurait tuée et fait piétiner par son cheval.

     

    « Née à Thorigné-en-Charnie le 10 avril 1777 d'une humble famille de cultivateurs, Perrine Dugué fut assassinée le 22 mars 1796, dans des circonstances restées mystérieuses, au milieu des troubles de la chouannerie Mancelle.

     

    Les Dugué, ses parents, partisans acharnés des idées révolutionnaires, passaient pour avoir commis sur les Vendéens fugitifs, lors de la déroute du Mans, les plus odieuses cruautés. Malgré son sexe et son âge, Perrine n'était pas exempte de tels soupçons. 

    On accusait la jeune fille d'entretenir des intelligences avec les soldats du cantonnement caserné dans l'église de Thorigné ; d'espionner les chouans et de les dénoncer aux autorités Républicaines.

     

    Perrine avait cinq frères dont deux se trouvaient incorporés dans les compagnies franches chargées de défendre contre les chouans la petite ville de Sainte Suzanne, distante de Thorigné d'environ trois lieues.

     

    Le mardi Saint, 2 germinal an 2, (22 mars 1796), la jeune fille résolut d'aller en cette ville porter à ses frères des correspondances et des provisions. A moitié route, sur les confins des deux communes de Thorigné et de Saint-Jean-sur-Erve, dans une plaine immense plantée de bruyères et d'ajoncs, et nommée lande de Blandouet, elle fut arrêtée et massacrée.

    Par qui et comment ? Les uns disent par trois chouans en vedette, qui l'ayant fouillée et ayant trouvé une lettre cachée dans sa chaussure, l'auraient pour ce fait frappée sans merci. Les autres, par un cavalier républicain qui, après avoir pris avec elle certaines libertés, pour se venger de ses résistances l'aurait abattue et piétinée sous les sabots de son cheval. Cette version est la plus populaire ; la première paraît plus historique ; mais sur l'une comme sur l'autre, nul ne saura jamais la vérité.

     

    Ce qui est bien certain, c'est que le lendemain matin, on trouvait Perrine ensanglantée, mutilée et râlant dans le fossé du chemin. Quatre jours plus tard, elle était inhumée dans le champ voisin. Tout de suite l'imagination populaire en fit une martyre, une sainte, une thaumaturge.

    En même temps la politique et la superstition s'emparant de l'événement, l'accaparaient à leur profit et introduisaient la néo-sainte dans leur étrange calendrier. Une sainte qu'on avait vu monter au ciel avec des ailes tricolores, le cas était nouveau et méritait qu'on s'en occupât.

    On s'en occupa. De tous côtés au bout de peu de temps, les foules affluèrent sur son tombeau. Infirmes ou malades, confiants dans la puissance curative de Perrine ; dévots naïfs qui ont besoin de croire et de prier n'importe comment, oisifs attirés par la nouveauté du spectacle, esprits déséquilibrés en quête d'étrange et de mystérieux pèlerins de la souffrance, de la crédulité ou de simple curiosité, ce fut pendant près de 18 mois en pleine Révolution, un concours immense, journalier, invraisemblable.

    Des prières, des oraisons, des complaintes et... furent composées, colportées, adoptées vingt lieues à la ronde. Le mercantilisme naturellement s'en mêla, aubergistes, vendeurs de cierges, marchands d'ex-voto, chanteurs ambulants, tous les professionnels de l'occasion rivalisèrent pour exploiter le côté commercial de l'affaire. Un tronc placé par la famille auprès du tombeau, reçut d'assez larges offrandes pour permettre de bâtir, à quelque distance, une chapelle qui subsiste encore.

      Les restes de l'infortunée Perrine y furent transférés vers le mois de septembre 1797. La translation se fit la nuit, devant de rares témoins et dans le plus grand silence, par crainte des chouans qui inquiétaient encore le pays.

      Une pierre blanche placée sur la fosse porte cette épitaphe d'une orthographe  naïve :

    ICI ES ANTAISRE

    LE CORPS DE

    CITOYENNE PERRINE

    DUGUE DE LA COMUNE

    DE THORIGNAY DECEDE

    LE 22 MARS 1796 V.S

    AGEE DE 17 ANS

    REQUIESCAT IN PACE

     

     

    Mais chose singulière ! À peine la Sainte eut-elle pris possession de son sanctuaire que son culte ralentit. Les prétendus miracles cessèrent comme par enchantement. Peu à peu l'enthousiasme des foules se refroidit, les pèlerinages se raréfièrent, et les manifestations populaires finirent pas s'éteindre entièrement.

    Bien que très secondaire en lui-même, cet épisode de la chouannerie Mancelle n'en offre pas moins un intérêt au point de vue local. Aussi l'histoire ne l'a t'elle pas dédaigné.

    Sans parvenir à percer le mystère de cette mort tragique, des historiens Manceaux, comme Boullier, Gérault, de la Scotière, Lepelletier, etc... ont raconté le sinistre événement et signalé la légende et le culte bizarre qui en sont issus.

     

    La pièce inédite qui va suivre comble en partie la lacune de l'histoire. Malgré sa sobriété de détails elle jette un jour nouveau sur l'étrange dévotion de Perrine Dugué.

    On y voit que les pèlerins se munissaient de cierges, qu'ils les laissaient dégoutter sur le sol voisin du tombeau, qu'avec la terre mélangée à ces gouttes de cire ils formaient une espèce de boulette dont ils se frottaient le corps en tous sens, et qu'enfin ils se prosternaient à plat ventre sur la tombe de la bienheureuse, laquelle ne pouvait mieux faire que d'octroyer à tous ces clients guérison et santé.

    Ecrite à Vallon, le 23 juillet 1797, la lettre qu'on va lire fut adressée par une de ses paroissiennes à l'abbé François Pineau, curé de Vallon, déporté en Espagne pour refus de serment et résident à Tuy en Galice :

     

     

    Monsieur et cher Pasteur (copie textuelle).

     

    Voilà dans nos contrées d'autres nouvelles. Il semble que presque tous les peuples sont devenus frénétiques, et qu'ils vont tête baissée se précipiter d'erreur en erreur. Il est arrivé, il y a un an, dans la semaine Sainte qu'une fille de 16 à 17 ans fut massacrée dans la lande de Blandouet par les chouans, parce que, disent-ils, elle allait porter des provisions à des frères qu'elle avait et qui étaient réfugiés à Sainte-Suzanne.

    Depuis six mois, le patriotisme l'a mise au nombre des Saints. Elle fait, disent-ils tous les jours des miracles, si bien que c'est sur concours de peuples qui vient sur sa fosse, par troupes, souvent de mille à quinze cents, de tous côtés. Il y a un habitant du Mans qui est allé y faire une cabane pour y vendre des vivres. Ils y vont de tous côtés, ils y vont en voiture, quelquefois pas plus de vingt ou trente charges de provisions et de gens estropiés, autant de cervelle que de corps (la charge était une unité de poids ; sa valeur ne dépassait guère 400 livres). Ils portent tous des cierges : Ils prennent de la terre et des dégouts (sic) de la cire, et font des boules, se frottent le corps avec, et se couchent sur la fosse. Enfin, ce que vous ne croiriez pas, c'est que le sieur Rocher y est allé avec ses trois filles ! Quand il a été revenu, il a dit qu'elle avait fait un miracle en sa faveur ; qu'il avait une main dont il ne s'aidait guère, et qu'il l'avait bien plus libre. Il ne me l'a pas dit, car ils disent que je suis incrédule et les gens qui les blâme, ils leur en veulent.

    Enfin, vous me l'aviez bien dit que je ne connaissais pas le monde, et que toutes les têtes étaient bien mal montées. »

     

    (extrait de la Province du Maine par l'abbé Contard,curé de Vallon -Sarthe). 

     

       Complainte sur la mort de Perrine Dugué (Air de l'enfant prodigue : Je suis enfin résolut etc........

     

    Chrétiens venez écouter

    L'histoire de Perrine Dugué ;

    Thorigné et son village

    Agée de près de dix sept ans,

    Cette belle fille sage est séduite au monument.

     

    Aux landes près de Blandouet

    En chemin comme elle étoit

    Allant à Sainte-Suzanne

    un fripon l'a arrêtée,

    Tout en lui cherchant chicane

    Il voulait en abuser

     

    Elle, saisie de frayeur

    Lui dit en versant des pleurs

    Coeur perfide et cœur infâme

    J'aime mieux cent fois mourir

    Que de perdre ma pauvre âme Consentant à ton désir.

     

    Aussitôt ce scélérat

    A grands coups l'a mise à bas

    En lui fendant la cervelle

    Comme un enragé brutal

    Lui coupant une mamelle,

    L'écrasant sous son cheval.

     

    La place où il l'a laissée

    C'est où elle est enterrée,

    Dieu en a fait son oracle

    Pour montrer sa sainteté

    Elle fait souvent miracle

    A qui va la visiter.

     

    La priant dévôtement

    Elle obtient soulagement

    A tous nos maux et misères,

    Prions Dieu sur son tombeau

    Qu'il accepte nos prières

    Par un prodige nouveau.

     

     

    Perrine Dugué....

     

    La gravure sur bois de Pierre-François Godard gravée à Alençon en 1796, représente la jeune fille marchand avec son panier. A sa gauche est représenté son meurtre par un hussard, et à sa droite la guérison d'un malade qui lâche ses béquilles...

     

    L'imagerie populaire représente Perrine Dugué se faisant sabrer par un hussard et non par des chouans. Le fait d'accuser les chouans ne serait-ce pas déjà, une tentative de désinformation, spécialité républicaine...... ; à l'instar du gros mensonge concernant l'affaire Joseph Bara ?...

     

    Perrine Dugué....

    Sources : Archives Départementales du département de la Mayenne tous droits réservés ; bases monographiques communales deThorigné-en-Charnie vue n°16/22 – Registres paroissiaux et état civil de la commune de Thorigné –  Gravure sur bois de Perrine Dugué de Pierre-François Godard, gravée à Alençon en 1796 – Photos : Gazette des Armes n°80 mars 1980 - uniforme hussard 1786 - Hussard de Bercheny , gouache du Colonel Barbier -1789.

                                                              

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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