• Observations sur la Guerre de Vendée par Bô....

     

    Observations  sur la Guerre de Vendée par le représentant Bô…

     

     

    Jean-Baptiste Bô, député de l’Aveyron et représentant en mission dans divers départements dont la Loire-Inférieure et la Vendée est bien un authentique terroriste robespierriste, que l’on ne s’y trompe pas. Son pédigrée est connu et je préfère ne pas m’y attarder. En revanche ses « observations » sur la Guerre de Vendée en août 1794 nous donnent un aperçu de l’état d’esprit des armées révolutionnaires et des soudards qui sillonnent le pays, bien après l’abandon du système des colonnes infernales.

    Le texte est assez difficile à déchiffrer pour le novice avec une orthographe digne de ce que l’on peut voir aujourd’hui chez des diplômés fraichement émoulus de l’Education Nationale. Tout en respectant au maximum l’écriture originale, je me suis permis, par endroits, de rectifier l’orthographe et quelquefois la syntaxe, faute de quoi, la missive n’aurait été qu’un charabia incompréhensible. Le gros du document est cependant « brut de décoffrage » afin de ne pas dénaturer les propos du sieur Bô.

    RL

    Octobre 2017

     

     

    Source : SHD B 5/10-2, s.d, août 1794.

     

     

    « La réforme est également nécessaire pour les généraux. Il y en a qui sont sans moyens et d’autres sans énergies. Il y en a qui sont dignes de confiance de la nation. Je ne les ai pas asses suivis pour les biens juger mais le comité sait les apprécier. Par leurs correspondance et par leur conduite depuis qu’ils sont employés.

    Je dois enfin dire que cette armée de Louëst manque d’armes et encor plus de bayonnettes. Je sais quil lui a été expédié environ six mille fusils et qu’une partie sont sont déjà arrivés à Tours et peut etre actuellement au quartier général mais si lon veut armer tous les soldats de la 1ère réquisition qui sont encadrés cet envoye sera bien insuffisant.

    Je ne dois pas laisser ignorer qu’il y a dans ce moment plus de quatre mille soldats dans les hopitaux et qu’il est à craindre qu’a l’entrée de l’automne ce nombre n’augmente, et que les maladies ne prennent un caractère grave et funeste. La principale cause de tant de malades tient  a la nature du climat marécageux et à la fraicheur des nuits.

    Le comité de salut public m’avoit mis a ma véritable place comme un vieux militaire qui a fait trois campagnes d’Hanovre qu’ils mont attaché à l’armée au lieu de me concentrer dans Nantes, je lui aurois donné des détails suivis et fidèles et j’aurois pu encore diriger et limiter les généraux et avec mes vues du moins modestes l’immoralité du soldat.

    Ma destination ayant été particulièrement pour Nantes tandis que mon collègue Ingrand étoit au quartier général, je ne puis donner que des renseignements incomplets sur la guerre de la Vendée.

    Je dois parler d’abord de la proclamation faite par les agens de la commission d’agriculture qui pechoit par une latitude de pardon qui s’étendoit jusqu’aux chefs des brigands ; cela est si vrai que deux se sont rendus à Chalans avec des hommes simplement égarés ou forcés à s’armer lorsque les brigands passoient dans leurs villages. Il lui fallu qu’on veut rappelé que cette dernière classe d’hommes agriculteurs.

    L’effet de cette amnistie n’eu  quelque succès qu’à Chalans et du côté de Fontenay et le nombre des hommes rentrés n’excède pas je crois mille hommes.

    Sur la rive gauche de la Loire, tous les pourparlers n’ont valu que quelques coups de fusil à nos soldats. Ces brigands les amusoient en leur disant demain et toujours demain nous viendrons nous rendre. Leurs conversations étoient ironiques tantot ils demandoient l’instruction ( ?) pour Charrette, tantot il demandoient un roi, des prêtres ; enfin ils disoient que Paris ne seroit pas longtemps tranquille qu’il y avoit un triumvirat. Cependant parmi le nombre de ces brigands on en voyoit qui sembloient très disposés à se rendre mais qui n’osoient pas, parce que les chefs les auroient fusillés. Un Charrette n’épargne pas ceux qui refusent de marcher.

    Il a donc fallu rompre l’amnistie que sembloit exiger la proclamation et c’est depuis cette époque lordre du comité de faire camper que l’on a serré enfin les brigands, et que journellement  on  les détruit en détails.

    Observations sur la Guerre de Vendée par Bô....

    Mais comme les généraux et les soldats ne tenoient pas la même conduite envers les vendéens ; que quelques colonnes tuoient tout ce qu’ils rencontroient soit qu’ils fussent armés ou non, mon collègue Ingrand et moi avions pris un arreté qui deffendoit de tuer autres que ceux qui étoient en armes et de conduire les hommes femmes et enfans au quartier général. Cette dernière mesure nous avoit paru nécessaire pour enlever aux brigands les moyens de subsister faute de bras, d’espions et d’hommes qu’ils forcent de s’armer dans l’occasion. Nous nous étions proposés de renvoyer dans l’intérieur ou d’employer à l’agriculture les femmes et les hommes robustes à l’exception de ceux de la 1ère réquisition que nous destinions à la marine. Nous avions pensé que le seul moyen de faire cesser cette guerre étoit de dépeupler momentanément le pays ; et nous avions envoyé un exemplaire de notre arrêté.

    Quant à  la guerre en elle-même je ne crois pas que les généraux en général sachent combiner le plan particulier que la nature du sol exige. Il se plaignent tous qu’il n’ont pas assez de forces pour serrer dix à douze mille hommes armés répandus sur une soixantaine de lieues de terrain et protégé par des forets immenses et des hayes multipliées. Ne connoissant pas les localités je ne puis rien dire sur ce point mais je dois dire que je ne conçois pas pour pourquoi les camps sont stables et pour ainsi dire sur la défensive, pourquoi les colonnes ne s’entendent jamais pour marcher ensemble, pourquoi rétrogradent elles lorsqu’elles ont repoussé les brigands. Pourquoi leur donnent ils la moindre relache ? Je dois dire les reponses des généraux à ces question ; c’est qu’ils craignent d’être coupés en n’ayant pas asses de front dans leurs attaques et leurs marches. C’est que les bois sont si étendus et si fourrés que nos troupes n’osent les fouiller. Il me semble que ces observations ne sont pas sans expliquer. L’habileté des généraux put les annuler en grande partie, en laissant en arrière (des) gardes asses considérables qui mettroient les brigands entre deux feux.

    Il est des objections plus puissantes qui tiennent à l’organisation et l’esprit de l’armée. Elle est en général composée de détachements de bataillons, de quelques bataillons à un tiers, à un quart et plus, et aucun de ces morcèlemens n’a une véritable force, une véritable discipline. Les attaques sont foibles. Les inactions prolongées, les commandemens difficiles.

    L’esprit de l’armée est corrompu par le pillage et l’esprit du soldat abruti par le meurtre et le carnage. Il se bat plutôt pour piller que pour vaincre les ennemis de la république. S’il est maître d’un village, aulieu de poursuivre les brigands qu’il vient de chasser il entre dans les maisons et massacre tout pour tout emporter. Si les chefs ne favorisent pas ces assassinats et pillages, du moins ils ne les arretent pas. Le butin est le guide du soldat et lor (l’or/lors ?) l’argent ou les assignats dont il se rassasie l’énervent et le rendent lache  et indiscipliné. Je ne crois pas que toute la sévérité possible lui rende sa moralité.

    J’ignore qu’elle est la véritable force de l’armée de L’ouest, mais je crois que le renouvellement de cette armée opérerait le plus grand bien. Je sens qu’il ne faut gueres se faire que peu à peu et qu’il est à craindre qu’un bataillon discipliné se melant a des troupes pillardes puisse ( ?) se laisser entrainer par l’exemple ; mais on formeroit une colonne sépparée des nouvelles troupes et l’énergie et la discipline de celles-ci pourront à leur tour servir de leçon aux autres.

    Bô »

     

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