• Niort : le cimetière de Bouillounouse....

     

    Le cimetière de Bouillounouse…

     

    NIORT

    LE CIMETIÈRE DE BOUILLOUNOUSE

     

     

     

    Dans la séance du Conseil Général de la commune de Niort du 25 mai 1792, un membre ayant fait observer que depuis longtemps on demandait la translation dans les dehors de la ville des cimetières alors existant (1), une  commission fut nommée pour rechercher et proposer des terrains convenables à cette destination, et on choisit pour en faire partie Piet, médecin, Coudert-Prévignaud, curé de Notre-Dame, Frigard, curé de Saint-André, et Lassaigne, officier municipal.

    Dans la séance du 11 janvier 1793, le Conseil désigne les citoyens Grosgrain et Pillot (vicaire de N.-D.) à l'effet de trouver un terrain propre à y placer le cimetière de la paroisse de Notre-Dame et charge les citoyens Dumesnil et Busseau d'une mission analogue pour la paroisse de St-André.

    Le 30 brumaire an II, le Conseil décide que les tombes qui sont dans les anciens cimetières "seront renversées et réservées pour le service de la République".

    Dans la séance du 2 frimaire, le conseil arrête que désormais nul ne pourra être enterré "dans l'intérieur de la ville" (Cette décision ne put avoir d'effet qu'après le 5 ventôse an II). On nomme Guillemeau jeune, procureur de la ville de la commune, à l'effet de se concerter avec le comité de surveillance pour trouver les fonds nécessaires à l'achat de "deux locaux" destinés à servir de cimetières.

    L'idée d'avoir deux cimetières fut bientôt abandonnée. Dans la séance du 24 nivôse, le conseil entend le rapport des citoyens Massé et Grosgrain, experts chargés de visiter un terrain désigné pour servir de cimetière, et arrête que le bureau municipal sera autorisé à faire toutes démarches nécessaires pour se procurer ledit terrain et un "passage commode pour y arriver".

    Sur ce, l'agent national de la commune fait un réquisitoire et l'affaire est portée devant le district de Niort (les registres du district de Niort paraissent avoir péri dans l'incendie de 1805), qui la renvoie au directeur de la régie pour avoir ses observations. Le directeur considérant que le terrain proposé ne pouvait être aliéné que suivant les formes prescrites par la loi, proposait, le 17 pluviôse, de prendre en son lieu et place, le jardin du ci-devant couvent de St-François, dont la maison sert provisoirement d'hôpital militaire (2), regardé par lui comme infiniment "plus propre tant par son sol que par la commodité et provenant d'un bien national (3)". Au dossier était joint le rapport des experts Massé et Grosgrain, "malheureusement perdu".

    Le chef de la régie consulté, le Directoire du district de Niort prit le 28 pluviôse la délibération suivante :

    « Considérant combien il serait dangereux de continuer les inhumations dans les cimetières qui sont dans le sein de cette commune, qu'il est prouvé que les exhalaisons des corps putrides qui condensent l'atmosphère, sont les principales causes des épidémies etc., etc., ouï l'agent national estime qu'il y a lieu :

    1° De concéder à la municipalité de Niort le terrain désigné par les commissaires Grosgrain et Massé pour faire un cimetière ;

    2° De l'autoriser à prendre dans le terrain voisin des pierres pour clôre ledit cimetière ;

    3° Enfin de lui accorder les fonds nécessaires pris dans tel caisse qu'il appartiendra etc., etc., etc. »

     

    En somme, la municipalité avait choisi comme propre à faire un cimetière suffisamment éloigné des habitations, un champ dépendant de la métairie des Grandes Roches, appartenant ci-devant à Lauzon émigré (Joachim-Augustin de Lauzon) ; elle désirait être autorisée à prendre pour le clore des pierres dans le terrain voisin (il est probable que ce terrain appartenait encore audit émigré), et demandait des fonds pour le tout. On voit qu'il n'est déjà plus question d'un "passage" desservant le futur cimetière, nous verrons bientôt qu'il n'y en eut jamais.

    Le Ier ventôse, le 2e bureau du Directoire du département prenait à son tour la délibération suivante qui clôt la série des formalités :

     

    « L'administration du département des Deux-Sèvres,

    Considérant que la sollicitude de la municipalité de Niort pour opérer le changement de ses cimetières, mérite la plus grande attention et prouve son zèle à faire jouir les habitants de cette commune d'une bonne police, notamment d'un air salubre ;

    Considérant que le terrain désigné par les délibérations prises à cet égard par la municipalité est reconnu par des gens de l'art propre à l'établissement dont il s'agit, ainsi qu'en justifie le procès-verbal joint aux pièces ;

    Considérant que le sujet de la pétition de la municipalité de Niort, est d'une importance telle que le moindre retard qu'éprouverait sa jouissance ou l'aliénation en sa faveur du domaine demandé, pourroit faire manquer le but qu'on se propose, occasionneroit des maladies sans nombre par le mauvais air qui se répandroit dans cette commune où la quantité des morts est considérablement augmentée par les troupes et les hôpitaux militaires qui y sont ;

    Considérant qu'attendu les droits des créanciers qu'il est de justice de conserver, le terrain demandé étant un domaine d'émigré ne peut dans les principes être aliéné que d'après les formes prescrites par la loi ;

    Considérant que le local indiqué par le directeur de la Régie n'est pas propre à l'établissement dont est question tant par sa position que par la nature du sol.

    Et d'après différentes considérations établies dans les arrêtés pris à cet égard par le district de Niort,

    Arrête qu'il y a lieu à autoriser la commune de Niort à faire l'acquisition du "champ" dont est question sur le pied de l'estimation qui en sera faite par experts nommés et suivant les formes prescrites par les loix sur l'aliénation de tels fonds en faveur des communes et tout autrement ainsi  qu'il appartiendra, que pour cet effet la municipalité de Niort se pourvoira auprès de la Convention Nationale ou de son comité d'aliénation.

    Et vu l'urgence, ladite commune est dès cet instant provisoirement autorisée à jouir du domaine dont il s'agit pour lui servir de cimetière sauf à fixer par suite l'indemnité qu'il convient accorder au fermier de la métairie des Grandes Roches pour la non jouissance de ce terrain qui en fait partie.

    Arrête au surplus qu'il n'y a pas quant à présent lieu à délibérer sur les autres demandes de la municipalité de Niort tendant à être autorisée à prendre dans le terrain voisin des pierres pour clôre ledit cimetière et obtenir les fonds pour ce nécessaires.

    Ont signé : Faucher, Bernardin, Guilbaud, Sauzeau, Fribault, Piet fils, Morand, secrétaire général. »

     

    Ainsi, on en est venu à l'occupation temporaire d'un champ sans clôture, non contigu à une voie publique et sans passage sur le terrain qui l'en sépare.

    En un mot, le cimetière de l'an II est une véritable "voirie", le terme n'est pas de nous comme on le verra.

    L'affaire se poursuit avec rapidité.

    Le 5 ventôse an II, le Conseil de la commune décide :

    1° Qu'injonction sera faite à tous les citoyens de la commune et aux administrateurs des hôpitaux de faire transporter DÈS CE JOUR (23 février 1794) tous les corps morts au lieu choisi et accepté par le département et le district, que proclamation en sera faite, qu'il sera écrit aux administrateurs pour les en instruire ;

    2° Qu'il sera enjoint aux fossoyeurs de creuser des fosses de cinq pieds au moins ;

    3° Que le prix des fosses sera de 2 lt pour les grandes personnes et d'une livre pour les enfants au-dessous de dix ans ;

    4° Qu'il sera fait un corbillard peint aux trois couleurs sur lequel il sera écrit en gros caractères : "Je rends à la terre ce que j'en ai reçu". Que ce corbillard sera amené à l'hôpital général, que le prix du transport sera de 3 lt pour les citoyens aisés seulement et que les pauvres seront transportés gratis.

    Dans la séance du 23 ventôse, le Conseil choisit Dillé fils pour faire les fosses et transporter les cadavres au nouveau cimetière, lui seul devait en être chargé. Le prix du transport est fixé à 4 lt pour les citoyens aisés. Le prix des fosses reste fixé à 2 et à 1 lt suivant l'âge des décédés.

    Séance du 25 floréal. Il est donné lecture d'une lettre du Comité révolutionnaire qui demande que l'on fasse enlever des ci-devant cimetières les tombes portant la marque du fanatisme.

    Sur les observations faites par quelques membres que les pierres tombales étaient destinées à l'établissement d'une "boucherie" (4), le Conseil arrête que l'on attendra le rapport des commissaires.

    Le 20 prairial les experts font un procès-verbal d'estimation de l'indemnité due à GABRIEL SAUQUET, fermier des Grandes Roches pour un terrain de cinq boisselées faisant partie du domaine des Roches, alors ensemencé en froment, qui a été pris pour servir de cimetière et l'évaluent à 300 francs qui devront être payés par l'administration municipale.

    Gabriel Sauquet ne recevant rien, adressait une pétition sans résultat au Directoire du département le 9 germinal an VI.

    Une lettre du maire de Niort au préfet Dupin, du 4 thermidor an VIII, nous montre qu'à cette date la commune de Niort n'avait encore payé aucun frais de location. On y trouve un effrayant tableau du terrain de Bouillounouse :

     

    "Un champ ouvert de toutes parts fut désigné pour être la sépulture commune de toute la ville. Ce champ enlevé sans aucune forme légale à son propriétaire, n'a pu devenir une propriété de la commune qui n'en a jamais payé ni fonds, ni location. Privé de chemin pour y parvenir, sans clôtures, sans signes de démarcation qui en fixe les bornes, il ne présente que l'aspect d'une "voirie" où les cadavres enfouis pêle-mêle dans un terrain pierreux, sont exposés à la rapacité des chiens et des loups. Vous avez été à portée de vous convaincre par vos propres yeux de la honteuse nudité du local et de l'irréligieux abandon où sont livrées les cendres de nos concitoyens ; vous avez sollicité vous-même une sépulture commune plus décente et j'ay repris sous vos auspices ces soins pieux dont je m'étais occupé pendant ma première administration (5)."

     

    Il est difficile de savoir si Sauquet fut jamais désintéressé. Pour ce qui est du projet du maire, il était loin encore de sa réalisation. Après la fin des guerres de Vendée, (1800), Niort cesse d'être encombrée de troupes, de prisonniers et de malades ; en 1801, le Condordat amène la paix religieuse et l'on enterre toujours dans le champ de Bouillounouse !

     

    De Lauzon revenu de l'émigration, avait trouvé ses biens vendus, les Grandes Roches cependant lui restaient encore, grâce peut-être à l'occupation soi-disant temporaire par la commune de Niort, du terrain où elle enterrait ses morts, créant une situation difficile à débrouiller.

    Une lettre du maire Barré de Montigny, du 23 pluviôse an XII, à lui adressée, semble répondre à diverses réclamations, notamment au sujet du champ de Bouillounouse :

     

    « De Delauzon, propriétaire à Niort,

     

    Monsieur, la République s'étant emparé de l'actif des communes jusqu'à concurrence de leur passif, à la charge d'acquitter leurs dettes, c'est au gouvernement que vous devez vous adresser pour obtenir la rente de 16 lt qui était due à feue madame votre mère par la commune de Niort (Nous croyons cette rente étrangère à l'occupation du champ de Bouillounouse. Peut-être faut-il cependant conclure de cette réponse que le gouvernement aurait dû payer la location résultant de l'occupation de ce terrain ?).

    Quant à votre terrain de Bouillounouse servant actuellement de cimetière, vous pouvez espérer de l'avoir à votre disposition d'ici à trois mois. J'ai déjà donné des ordres pour terminer les travaux du nouveau cimetière, ils sont en pleine activité ...

    Quant à la contribution foncière du terrain de Bouillounouse, il ne serait pas juste que la commune en payât la totalité, attendu que votre métayer jouit d'une portion de ce terrain depuis quelques années et qu'il l'a cultivé, ensemencé et récolté. Je consens volontiers à acquitter le prorata de la portion qui est restée en cimetière.

    J'ai l'honneur de vous saluer,

    Signé : DE MONTIGNY. »

     

    Cette lettre nous montre Sauquet las de toujours réclamer sans rien recevoir, reprenant les portions de son terrain où l'on n'inhumait plus, sans doute depuis que Niort était débarrassée de sa population flottante.

    Le cimetière dut rentrer alors dans les limites du terrain vague de cinq boisselées, objet du traité de la ville avec le fermier des Roches, en date du 20 prairial an II.

     

    On y enterra jusqu'au 23 messidor an XII (12 juin 1804), jour où le clergé des deux paroisses, réuni à Notre-Dame, vint prendre à l'hôtel-de-ville, à six heures du soir, le maire, les autorités civiles, judiciaires et militaires et tous les fonctionnaires et employés du gouvernement, et bénit en grande pompe le nouveau cimetière, le plus ancien de ceux qui subsistent à l'heure actuelle. Le maire avait prié le commandant de place de fournir un détachement de 50 hommes armés, avec les trompettes du 22e régiment de chasseurs, et d'inviter les officiers de la garnison à se réunir au cortège.

    Cette inauguration solennelle avait pour but de réagir contre le déplorable abandon du précédent cimetière. "Il est temps, disait le chef de la municipalité dans ses lettres de convocation, de rendre le dernier asile des vivants, respectable. Il serait aussi bon à désirer, pour la décence et pour les moeurs, de renouveler les anciennes et pieuses institutions où un corps mort était toujours accompagné à son tombeau par ses parents et ses amis. Ils n'auront plus à rougir de suivre leurs obsèques quand le local aura été sanctifié."

    Une croix avait remplacé "le monument simple proportionné aux moyens pécuniaires de la commune, entouré de 4 cyprès et de 4 saules pleureurs", que l'on s'était tout d'abord proposé d'élever au centre du nouveau champ des morts. Il ne s'agit plus que d'un cimetière catholique, Bouhier, curé de Notre-Dame, le dit longuement dans le médiocre discours prononcé à cette occasion.

    Le maire (Barré de Montigny, maire après Brisson, du 1er vendémiaire an XII au 18 mars 1807) nous a montré le défunt conduit à sa dernière demeure sans aucun cortège, le prêtre nous apprend à son tour que dans le champ des Roches, rien n'indiquait le lieu où on le déposait. "Il était douloureux de ne pouvoir venir apporter sur la tombe de ses proches, dont on ne pouvait plus connaître absolument la sépulture, le tribut de prières que réclame la tendre amitié. Cette vaste enceinte va devenir un asile assuré à tous les fidèles catholiques, pour recevoir les dépouilles de leur mortalité".

     

    L'histoire du cimetière de Bouillounouse est finie. Nul doute que le fermier Gabriel Sauquet n'ait bientôt partout promené sa charrue. Il n'en fallut pas davantage pour détruire les derniers vestiges de cette triste fosse commune sans clôtures et sans monuments, où Niort déposa ses morts, du 5 ventôse an II au 23 messidor an XII (23 février 1794 - 12 juin 1804), c'est-à-dire pendant plus de 10 ans, et qui ne reçut pas moins de sept mille cadavres (6). Une délibération du 3 brumaire an IX, relative au nouveau cimetière déjà depuis longtemps projeté, nous montre le Conseil municipal non moins empressé de faire oublier le local choisi pour les inhumations "dans un temps dont il convient d'effacer jusqu'aux moindres souvenirs".

    Le procès-verbal dressé par les experts Massé et Grosgrain en l'an II, eût pu nous renseigner sur la situation exacte du cimetière de Bouillounouse, les recherches réitérées faites aux archives de l'hôtel-de-ville de Niort n'ont fourni aucune indication sur ce document.

    M. Antonin Proust semble attribuer aux seuls suppliciés les inhumations faites, d'après lui, dans un terrain situé tout près de la fontaine de Bouillounouse, sans avoir pu reconnaître, dit-il, qu'elles en étaient les limites.

    M. de Lastic St-Jal a cru à tort qu'un vaste terrain dépendant des Grandes Roches, avait été acquis par la commune de Niort. "Un champ fut, dit-il avec plus de raison, l'unique lieu de repos de tous les trépassés."

    On a parlé, sans doute à tort, d'ossements découverts dans les terrains de Bouillounouse, lors de l'établissement de la ligne de Bordeaux à Paris (7).

     

    Les bouleversements qu'a subis l'ancienne ferme des Roches par suite de l'ouverture de deux voies ferrées, de la création du second cimetière inauguré en 1869, et du percement du prolongement de la rue Terraudière n'ont pas peu contribué à anéantir toute tradition du cimetière de l'an II. Nous commencions à désespérer d'en retrouver la trace, lorsque notre ami, M. Dupont, juge au tribunal civil, nous engagea avec beaucoup d'empressement à consulter un rapport relatif aux travaux du nouveau cimetière, présenté par lui au Conseil municipal de Niort dans la séance du 21 avril 1871.

     

    Ce rapport est précédé d'un intéressant historique. On y voit notamment qu'après la vente des trois anciennes sépultures paroissiales, en l'an X, on créa un nouveau cimetière "sur le côté Est de la propriété appartenant en 1871, à M. Lafeuillade" ; c'est-à-dire à droite du boulevard qu'on désirait alors établir et au pied de la ligne de fer.

     

    "On désigne encore cet endroit comme l'ancien cimetière des suppliciés ..." (8)

    "Il y a trois ans environ, le propriétaire actuel de ce terrain le fit défoncer. Ces fouilles amenèrent la découverte d'un grand nombre d'ossements qui ne furent pas recueillis, on pourrait encore trouver sous ces remblais les restes de quelques membres de nos familles."

     

    M. Dupont a bien voulu me guider sur les lieux ; l'ancien cimetière est aujourd'hui recouvert par d'énormes déblais. Il occupait le fond de la vallée, au sud de la rue Terraudière prolongée, au point où elle s'infléchit à la rencontre du chemin de fer.

    Mme Lafeuillade se souvient parfaitement de la découverte des ossements au lieu indiqué dans le rapport. Elle ajoute que le cimetière se prolongeait sous le remblai de la voie.

    En se rapportant au cadastre, on voit que ces sépultures correspondent au n° 343 de la Section H, en partie sous la ligne de fer. Ce terrain, autrefois en jardin, n'a qu'une contenance de 30 ares 70. Or, nous savons que le cimetière de l'an II en avait 75. L'excédent doit avoir été pris en remontant la vallée sur le n° 344 qui est contigu et comprend 1 hectare 42-40, ce terrain est aussi en partie sous la voie.

    Les revers de la vallée étant beaucoup trop pierreux pour servir de cimetière (9), on avait pris le fond du vallon où la couche arable atteint 2 mètres d'épaisseur. Le n° 338, contigu en aval au n° 342 où les ossements ont été découverts, touchait aux bâtiments de la ferme, raison pour laquelle il ne dut pas être choisi. On n'y signale d'ailleurs aucune trace de sépultures (10). Tous ces terrains proviennent de l'ancienne ferme des Grandes Roches, qui des de Lauzon passa à la famille Sauquet.

    Les bâtiments furent acquis par la ville le 1er septembre 1869, la ferme avait été littéralement anéantie par l'ouverture des deux voies de fer et la création du nouveau cimetière et du boulevard (11).

     

    "Un cadavre ...

    Sans cortège, sans deuil, s'avance solitaire,

    C'est ainsi parmi nous, qu'on rend l'homme à la terre !

    ... Maintenant inhumé sans la pompe touchante

    Qui suivait le mortel dans la tombe endormi,

    On dirait qu'il n'eut pas un parent, un ami !

    A-t-il perdu ses droits en perdant la lumière ?

    N'est-il point un respect qu'on doive à sa poussière ?

    ... Mais appelez du moins autour de nos débris

    Et la douleur d'un frère, et les larmes d'un fils.

    C'est le juste tribut où nos mânes prétendent,

    C'est le culte du coeur que surtout ils attendent."

    G. LEGOUVÉ (La Sépulture, an V)

     

    Extrait : Les cimetières de Niort - Léo Desaivre – 1896

     

    Notes :

     

     

    (1) On sait qu'il y en avait trois : les cimetières contigus aux églises de Notre-Dame et de Saint-André et le cimetière extérieur de Notre-Dame, situé hors de la Porte St-Jean. Dès le 28 juillet 1790, la société des Amis de la Constitution de Niort avait émis un vœu pour la translation des cimetières hors les murs.

     

    (2) On sait que les Hospitalières s'étaient établies dans l'ancien couvent des filles de St-François par elles rebâti pour en faire un hôpital, il eut donc été plus exact de dire le ci-devant couvent des Hospitalières. L'ordre d'expulsion des Hospitalières de leur couvent est du 27 mars 1793.

     

    (3) Le terrain pouvait être propre aux inhumations mais l'idée de créer un cimetière au milieu d'un hôpital est d'autant plus singulière que l'on fermait au même moment le cimetière extérieur de Notre-Dame, situé en face de l'hôpital général, à cause de sa trop grande proximité.

    (4) Il est douteux que cela ait été fait. On voit encore plusieurs de ces tombes utilisées comme boutisses dans les clôtures des presbytères de Notre-Dame et de Saint-André. La portion du cimetière de St-André sur laquelle se trouve le presbytère de cette paroisse n'a été vendue qu'en l'an X, et la cure de Notre-Dame ne date que de 1825. D'autres tombes restèrent longtemps enfouies dans le sol des trois cimetières. Le plus grand nombre paraît avoir été employé à couvrir les égouts à une certaine époque qui nous est inconnues Les deux occupations de Niort par les protestants ne doivent pas avoir laissé subsister de tombes anciennes. Celles du cimetière intérieur de Notre-Dame, voisin de la partie la plus exposée des remparts lors du siège de 1569, ont dû notamment servir à boucher les brèches.

     

    (5) Arch. de l'Hôtel-de-Ville de Niort. Correspondance du Conseil de la commune (7 vendémiaire an VII - 7e complémentaire an VIII). Cette lettre est d'Augustin-Antoine Brisson, docteur en médecine, installé comme maire par le préfet Dupin, le 30 germinal an VIII, en charge jusqu'au 1er vendémiaire an XII, et précédemment président de l'administration municipale du 1er floréal an VI, au 1er floréal an VII.

     

    (6) Ce chiffre doit être bien près de la vérité. Du 20 septembre 1792 au 1er vendémiaire an XI, le nombre des décès s'élève à plus de 7.400. Il faudrait retrancher de ce total les décès de l'an I et de l'an II, jusqu'au 4 ventôse (15 février 1794), soit un an et 5 mois environ et y ajouter tous ceux de l'an XI, des 9 premiers mois de l'an XII et même des deux tiers du 10ème (messidor).

     

    (7) M. Modelski, ingénieur en chef du département de la Charente-Inférieure, sous la direction duquel fut exécutée cette portion de la ligne, nous a assuré qu'on n'y découvrit aucune trace de sépultures. Si le souvenir est exact, on doit donc l'appliquer à l'établissement du chemin de fer de Poitiers à La Rochelle et à Rochefort.

     

    (8) Ainsi le cimetière de l'an II n'était plus pour le public que l'ancien cimetière des suppliciés. Nous avons vu que cette désignation avait été connue de M. Antonin Proust, que le nom de Bouillounouse, donnée au cimetière, a induit en erreur sur sa position. Il s'agit, en effet, de la vallée en aval de la fontaine et non de la source elle-même.

     

    (9) On sait que les terrains du nouveau cimetière n'ont pu recevoir de sépultures qu'après avoir été défoncés et même recouverts d'humus.

     

    (10) Les eaux de Bouillounouse ont envahi l'hiver le bas de l'ancien cimetière de Belle Lune jusqu'aux travaux de canalisation. On voit dès lors que ce grave inconvénient ne détourna point encore du choix du fond de la vallée.

     

    (11) Rue Terrraudière.

     

    Sur le cadastre de 1809 : l’ancien cimetière.

    Niort : le cimetière de Bouillounouse....

    Sur le cadastre de 1846 : les parcelles indiquées comme étant celles des « suppliciés » avec les limites possibles du cimetière marquées d'une croix rouge.

    Niort : le cimetière de Bouillounouse....

    De nos jours sur l’IGN, à nouveau cimetière...

    Niort : le cimetière de Bouillounouse....

     

    RL

    Septembre 2017

     

     


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