• Mesures liberticides en 1801....

     

    Sur les chemins de Galerne… 

    Le 5 ventôse an 9, déjà des mesures privatives de liberté 

     

       

    Le 24 février 1801, le Préfet zélé de Maine et Loire se sent investi d’une mission divine et va nous pondre un arrêté digne d’un petit dictateur local. Il décide qu’on peut circuler dans notre département, mais avec un passeport, ouf ! c’est mieux qu’un kilomètre autour de son domicile, en deux siècles c’est fou comme l’espace de liberté s’est rétréci.

    Sous l’Ancien Régime, on pouvait aller voir sa grand-mère à l’Hôtel-Dieu de Segré tout en habitant Saumur, en 2020 c’est impossible, les vieux sont sous clé, et l’itinéraire est long et dangereux, la gendarmerie aux ordres rôde masquée comme le malveillant... passons.

     

    « PREFECTURE DE MAINE-ET-LOIRE.  

     

    Arrêté du préfet du département de Maine-et-Loire.

     

    Séance du 5 ventose an 9.  

     

    Le préfet du département de Maine-et-Loire, 

     

    Considérant que la sûreté publique fixe particulièrement l’attention et la sollicitude du gouvernement ; 

    Que les mesures administratives qu’il a prescrites, et les dispositions législatives qui ont été rendues dernièrement, ont pour objet de l’assurer sur tous les points de la république ; 

    Que ces dispositions et ces mesures, toutes sages et prévoyantes qu’elles sont, resteraient sans succès si elles n’étaient secondées par une surveillance spéciale et rigoureuse des autorités locales ; (histoire d’en remettre une couche).

    Considérant que les malveillants et les brigands* contre lesquels va se diriger l’action combinée d’une police active et d’une justice sévère, vont prendre toutes les formes et épuiser toutes les combinaisons pour s’y soustraire ;* royalistes. 

    Qu’il est important de prévenir et d’empêcher entr’eux toutes communications clandestines, en les mettant dans l’impossibilité de se transporter d’un point à un autre, à l’insu des autorités constituées,  

     

    Arrête : 

     

    Art Ier - Nul voyageur dans toute l’étendue de ce département, ne pourra être admis dans les voitures publiques, ni obtenir des chevaux de poste, qu’il n’ait préalablement justifié d’un passeport en règle. 

     

    II – Tous les entrepreneurs publics et particuliers de diligences ou voitures, et tous les maîtres de poste aux chevaux, se feront représenter les passeports des voyageurs, et seront personnellement responsables de la non-exécution de l’article précédent. Les maires d’Angers et de Saumur feront faire le plus souvent possible, par leurs commissaires de police, la vérification des passeports lors de l’arrivée et du départ des voitures.

     

    III - Tous lesdits entrepreneurs et maîtres de poste sont tenus d’avoir à partit du 15 de ce mois au plus tard, un registre in-folio à sept colonnes pour y inscrire I° le quantième du mois, 2° le nom du voyageur, 3° ses prénoms, 4° son âge, 5° sa profession, l’objet de son voyage, 7° le lieu de sa destination. 

     

    IV – Ils sont tenus en outre d’exhiber ces registres à toute réquisitions des maires et adjoints, des juges de pais, des commissaires de police, des officiers et sous-officiers de gendarmerie. 

     

    V – Les fonctionnaires désignés dans l’article précédent, sont expressément invités à donner une nouvelle vigueur aux lois et règlements concernant les hôtels et les auberges, et à y faire, ou faire faire de fréquentes et scrupuleuses visites. 

     

    En préfecture à Angers, le 5 ventose an 9 de la république française.  

     

    signé : Montault-Desilles » 

     

    Vous voyez, comme aujourd’hui,  cette manie maladive de tout verrouiller en permanence. Heureusement, il restait au chouan ses réseaux, ses jambes, son cheval, ses armes et la paille des granges pour se reposer, en évitant les cabarets et les auberges. Aujourd’hui, que nous reste t-il ?

     

    Mesures liberticides en 1801....

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés - Les Affiches d’Angers - 

     

    . Gravure : affiche du film « Jean Chouan », 1926. 

     

                                                                    

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


  • Commentaires

    3
    Mr Paquereau
    Lundi 30 Novembre 2020 à 19:48

    Montault-Desilles, Préfet de Maine et Loire était un magistrat originaire de Loudun....

    Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny) :

    Député en 1791, au Conseil des Anciens et au Corps législatif, né à Loudun (Vienne) le 9 mai 1751, mort à Loudun le 9 juin 1836, était fils de Charles-Pierre de Montault des Isles, écuyer, conseiller du roi et son procureur à l'élection de Loudun, et d'Elisabeth de Rambault, et frère de l'évêque d'Angers, Charles de Montault. Il suivit la carrière paternelle, et fut nommé, en 1783, conseiller-secrétaire du roi en la chancellerie près le parlement de Rouen. Convoqué, en mars 1789, à l'assemblée des députés du bailliage de Loudun pour l'élection des députés aux Etats-Généraux, il ne fut pas envoyé à l'Assemblée constituante, mais fut élu, le 2 septembre 1791, député de la Vienne à l'Assemblée législative, le 3e sur 8, à la pluralité des voix sur 382 votants. Il ne joua qu'un rôle modéré dans la majorité de l'assemblée, fit partie du comité des assignats et monnaies, et fit adopter, le 4 juin 1792, le décret suivant : « L'Assemblée nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités des assignats et monnaies et de l'extraordinaire des finances, considérant que le procédé de numéroter les assignats à l'impression, adopté par décret du 3 avril dernier, retarderait considérablement l'émission de ceux au-dessous de cent sous ; et désirant faire jouir le plus promptement possible les départements du bienfait de cette émission, décrète qu'il y a urgence. » M. de Montault des Isles quitta momentanément la vie publique après la session. Le 12 brumaire an IV, il fut nommé président de l'administration municipale de Loudun, fonctions qu'il résigna le 15 floréal an V, après avoir été élu, le 22 germinal précédent, député de la Vienne au Conseil des Anciens, par 122 voix sur 183 votants. Son rôle dans cette assemblée fut très effacé ; il adhéra au coup d'Etat de brumaire an VIII, fut choisi, le 4 nivôse suivant, par le Sénat conservateur, pour représenter la Vienne au nouveau Corps législatif, et fut nommé, le 12 ventôse an VIII, préfet de Maine-et-Loire, Installé en cette qualité à l'hôtel Leutian à Angers, il y resta jusqu'en 1803, et fut appelé, le 3e jour complémentaire de l'an X, au poste de receveur particulier des finances à Loudun. D'autre part, son mandat de député lui fut renouvelé, le 9 thermidor an XI; il siégea au Corps législatif jusqu'en l'an XIV. Sa petite-fille, Emilie de Montault des Isles, a épousé le prince Godefroy de la Tour-d'Auvergne qui fut ambassadeur à Rome, à Londres et à Vienne, et ministre des Affaires étrangères sous le second Empire. (www. assemblee-nationale.fr)

    2
    Mr Paquereau
    Vendredi 27 Novembre 2020 à 13:13

    Merci Monsieur Texier et bonne Messe en ce prochain Premier Dimanche de l'Avent.

    Cordialement.

     

    1
    Vendredi 27 Novembre 2020 à 09:38

    On s'y croirait . Merci de nous avoir trouvé cette pépite.

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